NdA : Une fois de plus, merci aux reviewers, vos avis sont appréciés. Sur ce, au prochain chapitre !


Un matin paisible s'installa confortablement le 24 décembre, un soleil prometteur pointant timidement à l'horizon, faisant briller l'épaisse couche de neige de mille feux, poussant les quelques bestioles et gnomes vivant dans le jardin du Terrier à sortir le bout du nez de leur cachette pour la nuit afin de profiter d'une belle journée qui s'annonçait. A moins bien sûr que la météo anglaise ne fasse une fois de plus des siennes, auquel cas tout ce petit monde risquait fort de se retrouver douché dans les cinq minutes à venir.

L'intérieur du Terrier était tout aussi idyllique que l'extérieur, avec le net avantage de l'étanchéité en cas de caprice pluviesque. Les occupants de la maison dormaient tous, avec plus ou moins de calme, allant des jeunes filles dormant paisiblement, tendrement enlacées, à un Ron qui ronflait la bouche grande ouverte, vautré sur le dos sur son lit, une jambe pendant sur le coté, touchant presque le sol, et les bras en croix. Contraste saisissant avec les petits zozios qui cuicuitaient joyeusement dehors.

Cette atmosphère relativement paisible aurait ravi un éventuel spectateur qui n'aurait sans doute pas manqué de méditer sur ces heures tranquilles de l'aube où tous étaient encore assoupis et au calme qui aurait permis d'entendre le moindre bruit, tel le grattement d'une souris en quête de son fromage matinal.

-AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

...ou du cri du Harry face à l'horrible vérité.

-s'gui spasse ? Marmonna une Jessica encore aux trois quarts endormies qui venait de se vautrer hors du lit lorsque son Hermione adorée s'était réveillée en sursaut, faisant un bond de trois mètres en entendant le hurlement d'outre-tombe, redoutant une attaque de Détraqueurs ou pire, de Mangemorts.

Dans son inquiétude, la jeune fille voulut se lever trop vite, mais se prit les pieds dans les draps et s'étala de tout son long. Par chance -du moins de son point de vue à elle-, elle atterrit sur Jessica qui poussa un cri de surprise et de douleur mêlée en se retrouvant promue coussin improvisé. Enfin réveillée, elle posa sur Hermione un regard amusé tout en souriant avec ironie.

-Tu sais, je pense pas que ce soit le bon moment pour ça, bien que j'apprécie l'attention...

Rouge comme une pivoine, Hermione se releva rapidement, attrapa Jessica par le col et la traina hors de la chambre histoire de voir de quoi il retournait, sa baguette fermement tenue dans sa main libre, décidée à envoyer le pire maléfice possible à la moindre menace.

-

La même scène se joua pratiquement en même temps dans la chambre de Ginny et Luna, avec toutefois quelques variantes non négligeables. Si Luna ne chuta pas du lit, elle réagit toutefois encore moins que Jessica en dépit du volume bien plus important du cri dont la source était nettement plus proche. Pour tout dire, elle se trouvait sur le pas de la porte, livide, mais pas muette d'horreur pour autant, ce qui était bien dommage du point de vue d'une Ginny horrifiée autant qu'embarrassée puisque Luna insistait pour se rencogner amoureusement contre elle malgré ses efforts bien vains pour l'éloigner et chercher une explication plausible à la situation beaucoup trop compromettante pour être étouffée.

Harry était entré dans la chambre avec l'intention romanesque de réveiller Ginny en douceur. Son projet avait donc lamentablement échoué vu le bond que la demoiselle venait de faire dans son lit, mais il fallait admettre que si on lui avait demandé d'imaginer et de décrire Ginny en train de dormir, la réponse « amoureusement lovée dans les bras de Luna, un sourire heureux aux lèvres » ne lui aurait même pas traversé l'esprit. La réalité l'ayant percuté de plein fouet avec autant de subtilité que le rhinocéros moyen, Harry avait réagi de la seule manière qui lui paraissait possible après quelques instants d'un silence bienheureux qui ne s'attendait pas à être brisé aussi soudainement.

Retrouvant enfin l'instinct de conservation élémentaire, Ginny saisit le premier objet lourd qui lui tombait sous la main, à savoir son réveil, et l'envoya voler gracieusement à travers la chambre jusqu'à se poser dans un ding cristallin sur l'aire d'atterrissage improvisée que constituait le nez de Harry. Le choc inattendu lui coupa le sifflet, laissant un silence reposant reprendre possession des lieux avant de se faire mettre à la porte sans ménagement par un bruit de cavalcade retentissant dans toute la maison. En désespoir de cause et en se promettant de s'excuser plus tard de la meilleure manière possible, Ginny vira sans ménagement Luna de son lit. La blonde aux bois dormant chuta dans un bruit étonné avant de relever la tête pour contempler Ginny avec une expression aussi endormie que surprise sur le visage, se demandant bien ce qui lui valait un tel réveil.

La manœuvre fut opérée de justesse. L'instant d'après, pratiquement tout le Terrier débarquait dans la chambre pour trouver une Ginny dont on ne distinguait plus le visage des cheveux assise dans son lit, une Luna qui promenait un regard hébété autour d'elle et un Harry qui saignait du nez, mais uniquement à cause du réveil, bande de dégoûtants.

-Bonjour, lança Luna d'une voix endormie avant de se relever. Tu m'as fait mal... ajouta-t-elle à l'intention de Ginny d'un ton de reproche, n'ayant visiblement pas pris conscience de la situation.

La rouquine se cacha le visage dans les draps, morte de honte et n'osant pas affronter les regards, redoutant les réactions. D'autant qu'elle estimait qu'Hermione et Jessica ne pourraient les tirer d'affaire sans se compromettre également...

-Mais qu'est ce qui s'est passé ici ? Demanda Mrs Weasley avec inquiétude tout en examinant le nez écarlate de Harry. Une attaque ?

Hermione se mordit les lèvres en rangeant sa baguette. C'était encore pire que ce qu'elle avait imaginé. Hélas, elle ne voyait pas comment aider Ginny, la scène était bien trop compromettante et Luna n'avait pas arrangé les choses avec sa remarque. La mère de la jeune fille semblait ne pas encore avoir compris la situation, mais elle avait l'intuition que cet état de fait allait fondre comme neige au soleil. De plus, Ron les avait rejoins et s'il posait sur la scène un regard bovin d'incompréhension, son froncement de sourcil annonçait très clairement qu'une lumière tapait du poing contre son crane pour attirer son attention. Elle ne voyait vraiment pas comment la situation pouvait empirer.

-Est-ce vous qui avez blessé Potter, Miss Weasley ? Lança une voix aussi glaciale que réjouie dans le dos d'Hermione. Magnifique ! Cinquante points pour Gryffondor ! Ah, mais nous ne sommes plus à Poudlard, quel dommage, n'est-ce pas ?

Hermione se plaqua la main sur le front, résignée. Inutile de se retourner, elle reconnaissait parfaitement cette voix...

-Qu'est ce que vous fichez ici, Professeur ? Demanda Jessica en posant sur Rogue un regard méprisant. Je vous croyais rentré dans la caverne qui vous sert d'antre hors de Poudlard ?

-Remerciez Dumbledore, Miss Wingdal. Il a insisté pour que je vienne jouer les baby-sitters dès les premières lueurs de l'aube et soyez assurée que je me passerai volontiers de devoir supporter votre présence si tôt le matin.

Il afficha un sourire mauvais en faisant demi-tour sans prêter plus d'attention à l'attroupement, se contentant de marquer une pause en haut des escaliers pour lancer un dernier regard en direction de Jessica et d'Hermione.

-Enfin, je sais maintenant d'où vous viennent vos goûts déplorables. J'ai toujours su que vous aviez de mauvaises fréquentations...

Hermione résista à l'envie de sortir sa baguette pour envoyer un maléfice de croche-patte au professeur qui descendait l'escalier pour rejoindre la cuisine en pestant contre le manque d'hospitalité des Weasley. Cet imbécile graisseux venait de les compromettre également pour peu que quelqu'un additionne deux et deux. Et elle qui croyait qu'il aimait bien Jessica. Elle s'était visiblement lourdement trompée...

Cette dernière secoua la tête à son intention, visiblement mécontente également, mais Hermione comprit le message. Attaquer le professeur ne ferait qu'empirer les choses. Elle préféra se retourner vers la chambre pour voir comment s'en sortaient Ginny et Luna, qui avaient enfilé à la va-vite des robes de chambres.

Ginny ne savait absolument pas quoi dire et encore moins quoi faire. L'intervention de Rogue, bien que brève, n'avait fait qu'accentuer sa gêne en y ajoutant une pointe de remord pour avoir fait mal à Harry. Ce n'était pas vraiment sa faute, après tout, quand bien même elle se demandait d'où lui venait cette manie de débarquer à l'improviste et sans frapper dans la chambre d'une jeune fille. Quand à Luna, elle semblait enfin comprendre la situation et se dandinait d'un pied sur l'autre avec l'air d'une enfant perdue. Ginny résista difficilement à l'envie d'aller la prendre dans ses bras. L'attention ne voudrait sans doute pas arranger les choses...

Mr Weasley revint vers sa femme occupée à soigner Harry d'un coup de baguette, une expression mi-soulagée, mi-suspicieuse sur le visage. A présent qu'il venait d'écarter l'hypothèse d'une attaque quelconque, il ne pouvait manquer certains détails assez peu subtils. Du genre un lit de camp qui n'avait clairement pas servi et la mine coupable de sa fille.

-D'accord, tout le monde dehors... dit-il d'une voix sans appel. Pas vous, jeunes filles ! Ajouta-t-il alors que Ginny et Luna tentaient une retraite stratégique. Molly, laisse Harry, tu veux, il n'a rien de grave et nous devons avoir une petite conversation avec ces deux là...

Mrs Weasley haussa un sourcil interrogateur à cette nouvelle, puis daigna enfin balayer la chambre du regard pour noter les mêmes indices que son mari. Son visage prit une teinte plus pâle alors qu'elle se redressait pendant que Fred et George entrainaient un Harry toujours sous le choc et un Ron qui arpentait difficilement le chemin de la compréhension, précédés par les Granger qui ne tenaient pas à s'immiscer dans les affaires de famille des Weasley. N'étant pas complètement imprégnés du climat de tension du monde magique, l'hypothèse de l'attaque ne les avaient pas vraiment effleurés et ils avaient immédiatement compris la raison du cri poussé par Harry. Hermione et Jessica hésitèrent, puis lancèrent un regard mêlant encouragement et excuses à leurs amies avant de suivre le reste du groupe un peu à contrecœur, navrées de ne rien pouvoir faire pour leur venir en aide.

-

Assise sur son lit, Luna à ses coté, Ginny regardait avec angoisse ses parents qui allaient et venaient en face d'elles. Personne n'avait encore prononcé le moindre mot, nul ne sachant vraiment par où commencer. Les adultes attendaient visiblement une confession tandis que les adolescentes attendaient une accusation et tous se retrouvaient dans une impasse embarrassée. Mr Weasley sembla prendre conscience qu'à ce rythme, ils y seraient encore au jour de l'an et retira ses lunettes pour se pincer l'arrête du nez.

-D'accord, Ginny, si tu nous expliquais exactement ce qu'il y a entre Luna et toi ?

La jeune fille rentra la tête dans les épaules. C'était encore pire que ce qu'elle s'était imaginée. Son père n'avait pas vraiment l'air en colère, mais vu son caractère, ça ne voulait pas vraiment dire grand chose. Quand à sa mère, elle affichait une expression renfermée de très mauvais augure. Luna semblait particulièrement agitée et Ginny comprit que la jeune fille devait savoir précisément ce que ses parents pensaient de tout ça. Elle ne pouvait malheureusement plus reculer, aussi prit-elle une profonde inspiration pour se donner du courage.

Moins d'une minute plus tard, elle manquait d'air, à retenir son souffle dans l'espoir de trouver les mots justes. Mr Weasley leva les yeux au plafond avec une mine exaspérée. C'était trop dur pour elle. Se confier à Hermione avait été plus simple, sans doute parce qu'au fond d'elle, Ginny avait su que son amie pourrait la comprendre. Mais il s'agissait là de ses parents, la situation était radicalement différente. Même s'ils la rejetaient complètement, elle resterait liée à eux par le sang. Elle s'inquiétait surtout de sa mère, qui s'était obstinée à avoir autant d'enfant qu'il faudrait avant de mettre au monde une fille. Fille qui ne devait sans doute pas arriver à la cheville des espoirs placés en elle.

Ginny sentit des larmes lui piquer les yeux. Comment s'y prendre pour faire comprendre à ses parents l'amour qu'elle éprouvait envers Luna, pour qu'ils puissent l'accepter telle qu'elle était ? Elle craignait les paroles qu'auraient ensuite ses parents s'ils ne comprenaient pas. Elle ne parvenait même plus à affronter leur regard.

Elle sentit soudain une main dans son dos, la faisant sursauter. Levant à nouveau la tête, elle vit Luna qui s'était rapprochée d'elle pour lui sourire tendrement avant de tourner vers les Weasley un regard de défi. Puis elle se leva, marcha droit sur Mr Weasley qui eut un léger mouvement de recul, surpris par l'attitude étrange autant que par la détermination qu'il lisait dans le regard de la jeune fille. Luna resta un bref instant immobile, soutenant le regard de Mr Weasley avec une expression qui virait doucement au rêveur. Se secouant légèrement et semblant se souvenir de ce qu'elle voulait faire, la Serdaigle posa un genou à terre devant le père de Ginny qui regardait la scène avec de grands yeux incrédules.

-M'accorderez-vous la main de votre fille ? Demanda Luna d'un ton très proche de celui qu'elle employait en temps normal pour demander qu'on lui passe le pain.

Un silence stupéfait envahit la chambre, prenant ses aises tel un chat devant un feu de cheminé. Il fallait un moment pour que le sens des paroles de Luna parvienne à pénétrer les esprits. Puis, un rire éclata. Un rire nerveux et un peu hystérique. Ginny enfoui son visage entre ses mains pour étouffer le fou rire qui la secouait, incapable de le contenir tant la situation lui paraissait à la fois improbable et pourtant typique de Luna. Le regard de Mrs Weasley allait de l'une à l'autre, comme si les deux jeunes filles étaient devenues complètement folles. Elle tremblait également, visiblement contrariée par la tournure que prenaient les évènements et la demande incongrue de Luna.

-Vous croyez que c'est le moment de faire de l'humour ?! hurla-t-elle.

Luna regarda Mrs Weasley avec une expression étonnée.

-De l'humour ? répéta-t-elle. Je suis très sérieuse, Mrs Weasley. J'aime Ginny.

Laquelle parvint enfin à se calmer. L'aplomb de Luna l'étonnait. Etait-ce son empathie qui lui donnait cette assurance inhabituelle, ou bien sa folie douce qui la rendait incapable de percevoir le moindre embarras face à une situation pourtant absurde. Qu'elle déclare ouvertement son amour pour Ginny était une chose, mais la demande en mariage...

Elle n'était quand même pas vraiment sérieuse, si ? s'inquiéta soudain Ginny. Luna ne pouvait tout de même pas espérer une réponse positive, pas dans cette situation ! Et pourtant, à la voir regarder tour à tour Mr et Mrs Weasley, Ginny sut que Luna pensait réellement ce qu'elle venait de faire. Plus surprenant encore, son père semblait ne pas savoir quoi répondre. Au moins, le regard qu'il posait sur Luna n'était pas franchement hostile. Ginny aurait juste préféré qu'il la contemple autrement que comme un phénomène de foire...

-Maman, papa, écoutez... commença-t-elle en se levant pour approcher.

Curieusement, après la demande de Luna, les choses lui semblaient nettement plus simples. Peut-être parce qu'elle ne voyait pas comment cela pouvait encore empirer.

-Je m'attends pas à ce que vous sautiez de joie ni rien, mais s'il vous plait, laissez une chance à Luna, reprit-elle en aidant celle-ci à se relever. Je sais bien que tout le monde la trouve bizarre, mais elle est vraiment adorable !

-Je sais, Ginny ! répliqua Mrs Weasley, qui semblait ne plus trop savoir sur quel pied danser. Mais c'est une fille, comme toi.

L'argument avait finalement été avancé et Ginny accusa le coup. Elle s'y était préparée, mais ça ne changeait pas grand chose au final.

-Et alors ? murmura-t-elle d'une voix enrouée. Je me moque que ce soit une fille ou un garçon, maman. C'est Luna ! Et c'est la seule chose qui compte pour moi...

Mr Weasley se frotta la nuque, bien embêté. Tout comme sa femme, il appréciait Luna, mais ne savait pas trop comment il devait réagir. Au moins, sa fille semblait sincère pour ce qui était de ses sentiments...

-Ce n'est peut-être qu'une passe, insista Mrs Weasley. Tu feras quoi le jour où tu te rendras compte que tu n'es pas...

Sa voix se bloqua. Elle semblait incapable de se résoudre à le dire. Ginny secoua la tête.

-Maman, crois-moi, j'ai eu quelques petits amis avant et ce que j'éprouve pour Luna, c'est incomparable. Je l'aime...

Prononcer ces deux mots avait été à la fois très simple et incroyablement difficile. Tremblante, elle se réfugia dans les bras de Luna qui l'accueillit avec une expression étonnée, puis la berça doucement avec un sourire heureux, visiblement inconsciente du fait que les Weasley étaient encore présents.

La mère de Ginny ouvrit de nouveau la bouche pour argumenter une fois de plus, mais Mr Weasley posa une main sur son épaule. Plus que n'importe quel discours ou demande farfelue, la manière dont les deux jeunes filles se tenaient enlacées était parfaitement claire. Cela lui évoquait sa propre jeunesse, alors qu'il commençait tout juste à fréquenter celle qui deviendrait ensuite sa femme.

-Laisse, Molly...

-Quoi ? Mais !

Mrs Weasley n'alla pas plus loin, estomaquée par le revirement de son mari. Ginny était tout aussi stupéfaite et avait relevé la tête pour regarder son père en gobant les mouches. Celui-ci soupira, puis posa un regard sévère sur sa fille et celle qui semblait briguer le poste de belle-fille.

-Que ce soit bien clair, jeunes filles... Je ne dirais pas que j'approuve, ce serait mentir. Mais je ne désapprouve pas non plus. Je ne sais pas vraiment ce que je dois penser de tout ça, mais j'imagine qu'il nous faudra un peu de temps, à ta mère et moi, pour nous faire à l'idée.

-Papa...

Ginny se jeta dans les bras de son père, éperdue de soulagement. Cette simple lueur d'espoir de voir au moins l'un de ses parents envisager la possibilité d'accepter ce qu'elle était la rassurait. Mr Weasley sourit doucement en embrassant sa fille sur le sommet du crane.

-Ca veut dire que je peux l'épouser ? demanda Luna d'une voix rêveuse.

-Luna ! s'écria Ginny, les joues rouges.

Mr Weasley éclata de rire, amusé par l'insistance de la Serdaigle.

-On verra ça quand vous serez majeures, répondit-il.

Ginny en restant comme deux ronds de flan alors que Mrs Weasley levait les bras au ciel avant de quitter la chambre. Elle était plus sceptique que son mari concernant les sentiments de sa fille et ne voulait pas la voir commettre une erreur qu'elle regretterait ensuite. Pourtant, elle appréciait beaucoup Luna. La situation n'en était que plus délicate. A contrecœur, elle devait admettre que son mari avait fait preuve d'un peu de raison, pour changer...

-

Pendant que Luna demandait Ginny en mariage, Harry se laissait tomber lourdement dans un fauteuil, toujours très pâle. Il avait l'impression d'être coincé en plein cauchemar. Comment était-ce possible ? Les choses ne devaient pas se passer ainsi, ce n'était absolument pas ce qu'il avait prévu. Normalement, Ginny aurait du se retrouver seule dans son lit et lui sourire magnifiquement lorsqu'il l'aurait doucement réveillée. Pas dormir dans les bras de Luna et lui balancer un réveil en plein visage alors qu'il manifestait tout naturellement une surprise bien légitime. Il adressa à Ron un regard vide et constata que son ami lui en retournait un manifestant une profonde perplexité.

Hermione et Jessica s'étaient installées sur le divan voisin, l'une comme l'autre inquiètes pour leurs amies qui se faisaient très certainement cuisiner en ce moment même. Elles espéraient tout simplement que les parents de Ginny se montrent compréhensifs. Hermione, qui connaissait bien les Weasley contrairement à Jessica, était particulièrement mitigée. Elle craignait que le maternalisme obsessionnel de Mrs Weasley ne complique un peu trop les choses. Déjà qu'elle avait tendance à regarder méchamment toute jeune fille lorgnant un peu trop près sur l'un de ses fils, elle n'imaginait pas sa réaction face à une jeune fille qui faisait plus que lorgner sur son unique fille.

Mais Mrs Weasley appréciait beaucoup Luna, aussi peut-être qu'elle l'accepterait plus facilement... Hermione soupira, consciente qu'elle ne saurait pas le fin mot de l'histoire tant que les principaux concernés ne seraient pas redescendus. Au moins il y en avait deux dans la famille Weasley qui semblaient bien le prendre. Bon, le prendre à la rigolade, disons. Fred et Georges affichaient de grands sourires amusés, surtout en lançant des regards en direction de Ron et Harry qui pédalaient allègrement dans leur semoule respective.

-Je comprends pas... marmonna finalement Harry d'une voix blanche. Je croyais que Ginny était amoureuse de moi !

Un silence assourdissant résonna un bref instant, puis Rogue et Jessica éclatèrent d'un rire moqueur d'une similitude troublante. Les jumeaux riaient aussi, mais plus discrètement, ne voulant pas froisser leur ami encore plus et n'ayant pas particulièrement envie d'être associés à Rogue de cette manière.

-Vraiment, Potter, votre arrogance ne connait aucune limite ! lança Rogue d'une voix mielleuse. Miss Weasley a beau être une petite idiote au cœur de guimauve, j'estime qu'elle à un tant soi peu plus de goût que ça !

Harry lui décocha un regard meurtrier, puis se tourna vers Hermione, mécontent.

-Tu m'avais dis qu'elle m'aimait ! dit-il d'un ton accusateur.

-Harry... je t'ai dit, l'an dernier, qu'elle avait été amoureuse de toi, mais qu'elle avait finalement renoncée, lui rappela Hermione avec une certaine fraicheur tout en tapant légèrement dans le dos de Jessica qui n'en pouvait plus de rire.

-Bah oui, mais même ! contra impitoyablement Harry, conscient que l'argument était faible, mais ne trouvant rien de plus pertinent à dire et s'apercevant un peu tard qu'il venait de se couvrir de ridicule.

-Une minute, intervint Ron qui fronçait les sourcils alors qu'il venait finalement de comprendre. Ginny et Loufoca ?! C'est une blague !

Il sauta sur ses pieds avec raideur, le visage congestionné de fureur, avant de se mettre en marche en direction des escaliers. Les jumeaux l'attrapèrent au vol, lui adressant un sourire aimable, mais indiquant clairement qu'ils ne le laisseraient pas passer.

-Tu comptes aller où, Ronnie ?

-Apprendre à l'autre folle à pervertir ma sœur, s'te question ! râla Ron en se débattant.

-C'est bien ce qu'il nous semblait...

Sans douceur, mais sans brutalité, les jumeaux forcèrent Ron à se rasseoir.

-Laisse donc les parents s'en occuper, Ron, ça vaudra mieux. Et puis, de quoi tu te plains ? Tu disais bien que tu en avais assez de voir Ginny changer de copain comme de chemise, non ?

-Parce que vous êtes d'accord avec ça, vous ?! s'énerva Ron. Ah, bien sûr, c'est pas vous qui allez devoir supporter les moqueries !

D'un geste sans appel, Hermione saisit Jessica par l'épaule et la força à se rasseoir alors qu'elle se levait avec l'intention évidente de balancer une lampe à la tête du rouquin. Rogue roula des yeux en voyant la scène, dégouté de voir sa protégée se laisser ainsi manœuvrer par une Gryffondor. Les Granger échangèrent un regard, la même lueur suspicieuse au fond de l'œil, puis secouèrent la tête, estimant qu'ils devaient se faire des idées. Après tout, ce n'était pas parce que Ginny et Luna étaient visiblement ensemble que...

-Toi non plus, Ron, fit remarquer Fred. Ou alors, tu t'inquiètes pour quand maman et papa apprendront pour toi ? reprit-il en riant alors que Ron s'étouffait d'indignation.

-C'est vrai que Potter aurait bien besoin de se faire remonter le moral, lança Jessica avec un sourire entendu.

-Pitié, épargnez-nous vos idées répugnantes, intervint Rogue avec une grimace. Je n'ose imaginer le croisement de ces deux-là...

-Ah, votre mère vous a jamais expliqué que pour avoir des enfants, il fallait impérativement un homme et une femme ?

-Vous croyez que c'est le moment, vous deux ? soupira Hermione.

Pour les avoir entendu se chercher des poux à de très nombreuses reprises, la jeune fille savait qu'ils pouvaient aller très loin. Et elle n'avait pas envie qu'ils aillent trop loin, justement. Rogue avait déjà fait une allusion, la dernière chose dont elles avaient toute les deux besoin, c'était qu'il se montre encore plus clair sur le coup de l'énervement.

-Ne me dites pas ce que je dois faire, Miss Granger, rétorqua Rogue d'une voix mauvaise. Même ici, je reste votre professeurs, ne l'oubliez pas, contrairement à votre amie qui semble incapable de comprendre la notion de respect...

-En plus, reprit George après avoir constaté avec déception que le spectacle finissait déjà, Luna est une fille très bien, je trouve.

-Laisse, George, enchaina Fred d'un ton joyeux. Il est simplement jaloux parce que Ginny s'est trouvée une copine avant lui !

-Mais n'importe quoi ! râla Ron en rougissant, faisant rire la plupart des personnes présentes, Harry et Rogue exceptés.

Même les Grangers se fendirent de sourires amusés. Ils trouvaient les jumeaux amusant. Ayant cessé de rire aux dépends de Ron, contrairement à Jessica, Hermione se leva et tapota gentiment l'épaule de Harry qui semblait aller un peu mieux.

-Je comprends que ça t'ait fait un choc, Harry, mais tu aurais d'abord dû te renseigner avant de te faire des idées sur les sentiments de Ginny.

-Mais j'ai demandé à Ron ! se défendit Harry.

-Quoi, tu demandes conseil à monsieur « j'ai autant de savoir faire avec les filles qu'un épouvantail » pour tes affaires de cœur ? demanda Jessica avec un sourire ironique. Tu comptes finir célibataire à 70 ans ?

-Harry, pourquoi tu n'es pas venu m'en parler à moi ? demanda Hermione sans prêter attention à Jessica qui ricanait pendant que les jumeaux retenaient un Ron furibard. C'est pourtant ce que tu avais fait pour Cho.

-Parce que t'étais au courant, toi ? demanda soudain Ron en cessant de se débattre.

Hermione sursauta et pria pour ne pas rougir. La question était innocente, mais elle s'en serait bien passée. Comme souvent, les rares fois où Ron se montrait pertinent, c'était lorsqu'il ferait mieux de jouer les idiots.

-Bah, c'était plutôt évident... intervint Jessica. Proches comme elles l'étaient, à moins d'être obtus...

-Peu importe, coupa Hermione avec un peu trop de précipitation. Je t'aurais au moins dit que Ginny ne s'intéressait plus à toi.

Harry poussa un soupir, déçu. Il avait du mal à se faire à la réalité, mais n'y pouvait pas grand chose. Hermione se releva et fit mine de retourner s'asseoir à coté de Jessica, mais croisa le regard de ses parents et se figea, mal à l'aise. Ils semblaient se poser trop de question à son goût, d'autant que leurs regards passaient sans cesse de l'une à l'autre. Ils ne pouvaient quand même pas deviner qu'elles étaient ensemble juste parce que Ginny et Luna l'étaient, si ? Ca semblait absurde, mais elle devait bien reconnaître qu'elle s'était peut-être montrée trop proche envers Jessica. D'une manière assez similaire à Ginny et Luna, à bien y réfléchir. Ce qui devait immanquablement amener ses parents à se poser des questions.

Par conséquent, elle s'installa non pas à coté de Jessica, comme ça avait été son intention dès le départ, mais sur l'autre bout du divan. Elle vit Rogue rouler des yeux et connut un instant de panique en voyant sa mère froncer les sourcils. Trop tard, elle venait de comprendre qu'agir tout à coup d'une manière plus distante envers Jessica ne ferait qu'intensifier les soupçons. Elle avait surtout manqué de naturel et espérait qu'elle pourrait rattraper le coup ensuite...

Par chance, elle n'eut pas besoin de chercher un moyen de le faire de suite puisque Mrs Weasley redescendit les escaliers en coup de vent pour aller faire du thé, visiblement contrariée. Hermione grimaça légèrement. Elle ne semblait pas spécialement en colère, mais ça ne voulait pas forcément dire que tout s'était bien passé. Ginny et Luna apparurent ensuite, suivies par un Mr Weasley à l'expression légèrement amusée, ce qui était en revanche plutôt bon signe.

Etrangement, Ginny semblait sous le choc, ce qui ne manqua pas d'étonner Hermione. Telle qu'elle la connaissait, elle devrait normalement s'être reprise et, sans forcément être de bonne humeur, ne pas agir comme si c'était elle qui venait de découvrir que sa mère était homosexuelle.

En entrant dans le salon, Ginny se figea, angoissée à l'idée d'affronter la réaction de sa famille et des parents d'Hermione. Sans parler de Rogue. Au moins, elle savait en gros à quoi s'en tenir concernant Harry vu le petit air d'opéra qu'il avait joué en guise de réveil matin. En voyant l'expression furieuse de Ron, elle ne broncha pas, s'y étant déjà préparée depuis longtemps. Le sourire encourageant des jumeaux lui mit du baume au cœur, en revanche. Au moins deux de ses frères semblaient ne pas vouloir la rejeter, à défaut d'approuver.

Décidant d'un commun accord de laisser les jeunes entre eux, les Granger et Mr Weasley prirent la direction de la cuisine, entraînant un Rogue récalcitrant avec eux. Le professeur trouvait plus amusant de rester pour se payer la tête de ses élèves, mais voyant l'expression insistante de Mr Weasley, il suivit le mouvement à contrecœur.

-Alors, comment ça s'est passé ? demanda Fred d'une voix rassurante.

-Je suppose que vous avez tous compris... soupira Ginny.

Un hochement de tête général lui répondit.

-Et donc ? insista George du même ton que son jumeau, tout aussi curieux que les autres.

-Ben... J'suis pas très sûre, avoua Ginny avec une moue tout en repensant à ce qui s'était passé dans sa chambre. Je crois que, techniquement, Luna et moi on est plus ou moins fiancées...

Devant les regards abasourdis, Luna éclata d'un rire joyeux tout en s'accrochant au bras de Ginny, estimant qu'il n'y avait plus aucune raison de se retenir. Même Jessica semblait pour une fois réduite au silence.