NdA : Ahem... Oui, bon, je sais, je suis en retard tousse Mais je comptes faire en sorte que ce soit la dernière fois. Désormais, je me fixe pour objectif une moyenne d'un chapitre par semaine, j'écris cette fic principalement comme exercice littéraire, mais c'est pas à ce rythme que je vais progresser, donc il est temps de donner un sérieux coup de fouet ! Je m'excuse à nouveau pour le peu de chapitre ces derniers mois, m'en vais tâcher de rattrapper tout ça ! Pis bon, faut voir le bon coté des choses, le noël de la fic recoupe le noël irl, c'est-y pas beau la vie ? Oui, excuse bidon, je sais

Merci aux reviews, encore que concernant celle de catwoman/faith... déjà, j'ai eu un mal de chien à comprendre, mais surtout, comme je l'ai déjà expliqué, cette fic est déjà en grande partie écrite sur papier (ce qui m'empêche pas de la retravailler de chapitres en chapitres), je ne vais PAS faire des ajouts à la demande qui non seulement vont à l'encontre de la trame principale, mais en plus me semblent sans grand intérêt. Bref, inutile de persister à me demander de refaire ma fic à ta sauce, c'est tout simplement hors de question.

Mais dans l'ensemble, j'apprécie toutes les critiques, bonnes ou mauvaises, c'est ce qui me permet d'avancer et de progresser. Bref, trêve de palabres et au prochain chapitre !


Les déboires des deux traumatisés dentaires amusèrent les occupants du Terrier jusqu'au soir et la plupart pouffaient encore au moment de passer à table en voyant Jessica ou Ron se masser la mâchoire avec une grimace, découvrant l'un comme l'autre la sensation un peu étrange de s'être fait récurer les dents autrement que par un sort des plus commodes. Ron était d'autant plus énervé qu'il ne pouvait plus se payer la tête de Jessica puisque celle-ci lui avait si généreusement fait profiter de sa mésaventure.

Tout ceci ne l'empêcha pas de mordre à belles dents dans l'une des saucisses que sa mère venait de lui servir avant de pousser un petit cri de surprise et de douleur mêlée, s'apercevant que ses dents et gencives étaient plus sensibles qu'en temps normal, à présent que la couche de sucrerie avait été impitoyablement récurée. Avec mauvaise humeur, il adressa à Jessica un regard noir, chargé de rancune.

- Pas la peine de me faire les yeux doux, Weasley, lança négligemment la Serpentard en piochant dans son assiette, je t'ai déjà dit que tu m'intéressais pas.

-J'suis sûr que tu l'as fait exprès ! accusa finement Ron en postillonnant des bouts de saucisses ravies de prendre le large.

Hermione se prit la tête dans la main, se demandant si elle devait rire ou pleurer devant les deux zouaves qui l'encadraient. Elle qui avait secrètement espéré qu'en cohabitant, ces deux là parviendraient à s'entendre un peu mieux, elle commençait à se rendre à l'évidence : elle avait fait preuve d'un optimisme et d'une naïveté exagérés. Ne lui restait plus que le vague espoir qu'ils ne s'entre-tueraient pas durant leur séjour. Harry espérait la même chose, mais pour une raison différente. Il avait parié sur l'issue d'un duel entre Jessica et Ron et le combat ne serait valide que s'il se déroulait à Poudlard, devant le plus de témoins possible. Bien qu'il ne l'avouerait jamais à son ami, il avait misé sur Jessica. Ca l'embêtait de l'admettre, mais il avait eu l'occasion de la voir pratiquer ses exercices en compagnie d'Hermione lors des cours de Défense et devait bien reconnaître qu'elle lui paraissait meilleure que Ron.

-Tu devrais me remercier, la Carotte, poursuivait Jessica sans se soucier de ce que pensaient ses camarades. J'imagine même pas l'état de tes dents vu la quantité de sucre que t'avales chaque jour... Par Merlin, Mrs Weasley, vous voulez nous engraisser, c'est pas possible ! ajouta-t-elle en voyant la généreuse portion dont la mère de son rival venait de la gratifier.

-Vous êtes jeunes, bien manger est très important pour bien grandir ! assura Mrs Weasley d'un ton convaincu.

-Moui... Au moins votre maison est pas en pain d'épice, c'est déjà ça...

Hermione et Harry éclatèrent de rire sous les regards d'incompréhension du reste de la tablée, les Grangers mis à part qui souriaient avec amusement. Secouant la tête avec un petit rire, Hermione attaqua son repas avec un sourire amusé en observant Ron qui râlait dans son assiette. Elle s'étonnait toujours de constater à quel point son ami prenait tout au premier degré. Même si son caractère avait empiré depuis qu'ils connaissaient Jessica, Hermione était bien placée pour savoir qu'il prenait généralement toute remarque à son encontre comme une insulte personnelle. Au moins, Harry avait un peu plus de plomb dans la cervelle, Hermione constatait avec plaisir que le jeune homme semblait mieux disposé à l'égard de Jessica depuis peu. Elle ne pouvait qu'espérer qu'il poursuive dans cette voie et, avec de la chance, il parviendrait à faire entendre raison à son rouquin d'ami. Maigre espoir, mais malgré tout, Hermione ne pouvait simplement renoncer à l'amitié de Ron sans avoir tout tenté pour la préserver au préalable.

Assise non loin de sa fille, Mrs Granger observait celle-ci avec attention. Son bref entretien avec Jessica avant l'intervention dentaire lui avait donné matière à réfléchir et elle était bien décidée à employer ces vacances pour renouer ses liens mère-fille avec Hermione. Elle y attachait d'autant plus d'importance que Mrs Weasley agissait envers celle-ci de manière bien trop maternelle à son goût. Bien qu'elle appréciait beaucoup Molly, elle éprouvait un peu de contrariété à son égard et comptait bien montrer une fois pour toute qui était la mère d'Hermione, Moldue ou pas !

En même temps, elle ne voyait pas trop ce qu'elle pouvait faire pour le moment. Et essuyer la bouche d'Hermione avec une serviette avait beau être une idée tentante, Mrs Granger avait la quasi-certitude que son adulte de fille trouverait quelque chose à y redire. Soupirant dans son assiette, la mère d'Hermione empala impitoyablement une pomme de terre innocente sur sa fourchette en parcourant la table du regard. Voir tous ces jeunes était tout de même assez appréciable et son humeur remonta sensiblement. Ginny et Luna étaient particulièrement bruyantes, discutant de manière totalement décousue sur tout et n'importe quoi avec un entrain rafraîchissant. Tout comme Mrs Weasley, Mrs Granger appréciait énormément la Serdaigle, bien qu'elle ne comprenait pratiquement rien à ses élucubrations. Elle se consolait en se répétant qu'elle n'était pas la seule, puisque Ginny mise à part, le reste de la maisonnée semblait tout autant pédaler dans la semoule lorsque l'excentrique jeune fille se lançait dans un exposé farfelu. Quoique Jessica donnait moins cette impression que les autres, mais Mrs Granger commençait à soupçonner que c'était probablement parce qu'elle s'en fichait royalement.

Une légère moue joua brièvement sur les lèvres de la dentiste. Elle se demandait comment les autres filles de la petite troupe parvenait à la considérer comme une amie tant elle se montrait froide et acerbe envers elles. Pourtant, son bref entretien avec la Serpentard durant l'après midi lui avait laissé entrevoir un peu de chaleur humaine, mais à la voir mâchonner son bout de viande avec l'enthousiasme d'un séminaire des pompes funèbres, Mrs Granger commençait à se demander si elle n'avait pas tout simplement imaginé tout ça.

Son regard se posa ensuite sur Ron qui boudait visiblement. Son hostilité déclarée envers Jessica la troublait. Hélas, elle ne parvenait toujours pas à décider si elle devait s'y fier ou non. Mais plus important, elle se demandait comment aider sa fille dans ses amours. Mettre les pieds dans le plat était une spécialité des mères et Mrs Granger ne comptait pas faire exception à cette règle d'or. Après tout, c'était pour le bien d'Hermione qui ne pouvait que lui en être reconnaissante après coup ! Réfléchissant à un plan d'action, Mrs Granger termina son repas sans vraiment faire attention à ce qu'elle avalait. Elle poursuivit d'ailleurs à utiliser sa fourchette à vide quelques instants avant que son mari ne lui signale aimablement qu'elle avait finit son assiette trois bouchées plus tôt, ce qui lui valut quelques plaisanteries de la part des jeunes.

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Un avantage non négligeable de vivre dans le monde magique, c'étaient les sorts ménagers. La vaisselle se faisait toute seule, comme une grande, et on pouvait vaquer tranquillement à d'autres occupations bien moins barbantes. Ce dont ne se privaient pas les jeunes comme les adultes, chacun se trouvant de quoi s'occuper en groupe ou dans son coin. Ainsi, Mr Weasley avait entraîné Mr Granger dans ce qu'il appelait son atelier pour un interrogatoire en règle sur les us et coutumes des Moldus tout en lui demandant une foule de détails sur des objets d'une banalité à pleurer. S'il considérait ces séances comme une torture, le père d'Hermione n'en montrait absolument rien. Harry s'était fait réquisitionner par Mrs Weasley pour une corvée quelconque et l'avait suivie en traînant les pieds, moins diplomate que Mr Granger. Ginny et Luna s'étaient éclipsées juste après le repas et personne n'avait la moindre idée de l'endroit où elles se trouvaient, ni de ce qu'elles pouvaient bien faire, mais Hermione comme Jessica semblait considérer qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.

La Gryffondor en question se trouvait d'ailleurs présentement dans le salon, un livre ouvert sur les genoux, ayant décrété que les devoirs n'allaient pas se faire tous seuls. Etrangement, ses camarades ne partageaient pas franchement son avis. Même Jessica avait battu en retraite avec ce qu'Hermione considérait comme un empressement un rien vexant. Toutefois, elle n'avait pas tenté de la dissuader de faire ses devoirs, ce qui l'excusait un peu dans l'esprit de la jeune fille.

Une ombre se vautra soudain sur son livre, l'empêchant de poursuivre sa lecture dans le salon finalement pas si bien éclairé que ça. Persuadée que Jessica avait certainement décidé de suivre son exemple, Hermione releva la tête en affichant un magnifique sourire, lequel se figea un peu de surprise en se retrouvant face à un Ron dont les oreilles virèrent si vite à l'écarlate que la jeune fille s'attendait presque à en voir s'échapper de la vapeur. Plus incroyable encore, le rouquin s'installa timidement à coté d'Hermione en ouvrant un livre. La Gryffondor ouvrit grand la bouche, se pinça, puis se décida à jeter un coup d'oeil à ce que lisait Ron avant de pousser un soupir de soulagement. Une bande dessinée. Un instant, elle avait vraiment eu peur de s'être retrouvée dans une dimension parallèle.

-Me fais pas des frayeurs pareilles, Ron !

-De quoi tu parles ? s'enquit le rouquin en fronçant les sourcils.

Hermione hésita, mais choisit d'en rester là. Lui signaler que le voir étudier pendant ses vacances semblait à ses yeux moins probable que voir Voldemort ouvrir un orphelinat avait de fortes chances de le vexer. Et puis, elle venait de se souvenir de ce que Ginny lui avait confié juste avant de quitter Poudlard : Ron avait prévu de la séduire durant les vacances. Nul doute qu'il s'agissait là de la première offensive Ronesque. La jeune fille hésita à nouveau, reconsidérant son dernier choix. Le mettre en rogne aurait l'avantage certain de lui épargner les avances du rouquin, mais c'était peut-être un peu trop extrême quand même.

Jessica déteint vraiment sur moi... songea-t-elle avec amusement.

Laquelle haussa un sourcil en voyant Mrs Granger épier elle ne savait quoi depuis la porte de la cuisine. Plus surprenant encore, la dentiste se mit soudain à pousser un petit cri de joie étouffé en brandissant le poing en l'air, comme pour célébrer quelque chose.

Pour le témoin d'une telle scène, plusieurs choix se présentent alors :

1-Passer son chemin comme si de rien n'était en philosophant sur la sénilité précoce des plus de quarante ans.

2-S'enquérir poliment du pourquoi du comment histoire de satisfaire sa curiosité sans faire référence à ce qu'on vient de voir histoire de ne pas embarrasser la madame.

3-Chambrer la victime histoire de satisfaire sa curiosité en rigolant à ses dépends.

Aux yeux de Jessica, il n'y avait évidemment qu'une solution envisageable. Elle se glissa donc sur la pointe des pieds dans le dos de Mrs Granger et adopta une position similaire à la sienne, se dressant juste sur la pointe des pieds pour voir par dessus son épaule au son d'un « qu'ess'vousfaites ?! » faussement enjoué. Une micro attaque cardiaque plus tard, la mère d'Hermione cessa de gesticuler ridiculement pour regarder Jessica avec de grands yeux en reprenant son souffle, une main sur le coeur, pendant que Wingdal fille applaudissait avec un grand sourire.

-Tu m'as fait peur, Jessica !

-Vous me flattez, Mrs Granger, répondit avec sérieux la Serpentard en se fendant d'une révérence ironique. Mais sans rire, vous faisiez quoi pliée en deux au coin de la porte ?

-Hein ? Oh, rien d'important ! Et toi, qu'est ce que tu fais ici, à part me faire prendre dix ans de plus ?

-Je venais voir Hermione, des fois qu'elle en aurait marre d'étudier. Et si c'est pas le cas, je compte la traîner loin de ses bouquins, ça lui fera du bien.

Ce disant, Jessica fit mine de se diriger vers le salon, mais Mrs Granger lui attrapa le bras pour lui faire opérer un demi-tour avec un sourire ravi sur les lèvres.

-Ne t'en fais pas pour Hermione, je doute qu'elle ait la tête à réviser pour le moment, affirma-t-elle avec conviction.

Etrangement, plutôt qu'afficher le sourire complice de circonstance auquel Mrs Granger s'était attendue, Jessica se raidit et son visage se figea en une expression qui provoqua chez l'aînée un mouvement de recul. La Serpentard tourna en direction de la porte du salon un regard si chargé de haine que la dentiste éprouva un frisson d'inquiétude.

-Ron...

-Oui, elle est avec Ron, confirma Mrs Granger qui n'aimait pas vraiment la tournure que prenaient les évènements et souhaitait trouver le moyen de la désamorcer. C'est plutôt une bonne chose, non ? Enfin, je sais que tu ne l'apprécies pas beaucoup, mais il est plutôt gentil garçon et ils formeraient un joli couple, tu ne trouves pas ?

La température sembla dégringoler en dessous de zéro tant le regard que Jessica posait sur Mrs Granger était glacial. Un rictus découvrait ses dents alors qu'elle serrait les poings, tremblante de rage à peine refoulée. La Serpentard faisait d'énormes efforts pour réprimer sa nature, mais c'était un exercice qu'elle était très loin de maîtriser et vu les circonstances, le combat était malheureusement perdu d'avance.

-Quoi, c'est l'avenir que vous voulez pour Hermione ? Bobonne d'un abruti complet ? Vous étonnez pas que les autres la maternent à votre place, vous savez définitivement rien d'Hermione...

Mrs Granger recula d'un pas, comme si Jessica l'avait frappée au ventre, choquée par ses paroles. Elle remarqua à peine que la jeune fille avait tourné les talons pour quitter la maison. Les lèvres tremblantes de colère et d'humiliation, Mrs Granger monta les escaliers quatre à quatre pour aller s'enfermer dans sa chambre, se laisser tomber sur le lit et se prendre la tête entre les mains, incapable de croire que Jessica avait pu lui dire une chose pareille et avec un tel mépris.

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Jessica sortit en coup de vent et fit quelque pas dans la neige avant de s'arrêter pour respirer profondément. Elle avait envie de crier, de se défouler, mais estimait en avoir assez fait pour la soirée sans rameuter en plus toute la maisonnée. D'autant qu'on voudrait sans doute lui demander des comptes si jamais elle s'amusait à ça.

Passablement déprimée de constater que la mère de sa petite amie rêvait de marier cette dernière à l'autre andouille, la jeune sorcière s'adossa au mur en soupirant avec résignation. C'était logique, après tout, non ? De ce qu'elle savait, Hermione et Ron se connaissaient depuis leur première année à Poudlard et étaient somme toute assez proche malgré leurs disputes chroniques célèbres dans toute l'école.

Un froid mordant coupa brutalement ses pensées quand une boule de neige s'écrasa dans son cou, trouvant perfidement le moyen de s'infiltrer sous ses vêtements. Gesticulant avec de petits cris pour tenter de se débarrasser des bouts de neiges mal logés, Jessica aperçut vaguement deux silhouettes approcher en riant.

- Nan mais z'êtes pas bien ! beugla-t-elle avec colère sans cesser ses gesticulations. C'est trop demander de déprimer en paix ?!

Une Luna hilare répondit d'une seconde boule de neige, s'amusant clairement comme une petite folle, malgré Ginny qui tentait un peu tardivement de l'en empêcher, s'apercevant à l'expression de son amie que ce n'était pas le bon moment pour se livrer à ce genre d'excentricités. Impression confirmée par le flot d'injures dignes de Rogue dans ses mauvais jours qui suivit le projectile glacé.

-Désolée, Jessica, elle voulait pas... commença-t-elle.

-Bien sûr que si, elle voulait ! coupa Jessica avec hargne avant de se calmer aussi soudainement qu'elle s'était énervée.

Elle savait bien que Luna ne pensait pas à mal. Et elle ne voulait pas en plus du reste se fâcher avec ses seules amies. Se débarrassant des derniers morceaux de neige, Jessica se laissa tomber en position assise par terre et se prit la tête entre les mains. Elle se sentait désorientée. Son séjour au Terrier était trop inhabituel pour elle, habituée à vivre en solitaire et à traiter son entourage par le mépris. Voir une ambiance aussi chaleureuse et familiale l'irritait et la perturbait bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé.

Constatant que Jessica allait vraiment mal, Ginny et Luna échangèrent un regard inquiet avant de s'installer de part et d'autre de la jeune fille pour lui passer chacune un bras en travers du dos. La Serpentard se raidit à ce contact inhabituel, puis se détendit légèrement, reposant son menton sur ses genoux en regardant vaguement devant elle.

-Qu'est ce qui va pas ? demanda Ginny d'une voix concernée.

Jessica afficha brièvement un sourire cynique, mais empreint d'un certain malaise.

-Demandes-moi plutôt ce qui va, on ira nettement plus vite...

-Bon, qu'est-ce qui s'est passé pour que tu te mettes dans un état pareil ? insista Ginny en optant pour une approche plus directe.

-Rien, je viens juste de griller définitivement mes chances de me faire accepter par la mère d'Hermione en l'envoyant paître...

-C'est sûrement pas si grave que ça ! intervint joyeusement Luna de l'autre coté sans prêter attention au regard d'avertissement que lui coula Ginny par dessus la tête baissée de leur amie.

-Nan, c'est vrai, c'est pas comme si je lui avait dis qu'elle était une mère déplorable pour Hermione... Ah, en fait si, c'est ce que je lui ai dis... rétorqua Jessica dans un mélange de cynisme et d'aigreur.

Un silence gêné suivit, Luna considérant son amie avec étonnement. Ginny soupira doucement, comprenant mieux pourquoi Jessica était aussi déprimée. Elle s'en était pourtant bien tirée jusqu'ici, mais elle s'était doutée que tôt ou tard, elle craquerait et enverrait bouler quelqu'un. Elle avait juste espéré que ça tomberait sur Ron. Voyant que la Serpentard tremblait, la dernière des Weasley lui plaça dans les mains une bouteille émettant une douce chaleur. Elle ignorait si ses tremblements étaient dus au froid ou à sa colère, mais dans un cas comme dans l'autre, ça ne lui ferait pas de mal de se réchauffer un peu, estimait-elle. Jessica haussa les sourcils de surprise en levant à hauteur de visage la bouteille contenant une petite flamme. La chaleur se diffusait en elle et lui faisait du bien, elle avait la sensation que son esprit se faisait plus clair, comme si la petite flamme emprisonnée faisait fondre ses idées noires comme de la neige.

-C'est quoi ?

-Hermione qui nous l'a faite avant qu'on sorte. C'est un de ses petits talents, répondit Ginny avec un sourire. Plutôt utile en cette saison.

Un sourire tendre joua sur les lèvres de Jessica à l'évocation de sa petite amie. D'un commun accord et sans échanger un mot, Luna et Ginny lui frottèrent le dos, la réchauffant un peu plus.

-C'est ta faute, aussi, dit Luna. Pourquoi t'es pas toi-même, comme moi ?

Après un regard mi-figue, mi-raisin, Jessica se fendit d'un rire mordant.

-Parce que toi, t'amuse les autres, Luna. Moi, à part envoyer bouler tout le monde, je sais rien faire...

Sa phrase s'interrompit sur un petit couinement de douleur. A sa grande surprise, Luna venait de lui coller une taloche à l'arrière du crâne et la regardait avec une expression sévère. Dans d'autres circonstances, Jessica l'aurait soupçonnée de singer McGonagall.

-Tu m'fais quoi, là...?

-Au cas où tu serais pas au courant, Jessica, j'ai toujours été la tête de Turc à Poudlard, j'ai jamais eu d'amies et on m'a toujours considérée comme une folle. T'as oublié dans quelles circonstances on s'est rencontrées ?

Bien sûr que non, elle n'avait pas oublié. Bien que sur le coup, Jessica n'y avait pas trop réfléchi, elle y avait pas mal repensé par la suite. Elle contempla gravement Luna, étonnée de la voir si sérieuse, pour ne pas dire lucide.

-Mais maintenant, tu te fais des amis sans problème. La mère de Ginny t'adore déjà et à mon avis, si vous leur annoncez que vous êtes ensemble, elle risque de sauter de joie.

-T'exagère, intervint Ginny, les joues roses malgré le vent glacial et la neige.

-Si j'arrive à me faire des amis maintenant, c'est grâce à Ginny et toi, poursuivit Luna du même ton sévère. Et pour toi, c'est pareil. Arrête d'essayer d'être ce que t'es pas, non seulement ça te réussit pas, mais en plus ça t'énerve et c'est encore pire après. T'es très bien comme t'es, une fois qu'on a compris que t'es pas aussi méchante que t'en as l'air.

Visiblement ravie de son discours, Luna tapota gentiment la tête d'une Jessica perplexe. Elle se serait plus attendue à ce que ce soit Ginny qui lui adresse ces paroles, mais elle avait finit par comprendre que derrière ses airs rêveurs et ses nombreux délires, Luna était une jeune fille perspicace et intelligente. En tout cas, ses paroles lui donnait matière à réfléchir. Et à s'inquiéter.

-Mais si sa mère ne m'apprécie pas telle que je suis...

-Vois le bon côté des choses, intervint Ginny. Après ce qui vient de se passer, ça pourra pas être pire.

Jessica fit une moue. Elle devait bien admettre que ses amies avaient raison. Et qu'elle était gelée jusqu'aux os. Se relevant, elle adressa un sourire reconnaissant pour les deux jeunes filles et retourna à l'intérieur, trouvant Hermione en pleine discussion devant un thé avec Mrs Weasley. La Gryffondor leva vers elle un regard inquisiteur, luisant d'une légère inquiétude qui apprit à Jessica qu'elle s'était demandée où elle était passée, puis lui sourit tendrement. Mrs Weasley la considéra également avec un mélange d'amabilité et de méfiance. Prétextant d'être fatiguée, Jessica monta lentement l'escalier vers la chambre qu'elle occupait avec Hermione et se laissa tomber sur le lit, réfléchissant à ce qu'on lui avait dit un peu plus tôt.

-

Le silence nocturne n'était rompu que par les divers sons usuels d'une maison endormie : légers craquements du bois, bruissement des feuilles depuis l'extérieur, respiration plus ou moins forte des dormeurs et, occasionnellement, le tricotement de pattes d'une bestiole que Mrs Granger espérait être une souris. Pas qu'elle aimait les souris, mais c'était nettement moins inquiétant que les bidules qu'elle avait vaguement eu l'occasion d'apercevoir durant son séjour prolongé chez les Weasley.

Elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Son altercation avec Jessica la travaillait. Plus que la dureté de ses paroles, c'était leur vérité qui l'empêchait de trouver le sommeil. Elle s'en était déjà rendue compte depuis l'arrivée d'Hermione, mais s'était efforcée d'y penser le moins possible. Ce brutal rappel à la réalité lui donnait mauvaise conscience. Elle avait toujours souhaité ce qu'il y avait de mieux pour sa fille et l'avait donc encouragée à s'intéresser à la magie, puisque c'était le monde auquel elle appartenait, mais elle s'en était éloignée peu à peu, et ce dès leur première année.

A cette époque, déjà, Hermione s'était montrée étrangement évasive quand au déroulement de son année et la manière dont elle s'était fait des amis. Mais jusqu'à ce que Dumbledore ne fasse un récapitulatif des exploits d'Hermione à Poudlard, Mrs Granger n'avait fait que soupçonner que la scolarité de sa fille était loin d'être aussi calme qu'elle l'affirmait. Après tout, elle ne l'avait que rarement vu ces six dernières années et cet éloignement l'avait fait souffrir plus qu'elle ne l'admettait. Chaque jour, elle se demandait ce que pouvait bien faire Hermione, mais elle ne pouvait l'imaginer qu'au travers son esprit de Moldue, incapable de comprendre la teneur de ses cours.

Sans parler de Jessica elle-même. Comment Hermione en était-elle arrivée à devenir aussi proche d'une jeune fille aussi cynique et acerbe ? Toutes deux lui semblaient si différentes... Pourtant, elle sentait entre elles une complicité étrange, qu'elle ne pouvait expliquer. Une preuve de plus que les reproches de Jessica étaient fondés.

-T'arrives toujours pas à dormir ? demanda soudain Mr Granger d'une voix ensommeillée.

Mrs Granger hocha simplement la tête. Elle en avait parlé à son mari, mais ce dernier était tout aussi perdu qu'elle quand à Hermione. En revanche, il prenait les choses moins à coeur. Bien sûr, il voudrait également mieux comprendre sa fille, mais estimait que cela viendrait en son temps.

-Hermione est une sorcière et pas nous, reprit Mr Granger en baillant. Pour avoir passé plus d'une soirée avec Arthur, je peux t'assurer que le monde dans lequel elle vit est complètement différent du notre, faudra bien t'y faire.

-A t'entendre, ça ne te dérange pas plus que ça... répliqua Mrs Granger d'un ton de reproche.

-Bien sûr que ça me dérange ! Si je me base sur Arthur, elle vit dans un monde de dingue. Mais elle semble aimer ce monde et le principal, c'est qu'elle se sente bien, non ? Et puis, c'est une adulte, maintenant. Sans compter que si on en croit ce Dumbledore, elle sait parfaitement prendre soin d'elle. Inutile de la materner, donc...

Mrs Granger soupira. C'était bien là le problème, en fait. Hermione était déjà majeure du point de vue des sorciers alors que dans son esprit, elle était restée la petite fille qui courrait les bras chargés de livres, surexcitée à l'idée d'aller en cours. Elle l'avait vue grandir par à-coup, lors de ses trop rares vacances et durant les étés, eux aussi trop court pour permettre à la mère et la fille de vraiment renouer leurs liens. Et maintenant, Il lui semblait que c'était trop tard. Mais elle ne voulait pas qu'il soit trop tard ! Ce qu'elle voulait, c'était rattraper le temps perdu. Elle ne disposait hélas que de quelques jours pour ça. Ensuite, Hermione repartirait pour son école et s'éloignerait toujours plus.

Mrs Granger expira brièvement en un soupir sec et décidé. Jessica s'était montrée dure, certes, mais lui avait aussi fait comprendre qu'elle gâchait bêtement son temps. Dès le lendemain, elle comptait bien faire une incursion plus poussée dans l'univers de sa fille, réapprendre à la connaître et elle avait bien l'intention de prouver à l'étrange amie de sa fille qu'elle était bien la mère d'Hermione. A Mrs Weasley aussi, d'ailleurs. Nan parce que bon, fallait pas pousser non plus, quoi, d'où qu'elle lui maternait sa fille, celle là !

Un peu rassérénée, Mrs Granger ferma les yeux et parvint enfin à sombrer dans le sommeil.

-

Dans la chambre de Ginny, on ne dormait pas non plus. Confortablement installées l'une contre l'autre, Luna et Ginny profitaient autant que possible de ces quelques heures d'intimités dont elles savaient que personne ne viendrait perturber. Tout en profitant de l'humeur câline de Luna, Ginny se félicitait une fois de plus d'avoir invité sa Serdaigle fantasque, mais qui ne cessait de la surprendre. La manière dont elle avait parlé à Jessica l'avait étonné autant qu'impressionné. Elle était la mieux placée pour savoir que Luna savait faire preuve de lucidité, mais elle était si excentrique la majeure partie du temps qu'elle avait rarement le temps de s'y habituer. Comme sa manière de se montrer possessive dans l'après-midi, par exemple.

D'ailleurs, Ginny se rappela qu'elle devait justement creuser la question et le moment lui parut plutôt bien choisi. Du moins, elles pouvaient parler librement sans craindre qu'un adulte n'écoute à la porte. Avec un rien de difficulté, sans parler du manque de motivation, elle repoussa doucement Luna qui, loin de s'embarrasser de questions, lui bisoutait le cou avec entrain.

-On devait parler, me semble...

-Ah bon ? Et de quoi ? demanda Luna d'une voix faussement innocente.

Une lueur de défi brillait au fond de ses grands yeux bleu. Elle savait pertinemment de quoi Ginny voulait lui parler, son empathie oeuvrant au maximum envers sa petite amie, mais n'avait pas l'intention de lui faciliter les choses, d'autant qu'elle l'interrompait durant une activité autrement plus intéressante et agréable qu'un interrogatoire.

-Ton petit numéro dans le salon, cet après-midi. Et pas de ça avec moi ! ajouta-t-elle en donnant une petite tape sur la tête de la blonde qui lui faisait un regard de chatonne abandonnée dans l'espoir de l'attendrir pour mieux l'embrasser sournoisement ensuite.

-Juste un Nargol qui te tournait autour, rien de grave !

-Ben voyons. Depuis quand Harry est un Nargol ?

-Ah, zut, eue ! protesta Luna en se resserrant contre Ginny, redoublant de câlins pour la faire lâcher prise.

La rouquine se tortilla faiblement, partagée entre son envie d'aller au fond du problème que Luna semblait avoir eu avec Harry et celle, bien plus pressante, de faire des papouilles à sa petite amie.

-Mais tu vas répondre, oui ?! insista-t-elle en riant nerveusement sous les chatouilles.

-Nan ! répondit malicieusement Luna en attaquant de plus belle, bien décidée à remporter cette bataille de volonté.

Face à un tel assaut, Ginny décida qu'elle avait quand même mieux à faire de sa nuit que de poser des questions qui, au final, ne lui apprendraient sans doute rien de bien intéressant.

-

Etendue sur le lit qu'elle partageait avec Jessica, Hermione caressait doucement la longue chevelure soyeuse de sa petite amie qui s'était allongée sur elle lorsqu'elles s'étaient mises au lit, mais n'avait pratiquement pas bougé un muscle depuis, se contentant de rester immobile, les yeux grand ouvert et la mine sombre. Connaissant le caractère de sa belle, Hermione s'était décidée à attendre qu'elle lui parle de ce qui la perturbait, mais Jessica s'embourbait dans son mutisme boudeur. La Gryffondor commençait sérieusement à considérer qu'il serait préférable de lui forcer légèrement la main, finalement.

Elle soupçonnait que son humeur actuelle était liée d'une manière ou d'une autre à sa mère. Celle-ci s'était en effet couchée bien plus tôt qu'à son habitude et sans même passer la voir, ce qui l'avait déjà considérablement intriguée. Après avoir constaté que Jessica boudait tout autant, il ne lui avait pas fallu très longtemps pour faire le lien. Restait maintenant à aborder le sujet sans froisser la jeune fille, ce qui promettait d'être on ne peut plus délicat. En fait, autant dire impossible. Vu son humeur, la moindre tentative, qu'elle soit directe ou subtile, lui vaudrait une remarque désobligeante. Elle n'osait même pas prononcer un mot.

Alors qu'elle réfléchissait à l'approche susceptible de lui valoir la réaction la moins violente, Jessica s'empara d'un coussin et l'abattit à plusieurs reprises sur le matelas, sans un mot. Hermione la regarda faire, mi-surprise, mi-amusée, attendant que sa petite amie se calme et cesse de traumatiser le pauvre coussin innocent.

-Calmée ? demanda-t-elle d'un ton taquin.

-Groumph...

Hermione sourit doucement et l'embrassa sur le front. La réaction de Jessica était ce qu'elle pouvait offrir de plus aimable vues les circonstances.

-J'ai une chance de savoir ce qui s'est passé sans que tu fasses la tête le reste des vacances ? tenta Hermione en serrant un peu plus fort la Serpentard contre elle.

Jessica se crispa brièvement avant de se détendre un peu. Elle redoutait la réaction d'Hermione en apprenant ce qui s'était passé entre sa mère et elle. Ironique, quelque part. Elle qui s'était toujours moquée de ce que les autres pouvaient penser, voilà qu'elle s'en inquiétait. Mais il s'agissait de celle qu'elle aimait, après tout. Et après tout ce qui s'était produit depuis le début de l'année, elle tenait à ne rien lui cacher de plus.

-Ben, disons que j'ai un ptit peu définitivement grillé mes chances avec ta mère, murmura Jessica d'une petite voix contrite.

-D'accord... Qu'est ce que tu lui as dit, exactement ?

Jessica se redressa pour regarder Hermione dans les yeux, le visage grave. Elle ignorait quelle serait sa réaction si elle lui répétait les paroles qu'elle avait adressées à Mrs Granger, mais ne pouvait plus vraiment reculer.

-En gros... Qu'elle te connaissait pas et qu'elle devait pas s'étonner que d'autres te maternent...

Hermione contempla Jessica avec des yeux ronds un instant avant de soupirer avec résignation. Malheureusement, c'était exactement le genre de chose qu'elle craignait que la Serpentard ne dise à quelqu'un avant la fin des vacances. Et il avait fallu que ça tombe sur sa mère...

-Je vois... murmura-t-elle. Et je peux savoir ce qui lui a valut ce commentaire ?

-Bah, elle me disait que Ron et toi feriez un joli petit couple... J'ai légèrement craqué...

-Elle t'a dit quoi ?!

La surprise prenait la place des reproches dans l'esprit d'Hermione. Si sa mère avait vraiment dit une chose pareille devant Jessica, alors elle s'étonnait qu'elle se soit contentée de cette remarque, aussi acerbe et cruelle soit-elle. En fait, elle aurait mis sa main au feu que sa petite amie se serait acharnée sur sa mère sans la moindre retenue. Cette réserve relative l'intriguait.

-Je sais que j'aurais pas du dire ça, mais ça m'a énervée...

-Tu ne lui as rien dis de plus ? demanda Hermione d'un ton laissant clairement entendre qu'elle avait du mal à y croire.

Jessica lui retourna un regard ironique.

-J'ai préféré sortir avant d'enchaîner.

-Ca ne te ressemble pas beaucoup...

C'était on ne peut plus vrai et elle-même s'en apercevait. Les paroles de Luna lui revenaient en mémoire. A trop lutter contre sa nature, donnait-elle une fausse image de ce qu'elle était vraiment ? Sans doute, mais ce n'était pas le but ? Elle tenait à faire bonne impression auprès des Granger, après tout...

-Et c'est réussi... commenta Hermione après que Jessica lui ai fait part de ses pensées. Dis-moi, Jessica... Tu espères que ça dure, entre nous ? Je veux dire, que ça dure vraiment ?

-Evidemment ! répondit Jessica. Qu'est-ce qui te fais croire que c'est pas ce que je veux ?!

Hermione sourit, amusée par le ton employé par sa petite amie.

-Jess... Si c'est vraiment le cas, à quoi bon donner à mes parents une image biaisée de ce que tu es ? Ils finiront par le savoir et tu es incapable de gérer la tension quand tu te retiens d'être sarcastique. Sois toi-même, ma chérie. Au moins ils sauront à quoi s'en tenir, tu sera pas stressée et au final, ils s'apercevront que tu es quelqu'un d'adorable.

Cette dernière affirmation était des plus hypothétique et l'une comme l'autre le savait, mais cet écho des paroles de Luna fit réfléchir Jessica. Au moins, Hermione ne lui en voulait pas trop d'avoir été dure envers sa mère. La raison était que celle-ci savait qu'il y avait de la vérité dans ce qu'avait dit la Serpentard. Et que peut-être était-il temps qu'elle soit moins secrète envers sa mère. Surtout maintenant qu'ils savaient qu'elle était la cible de Voldemort. Leur faire comprendre qu'elle était capable de se débrouiller et qu'elle avait des amis sur qui compter était probablement la meilleure chose à faire.

-Tu m'en veux pas trop ? demanda Jessica d'une petite voix.

Hermione faillit éclater de rire. Elle aimait cette partie de Jessica, bien qu'elle se manifestait assez peu. Elle l'embrassa doucement, la serrant contre elle.

-Vu la situation, ça aurait pu être bien pire, donc non, je t'en veux pas trop. J'espère juste que ma mère l'aura pas trop mal pris, mais on verra ça demain...

L'autre problème qui se posait était l'apparente volonté de Mrs Granger de caser sa fille avec Ron. Selon qu'elle se montrait trop insistante, Hermione aurait peut-être à lui révéler la vraie nature de sa relation avec Jessica, mais elle ne se sentait pas vraiment prête. Enfin, elle n'y pouvait pas grand chose pour le moment, aussi estimait-elle préférable de ne pas s'en soucier pour le moment.

Elle s'aperçut que Jessica s'était enfin endormie dans ses bras. Avec un sourire tendre, la Gryffondor posa brièvement ses lèvres sur le front de la Serpentard, puis ferma les yeux à son tour pour la rejoindre au pays des songes.

-

Quand à Harry, il songeait à Ginny. A présent qu'il n'avait plus Luna dans les pattes, il pouvait réfléchir tranquillement à diverses méthodes pour la séduire et fantasmer sur ce qu'ils feraient une fois ensemble. Mais si la partie fantasme était florissante, la partie planification sonnait désespérément creux. Harry devait bien admettre qu'en matière de filles, il brillait autant qu'une noise dans une cheminée.

Il décida de s'inspirer de son expérience avec Cho. Après tout, il avait bien réussit à la séduire, non ? Il n'était par conséquent pas aussi novice que ça, il lui suffisait tout simplement de refaire globalement la même chose. Ce qui signifiait... Heu... Dire quelque chose de gentil ? La laisser lui pleurer dessus ? Ne lui avait-il pas dis quelque chose de très drôle et pertinent à un moment donné ?

Oui, bon, d'accord, Cho lui était tombée dans les bras un peu sans qu'il sache comment, il devait bien l'admettre. Devait-il tenter la même chose avec Ginny ? Peut-être lui laisser entendre qu'il était désormais disponible et qu'elle n'avait plus aucune raison de se retenir de lui proposer de sortir avec elle ?

Harry tourna le visage en direction du lit de Ron, hésita, puis décida que son ami étant le frère de Ginny, il devait bien avoir une idée de ce qui l'aiderait à marquer des points. Et puis, ça lui permettrait de tâter le terrain.

-Ron ? appela-t-il en chuchotant fort, histoire de pas déranger, mais de le déranger quand même. Ron ? Ron ! Tu dors ?!

Les ronflements bruyants qui s'élevaient du lit du rouquin lui fournissaient pourtant une réponse évidente, mais Harry tâtonna au pied de son lit, cherchant quelque chose pouvant faire l'affaire, posa la main sur quelque chose qui ne devait pas faire partie du plancher, puis balança une de ses chaussures à la tête de Ron qui couina de douleur.

-Qu'essspasse ? marmonna le rouquin en se frottant le front.

-Tu dors ?! persista Harry, faisant à nouveau fi des évidences.

-Plus maintenant... grogna Ron. Tu veux quoi, Harry ?

Au ton employé, il était évident que le rouquin avait été interrompu au milieu d'un rêve agréable et qu'il ne demandait qu'à y retourner dans les plus brefs délais. Harry trouva ce manque de coopération franchement pas sympa.

-Je voulais savoir ce qui ferait plaisir à Ginny.

-Un peu tard pour penser aux cadeaux de noël, tu crois pas ?

-Pas pour ça ! J'veux dire... Je sais que c'est ta soeur et tout, mais... Enfin, tu vois...

Harry était bien content que Ron ne pouvait voir son expression embarrassée. Un silence pesant fit écho à cette explication des plus claire, puis la voix de Ron s'éleva, avec un soupçon de reproche.

-Tu veux sortir avec ma soeur ?

-Ben, si t'y vois pas d'inconvénient, bien sûr ! s'empressa de préciser Harry. J'veux dire, l'amitié d'abord !

Ron réfléchit vaguement, l'esprit embrumé par le sommeil. L'idée de Ginny sortant avec un garçon l'énervait. Mais bon, il s'agissait de Harry, là, son meilleur ami. Et puis, il était tard et avec de la chance, il pourrait revenir à son rêve là où il l'avait arrêté. La nourriture refroidissait dans les rêves ? Il espérait que non. Mais autant en finir au plus vite, juste au cas où...

-Bah... Comme tu veux, mais si tu me la rends malheureuse, je devrais te casser la figure, tu sais ça, hein ?

-Oui, bien sûr ! approuva aussitôt Harry. Alors, qu'est ce qui lui ferait plaisir, d'après toi ?

Ron se creusa les méninges. Pourquoi il lui demandait ça ? Et pourquoi il devrait en plus l'aider à draguer sa soeur ? Bon, pas grave, son poulet onirique allait vraiment finir par refroidir...

-Elle aime bien le Quidditch.

-Merci, j'suis au courant ! fit remarquer Harry. Je parlais d'un truc plus romantique, Ron.

-Bah, petit déjeuner au lit, peut-être ? Mais y a aussi Luna, dans sa chambre, donc si tu lui amènes un petit déjeuner et pas à elle, ça risque de râler... Tu sais comment sont les filles...

Oh que oui, il savait : complètement dingue et incompréhensible ! Harry soupira. Ron ne lui était finalement pas aussi utile que ça, mais au moins il avait sa bénédiction, ça avait donc valut la peine d'insister. Il réfléchit encore quelques minutes, pendant que Ron couinait dans son rêve que non seulement son poulet était froid, mais que quelqu'un ne lui avait laissé que les os. A force de réfléchir, Harry s'endormit à son tour. Dans ses rêves, Ginny lui tombait dans les bras avec une facilité déconcertante, à lui faire regretter que la réalité n'était pas aussi simple.