La guérison peut être longue ... heureusement, certains moyens la facilite.
Bonne lecture ^^.
La nuit venue, tout le monde regagna sa chambre. Federico retrouva la sienne avec appréhension. Il resta dos à sa porte, le regard fixé sur son lit. Allait-il encore faire des cauchemars cette nuit ? La journée il parvenait à dissimuler son angoisse, seulement une fois seul c'était une autre histoire. Le jeune homme se décolla de la porte. Il se changea puis se rendit sur la terrasse devant sa fenêtre. La température était douce.
« Bonsoir.»
« Julia ?»
La jeune fille était assise sur un banc, un livre en main, une bougie et une couverture à côté.
« Soi-même. Comment te sens-tu ?»
« Oh ça va merci.»
De nouveau ce regard qui paraissait lire en lui.
« Quoi ?»
« Je te sens pourtant … un peu agité.»
Il nia encore, mais elle lui montra qu'elle n'était pas convaincue. Julia referma son livre dans un claquement et le posa par terre.
« Allez, assis-toi un peu et dis-moi ce qui te chiffonne.» dit-elle en se mettant sur le côté.
« Ce n'est pas grand-chose.» reprit Federico.
« Ça te ferait pourtant du bien au contraire. À tout garder en toi tu vas finir par exploser.»
Federico la regarda un instant, puis finit par prendre place sur le banc. Il resta un instant silencieux. Confier ce qu'il ressentait n'était pas évident : par moment il se sentait l'envie d'en parler, puis les mots se bloquaient dans sa gorge. Quant à en discuter avec ses parents, leur rappeler l'angoisse de cette journée ne le tentait pas non plus. Pareil concernant ses frères et sœur. Mieux valait que tout le monde oublie.
« C'est juste que … lorsque je ferme les yeux je revois cette foule. Je les entends, je vois leur visage haineux. Alors que nous n'avons rien fait. Et … je sens encore cette corde … là qui me serre.» commença-t-il.
Sa gorge se serra. Federico replia ses genoux contre lui.
« J'ai essayé de défaire mes liens … mais je n'y suis pas arrivé. Et ce sale traître … qui souriait … qui nous a menti. Je l'entends me dire que je vais mourir, la foule qui m'insulte moi, mon père et mon frère. Ezio qui essaie de nous délivrer mais qui se fait engloutir par une marée humaine. J'entends ma mère et ma sœur qui nous appellent, puis qui pleurent.» continua-t-il, les yeux fermés.
Les images se formaient presque derrière ses prunelles. Parfois les gens et Uberto prenaient l'apparence de monstres. Federico sentit une main presser doucement son épaule.
« Il est tout à fait normal que tu aies ce genre de cauchemar. Ce que tu as vécu a été un tel traumatisme. Seul le temps pourra réellement te guérir. Mais en attendant, tu dois en parler pour évacuer.» conseilla Julia.
Federico soupira. Il devait pourtant surmonter tout ça, devenir plus fort. Or à la nuit tombée, il se sentait apeuré comme un enfant. Ce n'était pas comme ça il allait devenir un Assassin et venger toute sa famille. Si Vieri le voyait il en rirait.
« Tiens tu veux jouer à un petit jeu ? Ça te changera les idées.» proposa Julia.
« Hmm pourquoi pas.»
« Bouge pas, je vais chercher de quoi écrire.»
Elle retourna à sa chambre rapidement et ramena de l'encre, des plumes ainsi qu'un parchemin. Elle lui expliqua ensuite le jeu : écrire le nom d'une personne connue, ainsi que dix questions à poser à l'adversaire pour deviner de qui il s'agissait. Federico s'exécuta. Assez vite il se retrouva absorbé par ce petit passe-temps. Lorsqu'ils en eurent assez, ils se remirent à discuter. Le sommeil vint ainsi les chercher.
Le lendemain, Federico eut la surprise de se réveiller dehors sur un banc, appuyé contre Julia. Une couverture était posée sur eux. Le jeune homme grimaça en se redressant. Il réveilla ensuite la jeune fille endormie à ses côtés.
« Ouah on a dormi sur la terrasse.» constata Julia.
« Oui et du coup, je suis tout courbaturé.»
« Mais as-tu mieux dormi ?» questionna la brune en se levant.
Federico marqua un temps d'arrêt. Tiens oui, maintenant qu'elle le disait il n'avait pas passé une si mauvaise nuit. Comparé à la première. Julia s'en retourna la première dans sa chambre. Plus tard, toute la famille fut réunie pour le petit-déjeuner. Ezio parla de rendre sa tenue à son père.
« Garde-la. Je m'en trouverais une autre. Mais tu me fais penser que tu dois détenir une page du codex ainsi qu'une lame. Il faudrait la décoder pour pouvoir la réparer.» répondit Giovanni.
« Leonardo en serait certainement capable. Mais il est à Florence.» fit Maria.
« Alors j'irais.» répondit Ezio.
« Il n'est peut-être pas sage de t'y rendre seul.» reprit son père.
Il jeta un regard à Julia, qui comprit le message. Ezio pensait pouvoir se débrouiller seul, mais garda cette pensée pour lui. Quelques instants plus tard, lui et Julia faisaient route vers Florence. Ils furent soudain suivi par des cavaliers. Ezio comprit alors ce que son père avait voulu dire. Des hommes des Pazzi. L'un d'eux se porta à sa hauteur et sortit son épée. Auditore se baissa pour éviter une décapitation. Julia réagit en lançant un couteau qui l'élimina. Elle sortit son arme de l'autre main et para un coup. Ezio lança un coup de pied qui renversa un autre ennemi. Un autre causa une coupure à son épaule, il répondit par une attaque mortelle.
Finalement, ils eurent raison de leurs assaillants. Le duo ne rencontra pas d'autres obstacles jusqu'à Florence.
« Attends une minute Ezio, tu es blessé.» remarqua Julia.
« Une égratignure.»
« Peut-être, mais il faut la soigner. Viens.»
Ezio arrêta sa monture avec un petit soupir. Julia sortit un bandage et un chiffon. Elle épongea d'abord le sang, puis noua le bandage.
« Merci. Et merci de m'avoir aidé tout à l'heure.» dit-il.
« Je t'en prie, je n'ai fais que ce qu'il fallait. Bien, hâtons-nous.»
Ezio conduisit sa camarade chez Leonardo Da Vinci. Le peintre fut heureux de le revoir. Auditore l'informa que le reste de la famille était en sécurité. Il présenta Julia, puis lui expliqua ensuite la raison de sa présence ici. L'artiste se mit immédiatement à l'ouvrage. Une heure plus tard, il lui montra le résultat : un étui contenant une lame.
« Il faut juste couper ton annulaire à présent.» reprit Leonardo, muni d'un hachoir.
Une épée jaillit aussitôt sous son menton. Le peintre leva les mains.
« Je plaisante.» dit-il.
Julia baissa lentement son arme. Leonardo déglutit, avant d'annoncer que ce genre de sacrifice était en effet passé de mode. Il remit l'étui à Ezio, qui actionna la lame.
« Tu en as une aussi non ?» se rappela-t-il en s'adressant à Julia.
« Exact. L'arme la plus connue des Assassins.» répondit-elle en sortant la sienne.
Ezio remercia Leonardo, tout en l'informant qu'il en aurait probablement une autre à fabriquer. Lui et Julia quittèrent ensuite l'atelier pour retourner à Monterrigioni.
Giovanni fut satisfait de voir que son second fils était pourvu d'une lame secrète. Mario fit don de la sienne à Federico. Il fut ensuite l'heure de l'entraînement, dispensé cette fois par leur père.
« Quelque chose ne va pas Giovanni ?» interrogea Julia quelques jours plus tard.
« Hmmm, c'est Federico. Je le sens … renfermé. Il s'applique dur durant les entraînements, mais en dehors de ça il se replie sur lui-même. Ezio tente de lui en parler mais il détourne la conversation.»
Giovanni observait ses fils s'exercer avec Mario et des mercenaires depuis une fenêtre à l'étage.
« Je vois. Nous discutons un peu le soir, et je pense qu'il va lui falloir du temps. Il ne veut simplement pas vous imposer ses angoisses.» révéla Julia.
« Mais nous sommes sa famille. Si quelque chose l'empêche d'avancer il doit nous en parler.» fit Giovanni en se tournant vers elle.
« Ce n'est pas si simple. Il veut essayer de s'en sortir par lui-même. Ne te fais pas de soucis, je m'en occupe.»
Julia mit fin à la conversation afin de ne pas révéler les confidences de Federico, par respect pour lui. Elle quitta donc la pièce, malgré le rappel de son mentor. Giovanni laissa sa main retomber. Son son aîné se confiait à quelqu'un c'était sans doute mieux que rien. Il décida donc de laisser la jeune femme gérer l'affaire, sachant qu'elle n'hésiterait pas à venir le trouver en cas de besoin. La journée passa comme les précédentes. À l'heure du coucher, Federico ouvrit sa porte-fenêtre laissant entrer Julia. Histoire de ne pas encore s'endormir sur un banc.
« Bonsoir. Tes entraînements se sont bien passés ?» demanda-t-elle.
« Eh bien, je ressens encore un peu des courbatures, mais sinon ça va. T'as vraiment appris tout ça en Chine ?» répondit le jeune homme en refermant derrière elle.
« Eh oui ! J'y ai passé trois ans, avec mon père.»
« Si tu me racontais tout ça un peu ? Vu que tu n'es pas venue la nuit dernière ...» dit Federico en s'asseyant sur son lit.
« Désolée, mais tu n'es pas le seul à avoir des nuits blanches.»
Mais avant que Federico ne puisse demander des précisions, Julia lui raconta son voyage et son séjour en Chine, assise en tailleur devant lui. Le jeune homme s'appuya sur un coude après s'être confortablement installé. Les visites de la brunette devinrent un rituel, permettant au jeune homme de se décharger de ses angoisses et se changer les idées. À chaque fois en revanche, ils finissaient immanquablement par s'endormir ensemble. Federico appréciait de plus en plus cette présence rassurante, douce et chaleureuse. Il se réveillait toujours en premier, profitant de ce calme et cette sérénité avant que la réalité de son destin ne se rappelle à lui, serrant la brune contre lui.
Lui et Ezio progressaient bien dans leur apprentissage, et avaient hâte d'en découdre. Claudia était initiée par son père à la gestion d'un budget et des finances, apprenant aussi en parallèle à manier quelques armes blanches. Petruccio était toujours alité, comme à Florence. En revanche, il avait à présent droit à de la médecine chinoise, Julia ayant appris la concoction de quelques remèdes et traitements.
« Tiens, je me demande où elle va.» pensa Federico le soir suivant.
Il remarqua que la jeune femme longeait le couloir. Il la vit frapper à une porte puis entrer. Rapidement, il approcha et tendit l'oreille.
« Merci d'être venue Julia.» dit Petruccio.
« Pas de soucis. Bon, où en étions-nous avant-hier soir ?»
« Tu me racontais ta visite chez ce drôle de bonhomme, dont j'ai perdu le nom.» répondit l'adolescent.
« Ah oui ! Il faut dire que ce n'est pas spécialement facile à prononcer. Donc, j'étais entrée dans son laboratoire, bazar sans nom serait plus exact ...»
Federico s'écarta de la porte. Bien sûr. Son petit frère aussi devait être traumatisé au même titre que lui. Tout comme son aîné sa nuit devait être peuplée de cauchemars. Apparemment elle lui parlait aussi de son voyage en terre lointaine. Tant pis, il se passerait de sa présence pour cette nuit. Chacun son tour.
Le jour suivant par contre, Federico vit arriver Julia avec un petit paquet de fourrure grise dans les bras. Elle paraissait vraiment inquiète.
« Federico j'ai besoin de ton aide. J'ai trouvé ce chaton dehors, inconscient. Tu veux bien l'aider s'il te plaît ?»
« Moi mais …»
« Je t'en supplie il va mourir si tu ne fais rien !» implora Julia.
Il reporta son regard sur le chaton.
« D'accord donne-le moi.»
Julia lui confia le petit être. Federico l'emmena dans sa chambre suivit la brunette. Le chaton respirait encore. Le jeune homme le déposa sur son lit puis l'examina un instant.
« Il est déshydraté, va chercher un bol d'eau avec une cuillère s'il te plaît.» dit-il.
Julia se sauva. Elle revint aussi vite que possible. Federico ouvrit la gueule du chaton, trempa un doigt dans l'eau et déposa quelques gouttes sur la langue sèche. Il réitéra l'opération trois fois avant que l'animal ne se mette à avaler les gouttes. Federico prit ensuite la cuillère qu'il présenta au chaton. Petit à petit, le félin étancha sa soif, puis reposa sa tête sur le matelas.
« Voilà. Je pense qu'il est tiré d'affaire. Tu vas pouvoir le rendre à sa mère.»
« Je ne l'ai pas vue auprès de lui. Et il vaudrait mieux s'assurer qu'il se remette avant de le rendre à la nature. En tout cas bravo, tu as sauvé une vie.» répondit Julia.
« Oui la vie d'un chat.»
« C'est une vie quand même. Ce n'est pas parce que c'est un animal que ça compte moins.»
Julia se releva, et annonça qu'elle lui laissait le chaton en garde. Federico protesta, arguant qu'il ne saurait pas quoi en faire.
« Tu t'en tireras très bien, je te fais confiance pour ça.»
« Mais !»
La porte se referma. Federico tourna la tête vers l'animal. Allons bon. Comme s'il avait le temps pour ça. Il soupira, puis décida de s'allonger à côté de la bestiole. Dehors, Julia retrouva Ezio.
« Alors ? Il a accepté ?» demanda-t-il.
« Je ne lui ai pas laissé le choix à vrai dire.»
« Tu crois vraiment que ça peut l'aider de s'occuper d'un chat ?» fit Ezio sceptique.
« Oh oui. En plus comme c'est un chaton il va pouvoir se distraire en jouant avec. Et quand Petruccio le verra ça lui fera aussi du bien.» répondit Julia.
« En tout cas j'en reviens pas que Federico se confie plus à toi qu'à moi.»
Tout comme son père, Ezio avait découvert que son grand-frère s'exprimait plus avec leur consœur. Cela le surprenait moins venant du petit dernier.
« Et depuis quand les hommes se font-ils de grandes confidences ? Il ne veut pas vous inquiéter c'est tout.» répliqua Julia.
« Pas faux. Bon, si tu me montrais comment lancer ces étoiles de fer ?»
« Si tu veux oui.»
Tous deux s'éloignèrent. Un peu plus tôt, Ezio avait découvert le petit chat en allant retirer des couteaux de lancer de leur cible. Julia le trouvant long à revenir lui avait demandé ce qu'il trafiquait. Le Florentin lui montra sa découverte. Le chaton avait été victime du soleil écrasant. Julia avait aussitôt émis l'idée de le confier à Federico. Restait toutefois à convaincre d'autres personnes du bien-fondé de cette idée.
« Un chat ?» répéta Giovanni.
« Toi au moins tu sais écouter. Oui un chat, un chaton pour être précise. Je suis convaincue que cela sera bénéfique pour lui et Petruccio.» répondit Julia.
Giovanni échangea un regard avec sa femme.
« Ma foi, cela lui ferait une responsabilité. Ce qui ne serait pas un mal.» concéda Maria.
« Moui, pas trop lourde en plus de ça. Et pour Petruccio cela lui fournira de la distraction. Très bien Julia, ils peuvent le garder.»
« Yay !»
Plus tard, Federico fit son entrée avec le chaton. Ce dernier avait ouvert les yeux et lançait de petits miaulements.
« Où tu l'as trouvé ?» demanda Petruccio.
« C'est Julia qui me l'a amené. Il était plus sec qu'un coup de trique.»
« Ooooh comme il est mignon !» s'extasia Claudia en approchant.
Elle passa un doigt sous la gorge du minet. Petruccio vint aussi l'admirer de plus près. Il décida de voir si le chaton était d'humeur à jouer. Il agita une plume devant son nez. Le chaton fut prompt à tenter de l'attraper, au ravissement des humains.
« On peut le garder ?» demanda Petruccio à son père.
« C'est une responsabilité d'avoir un animal. Saurez-vous vous en occuper ? Notamment toi Federico ?» répondit Giovanni.
« Oui !» lança l'adolescent.
« Eh bien, je pense que je devrais m'en sortir.» ajouta Federico.
« Très bien. Il est donc sous votre protection.»
Federico haussa un sourcil. Son père acceptait bien facilement. Mais bon, il n'allait pas s'en plaindre. Il déposa l'animal au sol après avoir recommandé que l'on ferme portes et fenêtres. Petruccio et Claudia s'exécutèrent. Le chaton partit à la découverte de son nouveau territoire. Les trois humains essayèrent respectivement d'attirer son attention. Mario entra, jeta un œil étonné au chaton puis vint parler à voix basse à son frère.
« Santa madre encore !»
« Oui … mais ne les gronde pas trop. Ça nous arrange bien et c'est un bon entraînement pour eux.»
« Rrrrr. Ezio ! Julia !» appela Giovanni.
Les concernés se présentèrent un instant après, un air faussement innocent au visage.
« Mario vient de me dire que vous êtes encore allés vous frotter aux gardes des Pazzi à San Gimignano.» dit-il.
« Nous frotter ? Eeeew ! Je leur tape dessus mais je ne me frotte pas à eux.» répondit Julia.
« Pareil pour moi hein. Jamais de ma vie je me frotterais à un homme.» ajouta Ezio en levant une main.
« Vous savez très bien de quoi je parle. À les narguer de la sorte vous allez vous attirer de gros ennuis. Enfin a-t-on idée de leur renverser un pot de chambre sur la tête ?»
Ezio et Julia échangèrent un regard amusé. Giovanni continua son sermon tout en marchant. Ezio donna un léger de coup de coude à sa camarade, qui lui tendit une pièce en échange. Mais la monnaie dut revenir dans la main de la brune. Chacun avait parié sur les phrases que pourrait leur débiter l'ancien banquier. Manque de chance, ils avaient tous les deux raison si bien qu'à la fin chacun tenait la pièce par un côté.
« Qu'est-ce que vous faites encore ?» demanda le patriarche en remarquant le manège.
« Eeeeh bien … en tant que fils de banquier je me disais qu'il serait bien de lui apprendre à gérer l'argent.» répondit Ezio avec un sourire.
« Ouais, ben quand je vois comment tu gères une pauv' pièce. Tu vas pas faire carrière mon gars.» rétorqua Julia en lui reprenant le sou.
« Tu veux que je te rappelle dans quoi je vais faire carrière ?» rétorqua Ezio.
« Au hasard le noviciat ?»
Giovanni roula des yeux, avec un sourire en coin. Les jeunes gens commençait déjà une petite bagarre amicale. Ezio avait découvert qu'une bagarre avec une fille pouvait être aussi divertissante qu'avec un garçon, à condition que la demoiselle aie assez de cran et de caractère. Toujours est-il que cela devenait monnaie courante entre eux. Quand ils ne décidaient pas de tourner cela contre les gardes …
« Raaaah !» s'exclama Ezio.
Julia lui maintenait la tête sous un bras et la frottait du poing.
« Doucement tout les deux, vous effrayez le chat !» lança Federico.
« Le chat ?» répéta Julia.
Elle remarqua alors le chaton pas loin.
« Depuis quand t'es la voix de la raison, Rico ?» fit Ezio.
« Il en faut bien un de nous deux. Et vu que je suis l'aîné.»
Ezio se dégagea de l'étreinte de Julia. L'attention générale se reporta donc sur le minou.
« Au fait, comment vous comptez l'appeler ?» questionna Julia qui amusait le chaton avec une plume.
« J'avais pensé à Hermès.» répondit Federico.
« Hermès ? Pourquoi pas Poséïdon pendant que tu y es.» répondit Claudia.
« Moi j'aime bien.» commenta Petruccio.
« Bof.» ajouta Ezio.
« Étant donné que c'est Federico qui l'a sauvé, je pense qu'il a le droit de le nommer.» intervint Maria.
Le chaton fut donc baptisé Hermès. La fratrie joua avec jusqu'au dîner, puis l'heure du coucher. Federico le ramena avec lui dans sa chambre, où il lui donna un coussin où passer la nuit. Mais le chaton préféra encore partir en vadrouille.
« Mouais. J'espère que tu ne vas pas m'empêcher de dormir.»
En attendant, il accueillit Julia. Elle se pencha un instant pour caresser le chaton qui passait à portée.
« Alors, ça te fais quoi d'être un père adoptif ?» demanda-t-elle.
« N'exagérons rien. Je crois qu'il va bien m'occuper en tout cas.»
Comme à leur habitude, ils s'installèrent sur le lit pour bavarder. Hermès ne tarda pas à venir les y rejoindre, un peu maladroitement.
Toujours est-il que Federico eut raison en affirmant que le chaton allait bien l'occuper. Se voyant nourri et logé, Hermès décida de rester chez les Auditore. Par contre, c'était un curieux et un grimpeur infatigable. Federico eut parfois à devoir le secourir lorsqu'il n'arrivait plus à descendre, voire à le rattraper en cas de chute, comme quand il décida de grimper après un cadre, que Federico reçut sur la tête en récompense. Le chaton offrait de l'exercice en sus : notamment les fois où il chipait le ruban d'Ezio, une plume dont se servait Giovanni pour écrire ou un gant de Mario. Bref, Hermès apportait de l'animation dans la villa.
« C'est quoi ce vacarme ?» demanda Ezio.
Il se trouvait avec toute sa fratrie et Julia dehors, profitant d'une pause dans son entraînement. Des éclats de voix leur parvinrent, parmi lesquels ils crurent comprendre calamité, tas de poils et moustaches à arracher.
« Je crois qu'Hermès a encore frappé.» devina Claudia avec un sourire.
Federico plissa les yeux. À tous les coups ça allait encore être pour sa pomme. Mario fit son apparition, se tortillant dans les tous les sens. On distinguait une bosse sous ses habits qui se déplaçait.
« Rico ! Viens m'enlever ce foutu gatta avant que je m'en fasse un chapeau !»
« Joli déhanché dis donc !» lança Julia.
Ezio émit même un sifflement admiratif, augmentant les rires. Federico se leva puis approcha de son oncle. Hermès s'était fourré on ne savait comment sous ses vêtements.
« Ma non si muovono !» s'exclama son neveu.
« Gnniiii !»
« Attends il est dans ton dos.»
Finalement, Federico parvint à extraire le chaton.
« Tâche de le tenir cette fois.» fit Mario en guise de merci.
Federico revint auprès des autres et déposa Hermès par terre. Le petit chat vint vers lui, grimpa sur une jambe et … vint se fourrer sous sa chemise en entrant par le col, le derrière dépassant.
« Ce chat est légèrement débile, je crois.» commenta Federico.
« Moi je trouve que ça te va bien, tu devrais aller faire un tour en ville avec ça. Tu vas ptêt lancer une nouvelle mode.» dit Julia.
Federico soupira, puis retira le minet de ses vêtements. Hermès finit par s'allonger sur sa cuisse. Pourvu que ça dure. En tout cas, le jeune homme s'était attaché au petit chat et cela se ressentait sur son moral. Comme prévu.
gatta = chat
ma non si muovono = mais ne bouge pas
