NdA : Plop ! Bon, je sais, je suis pas mal en retard pour la suite, mais elle finit par arriver, tant bien que mal. J'espère pouvoir repartir sur des updates un peu plus fréquentes, mais difficile à dire en ce moment. Bref, merci aux reviewers, anciens comme nouveau, j'espère que ce chapitre vous plaira.


Confortablement installé devant une tasse de thé, un léger sourire vaguement serein accroché aux lèvres, Rogue posait autour de lui un regard pouvant presque passer pour heureux. Lui qui détestait noël et toute la niaiserie qui allait de pair, le spectacle de maman Weasley effondrée de voir sa fille tourner si mal constituait à ses yeux l'un des plus beaux cadeaux qu'on pouvait lui faire. Bon, ça ne valait pas de voir Potter humilié devant l'ensemble du monde sorcier ou moldu, mais Rogue était réaliste. Ce plaisir suprême ne lui arriverait pas tout cuit dans le bec et en attendant d'y parvenir, il se devait de profiter des rares moment agréables que l'existence lui offrait.

Bon, il devait admettre que qualifier Mrs Weasley d'éplorée était une exagération de taille, mais tout de même. Il était évident aux yeux du professeur que la pilule avait du mal à passer. Quel dommage que Mr Weasley semblait moins étroit d'esprit, ils auraient pu alimenter réciproquement la rancoeur de l'autre et, peut-être, en venir à briser la famille Weasley.

Le léger sourire de Rogue se mua en rictus, lequel coupa l'appétit de Mr Granger qui se trouvait en face et n'en revint pas de voir une telle abomination dentaire. Il ouvrit la bouche pour proposer au professeur un bon coup de fraise avant de la refermer, considérant qu'il aurait plus vite fait de lui arracher l'ensemble du râtelier pour lui en planter de nouvelles. Sans compter que malgré ses airs réjouis, Rogue parvenait à rester parfaitement sinistre. Le dentiste ne pouvait qu'éprouver de l'admiration envers sa fille pour supporter un tel professeur. Lui qui avait toujours considéré qu'Hermione exagérait ses critiques...

A gestes brusques, Molly s'affairait devant ses fourneaux et si elle n'avait que sa baguette en main, les couverts, casseroles et ingrédients divers ne se gênaient pas pour faire du bruit et manifester la mauvaise humeur de la maîtresse de maison. Arthur soupira et posa une main se voulant rassurante sur l'épaule de sa femme, avant de faire un bond en arrière lorsque celle-ci se retourna pour le foudroyer du regard.

-Alors comme ça, vous êtes professeur ?

Rogue se détourna à contrecoeur de ce spectacle divertissant, et qui promettait pourtant d'apporter plus encore de distractions, pour poser ses yeux noir sur une Mrs Granger visiblement embarrassée et qui cherchait de toute évidence à changer de sujet, même si le sujet en question était informulé. Malgré tout, elle n'avait pas posé la question du ton de qui cherche une simple confirmation purement rhétorique, mais du ton de qui avait franchement du mal à imaginer recevoir une réponse positive. Le sourire de Rogue se teinta de mépris. C'était précisément la réaction qu'il s'efforçait d'obtenir au quotidien.

-C'est exact, je suis le Maître des Potions de Poudlard. Un poste de prestige, soyez-en assuré, doublé du titre de Directeur de la Maison Serpentard, qui l'est tout autant, sinon plus !

-Ah, je vois, répondit Mrs Granger. C'est la Maison de Jessica, c'est ça ?

-En effet, bien qu'elle ne fasse pas franchement honneur à sa Maison ces derniers temps.

Les Grangers changèrent légèrement de position. Il était évident que sa dernière affirmation les intéressait au plus haut point. Rogue se frotta mentalement les mains. Lui aussi, il aimait bien rigoler. Du moins à sa manière. Laquelle ne faisait généralement rire que lui.

-Elle travaille mal ? demanda Mrs Granger.

-Oh non, ses résultats sont satisfaisant, ce qui est parfaitement normal pour tout Serpentard digne de ce nom, répondit sèchement Rogue en s'efforçant de chasser l'image de Crabbe et Goyle de son esprit. Il s'agit plus de son comportement qui n'évolue pas dans le bon sens.

Les Granger hochèrent la tête, émettant un léger « aaah » laissant entendre qu'ils voyaient quand bien même Rogue se doutait qu'ils faisaient complètement fausse route.

-C'est vrai qu'elle se montre assez... acerbe...

-Parfaitement, répondit Rogue d'un ton pédant quand bien même il ricanait intérieurement. Elle est, comme vous le dites si bien « assez » acerbe. Quand je pense que quelques semaines plus tôt encore, elle l'était totalement et magistralement ! Elle avait une manière de rabaisser quiconque ne lui revenait pas tout à fait plaisante, mais ses récentes fréquentations l'ont émoussée et la voilà qui serait presque... fréquentable.

Rogue prononça le mot avec une moue dégouttée, comme s'il tenait l'une des chaussettes sales de Ron. L'expression des Granger était des plus jubilatoires, en tout cas. Rogue avala une gorgée de thé afin de dissimuler le sourire amusé qui lui montait aux lèvres, ne tenant pas à gâcher ses effets.

-Cette mixture est tout simplement infecte ! reprit-il en reposant la tasse. Serait-ce trop demandé que d'avoir du sucre ou dois-je me contenter de cet infâme jus de chaussettes pendant que vous célébrez le futur mariage ?

Une surprise sincère envahit Rogue lorsqu'il vit l'expression furieuse de Mrs Weasley, dépassant ses espoirs les plus optimistes. Cette fois, il ne se retint pas pour sourire, bien qu'il prit soin à le nuancer d'un mélange de mépris et de moquerie de bon aloi.

-Ne me dites pas que vous avez vraiment accepté de fiancer ces deux là ?

-Ben, en fait, plus ou moins...

-Arthur, tu n'es qu'un imbécile ! explosa Mrs Granger en abattant un poireau innocent sur le crâne de son infortuné mari. Tu ne crois tout de même pas qu'elles étaient sérieuses ?!

Bien qu'il se roulait mentalement par terre de rire, Rogue resta extérieurement stoïque et se leva lentement, soigneusement, pour se diriger vers le salon. Les jeunes accueillirent son entrée avec des regards aussi surpris qu'hostiles pour la plupart, mais il s'en moquait royalement. Il espérait que Weasley comme Granger l'avaient suivi et n'en perdaient pas une miette. Il s'avança vers Ginny et Luna, une expression si sévère sur le visage que la Serdaigle agrippa le bras de la Gryffondor en lui lançant un regard mauvais. Au moins, il était protégé de son empathie par ses talents d'Occlumens et par l'hostilité de la jeune fille à son égard, ce qui lui évitait de voir sa petite plaisanterie gâchée par la petite sotte à demi-folle.

Se penchant très légèrement en avant, il saisit la main libre de Ginny entre les siennes et la secoua brièvement.

-Toutes mes félicitations, Miss Weasley. Vous également, Miss Lovegood. Ne vous reste qu'à décider qui attendra l'autre devant l'autel, à présent.

Profitant allègrement et secrètement des mines outrées, le professeur lança une oeillade amusée en direction d'Hermione et Jessica tout en se redressant.

-D'autres devraient d'ailleurs suivre votre exemple, trop de gens vivent dans l'ombre, de nos jours. Pourtant il me semble que la société moderne ne chasse pratiquement plus ce genre de relation et des sorcières n'ont pas grand chose à craindre d'un bûcher, pas vrai ?

Hermione rougit malgré elle, autant de colère que de gêne. Il n'allait quand même pas oser les vendre ? Même si sa remarque était générale, la jeune fille redoutait que sa mère ne se penche trop dessus. Déjà qu'elle avait très certainement des soupçons... Jessica, pour sa part, semblait plus amusée qu'autre chose et Hermione espérait qu'il ne s'agissait là que d'un masque. Elle fronça les sourcils, songeuse. Cela la dérangeait à ce point que Jessica puisse ne pas être aussi réticente qu'elle à être découverte par les autres ?

-Désolée de vous gâcher le plaisir, Professeur, mais on était déjà au courant pour leurs fiançailles, intervint Jessica avec un sourire amusé en voyant Ron faire une crise d'apoplexie et la superbe teinte verdâtre d'un Harry malmené par la dure réalité de la vie.

Rogue fit une très légère moue, déçu, mais son petit numéro avait fait son effet. Il se retourna et, dans un tourbillon de cape, retourna dans la cuisine pour finir son thé.

-

Il y a dans la vie des choses que l'on regrette. Les jumeaux Weasley n'échappaient pas à la règle et la plupart de leurs regrets étaient liés à leur scolarité. Ils ne regrettaient pas leurs nombreuses frasques, loin de là. Plutôt les occasions manquées. Lorsqu'ils repensaient à leurs années à Poudlard, Fred et Georges songeaient souvent qu'ils auraient pu faire mieux. Ou pire, du point de vue des professeurs. Pourtant, il y avait actuellement deux choses qu'ils n'auraient jamais imaginé regretter un jour. Et pourtant...

La première de ces choses était d'avoir achevé leur scolarité. Profitant des vacances et donc de l'occasion de revoir Ron et Ginny, les jumeaux écoutèrent avec attention les dernières nouvelles de l'école. Si la partie cours et profs ne les intéressaient pas plus que ça, en dehors des possibilités de s'amuser à leurs dépends, il en allait autrement de ce qui se passait à coté des cours. Avec un sadisme dénotant d'un désir de vengeance certain envers la réaction de son frère face à son homosexualité nouvellement déclarée, Ginny relata le plus précisément possible les diverses tentatives de Ron pour impressionner Hermione en vue de la séduire. La simple idée de Ron jouant les paons dans le Poudlard Express pour intimider un gosse qui semblait trouver Hermione jolie les firent hurler de rire, s'attirant un regard soupçonneux du rouquin installé plus loin avec Harry.

-Ils se moquent de moi ou quoi ?

-Mais non, voyons, le rassura Harry sans grande conviction.

-C'est vrai, quoi, t'es pas le centre de l'univers, intervint Jessica depuis son fauteuil. Ca, c'est plutôt Potter !

-La ferme ! braillèrent deux voix offusquées tandis qu'Hermione secouait la tête dans un mélange d'amusement et de dépit.

Depuis leur place, les jumeaux rirent de plus belle. Leur autre regret, encore plus improbable à leurs yeux, était de n'avoir pas eu l'occasion de connaître Jessica Wingdal lorsqu'ils étaient encore à Poudlard. Ils étaient particulièrement intrigués quand au déroulement des cours de potions et comptaient interroger Hermione ou Harry dès que possible, Ginny ne pouvant que leur répéter ce que les rumeurs affirmaient. Qu'elle soit Serpentard les gênaient un peu aux entournures, pourtant ils trouvaient son caractère des plus intéressant et se réjouissaient ouvertement que Ginny ait pris l'initiative de l'inviter pour les vacances.

Cessant enfin de rire pour quelques instants, Fred et Georges observèrent attentivement Luna, confortablement installée contre Ginny, les yeux fermé. Impossible de dire si elle dormait ou non, mais personne ne tenait à le vérifier, d'une part en raison de son expression paisible, d'autre part en raison de Ginny qui menaçait d'étriper quiconque viendrait la déranger sans une bonne raison, malgré sa gène apparente. Depuis qu'elles étaient sorties de l'ombre malgré elles, Luna estimait qu'il n'y avait plus aucune raison de s'embarrasser de faux semblant et s'affichait ouvertement sans la moindre trace de gêne. L'hostilité affichée de Ron semblait ne pas l'atteindre le moins du monde, de même que le regard désapprobateur de Mrs Weasley, bien que cette dernière s'efforçait de ne pas intervenir, ne souhaitant pas faire une scène juste avant noël. D'autant plus que Rogue s'était installé dans un fauteuil et observait la scène avec attention, à l'affût de la moindre distraction. Ginny enviait l'insouciance de Luna, mais se sentait bien moins à l'aise qu'elle. Probablement parce qu'elle se trouvait chez elle, face à sa famille, estimait-elle. Heureusement, en plus d'Hermione et Jessica, elle pouvait compter sur le soutien de Fred et Gorges. Ainsi que, dans une moindre mesure et largement plus discrète, de celui de son père qui observait le couple avec un léger sourire, visiblement rassuré de voir la jeune fille si paisiblement assoupie dans les bras de sa fille.

Arthur coula un regard en direction de son épouse, un sourire mi-désolé, mi-encourageant sur les lèvres. Il comprenait le dilemme auquel était confronté Molly, lui-même l'ayant affronté, quoique brièvement. Sa femme pouvait y voir de l'inconscience et de la négligence, il estimait pour sa part que sa fille était désormais assez grande pour savoir ce qu'elle désirait. Et si en l'occurrence il s'agissait d'une blonde un peu fofolle, ainsi soit-il ! Il considérait que c'était son rôle de père d'approuver sa fille dans ses choix, aussi difficile soient-ils et tant qu'ils n'entraient pas directement en conflit avec ses propres considérations éthiques. Non, c'était précisément parce que le choix de sa fille était difficile qu'il devait se montrer compréhensif et la soutenir. Il devinait que Ginny trouvait un certain réconfort dans son soutien, aussi léger fut-il. Arthur ne pouvait que regretter que Molly ne parvienne pas à démêler ses propres sentiments, mais il savait pour l'avoir cotoyée sa vie entière, ou presque, que sa femme était beaucoup trop attachée à ses enfants en général, et à Ginny en particulier.

Aux yeux de Molly, Ginny était plus que sa petite dernière. C'était sa fille. Malgré leurs problèmes financiers, les difficultés, les ragots et la désapprobation d'une partie de sa famille, elle s'était obstinée à mettre au monde enfants sur enfants jusqu'à ce qu'elle parvienne enfin à mettre fin à la suite apparemment sans fin des garçons Weasley. Elle était la première depuis longtemps à avoir mis au monde une Weasley de sexe féminin et en tirait une certaine fierté, surtout auprès de ceux qui l'avait décriée. Elle aimait chacun de ses enfants avec la même ferveur, les jumeaux inclus, même Percy, malgré ses erreurs de jugements, mais Ginny occupait une place à part dans son coeur, et seul Arthur en avait connaissance. En un sens, elle avait le sentiment d'avoir échoué, quand bien même elle savait au fond d'elle que cette idée était absurde. Elle avait élevé Ginny comme un garçon. Ou du moins c'était là ce que son esprit lui murmurait. C'était faux, évidemment, mais Molly s'était souvent fait la réflexion que Ginny n'était pas aussi féminine qu'elle l'avait espéré. Elle voyait là le contrecoup de son obstination. Avec autant de frères, on ne pouvait vraiment s'étonner que la jeune Weasley ait un coté garçon manqué, mais tout de même... Jamais Molly n'aurait imaginé que ça irait jusque là !

L'autre conséquence de ses nombreux enfants fut d'exacerber l'instinct maternel de Molly. Elle était désormais mère avant d'être femme et chaque enfant trouvait grâce à ses yeux, qu'ils soient de sa chair ou non. Harry en avait principalement fait les frais, de part son statut d'orphelin qui ne pouvait qu'émouvoir la matriarche de la famille Weasley. Hermione également, dans une certaine mesure, surtout depuis que Voldemort avait porté son attention sur elle. De fait, elle estimait savoir ce qui convenait pour chaque enfant qu'elle croisait et à ses yeux, une fille ne convenait pas à sa fille... Quand bien même c'était Luna... Molly regarda longuement la jeune Lovegood qui somnolait dans les bras de Ginny. Elle aimait énormément la jeune fille, bien qu'elle ne l'avait que brièvement croisée avant ces vacances. Le malheur qu'elle vivait touchait sa corde sensible et une part d'elle était heureuse de savoir que sa fille était là pour la soutenir et lui apporter l'amour qui lui permettait de garder la tête hors de l'eau. Néanmoins, elle ne pouvait se résoudre à accepter ce fait. Ginny ne pouvait-elle pas la soutenir sans aller à de telles extrémités ?

Une main posée sur son épaule la tira de ses pensées et Molly tourna la tête pour croiser le regard d'Arthur, qui lui souriait avec cette même tendresse depuis toutes ces années. Sa propre mère avait désapprouvé son union avec un Weasley, la famille étant notoirement connue pour être peu chanceuse et certainement pas promise à un brillant avenir. Le mariage avait finalement été consentit parce que les Weasley constituaient malgré leurs revers l'une des plus ancienne famille de Sang Pur. Le détail n'avait jamais eu la moindre importance aux yeux de Molly et aujourd'hui encore, elle regrettait qu'il en ait eu autant aux yeux de sa mère. Si seulement elle avait su voir Arthur tel qu'il était réellement, au delà des considérations de s...

La pensée se bloqua en même temps que le souffle de Molly. Elle voyait son visage se refléter dans les verres des lunettes de son mari et, l'espace d'un horrible instant, elle eut la sensation aussi troublante que déplaisante de voir celui de sa mère se superposer au sien. Une immense lassitude ainsi qu'un dégoût de soi-même l'envahit soudain et elle baissa les yeux, serrant les dents.

-Vous allez bien, Mrs Weasley ? demanda une voix rêveuse, la faisant sursauter.

Perdue dans ses pensées, Molly n'avait pas vu ni entendu Luna approcher d'elle. La Serdaigle la regardait avec une expression concernée. Se souvenant brusquement qu'elle était empathe et devait donc très certainement savoir ce qu'elle pensait et ressentait en ce moment même, Molly détourna le regard, mortifiée et honteuse. Elle qui avait toujours reproché à sa mère d'avoir jugé son choix sur le Sang, la voilà qui faisait de même envers sa fille en se basant sur le Genre. Pire encore, l'une des concernée en avait pleinement conscience... A sa grande surprise, pourtant, Luna se contenta de lui tapoter gentiment la tête, souriant d'un air rêveur.

-Allons, faut pas vous tracasser avec tout ça, Mrs Weasley. J'aurais aimé avoir une maman comme vous. Enfin, maman était aussi gentille que vous, mais elle est plus là.

Du coin de l'oeil, Molly vit que Ginny observait la scène avec un mélange d'appréhension, d'espoir et d'inquiétude. Elle ne pouvait que tenter d'en deviner les raisons, alors que Luna, elle, devait très certainement les connaître déjà. Un sourire emplit de tendresse lui apporta la réponse. Ce même sourire qu'affichait Arthur chaque fois qu'on évoquait sa femme... Malgré tout, l'idée la perturbait. Elle voyait bien que les sentiments de Luna étaient sincères, mais ne pouvait se résoudre à les accepter. Du moins, pas encore... Saurait-elle surmonter ses préjugés et ses angoisses ? Saurait-elle se montrer meilleure que sa mère ? Elle l'ignorait. Bien sûr, elle le souhaitait, mais elle ne pouvait que se rendre à l'évidence : elle n'était pas prête à approuver une telle chose. La majeure partie de son être rejetait l'idée d'avoir Luna comme belle-fille, ne parvenait à appréhender l'idée et la faire sienne. Toutefois, elle comprenait à présent qu'il ne servait à rien de se braquer comme elle le faisait, encore moins de protester. Ginny avait de qui tenir, après tout. Son attitude ouvertement hostile ne ferait que l'encourager à se lancer à corps perdu et sans réfléchir dans sa relation avec Luna. Après tout, c'est ainsi qu'elle-même avait réagit bien des années plus tôt.

Poussant un soupir, Molly posa une main sur l'épaule de Luna. A défaut d'approuver, elle ne pouvait guère les laisser vivre leur vie, en espérant que, comme elle en son temps, sa fille prenne la bonne décision le moment venu... Gentiment, elle poussa la Serdaigle en direction du divan qu'occupait Ginny.

-Va la rejoindre, va. C'est pas la peine de t'inquiéter pour moi...

Luna hocha distraitement la tête et trottina jusqu'à Ginny pour lui sauter dessus comme une gamine. Molly la regarda faire avec une expression indéchiffrable avant de se détourner, laissant les jeunes entre eux pour poursuivre ses préparatifs du réveillon. Arthur vint lui donner un coup de main, contrairement à son habitude. Lorsque Molly leva un regard étonné dans sa direction, il lui adressa ce sourire qu'il avait su conserver au fil du temps. Il savait parfaitement que sa femme venait de faire un effort de taille et que ce premier pas vers l'acceptation était un signe encourageant. Ils pourraient ainsi cheminer ensemble pour se faire à l'idée qu'ils allaient très certainement écoper d'une Luna Lovegood en guise de beau fils.

Assis avec raideur dans son fauteuil, Rogue n'en avait pas perdu une miette. Alors que Ginny se débattait en criant sous les assauts d'une Luna qui semblait avoir retrouvé ses 8 ans, il se tourna en direction de Jessica.

-Je crois n'avoir encore jamais eu le malheur d'assister à une scène aussi répugnante et nauséeuse de toute ma vie...

-Un jour, professeur, je vous présenterai un miroir, répondit Jessica.

Un silence lourd de fou rire résonna longuement dans le Terrier, les jumeaux se précipitant dehors avant d'exploser. Harry se fendait d'un sourire sauvage, oubliant pour un moment la romance de Ginny et Luna, toujours ravi de voir le Maître des Potions se faire vanner. S'il avait été réticent à l'idée de savoir Jessica au Terrier, il trouva soudain que Ginny avait eu là une idée épatante. Même Ron pouffait avec sa subtilité légendaire. Pour une fois qu'il avait l'occasion d'être témoin des vacheries entre les deux serpents, ça valait bien de supporter un peu la présence de l'autre vipère. Rogue épousseta ostensiblement une de ses épaules, réprimant un sourire appréciateur. Jessica s'améliorait avec le temps et malgré ses fréquentations déplorables. Il pouvait bien souffrir de quelques moqueries dont il ne manquerait certainement pas de se venger une fois de retour à Poudlard. Voire même sans traîner dans au moins un cas.

-Riez, Monsieur Weasley, riez... J'ai moi-même quelques anecdotes des plus cocasses à votre sujet. Je suis certain que les Granger seraient fascinés par l'usage que vous avez récemment fait d'une brosse à dent.

La mine réjouie de Ron s'effaça si sec, surtout lorsqu'il vit Hermione pouffer avant d'étouffer son fou rire sur l'épaule de Jessica alors qu'elle voyait la lueur d'intérêt dans les yeux de ses parents au mot brosse à dent. Sa mère, pourtant, la considérait avec un intérêt croissant. Elle commençait à se dire que, peut-être, il lui faudrait avoir une petite discussion mère-fille avec Hermione, ne serait-ce que pour se tranquilliser l'esprit...

-

Profitant que les jeunes s'étaient plus ou moins éparpillés, principalement en vue d'aider Mrs Weasley à préparer le réveillon, Mrs Granger posa une main sur l'épaule de sa fille et, prétextant un besoin d'aide, précéda Hermione dans la chambre qu'elle occupait avec son mari depuis que des Mangemorts s'étaient attaqués à eux, des mois plus tôt. Son esprit entièrement tourné vers les préparatifs, Hermione ne s'aperçut que trop tard du subterfuge, alors qu'elle se trouvait seule avec sa mère, loin des oreilles indiscrètes. Du moins si les jumeaux n'avaient pas une oreille à rallonge qui traînait dans le coin...

-J'aimerais qu'on discute un moment, Hermione.

Celle-ci sentit la panique la gagner. C'était précisément les paroles qu'elle redoutait d'entendre, surtout dans ces circonstances. Elle hocha la tête avec raideur et décida de la jouer calme et détendue. Ou du moins d'essayer, elle avait comme l'impression que son cou était rouillé.

-Bien sûr, de quoi tu veux parler, maman ?

-Jessica...

Mrs Granger s'assit sur le lit et tapota le matelas à coté pour inviter sa fille à l'imiter. A voir la raideur de ses mouvements, elle devinait sans mal qu'elle touchait précisément un sujet sensible. Enfin, elle était justement là pour tirer cette histoire au clair.

-Un problème avec Jessica ? demanda Hermione en espérant que sa nervosité ne soit pas trop visible.

-Je vais être directe, Hermione, ça ne sert à rien de tourner autour du pot. Qu'est ce qu'elle représente, pour toi ?

Par réflexe, Hermione chercha du regard une issue. C'était encore pire qu'elle l'avait imaginé. Depuis quand sa mère jetait la subtilité aux orties pour l'interroger aussi ouvertement ?

-C'est mon amie...

-A d'autres, Hermione ! Je suis peut-être une moldue, comme vous dîtes, mais je ne suis pas aveugle pour autant ! Depuis ce matin, tu agis de manière distante envers Jessica chaque fois que tu te sens observée. Depuis qu'on sait que Ginny et Luna sont ensemble, comme par hasard... Comme si tu avais peur qu'on fasse un rapprochement...

Hermione soupira. Elle savait qu'elle avait gaffé en ayant cette réaction, mais c'était un bien maigre réconfort. Pourtant, elle ne se sentait pas capable d'admettre l'évidence face à sa mère. Elle se contenta donc de baisser la tête sans rien dire, sa main remontant instinctivement pour saisir le pendentif dissimulé sous ses vêtements.

-Ah oui, ça m'avait intriguée aussi, cette histoire de collier, reprit sa mère en voyant son geste. Pas vraiment un cadeau qu'on offre à une simple amie.

-Je... Je vois pas de quoi tu parles ! tenta Hermione, sans grand espoir.

-Arrête, s'il te plait. Ta réaction est encore plus éloquente qu'une confession, Hermione !

Mrs Granger se leva et marcha vers la commode, où elle prit la photo d'Hermione qui avait attiré l'attention de Jessica.

-Mais j'avoue que j'ai du mal à comprendre, Hermione... Qu'est-ce qui t'attire chez cette fille ? Excuse-moi de te dire ça, mais je la trouve vraiment détestable.

-Maman ! Elle n'est pas...

Hermione s'interrompit, consciente que si, Jessica l'était pour pratiquement tout le monde. Ginny, Luna et elle-même étaient simplement l'exception qui confirmait la règle. Jessica cultivait soigneusement cette image, afin de se dissimuler derrière cette carapace. Elle ne voyait pas vraiment comment l'expliquer à sa mère. Comment lui faire comprendre qui était vraiment Jessica et pourquoi elle l'aimait autant. Ce qui était certain, en revanche, c'était que d'apprendre que sa mère détestait sa petite amie l'attristait plus qu'elle ne l'aurait imaginé.

-Je sais qu'elle semble antipathique, maman, mais crois-moi, elle sait se montrer adorable quand elle s'en donne la peine. C'est juste... compliqué...

Reposant la photo, Mrs Granger se tourna vers sa fille, le regard sombre. Elle se souvenait parfaitement de l'expression fugitive qu'elle avait entrevue dans le regard de Jessica lorsqu'elle avait vu cette photo. Hermione se tassa, mal à l'aise. Elle venait de réaliser qu'elle avait implicitement admit qu'elle aimait effectivement Jessica.

-Tu es sûre de toi, Hermione ? Je veux dire, concernant... ce genre de relation ?

Cette fois-ci, la Gryffondor se força à soutenir le regard de sa mère. C'était incroyablement difficile, mais au moins, elle ne lisait ni dégoût, ni colère dans les yeux de Mrs Granger. A sa grande surprise, elle ne semblait pas contre cette idée, même si on ne pouvait pas vraiment dire qu'elle affichait une mine réjouie en ce moment. Toutefois, Hermione choisit d'y voir un signe encourageant.

-Oui. Crois-moi, maman, ça n'a pas été simple... surtout avec Jessica. J'ai eu un mal de chien à la comprendre.

-J'imagine, oui, dit Mrs Granger avec un sourire amusé. Et je sais que tu n'es pas du genre à agir sans réfléchir. Même si parfois, tu réfléchis un peu trop pour ton bien...

-Tu n'es pas en colère ? demanda soudain Hermione.

Etrangement, cette idée l'angoissait. Elle s'était préparée à tout, sauf à ça, et ne savait pas vraiment comment le prendre. Avait-elle déçu sa mère au point qu'elle ne jugeait même plus utile de simplement se fâcher ? Où acceptait-elle vraiment ce qu'elle était ? Elle devait en avoir le coeur net. Mrs Granger sembla le comprendre, car elle lui adressa un sourire rassurant.

-Hermione, quand tu avais 10 ans, tu as mis le feu à la table du salon par magie, ce qui nous a amené, ton père et moi, à découvrir que non seulement la magie existait bien, mais qu'en plus tu étais une sorcière... Et il y a quelques mois à peine, nous avons appris que ce Voldemort qui semble terroriser le monde magique cherche à te tuer. Tu crois vraiment qu'en comparaison, je vais m'offusquer du fait que tu sois homosexuelle ?

Hermione se sentit un peu cruche, sur le moment. Forcément, vu comme ça, son homosexualité lui paraissait bien dérisoire... Pourtant, elle avait du mal à réaliser que sa mère semblait l'accepter aussi facilement.

-Ne t'attends pas non plus à ce que j'applaudisse, Hermione, reprit Mrs Granger. Et je ne sais pas vraiment comment ton père va réagir. Mais contrairement à ce que certaines personnes ici semblent croire, nous sommes tes parents. Nous voulons ton bonheur, ma chérie. Et si pour ça, tu dois faire ta vie avec une fille...

Mrs Granger poussa un soupir, puis secoua la tête avant de reprendre.

-Mais quand même... Pourquoi elle ? Qu'est ce que cette fille a de si extraordinaire pour que tu en soit tombée amoureuse ? Parce que c'est le cas, non ?

Embarrassée, Hermione se contenta de hocher la tête. Elle ne savait pas vraiment quoi répondre à une chose pareille. Quelque chose la chiffonnait, pourtant. Ce n'était sûrement rien, mais elle trouvait que sa mère était étrangement réfractaire au fait qu'Hermione aime Jessica, alors qu'elle semblait plutôt bien prendre son orientation sexuelle.

-C'est à cause de ce qu'elle t'a dit, que tu la déteste ? demanda-t-elle avec une moue.

-Elle t'en a parlé ?

-Bien sûr ! Ca t'étonnes à ce point qu'elle soit honnête envers moi, maman ?

-Pour être franche... oui. Elle m'a quand même dit en face que j'étais indigne d'être ta mère et que je ne te connaissais pas...

A nouveau, une bouffée de honte et de colère envahit Mrs Granger alors qu'elle repensait à la scène. Cet éclat haineux dans le regard de Jessica, l'intonation froide et mordante de sa voix... Bien malgré elle, elle ne pouvait concevoir la douceur que lui dépeignait Hermione, quand bien même elle en avait eu un fugace aperçu. Hermione se leva à son tour et prit sa mère dans ses bras.

-Crois-moi, venant de Jessica et vu la situation, c'est l'équivalent d'un simple haussement d'épaule... Je ne dis pas qu'elle a eu raison de te dire ça, maman, mais Jessica est comme ça... Elle fait énormément d'effort depuis qu'on est arrivées pour réfréner sa manie d'envoyer des méchancetés à tour de bras et ça lui réussit pas...

-La situation ? répéta Mrs Granger avant de comprendre. Oh...

Elle se sentit rougir, mais hors de question d'admettre qu'elle avait eu l'intention de mettre son nez dans les affaires de coeur de sa fille.

-Oui, comploter pour me caser avec Ron devant ma petite amie, c'était pas franchement une bonne idée, taquina Hermione avant de s'empourprer à son tour.

-Petite amie, hein ? s'amusa sa mère avant de redevenir sérieuse. J'espère vraiment que tu sais ce que tu fais, Hermione. Ron semble persuadé que Jessica est dangereuse et franchement, de ce que j'en vois chaque jour, je dois reconnaître que je comprends ses soupçons...

La déclaration fit l'effet d'une douche glacée à Hermione. Elle se recula, une expression vexée sur le visage.

-Maman, ne me dis pas que tu crois que Jessica veut me tuer !

-Je n'ai pas dis ça, Hermione. Simplement, j'aimerai être certaine que je peux lui confier ma fille sans craindre pour ta vie, surtout en ce moment, tu comprends ?

-Tu as confiance en moi, maman ?

-Bien sûr, Hermione, qu'est ce que tu va imaginer ?

-Alors fais-lui confiance. Ron pense qu'elle est dangereuse pour moi ? Il n'a aucune preuve. Moi, j'ai eu la preuve que je pouvais confier ma vie à Jessica.

Intriguée, Mrs Granger observa longuement sa fille. Jamais elle ne l'avait vu si sûre d'elle. Un frisson la parcourut. Quand bien même elle pressentait qu'elle risquait de détester la réponse, elle savait qu'elle devait en avoir le coeur net.

-Quelle preuve, Hermione ? Qu'est ce qui s'est passé, au juste, pour que tu places une telle confiance en elle ?

Hermione hésita. S'il y avait une personne à qui elle pouvait se confier, c'était bien sa mère, mais d'un autre coté, elle avait dans l'idée que lui dire la vérité ne contribuerait pas vraiment à apaiser ses soupçons.

-Elle m'a sauvé la vie, maman. Si elle avait vraiment voulu me nuire, il lui aurait suffit de laisser les choses se faire, mais elle a risqué sa vie pour sauver la mienne.

Bien qu'elle aurait aimé avoir plus de détail, Mrs Granger renonça à l'interroger plus avant. Hermione ne semblait pas décidée à tout lui révéler, ce qui l'inquiétait un peu, mais elle se fiait au jugement de sa fille. Pour sa part, Hermione venait de songer à un autre détail des plus importants.

-Et papa ? Comment tu crois qu'il va le prendre ? demanda-t-elle d'une voix trahissant son inquiétude.

-Mmmh... je ne sais pas vraiment, Hermione. Nous n'avons jamais envisagé une chose pareille, je dois dire... Si tu veux, je peux tâter un peu le terrain, en profitant du fait que Ginny et Luna se soient faites prendre ?

-Je veux bien, répondit Hermione, soulagée. Merci, maman.

Mrs Granger embrassa la joue de sa fille.

-Je ne pense pas que ça lui posera de problèmes, mais autant y aller en douceur, pas vrai ? Tes amis sont au courants ? Vu que Ron semble s'intéresser à toi, je dirai que non, mais les autres ?

-Juste Ginny et Luna.

Sa mère hocha la tête, notant l'information. Elle ne tenait pas à faire une gaffe. Bien qu'elle ne le connaissait pas autant que le reste de la maisonnée, elle devinait que Ron allait très mal prendre la nouvelle.

C'était un soulagement pour Hermione de constater que sa mère acceptait parfaitement son homosexualité. Qu'elle n'apprécie pas Jessica était plus décevant, mais malheureusement, ce serait à cette dernière de faire ses preuves et gagner la confiance de ses parents. Ce qui était très loin d'être gagné quand on connaissait le caractère de la Serpentard. Tout en sortant de la chambre à la suite de sa mère, Hermione se massa les tempes. Malgré tout l'amour qu'elle portait à Jessica, elle devait reconnaître que les chances que celle-ci parvienne à faire bonne impression de manière crédible envers ses parents étaient très proche du néant total...

-Continue comme ça et ce foutu sapin, je m'en vais te le coller dans le...

-Jess !

A la réflexion, elles étaient négatives, corrigea Hermione en se frappant le front tandis que Ginny tentait de calmer une Jessica bien remontée après un Ron tout aussi vindicatif sous les rires enfantins de Luna. Mrs Granger secoua la tête. Elle n'arrivait vraiment pas à comprendre ce qui plaisait à Hermione dans le caractère de Jessica. Elle envisagea un instant d'aller lui parler, histoire de mettre les choses au clair, mais se ravisa. D'une part, elle craignait que les autres s'interrogent sur les raisons qui la poussait à prendre en aparté les deux jeunes filles, d'autre part elle ne se sentait pas prête à affronter Jessica seule à seule. Elle se dirigea donc vers la cuisine afin de voir si elle pourrai se rendre utile, d'une manière ou d'une autre, croisant un Rogue présentant tous les symptômes d'une dépression aggravée de mauvaise humeur. Le professeur lui adressa pourtant un bref regard avant de reporter son attention sur ses élèves. Bien que le contact oculaire n'ait duré qu'une seconde à peine, Mrs Granger comprit qu'il savait pour sa fille et Jessica. Mais il y avait autre chose, également... de l'approbation ? L'idée lui semblait improbable, et pourtant... Intriguée, Mrs Granger saisit diverses décorations prévues pour la table tout en réfléchissant à ce qu'elle avait appris au cours de son long entretien avec sa fille.

-

Dès que l'occasion se présenta, Hermione résuma sa conversation avec sa mère à Jessica. Celle-ci sembla rassurée d'apprendre que Mrs Granger acceptait l'homosexualité de sa fille, mais la nouvelle qu'elle la détestait visiblement la contrariait, bien qu'elle s'y était attendue. C'était déroutant pour elle de ressentir le besoin de plaire à d'autres personnes, en dehors d'Hermione. Même pour Ginny et Luna, elle n'avait jamais fait le moindre effort. Elles s'étaient naturellement rapprochées les unes des autres sans vraiment y penser.

-Du coup, on a peut-être plus besoin de se cacher, non ?

-Jess, je sais que tu meures d'envie de voir la tête que fera Ron en apprenant que je t'ai choisie, toi, plutôt que lui, mais non. Tu as bien vu sa réaction envers Ginny... J'ai pas envie de jeter un froid juste avant Noël.

Bien qu'elle comprenait, Jessica ne put retenir une moue déçue. Elle enviait Ginny et Luna, qui ne se souciaient absolument plus de ce que le reste de la maisonnée pouvait bien penser d'elles. Sentant que l'ambiance s'était détendue sur la question, les jumeaux s'étaient rapidement débarrassés de leur manières protectrices et avaient retrouvé leur naturel avec enthousiasme. Ils ne cessaient de taquiner le couple à la moindre occasion. Si Ron se montrait exaspéré, Harry semblait remis du choc, du moins en partie, et se faisait doucement une raison. Après tout, que pouvait-il bien faire d'autre ? D'autant qu'il trouvait bien malgré lui que Luna et Ginny allaient bien ensemble. Bien que déçu, il estimait que l'amitié passait avant le reste. Il s'était bien assez comporté comme un crétin et, comme Hermione, estimait que Noël n'était pas franchement une période propice aux prises de becs.

-Décidément, on va de surprises en surprises, depuis qu'on vit ici, dit Mr Granger en aidant sa femme à peler des oignons dans un coin de la cuisine tout en observant les jeunes.

-Ca t'étonne que les sorciers aussi puissent être homosexuels ? s'amusa Mrs Granger avec un sourire amusé.

-C'est idiot, je sais, mais ils semblent vivre dans un monde tellement différent du notre... J'ai trop discuté avec Arthur, je crois...

Ce qui expliquait tout aux yeux de l'un comme de l'autre. Mr Granger revenait généralement lessivé de ses entretiens avec Mr Weasley, qui semblait incapable de se lasser de poser ses questions abracadabrantes. Mrs Granger sourit légèrement, estimant que c'était une bonne occasion de tâter le terrain, comme elle l'avait promis à Hermione.

-Que veux-tu, c'est de plus en plus répandu, de nos jour. Ca pourrait même arriver à Hermione.

Mr Granger éclata de rire, secouant la tête.

-Hermione ? Arrête, c'est pas du tout son genre ! C'est à peine si elle semble s'intéresser aux garçons.

Avec ironie, Mrs Granger songea que finalement, ce n'était pas elle qui connaissait le moins sa fille

-Il y a eu ce Krum, pendant un temps, rappela-t-elle. Et je mettrais ma main au feu qu'hier encore, les Weasley auraient répondu comme toi à cette idée concernant Ginny, pourtant...

Le visage de Mr Granger se fit plus grave, alors que l'argument faisait son chemin dans son esprit. Il lança un coup d'oeil en direction d'Hermione qui tentait en vain d'organiser une séance de révision. Pour son malheur, Jessica s'était alliée aux jumeaux pour organiser la résistance et cavalait dans le salon avec l'un des livres d'Hermione qui ne savait plus vraiment où donner de la tête et semblait à deux doigts de stupéfixer la bande de distraits. Mrs Granger fit une légère moue, malgré son amusement envers cette scène. Elle essayait de voir dans l'attitude de Jessica de la taquinerie, mais son expression lui semblait plus mesquine qu'autre chose...

-Tu crois vraiment qu'Hermione pourrait... murmura Mr Granger d'un air songeur.

-Et si c'était le cas ?

Le dentiste s'accorda un instant de réflexion, pelant distraitement son oignon.

-Jessica ? demanda-t-il enfin.

-J'en ai bien peur...

Avec un soupir, il reposa son couteau et se gratta l'arrête du nez. Il s'était demandé pourquoi sa femme avait disparu aussi longtemps avec Hermione, mais était loin de s'imaginer que ce serait pour ça. Il pensait qu'elle voulait simplement renouer ses liens mère-fille.

-C'est du sérieux ?

-Aussi pénible que ce soit pour moi à admettre, oui, répondit Mrs Granger. Elle affirme qu'elle est adorable. J'ai franchement du mal à la croire, mais elle la connait sans doute mieux que nous. Et avant qu'on s'occupe de ses dents, j'ai vu son expression alors qu'elle regardait la photo d'Hermione, dans notre chambre...

Mr Granger plaça tous les oignons dans un saladier pendant que sa femme récupérait les pelures pour les jeter. Il observa sa fille récupérer son livre avec sa baguette, Jessica trouvant le moyen de dévier suffisamment sa trajectoire pour que l'ouvrage heurte Ron au passage, s'attirant force beuglements. Rogue surgit soudain dans leur dos, un sourire répugnant aux lèvres.

-C'est dans ces moments là que je suis fier d'être le Directeur de Serpentard. Anticipation de la manoeuvre adverse et ruse afin d'étendre les dégâts aux spectateurs ! Magnifique ! Le tout en faisant croire qu'il ne s'agit là que d'un simple accident. Nous serions à Poudlard que je lui donnerais 50 points pour cette magnifique démonstration de sournoiserie digne de Serpentard lui-même !

Et il repartit dans un tourbillon de cape, sans même attendre la réponse des Granger médusés. Mrs Granger était particulièrement surprise de l'intervention du professeur. Elle était certaine qu'il était au courant de la relation entre Hermione et Jessica et il lui avait semblé qu'il approuvait, d'une manière ou d'une autre. Dans ce cas, pourquoi tenir des propos incitant à penser que Jessica n'était pas sincère ni digne de confiance ? Tout comme sa fille, elle ne savait plus vraiment quoi penser de l'étrange professeur.

-Ce type est vraiment bizarre... commenta Mr Granger. Enfin, peu importe. Tout ce que j'espère, c'est qu'Hermione sait ce qu'elle fait. J'aurais préféré qu'elle se trouve quelqu'un de plus...

-Aimable ? proposa Mrs Granger alors que son mari peinait à trouver un qualificatif convenant à Jessica sans pour autant l'insulter, tâche des plus difficile s'il en était.

-On va dire ça, oui, répondit-il avec reconnaissance. En tout cas, si elle nous la rend malheureuse, sorcière ou pas, elle entendra parler de moi...

Tout en allant s'installer au salon, Rogue affichait un sourire froid. Il s'amusait comme un petit fou, vraiment. Entendre les couinements incessants de Ron lui faisait autant d'effet qu'une bonne tasse de thé devant des copies à saquer impitoyablement. Non, vraiment, il avait bien fait de se porter volontaire pour surveiller le Terrier. Avec Jessica dans les parages, ce n'était pas un pari bien risqué que de s'attendre à quelques crises de rage. Bon, ça aurait été plus amusant encore si Potter se faisait malmener, mais on ne pouvait pas tout avoir, hélas...

Entretemps, il s'occupait en taquinant les Granger. Il adorait avoir de nouvelles victimes et ce n'était pas tous les jours qu'il pouvait s'amuser aux dépends de moldus.

-

Ce fut en fin d'après-midi que Lupin fit son entrée au Terrier, de bonne humeur malgré ses traits tirés. Il remercia chaleureusement Mrs Weasley alors qu'elle l'aidait à se défaire de sa cape de voyage enneigée pour l'accrocher au porte-manteau, appréciant d'avoir été invité pour le réveillon. Il était particulièrement impatient de revoir Harry, principalement pour s'assurer de lui-même qu'il avait retrouvé le moral. Passant dans le salon en agitant joyeusement la main, il se figea de stupéfaction, la mâchoire béante et incapable de prononcer un mot. Ce n'était pas la vision de Luna installée sur les genoux de Ginny qui provoquait cette réaction. Aussi surprenant que le couple fut, il était largement éclipsé par la présence d'un Rogue joyeux et confortablement installé dans un fauteuil dans le salon des Weasley.

Bon, plus exactement assis raide comme un piquet et avec l'air de vouloir faire un carnage, d'accord, mais Lupin le connaissait suffisamment pour déceler la légère trace d'amusement au fond des yeux noirs du professeur. La dernière fois qu'il l'avait vu, c'était lorsque Rogue avait annoncé à tout le monde que le populaire professeur de Défense était un loup garou. Ce dernier se pinça, afin d'être sûr de ne pas rêver, puis se tourna, des fois qu'il décèlerait un indice indiquant qu'il venait de franchir un quelconque portail pour une dimension parallèle. C'était à ses yeux la seule explication possible à cette situation. Il ne vit pourtant que Mrs Weasley qui l'observait avec une légère inquiétude, comme s'il n'avait plus toute sa tête. Avec un sourire d'excuse, Lupin se tourna en direction de Harry qui approchait en le saluant chaleureusement, imité par la majorité des élèves. Ne manquaient que les jumeaux et Jessica, en fait. Ce qui semblait inquiéter légèrement Hermione, laquelle les cherchait du regard. Pas qu'elle s'inquiétait des signes d'intérêt des jumeaux envers sa petite amie, hein. Nan, elle savait que Jessica les enverraient paître méchamment s'ils tentaient quoi que ce soit. C'était en fait plutôt cette idée là qui la travaillait. Ca et la seule autre hypothèse possible : ils préparaient tous les trois un sale coup... Idée des plus terrifiantes, au point qu'elle en espérait presque voir les jumeaux à l'agonie.

-Professeur Lupin ! disait Harry avec un grand sourire. Content de vous revoir, vous allez bien ?

-Harry ! Très bien, merci. Tu as l'air en forme.

Hochant la tête, Harry ne put s'empêcher de remarquer que les vêtements de Lupin paraissaient toujours aussi miteux. Visiblement, celui-ci avait toujours autant de mal à retrouver du travail. Une bouffée de colère envers Rogue l'envahit de nouveau et il se tourna à demi pour fusiller soigneusement du regard le Maître des Potion qui observait la scène avec un sourire méprisant. Sourire qui s'élargit plus encore en croisant le regard de Harry.

-Je suis surpris de te voir ici, Severus, dit Lupin.

-Dumbledore a lourdement insisté pour m'infliger le supplice de devoir supporter cette bande d'idiots durant les vacances, répliqua Rogue en appuyant ses dire d'un reniflement de dégoût. Crois moi, je suis plus que ravi de te voir arriver, puisque ça signifie que je peux enfin rentrer chez moi pour me reposer !

-Vous... Vous êtes sûrs de ne pas vouloir rester, Severus ? demanda Mrs Weasley d'une voix qui trahissait bien malgré elle le fait qu'elle demandait plus par politesse qu'envie d'avoir Rogue à sa table.

Pas besoin d'être Legilimens ni même empathe pour percevoir le sentiment général aux airs de ''n'accepte pas, par pitié, n'accepte pas'' qui flottait dans l'air. Rogue se leva en affichant une expression particulièrement glaciale.

-Contrairement à une idée répandue, je ne suis pas Masochiste, Molly... Si cette petite folle de Loufoca n'avait pas eu un bref instant de déprime que vous vous êtes tous empressés de voir comme une invasion de Détraqueur, je n'aurais pas été forcé de supporter ces quelques jours de torture.

L'expression furieuse de Ginny réjouit tout particulièrement Rogue. Il prit sa cape de voyage au porte-manteau et la passa sur ses épaules, couvrant la cape plus légère qu'il portait en permanence.

-Ah, les vacances vont enfin pouvoir commencer, génial. Ca devenait irrespirable, ici, à force.

-Miss Wingdal. Moi qui espérait pouvoir partir sans avoir le déplaisir de vous entendre une fois de plus...

Lupin fronça les sourcils en voyant Jessica arriver, l'air parfaitement détendue et un sourire cynique aux lèvres. Hermione s'inquiéta plus de l'absence des jumeaux. Soit ils achevaient les préparatifs pour une blague, soit Jessica leur avait joué un sale tour. Aucune des deux alternatives n'était particulièrement réjouissante.

-Enfin, puisque vous êtes là, j'aurais une chose ou deux à vous dire concernant le manque manifeste de respect que vous affichez envers votre professeur et directeur de Maison... Si vous voulez bien me suivre...

-Rapidement, alors, j'ai pas envie d'être malade pour le réveillon, marmonna Jessica sans le moindre enthousiasme.

-Oui, c'est exactement de cela que je parle.

Jessica emboîta le pas de Rogue alors qu'il sortait dans l'air froid, leurs pas crissant sur la neige. Il faisait déjà pratiquement nuit. Une fois certain qu'on ne pourrait les entendre, Rogue s'arrêta et se tourna vers son élève.

-Je doute que l'on se revoit avant la rentrée, Miss Wingdal... commença le professeur.

-Quoi, vous voulez me souhaiter un joyeux noël, professeur ? je crois que ça voudrait anéantir l'ensemble de l'univers, un illogisme pareil.

-Ne soyez pas ridicule, je vous prie ! Je voulais simplement m'assurer que vous n'alliez pas commettre l'erreur de sortir de votre placard, Miss Granger et vous, durant ces vacances !

Jessica fixa Rogue avec incrédulité. Finalement, le coup du Joyeux Noël lui paraissait soudain plus plausible, voire préférable.

-Je tiens absolument à être présent à ce moment là, vous m'entendez ? Je ne raterai l'expression du jeune Weasley pour rien au monde ! Si jamais vous me privez de ce petit plaisir, je vous promets que vous le regretterez le restant de votre misérable petite vie, Miss Wingdal.

-Par Merlin, Professeur, vous m'avez vraiment fichue la trouille, là ! Un instant, j'ai vraiment cru que vous deveniez sympathique... Retournez dans votre crypte, parce que ça devient malsain, là.

-Vous pouvez parler... Ce n'est pas moi qui passe mes vacances dans un nids de Gryffondor.

Tous deux se foudroyèrent du regard un long moment, y mettant autant de mépris que possible, puis Rogue se détourna.

-Sur ce, je vous laisse à vos fréquentations lamentable. Et tâchez d'être convaincante en leur faisant croire que je vous ai sermonné, Miss Wingdal. Ne lésinez pas sur les horribles remontrances que je vous ai infligée, j'ai une réputation à tenir.

L'instant d'après, il avait disparu. Jessica secoua la tête avec un sourire, amusée, puis se composa un masque de rage pour regagner le Terrier.

-Enfin partie, cette vieille gargouille puante...

-Jessica ! s'offusqua Mrs Weasley.

-Ah oui, c'est vrai, c'est pas sympa pour les gargouilles.

Hermione se frappa le front et éclata de rire devant l'expression des adultes, partagés entre rire et indignation. Lupin secoua la tête, un sourire amusé aux lèvres.

-Je constate que vous n'avez pas changé, Miss Wingdal. Je me souviendrai toujours de vous m'affirmant que vous obtiendriez de bien meilleures robe que les miennes en cousant vaguement quelques chiffons récupéré chez un elfe de maison.

-Ah, oui, je serai d'ailleurs tentée de dire que c'est toujours le cas, professeur, répondit Jessica sans se démonter ni même prêter attention aux exclamations choquées autour d'elle.

-Jess... intervint Hermione qui commençait à considérer qu'avant la fin de la soirée, elle n'aurait plus aucune chance de faire bonne impression à ses parents.

Pour couronner le tout, les jumeaux entrèrent dans le salon clopin clopant en riant et en tentant de se défaire des rideaux dans lesquels ils étaient emmêlés.

-Brillant, Wingdal, lança Georges. Moi qui croyait que les Serpentards étaient incapable d'être retors !

-J'avoue que proposer d'aider pour une farce avant de nous jouer un tour, à nous, c'est un tour de force !

Devant les regards lourd de sens posés sur elle, la Serpentard écarta les bras et se tourna vers Hermione qui soupirait avec lassitude.

-Mais quoi, c'est toi qui m'as conseillée de me socialiser ! Ils aiment les blagues, non ?

-Bon, je crois qu'il est temps de passer à table ! intervint Mr Weasley avec un entrain un peu forcé.

Les jumeaux libérés du vil rideau, tous s'installèrent autour de la longue table dressée pour l'occasion et décorée du manière qui ne cessait d'émerveiller les Granger. Hermione leur avait déjà parlé des décorations magiques, mais jamais ils n'auraient imaginé que celles-ci seraient aussi magnifiques. Lupin s'installa à coté de Harry, en face de Jessica, à qui il adressa un sourire. Hermione s'étonnait de la réaction de l'ancien professeur. Les Serpentards lui avaient tant mené la vie dure durant son unique année à Poudlard en qualité de professeur de Défense qu'elle ne lui en aurait pas tenu rigueur s'il s'était montré froid envers sa petite amie, pourtant il semblait l'apprécier.

Affamés, les jeunes se jetèrent sur les plats, imités par les adultes qui affichaient à peine plus de retenue. Diverses discussions se lancèrent, suivant les sujets habituels, mais contrairement à son habitude, Harry délaissa le Quidditch pour discuter avec Lupin des Patronus, débattant de la meilleur manière d'employer ce sort. Le loup garou afficha une expression ravie en apprenant qu'Hermione avait maîtrisé le sort l'an passé.

-Bien sûr, je n'y vois rien de bien étonnant, Miss Granger, vous avez toujours été une élève particulièrement douée.

-Sauf quand il s'agit d'affronter un épouvantard ! intervint Ron en riant, s'attirant un regard noir d'Hermione qui préférait oublier ce léger incident de troisième année.

-Parce que toi, tout le monde sait qummmph... commença Jessica avant de se faire réduire au silence par sa petite amie à grand coup de pain dans la bouche, provoquant des éclats de rire.

-Et quel forme prend-il ? poursuivit Lupin en s'efforçant de réprimer son envie de rire.

-Une loutre, répondit Hermione, ravie de changer de sujet.

Jessica recracha le bout de pain qui la réduisait au silence, lança un regard noir à sa petite amie pour la forme, puis pencha la tête avec intérêt.

-Sans blague ? Faudra que tu me montre ça, 'Mione, ça doit être marrant.

Ron manqua s'étrangler sur son verre de bierraubeurre et toussa longuement, fusillant Jessica du regard. Comment osait-elle donner des petits surnoms à SA future petite amie, voire même femme, soyons fous ! Mrs Granger s'essuya la bouche avec sa serviette afin de dissimuler son sourire, amusée par la réaction du rouquin, bien malgré elle.

-Ron ! Un peu de tenue, voyons ! s'exclama Mrs Weasley.

-Et vous, Miss Wingdal ? reprit Lupin, ignorant les pitreries qui l'entourait avec une aisance dénotant d'une longue pratique digne d'un Maraudeur. Je me souviens que vous étiez douée pour la Défense contre les Forces du Mal et j'ai entendu dire que vous l'étiez toujours autant.

-Pas tant que ça... répondit Jessica avec une légère moue. J'ai jamais réussi à produire un Patronus. Mon... mon père a tenté de me l'enseigner à une époque, mais...

Hermione se tourna vers sa petite amie, surprise. C'était si rare de l'entendre évoquer son père d'elle-même. Personne d'autre ne sembla noter l'hésitation de sa voix, pourtant, aussi décida-t-elle de ne pas relever. A quoi bon la mettre en colère le soir de noël, après tout ?

-Mais ? répéta Lupin, intrigué.

-Ce sort repose sur la capacité d'évoquer un souvenir heureux, répondit Jessica en haussant les épaules, comme s'il s'agissait d'un détail sans importance qu'il valait mieux ne pas relever.

Un silence embarrassé s'installa soudain. Ron affichait un sourire victorieux, comme s'il voyait là la confirmation de ses soupçon et Hermione se sentie l'envie de le noyer dans sa purée. Heureusement, avec une bonne humeur un rien forcée, Mrs Weasley insista pour resservir tout le monde quand bien même les assiettes étaient encore à moitié remplies. Jessica lança un regard soupçonneux en direction des murs.

-Z'êtes sûrs que c'est pas du pain d'épice ?

-C'est quoi cette histoire de pain d'épice ? demanda Fred avec curiosité.

-Oh, un conte pour enfant moldu, intervint Hermione du ton qu'elle employait habituellement pour répondre à une question en classe. L'histoire d'une sorcière qui vit dans une maison en pain d'épice pour attirer les enfants égarés dans la forêt et qui les engraisse pour les manger ensuite.

Des regards vide lui répondirent, puis Luna éclata de rire.

-C'est complètement idiot !

-Parce que les Ronflaks cornus, c'est plus crédible, peut-être ?! rétorqua Hermione, vexée.

-Ben, oui.

La jeune fille renonça et afficha une mine boudeuse. Avec un sourire amusé, Jessica lui tapota le dos.

-Quoi qu'il en soit, vous devriez peut-être retenter ce sort, Miss Wingdal, poursuivit Lupin, imperturbable. A présent, j'imagine que vous avez quelques souvenirs heureux qui permettraient de le réussir, non ? Un Patronus est très utile, surtout dans la situation présente.

Jessica et Hermione échangèrent un regard, partageant la même pensée : Rémus savait-il pour elles ? Ca paraissait peu probable, mais Hermione trouvait étrange que Lupin parle de souvenirs heureux pour Jessica. A moins que, comme le lui avait dit sa mère dans l'après-midi, elle ne réfléchissait trop, une fois de plus.

-Possible, répondit finalement Jessica en haussant les épaules. Vous devriez envisager de revenir à Poudlard, professeur.

-C'est malheureusement impossible, à présent que ma condition de loup garou a été révélée, soupira Lupin.

Les Granger en lâchèrent leurs couverts de surprise et ouvrirent de grands yeux en considérant Lupin avec inquiétude. Hermione leur adressa un sourire rassurant et désolée, ayant oublié qu'elle n'avait jamais mentionné ce détail à ses parents.

-Vous en faites pas, ça n'a rien à v... enfin, quelque part, si, mais le professeur Lupin est quelqu'un de très bien.

-Ce n'est pas ça, se défendit Mr Granger. Nous sommes juste surpris, rien de plus.

Personne ne fut dupe, mais chacun trouva plus sage d'en rester là.

-C'est a cause de Rogue, si vous avez été renvoyé, intervint Harry dans une tentative de changer de sujet et toujours partant pour casser du Rogue. On l'a pas envoyé assez fort dans le décor...

-Allons, Harry, tempéra Lupin avec un sourire indulgent. Je n'aurais pas pu cacher ma condition indéfiniment, de toutes façons. Et puis, j'ai entendu dire qu'Harold faisait de l'excellent travail. Ce n'est pas étonnant, c'était déjà un élève extrêmement doué.

Jessica se figea instantanément, sa fourchette à mi-chemin entre son assiette et sa bouche, oubliée. Hermione se tendit, craignant que sa douce gratifie la tablée d'une crise de rage dont elle avait le secret à la simple évocation de son paternel. Mais, curieusement, elle semblait plus curieuse qu'en colère.

-Vous l'avez connu à Poudlard, professeur ? demanda-t-elle d'une voix lente.

-Oh, pas personnellement. Il était de deux ans notre ainé et à Serpentard, répondit Lupin avec nostalgie. Pas franchement les pré-requis pour entrer dans le cercle de nos connaissances.

-Nous ? répéta Jessica avec curiosité.

-James Potter, Sirius Black et moi-même. Les Maraudeurs, comme nous aimions nous faire appeler.

-Potter ? Ton père ? demanda Jessica en se tournant vers Harry qui ouvrait grand la bouche, soudainement très intéressé par la conversation.

Il hocha la tête en silence. Il fut soulagé de constater que personne ne signalait à Lupin qu'il oubliait Pettigrow dans son énumération.

-Et son parrain, poursuivit Lupin en souriant à Harry avec affection. Pour ce qui est d'Harold, bien qu'étant Serpentard, il se montrait aimable avec tout le monde, indépendamment des Maisons. Un garçon déjà très populaire, à l'époque, bien que difficile à cerner, de l'avis général. Il semblait toujours n'avoir aucun ami et refusait systématiquement de s'engager dans quoi que ce soit.

-M'étonne pas... grommela Jessica. Il a toujours chèrement tenu à sa neutralité... J'ai encore du mal à croire qu'il ait rejoint l'Ordre du Phénix.

Lupin éclata d'un rire chaud, empreint de nostalgie. Son expression s'était adoucie alors qu'il évoquait à nouveau le temps passé et paraissait moins maladif.

-Nous avons tous été surpris ! Déjà à Poudlard, il était si peu enclin à s'engager dans quoi que ce soit que tout le monde a été stupéfait lorsqu'il a commencé à sortir avec votre mère !

Jessica se leva brusquement, les mains posés sur la table et le visage extrêmement pâle. Elle regardait Lupin avec de grands yeux, comme si elle venait de voir un fantôme. Hermione posa par réflexe sa main sur la sienne, surprise et inquiète par sa réaction, mais tout autant curieuse. Elle avait toujours considéré que la mère de Jessica devait être à leur domicile, mais commençait à se dire qu'elle s'était peut-être trompée.

-Vous connaissiez ma mère ? demanda Jessica d'une voix incrédule.

-Bien sûr, répondit Lupin, visiblement aussi étonné que les autres face à la réaction de la Serpentard. Elle était dans notre classe.

-Dans votre classe ?! répéta Hermione alors que tous échangeaient des regards stupéfaits. C'était une Gryffondor ?!

Mais de tous, c'était Jessica qui semblait la plus surprise. Elle se laissa retomber sur sa chaise, si pâle qu'Hermione se pencha vers elle afin de s'assurer qu'elle allait bien.

-Je ne savais pas... Je ne l'ai jamais connue... Elle est... elle est morte à ma naissance...

Un silence s'abattit lourdement, les convives échangeant des regards embarrassés. Lupin s'agita, mal à l'aise.

-Je suis navré, Miss Wingdal... Je n'étais pas au courant...

-C'est rien, assura Jessica en se redressant, une lueur avide dans ses yeux émeraudes. Parlez-moi d'elle, s'il vous plaît ! Mon père a toujours refusé de le faire...

Lupin acquiesça lentement, les sourcils froncés alors qu'il ordonnait ses souvenirs. Tous les regards étaient sur lui, curieux d'entendre parler de la femme qui avait épousé Wingdal et mit au monde cette étrange jeune fille au sale caractère. Hermione glissa sa main sous la table pour prendre discrètement celle de Jessica, la serrant doucement.

-Oh, je me souviens parfaitement d'elle, Miss Wingdal, déclara enfin Lupin en souriant. Emilie Sutter. Vous êtes d'ailleurs son portrait craché !

-Vraiment ? s'étonna Jessica.

Mrs Granger contempla la petite amie de sa fille avec intérêt. Personne ne semblait l'avoir remarqué, s'intéressant plus au récit de Lupin, mais elle semblait avoir laisser tomber son masque de cynisme, du moins en partie. A nouveau, la mère d'Hermione distinguait en partie la chaleur que lui avait décrit sa fille. Sans la quitter du regard, elle écouta le loup garou qui reprenait.

-Oui, les même longs cheveux noirs, les même yeux verts. J'aurai bien du mal à dire si vos yeux vous viennent de votre père ou de votre mère, en fait, s'amusa Lupin. Probablement des deux ! Mais la ressemblance n'est pas que physique... Votre mère était d'une rare insolence. Elle adorait taquiner James et Sirius, surtout !

-Quoi ?! s'écria Harry.

Des éclats de rires retentirent devant son air indigné.

-Ton père était un peu vaniteux, à l'époque, Harry, poursuivit Lupin, faisant sourire Harry avec l'euphémisme de taille qu'il employait. Emilie ne ratait jamais une occasion de le lui faire remarquer et se faisait un devoir de le rabaisser. Comme elle le répétait sans cesse ''ce gars là à la tête tellement enflée que si j'étais pas là pour lui remettre les pieds sur terre, il faudrait chercher au plafond pour le trouver'' !

-Pas de doute, il parle bien de ta mère, commenta Hermione en roulant des yeux. Maintenant on sait de qui tu tiens.

Sous les éclats de rire, Jessica lui adressa un regard faussement outré avant de reporter son attention sur Lupin qui semblait sincèrement heureux d'évoquer ses histoires de jeunesses.

-Quand à Sirius, elle en était amoureuse et avait une manière bien particulière de le lui faire comprendre.

Aussitôt, Ginny, Luna et Hermione échangèrent le même regard entendu. Là encore, la fille tenait de la mère. Harry, pour sa part, semblait estomaqué par cette nouvelle.

-D'ailleurs, ça me rappelle que lorsque James et Sirius sont devenus des Animagi pour m'accompagner durant les pleines lunes, nous nous sommes donnés des surnoms en accord avec nos formes animales : Cornedrue pour James, Patmol pour Sirius et Lunard pour moi. Surnoms que nous utilisions en public, évidemment. Très vite, Emilie s'est amusée à appeler Sirius Patdrue et James Cornemol...

-Mais ! s'exclama Harry, outré de l'affront fait à son père et à son parrain, provoquant des éclats de rire.

Les jumeaux frappaient la table du poing, s'étouffant presque de rire. Même Ron riait. Après tout; c'était des histoires de Gryffondors, hein, rien à voir avec l'autre vipère.

-Et vous, pas de surnom ? s'étonna Jessica qui riait tout autant que les autres.

-Ah, oui... Elle m'appelait Ludver.

-Ludver ? répéta Jessica sans comprendre.

-Ah, donc j'imagine qu'elle appelait Pettigrow Queunard ? intervint Harry avec une légère moue.

-Exact. Bref, nous pensions tous qu'Emilie finirait par fréquenter Sirius, reprit Lupin en s'empressant de changer de sujet. Mais Sirius a agi comme un imbécile. Pour changer, il a voulu la faire languir, se faire désirer. Il adorait ça. Mais votre mère n'était pas le genre de fille qui s'y laissait prendre, Miss Wingdal. Elle n'allait pas attendre indéfiniment un jeune idiot arrogant qui donnait l'impression de l'ignorer complètement... Elle est tombée sous le charme d'Harold Wingdal et ce pauvre Sirius s'en est longtemps mordu les doigts !

Hermione garda le silence, mais elle n'en remerciait pas moins le manque de logique de Sirius. Aussi tragique qu'ait été l'issue de ce mariage, Emilie Sutter avait offert au monde Jessica Wingdal et c'était à ses yeux le plus beau cadeau qu'elle pouvait faire. Elle serra un peu plus la main de Jessica sous la table, luttant contre son envie grandissante de l'embrasser. La Serpentard garda le silence un long moment, réfléchissant, puis leva les yeux sur Lupin avec une légère moue.

-Est ce que... vous auriez une photo d'elle ? demanda-t-elle enfin. Sous le regard étonné de l'ancien professeur, elle ajouta : non seulement mon père ne parle jamais de ma mère, mais il s'est débarrassé de toutes ses photos. Je ne sais même pas à quoi elle ressemble...

-Toutes les photos ? répéta Lupin, incrédule. C'est surprenant, mais j'imagine que sa mort l'aura fait souffrir... Je dois dire que cette idée m'attriste également. Emilie était si pleine de vie... Pour ce qui est d'une photo... Je pense que c'est possible, mais il faudrait que je vérifie.

Il s'absorba un moment dans ses pensées, puis sourit.

-Je jetterai un oeil dans mes vieilles photos d'école, je dois sûrement en avoir une ou deux qui traînent. Votre mère n'était pas du genre à fuir les appareils photo, loin de là !

Le réveillon se poursuivit jusqu'à une heure avancée de la nuit. Installée devant le feu, à coté de Jessica, Hermione regardait Ginny et Luna avec envie. Les deux jeunes filles étaient amoureusement installées dans un fauteuil et somnolaient à moitié dans les bras l'une de l'autre. Hermione mourrait d'envie de faire de même, mais c'était malheureusement hors de question. Elle sentit soudain la tête de Jessica sur son épaule et se tendit, son coeur cognant à tout va dans sa poitrine. Tournant la tête dans la direction de sa petite amie, elle fut à la fois rassurée et déçue de voir que Jessica s'était simplement endormie et, la gravité aidant, sa tête était tombée sur son épaule.

-Ca doit vouloir dire qu'il est temps d'aller au lit ! décréta Mrs Weasley d'une voix amusée.

-Oui, je suis fatiguée, moi aussi, approuva Hermione tout en secouant doucement Jessica. Hé, réveille-toi, Jess.

-s'passe...? marmonna Jessica d'une voix indiquant clairement qu'il valait mieux avoir une bonne raison pour la déranger.

-C'est l'heure d'aller dormir.

La Serpentard se redressa et s'étira longuement en baillant.

-Et qu'est-ce que j'étais en train de faire, à ton avis ? Du tricot ? Quel intérêt de me réveiller pour me dire de dormir ?

-Tu crois pas que je vais te porter jusqu'à ton lit, quand même ? répliqua Hermione en se levant.

-Je vote pour, moi...

Roulant des yeux, Hermione poussa Jessica en direction de l'escalier, laquelle manqua s'étaler par terre quand Luna passa en trombe, entraînant Ginny à sa suite avec entrain. Mrs Weasley les regarda partir avec une expression sévère, mais ne dit rien. Après tout, elles partageaient la même chambre depuis leur arrivée au Terrier, ça n'avait plus grand sens de les forcer à faire chambre à part maintenant... Elle se tourna donc vers Lupin qui piquait également du nez.

-Si tu veux dormir ici, il reste la chambre de... de Percy...

-Je veux bien, si ça ne te dérange pas, Molly, répondit Lupin en évitant soigneusement de relever le tremblement de la voix de Mrs Weasley à l'évocation de son fils. Je suis bien trop fatigué pour Transplaner, je crois.

-Et nous, alors ? intervint Fred en s'étirant exagérément et en feignant un bâillement qui déboucha sur un vrai.

-Les Granger sont dans votre chambre, les garçons, et il y a une minute encore, vous étiez en train de danser comme des gamins sur ma table ! J'en conclue que vous pouvez Transplanner sans problème chez vous ?

-Maman, tu es vraiment sans coeur ! Allez, viens, mon frère, nous ne sommes visiblement pas les bienvenus chez nos propre parents !

-Oh, arrêtez un peu votre cirque !

Amusée, Hermione souhaita bonne nuit à ses parents et aux Weasley ainsi qu'à Lupin avant de monter retrouver Jessica. Arrivée dans la chambre qu'elles occupaient, elle éclata de rire. Jessica s'était rendormie alors qu'elle retirait une chaussette. Avec un sourire tendre, Hermione la redressa et la débarrassa du gros de ses vêtements avant de la mettre au lit. Elle la contempla un long moment, puis se glissa à son tour sous les draps avant de s'étendre contre elle, l'embrassant au coin des lèvres. La soirée avait été bien plus instructive qu'elle ne l'avait imaginé et elle était heureuse que Jessica ait eu l'occasion d'en apprendre plus sur sa mère.

Eteignant la lumière, Hermione se resserra contre Jessica et ne tarda pas à la rejoindre au pays des rêves.