Coucou ! Et oui, de retour après une absence prolongée, dont je tiens à m'excuser. Cette fic à déjà plus d'un an, mine de rien, et même si la majorité des updates précédentes se sont faites dans un délai relativement cours, il n'en reste pas moins que j'ai travaillé sur cette fic pratiquement chaque jours depuis qu'elle m'est venue à l'esprit. Ce chapitre m'ayant posé pas mal de problèmes, notamment pour la première scène, j'ai senti que j'avais besoin de faire une pause, afin de laisser le tout reposer et pouvoir m'y remettre ensuite dans de bonnes conditions. C'est donc chose faite, je compte reprendre le travail sur cette fic de manière plus soutenue, mais je ne peux pas garantir des updates régulières, donc celles-ci risquent fort d'être on ne peux plus aléatoires, bien que j'espère ne pas mettre encore autant de temps pour écrire la suite.

Merci pour les reviews, notamment celles qui s'inquiétaient de ne pas voir la suite arriver. J'espère que ce chapitre vous plaira. En tout cas, je tiens à achever cette histoire, peu importe le temps que ça me prendra ! Pour répondre de manière un peu plus précise à certaines reviews...

A Hatchepsout : épicer, oui et non. Comme je l'ai déjà signalé, il ne faut pas s'attendre à des lemons ou lime, mais les relations vont bien évidemment évoluer.

A Antechrista : pour le nombre de chapitre restant... plein ! Scénaristiquement parlant, on est à peu près à la moitié et vu que je continue à développer encore et toujours, risque d'y en avoir encore plus que prévu. Ces vacances sont d'ailleurs bien parties pour occuper plus de chapitre qu'initialement prévu.

A catwoman : heu, c'est une blague, cette review ? -.o


L'esprit d'Hermione flottait dans une douce torpeur des plus agréables, dérivant lentement d'un océan de rêves vers les rives de l'éveil. Ses sens lui revenaient progressivement, eux aussi, dans un ordre précis qui ajoutait à la sensation plaisante, bien qu'assez inhabituelle, qu'elle éprouvait en ce moment.

Dans un premier temps, ce furent des sons apaisants et habituels qui franchirent sa conscience par le truchement de son ouïe. Les légers craquements de la maison, le chant léger d'un oiseau au loin... un fond sonore auquel on ne prêtait jamais attention en temps normal, mais qui semblait prendre une dimension toute différente au moment du réveil comme au seuil du sommeil. Hermione pouvait presque entendre le léger tic-tac de sa montre d'origine moldue qui égrenait les secondes avec une infinie patience. Et il y avait en plus de tout ceci le son lent et régulier d'une seconde respiration qui, sans être inhabituelle en soi, s'avérait bien plus proche qu'à l'usage, que ce soit dans son dortoir de Poudlard ou dans la chambre du Terrier qu'elle partageait habituellement avec Ginny.

Vaguement intriguée, Hermione se rapprocha un peu plus de l'éveil, un nouveau sens entrant en action. Elle ressentait avec une acuité accrue le contact de ses vêtements sur sa peau ainsi que le poids des draps sur son corps. Mais un autre poids se faisait également ressentir, inédit, celui-là, bien que n'apportant aucune gêne. Au contraire, il s'en dégageait un sentiment de sécurité et de bien-être, ainsi qu'une agréable chaleur, comme s'il était parfaitement à sa place.

Remuant très légèrement, Hermione prit une profonde inspiration, humant les diverses odeurs familières en suspension dans la chambre. La plupart étaient différentes de ce à quoi Hermione était habituée, lui faisant légèrement froncer les sourcils. En dehors des senteurs qu'elle associait intuitivement au Terrier, il manquait la légère fragrance parfumée qui régnait dans la chambre de Ginny. Mais surtout, une odeur plus vive lui chatouillait les narines, bien que loin d'être désagréable. L'odeur était douce et lui procurait un léger frisson le long du corps. Hermione poussa un léger soupir de bien-être, reconnaissant cette odeur, puis ouvrit enfin les yeux.

Jessica dormait toujours, blottie dans ses bras et sa longue chevelure lui masquant en partie le visage. Derrière le léger voile de cheveux, Hermione parvint à distinguer quelque peu l'expression de Jessica, d'une grande douceur. Il y avait quelque chose de légèrement enfantin dans ses traits assoupis qui arracha un sourire emplit de tendresse à Hermione, ravie de l'occasion qui lui était fournie de surprendre sa petite amie au réveil.

La trouvant plus belle encore que dans son souvenir qui ne datait pourtant que de la veille, Hermione ne résista pas longtemps et posa doucement ses lèvres sur le front de la jeune fille assoupie, goûtant sa peau et sa chevelure l'espace de quelques secondes avant de se reculer avec précaution pour reprendre sa contemplation attentive de celle qui occupait désormais une place prédominante dans son cœur.

A sa grande satisfaction, Jessica ne fit que remuer légèrement, se resserrant inconsciemment contre Hermione, lui donnant ainsi l'opportunité de poursuivre sa contemplation à loisir. Ses doigts se glissaient avec légèreté dans la longue chevelure soyeuse, appréciant leur douceur. Elle sentait également le souffle léger de Jessica dans son cou et ferma un instant les yeux, appréciant cette sensation chatouillante et agréable. Le simple fait de l'entendre respirer l'apaisait, ce qui ne manqua pas de l'intriguer malgré tout. Qu'elle se sente aussi détendue par la simple présence de Jessica dans ses bras la surprenait et l'émerveillait tout à la fois.

Pour elle, cela signifiait qu'elle venait de franchir un nouveau cap, et non des moindres. Elle acceptait définitivement la présence de Jessica à ses cotés, la désirait également. L'idée que la jeune fille avait bien faillit dormir dans la chambre avec Luna plutôt que dans ses bras la révoltait et elle se félicita d'être parvenue à ruser afin d'éviter cette situation qui lui paraissait désormais aussi horrible qu'aberrante. Cela signifiait-il également qu'Hermione était prête à envisager la prochaine étape de leur relation ? La jeune fille sentit ses joues la brûler à cette idée, son cœur battant un peu plus fortement contre sa poitrine. Sans doute que non, songea-t-elle, mais rien ne pressait vraiment. Elle aimait Jessica, n'avait aucun doute à ce sujet, mais l'idée de concrétiser cet amour la mettait encore mal à l'aise, elle devait bien l'admettre.

Le problème, estimait-elle, venait du fait que si elle avait déjà vue d'autres filles nues à quelques occasions, notamment en croisant Lavande ou Parvati dans la salle de bain, jamais elle n'avait prêté attention à leur corps et lorsque son regard était tombé sur leurs formes, elle n'avait jamais ressenti le moindre soupçon d'intérêt. Bien sûr, elle n'éprouvait rien de plus envers les deux jeunes filles qu'une vague amitié, ce qui devait forcément jouer, mais Hermione n'en redoutait pas moins de rester aussi insensible face à Jessica si elle devait la voir dépourvue de ses vêtements.

De plus en plus embarrassée par cette introspection aussi imprévue que saugrenue, du moins dans son esprit, Hermione s'apercevait pourtant qu'elle ne parvenait pas à s'en détourner. Une sourde angoisse lui nouait les entrailles alors qu'elle s'imaginait rester froide et impassible le moment venu, ce qui ne manquerait certainement pas de vexer Jessica. Si cela devait arriver, comment devrait-elle réagir ? Cela signifierait-il qu'elle n'était finalement pas homosexuelle et que ce qu'elle prenait pour de l'amour n'était en définitive qu'une grande et profonde amitié ?

Hermione se secoua mentalement, rejetant cette idée. Elle s'était déjà suffisamment penchée sur la question suite à la déclaration de Jessica et leur escapade au sommet de Poudlard pour ne plus avoir de doutes à ce sujet. Il ne pouvait s'agir que d'une angoisse des plus naturelles et n'avait donc aucune raison de se laisser perturber plus que de raison. Remettre en cause ses sentiments envers Jessica sur la simple crainte qu'elle pourrait rester frigide face à elle était stupide. Y penser maintenant l'était tout autant, la solution la moins problématique étant de s'y pencher le moment venu s'il s'avérait que ses craintes se confirmaient. D'autant qu'elle ne voyait aucun moyen de résoudre cet hypothétique problème.

Jessica s'agita soudain, rompant le fil des pensées d'Hermione et la ramenant à sa situation présente. La Serpentard leva lentement la tête, présentant à la Gryffondor un visage affichant une expression ensommeillée et à moitié dissimulée derrière le léger rideau de ses cheveux noirs. Clignant des yeux avec surprise, elle finit par se fendre d'un magnifique sourire en reconnaissant Hermione.

-Bonjour, murmura-t-elle avant de bailler légèrement.

-Bonjour, répondit Hermione d'une voix douce.

Avec tendresse, elle écarta les cheveux barrant le visage de Jessica afin de pouvoir l'embrasser longuement. Cette dernière y répondit sans se faire prier et avec plaisir avant de s'étirer à la manière d'un chat, enfouissant son visage dans le cou d'Hermione qui resserra son étreinte avec un sourire heureux. Ce réveil était de loin le meilleur qu'elle ait connu jusqu'ici et elle espérait qu'il en serait ainsi tout au long de son séjour au Terrier.

-Allez, faut se lever, Jessica... marmonna-t-elle pourtant, son estomac lui indiquant qu'un petit déjeuner serait le bienvenu.

-Pas envie...

Amusée, Hermione déposa un bref baiser sur les lèvres de la jeune fille et se redressa en position assise, entraînant Jessica dans son mouvement. Laquelle passa ses bras autour du cou d'Hermione, enfouissant son visage dans son cou et sa chevelure broussailleuse en protestant faiblement d'une voix endormie, ce qui ne manqua pas de faire rire la Gryffondor.

-Je t'aurais jamais imaginée aussi adorable au réveil, s'amusa cette dernière. On dirait un grand bébé !

-D'habitude, le premier visage que je vois au réveil, c'est celui de Parkinson... Un changement des plus agréables, si tu veux mon avis, marmonna Jessica d'une voix entrecoupée d'un long bâillement.

-Je comprends mieux pourquoi tu sembles toujours t'être levée du mauvais pied.

Rejetant sa longue chevelure en arrière, Jessica se frotta les yeux du poignet pendant qu'Hermione se dégageait tant bien que mal et un peu à contrecœur de son étreinte pour se lever. Une part d'elle-même souhaitait encore traîner au lit et profiter de l'humeur câline de Jessica, mais son estomac la tiraillait et elle avait suffisamment séjourné au Terrier pour savoir que Mrs Weasley risquait de venir en personne leur annoncer que le petit déjeuner était prêt. Et Hermione avait beau se savoir intelligente, elle savait qu'elle ne pourrait éluder les questions qui suivraient si Mrs Weasley les trouvaient dans le même lit et dans les bras l'une de l'autre.

Toute à ses pensées, Hermione remit le peu de vêtements qu'elle avait retiré la veille pendant que Jessica se traînait finalement hors du lit sans grand enthousiasme pour faire de même. Quelques minutes plus tard, elles descendaient dans la cuisine pour y retrouver les parents d'Hermione en grande discussion avec Mrs Weasley qui s'affairait aux fourneaux. Ou du moins surveillait du coin de l'œil ses divers ustensiles qui se débrouillaient comme des grands pour mitonner le petit déjeuner.

-Vous êtes matinales, dites donc, fit remarquer Mrs Weasley en leur servant deux assiettes remplies à ras bord à peine les deux sorcières installées sur leur chaise.

-Te l'avais dit, marmonna Jessica en baillant à s'en décrocher la mâchoire avant d'ouvrir des yeux ronds devant la platée que Mrs Weasley lui collait sous le nez, estimant qu'il devait y avoir de quoi sustenter trois ou quatre personnes affamées.

-Je t'obligeais pas à descendre avec moi, hein, fit remarquer Hermione avec amusement, autant devant les paroles de sa petite-amie que sa réaction face à cette débauche culinaire.

-Mais oui, bien sûr, j'allais rester seule comme une andouille à traînasser au lit... T'as d'autres idées aussi géniales ?

Hermione émit un petit rire amusé, absolument pas froissée par le ton mordant employé par Jessica. Elle savait parfaitement qu'il n'y avait aucune volonté d'être blessante et qu'il fallait plus y voir un trait d'humour quelque peu particulier, mais qui dissimulait l'idée que Jessica aurait visiblement préférée rester à traînasser au lit en sa compagnie. Mordant dans un toast, Hermione remarqua que ses parents dévisageaient Jessica avec une expression indécise, se demandant de toute évidence si la jeune fille aux yeux émeraude venait d'insulter leur fille ou de faire une plaisanterie. Le rire d'Hermione semblait avoir fait pencher la balance en la faveur d'une blague, mais leurs regards brillaient toujours d'une nuance méfiance, voire quelque peu réprobatrice qui lui donna matière à réfléchir.

La question qui s'insinuait dans l'esprit d'Hermione était de savoir ce que l'Ordre avait raconté à ses parents au sujet de Jessica. S'étaient-ils contentés d'une vague explication, passant sous silence ses activités pour le compte de Voldemort ? Ou bien leur avait-on révélé dans les moindres détails le passé de sa petite amie ? Hermione penchait pour la première solution, consciente que Dumbledore ne prendrait pas le risque de confier des informations de quelque importance à des personnes extérieures à l'Ordre, Moldues qui plus est et par conséquent bien plus vulnérables que le Sorcier moyen face aux méthodes d'interrogatoires magiques.

Toutefois, quoi qu'ils aient entendu venant de l'Ordre au sujet de Jessica, ses parents semblaient quelque peu méfiant envers elle, ce qui surprenait Hermione. Son père comme sa mère étaient de nature très sociable et amicale, nourrissant que très peu d'à-priori sur des inconnus, particulièrement lorsqu'il s'agissait de mineurs et d'amis de leur fille. Cette réserve inhabituelle pouvait bien sûr s'expliquer par la tendance naturelle et existentielle aux sarcasmes de Jessica, mais jusqu'ici, la Serpentard n'avait que très peu usé de sa verve habituelle, précisément par peur de faire mauvaise impression auprès des Granger, ce qui n'avait pas manqué d'amuser Hermione, peu habituée à voir sa petite amie si calme, au point qu'elle pouvait donner par moment l'impression de bouder.

Brusquement, Hermione se demanda comment ses parents réagiraient s'ils apprenaient ses sentiments envers Jessica et son estomac fit un nœud. La question était digne d'intérêt, mais également effrayante. Bien que ses parents ne se soient jamais intéressés à sa vie sentimentale en apparence, Hermione se doutait qu'ils se posaient parfois des questions, bien que n'ayant jamais abordé la question. A 17 ans, après tout, ils devaient se douter que leur fille pouvait éprouver de l'intérêt pour d'autres garçons. Elle leur avait vaguement parlé de Krum, le présentant comme un simple ami avec qui elle conservait une correspondance de loin en loin, mais bien que n'ayant jamais laissé entendre par ses paroles qu'ils étaient sortis ensemble, elle avait toujours eu la sensation que ses parents l'avaient deviné, mais avaient respecté sa vie privée.

De fait, Hermione voulait croire qu'il en serait de même avec Jessica, mais ne se faisait guère d'espoir. Elle ignorait l'opinion de ses parents sur l'homosexualité, bien qu'ils n'avaient jamais donné l'impression d'y voir quelque chose de révulsant. Pourtant, leur jugement resterait-il si neutre concernant leur fille ? L'accepteraient-il ou condamneraient-ils sa relation avec Jessica ? Des questions angoissantes aux yeux d'Hermione qui repoussa son assiette sans y avoir vraiment touché, son appétit envolé. Jessica plissa les paupières, visiblement intriguée par l'attitude de la jeune fille aux cheveux broussailleux qui affirmait quelques minutes plus tôt mourir de faim.

-Ca va pas, Hermione ? demanda-t-elle en la dévisageant attentivement. Et viens pas me raconter que tu suis un régime, sinon je te fais courir autour de la maison jusqu'à ce que tu tombes d'épuisement.

-Contente de voir que tu t'inquiètes de ma santé, Jessica, ironisa Hermione avec un sourire indulgent. J'ai juste pas si faim que ça, finalement...

-Qu'est-ce que tu raconte, Hermione ? intervint Mrs Weasley. C'est à peine si tu as avalée une bouchée ! Tu ne tiendras jamais jusqu'à midi comme ça.

Mrs Granger sembla un peu désarçonnée par l'intervention quelque peu maternelle de Mrs Weasley à l'égard de sa fille, mais garda le silence, se contentant d'observer Hermione. Elle la connaissait suffisamment pour savoir que quelque chose la tracassait et elle tenait à savoir de quoi il s'agissait. Etait-ce lié à ce Voldemort qui terrorisait le monde Magique ? C'était une possibilité, mais elle en doutait. Pour ce qu'elle en savait, Hermione était suffisamment bien entourée pour se sentir en sécurité, surtout en cet endroit. Non, c'était plus vraisemblablement quelque chose de plus personnel. Une affaire de cœur, peut-être ?

Un léger sourire étira les lèvres de Mrs Granger. Elle avait remarqué la manière dont le jeune Ron regardait sa fille. Elle ne le connaissait pas très bien, mais la famille Weasley semblait des plus sympathique et nul doute que Ron était un garçon formidable. Après tout, n'était-ce pas l'un des meilleurs amis de sa fille ? Quoiqu'il semblerait qu'il y ait plus que de l'amitié, finalement. Mrs Weasley approuvait, se fiant au jugement de sa fille. Peut-être devrait-elle aider discrètement sa fille et son éventuel futur beau-fils ? L'idée la séduisait, Hermione lui semblant trop souvent plongée dans ses livres pour se sentir en confiance dans les affaires de cœur, mais elle devrait agir discrètement. Les enfants semblaient toujours rechigner à voir leurs parents intervenir dans leur vie sentimentale.

Deux rires clairs interrompirent les diverses réflexions matinales et tous tournèrent la tête en direction de l'escalier à temps pour voir surgir Ginny et Luna, visiblement d'excellente humeur. Un sourire à la fois amusé et cynique étira les lèvres fines de Jessica qui devina sans mal qu'un autre lit de camp avait été installé en pure perte dans la chambre de la petite rouquine. Un coup d'œil en direction d'Hermione lui apprit que cette dernière songeait la même chose et elles échangèrent un sourire entendu avant de reporter leur attention sur leurs cadettes.

Ginny était tout simplement radieuse. Jamais encore Hermione ne l'avait vu aussi joyeuse depuis cinq ans qu'elle la connaissait. Il était évident que sa relation avec Luna lui avait permis de réellement s'épanouir, ce dont Hermione se réjouissait. Elle avait toujours vue Ginny comme une sœur et s'était souvent inquiétée à son sujet, surtout sachant son attirance pour Harry. Lorsqu'elle lui avait conseillée d'aller voir d'autres garçons, c'était en partie dans l'espoir qu'elle finisse par oublier son balafré d'ami. Elle appréciait Harry, mais son étrange destinée le mettait sans cesse en danger, ainsi que son entourage. Elle-même se trouvait dans une situation critique pour l'avoir simplement aidé, aussi redoutait-elle le sort qu'attendrait celle qui partagerait la vie de Harry. Destin funeste qu'elle avait redouté pour Ginny. La tournure prise par les évènements était des plus inattendue, mais au final, Hermione estimait que c'était la meilleure issue possible, autant pour Ginny que pour Luna. La Serdaigle s'était également épanouie. La voir ainsi chez les Weasley, si vive et pleine de vie était une merveilleuse surprise qui ravissait Hermione. Bien qu'ayant eu une première impression négative de la jeune fille l'an dernier, Hermione en était venue à énormément l'apprécier.

Inconsciente des pensées d'Hermione, Mrs Weasley posait un regard affectueux sur les deux cinquième années qui s'installaient à table en riant. Elle était également tombée sous le charme de Luna, laquelle se montrait des plus divertissantes par ses histoires abracadabrantes. Bien que ne la connaissant que très peu encore, la mère de Ginny estimait également que sa fille savait choisir ses amies et en venait à regretter d'avoir empêché sa fille d'envoyer une lettre à Luna durant l'été.

-On peut profiter de la blague, nous aussi ? demanda soudain Jessica en posant ses yeux émeraude tour à tour sur Ginny et Luna.

-Bien sûr, répondit Ginny entre deux rires. Luna a tout simplement tenté d'entrer dans la chambre de Ron, persuadée qu'elle était d'y trouver deux Ronflaks Cornus !

Hermione pouffa, parvenant à recracher le thé qu'elle buvait dans sa tasse plutôt que sur sa mère. De son coté, Jessica riait avec amusement, imaginant sans mal la scène. Les parents d'Hermione, pour leur part, souriaient vaguement, n'étant pas sûrs de comprendre, bien qu'ils saisissaient l'idée générale grâce au nom plutôt évocateur. Mais leur récent séjour prolongé dans le monde de la magie leur avait enseigné à ne pas trop se fier aux apparences. La mère de Ginny, quand à elle, se contenta de servir les nouvelles venues avec un sourire indulgent.

-Et bien je comprends pourquoi Ginny t'apprécie autant, finit par déclarer Mrs Weasley en posant une assiette bien garnie devant Luna avec un sourire.

-Moi aussi, j'aime beaucoup Ginny, répliqua joyeusement Luna en piochant dans son assiette. Elle est toujours très gentille avec moi !

Le visage de la petite dernière des Weasley prit soudain une adorable teinte rose, mais fut sauvée par l'arrivée de Ron et Harry qui offrirent sans le savoir une diversion des plus appréciables du point de vue de Ginny. Dévalant lourdement l'escalier, Ron semblait maussade et mal réveillé alors que Harry paraissait de meilleure humeur, bien qu'émergeant visiblement à grand peine lui aussi. Posant les yeux sur les deux jeunes hommes, Jessica se demanda inopinément si chez eux aussi, le lit de camp n'avait pas servi et éclata d'un rire cynique et moqueur, s'attirant des regards étonnés de tous, sauf Ron qui la fusilla du regard avec hargne.

-Tu te fiches de moi ou quoi ? aboya-t-il en se laissant lourdement tomber sur une chaise vide.

-Les Ronflaks Cornus se joignent enfin à nous, commenta simplement Jessica avec un sourire en coin.

Hermione éclata de rire, imitée par Ginny et Luna, à moitié pour la plaisanterie de Jessica et à moitié pour l'expression indignée de Ron et Harry. Ce dernier se fendit finalement d'un sourire amusé en s'asseyant à son tour à coté d'un Ron bougonnant avec mauvaise humeur, n'ayant pas apprécié de se faire charrier à vue.

-Tu t'es levé du pied gauche, Ron ? demanda Mrs Weasley.

-Je suis juste tombé sur une sale vipère, rétorqua le rouquin avec hargne.

-Ron ! Ce n'était qu'une petite plaisanterie, alors ne soit pas grossier envers notre invitée !

Le rouquin s'étouffa de surprise et de colère sur son thé, toussant en fusillant Jessica du regard. Que sa propre mère la traite en invité lui tapait énormément sur le système et il désespérait de trouver ne serait-ce qu'une personne qui écouterait enfin ses avertissements. Etait-il donc le seul à voir la Serpentard pour ce qu'elle était vraiment ? Le monde était-il donc peuplé d'imbéciles crédules incapables de voir au delà de la simple apparence ? Il était persuadé que derrière ce masque qu'elle affichait envers Hermione et le reste des personnes présentes se dissimulait un serpent sournois et prêt à mordre, à répandre son venin.

Attaquant son petit déjeuner sans grand enthousiasme, Ron ruminait ses pensées, échafaudait des ébauches de plan visant à confondre Jessica. Dans son imagination, il dévoilait sa traîtrise, tous le reconnaissait comme le plus grand sorcier de tous les temps, il était nommé capitaine de l'équipe de Quidditch et Hermione lui tombait dans les bras, éblouie par sa prestance naturelle.

Que la réalité pouvait être tout autre ne l'effleurait pas. Il était par ailleurs tellement plongé dans son fantasme, lequel prenait une voie nettement moins chaste alors qu'il imaginait la manière dont Hermione pourrait le remercier de l'avoir sauvée, qu'il affichait une expression béate particulièrement stupide que ne manqua pas de remarquer Jessica.

-Ah bah tiens, moi qui m'étais toujours demandée à quoi pouvait bien correspondre l'expression imbécile heureux...

-N'en fais pas trop, Jessica, prévint à mi-voix Hermione en lui pinçant légèrement la cuisse sous la table.

La Serpentard haussa simplement les épaules. En effet, les regards des adultes s'étaient fait plus réprobateur qu'amusés à la dernière de ses piques, mais elle ne s'en souciait que partiellement. C'était dans sa nature d'exprimer le fond de sa pensée par le biais de moqueries et réfréner ce besoin lui était presque impossible. Si elle s'y essayait, son humeur en pâtissait et elle devenait irritable. Du moins bien plus qu'en temps normal. La pression s'accumulait jusqu'au point de rupture, lequel consistait à déverser des flots de remarques insultantes à quiconque croisait sa route. Hermione le savait pertinemment, avait par ailleurs constaté le phénomène à Poudlard lorsque Jessica s'efforçait de maintenir une trêve relative envers Ron, et ne pouvait donc se résoudre à l'empêcher de s'exprimer à sa guise. Pourtant elle s'inquiétait que ses parents et Mrs Weasley ne finissent par la méjuger en se basant uniquement sur sa façon particulière de contourner sa timidité si paradoxale. Peut-être devrait-elle avoir une discussion avec ses parents afin de leur parler de Jessica et leur faire comprendre à quel point elle savait se montrer aimable, pour ne pas dire adorable, derrière son épaisse couche de sarcasmes. L'idée la séduisait et la terrifiait tout autant. Elle redoutait en effet que ses parents ne l'interroge un peu trop sur les liens qu'elle entretenait avec Jessica et elle n'était pas sûre d'être capable d'empêcher ses sentiments transparaître au cours de la conversation.

Le petit déjeuner se poursuivit dans un calme relatif, les Granger interrogeant leur fille sur son séjour à Poudlard. Jessica observait la petite famille avec intérêt, n'ayant pour sa part jamais connu cette ambiance familiale. Elle ne s'imaginait pas avec son père, discutant aussi ouvertement de ce qu'elle avait fait durant ces derniers mois. Le fait que sa petite amie évoquait principalement la manière dont elles étaient devenues amies la mettait relativement mal à l'aise, bien qu'Hermione ait tendance à altérer légèrement le véritable déroulement des évènements en minimisant son éloquence particulière. Elle remarquait d'ailleurs que Ron rongeait visiblement son frein, voulant de toute évidence brosser un portrait inverse. L'atmosphère qui régnait dans la maison Weasley paraissait étrange à Jessica, laquelle n'avait jamais véritablement connue la chaleur d'un foyer. Pourtant, aussi agréable que tout ceci lui semblait, elle savait qu'il lui serait impossible de connaître cette sensation avec son père. Trop de choses les divisaient, ils ne formaient une famille que par le sang.

-Ah, d'ailleurs comment s'est passé ce fameux bal, Hermione ? demanda soudain Mr Granger.

Un léger malaise s'empara de la table. Le fait que les parents d'Hermione n'aient visiblement pas été informés de l'attaque contre leur fille y était pour beaucoup, mais pour les quatre jeunes filles, il y avait également le fait que bien qu'y étant allée officiellement avec Ron, Hermione avait fini par choisir Jessica comme cavalière. A voir la tête que tirait justement le rouquin, il était clair qu'il n'avait toujours pas digéré ce détail.

-Heu... C'était très bien, répondit Hermione d'une voix qui se voulait assurée, mais laissait deviner qu'elle ne souhaitait pas s'étendre sur le sujet.

Pas dupes pour une noise, les Granger échangèrent un regard avant de reporter leur attention sur les mines coupables qui leur faisaient face.

-D'accord, reprit Mr Granger. Qu'est ce que vous nous cachez, tous autant que vous êtes ?

-Mais rien du tout, se défendit Hermione, malheureusement guère crédible de par le regard paniqué qu'elle lança en direction de Jessica.

-Je t'en prie, ma chérie, intervint Mrs Granger. Nous sommes peut-être des Moldus, ton père et moi, nous sommes encore capable de deviner quand quelque chose ne va pas !

Se sentant acculée, Hermione adressa de nouveau un regard suppliant à sa petite amie, oubliant sur le coup de l'inquiétude qu'avec le caractère de celle-ci, lui demander d'intervenir n'était pas forcément la meilleure chose à faire. Jessica ne voyait d'ailleurs qu'une manière d'avorter l'interrogatoire à venir, lequel risquait d'être bien trop poussé s'ils laissaient les Granger se monter la tête avec des questions malvenues.

-C'est rien, juste quelques Mangemorts qui se sont invités à la fête et stupéfixé Hermione entre deux bouchées au buffet, lâcha donc la jeune fille aux yeux émeraude.

-Jessica ! s'offusqua Mrs Weasley, autant devant la franchise dont avait fait preuve la demoiselle que le ton qu'elle avait employé.

Hermione avait sursauté en l'entendant, se souvenant un peu tardivement qu'elle ne pouvait s'attendre à autre chose de la part de sa petite amie. A voir le teint pale de ses parents, il était clair que l'Ordre n'avait décidément pas jugé utile de les mettre au courant qu'il y avait eu un incident. Chose dont elle se demandait s'il fallait s'en réjouir ou s'en inquiéter...

-Et personne ne nous a rien dit ?! s'écria Mr Granger en se levant avec colère. Molly, qu'est ce que ça signifie ? Nous vous avions demandé de nous tenir au courant de ce qui se passait à Poudlard !

-Je suis sincèrement désolée, répondit Mrs Weasley. Mais l'incident était sans conséquence et je me suis dit qu'il n'était pas utile de...

-Pas utile ? répéta Mrs Granger avec incrédulité. Nous sommes ses parents ! Nous aurions du être les premiers avertis, bon sang ! J'exige de savoir ce qui s'est passé au cours de ce bal ! Et dans les moindres détails !

Hermione soupira et lança un regard mécontent en direction de Jessica. Laquelle haussa simplement les épaules en retour. Elle faisait confiance à Hermione pour tirer la situation à son avantage et savait que si les Granger se focalisaient principalement sur l'attaque, ils risquaient de trouver les détails du genre leur fille dansant avec une certaine Serpentard comme secondaire.

-C'est pas si dramatique que ça en a l'air, intervint Ginny, désireuse de venir en aide à son amie. Tout se passait bien jusqu'à la fin du bal où des Mangemorts ont fait irruption et ont eu le temps de stupéfixer Hermione avant de prendre la fuite.

-Stupéfixer ? répéta Mr Granger, inquiet. C'est quoi, ça ? Un sortilège ?

-Sans gravité, intervint à son tour Harry. Il rend juste la cible inconsciente pour une durée indéterminée, à moins qu'on lui lance le contresort pour ranimer la vict... la cible plus tôt.

-Mais ils auraient pas pu lui faire de mal si Wingdal n'avait pas amenée Hermione vers l'entrée justement au moment où les Mangemorts entraient... comme par hasard... lança Ron d'un ton acerbe.

Le silence retomba avec la délicatesse qu'un hachoir. Hermione, Ginny et Luna fusillaient le rouquin du regard alors que Jessica levait les yeux au ciel, pas plus étonnée que ça que le crétin saute sur l'occasion. Les Granger semblaient à la fois surpris et inquiets par ce détail, leur regard allant de Ron, Jessica à Hermione, n'étant pas sûrs de comprendre.

-Tu ne va pas recommencer avec ça, Ron ! s'énerva Hermione.

-D'autant que c'est Jessica qui a ramenée Hermione à l'abri, intervint Ginny en lançant un regard dégoûté à son frère. Sans elle, les Mangemorts auraient eu tout le temps de l'achever vu que c'est pas toi qui allais faire preuve d'héroïsme en allant la sauver, planqué que t'étais derrière le buffet.

Ron poussa une exclamation outrée et surprise. Il savait que sa sœur soutenait Jessica, mais de là à l'enfoncer comme elle le faisait, il estimait qu'elle y allait un peu fort. Mais Ginny n'avait pas non plus digérée l'hostilité dont faisait preuve son frère à l'égard de Luna.

-Bon, du calme... reprit Hermione avec un soupir excédé en voyant que la discussion commençait à partir dans tous les sens. Je ne vois pas pourquoi mes parents n'ont pas été tenus informés, Mrs Weasley, ce sont quand même les premiers concernés. Ensuite, Jessica m'a sauvée la vie ce soir là, donc ta paranoïa, tu t'assois dessus, Ron, merci. Ca remonte à presque deux mois, tout ça, on pourrait peut-être éviter de s'éterniser là-dessus ?

Le silence retomba, tout le monde semblant quelque peu calmé. Mrs Weasley détournait le regard, se sentant légèrement coupable d'avoir caché l'information aux Granger, mais elle avait toujours eu à cœur les intérêts d'Hermione et ne voulait pas inquiéter ses parents plus que nécessaire. Ron, pour sa part, semblait récalcitrant à lâcher l'affaire, mais devant l'expression mécontente d'Hermione, il jugea préférable de ne pas insister pour le moment.

Toujours assise, Jessica observait la scène avec amusement. Les parents de sa petite amie semblaient surpris de voir leur fille agir de la sorte, mais au moins ils n'insistèrent plus sur le bal. Ils semblaient même légèrement mieux disposés à l'égard de la Serpentard en apprenant qu'elle avait sauvée Hermione, bien que la jeune fille devinait toujours une certaine méfiance de leur part.

Le petit déjeuner s'acheva sans que personne n'évoque à nouveau le sujet du bal, mais les parents d'Hermione avaient matière à réfléchir. Que Mrs Weasley leur ait dissimulés une information aussi importante concernant leur fille les amenait à se demander ce que l'Ordre pouvait bien leur cacher d'autre. Ils savaient Hermione menacée, mais les choses semblaient aller plus loin qu'ils ne l'avaient imaginé. Bien que sachant être impuissant à aider leur fille, ils tenaient tout de même à être informés de ce qui la concernait, de près ou de loin. Comment pourraient-ils rassurer et conseiller leur enfant s'ils ignoraient tout de ce qu'elle vivait ?

De fait, depuis l'attaque qu'ils avaient eux même subit quelques mois plus tôt, ils s'apercevaient qu'ils ne connaissaient finalement pas leur fille si bien qu'ils l'imaginaient. A la maison, Hermione ne pratiquait jamais la magie, en raison d'une loi interdisant aux mineurs de faire usage de leur baguette hors de l'école, de ce qu'Hermione leur avait expliqué. Principale conséquence, bien que parents d'une Sorcière, les Grangers étaient peu coutumiers de la magie. Vivre chez les Weasley avait été instructif à ce sujet, mais ils se rendaient également compte qu'ils ne parvenaient pas vraiment à imaginer leur fille usant de magie. De même que l'avoir vue agir telle qu'elle venait de le faire les avaient surpris, ayant systématiquement fréquenté une Hermione travailleuse et relativement discrète.

Ces vacances étaient pour eux l'occasion d'apprendre à connaître une facette de leur fille systématiquement restée dans l'ombre à ce jour. Au moins, leur situation actuelle leur permettait de jeter une lumière nouvelle sur l'enfant qu'ils avaient élevé avec amour dix-sept années durant.

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Si Ron était d'humeur pessimiste quant aux vacances qui s'annonçaient, coincé qu'il était entre Jessica et Luna, Harry était pour sa part de bien meilleure humeur qu'il ne l'avait été depuis la mort de Sirius. A présent qu'il n'avait plus à se soucier des cours et de l'entraînement de Quidditch, il se rendait compte du bien que lui avait procuré ses quelques entretiens avec Wingdal. Rétrospectivement, il se sentait honteux de lui-même lorsqu'il repensait à son attitude passée. Il était content qu'Hermione ait su lui pardonner son arrogance et prit la décision de faire de son mieux pour la soutenir, de même que Ginny.

Ses pensées dérivèrent en direction de cette dernière et il posa ses yeux vert sur la cadette des Weasley, laquelle se trouvait confortablement installée dans un fauteuil, Luna à ses cotés, toutes deux écoutant Hermione discuter avec ses Moldus de parents qui semblaient curieux d'en savoir plus sur sa vie scolaire, Jessica observant la famille Granger avec l'air de s'ennuyer ferme, légèrement en retrait. Survolant Ron qui ne cessait de guetter la Serpentard du coin de l'œil avec toute la discrétion dont il était capable, format éléphant dans un magasin de porcelaine, Harry revint à Ginny, songeur.

Il avait également remarqué l'évolution du caractère de la sœur de son meilleur amie au cours de l'année et, comme Hermione, comprenait que Luna en était la cause principale. Depuis que les deux jeunes filles étaient devenues de proches amies, Ginny s'était bien plus affirmée qu'elle ne l'avait fait auparavant, semblant plus confiante que jamais. Et plus belle, s'apercevait soudain Harry.

Etrangement, la vision qu'il avait de Ginny avait également changé au fil du temps. De simple « sœur de Ron », Harry avait finalement découvert la femme en elle. Une femme volontaire, déterminée, au fort caractère, mais soucieuse de ses proches. La dévotion qu'elle avait montrée en s'occupant de Luna lorsque celle-ci avait souffert de la perte de son père l'avait réellement impressionné, bien que sur le moment, il n'y avait pas prêté grande attention. Mais à présent que c'était chose faite, il révisait complètement son jugement sur Ginny et appréciait plutôt ce qu'il voyait.

Obnubilé qu'il était par Cho jusqu'à sa cruelle désillusion l'année précédente, Harry n'avait jamais vraiment considéré la révélation qu'Hermione lui avait faite : Ginny en pinçait pour lui. Bon, d'accord, elle était sortie avec divers garçons l'an passé, mais toujours d'après Hermione, c'était un moyen pour elle de se sortir Harry de la tête. Lequel repensa soudain à ce que Ginny elle-même lui avait dis au sujet de sa relation avec Dean : ça n'avait pas marché. Devait-il considérer qu'elle avait voulu par là lui faire comprendre qu'elle avait échoué à l'oublier et qu'elle nourrissait toujours à son égard des sentiments ? L'idée le séduisait, il devait bien l'admettre...

Un sourire naquit doucement sur les lèvres de Harry qui se recala confortablement dans son fauteuil, observant Ginny qui bavardait maintenant joyeusement avec sa mère, racontant les frasques de Luna à Poudlard. Mrs Weasley semblait bien s'amuser et on pouvait aisément deviner qu'elle appréciait de plus en plus la Serdaigle, ce qui fit plaisir à Harry. Après tout, Ginny l'avait amenée précisément pour que sa famille fasse connaissance avec celle qu'elle semblait considérer comme sa meilleure amie. Il ne pouvait donc qu'apprécier le fait qu'elle réussisse dans son entreprise. Harry avait conscience que Ron n'aimerait pas savoir ce qu'il pensait en ce moment, mais il devait bien admettre que son ami en faisait un peu trop. Qu'il désapprouve la présence de Jessica, il pouvait le comprendre, lui-même ne parvenant pas franchement à définir si la Serpentard lui était sympathique ou antipathique, mais Luna était tout ce qu'il y avait d'agréable à fréquenter, en dépit de son caractère particulier.

Et tant qu'il était à songer à Ron, Harry se demanda comment ce dernier réagirait à, disons, la nouvelle que sa sœur et son meilleur ami se découvraient une attirance aussi soudaine que réciproque ? S'il se fiait à ses réactions passées, Harry ne pouvait qu'être pessimiste, pourtant il ne parvenait à se défaire de l'impression qu'après tout, Ron devait certainement souhaiter pour sa sœur le meilleur petit ami possible. Il devait souhaiter plus que tout la confier à une personne en qui il avait confiance, qu'il savait pouvoir lui apporter toute l'affection et tout le bonheur qu'elle méritait. Bref, Ron devrait très certainement approuver l'éventuelle romance entre sa sœur et son meilleur ami. Et puis, n'avait-il pas tenté de convaincre Ginny d'accompagner Harry au bal ? Il fallait très certainement y voir un signe, estimait Harry. D'autant qu'il aimait à croire que sans sa regrettable attitude, qu'il regrettait énormément à présent, Ginny aurait accepté sans l'ombre d'une hésitation.

Tout à ses pensées, Harry laissa son esprit vagabonder dans le champ fleuri d'une romance entre Ginny et lui-même, évoquant toutes sortes d'images des plus agréables. Le genre d'image qui lui faisait regretter d'être aussi nul en Occlumencie, sachant très bien que tout enthousiaste que serait Ron de voir sa sœur casée avec son meilleure ami, il ne pourrait que lui reprocher d'avoir de telles idées. Mais bon, ce n'était pas comme si quelqu'un dans les environs était capable de savoir ce qu'il avait dans la... Son regard vola sur Luna avec angoisse, laquelle fronçait les sourcils en l'observant. L'expression aussi rêveuse que débile qu'il affichait s'évanouit rapidement, remplacée par une mimique embarrassée alors qu'il espérait contre toute attente que Luna ne le considérait pas suffisamment comme un ami pour que son étrange empathie le concerne. Après tout, elle ne s'était pas montrée des plus réceptives à son égard lors des essais...

Avec une moue boudeuse et mécontente, Luna attrapa le bras de Ginny et se serra tout contre, posant un regard méchant sur Harry qui se sentit rougir et détourna rapidement le regard, affectant de s'intéresser au mur. Pour sa part, Ginny se figea d'un embarras soudain en sentant son bras se retrouver tout d'un coup et sans raison coincé entre la poitrine de Luna. Non pas que la sensation soit désagréable, bien au contraire, mais elle sentait son visage s'embraser de manière malvenue puisque se trouvant face à sa mère qui affichait une mine stupéfaite en voyant faire la Serdaigle.

-Qu'est-ce qui lui prends ? s'étonna Mrs Weasley en fronçant légèrement les sourcils.

-Au... aucune idée, répondit Ginny, cherchant désespérément une explication tenant la route avant de se souvenir qu'il s'agissait après tout de Luna. Oh, j'y suis ! Elle a du sentir des Nargoles ou quelque chose du genre, pas vrai, Luna ?

L'intéressée sembla émerger d'un long sommeil et regarda autour d'elle en clignant des yeux, paraissant un peu perdue, avant d'acquiescer tout en s'écartant de Ginny qui fut partagée entre le soulagement et le regret. Son bras était encore chaud d'avoir été si proche de sa petite amie et elle regrettait qu'il y ait tant de monde autour d'elles, sans quoi elle ne se serait pas contentée de serrer son bras contre la jeune fille.

-Un Nargole, oui, mais il s'est enfui ! approuva Luna tout en lançant un regard amusé en direction de Ginny qui pria pour ne pas rougir.

A voir la lueur amusée dans les yeux bleus de la Serdaigle, il était clair que celle-ci savait exactement ce à quoi pensait Ginny.

-C'est sûrement l'heure de lui donner sa potion, intervint Ron avec mauvaise humeur.

-Je te dirais bien d'aller prendre ta potion d'euphorie, lança Jessica. Mais même en avalant un chaudron entier, je doute qu'on arrive à te tirer autre chose qu'une crampe au coin des lèvres.

Hermione leva les yeux avec amusement tandis que Luna et Ginny éclataient de rire devant la mine indignée de Ron. Elle qui trouvait Jessica inhabituellement calme, voilà qui la rassurait. Elle comprenait parfaitement que l'élue de son cœur faisait de considérables efforts afin de se faire bien voir de ses parents, mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Elle sentait Jessica tendue et savait par expérience que le stress n'arrangeait rien à son caractère, bien au contraire. Si seulement elles pouvaient s'isoler ne serait-ce qu'un petit moment, histoire de l'aider à relâcher la pression... Un sourire soudain étira les lèvres d'Hermione.

-Ah, attendez, je vais vous montrer quelque chose ! lança-t-elle joyeusement en direction de ses parents. Je dois l'avoir dans mon sac, si je me trompe pas, le temps d'aller le chercher...

-Pourquoi t'embêter ? intervint Ron. T'es majeure, maintenant, t'as juste à lancer un petit sortilège d'attraction.

Hermione se sentit la soudaine envie de faire avaler à Ron un flacon d'empestine. Pourquoi est-ce qu'il fallait toujours qu'il fasse preuve de bon sens au mauvais moment ? Elle se contenta pourtant d'un reniflement dédaigneux.

-Pour ta gouverne, Ron, ce n'est pas parce que je suis majeure que je vais m'amuser à agiter ma baguette dans tous les sens à la moindre occasion. Un peu d'exercice ne fait jamais de mal, après tout, et je préfère garder la magie en dernier recours pour ce genre de petite tâche.

Elle se leva tout en achevant de parler et fit quelques pas en direction de l'escalier menant aux chambres avant de se retourner.

-Tu viens m'aider, Jessica ? Ca ira plus vite à deux.

-Et pourquoi je dois profiter des corvées ? se lamenta la Serpentard avec un soupir.

Elle se leva tout de même et emboîta le pas d'Hermione en traînant les pieds, visiblement peu désireuse de se bouger pour donner un coup de main. Une fois les deux jeunes filles disparues à l'étage, les Granger firent une moue indécise.

-Elle est toujours aussi aimable ? demanda Mrs Granger.

Ron ouvrit la bouche avec un grand sourire, mais Ginny l'avait senti venir et le devança avec un naturel découlant d'une longue pratique.

-En un sens, oui, mais c'est quelqu'un de vraiment très gentil une fois qu'on la connaît un peu.

Malheureusement, les parents d'Hermione ne semblèrent guère convaincus. Ginny soupira, consciente que les Granger auraient bien plus de mal à accepter Jessica que sa mère pour Luna. Cette dernière lui tapota gentiment la tête avec un sourire, sachant parfaitement ce à quoi elle pensait. Ginny lui rendit un sourire empreint de tendresse, regrettant de ne pas pouvoir trouver elle aussi une excuse pour aller dans sa chambre avec Luna. Mais elle craignait d'attirer la suspicion si les deux couples s'isolaient en même temps pour une raison similaire, d'autant que Luna avait déjà légèrement gaffé un peu plus tôt. Ginny donna une légère pichenette dans le radis qui se balançait à l'oreille de la Serdaigle, une expression songeuse sur le visage. Elle se demandait pourquoi Luna s'était soudain serrée autant contre elle. Son attitude avait été des plus possessives, ce faisant, ce qui ne lui ressemblait pas vraiment, surtout en public. Jusqu'ici, Luna avait toujours pris soin de ne pas se montrer trop affectueuse face à d'autres personnes qu'Hermione et Jessica. Bah, elle trouverait bien un moment pour lui poser la question une fois qu'elles seraient seules, entre deux baisers...

Luna lui retourna un regard taquin, comme la défiant de parvenir à préférer l'interroger plutôt que l'embrasser.

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A peine la porte refermée qu'Hermione se jeta dans les bras de Jessica pour prendre possession de ses lèvres avec avidité, passant ses bras autour de son cou et s'accrochant à elle de manière presque désespérée. Plus que jamais, se trouver près d'elle sans pouvoir la toucher ou l'embrasser constituait une véritable torture et à la manière dont Jessica répondait à ses baisers, elle savait sans l'ombre d'un doute que ce sentiment était partagé. La Serpentard recula pourtant son visage, rompant le baiser, pour poser sur Hermione un sourire ironique.

-Quoi, tu veux montrer ma langue à tes parents ? En quoi ça va les intéresser, au juste ?

-Jessica, ne me force pas à te lancer un sort de Mutisme...

Avec un rire amusé, Jessica reprit possession des lèvres d'Hermione, l'embrassant avec passion. Qu'elle puisse ressentir un tel besoin de le faire déroutait toujours un peu la Serpentard, mais elle s'en réjouissait plutôt qu'autre chose. Plus surprenant, en fait, le baiser lui faisait presque autant d'effet que s'acharner sur quelqu'un à grand renfort de sarcasmes. Seul problème, elle devait tout autant réfréner cette envie en présence des parents d'Hermione. Elle avait d'ailleurs dans l'idée qu'ils voudraient moins s'offusquer de sa langue acérée tant qu'elle restait hors de la bouche de leur fille. Elle voulut rompre le baiser afin de partager avec sa compagne cette pensée des plus amusantes, mais Hermione prit fermement son visage entre ses mains, lui interdisant de gâcher le baiser par une remarque quelconque. Jessica ne s'en formalisa pas, trouvant le châtiment à son goût.

La poignée de la porte pivota soudain, précédent l'ouverture de celle-ci. Paniquée, Hermione se recula rapidement et, dans une tentative désespérée de donner aux intrus une image tout autre que la réalité, fit mine d'examiner les dents de Jessica, lui coinçant les pouces au coin de la bouche qu'elle étirait en une grimace crispée et qui n'aurait pas manqué de la faire éclater de rire dans une autre situation.

-Mais... Qu'est-ce que tu fais, Hermione ? demanda Mrs Granger en ouvrant des yeux ronds en voyant sa fille agir de la sorte.

-Ah… euh... Jessica s'est plaint d'une douleur aux dents, improvisa Hermione en sentant son cœur cogner fortement contre sa poitrine tout en ignorant la grimace d'incompréhension de la Serpentard qui plissait un œil, ouvrait grand l'autre et émit un « gné ? » étouffé par les pouces de sa Gryffondor.

-Mal aux dents ? répéta Mr Granger en entrant à son tour, une lueur brillant au fond des yeux.

Hermione pâlit, se rendant compte un peu trop tard qu'elle venait de gaffer. Son père lui rappelait un peu trop Mr Weasley lorsqu'il croisait un Moldu pour sa tranquillité d'esprit. Avant même qu'elle ait eu l'occasion de réagir, son père attrapait une Jessica qui ne comprenait plus rien à ce qui se passait autour d'elle et la faisait pivoter face à elle pour lui examiner à son tour les dents.

-Mmmh, je pense qu'un examen ne serait pas de trop, on est jamais trop prudent pour ce qui est des dents ! lança-t-il d'un ton joyeux alors que sa femme approuvait avec enthousiasme dans son dos.

La seconde suivante, Jessica se faisait à moitié traîner hors de la chambre par des Granger enthousiastes qui foncèrent dans celle qu'ils occupaient avant de claquer la porte derrière eux, laissant une Hermione inquiète dans le couloir. La Serpentard lança un regard intrigué autour d'elle, consciente que les Granger avaient en partie redécoré la chambre à leur guise, histoire de se sentir un peu plus à l'aise durant leur séjour prolongé au Terrier.

Des photos disposées sur une commode attirèrent son attention et elle s'approcha, ignorant les Granger qui s'activaient au dessus d'un sac en discutant de choses auxquelles elle ne comprenait absolument rien. Un léger sourire étira ses lèvres lorsqu'elle vit une version bien plus jeune d'Hermione qui souriait, exhibant des dents protubérantes ainsi qu'une espèce de chaîne fixée dessus. Le souvenir de sa quatrième année lui revint en mémoire, lorsqu'un sort avait raté sa cible pour frapper Hermione, lui allongeant les dents de manière impressionnante. Malheureusement, elle ne se souvenait plus des détails, n'ayant à l'époque prêté qu'une très vague attention à l'incident. Elle croyait se souvenir d'avoir lancé une remarque blessante à Hermione alors qu'elle filait à l'infirmerie et sentit une légère pointe de remord planter les dents dans son estomac. L'idée qu'à cette époque, Hermione ne représentait absolument rien pour elle était des plus étranges. Une fois de plus, Jessica constatait à quel point elle avait changé et elle ne pouvait que s'en réjouir.

Elle observa les photos avec intérêt, intérieurement ravie d'avoir cette occasion de découvrir une partie d'Hermione qu'elle ignorait jusqu'ici. Le fait que les photos ne bougeaient pas la mettait mal à l'aise, ceci dit. Un tel immobilisme lui semblait anormal, elle se sentait l'envie de s'emparer de la photo pour la secouer, dans l'espoir qu'Hermione donne un signe de vie. Un frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale. Voilà ce qui la gênait tant... dans son esprit, l'immobilité était évocateur de mort et cette idée associée à Hermione la rendait tout simplement malade.

-Elle a bien grandi, pas vrai ? lança soudain une voix dans son dos, rompant le fil de ses pensées.

Jessica sursauta et regarda par dessus son épaule. La mère d'Hermione l'observait avec intérêt et un sourire. Bien que l'expression de Jessica soit restée neutre, pour ne pas dire ennuyée, les émeraudes constituant son regard étaient tout autres. Mrs Granger avait beau ne pas comprendre ce regard, elle y trouvait néanmoins de la tendresse tranchant avec l'attitude cynique qu'affichait la jeune fille. Elle commençait à comprendre ce qu'avait voulut dire Ginny et son sourire s'accentua.

-C'est assez difficile pour nous de comprendre ce que vous vivez dans cette école, reprit-elle en prenant la photo qui avait attiré l'œil de Jessica pour la regarder avec nostalgie. A part lorsqu'elle était petite et que ses pouvoirs ont commencés à se manifester, nous n'avons jamais vu Hermione faire de la magie.

Elle fit une pause, tournant son regard sur Jessica qui l'écoutait avec un visage fermé, comme attendant un commentaire, mais la Serpentard resta muette.

-Pour toi, c'est sûrement l'évidence même, mais nous n'avons jamais rien compris à tout ce qu'elle nous disait concernant son école. Tous ces cours aux noms étranges... Ces hiboux livrant le courrier... La seule chose que nous avons jamais compris au cours de toutes ces années, c'est que notre fille est Préfète. Jusqu'à récemment, nous n'étions même pas certains qu'elle était aussi douée que ça. On voyait bien qu'elle avait d'excellente notes, mais...

Avec une légère moue, Jessica hocha lentement la tête. Elle comprenait ce que Mrs Granger cherchait à lui dire. Elle ne pouvait qu'imaginer à quel point il devait être déstabilisant pour des parents de découvrir un jour que leur fille était une Sorcière suffisamment douée pour s'être mise en danger de mort.

-Mais vous avez l'impression que celle que vous avez élevée est une inconnue, pas vrai ? compléta-t-elle d'une voix terne.

Mrs Granger poussa un soupir, puis lui sourit.

-Ils ne nous disent quasiment rien sur ce qu'il se passe dehors. Je comprends que c'est pour leur sécurité autant que la notre, mais savoir qu'on nous a caché cette attaque lors du bal...

-Vous auriez préféré être à ma place et qu'Hermione passe à deux doigts de vous mourir dans les bras ? rétorqua Jessica avec hargne.

Mrs Granger eu un mouvement de recul. Son mari releva la tête du sac dans lequel il fouillait, très pâle, et regarda dans leur direction avec inquiétude. Jessica regretta ses paroles, mais elle ne pouvait lutter contre sa nature, surtout séparée d'Hermione.

-Elle a vraiment failli mourir ? insista Mrs Granger, voyant que Jessica était sur le point de changer de sujet.

-Et pourquoi c'est moi qui ai droit à l'interrogatoire, au juste ? s'énerva la Serpentard. Allez donc demander aux Weasley, moi je suis comme vous, on me dit quasiment rien !

-Tu en sais toujours plus que nous et tu es jusqu'ici la seule qui semble ne pas vouloir à tout prix nous ménager, répondit Mrs Granger avec sérieux. Molly est une véritable amie et nous lui sommes infiniment reconnaissant pour ce qu'elle a fait, mais...

-Mais elle a tendance à couver votre fille et ça vous énerve de voir qu'elle la connaît mieux que vous, pas vrai ? coupa Jessica avec un sourire cynique.

La mère d'Hermione parut blessée, mais hocha la tête en serrant les lèvres. Jessica secoua la tête, se demandant si elle s'en tirait bien ou gâchait définitivement ses chances de faire bonne impression. Les relations sociales n'étaient vraiment pas son truc. A bien y réfléchir, elle se demandait comment elle avait réussi à obtenir l'amitié de Ginny et Luna. Sans parler de l'amour d'Hermione.

-Très bien, si y a que ça pour vous faire plaisir... soupira-t-elle finalement. Oui, elle a bien failli mourir. Ils l'ont en quelque sorte assommée et quoi qu'en dise ce crétin à poil roux, si je l'avais pas traînée à l'abri, ces foutus encapuchonnés auraient eu tout le temps de finir leur sale boulot...

Tout en parlant, Jessica serra les poings. Reparler de l'incident lui évoquait de nouveau la terreur qu'elle avait ressentie lorsqu'Hermione s'était effondrée dans ses bras. Elle revivait cet instant cauchemardesque durant lequel elle avait cru que c'était l'Avada Kedavra qui avait frappé celle qu'elle aimait plus que tout au monde. Les Granger semblaient également secoués, mais ne firent aucun commentaire. Ils constataient avec étonnement que Jessica semblait au bord des larmes malgré le masque impassible qu'elle s'efforçait de conserver. Mrs Granger lui posa une main sur l'épaule en lui souriant.

-Merci de l'avoir sauvée.

-Bon, si on en a fini avec ça, je peux y aller, maintenant ? demanda Jessica en reprenant contenance et en se dirigeant vers la porte.

-Ah ! Pas encore ! s'écria Mrs Granger en la retenant son attitude changeant du tout au tout. On est là pour te faire un examen dentaire, n'oublie pas !

-Quoi ? Je croyais que c'était juste une excuse pour me parler, moi ! Ecoutez, mes dents se portent très bien, mon dernier sortilège dentaire remonte pas tant que ça et...

-Tututut ! La magie et les dents ne devraient pas se mélanger ! On va au moins te faire un détartrage et s'assurer que tu n'as pas de caries. Après tout, si tu as eu mal aux dents, c'est pour une raison.

Jessica ouvrit la bouche, mais se rappela à temps qu'il valait mieux ne pas révéler qu'elle n'avait jamais eu mal aux dents. Cela risquait d'amener des questions un peu trop personnelles et même si elle pensait avoir marqué un point auprès des Granger pour leur avoir parlé du bal sans détour, elle se doutait qu'il lui restait encore du chemin pour se faire accepter complètement. Avec un soupir, elle se retourna à contrecœur pour se retrouver face à un Mr Granger en blouse, masque, gants et brandissant une fraise.

-Woa ! Attendez, c'est quoi ce truc ?!

-T'en fais pas, ça va pas faire mal, répondit Mrs Granger en la forçant à s'asseoir dans un fauteuil avant de lui coller une lampe dans les yeux. Ouvre bien la bouche.

De l'autre côté de la porte, Hermione attendait en compagnie de Ginny, Luna, Ron et Harry qui étaient venus voir ce qui se passait. Lorsque des cris s'élevèrent depuis la chambre, Hermione manqua d'enfoncer la porte pour voler au secours de sa Serpentard, mais se retint juste à temps. Malheureusement, ses parents étaient intraitables dès qu'il s'agissait de soins dentaires. Ils l'avaient longuement boudée suite à sa quatrième année, lorsqu'ils s'étaient rendus compte que leur fille s'était dépatouillée pour arranger ses dents via la magie.

-Mais y font quoi ? s'inquiéta Ginny en pâlissant alors que Luna fixait la porte avec des yeux ronds.

-Pardonne-moi, Jessica... murmura Hermione, partagée entre l'inquiétude et l'envie de rire.

Harry souriait également, amusé. Il savait parfaitement qu'il n'y avait pas lieu de s'inquiéter et s'imaginait le choc qu'une personne ayant toujours vécu dans le monde magique devait éprouver face à un dentiste. Pour sa part, Ron affichait une mine réjouie qui agaça particulièrement Hermione. Le rouquin n'avait aucune idée de ce qu'il se passait de l'autre coté de la porte, mais les cris de Jessica étaient une douce musique à ses oreilles.

De longues minutes plus tard, le calme revint brièvement, le temps que la porte s'ouvre sur une Jessica très pâle qui se frottait la bouche, l'air mal en point. Hermione se précipita vers elle, inquiète.

-Ca va, Jessica ?

-J'ai les gencives à vif et l'impression de m'être gargarisée au souffre, et toi ? rétorqua la Serpentard d'un ton cinglant.

-Ca va passer, assura Hermione en lui frottant le dos tout en foudroyant Ron qui se moquait allègrement de la pauvre Serpentard traumatisée.

-Bon, y avait pas de caries, intervint Mr Granger par dessus le fou rire de Ron. Mais valait mieux s'en assurer, pas vrai ?

Hermione secoua la tête. Elle comprenait bien que son père comme sa mère avaient du mal à se faire à l'idée de ne plus pouvoir travailler, mais de là à lui martyriser sa pauvre petite amie... laquelle lançait un regard assassin à Ron.

-Ca t'amuse, gros malin ? Pourquoi tu vas pas y faire un tour, toi aussi ? Vu toutes les saletés que t'avales à longueur de journée, j'imagine même pas l'état de tes dents.

Hermione se frappa le front en voyant ses parents regarder Ron comme s'il s'agissait d'un phénomène de foire. Avant que le rouquin n'ait eu le temps de comprendre ce qui lui tombait dessus, il se retrouvait à son tour enfermé dans le cabinet improvisé avant de remplir lui aussi l'air de ses cris de terreur.

-Jessica... Tu l'as fais exprès, avoue... soupira Hermione.

Un sourire mauvais lui répondit, révélant des dents parfaitement blanches.