NdA : Plop. Un nouveau chapitre arrive enfin et on arrive doucement mais surement à la fin de cette période noel qui m'aura prit bien plus de temps que je l'imaginait. Mais j'apprécie d'avoir pu amener l'histoire jusqu'à ce point malgré le peu de temps que j'ai pu y consacrer cette année. Merci à toutes et à tous pour votre patience en dépis des updates assez rare, à présent que j'ai plus de temps, j'ai bon espoir de pouvoir vraiment reprendre un rythme d'écriture plus soutenu. Sur ce, bonne lecture et merci pour les reviews.
Alors que le soleil se lançait à l'assaut du ciel en ce matin de Noël, Harry ronflait joyeusement dans son lit de camp. Son esprit surnageait à la limite de la conscience, l'amenant peu à peu à l'état d'éveil, ses sens entrant progressivement en action avec une acuité accrue. Fronçant légèrement les sourcils, il nota tout d'abord que ça sentait le fauve. Plus que dans son souvenir, en tout cas, mais en même temps, il dormait dans la chambre de Ron, qui n'était pas très fée du logis. Plutôt Troll sauvage des marais. Quant au poids qu'il avait sur l'estomac, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même de s'être enfourné autant de pudding la veille. Et un peu à Mrs Weasley pour l'avoir resservi trois ou quatre fois de chaque plat, tous plus délicieux les uns que les autres. Il grogna légèrement en s'étonnant que son ventre n'ait pas explosé durant la nuit et voulut changer de position. Toujours aux berges du réveil, il songea vaguement qu'il avait vraiment abusé, vu qu'il n'arrivait pas à se bouger. Au moins, il savait à présent ce que ça faisait d'être dans la peau boudinée de son cousin...
Un bruit étrange l'irritait en plus des ronflements. Ça ressemblait vaguement à des pouffements de rire étouffés combinés à un drôle de cliquetis, du genre appareil photo. C'était complètement stupide, qui irait prendre des photos de Harry en train de dormir un matin de Noël ? Le tout en rigolant ? Chez les Weasley, par dessus le marché ? Quelque chose de velu vint lui frotter le cou alors que Harry tentait de se rendormir, des fois qu'il s'agissait d'un rêve idiot et qu'en se rendormant, il parviendrait à se réveiller. Persuadé qu'un crétin avait laissé Pattenrond entrer dans la chambre et que le foutu chat en profitait pour le saluer, Harry voulut le repousser du bras et perçut une perturbation dans la force. Enfin, une dissonance franchement louche dans les ronflements.
Et tout à coup, les indices s'emboîtèrent avec une aisance et une logique aussi imparable qu'horrible : rires + Weasley + photo jumeaux ! Harry ouvrit des yeux de bêtes aux abois et l'horrible vérité se présenta sous ses yeux myopes. Durant son sommeil, les jumeaux s'étaient débrouillés pour l'installer en douce dans le lit de Ron et pour arranger leurs postures histoire de la rendre la plus compromettante et embarrassante possible. Ce n'était pas Pattenrond qui lui avait frotté le cou, mais les cheveux de Ron, lequel râlait d'avoir les doigts de Harry coincés dans les naseaux avant de pâlir horriblement en comprenant à son tour la vilenie jouée par les deux guignols qui riaient comme des ânes, chacun portant un appareil photo qui devaient malheureusement avoir bien servis.
-Vous avez pas osé!? braillèrent les deux piégés en dépit des évidences tout en se débattant pour s'éloigner l'un de l'autre, chacun chutant lourdement hors du lit en couinant.
-Non, bien sûr que non, répondit Fred avec un grand sourire. Ce cher Georges et moi faisions simplement un safari photo, Luna a promis d'acheter chèrement des photos de Ronflaks Cornus et l'endroit nous semblait infesté, pas vrai, Georges ?
-Parfaitement, Fred, j'ajouterai que notre échec devrait être largement compensé par ces superbes clichés ! approuva son frère en immortalisant la chute.
Ils transplanèrent directement dans la cuisine en riant alors que les deux victimes se relevaient en attrapant une chaussure pour l'un et une lampe pour l'autre, décidés à se venger, mais se retrouvant comme deux andouilles face au mur. S'ensuivit un long moment embarrassant durant lesquels ils n'osèrent pas se regarder, rouge de honte.
-On a pas...
-Nan !
-Ouais, t'as raison... Ils nous ont piégés !
-Tout juste !
-On s'vengera !
-Parfaitement !
-Bon, les cadeaux !
-Ouais !
Rassurés et confortés dans leur virilité mise à mal par les deux blagueurs compulsifs, Harry et Ron se jetèrent sur les paquets disposés au pied de leurs lits respectifs pour le sacrosaint déballage que même les bêtises des jumeaux ne pouvaient gâcher bien longtemps. Même la vengeance passait en second. Noël n'arrivait qu'une fois l'an, alors que des occasions de se venger des jumeaux... D'accord, c'était tout aussi rare depuis qu'ils avaient quittés Poudlard, mais on avait le sens des priorité ou on ne l'avait pas.
Ce fut donc après avoir pris tout leur temps pour ouvrir leurs cadeaux que Ron et Harry daignèrent enfin descendre de leur chambre malgré l'heure outrageusement matinale pour trouver les jumeaux confortablement installés devant leur petit déjeuner tout en riant allègrement. Rires qui redoublèrent d'intensité à la vue de leurs victimes furibardes.
-Bande de crétins ! attaqua Ron avec une rare cruauté.
-Je croyais que vous étiez rentrés dormir chez vous ? asséna à son tour Harry avec mauvaise humeur.
-Allons, Harry, tu sais bien que pour des Sorciers majeurs, les distances ne comptent plus vraiment, répondit Fred avec un grand sourire.
-Qu'est ce que vous avez encore fait, vous deux ? demanda Mrs Weasley avec une expression sévère pour les jumeaux qui affichèrent des mines innocentes à peine moins crédible qu'un dentiste affirmant que nan, ça va pas faire mal, tout en enfournant la tenaille dans la bouche suppliciée.
Un raffut soudain depuis les escalier annonçant une arrivée imminente épargna aux jumeaux de répondre et aux victimes la honte d'endurer un récit détaillé de la blague. Ginny et Luna entrèrent dans la cuisine en se tenant la main, portant chacune le traditionnel pull tricoté à la main par Mrs Weasley, aux couleurs de Serdaigle et motif d'aigle pour Luna qui semblait ravie du cadeau. Ron roula des yeux et détourna le regard alors que sa sœur et sa copine s'installaient pour le petit déjeuner en approchant leurs chaises le plus près possible, au point que les jumeaux conseillèrent carrément à Luna de s'installer directement sur les genoux de Ginny, histoire de gagner du temps. Laquelle s'empourpra violemment quand Luna décida de suivre le conseil et l'incita fermement à se rasseoir sur sa chaise avec un regard inquiet en direction de sa mère qui affichait un visage sévère tout en les servant.
-Le professeur Lupin n'est pas encore réveillé ? s'étonna Harry en regardant autour de lui.
Ne manquait à l'appel plus que Hermione et Jessica, en plus de Lupin. Les Granger semblaient un peu tendus, ce qui surpris vaguement Harry, bien qu'il s'inquiétait pour sa part plus de l'absence de l'ancien Maraudeur. Il savait que sa condition l'épuisait, mais il ne pouvait s'empêcher de le trouver assez mal en point, ces derniers temps. Le fait qu'il ne l'avait pas revu depuis des mois avant son arrivée la veille n'était qu'un détail parfaitement secondaire.
-Je suppose que non, répondit Mr Granger. Il ne m'a pas semblé en forme, hier.
-Oh, il est toujours comme ça, le pauvre, intervint Mrs Weasley. Ne vous inquiétez pas pour lui, il va très bien. Et il s'est levé à l'aube, d'ailleurs, mais il est parti presqu'aussitôt, sans prendre la peine d'avaler un morceau malgré mes conseils.
-Quoi ? s'étonna Harry, déçu autant que surpris. Pourquoi ça ? Je voulais le remercier pour le livre sur les patronus !
-Pas la moindre idée, répondit Mrs Weasley. J'imagine que Dumbledore aura eu besoin de lui... Il a dit qu'il reviendrait pour le petit déjeuner, en tout cas. Je lui ai aussi proposé de rester pour le reste des vacances, Harry, il semblait tellement heureux de te revoir. Et je me suis dit que ça lui ferait du bien d'avoir un peu de compagnie !
-Génial ! Il a accepté ?
Mrs Weasley sourit devant l'expression ravie de Harry,
-Il était aussi enthousiaste que toi à l'idée, en tout cas, mais il faudra voir si Dumbledore n'a pas besoin de lui pour l'Ordre. Par contre, je me demande ce que font Hermione et Jessica...
Ron tourna vivement la tête vers l'escalier, une mine inquiète. Maintenant qu'il y pensait, il trouvait vraiment bizarre leur absence et un horrible soupçon agitait la main dans son esprit. Il se leva, sous le regard intrigué de ses parents et moqueurs de ses frères et sœurs.
-Je vais voir, dit-il. C'est pas normal...
-Mange, Ron, j'y vais, intervint Mrs Granger en se levant à son tour. Ce n'est pas très correct pour un jeune homme d'entrer dans la chambre d'une jeune fille, taquina-t-elle avec un sourire amusé.
Des rires éclatèrent alors que tous repensaient à l'expérience de Harry le matin précédent. Mais Mrs Granger redoutait justement qu'une scène similaire se produise et préférait donc y aller elle-même, bien qu'elle ne voyait aucune raison de s'inquiéter. Simplement, elle avait dans l'idée que Ron risquait de se montrer particulièrement borné tant qu'on ne lui aurait pas apporté la preuve écrite qu'Hermione était en bonne santé. Si Mrs Granger aurait trouvé ça mignon la veille, à présent qu'elle savait que les chances pour qu'Hermione finisse avec Ron étaient pour ainsi dire au niveau du centre de la Terre, elle percevait principalement la haine qu'il éprouvait envers Jessica. Et bien qu'elle éprouvait elle-même une certaine antipathie pour la jeune fille, elle ne s'inquiétait pas pour la sécurité d'Hermione. Sa fille l'avait au moins convaincue sur ce point.
Elle ne fit pas trois pas en direction de l'escalier lorsque retentirent les pas des retardataires. Hermione fit son entrée en tirant à sa suite une Jessica présentant tous les symptômes d'une Roguite aiguë. Mrs Granger présuma que l'agent infectieux était le pull fait main modèle Weasley vert, dépourvu de motifs. Mrs Weasley avait visiblement manqué d'inspiration et n'avait pu se résoudre à reproduire le blason de Serpentard.
L'humeur de Jessica remonta un peu lorsqu'elle vit que Ron piquait une crise de rage en constatant que sa propre mère avait gaspillé de la laine pour faire un pull normalement destiné aux proches de la famille.
-Finalement, je vais peut-être le garder...
Malgré son amusement, Hermione afficha une mine exaspérée pour la forme et tira sa compagne par l'oreille en guise de réprimande. Mrs Granger ne put s'empêcher de remarquer ce faisant que la jeune fille portait une paire de boucles d'oreilles différentes de ce qu'elle portait les jours précédents. Au moins, de ce qu'elle voyait, sa fille savait choisir ses cadeaux.
-On commençait à s'inquiéter, déclara Mrs Weasley en les servant copieusement.
Jessica contempla son assiette pleine avec fatalisme. Elle n'avait pas vraiment faim, vu le repas particulièrement copieux auquel elle avait eu droit la veille, mais Mrs Weasley semblait ne pas connaître la notion de mesure. Elle afficha un grand sourire en voyant les jumeaux et leurs appareils photos.
-Ah, comment ça s'est passé, alors ? demanda-t-elle.
Harry et Ron se levèrent d'un bond, la même expression furieuse sur le visage, pendant que les autres personnes attablées échangeaient des regards surpris, à l'exception des jumeaux qui souriaient tout autant que la Serpentard.
-T'étais au courant ?! couina Harry, outré.
-L'opération ''Élargissement d'esprit'' a été un franc succès, Jessica, répondit Georges en ignorant les dindons de la farce.
-Comment vous avez pu vous faire aider par une Serpentard ?! s'énerva Ron en pointant un doigt rageur en direction de Jessica. Elle vous a joué un sale tour hier, non ?
Les jumeaux éclatèrent de rire à ce souvenir.
-Ah oui, cette petite mise en scène ! Les Serpentards sont vraiment retors, pas vrai, Ronnie ? C'est elle qui a eu l'idée de cette petite blague et on a mis les détails au points avant que Lupin arrive. C'est elle aussi qui a eu l'idée du rideau pour brouiller les pistes, comme quoi les Serpentards ne sont pas aussi bête qu'on le croyait !
-T'es vraiment impossible... soupira Hermione alors que sa petite amie ricanait méchamment devant l'expression de Harry et Ron. Mais je suis contente de voir qu'il y en a au moins deux chez les enfants Weasley, Ginny mise à part, bien sûr, pour voir que Jessica ne se résume pas à quelques clichés parfaitement idiots.
-Oh, ils le sont sûrement, répondit Jessica. Dépêchez-vous de les développer, j'ai hâte de voir ça.
-C'est quoi cette histoire ? demanda Ginny avec un grand sourire. Vous avez fait quoi ?
-Patience, sœurette, on vous enverra les photos dès que possible !
Ron se cacha le visage entre les mains, mort de honte et de rage. C'était encore pire qu'il l'avait imaginé. Et pourtant, il pensait avoir envisagé le pire, mais force était d'avouer que l'alliance de ses frères et de la vipère était des plus cauchemardesque. Harry soupira, résigné, et se tourna vers Hermione, conscient qu'elle était probablement la seule capable d'avoir un semblant d'influence sur Jessica, sans vraiment savoir d'où lui venait cette certitude.
-Promets moi juste une chose, Hermione... Empêche la de faire circuler la photo dans tout Poudlard. Surtout coté Serpentard...
-Ah, au moins un qui le prend pas trop mal ! lança joyeusement Fred. Sans rancune, Harry, c'était surtout Ron qui était visé, tu n'es qu'une pauvre victime collatérale !
-Dîtes... Vous croyez que vous pouvez en tirer des grands formats ? Du genre poster géant à taille réelle ? demanda Jessica avec un sourire mauvais.
Pendant que blagueurs et victimes se chamaillaient plus ou moins joyeusement, Hermione se tourna vers ses parents et fit une légère moue. A voir leur expression, Jessica ne marquait pas franchement des points de ce coté. Le pire, c'était qu'elle ne voyait pas vraiment comment empêcher Jessica d'afficher ces fameuses photos dans tout Poudlard. Et si elle ignorait ce que représentait ces photos, elle faisait confiance à l'esprit conjugué des jumeaux et de Jessica pour que ce soit parfaitement humiliant.
La rentrée promettait d'être des plus mouvementée...
-
Lupin transplana à bonne distance du Terrier. Dans le cas peu probable où il serait sous surveillance, il estimait plus sage de ne pas apparaître directement dans le jardin des Weasley. A peine arrivé, il scruta les environs avec soin durant quelques instants puis, ne voyant rien d'alarmant, entreprit de marcher en direction de la demeure tarabiscotée des Weasley. La matinée avait été riche en évènements, mais Dumbledore lui avait assuré que l'Ordre n'aurait pas un besoin urgent de ses services, aussi pouvait-il accepter l'offre de Mrs Weasley, pour son plus grand plaisir.
C'était agréable d'être entouré d'amis, surtout en cette période de l'année. Immanquablement, ça lui rappelait le bon vieux temps. Lorsqu'il était lui-même un étudiant à Poudlard, à tenter tant bien que mal de réfréner les ardeurs de James et Sirius. Ces deux-là portaient sur leurs seules épaules la plus grande responsabilité dans la réputation de fauteurs de troubles des Maraudeurs, bien qu'il lui arrivait également de faire honneur à ses amis. Pettigrow, pour sa part, tenait plus du suiveur. Il participait volontiers, mais ne prenait jamais la moindre initiative. Et il y avait eu Sutter...
Un long soupir s'échappa des lèvres de Lupins. Cela faisait tant d'années qu'il n'avait plus repensé à la jeune femme. Pourtant, elle avait eu l'étoffe d'un Maraudeur. Si seulement Sirius n'avait pas agi en crétin fini, il était persuadé qu'elle aurait fini par rejoindre leur petite bande, et pas seulement par alliance, comme ce fut le cas de Lily. Il lui était difficile de réaliser que Sutter était morte, elle aussi. Ainsi, il était vraiment le dernier représentant encore en vie de ces temps où l'insouciance était reine. D'aucun dirait qu'il restait également Pettigrow, mais il ne comptait pas. Aux yeux de Lupin, Pettigrow était mort le jour où il avait trahi ceux qui le considéraient comme un ami. Et il espérait pouvoir concrétiser cet état de fait avant de mourir lui-même. L'idée que Pettigrow leur survivrait tous lui était insupportable. S'il devait mourir, il espérait au minimum pouvoir l'entrainer dans sa chute.
Mais quelque part, il s'étonnait de n'apprendre la mort de Sutter que maintenant. Ils avaient tout de même été amis durant quelques années. Bon, depuis cette époque, ils s'étaient considérablement éloignés, mais au point qu'on ne lui apprenne pas son décès ? Les vieilles rancœurs avaient malheureusement la vie dure... Lorsqu'il avait revu Jessica au Terrier, Lupin avait espéré avoir l'occasion de clarifier certaines choses avec Sutter, mais il semblerait que ce ne serait désormais plus possible...
Secouant la tête tout en entrant dans le Terrier, Lupin espéra que la nouvelle génération connaitrait moins de revers et de drame que la sienne. Il sourit en voyant Harry se précipiter dans sa direction, lui demandant pourquoi il avait mit aussi longtemps pour revenir, de l'inquiétude dans la voix. En effet, son rendez-vous avec Dumbledore avait été plus long qu'il ne l'avait initialement prévu. Sans s'étendre inutilement, il annonça la nouvelle à Harry qui manifesta sa joie de savoir que Lupin resterait pour le reste des vacances et le suivit dans le salon où les occupants du Terriers étaient installés pour profiter de la matinée. Un léger sourire étira ses lèvres alors qu'il apercevait Ginny et Luna confortablement installées dans un fauteuil. Il trouvait rassurant de constater que l'amour avait toujours sa place malgré l'époque troublée dans laquelle ils vivaient, quand bien même cet amour était quelque peu particulier. Ça ne le dérangeait pas. Étant lui-même sujet au rejet, il se sentait d'instinct solidaire de ceux qui étaient considérés comme hors de la norme. Il espérait simplement que l'empathie de Luna ne poserait pas de problème sur le long terme...
Son attention se porta ensuite sur le divan, où Hermione discutait avec ses parents. A coté, Jessica écoutait d'une oreille distraite et avec une expression d'ennui profond. Sa ressemblance avec sa mère était réellement frappante et Lupin avait par moment la sensation d'avoir remonté le temps. L'illusion ne tenait pas bien longtemps, pourtant, remplacée par la pensée que Sutter n'était plus de ce monde. Comme Sirius. Et comme James.
Luttant contre cette vague de mélancolie, Lupin s'avança en direction de Jessica. Celle-ci haussa un sourcil interrogateur, le considérant avec cette expression d'ennui qui lui était si particulière. Il en avait longuement fait les frais lorsqu'il était professeur à Poudlard. A l'époque, pourtant, il n'avait pas osé aborder la jeune fille pour lui parler de sa mère, malgré son envie. Les Serpentards lui menaient la vie dure et Jessica était alors bien moins sociable qu'aujourd'hui. Le changement était réellement époustouflant, en fait, quand il y pensait. Bien que curieux des raisons de cette évolution, Lupin estimait qu'il ne lui appartenait pas d'interroger la jeune fille à ce sujet. De plus, il avait mieux à faire pour le moment.
-Puis-je prendre un peu de votre temps, Miss Wingdal ?
Avec désinvolture, Jessica haussa une épaule. Amusé, Lupin plongea une main dans sa veste et en sortit un petit rectangle qu'il tendit à la jeune fille. Curieuse et intriguée par ce que Lupin pouvait bien vouloir à sa petite amie, Hermione se pencha par dessus l'épaule de Jessica qui fixait la photographie avec stupéfaction et laissa pour sa part échapper un petit cri de surprise. Il s'agissait d'une photo de Jessica. Du moins le crut-elle au premier abord, avant de comprendre son erreur. Attirés par son exclamation stupéfaite, les autres personnes présentes se regroupèrent autour du divan afin de voir ce qu'il se passait.
Sur la photo, Émilie Sutter souriait avec insolence à l'appareil tout en agrippant le bras d'un jeune homme aux cheveux noirs. Le jeune Sirius affichait une mine boudeuse en essayant de récupérer son bras, sans grand succès. De l'autre coté de la jeune fille qui occupait crânement le centre de la photo, un jeune homme aux cheveux ébouriffés et présentant une grande ressemblance avec Harry se moquait ouvertement de la position délicate de son ami, présentant à l'objectif une mine moqueuse. Enfin, une version plus jeune, mais tout aussi maladive de Lupin souriait avec un mélange d'amusement et d'indulgence.
-Emilie Sutter dans toute sa splendeur ! Commenta Lupin avec amusement. A l'origine, nous voulions simplement prendre une photo de nous trois. Votre mère passait par là et s'est bien évidemment invitée. Elle a menacé Queudver des pires outrages jusqu'à ce qu'il prenne la photographie, terrifié.
-Ça me rappelle effectivement quelqu'un, cette attitude, intervint Hermione avec ironie.
Jessica ne réagit pas, fascinée par la photo qu'elle tenait entre ses doigts. Lupin n'avait pas exagéré la ressemblance entre la mère et la fille, bien qu'Hermione notait déjà de subtiles différences qu'elle seule pouvait distinguer.
-Lorsque nous avons pris la photo, Emilie redoublait d'efforts pour séduire Sirius, poursuivit Lupin avec nostalgie. Comme vous pouvez le voir, il affectait de donner l'impression que son attitude le dérangeait, mais en réalité, il était ravi de l'attention que lui portait notre camarade de classe. Malheureusement pour lui, son égo a prit le dessus et quelques semaines plus tard, nous apprenions à notre grande stupéfaction qu'Emilie sortait avec Harold...
Lupin se prit à se demander comment les choses auraient tourné si Sirius ne s'était pas montré aussi borné. Très certainement différemment, mais il ne pouvait dire si cela aurait constitué un mieux ou non... Cette incursion inopinée dans la vie de sa mère troublait autant qu'elle fascinait Jessica. Sa mère lui semblait si pleine de vie, si heureuse. A quoi pouvait-elle penser en ce moment précis, qu'un futur traitre immortalisait. Imaginait-elle à ce moment qu'elle ne parviendrait pas à séduire Sirius Black et finirait par épouser Harold Wingdal ? Et elle ne devait certainement pas se douter que quelques années plus tard, elle mourrait en donnant la vie. Une sensation poignante envahit brusquement Jessica qui sentit ses yeux la picoter. Cette femme qui riait sous ses yeux avait perdu la vie en la mettant au monde... Pourtant, elle était là, insouciante, heureuse, tiraillant le bras de Sirius pour l'approcher d'elle, riant avec ses amis...
Si la photo d'Hermione qu'elle avait vue dans la chambre de ses parents l'avait mise mal à l'aise par son immobilisme de mort, celle-ci lui donnait la chair de poule en raison de l'illusion de vie qu'elle renfermait. Réprimant un frisson, et luttant contre le picotement de plus en plus irritant de ses yeux, elle se força à sourire tout en tendant la photo à Lupin.
-Merci, professeur, j'ai été ravie de pouvoir enfin voir ma mère.
Elle le pensait sincèrement, malgré le poids qu'elle ressentait. A présent, sa mère n'était plus une ombre sans visage, bien que réconfortante. Elle pouvait enfin mettre un visage sur la femme qui lui avait donné la vie. Un visage qui était pratiquement le sien... Lupin ne fit pas un mouvement pour reprendre la photographie, pourtant, secouant la tête avec un sourire empreint de nostalgie.
-Je vous en prie, Miss Wingdal, gardez-la. Je pense que votre mère aurait aimé qu'elle vous revienne. De plus, elle prenait la poussière dans un carton, chez moi... Je pense qu'elle sera plus utile en votre possession.
Après quelques instants d'hésitation et lisant dans le regard du loup-garou qu'il n'en démordrait pas, Jessica hocha la tête et se leva afin d'aller ranger la photo à l'abri, dans la chambre qu'elle partageait avec Hermione. Cette dernière la suivit du regard, les sourcils légèrement froncés, pendant que ses amis discutaient entre eux de la photo. Quelque chose dans l'attitude de Jessica la troublait, sans qu'elle ne parvienne à véritablement mettre le doigt dessus. Constatant que Harry interrogeait Lupin sur sa jeunesse à Poudlard, elle se leva, comprenant qu'elle n'apprendrait rien de plus au sujet d'Emilie Sutter pour le moment, et monta à son tour les escaliers. Occupés à commenter ce qu'ils avaient vu, personne ne prêta attention à son départ en dehors de ses parents, lesquels gardèrent le silence en dépit d'une moue désabusée.
Arrivée devant la porte, Hermione hésita brièvement, puis tourna la poignée. Celle-ci n'offrit aucune résistance, lui épargnant de devoir tambouriner au battant ou faire usage de sa baguette. Elle entra donc dans la chambre et se figea aussitôt en apercevant Jessica assise sur le lit, lui tournant le dos, le visage caché dans ses mains. Dans le silence de la chambre, Hermione distingua les sanglots étouffés de la jeune fille et s'avança résolument vers elle, s'asseyant à ses cotés pour passer un bras rassurant par dessus les épaules de Jessica. Elle s'était attendue à ce que la Serpentard lui offre une certaine résistance, mais au contraire, elle se jeta presque dans les bras de la Gryffondor, s'accrochant à elle d'une manière qui ne lui ressemblait pas. Malgré son trouble de la voir ainsi, Hermione se contenta de la serrer contre elle en la berçant légèrement, la laissant pleurer contre son épaule et attendant qu'elle se calme d'elle-même. Malgré sa perplexité et son inquiétude, Hermione se sentait touchée de constater à quel point Jessica parvenait à baisser sa garde en sa présence. Elle se dévoilait entièrement, sans le moindre artifice, laissait Hermione la voir dans son état de vulnérabilité la plus complète. Un sentiment d'amour puissant envahit la jeune fille qui posa ses lèvres sur le front de Jessica tout en resserrant doucement son étreinte, lui communiquant toute la tendresse qu'elle éprouvait à son égard.
Après de longues minutes, Jessica se calma, peu à peu. Elle resta pourtant un long moment dans les bras d'Hermione, profitant de sa présence, de la douceur et de la chaleur de son corps. Finalement, elle se redressa et adressa à Hermione un sourire contrit, légèrement embarrassé.
-Excuse-moi...
-C'est rien, Jessica. Ça va mieux ?
La Serpentard hocha lentement la tête pendant qu'Hermione lui caressait le dos avec douceur. D'un mouvement de tête, elle indiqua la photo posée sur la table de chevet.
-Je sais pas trop pourquoi, mais de les voir comme ça, insouciants alors qu'ils allaient tous mourir, ou presque... Ça m'a déprimée... En plus, quelque part, c'est à cause de moi que ma mère est morte...
-Arrête, répliqua Hermione d'un ton sévère. Tu n'as aucune responsabilité dans ce qui s'est passé. Tu n'y peux rien si ta mère n'a pas survécu à l'accouchement et pour ce qu'on en sait, elle était peut-être malade à ce moment !
Son regard s'attarda sur la photo où Emilie Sutter et les Maraudeurs souriaient joyeusement, puis elle replongea dans les émeraudes qu'elle aimait tant. Même si les yeux de Jessica étaient un peu rougis et bouffis par les larmes qu'elle avait versé.
-Quant aux autres, on ne peut malheureusement rien faire non plus... Le seul que nous aurions pu sauver, c'était Sirius, mais nous avons échoué... Ça ne sert à rien de ressasser le passé, Jessica. Tu devrais le savoir mieux que nous. C'est le présent et le futur, qui compte. Notre futur.
-Je sais, Hermione, je vais pas non plus faire une déprime, hein ! Au pire, je me consolerai aux dépends de l'autre... Jessica s'interrompit brusquement et contempla Hermione. Notre futur ?
-Bien sûr. Tu fais partie de ma vie, Jess, et je n'ai pas l'intention d'envisager mon avenir sans toi !
-Un instant, 'mione, tu pourrai me redire ça dans un instant, le temps que je trouve de quoi l'enregistrer histoire d'en faire profiter Poil de Carotte ! Une beuglante fera parfaitement l'affaire...
Hermione éclata de rire. Quelque part, elle était soulagée de constater que Jessica avait retrouvé son mordant naturel. C'était l'attitude qui lui plaisait le plus chez elle. Rassurée, elle se leva d'un mouvement souple et prit les mains de Jessica afin de l'aider à se lever. Celle-ci s'exécuta, mais trouva le moyen de trébucher et de plaquer Hermione contre le mur, leurs lèvres séparées par quelques centimètres seulement.
-Je... je crois qu'on devrait rejoindre les autres, dit précipitamment Hermione.
-S'ils sont pas fichus de se débrouiller dix minutes sans nous, dommage pour eux... répliqua Jessica en approchant doucement son visage.
Leurs lèvres s'effleurèrent. Hermione sentit un frisson la parcourir. Ce simple contact éphémère lui procurait un plaisir plus intense que tous les baisers que Krum avait pu lui donner, la confortant dans la certitude qu'elle avait fait le bon choix.
-Quelqu'un risque de monter... reprit-elle d'une voix tremblante.
Les lèvres de Jessica la réduisirent au silence. Hermione répondit aussitôt au baiser, avec une passion grandissante. Elle oublia aussitôt tout le reste. Seule Jessica avait une existence réelle à ses yeux en ce moment et seuls comptaient ses lèvres et son corps contre le sien. Elle avait besoin de la sentir dans ses bras, de la toucher et de l'embrasser, de se convaincre qu'elle n'était pas uniquement le fruit de son imagination ou un simple rêve. Un toussotement insistant la ramena pourtant à la réalité alors qu'une de ses mains montait à l'assaut d'une courbe particulièrement prometteuse. Hermione s'empourpra violemment en apercevant sa mère qui se découpait dans l'encadrement de la porte, posant sur le couple un regard particulièrement sévère, au point que la jeune fille ne pu s'empêcher de lui trouver une vague ressemblance avec McGonagall.
-On... s'apprêtait à descendre ! Glapit Hermione d'une voix aigüe tout en retirant précipitamment sa main un rien compromettante, espérant que sa mère ne l'avait pas remarquée.
-Je vois ça... répliqua Mrs Granger avec une certaine froideur. Tu es grande et j'espère que tu sais ce que tu fais, Hermione, mais vous pourriez au moins fermer la porte a clé... N'importe qui aurait pu entrer !
-Oui, c'est pas comme si les gens avaient l'habitude de frapper avant d'entrer, intervint Jessica en adressant à la mère d'Hermione un regard noir.
La Gryffondor se mordit les lèvres. C'était de pire en pire. Elle connaissait assez Jessica pour savoir comment elle fonctionnait, désormais. Elle la savait au moins aussi embarrassée qu'elle, sinon plus, et Jessica avait une manière horriblement particulière pour dissimuler ce genre de sentiment...
-J'ai frappé ! Répondit Mrs Granger. Mais vu que personne ne répondait, je suis entrée pour m'assurer que tout allait bien ! Ça aurait pu être Ron, bon sang !
Un sourire horrible étira les lèvres de Jessica qui ouvrit la bouche pour répondre, mais Hermione lui écrasa le pied sans ménagement, lui intimant un silence douloureux. La Serpentard lui adressa un regard de reproche, mais Hermione le soutint sans ciller, consciente qu'elle ne pouvait se permettre de laisser Jessica aborder la question de Ron. Plus que jamais, il ne fallait pas que sa petite amie contrarie sa mère, sans quoi elle risquait de se montrer bien plus hostile à sa relation avec Jessica.
-Verrouiller la porte n'aurait rien changé, maman, expliqua-t-elle avec une moue contrite. Si Ron était tombé sur une porte verrouillée sans réponse... Il l'aurait probablement enfoncée, persuadé que Jessica essayait de me tuer... Mais tu as raison, on devrait faire plus attention.
Tout en achevant sa phrase, elle adressa un regard appuyé à Jessica qui répondit par une moue contrariée avant de quitter la chambre, lançant un regard noir à la mère d'Hermione au passage. Mrs Granger la regarda s'éloigner, puis se tourna vers sa fille, toujours aussi sévère.
-Mais qu'est-ce que tu lui trouve, franchement ? Plus je la vois, moins je comprends ce qui peut te plaire chez elle !
-Tu l'a vue lorsque Lupin lui a donné la photo, maman ?
Mrs Granger hésita, puis hocha la tête, à contrecœur. Oui, elle l'avait vue. La dernière fois qu'elle avait aperçu une telle expression chez la jeune fille, c'était dans sa chambre, lorsqu'elle contemplait la photo d'Hermione.
-Alors garde cette image en tête, parce que c'est la vraie Jessica que tu as vu à ce moment.
-Dans ce cas, pourquoi est-ce qu'elle se montre aussi odieuse le reste du temps ? S'énerva Mrs Granger. Pourquoi est-ce qu'elle ne se montre pas aussi aimable et tendre que tu la prétends ? Franchement, Hermione, je commence à me demander si tu la connais vraiment...
Hermione accusa le coup, sentant les larmes lui monter aux yeux. C'était pire qu'elle l'avait imaginé. Si jamais elle ne parvenait pas à convaincre sa mère, elle risquait de croire que c'était Ron qui avait raison à son sujet.
-C'est sa façon de se protéger, maman ! Tu nous as surprises dans une situation assez... embarrassante, reprit Hermione en rougissant. Je sais que ça paraît complètement idiot, mais Jessica est comme ça... quand elle se sent en difficulté, elle n'arrive à reprendre contenance qu'en se montrant sarcastique.
-Tu as raison, Hermione, c'est complètement idiot...
-Tu n'as pas idée de ce qu'elle a vécu, maman... Je sais que je t'en demande beaucoup, mais s'il te plait, ne la juge pas aussi durement. Il a fallu des mois pour qu'elle commence à se montrer un peu aimable envers Ginny et Luna. Et je ne parle même pas du mal qu'elle a eu à s'ouvrir à moi... Tu ne peux pas lui demander de se dévoiler à papa et toi en seulement quelques jours...
La mère et la fille se fixèrent un long moment. Mrs Granger finit par secouer la tête en soupirant. Elle ne savait plus quoi penser et s'inquiétait pour Hermione. Sa seule certitude, c'était que s'il existait une personne capable de comprendre Jessica Wingdal, c'était bien sa fille. Pourtant, elle savait que l'amour pouvait rendre aveugle...
-Elle se rend compte que ce serait plus simple si elle venait nous dire clairement ce qu'elle ressent, Hermione ? A se montrer fuyante et désagréable, elle ne nous aide pas à apprendre à la connaître et à l'apprécier.
-Je sais qu'elle n'en a pas l'air, mais Jessica est extrêmement timide, maman. A sa manière, en tout cas...
Mrs Granger ouvrit des yeux ronds. Timide ? Jamais il ne lui serait venue à l'idée d'associer Jessica et la timidité. A ses yeux, les deux termes étaient antinomiques au possible. Elle se plaqua la main sur le visage, sentant venir la migraine.
-Hermione... Tu ne pouvais pas tomber amoureuse de quelqu'un de normal ? Peu importe que ce soit un garçon ou une fille, juste quelqu'un de normal...
-Les gens normaux ont tendance à être ennuyeux, répondit Hermione avec un grand sourire amusé. Jessica est peut-être incompréhensible, mais elle m'amuse. Maman, elle me ferait presque oublier les études !
Mrs Granger manqua en tomber à la renverse. Cet aveu d'Hermione était bien plus convaincant que la plus enflammée des déclarations d'amour. Son mari et elle n'avaient donc plus qu'à ronger leur frein et se montrer patients, en espérant ne pas se tromper en se fiant au jugement d'Hermione. Levant les yeux au ciel en maudissant la jeune génération, Mrs Granger ouvrit les bras en direction d'Hermione qui vint l'enlacer, rassurée de voir que sa mère s'était au moins résignée.
-Au fait, je peux te poser une question, Hermione ?
-Quoi ?
-C'est comment, avec une fille ?
Hermione fixa sa mère avec incrédulité. Voir Ron subitement prôner l'amour et l'entente avec les Serpentard lui aurait semblé bien moins improbable que ça.
-Maman ! Et papa, t'en fais quoi ?
-Ben quoi, simple curiosité, s'amusa Mrs Granger. Je n'ai pas l'intention de quitter ton père, rassure-toi, sinon j'aurais tenté l'expérience plutôt que te demander !
-Non mais vraiment... soupira Hermione en quittant la chambre, suivie par sa mère qui affichait un sourire victorieux, ravie d'avoir eu le dernier mot.
-
Confortablement installée sur un fauteuil, avec Luna en guise de coussin, Ginny observait ses frères et ses parents d'un air songeur. La photo que Lupin avait offerte à Jessica lui avait donné matière à réfléchir sur bien des points, à commencer que malgré certains inconvénients, dont un lui envoyait régulièrement des regards désapprobateur, elle avait dans l'ensemble la chance de faire partie d'une famille unie. Si on ne comptait pas Percy, bien sûr, ce qui n'était pas bien compliqué, s'apercevait-elle. Ses parents s'étaient toujours coupés en quatre pour que leurs enfants puissent s'épanouir au mieux, malgré leurs difficultés financières et la réputation familiale au sein de certains cercles penchant plus pour Voldemort que Dumbledore. Il en était de même pour Hermione, bien que fille unique et issue de parents moldus, ces derniers faisaient leur possible pour leur fille et la jeune fille lui avait souvent parlé de l'affection qu'elle portait à ses parents.
Mais pour Harry, Luna et Jessica, la famille était un sujet qui amenait plus de souffrance que de joie. Harry ne parlait jamais des Dursley et il suffisait de l'entendre parler en ce moment même avec Lupin au sujet des Maraudeurs pour comprendre que ses parents lui manquaient et qu'il aurait souhaité les connaître. Quant à la mort de Sirius, c'était un sujet tabou, bien qu'il semblait avoir enfin fait son deuil. Notant que Ginny la regardait, Harry lui adressa un sourire poli, bien qu'on y percevait une certaine gêne. La jeune fille lui répondit par un sourire aimable, tachant de le rendre purement amical. Elle ne voulait pas que son ami ne se fasse la moindre idée. Encore qu'il y avait peu de chances, désormais, vu la manière dont Luna resserra ses bras autour d'elle avec une certaine possessivité. Sans même se retourner, Ginny savait que la Serdaigle lançait un regard d'avertissement à Harry, qui reporta bien vite son attention sur Lupin pour écouter une énième bêtise de son père et de son parrain.
-Jalouse ? s'amusa Ginny en levant un bras pour caresser délicatement la joue de Luna d'une manière rassurante.
-Pas du tout... répondit Luna d'une voix lointaine. Je sais que tu m'aimes.
Ce que Ginny savait être parfaitement vrai. Elle se redressa et remua pour faire face à Luna, l'observant avec attention et amusement.
-Tu le fais exprès, en fait ! Ça t'amuse de narguer Harry, c'est ça ?
L'air parfaitement innocent de Luna fit rire Ginny qui l'embrassa brièvement, amusée par son attitude. Au moins, Luna pouvait se permettre ce genre de choses. Elle avait la sensation que si Jessica s'amusait à ça, son très cher frère voudrait bien moins réagir. Elle prévoyait d'ailleurs qu'elle allait bien rire à ce moment là.
Luna cessa soudain de bisouiller le cou de Ginny pour fixer l'escalier, l'air d'attendre. Depuis le divan, Ron se frappa la tempe d'une manière éloquente, s'attirant une taloche sur le crane de la part de sa mère et un ''arrête de te moquer de notre future belle-sœur'' d'un des jumeaux hilare. Pourtant, quelques instants plus tard, Jessica en jaillit à grand pas et alla s'installer dans un coin, le visage si sombre que personne n'osa aller lui demander ce qui n'allait pas. Luna était tout aussi intriguée que les autres, mais pour une raison différente. Elle pensait savoir ce qui travaillait son amie. Pour une raison ou une autre, elle parvenait peu à peu à franchir le barrage de Jessica. Jusqu'ici, elle avait eu la certitude qu'il ne s'agissait que du fait que la Serpentard était plus détendue en sa présence et baissait légèrement sa garde, mais elle commençait à douter de cette explication.
En bonne Serdaigle, Luna comprenait parfaitement le fonctionnement de son empathie, ce qui lui permettait d'exercer un certain contrôle dessus. Elle ne laissait filtrer qu'une infime quantité de sensations en provenance de ses proches, ceci afin de pouvoir deviner leur état émotionnel avec plus de précision qu'en temps normal. Elle estimait que c'était la meilleure manière d'aider ses amis et de profiter de son état que de pouvoir comprendre s'ils avaient besoin de soutien ou, au contraire, qu'on les laisse en paix. Toutefois, elle n'avait jamais rien ressenti de la part de Jessica avant ces dernières semaines. Son occlumencie l'en empêchait et Luna n'avait jamais fait l'effort de tenter de passer outre, par respect pour son amie. Et à la voir si contrariée en ce moment, Luna doutait que Jessica avait abandonné son armure d'occlumencie, bien au contraire. Cela ne pouvait donc signifier que son empathie gagnait en intensité. S'assurant d'avoir l'attention de Ginny, Luna regarda ensuite en direction de Jessica, puis revint sur sa petite amie avec une moue et un léger mouvement de tête en direction de la Serpentard. Ginny cligna des yeux, puis comprit le message : Luna percevait quelque chose émanant de Jessica, ce qui n'était pas normal et ne pouvait donc signifier qu'une seule chose... Elle hocha simplement la tête. Elles en discuteraient en tête à tête, inutile d'inquiéter inutilement les autres, d'autant que ni l'une, ni l'autre ne savait si voir l'empathie de Luna s'amplifier était une bonne ou une mauvaise chose.
Hermione et sa mère descendirent ensuite, bien plus calmes que Ginny s'y était attendue. Elle supposait que l'état actuel de Jessica signifiait qu'elle avait eu une autre prise de bec avec Mrs Granger, mais dans ce cas, celle-ci aurait en tout logique dû se montrer de mauvaise humeur également. Sauf si, bien sûr, Hermione était intervenue pour calmer au moins sa mère. Avec intérêt, Ginny regarda Hermione aller s'installer à côté de Jessica et prendre appui sur son épaule pour murmurer à son oreille. Un grand sourire étira les lèvres de la cadette des Weasley alors qu'elle anticipait la suite des évènements, au moment même où Ron se levait, l'air furieux et transpirant la jalousie inconsciente par tous les pores.
-Qu'est ce que tu manigances, toi, encore ?!
Hermione et Jessica posèrent exactement le même regard sur Ron, puis s'entre-regardèrent avant d'éclater de rire. Harry se plaqua la main sur le front. Lui-même commençait à trouver son ami un peu pesant, à la longue.
-Tiens, c'est toi qui tente de détruire le monde, 'Mione, maintenant ? s'amusa Jessica.
-C'est pas ce que j'ai voulu dire ! s'énerva Ron.
-Aaaah, donc tu m'accuses d'écouter ce qu'Hermione souhaite me dire et qui ne concerne qu'elle et moi ? C'est quoi, ça, du complotage par politesse interposée ?
-Bon, cette fois je commence à en avoir assez...
Tout en parlant, Hermione se redressa et fit face à un rouquin partagé entre la rage et l'inquiétude. Il n'aimait pas, mais alors pas du tout la lueur agacée dans l'œil d'Hermione, laquelle lui tapota la poitrine d'un index rageur.
-Je sais que t'en pince pour moi, Ron, et jusqu'ici j'ai fait mon possible pour ne pas te brusquer, mais plus ça va, plus tu deviens envahissant et je ne le supporte plus !
Les Granger échangèrent un regard inquiet, se demandant s'ils devaient intervenir. En désespoir de cause, ils regardèrent en direction de Ginny et Luna qui, la surprise passée, secouèrent négativement la tête. Ginny connaissait assez Hermione pour savoir qu'elle saurait gérer, quoi qu'il arrive. Mais si Hermione avait mis ses parents au courant, ça ne signifiait donc plus qu'une seule chose. Elle ne gardait le secret sur sa relation avec Jessica uniquement en raison de Ron.
-Je crois qu'il est grand temps que je t'explique ce qu'il en est vraiment, Ron...
Aussitôt, Jessica bondit sur ses pieds en levant la main, imitant Hermione en classe avec un cynisme qui fit pouffer toute personne ayant connu Hermione à Poudlard.
-Moi, moi, laisse moi lui dire !
Hermione la regarda fixement. Elle ne se sentait pas vexée, connaissant assez Jessica pour savoir qu'elle était plus taquine qu'autre chose et qu'elle souhaitait réellement mettre Ron au courant. En temps normal, elle aurait refusé, histoire de ménager un peu le rouquin, mais la colère aidant, elle se sentait d'humeur sadique et avait envie de faire plaisir à sa petite amie. D'autant que ça lui remonterait certainement le moral.
-Fais-toi plaisir, Jess, répondit-elle en faisant un pas de coté.
Ginny et Luna fixèrent la scène avec incrédulité alors que Jessica se frottait les mains avec un sourire horriblement sadique sur les lèvres. Elle s'approcha de Ron qui lui retournait un regard parfaitement haineux et méfiant malgré sa curiosité et lui plaqua les mains sur les épaules.
-Ron...
-Quoi ?! aboya-t-il.
-Tu sais, il faut vraiment que tu saches une chose très, mais alors très importante... On a essayé de te le cacher, d'ailleurs on pensait pas que tu serais aussi stupide pour pas t'en rendre compte plus tôt tellement ça me semblait évident...
-Hého, elle se fiche de moi, là !
-...mais vu que tu es plus bouché que le derrière d'un Troll, poursuivit Jessica, imperturbable, il faut vraiment que je te dise...
-Me dire quoi ?
-Ron... Je suis ta mère ! Dans mes bras, fiston !
Un grand silence s'abattit dans le Terrier, brisé par le claquement sec de la main d'Hermione se plaquant sur son front. Forcément, elle avait été optimiste de croire que sa Jessica allait se contenter de balancer la bombe, il fallait évidemment qu'elle fasse tourner Ron en bourrique. Et à coup de références qu'il n'avait aucune chance de comprendre, bien entendu...
-Tu me prends pour un demeuré ou quoi ?! cria Ron, fou de rage.
-Enfin, il a compris ! renchérit Jessica en levant les bras en l'air, comme pour remercier le ciel. L'aura fallu le temps, quand même !
Ron voulut se jeter sur Jessica, fou de rage, mais Ginny et Luna, qui avaient prévu sa réaction, bien qu'ayant anticipé une raison différente, le retinrent par les bras, rapidement aidées par les jumeaux qui n'en pouvaient plus de rire. La Serpentard se fendit d'un sourire méprisant, puis s'éloigna en entraînant une Hermione perplexe à sa suite.
-Pourquoi tu ne lui as pas dit pour nous, Jess ? chuchota Hermione. Je croyais que tu n'attendais que ça !
-C'est le cas, 'Mione, et crois moi que ça a été très dur de résister, mais c'est pas le bon moment.
-Et c'est quoi, pour toi, le bon moment ?
Jessica se fendit d'un sourire mauvais.
-Oublie que j'ai demandé, reprit très vite Hermione. En fait, je préfère pas le savoir... Mais tu as conscience que tu viens peut-être de rater ta seule occasion de lui annoncer toi-même ? Parce que je sais pas si je te laisserais le faire une autre fois...
Il lui suffisait de voir l'état actuel de Ron, qui se débattait furieusement en vociférant des menaces en tout genre pour comprendre qu'elle avait peut-être eu une mauvaise idée en laissant Jessica faire des siennes. Mais d'un autre coté, c'était ce qu'elle voulait, non ? Non, ce qu'elle voulait, c'était que Ron arrête de les déranger à tout va et de ce coté, elle avait dans l'idée que la situation allait empirer...
-Du calme, Ron ! intervint Mrs Weasley. Tu es ridicule de te mettre dans cet état pour une simple plaisanterie, même si j'admets qu'elle était de mauvais goût !
-Crois-moi, Ron, même moi je pensais que ça allait être bien pire que ça, lança Hermione en roulant des yeux. Dis-toi que...
Sans prévenir, Hermione se sentit basculer en arrière, puis les lèvres de Jessica se posèrent sur les siennes pour un baiser digne d'un film. Du coin de l'œil, elle constata que Ron s'était figé, une expression horrifiée sur le visage, si blanc qu'il ressemblait à un bonhomme de neige affublé d'une perruque rousse. Il semblait hurler d'horreur, mais pas un son ne sortait de sa bouche. Les jumeaux manifestèrent une légère surprise avant d'échanger un regard, puis de sourire. D'un même mouvement, ils bondirent en avant, sortirent leurs appareils photos et immortalisèrent l'expression de Ron.
-LA, c'était le bon moment ! s'écria Jessica avec un grand sourire une fois le baiser rompu.
Hermione hésitait entre lui coller une baffe, lui crier dessus et éclater de rire, mais un bruit sourd lui apprit que les derniers neurones encore vaguement en activité de Ron venaient de lâcher l'affaire pour fermer boutique, provoquant l'évanouissement du rouquin.
-Je suppose que tu es satisfaite ? soupira Hermione en se demandant comment son coming-out aurait pu se dérouler plus mal.
-Le professeur Rogue va être très déçu, intervint Luna d'une voix rêveuse.
Effectivement, c'était une possibilité, devait admettre Hermione. Malgré tout, elle en voulait à Jessica, quand bien même elle avait conscience qu'elle aurait dû s'y attendre.
-
A peine le dîner terminé, Hermione monta dans sa chambre, suivie par Jessica. Elle était furieuse. Ron avait fini par reprendre conscience et se remettait peu à peu du choc, bien qu'il semblait sur le point de tourner de l'œil chaque fois que son regard se posait sur Hermione ou Jessica. Les Weasley n'étaient pas non plus très réjouis de la manière dont Jessica avait mis les points sur les i de tout le monde, ce qu'Hermione ne pouvait vraiment leur reprocher vu l'impact que l'annonce avait eu sur Ron. Quant à ses propres parents... Elle n'avait pas osé leur demander ce qu'ils en pensaient, de peur de la réponse. Dire qu'elle venait tout juste d'affirmer à sa mère que Jessica était quelqu'un d'adorable...
-Tu comptes me faire la tête longtemps ? demanda Jessica avec une moue.
-Et toi, tu peux m'expliquer pourquoi il a fallu que tu en fasses des tonnes ?! Jess, par Merlin, tu sais que je t'aime, mais là, c'était du sadisme pur et simple !
Jessica soupira et voulut prendre Hermione dans ses bras, mais celle-ci se dégagea brusquement, furieuse. Chaque fois qu'elle oubliait que Jessica était à Serpentard pour une bonne raison, celle-ci trouvait le moyen de le lui rappeler de la pire des manières possible.
-Qu'est ce que tu veux, au juste ? demanda Jessica avec lassitude. Que je m'excuse ?
-Ce serait un bon point de départ, tu crois pas ? T'as conscience que Ron aurait pu faire une attaque ?
-Oh, ça va, hein, c'est toi qui m'a donnée carte blanche !
Difficilement, Hermione se retint de lui envoyer la lampe au visage. Le pire, c'était que Jessica avait raison. Si elle avait assumé sa propre situation, elle aurait elle-même annoncé à Ron qu'elle était avec Jessica. Sans doute le lui aurait-elle dit un peu brusquement, mais rien de comparable avec ce que Jessica lui avait infligé. Seulement, quand Jessica s'était proposée, elle s'était sentie soulagée et avait bêtement oublié que non seulement Jessica n'allait pas simplement se contenter de lui dire, mais qu'elle n'allait pas non plus rater une si belle occasion de se venger de Ron.
-Je t'avais demandé de ne pas profiter de notre relation pour faire rager Ron...
Jessica soupira en s'adossant au mur. A présent qu'elle était calmée, elle avait conscience d'avoir un petit peu exagéré, mais quand même, fallait pas non plus pousser...
-Hermione, je n'ai jamais profité de notre relation pour faire rager Ron, comme tu dis. Je lui ai révélé notre relation, avec ta permission, je te rappelle. C'est ma faute s'il a réagi comme ça ?
-Oh, je t'en prie ! Tu va me faire croire que tu n'avais pas prévu qu'il allait très mal le prendre ? T'espérais obtenir une réaction de ce genre !
Les bras croisés sur la poitrine, Hermione regarda dehors par la fenêtre. Elle ne vit que son propre reflet, la nuit étant déjà tombée depuis longtemps.
-Bon, d'accord, j'ai été un peu loin, admit Jessica en glissant une main dans son dos. Mais franchement, t'as vu sa tête ?
-C'était pas drôle, Jess... répondit Hermione en remuant légèrement.
Jessica venait de se serrer contre son dos et malgré sa colère, elle appréciait ce contact. Et puis, il ne s'agissait pas que de Ron. Si encore elle s'était contentée de le dire, mais non ! Il avait fallu qu'elle l'embrasse devant tout le monde sans même lui demander son avis ni même la prévenir ! Elle se retourna avec l'intention de lui crier dessus, mais se retrouva face à face avec une adorable mine contrite de gamine consciente qu'elle a fait une bêtise.
-Parce que tu crois que ça va marcher ? tenta Hermione qui sentait sa colère fondre comme neige au soleil face à ces yeux magnifique et cette expression des plus mignonne.
-Bah, ça vaut le coup d'essayer, nan ?
Hermione éclata de rire avant de pouvoir se retenir. Elle posa une main sur son front, soupirant avec résignation. Impossible de revenir en arrière, même avec un retourneur de temps. Et puis, maintenant qu'elle y repensait, c'était pas si terrible que ça... Ron allait sans doute bouder quelques temps, mais ça, elle avait l'habitude et y était préparée. Au fond d'elle, elle ne parvenait pas à vraiment en vouloir à Jessica. Une petite part d'elle-même lui murmurait qu'après tout, Ron avait eu ce qu'il méritait, mais elle l'ignora résolument. Elle avait toujours su que Jessica pouvait se montrer particulièrement mauvaise envers ceux qu'elle n'appréciait pas. Et en l'occurrence, elle détestait Ron. Alors qu'elle s'était étonnée qu'elle se soit contentée d'envoyer paître sa mère lorsqu'elle avait comploté pour la caser avec Ron, elle s'étonnait du traitement infligé au rouquin ? Si elle s'était penchée sur la manière dont Jessica s'y prendrait pour mettre Ron au courant, c'était grosso modo ce à quoi elle aurait pensé.
-Tu m'en veux beaucoup ? demanda Jessica d'une petite voix assortie à son expression.
-T'es vraiment impossible... soupira Hermione en la serrant dans ses bras. Mais refais plus jamais ça, d'accord ?
-Promis.
Leurs baisers se faisaient de plus en plus passionnés. L'amour qu'elles ressentaient l'une pour l'autre n'avait que faire d'une bête dispute. Tant bien que mal, elles parvinrent à tomber sur le lit plutôt que sur le plancher. Le souffle court, elles échangèrent un long regard et constatèrent que l'une comme l'autre était prête. Les mots étant inutiles, elles gardèrent un silence relatif alors que leurs mains avides de sensations nouvelles s'affairaient à débarrasser l'autre de ses vêtements avant d'entreprendre de se connaître entièrement l'une l'autre, ne laissant aucune courbe inexplorée.
-
Hermione s'étira lentement, toujours lovée contre Jessica, un sourire heureux accroché aux lèvres. Elle avait du mal à croire qu'elles avaient démarré cette soirée sur une dispute tant elle se sentait bien en ce moment. Les yeux fermés, elle écoutait le cœur de la Serpentard, qui battait bien plus vite qu'en temps normal. Bercée par la sensation agréable du corps chaud de Jessica contre le sien et le rythme régulier des battements de son cœur, Hermione se sentait gagner par le sommeil. Rien ne lui ferait plus plaisir que de s'y abandonner, en dehors peut-être qu'une répétition des évènements qui venaient de s'achever, mais elle refoula sa torpeur et se glissa vers le bord du lit.
-Qu'est ce que tu fais, encore ? demanda Jessica d'une voix à moitié endormie et empreinte d'un léger reproche.
-Ma baguette... répondit Hermione d'une voix qui trahissait également sa fatigue.
Sa main fouillait le tas de vêtements alors qu'elle se contorsionnait comme elle pouvait sur Jessica dans sa recherche.
-'Mione, pas que j'apprécie pas la situation, au contraire, mais t'as vraiment besoin de chercher ta baguette maintenant ?
-J'aime l'avoir à portée de main, depuis quelques mois, Jess.
Dans leur enthousiasme, elles n'avait évidemment pas pris la peine de ranger soigneusement leurs vêtements, néanmoins ils étaient tous regroupés pèle-mêle au bas du lit. Finalement, elle sentit le contact dur et filiforme d'une baguette qu'elle récupéra.
-Voila...
-C'est la mienne, ça, fit remarquer Jessica. Mais bon, tu peux t'en servir si tu veux.
Avec un soupir, Hermione entreprit de fouiller à nouveau les vêtements. Jessica roula des yeux malgré sa position des plus agréable.
-Désolée, Jess, mais utiliser la baguette d'une autre personne n'est pas franchement le plus efficace et vu ma situation... Merlin, me dit pas que...
-Quoi ?
-Je crois que je l'ai oubliée en bas, soupira Hermione.
-Bah, pas bien grave. Tu dis toi-même que cet endroit est au moins aussi sûr que Poudlard. Dors, va, tu la récupéreras demain.
Pourtant, Hermione préféra repousser les draps et se lever. Jessica la regarda faire du regard, l'admirant, malgré son expression désapprobatrice.
-Attends, tu vas quand même pas te rhabiller juste pour aller chercher ta baguette ?
-Et la laisser traîner là où n'importe quoi pourrait la ramasser ? J'en ai pour cinq minutes, même pas. Et puis, vois le bon coté des choses...
Jessica haussa un sourcil, intriguée. Elle avait du mal à voir quoi que ce soit de positif dans le fait qu'Hermione l'abandonnait pour aller chercher un fichu bout de bois. La Gryffondor se pencha sur elle pour l'embrasser.
-Tu pourras me déshabiller une seconde fois, murmura-t-elle malicieusement.
-Bon point. Mais je pourrais tout aussi bien le faire maintenant et on en parle plus, hein.
Riant joyeusement, Hermione échappa aux mains tendues de Jessica et lui tira la langue depuis la porte.
-T'endors pas avant que je revienne !
Refermant la porte et étouffant ainsi les protestations de sa petite amie, Hermione descendit l'escalier menant au salon des Weasley plongé dans une relative obscurité. Les restes rougeoyant du feu produisaient encore une faible lumière, suffisante toutefois pour permettre à la jeune fille de distinguer son environnement sans pour autant devoir allumer la lumière. Tout le monde devait être déjà couché depuis un moment, constata-t-elle en cherchant sa baguette.
Celle-ci était posée sur la table du salon. Se maudissant pour sa distraction et se demandant comment elle avait bien pu oublier sa baguette, Hermione s'avança pour la récupérer. Elle ne pouvait que supposer qu'il s'agissait d'une distraction provoquée par sa colère suite à la manière très personnelle qu'avait eue Jessica d'annoncer à Ron la ''bonne nouvelle''. Elle s'attendait presque à ressentir une nouvelle bouffée de colère envers sa petite amie, mais constata qu'elle ne lui en voulait plus. Après la soirée qu'elles avaient vécu, elle se sentait parfaitement en phase avec Jessica et ne voyait pas ce qui pourrait bien gâcher le reste de la nuit.
Alors qu'elle tendait la main vers son bien, Hermione perçut un mouvement dans l'ombre et se figea. Scrutant attentivement les ombres, Hermione finit par distinguer Pattenrond qui l'observait avec curiosité, se demandant probablement ce que sa maîtresse venait faire à une heure pareille. Avec un soupir de soulagement, Hermione s'apprêtait à récupérer sa baguette, mais un grondement sourd se fit entendre dans son dos.
Terrifiée, Hermione fixa son regard sur Pattenrond, comme pour le supplier de lui dire que c'était lui le responsable, quand bien même elle savait la chose impossible. Le grondement n'avait absolument rien de commun avec ce qu'un chat aurait pu produire, même du gabarit de Pattenrond. Pire, elle se souvenait parfaitement avoir déjà entendu un tel grondement. Cela remontait à trois ans, lorsque la pleine lune avait pris le professeur Lupin au dépourvu.
Impossible, tenta de se convaincre Hermione. C'était la nouvelle lune, elle ne serait pas pleine avant deux bonnes semaines. Prenant son courage à deux mains, elle se retourna avec raideur, priant de tout son cœur pour se retrouver face à un chien qui aurait trouvé le moyen de s'introduire dans la maison, voire mieux, ne rien trouver du tout. Hélas, il y avait bien quelque chose devant elle, qu'elle reconnu immédiatement : Lupin, sous sa forme de loup-garou. Ses yeux jaunes observaient Hermione en grondant sourdement, la pétrifiant d'effroi.
-P... Professeur Lupin ? C'est moi, Hermione, vous vous souvenez ? tenta la jeune fille d'une voix tremblante.
Elle ne comprenait pas comment il était possible de se retrouver face à un loup-garou en cette période du mois, mais ça n'avait aucune importance dans l'immédiat. Ce qui en avait, en revanche, c'était le fait que les chances pour que Lupin ait bu de la potion Tue-Loup si longtemps avant la pleine lune étaient pratiquement nulles. Et un loup-garou dans cet état tuerait son meilleur ami sans la moindre arrière-pensée.
Retrouvant brusquement l'usage de ses jambes, Hermione fit volte-face et se précipita en direction de la cuisine, terrorisée. Avec un grondement furieux, Lupin s'élança dans sa direction, ignorant Pattenrond qui crachait furieusement dans sa direction. Arrivée dans la cuisine, Hermione se retourna et claqua la porte. Elle eut juste le temps de voir Lupin bondir toutes griffes dehors avant que le battant ne se referme en travers du chemin. Un couinement de douleur et le tremblement de la porte sur ses gonds lui indiqua que le loup-garou n'avait pas su se rattraper pour éviter l'impact. Hermione se prit à espérer que le choc avait assommé le professeur mais presque aussitôt, elle entendit ses cris de rage tandis qu'il s'énervait sur la porte, dans l'intention évidente de la défoncer.
Paniquée, Hermione tenta de réfléchir à sa situation. Seule, elle n'avait aucune chance de venir à bout d'un loup-garou enragé. Sous cette forme, Lupin résisterait à un stupéfix et elle ne voulait pas franchement savoir si elle saurait lancer un sortilège à l'efficacité inconnue avant que le professeur ne l'atteigne. D'autant qu'avec tout ça, elle avait bêtement oublié de reprendre sa baguette... Quant à la porte, elle savait parfaitement qu'elle ne le retiendrait pas bien longtemps. Son seul espoir était de parvenir à atteindre l'escalier pour aller chercher de l'aide. Seulement, y'avait comme un problème à poils en travers du chemin.
Prise d'une inspiration soudaine, Hermione transplana dans le salon. Aussitôt, elle vit Lupin qui s'acharnait sur la porte à grand coups de griffes et de rugissements, qui avaient masqués le son caractéristique du Transplanage. Portant son regard sur la table du salon, Hermione connut un instant de panique en constatant que la charge du loup-garou l'avait renversée. Par chance, sa baguette était à quelques pas, par terre, n'attendant qu'elle. Le cœur battant à tout rompre, Hermione s'avança aussi discrètement que possible dans l'espoir de récupérer sa baguette. Il lui suffirait ensuite de transplaner en haut pour...
-Hermione ? lança une voix horriblement familière depuis les escaliers.
Avec horreur, Hermione vit Lupin tourner vivement la tête en direction de l'escalier avant de se précipiter vers la silhouette qui s'y trouvait, toutes griffes dehors, poussant un cri enragé.
-Jess, non ! hurla Hermione en plongeant sur sa baguette tandis que le loup-garou renversait la Serpentard qui tentait vainement de se protéger de ses bras.
