Si se faire à moitier écraser par un Saule cogneur avait ses petits avantages, comme des paquets de bonbons offerts par ses camarades, se retrouver dispenser d'aller aux cours et avoir Luna Lovegood à son chevet dès que celle-ci avait un peu de temps libre, il n'en restait pas moins un inconvénient de taille: beaucoup de temps libre et aucun moyen de le passer agréablement.
Victime d'un ennui dépassant de loin les discours les plus enflammés de Percy, Ginny bailla longuement et jeta sur sa table de chevet le lourd livre qu'elle avait emprunté à Hermione pour passer le temps. L'imposant volume émit un bruit sourd en renversant divers friandises sur le plancher. Mme Pomfresh n'allait probablement pas apprécier, mais c'était sans importance. En fait, c'était même une bonne chose si cela apportait un peu d'animation dans l'infirmerie.
Installée dans le lit lui faisant face, Jessica semblait d'humeur si massacrante que Ginny n'osait pas lui parler. Bien qu'elles aient déjà discutées une ou deux fois, la jeune fille avait du mal à voir dans son aînée une amie tant son caractère était changeant. De plus, elle se sentait responsable de sa présence à l'infirmerie. Si elle ne s'était pas également précipité sous l'arbre déchainé, Jessica ne se serait probablement pas cassé la jambe.
Passablement déprimée, Ginny médita sur la manie des infirmière à insister autant pour garder les élèves à l'infirmerie quand bien même cette dernière les avait remise sur pied en quelques instants.
-Je m'ennuie... soupira-t-elle pour elle-même.
-Pareil, répondit Jessica en lançant un regard noir vers la porte du bureau de Mme Pomfresh. On devrais peut-être filer en douce...
-Tu plaisantes? Ce serait encore pire!
-C'est possible, ça?
Ginny émit un petit rire amusé.
-Oh oui! Mon frêre Ron avait tenté de filer en douce lorsqu'il s'était cassé la jambe lors de sa troisième année. Mme Pomfresh l'a littéralement traîné dans tous le château puis l'a ficellé à son lit en le sermonnant pendant des heures sur son imprudence.
-Ah, quand même...
L'expression sombre teinté d'inquiétude de Jessica fit éclater de rire Ginny. D'abord surprise, la Serpentard se fendit d'un sourire amusé.
-En tout cas, on dirait bien que je dois la vie à Granger, reprit-elle. Si ça avait tenu qu'à ton frêre, j'aurais fini écrabouillée...
-C'est qu'un pauvre crétin, répliqua Ginny avec un sifflement furieux.
Devant le haussement de sourcils étonné de Jessica, la petite dernière de la famille Weasley haussa les épaules.
-Je m'entends de moins en moins avec mon frêre, ces derniers temps. D'abord Luna, ensuite toi...
-Moi ? s'étonna Jessica. Qu'est ce que je viens faire la-dedans ?
-Je te trouve tout simplement qu'il t'arrive d'être fréquentable, ce qui constitue aux yeux de mon très cher frère une faute de goût doublée d'une trahison.
Un sourire amusé naquit sur ses lèvres alors que Jessica éclatait de rire.
-Ca ne m'étonne pas. Et puis, je fais rien pour paraître aimable aux yeux de ma propre maison, alors les autres, tu sais...
-Pourtant tu es bien plus sympa que tu le prétend, répliqua Ginny avec un sourire en coin.
Jessica détourna le regard, un peu gênée. Elle songea qu'elle n'avait peut-être pas été aussi subtile qu'elle l'avait estimé dans un premier temps.
Bah, songea-t-elle. Ce qui est fait est fait...
-
Ca ne peut pas continuer comme ça… songeait Hermione en dévalant l'escalier reliant les dortoirs à la salle commune. Cela faisait trois jours que Pomfresh avait autorisé Ginny et Jessica à quitter l'infirmerie. Hermione s'était persuadée que la dispute entre les Weasley serait oubliée, mais elle se rendait compte qu'elle s'était lourdement trompée.
Cela faisait également trois jours qu'elle persécutait Ron pour qu'il aille s'excuser auprès de Ginny, sans résultat. Je l'ignorais aussi borné, tempêta mentalement Hermione, de mauvaise humeur. Elle avait envisagée également d'en discuter avec Ginny, mais la rouquine boudait avec tant d'application qu'elle incluait Harry et Hermione dans le lot.
Voir Ginny l'éviter alors qu'elle désapprouvait également l'attitude de Ron la blessait. Elle avait conscience qu'aux yeux de la jeune fille, elle était la meilleure amie de son frère avec Harry, mais qu'elle puisse croire qu'Hermione prendrait aveuglément le partit de Ron quand il avait tort…
Pour couronner le tout, l'épisode du Saule cogneur avait réduit à néant les progrès de Harry. Dégoûté et honteux de sa propre attitude, il s'était remis à broyer du noir et son esprit revenait vers la mort de Sirius.
Elle entra dans la salle commune telle une furie et balaya la salle d'un regard si noir que les plus jeune s'enfuyaient comme si Voldemort en personne leur avait envoyé une armée de Mangemorts aux trousses. Même les sixièmes et septièmes années se faisaient discret, pressentant que la Gryffondor allait faire profiter une pauvre victime d'une de ses rares crises de mauvaise humeur particulièrement gratinée.
Son regard se posa finalement sur Ron qui pâlit brutalement en se faisant tout petit, lançant des regards éperdus autour de lui dans le vain espoir de trouver une issue. Il tenta malgré tout une fuite désespérée, mais Hermione l'attrapa par le col et le traîna avec une froide détermination dans un coin tranquille sous les regards compatissants, quoique exprimant clairement le sentiment général aux airs de « mieux vaut toi que moi », des Gryffondors.
-Maintenant, tu vas m'écouter ! attaqua d'emblée Hermione avant même que Ron puisse placer un mot. Tu vas aller voir Ginny et t'excuser d'être un imbécile surprotecteur et borné !
-Plutôt mourir, rétorqua Ron d'un air bravache.
Hermione sortit sa baguette et la pointa sur le rouquin.
-Un dernier souhait ?
-Mais c'est une Serpentard ! plaida Ron en désespoir de cause.
-Ce serait Salazard Serpentard en personne que je n'en aurait rien à faire, rétorqua Hermione d'une voix glaciale. J'ai déjà bien assez de Harry qui menace de retomber dans la déprime à tout moment sans avoir en plus à supporter la mauvaise humeur des Weasley !
-Et pourquoi tu vas t'en prendre à Ginny ? C'est elle qui nous évite, je te rappelle…
-Elle nous évite parce que son imbécile de frère s'inquiète de sa réputation avant son bien-être ! cria Hermione avec hargne avant de reprendre plus calmement : Mais je compte bien lui parler également, Ron. Ne t'en fais pas pour ça, tu es simplement le premier sur ma liste !
-Tu penses pouvoir la convaincre de ne plus fréquenter Wingdal ? demanda le rouquin avec espoir.
-Non ! Et je ne vais même pas essayer, Ron ! s'énerva Hermione. Je suis d'accord avec elle, pour ma part. Jessica est peut-être incompréhensible, mais il lui arrive d'être sympathique quand elle fait des efforts.
-Je suis sûr qu'elle nous prépare un sale coup ! vociféra Ron. C'est une…
Il remarqua une lueur inquiétante dans les yeux marron de son amie et ravala ses paroles.
-J'ai bien l'intention de tenter de convaincre Ginny de revenir vers nous, toi inclus. Si jamais je réussis, Ron, je te jure que tu as intérêt à arrêter de lui reprocher ses fréquentations à tout va ou bien tu le regrettera !
Seul un bougonnement incompréhensible lui répondit et elle saisit la cravate de Ron avant de lui agiter sa baguette sous le nez d'un air menaçant.
-Tu disais ?
-D'accord, d'accord ! gémit Ron, terrifié. Mais j'espère qu'elle n'invitera pas la Serpentard à notre table. Louf… Luna, se reprit-il en voyant de nouveau l'éclat inquiétant dans le regard de la jeune fille, passe encore, mais Wingdal…
-Bien, c'est tout ce que je voulais entendre, dit Hermione en lâchant Ron avec un sourire victorieux. A la frangine, maintenant !
Elle repartit si soudainement que Ron crut un moment qu'elle avait transplanée. Soulagé d'être toujours en un seul morceau, le rouquin remercia silencieusement Merlin. Génial, maintenant tous les Gryffondors vont se foutre de moi, songea-t-il avec une grimace.
Il regagna sa place avec toute la dignité dont il était capable, s'efforçant d'ignorer les grands sourires et les ricanements.
-
L'une des conséquences les plus importante de l'épisode du Saule cogneur fut de grandement rapprocher Ginny et Jessica. Avant, elles ne se parlaient que de loin en loin et jamais très longtemps, mais leur séjour à l'infirmerie leur avait permis de faire un peu mieux connaissance histoire de combler les longues heures en tête à tête et lorsque Pomfresh les avaient enfin laissées sortir, elles avaient tout naturellement continuées à se voir.
Ginny était particulièrement ravie de s'être fait une nouvelle amie. Jessica l'amusait presque autant que Luna, mais d'une manière différente. La Serdaigle la faisait rire par sa folie douce des plus rafraichissante, Jessica par son sens de la répartie particulièrement acide, même si elle lui reprochait parfois d'être un peu trop méchante.
Pour le moment, elles étaient installées sur un banc dans la cours. Luna portait un vieux chapeau melon de travers, dissimulant un de ses yeux et grimaçait tout en gesticulant à tout va. Ginny riait aux éclats et Jessica la considérait avec un sourire cynique.
-T'as oubliée de lui filer sa potion, je crois…
-Mais non, répliqua Ginny entre deux rire. Elle imite Fol Œil !
-Fol Œil ? répéta Jessica, les sourcils froncés… Ah oui, Maugrey, l'ancien prof de Défense ! J'aurais dû m'en douter…
-Faut toujours s'en douter, vociféra Luna en imitant la voix bourrue de l'ancien Auror. Sinon, on finit par s'faire tuer !
Ginny se tenait le ventre tant elle riait. La tornade brune qui l'entraîna sans prévenir à l'écart de ses amies en lâchant un rapide « désoléejevousl'emprunte ! » les pris toutes par surprise. Jessica s'était à moitié levé, mais Luna la retint par le bras, un sourire aux lèvres. Avec son chapeau de travers, l'effet aurait put être comique, mais pour une raison inconnue, elle paraissait au contraire très digne. Rassurée, Jessica se rassit et attendit simplement.
Hermione traîna Ginny dans un coin tranquille, comme elle l'avait fait avec Ron, même si elle fit preuve de plus de délicatesse. Du moins dans une certaine mesure.
-Faut qu'on discute ! lança-t-elle aussitôt.
Ginny, qui commençait juste à comprendre ce qui venait de lui tomber dessus, se renfrogna.
-Toi aussi, tu vas me dire que je n'ai rien à faire avec Jessica ?
-Absolument pas, répliqua Hermione d'un ton sec.
-Alors quoi ? s'énerva Ginny.
-Alors il se trouve que tu me manques, Ginny ! cria Hermione qui commençait à en souper du caractère des Weasley. C'est moi qui ai soignée la jambe de Jessica, moi qui l'ai emmenée jusqu'à l'infirmerie et c'est moi qui ai pris ta défense contre ton frère ! Et franchement, que tu puisses croire que je prendrais le partit de ton frère au point de m'éviter, ça me déçoit à un point que tu n'imagines pas !
Ginny sentit son cœur se serrer alors qu'elle écoutait Hermione. Elle repensa à son attitude et baissa la tête, des larmes envahissant ses yeux.
-Désolée, murmura-t-elle d'une petite voix. J'ai été stupide…
Hermione la serra contre elle, un sourire apaisant aux lèvres.
-C'est pas grave, dit-elle d'une voix douce. Mais fais moi confiance, à l'avenir, d'accord ? Je suis de ton coté, Ginny. Ron est peut-être mon ami, mais je n'ai pas l'habitude de l'approuver quand j'estime qu'il est en tort, tu devrais le savoir, pourtant…
Ginny éclata de rire. Ron et Hermione ne passaient jamais une année sans se disputer pour une raison ou une autre.
-D'ailleurs, je lui ai fait la leçon avant toi, donc il devrait être plus disposé à s'excuser. Dans le cas contraire, j'espère qu'il à pensé à faire son testament… Bon, je pense pas qu'il acceptera Jessica, j'ai bien peur que ce soit trop lui demander, mais tâchez de trouver un compomis, d'accord ?
Ginny hocha la tête, ravie de retrouver Hermione. Mine de rien, leur brève séparation lui avait coûté.
Elles rejoignirent Luna et Jessica qui discutaient en les attendant. La Serdaigle avait toujours son chapeau et Hermione éclata de rire en la voyant. Luna lui avait fait une mauvaise impression la première fois qu'elle l'avait vue, elle devait bien l'admettre, mais à présent, elle ne pouvait que se réjouir de la voir rejoindre leur petit cercle d'ami par le biais de Ginny. Malgré sa passion pour les complots imaginaire, Luna apportait une fraîcheur bienvenue dans les situations où on s'y attendait le moins.
Ne prêtant aucune attention à Hermione, Luna regarda Ginny et lui adressa un sourire resplendissant. La rouquine savait que son amie avait tout deviné sans qu'elle ait besoin de prononcer le moindre mot. Cette compréhension l'étonnait et la ravissait à la fois. C'était comme un lien entre elles. Et même si elle n'avait pas le moindre début d'explication à ce lien, Ginny tenait à le préserver plus que tout au monde.
-
Voyant que Ron ne se décidait toujours pas, Hermione décida une fois de plus à prendre les choses en main. Après les cours de la journée et avant le dîner, elle traîna Ron par la peau du cou jusqu'au parc, repéra Ginny qui discutait avec Luna et Jessica à l'ombre d'un arbre et mit le cap vers elle, traînant un Ron glapissant et suivit par un Harry qui arborait une mine maussade, mais s'amusait mine de rien de voir son ami malmené et bien content de ne pas faire les frais de la mauvaise humeur d'Hermione. Ses crises de colères étaient rares, mais redoutables.
-Tiens, lança Jessica en les voyant approcher. Tu promènes ton Ronie, Hermione ?
-Ne rends pas les choses plus compliquées qu'elles ne le sont déjà, rétorqua la Gryffondor d'un ton sec alors que Ron lançait à la Serpentard un regard haineux.
Elle poussa le rouquin sans ménagement et lui lança un regard si noir que même Jessica ressentit une très légère pointe de compassion au milieu de sa folle envie de rire qu'elle réprimait avec peine.
De mauvaise grâce, Ron bougonna une bouillie de mots incompréhensibles.
-Ron ! aboya Hermione d'un ton autoritaire et lourd de menaces.
-C'est bon, c'est bon ! glapit le rouquin avec des gestes frénétiques des mains alors que la Gryffondor levait sa baguette avec l'évidente intention de lui envoyer un maléfice des plus déplaisant. Je suis désolé, Ginny…
Hermione agita un peu sa baguette dans sa direction.
-Je suis désolé d'être un imbécile surprotecteur et borné ! récita très vite Ron avec un mouvement de recul.
-Au moins, on est tous d'accord la dessus, dit Ginny avec un reniflement dédaigneux.
-Oui, bon, ça va, on a compris, je crois, fit Ron d'une petite voix contrite. On oublie ?
-Ca veut dire que tu va enfin accepter l'idée que tous les Serpentards ne sont pas des traîtres fourbes et sournois indigne de confiance ? demanda Ginny.
-ah, on parle de moi ? intervint Jessica avec ironie.
-Heu… tu m'en demande quand même beaucoup, là… grommela Ron en lançant un regard noir en direction de la Serpentard. Tu la fréquente si tu veux, mais me demande pas de faire la même chose, d'accord ?
-Comme si j'avais envie de t'avoir dans les pattes à tout bout de champs, rétorqua Jessica.
-Toi, je te gardes à l'œil, cracha Ron dans sa direction. Je suis sûr que tu mijotes un sale coup !
-Tu serais pas fichu de reconnaître une potion d'euphorie si tu l'avalais, alors bonne chance pour débusquer un complot imaginaire, lâcha Jessica avec raideur.
Hermione poussa un soupir exaspéré et s'avança entre les deux antagonistes qui semblaient bien partir pour se renvoyer la balle jusqu'à Merlin savait quand.
-Bon, je vais pas perdre plus de temps avec cette situation parfaitement idiote, déclara-t-elle. Je me fiche que vous ne vous supportiez pas du moment que vous ne vous sautez pas à la gorge. Faites des efforts, merci pour les autres ! J'en ai marre de voir Ginny nous éviter et j'ai pas envie de faire la navette entre les deux, je suis pas un hibou ! Donc vous faites comme vous voulez, mais vous me réglez ça et sans traîner ! Sur ce, j'ai faim !
Et elle partit en coup de vent. Jessica la suivit du regard avec une lueur admirative au fond de ses yeux émeraude. Ron s'agita, mal à l'aise. Luna, qui semblait perdue dans des pensées éloignées des basses préoccupations de ses amis, afficha soudain une moue inquiète.
-Je crois qu'Hermione a attrapée la gueulantite aigue, annonça-t-elle gravement.
Il y eut un silence pensif, puis tous éclatèrent d'un fou rire à l'exception de Luna qui les regardait avec étonnement. Toute la tension accumulée s'envola en même temps que les rires qui finirent tout de même par se calmer. Ginny déposa un baiser sur la joue de la Serdaigle.
-Toi, je t'adore !
Luna rosit légèrement et un sourire s'épanouit sur son visage. Ron se contenta de lever les yeux au ciel. Rire lui avait fait le plus grand bien et il se sentait de meilleure humeur.
-En fait, c'est peut être une bonne chose, tout ça, intervint soudain Harry.
-Quoi donc ? demanda Ron en se tournant vers lui.
-C'est ce que voulais le choipeau magique, non ? Un rapprochement des maisons. Etre uni face à l'ennemi, tout ça…
-Parce que tu crois qu'on va copiner avec tous les Serpentards qui passent juste parce que Ginny et Wingdal s'entendent bien ? grogna Ron. T'es optimiste, mon pauvre Harry !
-Bien sûr que non, répliqua calmement Harry. Mais c'est un début, mine de rien. C'est peut être pas grand-chose, mais ça reste un début.
Il regarda longuement la direction qu'avait prise Hermione pour regagner le château, songeur.
-Je pense… Non, je suis quasiment sûr que c'est pour ça qu'Hermione nous a forcés à oublier la dispute.
-
Le premier week-end d'Octobre fut accueillit avec enthousiasme par la majorité des élèves de Poudlard. C'était en effet la première sortie à Pré-au-Lard et les élèves s'agglutinèrent devant les portes en trépignant d'impatience sous le regard un peu envieux de quelques première et deuxième années.
Billy était du nombre. Il regardait Hermione et ses amis attendre avec plus ou moins de patience que Rusard daigne valider leur droit de sortie avec sa mauvaise grâce légendaire. Ils lui avaient promis de lui ramener des friandises, mais il n'en aurait pas moins adoré les accompagner. Résigné, il rejoignit quelques amis de sa promotion.
Hermione était particulièrement fébrile et alternait des sautillements impatients de petite fille la veille de noël avec une expression de concentration déjà plus Hermionien. En effet, elle avait rendez-vous avec McGonagal en milieu d'après-midi pour son premier exercice pratique de transplanage.
-Ron, je crois qu'Hermione à avalée ton fichu hibou, lança Jessica en observant d'un œil mi-amusé, mi-exaspéré la jeune fille qui recommençait à trépigner en maudissant Rusard qui prenait sadiquement son temps. Ou alors, faudra signaler à McGonagal que t'as enfin réussit un sort de métamorphose…
Le rouquin bougonna dans son coin. Depuis qu'Hermione leur avait forcés la main, ils s'efforçaient de respecter la trêve imposée, mais sans grand enthousiasme. Si Ron acceptait maintenant qu'il ne pouvait quasiment plus croiser Ginny sans Luna en dehors de la salle commune des Gryffondors, il éprouvait toujours envers Jessica une antipathie tenace que la Serpentard lui rendait bien.
Cette dernière faisait des efforts à sa manière. Qui consistaient à tenter de rendre ses sarcasmes aussi peu vexant que possible. Ils avaient très vite renoncés à tenter de l'empêcher de lancer ses piques à Ron, cela revenait à laisser la vapeur s'accumuler jusqu'à l'explosion.
Pour sa part, Harry acceptait Jessica. Ou du moins, il n'avait rien contre elle et ne cherchait pas non plus à s'en faire une amie. Ils ne la voyaient de toutes façon pas tant que ça et Ginny ne l'avait pas encore invitée à la table des Gryffondors au grand soulagement de ses amis.
Même Hermione qui semblait également apprécier Jessica estimait que personne n'accepterait ça. La soudaine amitié entre une Gryffondor et une Serpentard apportait déjà suffisamment de regards noirs et de ragots. De son coté, Jessica assurait que de toutes façons, elle avait déjà suffisamment de mal à supporter sa propre maison sans en plus s'infliger la compagnie des autres.
Ils purent enfin se rendre à Pré-au-Lard. Ils se séparèrent en deux groupes pour faire les boutiques, jugeant préférable d'épargner à Ron et Jessica d'avoir à se supporter une journée entière.
Ils se croisèrent pourtant de temps à autre. La première fois, plutôt embarrassante, alors que Ron s'était éloigné d'Hermione et Harry pour examiner des parfums. Ginny lui tomba sur le dos sans prévenir, manquant lui provoquer un arrêt cardiaque.
-Du calme, Ron ! dit Ginny en riant joyeusement. On croirait que tu viens de voir un Détraqueur !
-Me surprends pas comme ça ! pesta le rouquin en cachant précipitamment un flacon dans son dos.
Au moins, constata-t-il, Jessica n'était pas dans les environ. Sa sœur l'observait d'un œil critique alors que Luna dérangeait les étalages avec application.
-Tu cherches du parfum, Ron ?
-Et alors ? grogna-t-il, les oreilles prenant une belle coloration carmine.
-Au rayon des parfums féminin ? insista Ginny avec une note amusée dans la voix.
Le rouge de ses oreilles se répandit sur son visage, faisant rire Ginny.
-Bon, choisit bien, Ron, lui lança-t-elle avec un clin d'œil.
Il serra le flacon dans sa main comme s'il avait peur qu'il lui échappe et s'éloigna rapidement vers le comptoir où la vendeuse lui annonça le prix sans se formaliser de sa teinte pivoine, visiblement blasée. Jessica rejoignit ses deux amies au même moment, son sourire cynique aux lèvres.
-S'passe quoi ? demanda-t-elle.
-Rien, répondit Ginny d'une voix qu'elle espérait dégagée.
Elle aimait beaucoup Jessica, mais elle avait conscience que tout le monde se porterait bien mieux si son amie n'était pas mise au courant des projets de son frère. Ginny s'aperçut que Jessica regardait les parfums d'un air songeur.
-Dis voir, c'est lequel, le préféré…
-Luna ! s'exclama Ginny. Bon sang, on ferait mieux de filer avant que la vendeuse voit ça !
Elle prit ses deux amies par la main et s'éloigna de l'étalage que la Serdaigle avait joyeusement mis sens dessus dessous avant de sortir dans la rue. La rouquine remercia intérieurement Luna d'être si fantasque.
Elles étaient à trois mètre du magasin quand un cri leur appris que la vendeuse venait de découvrir le réaménagement infligé par Luna.
Ils se retrouvèrent plus tard aux trois balais, une heure avant la leçon d'Hermione, pour boire un verre tous ensemble. Ils s'installèrent à une table pendant que Harry allait chercher leurs consommations.
-Tiens, t'y va pas, Ron ? s'étonna Hermione. C'est une première.
-Je vois pas pourquoi j'irais, rétorqua Ron d'un ton un peu trop brusque.
-La plupart du temps, c'était plus pour Mrs Rosemerta que pour rendre service, insista la jeune fille avec un sourire amusé.
Ron bougonna pendant que Jessica ricanait en décapsulant sa bouteille de bièraubeurre. Ils discutèrent un moment de tout et rien, puis de Quidditch. Hermione et Jessica levèrent les yeux au ciel avec un bel ensemble avant d'échanger un regard surpris, puis de se sourire d'un air complice.
-Ah tiens ! s'exclama soudain Ron. Je me demande qui va prendre la place de Lee comme commentateur, maintenant qu'il est partit.
-Ah oui, j'y pensais plus, dit Ginny. Ca va faire bizarre de plus l'entendre… J'imagine que McGonagal va choisir quelqu'un de plus sérieux !
-Elle m'a demandée si je voulais bien le poste et j'ai dis oui ! annonça Luna de sa voix rêveuse en regardant avec intérêt les reflets qui jouaient sur la capsule de sa bouteille.
Son intervention provoqua un silence alors que tous essayaient d'imaginer un match de Quidditch commenté par Luna.
-Finalement, je vais peut-être enfin apprécier un match, dit Jessica d'une voix songeuse.
Ginny éclata de rire avant de féliciter son amie en lui assurant qu'elle était impatiente de l'entendre. Ron et Harry partageaient la même inquiétude et Hermione pouffait en imaginant le résultat.
-Pauvre McGonagal, reprit la Serpentard du groupe. Déjà qu'elle passait la moitié des match à reprendre Lee…
-Ca promet… fit Ron, morose.
Plus le temps passait, plus Hermione s'agitait, consultant sa montre toutes les cinq minutes. Ron ne cessait de lui lancer des regards en coin, nerveux. Finalement, il prit son courage à deux mains et tendit une fiole à Hermione, les oreilles écarlates et éperdu de gratitude en constatant que sa rougeur se limitait à cette partie de son visage.
La Gryffondor le regarda avec surprise hésitant à prendre la bouteille dépourvut du moindre indice sur son contenu.
-C'est quoi ? voulut-elle savoir.
-Trois fois rien, répondit Ron d'une voix qui se voulait dégagée, mais qui était en fait saccadée par sa nervosité. Ouvre et tu verras…
Avec un sourire incertain, Hermione prit la fiole et, après un instant d'hésitation, la déboucha.
Aussitôt, une très forte odeur d'empestine se répandit, provoquant des grognements de dégoûts. Hermione reboucha aussi sec le flacon en lançant un regard noir à Ron.
-Non mais vraiment ! Tu trouves ça drôle ? tempêta-t-elle.
-Mais j'y suis pour rien, gémit le rouquin qui en était encore à se demander comment il avait réussit à confondre un parfum avec de l'empestine.
-Quand est-ce que tu grandira un peu !
-Joli, Ron. Je connaissais pas ce parfum, lança Jessica avec un sourire amusé. Par contre, j'ai dans l'idée qu'il ne fais pas l'unanimité !
Ginny fronça les sourcils en observant Jessica qui s'amusait ouvertement de la déconvenue de son frère et lorsque les yeux émeraude se tournèrent dans sa direction, elle lui adressa un regard d'avertissement. Aussitôt, Jessica se détourna, mais ravala ses sarcasmes.
Hermione continuait de lancer des regards noirs à un Ron penaud qui décida de ne plus jamais mettre un orteil dans une parfumerie, ni même d'approcher à moins de cinq mètres des rayons parfums.
Soudain, un corbeau se posa sur la table et lança un regard mauvais à la ronde avant de sautiller vers Jessica pour tendre sa patte dans sa direction. La Serpentard détacha le message en regardant le volatile d'un air partagé entre l'agacement et l'embarras.
-Allez, file ! lança-t-elle d'un ton brusque au corbeau qui donnait des coups de bec à une capsule.
L'oiseau lui lança un regard réprobateur, puis s'envola, la capsule dans le bec. Elle rangea la lettre dans une poche, sentant le regard d'Hermione.
-Tu connais ce corbeau ? demanda celle-ci d'un ton qui indiquait clairement qu'elle l'avait parfaitement reconnu.
-Mon père est pas fichu d'avoir un hibou, comme tout le monde, expliqua Jessica en s'efforçant de ne pas regarder Hermione avant de boire une gorgée de bièraubeurre.
-J'ai beaucoup aimée les fleurs.
Jessica avala de travers et toussa longuement. Luna lui tapa distraitement dans le dos.
-Pourquoi tu n'es pas venue directement plutôt que d'envoyer le corbeau ? insista Hermione.
-Mais oui, j'allais arriver à l'improviste dans une salle remplie de Gryffondors avec ma tenue vert et argent et mes sarcasmes…
-Tu aurais au moins put signer une carte, poursuivit Hermione avec une note de reproche. J'ai pas arrêtée de me demander qui m'avait envoyé ces fleurs. Mais je me demande comment tu as sut…
Son regard se posa sur Ginny qui s'intéressa soudain au contenu de sa bouteille et Hermione éclata de rire, amusée. Ron, lui, lançait des regards noirs autant à Jessica qu'à sa sœur tout en se demandant pourquoi il s'énervait autant.
-Enfin, c'était gentil de ta part, Jessica ! reprit joyeusement Hermione.
Jetant un coup d'œil à sa montre, elle bondit sur ses pieds en criant qu'elle allait être en retard et détala avant que quiconque ait eut le temps de prononcer un mot.
-Je me demande pourquoi elle apprend à transplanner, fit remarquer Ron. Elle à déjà le chic pour disparaître…
Le regard qu'il posa sur elle indiqua clairement à Jessica qu'il aimerait rien plus que la voir disparaître elle aussi. Elle lui rendit son regard. Elle était sûre et certaine que Ron n'avait pas saisit la signification réelle de son cadeau envers Hermione, mais elle lisait dans ses yeux qu'il avait inconsciemment découvert une chose qu'elle avait compris depuis qu'elle avait prit conscience de ses sentiments, quelques semaines plus tôt : Ils étaient rivaux.
-
A bout de souffle d'avoir courut depuis Pré-au-Lard jusqu'aux alentours de Poudlard où elle devait retrouver McGonagal, Hermione se plia en deux en respirant profondément, les joues rougies, les poumons en feu et les mains appuyées sur les genous sous le regard vaguement amusé de l'Animagus.
-Et bien, Miss Granger, ça va aller?
-Ou... Oui, prof... professeur... balbutia Hermione en reprenant difficillement son souffle.
-Vous n'étiez pas obligée de tant vous dépêcher, vous savez.
-Je ne... voulais pas... être en retard...
-J'imagine qu'il aurait été plus simple de se retrouver au village, mais je me disais que nous serions plus tranquille ici, reprit McGonagal. Transplaner dans une rue bondée de monde est délicat et je ne voudrais pas que vous apparaissiez au milieu d'une autre personne.
L'imagination d'Hermione lui présenta une vision peu ragoûtante et elle grimaça d'horreur.
-Ce serait préférable, en effet, professeur.
-Vous êtes venue seule ? demanda soudain McGonagal, les sourcils légèrement froncés. Ce n'est pas très prudents, vous savez que les nouvelles mesures de sécurité recomandent de ne pas se promener seule en dehors de l'enceinte du chateau, Miss Granger.
-Je suis venue aussi vite que possible, je n'y ai pas pensée, expliqua Hermione avec une moue contrite. Désolée, professeur, je ferai attention la prochaine fois.
Le visage sévère de McGonagal se radoucit et elle lui tapota gentiment l'épaule.
-Ce n'est pas bien grave, Miss Granger, mais vous devez être prudente en ces temps troublés. Bien, nous allons commencer !
Instantanément, Hermione afficha une expression d'intense concentration qui fit sourire McGonagal.
-Détendez-vous, Miss Granger, ce n'est qu'un simple entraînement, pas un examen.
La jeune fille se força à sourire. Elle se sentait précisement dans le même état d'esprit que lorsqu'elle passait ses BUSE. La seule idée de décevoir McGonagal alors qu'elle daignait lui accorder des lessons particulière de Transplanage la terrorisait.
-Bien, reprit McGonagal. Nous avons principalement étudié le principe du Transplanage jusqu'à présent. Les diverses protections de Poudlard ont toujours veillée à ce que vous ne puissiez mettre en pratique ce principe, mais je pense que vous ne devriez pas avoir trop de mal à parvenir à un résultat satisfaisant !
-Je l'espère, Professeur, répondit une Hermione qui ne se sentait pas aussi confiante.
L'entraînement dura deux heures. Hermione se concentrait encore et encore, s'efforçant de se déplacer de quelques mètres par la seule force de sa pensée, chose bien plus facile à dire qu'à faire. Pendant ce temps, McGonagal ne cessait de scruter les environs avec une attention soutenue.
-Vous cherchez quelque chose, professeur ? demanda Hermione, profitant de l'occasion pour faire une pause.
Le premier Transplanage lui semblait particulièrement difficile. Jusqu'à présent, elle n'avait ressentit qu'un léger engourdissement, mais n'était pas sûre que ce n'était pas dû au vent qui s'était bien rafraichit ces derniers jours.
-Non, répondit McGonagal. Mais je n'ai pas grand chose à faire pour le moment, donc autant en profiter pour surveiller un peu les environs.
-Vous pensez qu'on pourrait nous attaquer?
-Très peu de chances. Mais mieux vaut être prudente, vous ne pensez pas ? Poursuivez, Miss Granger, ne faites pas attention à moi.
Sur un hochement de tête, Hermione obéit. Elle avait la sensation que McGonagal lui cachait quelque chose, mais elle décida de ne pas y prêter attention. Après tout, il s'agissait d'un professeur, membre de l'ordre qui plus est ! Fermant les yeux, la jeune fille se concentra de nouveau, bien décidée à réussir à Transplaner avant la fin de la séance.
-Au fait, comment s'est passée votre sortie? demanda soudain McGonagal.
-Oh, oui, répondit Hermione avec une petite moue. Du moins si on met de coté le fait que Ron n'a rien trouvé de plus amusant à faire que de m'offrir un flacon d'empestine...
-Il a fait ça ? s'étonna McGonagal en affichant un air sévère. Et moi qui pensait qu'il avait mûrit...
-Parfois, je me demande si Ron mûrira jamais, soupira Hermione en levant les yeux au ciel.
Lorsqu'elles reprirent enfin le chemin du chateau, Hermione avait Transplanée deux fois. Elle était un peu déçue, mais McGonagal s'était déclarée très impressionée de la voir réussir si vite.
-Allons, Miss Granger, ne soyez pas si exigeante envers vous-même. C'est déjà un excellent résultat, vous êtes décidément une élève très douée et pleine de talent.
-Vous exagérez, professeur, répliqua une Hermione flattée malgré tout.
-Du tout. Partie comme vous l'êtes, vous deviendrez une grande sorcière.
Hermione rôsie de plaisir sous les compliments, embarassée et bien contente que Ron et Harry n'étaient pas dans les parages. Quoi qu'ils en disent, ils avaient tendance à être un peu jaloux chaque fois qu'on la complimentait sur ses talents.
De fil en aiguille, elle en vint à se demander si ses amis étaient déjà rentrés de Pré-au-Lard. Elle avait vus plusieurs élèves passer au loin les portails de Poudlard, mais sans vraiment reconnaître de visages et elle avait certainement pas remarquée la plupart des élèves ayant franchis le portail, concentrée comme elle l'était sur son exercice.
Soudain, une idée qui l'intrigait depuis un certain temps déjà lui revint un mémoire.
-Professeur McGonagal, est-ce que vous connaissez bien le professeur Wingdal ?
-Le professeur Wingdal ? répéta McGonagal en haussant les sourcils. Et bien, surtout de réputation... C'est un sorcier très talentueux, mais difficile à cerner. J'ai d'ailleurs eu maintes fois l'occasion de remarquer que sa fille avait hérité de ce trait de caractère.
-Oh ça oui ! répondit Hermione avec chaleur. Mais le professeur Wingdal ne m'a pas semblé aussi... ambiguë que Jessica.
-Et bien, c'est surtout parce qu'il s'agit d'un des rares sorciers à avoir opté pour la neutralité lorsque Vous-Savez-Qui était au pouvoir.
-Vraiment ? s'étonna Hermione. C'est pourtant un membre de l'Ordre, non?
Surprise, McGonagal l'observa un moment en silence, puis se fendit d'un léger sourire.
-Je suppose que ce sont vos amis qui vous ont informés, il me semble que c'était Harold qui est allé chercher Potter pour le ramener chez les Weasley en compagnie de Tonks et Maugrey?
Le léger reniflement qu'émit McGonagal laissait clairement entendre l'avis qu'elle avait sur les deux autres membres de l'Ordre, ce qui fit sourire Hermione. Elle savait que McGonagal trouvait imprudent de confier des tâches aussi importantes à la maladresse et la paranoïa incarnés.
-Quoi qu'il en soit, c'est vrai, Harold est sortit de sa neutralité cette fois. Ce fut une surprise, je peux vous l'assurer ! Mais une excellente surprise, l'Ordre à grand besoin de sorciers aussi compétents. C'est réellement un homme formidable !
Hermione sourit. C'était rare que McGonagal soit aussi élogieuse et son estime pour le professeur Wigdal remonta un peu. Malgré tout, elles s'éloignaient du sujet qui la préoccupait.
-En fait, je me demandais pourquoi le professeur Wingdal déteste autant sa fille, professeur.
McGonagal s'arrêta et posa sur Hermione un regard perçant, fronçant les sourcils.
-Je l'ignore, Miss Granger, dit-elle enfin. Il n'en parle jamais et je ne lui ai pas posé la question. J'estime qu'il ne m'appartient pas de me mêler de la vie privée de mes collègues tant que cela ne nuit pas à leur travail ou à l'Ordre. Mais le professeur Wingdal déteste-t-il vraiment sa fille, selon vous ? reprit-elle après un court silence. Je ne l'ai jamais vu manifester à son égard aucune forme d'hostilité. En revanche, Miss Wingdal...
Hermione grimaça, bien obligée d'admettre que McGonagal marquait un point.
-Bien entendu, je n'ai pas l'intention d'émettre le moindre jugement sur Miss Wingdal, la connaissant assez mal, reprit McGonagal. Néanmoins, je pense qu'il serait préférable que vous ne l'entreteniez pas des affaires de l'Ordre, ni que vous mentionnez son existence en sa présence.
-Pourquoi ? s'étonna Hermione. Si son père est membre de l'Ordre...
-Comme vous l'avez fait remarquer, Miss Granger, les Wingdal ne sont pas en très bon termes. Nous ignorons si le professeur Wingdal à mit sa fille au courant de ses liens avec l'Ordre, voire même si elle est au courant de son existence. Dans le doute, nous préférons agir comme si ce n'était pas le cas.
-Je comprends, professeur, je ferai attention, promis Hermione.
Elles reprirent leur marche en direction du château qui se dressait à une distance modérée. Hermione se prit à songer aux Wingdal. Elle avait toujours trouvé la famille Weasley horriblement compliquée avec tous ses fils aux caractères radicalement différents. Pourtant elle se rendait compte à présent que Percy mis à part, il s'agissait d'une famille unie et soudée, qui avait très peu de secrets les uns envers les autres. Tous les enfants Weasley, Percy excepté, connaissaient l'existence de l'Ordre, même si leur parents s'efforçaient de leur épargner les détails en dépis des efforts des jumeaux pour les découvrir par tous les moyens possibles et imaginables.
Mais jamais elle n'avait vue un Weasley afficher l'expression de haine et de rancoeur qu'elle voyait sur le visage de Jessica chaque fois qu'elle apercevait son père. Même Percy, dont la rancune envers ses parents semblaient intarissable, se bornait d'afficher un dédain désapprobateur qui passait pour des plus anodins en comparaison.
Hermione se demanda ce qui avait bien pu se produire entre le père et la fille pour produire un tel résultat. Elle y pensait encore lorsque McGonagal la saisit soudain par le bras, une bonne quinzaine de mètres avant d'atteindre les portes du château.
-Encore une chose, Miss Granger, murmura McGonagal en s'assurant d'un regard circulaire qu'elles étaient seules.
-Oui, professeur ?
-J'aimerais que nous poursuivions de manière plus soutenue votre... autre entraînement...
Hermione prit une inspiration et regarda autour d'elle avec inquiétude.
-Mais vous disiez que...
-Je n'ai pas oublié, Miss Granger, mais la situation à changée. Je sais que vous êtes très occupée, néanmoins j'insiste pour que vous y travailliez plus encore. C'est très important, bien plus que tout le reste !
-Je comprends, répondit Hermione en s'agitant, mal à l'aise.
-Bien. Je dois vous laisser, à présent. Je vous ferais parvenir un planning sous peu. Passez une bonne fin de journée, Miss Granger.
-Merci, vous aussi, professeur.
Alors qu'elle regardait McGonagal s'éloigner, Hermione poussa un soupir. Elle était partagée entre l'excitation, la soif d'apprendre, mais aussi l'inquiétude à l'idée qu'elle devrait redoubler de prudence.
Elle savait que ni Ron, ni Harry ne le lui pardonnerait si jamais ils venaient à le découvrir.
Merlin ! songea-t-elle avec force. Inutile de s'inquiéter de ça maintenant !
Hochant la tête pour elle-même, elle écarta ces soucis pour le moment et se remis en marche. Elle franchit les portes du château et alla jeter un coup d'oeil dans la grande salle. Elle n'y vit aucun de ses amis, aussi décida-t-elle d'aller jeter un coup d'oeil dans la salle commune.
Perdue dans toute sorte de pensées, elle finit par s'apercevoir qu'elle s'était complètement trompée de chemin. Grommelant après sa distraction, elle fit demi-tour et percuta de plein fouet une mince silhouette qui s'étala par terre avec un cri perçant.
-Désolée ! fit Hermione avant de se rembrunir.
Assise par terre, le professeur Trelawney la regardait avec surprise au travers de ses épaisses lunettes, une main sur sa poitrine couverte de perles et de châles.
-Miss Granger ? Que faites-vous ici ?
-Oh, vous ne m'aviez pas vue venir ? demanda Hermione avec un sourire ironique.
-Sachez, jeune impertinente, que mon troisième oeil était occupé à des choses bien plus importante que ce couloir, répliqua Trelawnay d'un ton glacial tout en se redressant.
Hermione se garda bien de l'aider. Son respect naturel des professeurs n'englobait pas Trelawney qu'elle tenait pour un charlatan, au mieux. La voyante la prit par le bras.
-Vraiment, Miss Granger, vous me décevez toujours autant. Mais vous n'avez jamais eu le moindre talent pour le noble Art de la divination, hélas...
-Comme c'est dommage ! Mais je vous assure que je survit très bien sans !
-C'est ce qu'ils disent tous jusqu'à ce que... ce... jusque...
Le regard de Trelawney se faisait de plus en plus vague. Hermione fronça d'abord les sourcils avant de sentir un soupson d'inquiétude l'envahir. Elle n'appréciait pas Trelawney, d'accord, mais la fichue bonne femme semblait faire une crise d'elle ne savait quoi.
-Vous êtes vous cognée en tombant, professeur? demanda-t-elle en la soutenant alors que Trelawney chancelait.
Son visage se crispa soudain et elle posa un regard si hébété sur Hermione que la jeune fille eut un mouvement de recul. La poigne de la voyante était pourtant ferme et Hermione ne parvint pas à s'en défaire, de plus en plus inquiète. Lorsque Trelawney reprit la parole, ce fut d'une voix rauque, profonde et pleine d'étranges harmonique, bien loin du semblant de voix éthéré qu'elle affectait durant ses lessons.
-« Au cours d'une danse
La mort s'élance.
Au bout du chemin,
La jeune fille connaîtra son destin.
Prends garde à ta voie bien choisir,
Car ta confiance, quelqu'un va trahir.
L'étreinte du serpent se reserre
Quand on choisit entre ombre et lumière. »
-Quoi ? Mais qu'est-ce que...
Trelawney vacilla, déséquilibrant Hermione et la coupant au beau milieu de sa phrase. Elle se rattrapa au mur tout en posant un regard terrifiée sur Trelawney qui cligna des yeux, l'air complètement perdue.
-Que vous arrive-t-il, Miss Granger ? demanda-t-elle en la voyant si pâle. On croirait que vous venez de voir un fantôme.
-Vous... Vous... balbutia Hermione. Vous vous croyez drôle, c'est ça ?!
-Vous vous sentez bien, ma petite ?
-VOUS me demandez si MOI je me sens bien ? s'écria hermione dont l'inquiétude cédait la place à la colère. Vous essayez de me faire peur, c'est ça ? Espèce de vieille chouette complètement folle !
-Non mais dites donc ! s'offusqua Trelawney en se redressant de toute sa hauteur. C'est vous qui êtes devenue toute pâle et vous êtes jetée sur le mur, je vous signale.
-Quoi?! C'est vous qui avez dis de drôles de choses ! hurla Hermione.
-Je vous ai juste dis que vous n'aviez aucun talent pour la divination ! rétorqua Trelawney avec raideur. Je savais que vous vous vexiez vite lorsque l'on remettait en cause vos petits talents, mais à ce point ! C'est ridicule !
Et elle s'éloigna d'un pas raide, une moue vexée sur le visage. Hermione la suivit du regard avant de se forcer à se détendre.
C'était forcément une mauvaise blague, songea-t-elle. Trelawney était aussi douée pour la voyance qu'une diseuse de bonne aventure moldue. La seule différence entre les deux étant que Trelawney savait se servir d'une baguette magique comme n'importe quel sorcier.
Bien sûr, le mépris d'Hermione pour la divination en avait pris un coup lorsqu'elle avait appris qu'il existait de vraie prophéties et que l'une concernait Harry et Voldemort, bien qu'elle ignorait que son ami l'avait entendue. Mais de là à s'imaginer que Trelawney était capable de faire une vraie prophétie...
Un peu plus calme, Hermione renifla en lançant un regard noir dans la direction qu'avait prise Trelawney. Sans doute la vieille chouette avait-elle voulut lui faire peur en jouant les grandes voyantes. A défaut de don pour la divination, elle avait sans doute un talent pour jouer la comédie, estima Hermione.
Décidant qu'elle avait eu son compte d'émotions forte pour la journée, voire même pour la semaine, Hermione marcha plus vite qu'à son habitude en direction de la salle commune.
