NdA : Et vi, une update plus rapide que prévue ! Mon déménagement est légèrement reporté à ce we, donc devrais pouvoir rajouter un ou deux chapitre, celui-ci inclu. Comme toujours, un grand merci aux reviewers, ainsi qu'aux lecteurs anonymes (y a pas de raisons ). Une fois de plus, on clap bien fort Amand1 qui s'est coltinée la correction ! J'espère que ce chapitre vous plaira et vous embrouillera encore plus les idées !
Une fois de plus, Hermione passa une nuit perturbée par le flot de questions de ses camarades de chambre et encore une fois, elle maudit la répartition qui l'avait collée dans la chambre des deux pires commères que l'école avait connu depuis on ne savait combien de générations. Ce ne fut que quand Hermione les menaça de les changer en vipère pour qu'elles puissent aller interroger directement le serpent dans le même bocal que Parvati et Lavande renoncèrent enfin à la persécuter.
La menace ne les empêcha malheureusement pas de se livrer à leur activité favorite et dès le lendemain matin, tout Poudlard semblait savoir que quelqu'un avait glissé un serpent venimeux dans le sac d'Hermione. Celle-ci ne s'en étonna pas vraiment. L'incident avait eu lieu dans la salle commune à une heure où elle était encore pleine à craquer, par conséquence, même sans les deux commères de service, la nouvelle aurait circulé à peine moins vite.
Alors qu'elle faisait son entrée dans la Grande Salle en compagnie de Harry et Ron, toutes les têtes se tournèrent dans sa direction et les murmures redoublèrent d'intensité, certains la pointant ouvertement du doigt ou se tordant le cou pour mieux voir. Hermione s'installa sans un mot, écrasée par le poids des regards et croisa celui de Harry. Le jeune homme lui adressa un sourire encourageant. Il savait d'expérience la sensation produite par toute une école qui vous considérait comme un phénomène de foire.
Non loin du trio, Parvati et Lavande papotaient avec animation et force gesticulations tout en lançant des regards furtifs en direction d'Hermione. D'après ce que celle-ci parvint à saisir du flot de murmures bourdonnant autour d'elle, il s'avéra que désormais, les rumeurs étaient très proches de la vérité. Beaucoup semblaient supposer que Voldemort avait délaissé Harry pour s'attaquer à Hermione.
-Comment ils ont deviné ? murmura Ron en se penchant vers Hermione et Harry. Vous pensez que quelqu'un leur a tout dit ?
-Non, répondit Hermione à voix basse. Je pense qu'ils ont tout simplement mis bout à bout tous les derniers évènements qui se sont produits ces dernières semaines...
La jeune fille commença à énumérer sur ses doigts, l'air sombre.
-Dumbledore qui vient en personne me chercher en plein cours. L'attaque lors du bal durant laquelle les Mangemorts me prennent directement pour cible. Et maintenant un serpent glissé dans mon sac plutôt que celui de Harry... Pas besoin d'être un génie pour en conclure que les Mangemorts ont décidé de me tuer.
-Et comme les Mangemorts n'agissent pratiquement que sur ordre de Voldemort... ajouta gravement Harry.
Ron grimaça en entendant le nom, mais ses amis ne lui prêtèrent aucune attention. Ils entendaient une soudaine animation du coté des Serpentard. Hermione se tourna dans cette direction et vit Jessica approcher à grands pas. Elle était livide et ses mains tremblaient alors qu'elle les serrait au point que ses articulations étaient blanches.
-C'est vrai ce qu'on raconte ? demanda-t-elle d'une voix vibrante inhabituelle. Il y avait vraiment un serpent dans ton sac ?
-Oui. Mais ne t'en fais pas, Pattenrond, mon chat, l'a sentie et a réussi à l'empêcher de m'attaquer, répondit très vite Hermine en voyant l'expression d'horreur qui était apparue sur le visage de son amie.
Jessica baissa la tête, serrant les dents avec colère. Elle sentait des larmes de rage lui piquer les yeux.
-Je suis vraiment désolée, Hermione, dit-elle. J'aurais dû m'assurer que tout était en ordre avant de te rendre ton sac...
-Et c'est toi qui serait morte, répliqua Hermione. Ne soit pas stupide, Jessica, n'importe qui d'autre aurait pu le ramasser et me le redonner. Le hasard a voulu que ce soit toi, tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit !
Ron grommela vaguement quelque chose avant de poursuivre son petit déjeuner, visiblement de mauvaise humeur. Jessica se tourna vers lui et le regarda avec lassitude, toujours aussi pâle.
-Laisse moi deviner... Tu penses que c'est moi qui ai glissé le serpent dans le sac, c'est ça ?
-J'aimerais bien... répondit Ron avec franchise tout en la fusillant du regard. Mais on sait que c'est pas toi.
-Harry a interrogé le serpent, expliqua Hermione devant l'expression étonnée de Jessica.
Celle-ci fronça les sourcils, puis une lueur de compréhension brilla dans ses yeux émeraude. Sans même y penser, Jessica s'assit à coté d'Hermione. Ce fut comme si le quelqu'un venait de presser un bouton marqué « pause ». Toute la Grande Salle s'était figée, posant sur la jeune fille des regards hostiles. D'aussi loin que l'on s'en souvenait, c'était la première fois qu'une Serpentard s'asseyait à la table des Gryffondors.
Hermione sentait la rage de Ron émaner de lui comme d'un brasier et réprima un sourire. Partout où elle posait les yeux, elle ne voyait que regard furieux ou choqué. Elle s'étonnait presque que personne n'ait réagi physiquement, mais se rappela que Jessica était relativement populaire pour sa manie de se moquer de Malfoy et de Rogue à la moindre occasion. Pourtant, elle restait aux yeux de tous une Serpentard et les Gryffondors étaient visiblement insultés de la voir s'asseoir à leur table.
Risquant un coup d'oeil à la table des professeurs, Hermione eut la satisfaction de voir Dumbledore hocher la tête avec un sourire approbateur. McGonagall semblait partagée entre une expression sévère et encourageante. Mais plus surprenant encore, Rogue restait de marbre. Hermione aurait pourtant juré que le professeur de Potion aurait fait un infarctus en voyant une Serpentard côtoyer aussi ouvertement des Gryffondors. Wingdal, pour sa part, agissait comme s'il n'avait rien remarqué.
Hermione sourit, se souvenant de l'accueil de Luna lorsqu'elle s'était rendue à la table des Serdaigle pour la première fois, et tendit à son amie le porte- toast. Jessica en prit un machinalement, réfléchissant toujours.
-C'est vrai que Potter est Fourchelangue, murmura-t-elle en regardant Harry avec intérêt. Fallait y penser, en tout cas.
Le jeune homme hocha la tête avec raideur, ne sachant pas trop comment réagir. Il se sentait lui-même partagé. Il trouvait Jessica sympathique, mais elle restait une Serpentard. Pourtant c'était l'amie d'Hermione, qui lui en voudrait sûrement s'il se montrait hostile. D'un autre coté, Ron était déjà au bord de l'apoplexie à ses coté et il avait dans l'idée qu'accepter la présence de Jessica voudrait l'achever.
La Grande Salle retrouva soudain sa mobilité et tout le monde se mit à parler avec animation, lançant des regards à la fois intrigués et hostiles en direction de Jessica et Hermione. Ni l'une ni l'autre n'y fit attention.
-Et je peux savoir ce que le serpent a dit, ou c'est top secret ? demanda Jessica à mi-voix.
-Le coupable aurait de la barbe, répondit Hermione, estimant que ce n'était pas vraiment une affaire concernant l'Ordre. McGonagall soupçonne l'Animagus dont tu nous avais parlé.
Jessica se prit la tête entre les mains.
-Je suis trop bête... L'Animagus... Ca explique la forme sombre qui m'a distraite quand je me suis pris les pieds dans ton sac ! Pourquoi j'y ai pas pensé...
Hermione lui caressa doucement le dos pour la réconforter. Elle était touchée par la sollicitude de Jessica. Dire que McGonagall, Ron et Harry l'avait soupçonnée. C'était vraiment stupide, comme idée. A sa droite, Ron renifla avec mépris, décidé à ne pas se laisser berner par son petit numéro pathétique.
-Arrête de t'en vouloir, Jessica, murmura Hermione. Il n'y a pas eu le moindre blessé, c'est le principal.
-On peut savoir à quoi tu joues, Wingdal ?!
Jessica et Hermione se retournèrent d'un même mouvement. Draco les toisait, lui aussi au bord de l'apoplexie. Jessica se fendit d'un sourire mauvais que la plupart de ses camarades avaient fini par reconnaître et provoquait habituellement des détours dans tout Poudlard.
-A un petit jeu très intéressant qui s'appelle l'amitié, Malfoy. Faudrait que t'essaie, un jour, mais ça implique de traiter son entourage autrement que comme du décor. Et toi, t'as une raison pour venir ici en dehors de faire étalage de ta stupidité congénitale et me gâcher le petit-déjeuner ?
Deux tâches roses apparurent sur les joues du jeune homme alors que des rires discrets s'élevaient autour d'eux, mais il était décidé à ne pas se laisser impressionner.
-Tu es une Serpentard, Wingdal ! s'énerva-t-il. Tu n'as rien à faire à cette table !
-Tiens donc, pas plus tard qu'hier, tu me disais encore que j'étais indigne d'être une Serpentard, faudrait savoir ce que tu veux. Et moi qui pensais te faire plaisir, tsss...
-N'empêche qu'il a raison, intervint Ron avec mauvaise humeur. Personne t'a invitée que je sache.
Le sourire de Jessica s'élargit encore, découvrant ses dents en un rictus carnassier.
-Vous gênez pas pour fonder un fan-club, les gars ! Ravie de voir que vous êtes capables vous aussi de dépasser ces stupides préjugés entre Maisons.
-Je pactise pas avec l'ennemi, moi ! s'offusquèrent d'une même voix Ron et Draco avant de se fusiller du regard.
-Par contre, vous pactisez avec l'idiotie, à ce que je vois, répliqua avec amusement Jessica en se détournant.
Hermione leva les yeux au ciel, amusée malgré elle, alors que Draco s'éloignait d'un pas rageur et que Ron s'enfermait dans un silence boudeur.
-
Dans les jours qui suivirent, Jessica ne retourna pas s'asseoir à la table des Gryffondors. Pourtant, l'incident fit énormément parler de lui, occultant même l'histoire du serpent, au grand soulagement d'Hermione. Elle avait craint qu'on ne s'intéresse trop à cette histoire au point que la vérité éclate au grand jour et finisse par atteindre les oreilles d'un journaliste quelconque, mais elle constata que la Gazette ne semblait pas en avoir eu vent.
Ce qui ne la dispensait pas de recevoir sa dose quotidienne de soucis. A commencer que Ron l'avait de nouveau invitée à sortir. Si Hermione s'y était plus ou moins préparée, cette fois, elle n'en fut pas moins déchirée par l'incertitude.
En effet, elle s'était rendue compte que l'annulation de son dernier rendez-vous l'avait soulagée. Mais elle n'était pas sûre d'en comprendre les raisons. Cela voulait-il dire qu'elle n'aimait pas Ron ou bien tout simplement qu'elle n'était pas prête ? Elle se rendait confusément compte qu'elle était effrayée de découvrir les réponses à ses questions, comme si elles déboucheraient sur d'autres questions bien plus embarrassantes encore à ses yeux.
Hermione considérait toujours que la meilleure façon de se fixer sur ses sentiments était de tenter l'expérience, mais songea également qu'après tout, rien ne pressait. Sa vie lui paraissait déjà horriblement compliquée sans qu'elle s'encombre en plus d'histoires sentimentales. Une petite voix lui murmura qu'il ne s'agissait peut-être pas vraiment du vrai problème, mais Hermione l'ignora résolument.
Elle répondit donc à Ron qu'elle avait besoin de temps pour réfléchir, ce qui ne manqua pas de décevoir son ami, bien qu'il n'insista pas, craignant d'essuyer un refus s'il tentait de brusquer les choses.
L'autre source d'irritation d'Hermione ne lui était pas réservée, en revanche. Pendant plusieurs jours, la plupart des élèves de Poudlard ne cessait de lancer au trio des regards mi-intrigués, mi-furieux, ne digérant toujours pas le fait que Jessica s'était assise à la table des Gryffondors et considérant Hermione, Harry et Ron comme en partie responsables.
Autant dire que le rouquin était ravi de l'attention. Ses rapports déjà tendus avec Jessica se firent encore plus désastreux, à la surprise d'Hermione qui n'aurait jamais cru la chose possible. Pour empirer encore les choses, le caractère particulier de Jessica n'arrangeait pas les choses puisqu'elle répondait aux attaques de Ron par des sarcasmes particulièrement blessants évoquant ses performances au Quidditch autant que son « accident » lors du bal.
Ron n'était d'ailleurs pas le seul à profiter de la langue acérée de Jessica. La jeune fille recevait sa part de persécution pour s'être assise chez les Gryffondors, notamment de la part de ses camarades Serpentards. En revanche, la campagne menée par Malfoy n'avait pas duré bien longtemps, Jessica s'étant déchaînée avec une verve digne de Rogue. Depuis, la plupart des élèves l'évitaient avec un soin tout particulier.
Ginny s'amusait tout particulièrement de la situation. Elle regrettait principalement d'avoir raté le petit-déjeuner en question, consciente que l'occasion de manger avec Jessica ne se répèterait pas avant longtemps, voire même jamais. Elle ne parvenait pas non plus à en vouloir à la Serpentard de tourner son frère en dérision, ce qui contribuait encore à énerver ce dernier.
-Vous pourriez au moins prendre ma défense ! s'offusqua-t-il lors de l'une de leur visite à l'infirmerie.
-Tsss, et ça se cache derrière sa petite soeur, commenta Jessica avec amusement.
-Toi, je t'ai pas parlée ! explosa Ron.
-Ca suffit, vous deux ! cria finalement Hermione, exaspérée. Vous faites peur à Luna !
En effet, la Serdaigle s'était à moitié dissimulée derrière Ginny et regardait les deux antagoniste avec une méfiance enfantine, une adorable petite moue sur le visage. Ron afficha une expression boudeuse, mais n'insista pas. Depuis qu'Hermione l'avait mis en attente d'une réponse concernant de futurs rendez-vous, il se montrait nettement plus conciliant chaque fois qu'Hermione donnait des signes d'exaspérations.
La préfète s'en voulait un peu de profiter ainsi de l'attirance de Ron, mais elle était lasse de supporter leurs disputes continuelles. Elle n'avait aucun moyen de pression sur Jessica, mais à sa grande surprise, la Serpentard se montrait également conciliante dans les mêmes circonstances. La nouvelle circula d'ailleurs très vite dans tout Poudlard que seule Hermione parvenait à tempérer Jessica, ce qui lui valut un certain respect, principalement de la part de ceux qui faisaient régulièrement les frais du sale caractère de la Serpentard.
Ginny se fendit d'un sourire amusé en voyant Jessica hausser les épaules avec désinvolture suite à l'éclat d'Hermione, puis se tourna vers Luna et lui adressa un sourire rassurant. L'état de la jeune fille s'améliorait très vite, bien qu'elle était souvent désorientée et qu'elle se passait difficilement de Ginny. Chaque fois que la rouquine s'éloignait un peu trop, son moral dégringolait à nouveau.
Pomfresh s'en était inquiétée, craignant que Luna ne devienne dépendante de Ginny, mais cette tendance s'estompait à mesure que Luna progressait vers sa guérison.
-
Quelques jours plus tard, Luna quitta enfin l'infirmerie, pratiquement rétablie. La jeune fille affichait encore de temps en temps une expression déprimée, mais d'une manière générale, elle était redevenue telle que ses amies l'avaient toujours connue. Ginny était si heureuse en l'accompagnant hors de l'infirmerie que son visage semblait sur le point de se fendre en deux. Hermione et Jessica l'accueillirent chaleureusement, toutes deux ravies de la retrouver en parfaite santé.
-Je vais juste regretter de ne plus pouvoir dormir avec elle, confia Ginny à Hermione, rougissant légèrement, pendant que Jessica discutait joyeusement avec Luna.
-J'imagine, s'amusa Hermione avec un grand sourire entendu.
-Je suis vraiment contente qu'elle puisse reprendre les cours, en tout cas, reprit très vite Ginny en s'empourprant de plus belle.
Hermione rit doucement, puis reporta son attention sur leurs amies.
-Enfin, Jessica semble reparler avec elle comme avant, constata-t-elle avec un sourire.
-Oui, ça me rassure, approuva Ginny, soulagée qu'Hermione ait changé de sujet. J'avais peur que ce ne soit plus comme avant...
Hermione acquiesça. Elle avait partagé les mêmes craintes et était tout aussi soulagée. Cela signifiait donc bien que Jessica ne s'était pas éloignée des deux jeunes filles en raison de leur homosexualité. Hermione fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi cette simple constatation la rassurait autant.
Ou peut-être que c'est que je ne veux pas comprendre, justement... songea-t-elle avant de se reprendre. Elle chassa cette idée. Il n'y avait rien à comprendre. Elle était tout simplement peinée de voire une de ses amies se montrer distante avec une autre de ses amies, c'était une réaction parfaitement normale !
Se sentant un peu mieux, Hermione accompagna Jessica en direction de la salle de Métamorphose. Harry et Ron lui adressèrent un geste de la main, l'invitant à les rejoindre. Hermione hésita, posant un regard indécis sur Jessica. Celle-ci lui sourit légèrement.
-Va les rejoindre, ça me dérange pas.
-T'es sûre ?
-Certaine. On se voit plus tard.
Hermione partit s'installer avec ses amis, regrettant de ne pas pouvoir proposer à Jessica de les rejoindre également, mais elle savait que c'était impossible. Ron et elle ne pouvaient pas se supporter en temps normal, alors durant un cours où l'un comme l'autre commettaient des erreurs de temps à autres...
A la fin du cours, McGonagall s'approcha d'Hermione pour lui demander de rester. Intriguée, Hermione lança un regard d'excuse à Jessica qui l'attendait. La jeune fille hocha la tête, comprenant, et quitta la salle avec le reste de la classe. Ron la suivit du regard d'un air suffisant, mais se calma si sec en croisant le regard qu'Hermione posa sur lui.
-Je voulais simplement vous prévenir que nous allons bientôt tenter de déterminer si Miss Lovegood est bien une empathe comme vous l'avez suggéré, Miss Granger, annonça McGonagall une fois la salle vide.
-Une quoi ?! s'écrièrent d'une même voix Harry et Ron, ouvrant des yeux ronds.
McGonagall parut surprise.
-Vous ne leur avez pas parlé de votre théorie, Miss Granger ? s'étonna-t-elle.
-J'ai oublié, avoua Hermione avec un sourire d'excuse pour les deux jeunes hommes. C'est vous qui allez vous en charger, professeur ? Le professeur Dumbledore avait parlé du professeur Wingdal.
-C'est exact, mais je l'assisterai, répondit McGonagall. L'empathie est difficile à certifier.
-Une minute, une minute, intervint Ron en fronçant les sourcils. Vous êtes en train de nous dire que Loufoca serait une empathe ? C'est une plaisanterie, j'espère !
McGonagall posa sur lui un regard glacial, le visage sévère.
-Luna Lovegood pourrait effectivement posséder ce don, Weasley. Et vous devriez savoir, depuis le temps que nous nous connaissons, que je n'ai pas pour habitude de faire ce genre de plaisanterie. Quoi qu'il en soit, reprit-elle après une courte pause, nous feront éventuellement appel à vous afin de nous aider. Tout dépendra de la façon dont les choses évolueront.
Les trois élèves hochèrent la tête d'un même mouvement, chacun à ses pensées.
-Evidemment, je vous demande la plus grande discrétion dans cette affaire, ajouta McGonagall en les raccompagnant vers la sortie. L'empathie est un don rare qui à tendance à mettre les gens mal à l'aise.
Ils quittèrent la salle de classe et s'éloignèrent silencieusement dans les couloirs. Ayant tous abandonné l'Histoire de la Magie, ils disposaient de deux heures de libre, ce qui leur laissait jusqu'au déjeuner pour se livrer à l'activité de leur choix. Du moins en théorie. En pratique, malheureusement, la montagne de devoir en attente leur imposait un séjour dans la bibliothèque.
Tandis qu'ils avançaient en direction du hall, Harry et Ron ne cessaient de lancer des regards en coin à Hermione qui commençaient sérieusement à s'en irriter.
-Quoi encore ? demanda-t-elle finalement avec une pointe d'exaspération dans la voix.
-Pourquoi tu nous as rien dit pour Luna ? demanda Harry d'un ton âpre.
-Tu m'excuses, Harry, mais avec tout ce qu'il s'est passé ces derniers temps, ça m'était sorti de la tête, répondit Hermione. Je suis désolée, d'accord ? Et puis bon, c'est pas non plus comme si vous vous étiez beaucoup souciés de Luna pendant qu'elle était à l'infirmerie, ajouta-t-elle avec une moue. Il a fallut que je vous y traîne la plupart du temps...
-Je vois pas le rapport ! rétorqua Harry d'un ton sec. Pourquoi j'ai l'impression que tu nous caches délibérément certaines choses ?
Hermione écarta résolument la prophétie de son esprit, bien décidée à ne pas aborder ce sujet. Elle fit de même avec son entraînement, les circonstances étant particulières. Elle soutint le regard de Harry qui affichait une expression tout à la fois boudeuse, contrariée et soupçonneuse.
-Parce que tu ne nous as jamais rien caché, Harry ? demanda-t-elle.
Le jeune homme détourna les yeux, songeant à sa propre prophétie.
-J'espérais que malgré le fait que tu sois majeure, tu continuerais à nous considérer comme tes amis et pas comme des enfants, comme les autres...
Hermione ouvrit la bouche, s'étant préparée à tout, sauf à ça. Elle fixa Harry avec incrédulité, mais le jeune homme lui rendit un regard buté.
-Alors là, c'est la meilleure ! s'exclama-t-elle. Je croyais... excuse-moi, j'espérais que tu aurais un peu grandi depuis...
-Faut croire que non, s'énerva Harry. Après tout, j'aurais 17 ans que l'été prochain ! Qui sait, d'ici là t'auras peut-être sauvé le monde...
Hermione le gifla, furieuse. Ron ouvrait et fermait la bouche en les regardants tour à tour, l'air complètement perdu.
-Si tu crois que le fait d'avoir 17 ans va te donner la maturité d'un adulte, Harry, j'ai bien peur que tu ne le deviennes jamais... déclara Hermione d'un ton amer. Ne t'étonne pas d'être traité comme un gosse, Harry, parce que c'est exactement ce que tu es...
Elle s'éloigna à grand pas, laissant Harry seul avec un Ron qui hésitait visiblement sur la marche à suivre.
-Va la rejoindre, dit Harry. J'ai envie d'être seul, de toute façon.
Ron hésita, puis hocha la tête et courut à la suite d'Hermione. Harry soupira, espérant qu'au moins, son ami parvienne à profiter de l'occasion sans la gâcher. Il marcha distraitement au hasard des couloirs, perdu dans ses pensées.
Au moins, Sirius l'avait toujours traité comme un adulte. Quand l'Ordre avait tenté de lui cacher ce qu'ils avaient découvert, deux étés plus tôt, c'était son parrain qui avait exigé qu'on le mette au courant. Il avait été le seul à prendre sa défense, à le juger assez adulte pour comprendre. Harry se souvenait avec fierté de la façon dont son parrain s'était opposé aux autres membres de l'Ordre qui le jugeaient trop jeune, notamment Mrs Weasley.
Hélas, Sirius était mort. Et une fois de plus, il était mis à l'écart, jugé trop jeune malgré ses 16 ans...
-Et bien, Potter, ça ne va pas ? demanda une voix grave et profonde, le tirant de ses pensées.
Harry leva la tête et vit Wingdal qui l'observait de ses yeux émeraudes avec ce qui ressemblait à de l'inquiétude. Le jeune homme prit brusquement conscience de picotements dans sa joue gauche et devinait que la gifle d'Hermione avait laissé une marque.
-Tout va bien, professeur, répondit Harry. J'étais juste perdu dans mes pensées.
-Je vois... murmura Wingdal, visiblement guère convaincu. Puis-je vous offrir un verre dans mon bureau ? J'ai un excellent whiskey Pur-Feu. Et croyez-moi, cette boisson gagne à se faire partager ! Je sais bien que vous n'êtes pas encore majeur, mais si vous ne dites rien à personne, je ferais de même, ajouta-t-il avec un clin d'oeil.
Harry accepta l'offre. Se faire traiter comme un adulte tombait à pic et il n'allait certainement pas rater cette occasion de pouvoir goûter au fameux breuvage. De plus, il aimait bien Wingdal. Tout comme sa fille, il attirait naturellement la sympathie.
Le professeur le fit entrer dans son bureau et sortit sa baguette pour faire venir à lui deux verres ainsi qu'une bouteille pleine. Harry s'assit face au bureau en examinant la pièce avec curiosité. Comme ses nombreux prédécesseur, Wingdal avait redécoré la pièce suivant ses goûts. En l'occurrence, il y avait des livres partout. Harry songea distraitement qu'Hermione aurait adoré.
Wingdal remplit deux verres et en tendit un à Harry, puis leva le sien dans sa direction.
-A l'Ordre du Phénix. Et à votre santé, Potter, dit-il avant de boire une gorgée.
Harry leva son verre en retour et goûta le whisky avant de tousser. Wingdal lui adressa un sourire amical.
-La première fois que j'ai goûté au Pur-Feu, j'ai retapissé un mur, dit-il avec un sourire ironique. Vous le supportez mieux que moi.
Il éclata d'un rire chaleureux auquel Harry se joignit, ravi du compliment. Il reprit ensuite une gorgée avec prudence. Le liquide lui brûla la gorge et lui réchauffa le ventre. Le goût était agréable, décida-t-il.
-Et bien, Potter... reprit Wingdal en s'installant confortablement dans son fauteuil. Il me semble que nous n'ayons jamais vraiment eu l'occasion de discuter en dépits de nos brèves rencontres hors- cours.
Harry devina qu'il faisait allusion à leur rencontre chez les Dursley, mais garda le silence, ne sachant trop quoi dire.
-Il s'est passé pas mal de choses, dernièrement, poursuivit Wingdal. Je suppose que vous êtes inquiet pour Miss Granger, naturellement...
-Pas vraiment, répondit Harry avec une pointe de ressentiment. Après tout, elle est plus menaçante que moi du point de vue de Voldemort.
Wingdal grimaça à l'évocation du mage noir.
-Vous êtes bien courageux pour prononcer ce nom, Potter, dit-il avec un sourire admiratif. Quand à Miss Granger, c'est indiscutablement une excellente élève, mais la théorie est une chose et la pratique une autre bien différente. Elle est brillante à l'abri d'une salle de classe, mais j'ai cru comprendre qu'elle n'était pas sortie indemne de votre escapade au Ministère ?
-Un Mangemort a bien failli la tuer avec un sort bizarre, répondit Harry avec un haussement d'épaule. D'après Mme Pomfresh, elle a survécu parce qu'il était informulé. Le Mangemort avait reçu un sort de Mutisme.
Wingdal hocha gravement la tête.
-Oui, certains sortilèges perdent en efficacité lorsqu'ils sont informulés. N'essayez jamais de lancer un Impardonnable de manière informulée, par exemple. Mais le fait reste là, Potter : vous vous en êtes bien mieux sorti que Miss Granger face à un danger réel. Je me suis laissé dire que ce n'était d'ailleurs pas la première fois...
-Alors pourquoi Voldemort cherche à la tuer elle plutôt que moi ? demanda Harry avec rancoeur.
Wingdal le considéra un long moment, sourcils froncés, puis vida son verre d'un trait et le reposa sur la table.
-A votre place, je serais soulagé, Potter.
Le jeune homme haussa les épaules. Il ne parvenait pas vraiment à expliquer ce qu'il ressentait.
-Personne ne vous a expliqué pourquoi Vous-Savez-Qui a décidé de tuer Miss Granger ? poursuivit Wingdal.
-Parce qu'il y a quelque chose a expliquer ? demanda Harry avec mauvaise humeur.
Wingdal sourit, amusé malgré lui.
-J'ai l'impression que vous vous méprenez sur ce que craint Vous-Savez-Qui, Potter. Ce n'est pas Miss Granger, qu'il redoute, mais l'influence qu'elle a sur vous.
Harry le dévisagea sans comprendre. Le professeur se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, souriant aimablement à Harry.
-Il semble que ma matière mise à part, vous êtes un élève dans la norme, Potter. Sans vouloir vous offenser, bien sûr. Vos notes sont bonnes, mais pas exceptionnelles. J'ai cru comprendre que c'est Miss Granger qui tend à vous pousser de l'avant ?
-C'est vrai qu'elle s'assure qu'on travaille un minimum, Ron et moi, admit Harry.
-Et par la même occasion, elle vous arme contre Vous-Savez-Qui et ses Mangemorts. Il souhaite la mort de Miss Granger dans le seul but de vous affaiblir, Potter, vous comprenez ? Et en vous brouillant avec elle, vous allez parvenir au même résultat, d'ailleurs.
Harry avala une nouvelle gorgée de Whisky, se sentant un peu idiot de n'avoir pas compris plus tôt. Wingdal caressait machinalement sa barbe, l'air de réfléchir.
-La fierté est une chose importante, Potter, mais l'amitié compte bien plus, vous devez en prendre conscience.
-Je comprends, murmura Harry. Je me suis comporté comme un idiot...
-Comptez-vous aider votre amie, Potter ?
Harry hocha la tête avec détermination.
-Oui, professeur. C'est juste que j'avais l'impression d'être mis à l'écart, vous comprenez...
-Bien sûr, mais dîtes-vous bien que c'est parce que tout le monde au sein de l'Ordre tient à vous protéger, répondit Wingdal. Mais à présent, écoutez-moi, car j'ai bien peur de ne pas pouvoir confier ceci à d'autres...
Harry se pencha en avant, curieux et excité tout à la fois. Wingdal regarda sombrement autour de lui, hésitant visiblement à parler.
-Je me doute que ça va vous sembler étrange, Potter, mais je m'inquiète de voir Miss Granger fréquenter Jessica...
-Quoi ?! s'écria Harry avec stupéfaction.
Il s'était attendu à tout, sauf à ça.
-Je sais, je sais, soupira Wingdal. C'est ma fille, me direz-vous, mais c'est précisément ce qui devrait donner crédit à mes doutes. Hélas, il semblerait que mes confrères de l'Ordre ne voient pas les choses ainsi...
-Quel est le problème avec Wingdal ? demanda Harry. Vous pensez qu'elle tente vraiment de s'en prendre à Hermione ?
-Je n'en suis pas vraiment sûr, avoua Wingdal sombrement. Mais ça ne me surprendrait pas... Ma fille est... perturbée. Elle a souvent manifesté un intérêt malsain pour la magie noire, entre autre. Elle n'est pas à Serpentard pour rien, Potter.
-Vous étiez à Serpentard, vous aussi, professeur, fit remarquer Harry d'un ton d'excuse, comme s'il s'en voulait de soulever ce détail.
Wingdal éclata d'un rire sans joie.
-C'est juste, Potter. Mais c'était parce que je n'ai jamais été enclin à agir lorsque ce n'était pas dans mon intérêt. C'est pour cette raison que je suis resté neutre il y a une vingtaine d'années...
Harry le considéra avec surprise. Wingdal parut gêné.
-Je n'en suis pas fier, à présent, avoua-t-il. Mais la guerre faisait rage et l'issue me semblait incertaine, malgré les nombreuses victoires de Vous-Savez-Qui... Dumbledore luttait férocement, mais là aussi, ils étaient inférieurs en nombre, bien que déterminés... Je n'ai jamais osé prendre parti de crainte des conséquences si je choisissais le camp des perdants...
Il parut un moment perdu dans ses souvenirs, le front soucieux, puis poussa un profond soupir.
-Je le regrette aujourd'hui... reprit-il. Peut-être les choses se seraient-elles déroulées différemment si je m'étais décidé à l'époque ? Ou peut-être pas... Nous ne le saurons jamais.
-Mais cette fois, vous avez choisi votre camp, professeur ! l'encouragea Harry avec un sourire.
Wingdal lui paraissait de plus en plus sympathique à mesure qu'il se confiait, qu'il lui parlait non pas comme à un élève quelconque, mais comme à un égal.
-Oui, j'ai choisi mon camp, dit Wingdal avec un sourire. Et je ne le regrette pas un instant, même si je redoute que ma propre fille n'ait choisi le camp opposé...
-Mais ce n'est pas sûr, fit remarquer Harry.
-En effet... J'espère sincèrement me tromper, mais si j'ai raison... Je ne désespère pas de la voir revenir à la raison, poursuivit Wingdal d'un ton douloureux. Mais dans l'intervalle, je ferai mon devoir de père. Même s'il implique de la considérer comme une ennemie...
Il posa sur Harry un regard grave, empreint de souffrance. Le jeune homme hocha lentement la tête, compatissant. Il imaginait sans peine à quel point il devait être difficile de considérer sa fille comme une ennemie.
-Méfiez-vous de Jessica, Potter, reprit Wingdal. Elle est douée pour manipuler les autres et est particulièrement rusée. Mais surtout, elle est prête à tout pour parvenir à ses fins...
Harry se sentit soudain un noeud dans l'estomac. Il revoyait Jessica dans le Poudlard Express lancer ses sarcasmes à Malfoy, le faisant partir et s'attirant un début de sympathie de la part de Ginny et d'Hermione. Il la revit se rapprocher peu à peu d'Hermione contre toute attente, profitant de leurs disputes. Il la revit enfin donner son sac à Hermione... Le sac qui contenait un serpent...
Il secoua la tête avec vigueur. Le serpent lui avait dit que c'était un homme qui l'avait glissé dans le sac. Mais le fait que Jessica ne l'y ait pas mis ne signifie pas pour autant qu'elle n'était pas au courant, songea-t-il. Et le bal... D'après les récits qu'on lui en avait fait, Jessica avait approché Hermione près de la porte en dansant juste au moment où des Mangemorts faisaient irruption...
Cela faisait un peu trop de coïncidences au goût de Harry.
-A quoi pensez-vous, Potter ? demanda Wingdal qui ne cessait de l'observer avec intérêt.
-Je pense que je vais suivre votre conseil, professeur, répondit Harry. On n'est jamais trop prudent. Mais il y a une chose qui me chiffonne... Pourquoi a-t-elle dénoncé l'Animagus ? Si vos soupçons sont fondés, ils sont complices, non ? Pourquoi le mettre en danger ?
Wingdal poussa un profond soupir. Un soupir empreint d'une tristesse qui fit frissonner Harry.
-Je sais bien que c'est illogique, Potter... Malheureusement, je crains fort que Jessica n'échappe à toute logique, comme l'avez certainement remarqué. Pourquoi croyez-vous qu'elle ait soigneusement évité Miss Lovegood durant sa convalescence ?
Harry réfléchit soigneusement à la question, finissant son verre.
-De peur que Luna ne soit réellement empathe ? suggéra-t-il. Elle aurait pu la démasquer.
-Une idée intéressante, mais je doute que Miss Granger n'ait fait part de sa théorie à ma fille. Non, Potter, c'est bien plus simple que cela... Jessica s'est vue en Miss Lovegood.
Harry fronça les sourcils.
-Je ne comprends pas, professeur...
-Ma fille est elle aussi à moitié folle, Potter, murmura Wingdal d'un ton peiné. Elle a séjourné également à Ste-Mangouste, plongée dans un délire constant...
Harry le dévisagea, bouche bée, frappé d'horreur.
-Elle a fini par se remettre, poursuivit Wingdal avec un frisson. Elle semble parfaitement sensée, désormais, mais il reste des traces... des signes de sa folie... Elle réagit parfois de manière totalement incohérente, comme vous avez dû vous en apercevoir.
Harry hocha lentement la tête. Il se souvenait de Ron affirmant que Jessica n'avait jamais eu de réaction normale. Tout prenait désormais un sens.
-Je compte sur votre discrétion, Potter, reprit Wingdal. Je préfèrerais que cette histoire ne s'ébruite pas, vous comprenez ? Cela ne ferait qu'empirer les choses si Poudlard apprenait le passé de ma fille. Les professeurs et Dumbledore sont au courant, bien sûr.
-Vous pouvez me faire confiance, assura Harry. Mais pourquoi ne pas en avoir parlé à Ron ? Il soupçonne également Jessica et...
-Ron Weasley manque malheureusement de subtilité, Potter, coupa Wingdal en secouant la tête. La dernière chose que je souhaite, c'est que votre ami se précipite sur ma fille en lui répétant tout ce que je vous ai dit. Je souhaite la ramener à la raison, s'il s'avère que j'ai raison à son sujet. Et croyez bien que je n'ai jamais autant espéré avoir tort de toute ma vie...
-Et l'Ordre ? demanda Harry.
Wingdal secoua tristement la tête.
-Je leur ai déjà confié mes soupçons. Hélas, Dumbledore soutient qu'il n'y a pas assez de preuves et souhaite donner sa chance à Jessica, bien qu'il la surveille. C'est ce genre d'homme, j'imagine que vous le savez déjà. C'est une qualité appréciable, mais en l'occurrence, j'estime qu'il est préférable de prendre des précautions supplémentaires. Vous êtes très proche de Miss Granger, Potter. Je vous le demande : gardez un oeil sur ma fille, juste au cas où.
Harry acquiesça gravement et se leva, s'apprêtant à prendre congé. Wingdal tendit la main dans sa direction et Harry la serra. Il allait se détourner pour marcher vers la sortie lorsqu'une autre question lui vint à l'esprit. Celle qu'Hermione ne cessait de se poser depuis qu'elle avait accordé son amitié à Jessica.
-Professeur, pourquoi votre fille vous déteste-t-elle autant ? demanda-t-il.
Wingdal sourit tristement.
-Je pensais que vous l'auriez deviné, Potter. Elle me déteste parce que je souhaite l'aider... Une autre manifestation de sa folie...
-
Harry ne perdit pas son temps pour s'excuser auprès d'Hermione. Il lui expliqua qu'il avait agi comme un idiot, lui répéta qu'il était vraiment désolé et promis que ça ne se reproduirait plus. La jeune fille accepta volontiers ses excuses, rassurée. Elle sentait qu'elle aurait besoin de ses amis plus que jamais.
Malgré tout, Harry ne leur avait pas parlé de son entretien avec Wingdal, ni de ce qu'il avait appris au sujet de Jessica. Il s'efforçait d'ailleurs d'agir envers elle comme il l'avait toujours fait jusqu'ici. Pourtant, à présent qu'il avait conscience de son passé, il se rendait compte qu'elle avait effectivement des séquelles de sa folie.
Le signe le plus évident était ses brusques changements d'humeurs. Elle pouvait envoyer paître durement un première année qui l'avait simplement regardé avec étonnement avant de devenir tout sucre, tout miel dès qu'elle voyait Hermione.
Désormais, cette attitude amicale paraissait hautement suspecte aux yeux de Harry. Il s'étonnait d'ailleurs que personne en dehors de Ron ne s'en soit aperçu auparavant tant le contraste était saisissant. Toutefois, il gardait le silence, se contentant de surveiller Jessica lorsqu'elle se trouvait avec Hermione.
En entendant la théorie d'Hermione concernant Luna, Ginny sembla étonnée, puis méfiante à l'idée de voir sa Serdaigle soumise à une batterie de tests. Pour sa part, Luna semblait se désintéresser de la question.
-Sois raisonnable, Ginny, lui dit Hermione. Il s'agit simplement de déterminer si j'ai raison ou tort.
-Quel intérêt ? s'obstina Ginny. Quelle soit empathe ou non, je vois pas ce que ça change !
-Simplement que si j'ai raison, elle ressent ce que tout le monde éprouve autour d'elle, Ginny. Et ça ne va pas l'aider vu son... état mental déjà fragile.
Ginny grimaça, puis regarda Luna qui semblait rêvasser à coté d'elle, chantonnant à voix basse. Elle rendit finalement les armes, mais exigea de rester auprès d'elle. Elle fut surprise quand McGonagall et Wingdal lui assurèrent qu'ils avaient eu l'intention de lui demander d'être présente dès le départ.
-Il nous a semblé évident que votre présence a des répercussions sur Miss Lovegood suite à son bref séjour à l'infirmerie, Miss Weasley, expliqua McGonagall au début de la séance.
Les deux professeurs, Luna et Ginny étaient dans une salle de classe déserte, un samedi après-midi.
-Commençons si vous le voulez bien, intervint Wingdal. Définir l'empathie n'est pas chose facile, vous comprenez. Il arrive fréquemment que de prétendus empathes ne soient en définitive que des Legilimens particulièrement doués.
-Je croyais que la légilimencie nécessitait une baguette ? s'étonna Ginny.
-C'est le cas la plupart du temps, répondit Wingdal, mais il existe des exceptions. C'est par exemple le cas de Vous-Savez-Qui. On raconte qu'il serait un Légilimens si accomplit qu'il sait instinctivement si on lui ment ou pas, et ce sans devoir utiliser sa baguette. Pour faire plus simple, on pourrait considérer qu'un empathe est un Légilimens si puissant qu'il est incapable d'exercer le moindre contrôle sur son pouvoir. C'est un don très rare... Et très dangereux.
Ginny parut inquiète. Wingdal s'en aperçut et lui adressa un sourire chaleureux.
-Ne vous en faites pas, j'ai un peu exagéré, dit-il. L'empathie peut se contrôler dans une certaine mesure. Si Miss Lovegood se révèle être une empathe, nous lui enseignerons comment atténuer son don.
-Je pense qu'il faudra également enseigner l'Occlumancie à ses proches, intervint McGonagall. C'est un bon moyen pour éviter qu'un empathe puisse lire en nous, bien que relativement peu fiable.
-Bonne idée, Minerva, approuva Wingdal.
-Pourquoi peu fiable ? s'étonna Ginny.
Wingdal caressa sa barbe tout en observant Luna qui écoutait sans grand intérêt.
-Parce que l'Occlumancie est aussi difficile que la Legilimancie, Miss Weasley. Et comme je vous l'ai expliqué, un empathe est bien plus puissant qu'un Legilimens. Je pense que seul un Occlumens du niveau du professeur Rogue serait capable de se couper entièrement d'un véritable empathe.
Il tapa soudain dans ses mains, les regardant tour à tour.
-Bien, commençons ! Miss Lovegood, si vous voulez bien vous intéresser au professeur McGonagall et nous dire ce que vous ressentez ?
Il y eu un long silence durant lequel Luna regarda McGonagall d'un air étonné, comme si elle venait juste de s'apercevoir de sa présence. Ginny observait son amour avec angoisse, pas franchement rassurée par les explications de Wingdal.
-Je m'ennuie, déclara finalement Luna d'une voix rêveuse.
Wingdal et Ginny se tournèrent d'un même mouvement sur McGonagall qui affichait une expression sévère.
-Ce n'est pas ça du tout, affirma-t-elle.
-Auriez-vous par mégarde eu recours à l'Occlumancie, Minerva ? demanda Wingdal.
-Bien sûr que non, Harold !
-Bien, bien, réessayons, dans ce cas. Miss Lovegood, s'il vous plait.
Une demi-heure plus tard, Luna n'avait toujours pas devinée ce que McGonagall ressentait. En revanche, elle l'avait mise en garde contre une invasion de Croque- Mitaines qu'elle soupçonnait agir pour le compte du Ministère.
-Je commence à croire que nous perdons notre temps, soupira McGonagall avec lassitude.
-Essayons autrement... murmura Wingdal, réfléchissant. Miss Lovegood, que pouvez-vous nous dire à mon sujet ? Savez-vous ce que je ressens ?
-Vous avez sommeil ? tenta Luna d'une voix endormie.
Wingdal poussa un léger soupir.
-Je crains fort que cette sensation ne soit uniquement la votre...
-Alors elle n'est pas empathe ? demanda Ginny avec espoir.
-Difficile à dire, l'empathie échappe parfois à tout contrôle, Miss Weasley. Mais il semble qu'elle ne le soit pas, en effet, répondit Wingdal. Tentons une dernière fois... Miss Lovegood, que ressent Miss Weasley ?
-Elle est inquiète, répondit aussitôt Luna d'une voix rêveuse. Elle ne veut pas que je sois empathe, ça lui fait peur. Et à moi aussi, ajouta-t-elle.
A voir l'expression de Ginny, il était évident que Luna avait vu juste. Les professeurs se redressèrent avec intérêt. Wingdal se frotta de nouveau la barbe, réfléchissant.
-Intéressant... Miss Weasley, est-ce que Miss Lovegood a déjà agi comme si elle devinait vos pensées auparavant ?
Le souvenir de leur premier baiser lui revint soudain en mémoire et Ginny rougit légèrement.
-Heu... oui, professeur...
-Dans quelles circonstances ? demanda Wingdal avec intérêt. Que s'est-il passé exactement.
Ginny secoua la tête, rougissant de plus belle. Il était hors de question qu'elle raconte cet épisode à ses professeurs.
-C'est important, insista Wingdal.
-Harold, vous voyez bien que ça l'embarrasse ! intervint McGonagall.
-Très bien, soupira Wingdal. A-t-elle donné d'autres signes d'empathie envers d'autres personnes que vous ?
Eperdue de reconnaissance envers McGonagall, Ginny réfléchit à cette question nettement moins intime. Un autre souvenir lui revint en mémoire.
-Oui, répondit-elle. Durant le bal, on discutait avec Jessica en regardant Hermione qui était plus loin et Luna a dit qu'Hermione avait envie de danser.
Wingdal fronça les sourcils, puis hocha la tête.
-Intéressant, vraiment... murmura-t-il. D'accord, nous allons procéder autrement. Mais d'abord... Zoltan ! cria-t-il.
Wingdal sortit une plume, une bouteille d'encre et un morceau de parchemin pendant que le corbeau venait se poser sur son épaule, le regardant rédiger un message de ses yeux noirs. Ginny le considéra avec une légère surprise. Elle était tellement habituée à voir le volatile avec Jessica qu'elle avait oublié qu'il appartenait en fait à son père.
Au bout d'un petit moment, Wingdal roula le parchemin et sortit un bout de ficelle de sa poche. De mauvaise grâce, Zoltan tendit une patte en coassant avec mauvaise humeur, visiblement mécontent d'avoir du courrier à livrer.
-Je souhaite que Miss Granger ainsi que Mr Potter et Weasley nous rejoignent, expliqua Wingdal en réponse à leurs regards étonnés. Un problème, Minerva ?
McGonagall se reprit et secoua la tête pendant que Wingdal attachait son message à la patte de Zoltan. Ginny devina qu'elle avait reconnu le corbeau venu apporter des fleurs à Hermione lors de son anniversaire. Zoltan s'envola et disparut par la porte que Wingdal avait ouverte d'un coup de baguette.
-Poursuivons, déclara-t-il.
Il sortit un jeu de carte d'une de ses poches et en tira une qu'il observa tout en demandant à Luna de deviner de laquelle il s'agissait.
-As de trèfle ? proposa Luna.
-J'ai bien peur que non, répondit Wingdal en montrant le deux de coeur. A vous, Minerva.
Ils tirèrent les cartes à tour de rôle pendant plusieurs minutes. Luna ne devina que celles tirées par Ginny à coup sûr. Elle devina également l'une des cartes de McGonagall, mais nul ne sut dire s'il s'agissait d'empathie ou d'un hasard.
Finalement, on frappa à la porte et Hermione entra, suivie par Harry et Ron. Zoltan était perché sur l'épaule de la jeune fille et coassait d'un air mauvais. Il vola soudain jusqu'à Wingdal, se posa sur son épaule et le gratifia d'un coup de bec dans l'oreille.
-Ouille ! Merci, Zoltan... Content de vous voir, vous trois, reprit Wingdal avec un sourire. J'aimerais que vous m'aidiez à déterminer dans quelle mesure Miss Lovegood est empathe.
-Alors vous pensez qu'elle l'est ? demanda Hermione avec curiosité.
-Elle semble l'être envers Miss Weasley, mais quand il s'agit du professeur McGonagall ou de moi-même, elle semble aussi empathe qu'une brique... J'aimerais donc élargir le champ d'expérimentation.
-Pourquoi nous ? demanda Ron avec un ennui évident.
Wingdal roula des yeux, comme si la réponse était l'évidence même.
-Parce que vous êtes les plus proches amis de Miss Lovegood après Miss Weasley ici présente. Du moins, c'est le cas de Miss Granger, mais à voir votre enthousiasme, Weasley, je commence à me poser des questions...
Ron bougonna, visiblement mécontent d'être là, mais suivit les instructions de Wingdal et pris sa carte lorsque son tour vint. Il fixa Luna d'un air morose pendant qu'elle tentait de deviner celle qu'il tenait.
Une heure plus tard, Wingdal rangea ses cartes et demanda à Luna d'essayer de ressentir ce que chacun d'eux éprouvait.
-Ron préfèrerait être seul avec Hermione qu'ici à perdre son temps, déclara Luna de sa voix rêveuse quand elle se tourna vers le rouquin dont les oreilles s'empourprèrent.
-N'importe quoi ! rétorqua Ron, sans convaincre personne.
Hermione détourna le regard, gênée. Elle croisa le regard de Harry qui lui adressa un sourire amusé et un clin d'oeil complice.
-Hermione se demande pourquoi Jessica n'est pas là, poursuivit Luna, imperturbable.
Wingdal posa un regard pénétrant sur Hermione qui s'agita, mal à l'aise.
-Tout simplement parce qu'elle ignore que Miss Lovegood est potentiellement une empathe, qu'il est préférable que cela reste ainsi et qu'il vaut mieux que nous ne soyons pas dans la même pièce, elle et moi. Sans compter qu'elle ne nous serait d'aucune utilité, étant une Occlumens relativement douée.
Tout le monde le considéra avec surprise à ces mots.
-Miss Wingdal est une Occlumens ? répéta McGonagall. Je l'ignorais !
-Comme pratiquement tout le monde, Minerva, répondit Wingdal. Les Occlumens ne le crient pas sur les toits, en général.
-Mais vous disiez que même l'Occlumancie n'était pas suffisante pour se protéger d'un empathe, fit remarquer Ginny.
Wingdal approuva avec un sourire.
-C'est vrai, mais Miss Lovegood ne semble pas être une véritable empathe. Enfin, c'est un cas complexe, j'y reviendrais plus tard. Le fait est que même si Jessica est loin de Rogue en matière d'Occlumancie, elle est suffisamment douée pour fermer son esprit à Miss Lovegood.
-Pourquoi est-ce qu'elle ferait ça ? s'étonne Hermione. Luna est son amie.
-Tout simplement parce que Jessica a recours à l'Occlumancie en permanence, Miss Granger. C'est une seconde nature, chez elle.
Tout en parlant, il lança un regard éloquent à Harry qui saisit le message. Le visage ravagé de Maugrey dansa un instant dans son champ de vision, tel un ballon difforme, beuglant « constante vigilance ! »
Hermione ne dit rien, mais il était évident qu'elle n'était pas convaincue par l'explication. Wingdal s'installa sur le rebord du bureau, se caressant distraitement la barbe.
-Pour en revenir à Miss Lovegood, reprit-il, je pense avoir compris ce qu'elle est.
-Et c'est ? demanda Ginny avec appréhension.
-Il s'avère qu'elle est en partie empathe, expliqua Wingdal. Elle ne parvient pas à saisir les sentiments qui l'entourent à quelques exceptions près... Comment dire... Son empathie est liée au degré de sympathie qu'elle éprouve pour quelqu'un. Plus elle apprécie une personne, plus elle semble réceptive. C'est la première fois que j'entends parler d'un tel cas, ajouta-t-il en observant Luna avec intérêt.
Ron leva soudain la main.
-Heu... comment ça se fait qu'elle devine ce que je ressens, alors ? demanda-t-il.
-Il me semblait que vous disiez que Miss Lovegood s'était trompée ? s'amusa Wingdal.
Ron fit une moue, rougissant de plus belle.
-Dans votre cas, j'imagine que c'est lié au fait que vous êtes le frère de Miss Weasley, reprit Wingdal avec un sourire amusé. La réceptivité de Miss Lovegood à son égard est stupéfiante ! Je crains que même avec l'Occlumancie, il vous serait impossible de lui fermer votre esprit, Miss Weasley.
-C'est pas grave, répondit Ginny. Je n'ai jamais eu l'intention de lui cacher quoi que ce soit.
Ron fit une moue désapprobatrice à laquelle Ginny répondit par un regard furieux. Wingdal les ignora et reprit la parole.
-Je ne pense pas que l'empathie de Miss Lovegood posera de problèmes, en tout cas. Vous devriez pouvoir la contrôler avec un peu de pratique.
Luna hocha distraitement la tête, visiblement peu intéressée.
Ils prirent enfin congé des professeurs et se rendirent dans la Grande Salle, perdus dans leurs pensées respectives. Ron partit s'asseoir le plus loin possible de Luna, ce qui énerva Ginny.
-Comme si ça allait changer quoi que ce soit, murmura Hermione avec un reniflement dédaigneux. Si Luna ne ressent les sentiments que de quelques personnes, je doute que la distance entre en ligne de compte.
