Nda : Le nouveau chapitre arrive un peu tardivement et je m'en excuse. Merci pour les reviews et j'espère que vous apprécierez cette lecture.
Un silence paisible régnait dans le dortoir, rythmé par les lentes respirations des occupantes assoupies. Chaque élève avait aménagé son espace suivant ses goût, la plupart incluant des affiches de groupes ayant leur faveur, quelques photos d'amis ou de membres de la famille dont les personnages se mouvaient ou non suivant l'origine de la propriétaire. Un observateur extérieur aurait été bien en mal de voir une différence avec n'importe quel autre dortoir de n'importe quelle autre Maison. Du moins jusqu'à ce que son regard se pose sur une partie bien précise du dortoir en question. Les rideaux du lit étaient tirés, mais bien qu'ils dissimulaient aux regards son occupante, ils ne laissaient aucun doute quand à son identité. Ils avaient été décorés de broderies aux couleurs vives représentant toutes sortes de créatures étranges et pour la plupart improbables dans une forêt. L'aspect général était quelque peu enfantin, mais la nature même des créatures représentées donnaient un sentiment général de malaise et de folie qui aurait sans aucun doute traumatisé un enfant s'il devait passer une nuit entouré de tels rideaux. Les autres occupantes du dortoir prenaient un soin particulier à fermer les leurs plus pour masquer la vision dérangeante que par souci d'intimité. Par chance, les broderies étaient figées. Les voir bouger aurait probablement suffit à plonger le reste du dortoir dans la folie. La malle posée au pied du lit était ouverte et débordait littéralement d'objets divers à l'apparence incongrue et à l'usage indéterminé. Une paire de bottes ronflait bruyamment, mais personne n'avait eu le courage de chercher à savoir si le ronflement provenait des bottes elle-même où de ce qu'elles pouvaient abriter. Sur la table de nuit trônait une sculpture en bois soigneusement réalisée et représentant une créature cornue dont l'apparence se trouvait perdue entre le ridicule et l'inquiétant. Il s'en dégageait pourtant une impression mystérieuse, comme s'il s'agissait d'une idole. Un œil suffisamment courageux et averti aurait remarqué que la créature occupait également une place de choix sur les rideaux. Une photographie était posée à coté, orientée de manière à pouvoir être vue depuis le lit simplement en écartant légèrement le rideau. Deux jeunes filles y dormaient l'une contre l'autre en se tenant par la main, un léger sourire aux lèvres. Le cadre avait là encore quelque chose d'enfantin, avec son plastique rouge vif décoré d'étoiles et de cœurs. Une autre photographie était posée à coté et représentant cette fois une famille complète : une fillette aux cheveux blonds entourée de ses parents. Le cadre était à peine moins extravagant, avec son plastique bleu décoré de croissants de lunes. Devant les cadres se trouvaient deux radis montés en boucle d'oreilles, posés sur le rebord de la table de nuit et à portée de main.
Le mur où s'adossait le lit n'était pas en reste, loin de là. Plusieurs couvertures du Chicaneur le tapissaient, clamant posséder des témoignages capitaux sur diverses créatures à l'existence pour le moins improbable. Deux chapeaux étaient accrochés cote à cote. L'un s'ornait d'une tête de lion grandeur nature et l'autre d'un aigle. Ils étaient pour l'heure recouverts d'une cape de voyage usée à la demande pressante et unanime de toutes les autres occupantes du dortoir. De l'autre coté du lit était accroché ce qui ressemblait à un coucou suisse de grande taille, mais sans balancier, bien que les aiguilles étaient d'une grande précision. Elles indiquaient sept heure moins deux. L'observateur non-averti, en voyant l'aménagement de cette portion bien précise du dortoir, en aurait conclu qu'il abritait une première année un rien dérangée. Il n'aurait pu se tromper plus lourdement. Lors de sa première année, Luna Lovegood avait décoré son espace personnel de manière plus discrète. Presque normale, comparé à ce qu'elle avait ajouté au fil des ans, à mesure qu'elle commençait à considérer Poudlard comme un second chez elle. Mais certaines choses ne changeaient pas avec le temps, à commencer par la licorne en peluche que serrait contre elle l'adolescente de quinze ans tout en dormant paisiblement, un sourire enfantin étirant ses lèvres.
Le calme du dortoir fut violemment brisé lorsque les aiguilles du coucou marquèrent enfin sept heure. le double-portillon surplombant le cadran s'ouvrit d'un coup sec et un bras articulé expulsa non pas un petit oiseau de plastique, comme on pouvait s'y attendre, mais un véritable aigle bien vivant et visiblement aussi furieux que terrifié de se faire expulser sans cérémonie de l'horloge quelques instants avant d'y être ramené de force pour mieux en ressortir et ainsi de suite. Les cris stridents qu'il poussait en battant désespérément des ailes, propulsant des plumes dans tous les sens, ne laissaient aucun doute à ce sujet. D'autres cris se joignirent à ceux du rapace malmené, de surprise autant que de terreur, alors que le dortoir se réveillait en sursaut, à l'exception de Luna qui se contenta de grogner légèrement dans son sommeil. Sept aller-retours bruyants plus tard, l'aigle disparut enfin dans les entrailles du coucou, laissant la place à un silence bienvenu et un nuage de plumes tournoyant doucement vers le sol.
-C'est pas vrai ! Je croyais qu'elle avait arrêté ce fichu machin ! cria avec colère l'occupante du lit situé à gauche de celui de Luna, et donc le plus proche du coucou, tout en tirant violemment les rideaux pour se lever du mauvais pied. Loufoca !
D'un geste rageur, elle ouvrit les rideaux bariolés cachant Luna aux regards, sa colère surmontant sa répugnance. Les deux Serdaigles restantes s'approchèrent avec prudence, contemplant la scène avec incrédulité.
-Comment elle arrive à dormir malgré un raffut pareil ?!
-C'est Loufoca... Je me demande comment Ginny Weasley arrive à la supporter. Moi je pourrais pas.
Tout en parlant, elle se pencha en direction de la dormeuse avec l'intention de la secouer pour la tirer des bras de Morphée. Ce faisant, elle glissa sur quelques plumes et un machin non-identifié qui émit un couinement strident et s'étala de tout son long en travers du lit, faisant pouffer ses camarade de chambre. Luna ouvrit les yeux et se redressa en position assise, faisant glisser la malheureuse qui tenta tant bien que mal de se retenir à la couverture, mais tomba par terre en entraînant celle-ci avec elle.
-Oh, bonjour, dit Luna d'une voix endormie en clignant des yeux dans la lumière matinale. Vous jouez à quoi ?
-J'en ai assez ! couina la voix de la malheureuse assise par terre. Pourquoi t'as remis ta foutue pendule en marche, Loufoca ?! On est samedi, bon sang, c'est le week-end !
-Hier, j'ai vu des terriers de Ronflak Cornu, répondit Luna en prenant la photo d'elle et Ginny pour déposer un léger baiser sur le verre, faisant rougir la représentation de sa petite amie. Je vais aller les surveiller pour tenter d'en voir quand ils iront chercher à manger.
Un silence consterné accueillit l'explication. Loin de s'en inquiéter, Luna regarda les plumes jonchant le sol d'un air étonné, puis en prit quelques unes pour ses les attacher dans les cheveux en chantonnant.
-C'est pas des terriers de tes machins débile, espèce de cinglée, c'est les trous qu'ont fait les Niffleurs d'Hagrid hier durant le cours auquel t'as participé ! Mais comment tu fais pour être aussi stupide ?
-C'est pas très gentil de dire ça, Amanda, répondit Luna. Mais les Ronflaks s'y sont sûrement installés entre temps. Ça coûte rien d'aller s'en assurer, en tout cas.
-Non, juste notre grasse matinée, répliqua une autre Serdaigle en retournant à son lit. Compte sur moi pour aller me plaindre à Flitwick plus tard. T'avais promis de plus te servir de ce coucou.
-Bah, Flitwick est trop gentil, dit Amanda en se recouchant également. Il va encore la réprimander, lui faire promettre de pas recommencer et en rester là... Luna est sa chouchoute depuis qu'elle a aidé Potter l'année dernière...
-A croire que y a qu'elle qui vaille quelque chose à Serdaigle, renchérit la dernière occupante du dortoir en imitant ses camarades.
Luna s'habillait sans prêter attention à ce que disaient les autres filles. Elle ne se préoccupait jamais des ragots la concernant. C'était probablement l'aspect de sa personnalité qui irritait le plus Ginny, puisqu'il impliquait qu'elle avait tendance à se laisser faire sans se défendre, mais ne pouvait pas y faire grand chose. Ce n'était pas dans sa nature de s'énerver pour si peu. Et puis, elle savait que malgré leurs paroles, ses camarades de chambre l'appréciaient, précisément parce qu'elle était proche de Harry et avait prouvé que les Serdaigles aussi savaient faire quelque chose de leur dix doigts. Une fois prête à partir, Luna s'arrêta au bord du lit d'Amanda pour lui tapoter la tête avec un sourire.
-Moi aussi, je t'aime bien, dit-elle avant de repartir en direction de la porte.
Les deux autres occupantes se relevèrent et posèrent sur une Amanda balbutiant des démentis confus un regard mi-surpris, mi-amusé. Chantonnant un air sans queue ni tête, Luna descendit les escaliers avant de traverser la salle commune déserte, prenant la peine de faire une révérence devant la statue de Serdaigle, pour aller s'aventurer dans l'air glacé du matin.
-
Hermione se réveilla bien plus tard et plus calmement avec la satisfaction de voir le week-end enfin arrivé. La semaine avait été éprouvante pour ses nerfs et le cours privé de Rogue la veille n'avait rien arrangé. Au contraire, elle y avait gagné un mal de crane lancinant, résultat combiné des vapeurs de potions et de la compagnie éreintante de Rogue et Jessica dans la même pièce. Quelques minutes plus tard, elle rejoignait Ginny et Harry dans la salle commune. Ron dormait encore, bien qu'Hermione ne demanda pas de ses nouvelles. C'était inutile. D'une part, elle le connaissait depuis des années, d'autre part, elle s'en fichait. Harry se joignit à elles lorsqu'elles partirent prendre leur petit déjeuner. Il avait quelque chose à demander à Hermione et n'allait pas laisser passer une excuse pour éviter d'attendre que Ron émerge pour aller manger lui aussi.
-Comment ça s'est passé, ta retenue avec Rogue ? demanda-t-il alors qu'ils descendaient un escalier.
-Pas trop mal, mais j'y ai gagné une de ces migraines...
-Ah bon ? Qu'est-ce qu'il t'a fait faire ?
-Du tri, mentit Hermione avec un soupir.
Une fois de plus, elle songea qu'il serait bien plus simple de leur dire la vérité, surtout si Harry devait s'obstiner à lui demander un compte rendu après chaque retenue. Malheureusement, elle ne pouvait prendre le moindre risque. Rogue semblait l'accepter, mais restait stupidement attaché à sa fierté mal placée et à sa réputation de professeur antipathique, injuste et borné.
-Du tri ? répéta Ginny avec une expression étonnée. Tu vas me faire croire que du tri te donne la migraine, toi ?
Avec l'espoir que son amie comprenne le message, Hermione lui adressa un regard se voulant éloquent, la suppliant presque de deviner ce qu'étaient réellement ces prétendues retenues et pourquoi elle devait mentir si grossièrement.
-En même temps, y avait Wingdal, intervint Harry qui semblait trouver l'idée amusante. Si ces deux là étaient comme en classe, ça explique la migraine.
-M'en parle pas, Harry, j'ai bien cru que j'allais les stupéfixer, soupira Hermione, renonçant pour l'heure à ses espoirs. Moi qui trouvait Rogue sympa de nous avoir collées ensemble en retenue... Finalement je me demande si c'était pas une forme de torture supplémentaire. Un mélange entre le supplice de Tantale et la malédiction de la belle-mère...
Harry et Ginny éclatèrent de rire en s'installant à la table des Gryffondor. Aussitôt, Hermione et Ginny cherchèrent leur compagne respective du regard avant d'afficher la même expression déçue en constatant que l'une comme l'autre était absente. Harry esquissa un sourire amusé tout en remplissant son assiette, mais s'abstint de tout commentaire. Légèrement inquiète pour Jessica, Hermione déplia pourtant son exemplaire de la gazette pour parcourir les gros titres. Elle gardait à l'esprit qu'un Animagus se promenait dans les parages et la dernière fois que Jessica lui était tombée dessus, elle avait fini à l'infirmerie. Entendant quelqu'un s'installer, elle rabaissa vivement son journal et afficha une expression déçue en constatant qu'il s'agissait de Ron. Ce dernier semblait à la fois de bonne et mauvaise humeur. Un exploit tellement typique du bonhomme qu'Hermione ne prit pas la peine de se demander comment il y parvenait. De son côté, Ginny affectait de l'ignorer et guettait l'arrivée de Luna, sourcils froncés. Elle savait que ce n'était pas dans les habitudes de Luna de faire la grasse matinée.
Les portes s'ouvrirent justement sur Luna, qui fut accueillie par des rires provenant des élèves les plus proche d'elle. Ginny la regarda approcher, intriguée. Que Luna provoque des rires n'était pas si rare, mais depuis qu'elle la fréquentait, les moqueries à son égard avaient largement diminuées. La raison en fut rapidement évidente lorsqu'elle approcha suffisamment. Luna était trempée de la tête aux pieds, à croire qu'elle avait piqué une tête dans le lac. Lorsqu'elle s'assit à coté de Ginny, Dean s'écarta vivement, bousculant Seamus au passage.
-Luna, d'où tu sors, bon sang ? demanda Ginny en contemplant l'éponge qui lui servait de fiancée.
-De dehors, répondit Luna d'un ton serein. Il pleut.
-Je vois ça. Mais qu'est-ce que t'allais faire dehors sous la pluie ?
-Je guettais des Ronflaks Cornus, mais ils ont dû me sentir et ils sont restés cachés. Ou peut-être qu'ils ont creusé d'autres tunnels pour sortir plus loin... Je vais aller voir !
Elle se releva, mais Ginny la saisit par le bras et la fit se rasseoir, consternée et amusée à la fois. L'inquiétude supplanta le tout lorsque Luna éternua bruyamment et d'une manière assez comique. Venant d'une autre personne, Ginny l'aurait soupçonné de faire semblant d'éternuer, mais Luna tendait à tout faire dans la démesure sans même s'en apercevoir.
-La dernière chose dont tu as besoin, c'est de retourner sous la pluie, Luna ! Tu vas manger, ensuite je t'emmène à l'infirmerie, je crois que tu as attrapé un rhume.
-C'est rien, juste un Sniffeur, répondit Luna pendant que Ginny sortait sa baguette pour la sécher après qu'Hermione lui ai indiqué la formule. Ooooh, merci ! On dirait qu'on vient de faire cuire mes vêtements !
Ron secoua la tête avec mépris en écoutant Luna délirer et manqua s'étrangler sur son œuf quand Luna choisit de remercier Ginny d'un baiser pour le séchage.
-Vous pouvez pas éviter de faire ça quand on mange ? Vomir dans mon assiette ne m'intéresse pas...
-Personne t'oblige à manger avec nous, Ron ! T'es vraiment jamais content ! Quand je sortais avec des garçons, tu râlais, maintenant que je sors avec une fille, tu râle encore.
-C'est pas normal, bon sang ! grogna Ron à mi-voix et en se penchant vers Ginny. Tu veux vraiment avoir la réputation d'être une perv...
La fin de sa phrase s'acheva sur un couinement de douleur lorsqu'un bol de porridge lui percuta le crane. Jurant, pestant et essuyant le porridge qui lui coulait dans les yeux, Ron chercha d'un regard furieux Jessica, bien décidé à lui montrer une bonne fois pour toute qui était le patron, louve-garou ou pas. Il ne vit pourtant que Luna, qui l'observait d'un air serein. Sans sa main toujours tendue dans sa direction, il n'aurait jamais su qu'elle était à l'origine de l'agression gluante.
-C'est vraiment pas poli, ce que tu dis là, Ron, dit-elle en agitant un doigt réprobateur dans sa direction et sans écouter Dean qui râlait que c'était son bol qu'elle venait de lancer. Et c'est pas de la faute de Ginny, ni de moi, si Hermione est amoureuse de Jessica. Je trouve d'ailleurs que c'est mieux comme ça. Au moins, Jessica est gentille.
Ginny observait son frère avec intérêt à mesure que Luna s'exprimait. Il semblait à deux doigts de l'apoplexie et posait sur Luna un regard où se mêlait la colère, l'embarras et l'incrédulité. Hermione observait la scène avec amusement. Luna, surtout retenait son attention. Ron et Ginny étaient repartis à s'invectiver avec violence, mais la Serdaigle semblait désormais s'en désintéresser complètement. Pourtant, Hermione était persuadée qu'il n'en n'était rien, bien au contraire. Seulement, Luna savait parfaitement ce que pensaient et éprouvaient autant Ginny que Ron. La première parce qu'elle l'aimait inconditionnellement, le second parce qu'il était le frère de la première. Hermione essaya de s'imaginer posséder le don de Luna et réprima difficilement un frisson. Elle voyait assez mal l'avantage d'une telle condition et était bien contente de ne pas être empathe. Surtout qu'elle se doutait que connaître les moindres pensées de Jessica serait éprouvant pour ses nerfs. A se demander comment Luna pouvait supporter sa condition. Encore que Ginny était sans doute plus simple à fréquenter. Sans prévenir, Luna tourna la tête dans sa direction et afficha un léger sourire entendu, comme voulant lui faire comprendre que l'empathie n'avait pas que des inconvénients. Hermione détourna le regard, embarrassée sans trop savoir pourquoi. Elle n'était pas sûre de savoir où Luna souhaitait en venir, mais jugeait préférable de ne pas creuser la question.
A une époque pas si lointaine, Hermione s'était interrogée sur l'intérêt que Ginny portait à Luna. Aujourd'hui, pourtant, elle comprenait. Elle-même éprouvait de l'intérêt pour Luna. Sa façon d'être, son mode de pensée, sa folie douce masquant une intelligence redoutable. Il y avait quelque chose de fascinant chez Luna qui rebutait au premier abord, mais finissait par attirer l'attention et, pour peu qu'on passait outre les à-prioris que suscitaient sa folie, suscitait l'attachement. Hermione comprenait que Ginny soit tombée amoureuse d'elle. Luna avait un charme que nul autre ne pouvait prétendre posséder. Par certains aspects, Jessica était similaire, bien que dans un contexte radicalement différent. Là aussi, Hermione commençait à comprendre pourquoi Jessica, si froide et asociale, avait éprouvé de l'amitié pour Luna. A bien y réfléchir, Hermione se demandait si Ginny et Jessica aurait pu devenir amies sans la présence de Luna pour faire le lien.
Le fil de ses pensées se brisa lorsque Ginny se leva d'un mouvement brusque et entraîna Luna en direction de la table des Serdaigles où elles s'installèrent face à Billy. Hermione secoua la tête et envisagea d'aller les rejoindre quand un détail attira son attention. A la table des Serpentards, elle voyait Parkinson au milieu d'un groupe d'amis qui semblait d'excellente humeur. Hermione n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle pouvait bien leur raconter avec autant d'animation, mais la blague était du goût de son entourage qui riait de bon cœur. Une moue joua sur les lèvres d'Hermione. Les Serpentards avaient bien le droit de s'amuser, eux aussi, mais son intuition persistait à sonner l'alarme dans son esprit. Jessica était toujours absente et ça commençait à sérieusement inquiéter Hermione. Jamais, même à l'approche de la pleine lune, Jessica n'avait autant tardé à rejoindre la Grande Salle. Surtout depuis qu'elles prenaient leur petit déjeuner ensemble, au contraire. Bien malgré elle, elle commençait à se demander si ça n'avait pas un rapport avec l'humeur joyeuse de...
-PARKINSOOOOOOOOOOOOON !
La voix gagnait en intensité, accompagnée de martellements rageurs indiquant que sa propriétaire approchait à grands pas et à grande vitesse. Les doubles portes s'ouvrirent brutalement sur une Jessica qui parcourut la salle d'un regard si noir que les élèves avaient un mouvement de recul lorsqu'il se posait sur eux. Certains plongèrent même par réflexe sous la table. Le reste la fixait avec stupéfaction, certains semblant se demander de qui il pouvait bien s'agir. Hermione elle-même ne l'aurait pas reconnue sans sa voix et son regard. Avec horreur, elle constata que la magnifique chevelure aile de corbeau de Jessica n'était plus. Quelqu'un l'avait grossièrement coupée à coups de ciseaux de manière si inégale qu'il restait quelques mèches ici et là plus longues. Ailleurs, ils étaient coupés si court qu'on voyait presque le crane de la garoute furibarde dont le regard se verrouilla sur la coupable et brilla d'un tel éclat haineux que Parkinson buta contre le banc et s'étala sur le dos avec un couinement de douleur. Le maléfice que Jessica venait de lui lancer la manqua de peu, frappant Goyle en plein visage que des pustules défigurèrent rapidement. Loin de s'en soucier, Jessica marcha droit sur sa cible, baguette brandie. Parkinson se réfugia derrière Draco, considérant probablement qu'il n'hésiterait pas à faire barrage de son corps, mais un regard en direction de la garoute suffit à Draco pour comprendre qu'elle était vraiment d'humeur massacrante et il plongea sous la table sans demander son reste, laissant Parkinson se dépatouiller. Avec un rictus mauvais, Jessica s'apprêtait à lancer un maléfice à sa victime quand sa baguette lui échappa des mains.
McGonagall s'était levée, les narines frémissantes et pointant sa propre baguette sur Jessica. Son expression était si sévère que Jessica sembla se calmer un peu en la voyant et renonça à sauter sur Parkinson pour lui exprimer de manière aussi concrète que douloureuse ce qu'elle pensait de ses talents de coiffeuse.
-Miss Wingdal, veuillez vous rendre immédiatement dans mon bureau, dit Dumbledore d'une voix calme en se levant. Vous aussi, Miss Parkinson.
Après avoir récupéré la baguette de Jessica des mains de McGonagall, Rogue se leva à son tour pour aller la rendre à sa propriétaire avec un regard glacial. Jessica la récupéra d'un mouvement sec et se détourna pour quitter la Grande Salle tout en défiant du regard quiconque de faire un commentaire sur sa nouvelle coupe. Dumbledore la suivit, accompagné par Rogue qui emmenait une Parkinson tremblante à sa suite. De toute évidence, celle-ci n'avait pas réfléchi à la réaction de Jessica face à son acte et était encore sous le choc. Un grand silence régnait dans la Grande Salle, mais il fut bien vite chassé une fois les portes fermées dans le dos des professeurs. Les élèves commencèrent à murmurer entre eux avec animation, certains semblant avoir trouvé le tout amusant.
Pour sa part, Hermione était partagée entre son inquiétude pour Jessica et sa colère contre Parkinson. Elle espérait que cette dernière recevrait l'essentiel du blâme, étant de toute évidence à l'origine du problème, mais Hermione avait conscience que Jessica avait agi de manière inconsidérée en l'agressant aussi ouvertement. Pire, elle avait touché un autre élève, même si l'avis général à ce sujet semblait être l'approbation. Mais il y avait très peu de chances que Dumbledore ferme les yeux au vue des circonstances.
-Par Merlin, elles vont finir par s'entretuer ! s'exclama Ginny en se rasseyant à coté d'Hermione.
-Tu la trouves toujours gentille ? demanda Ron à Luna avec une expression dégouttée.
Celle ci hocha la tête, comme si Ron venait de lui demander son avis sur une question anodine.
-Elle l'est avec moi, répondit-elle. Mais ça ne lui ressemble pas vraiment.
-Bien sûr que si, ça lui ressemble ! explosa Ron qui n'en revenait pas de tant de mauvaise foi. C'est une saleté de Serpentard ! Agresser les gens sans raison lui ressemble parfaitement !
-Sans raison ?! s'offusqua Hermione. Ron, tu as vu ce que Parkinson lui a fait ? Ou bien tu n'as encore pas regardé plus loin que ta dent contre Serpentard ?
Si Ron répondit, ce fut en pure perte. Hermione s'était plongée dans ses pensées. Luna avait raison, ça ne ressemblait pas vraiment à Jessica d'agir d'une manière aussi... Gryffondor, aurait dit Rogue. D'un autre coté, elle savait que si elle-même devait se réveiller un matin pour découvrir qu'on lui avait sauvagement coupé les cheveux, elle serait dans une colère noire.
-
Dumbledore s'assit derrière son bureau et posa sur les deux élèves en face de lui un regard sévère par dessus ses lunettes en demi-lune. D'un geste nonchalant de sa baguette, il fit apparaître deux chaises et leur intima d'un bref mouvement de tête à s'asseoir. Jessica se laissa tomber sur sa chaise, surveillant d'un air mauvais Parkinson qui l'imitait en tremblant toujours. Se retrouver dans le bureau du directeur de Poudlard sans avoir son cher Draco pour la soutenir semblait avoir eu raison de ses habituels airs supérieurs. Un rictus moqueur étira les lèvres de la garoute, lui valant un regard noir de Rogue qui semblait considérer qu'elle avait fait assez de bêtises pour la semaine.
-Et si vous m'expliquiez les raisons qui vous ont poussé à agresser Miss Parkinson, Miss Wingdal ? commença Dumbledore d'un ton posé.
-Quoi, vous avez de la bouse de dragon dans les yeux ?! explosa Jessica avant de se calmer si sec.
Sa voix mourut aussitôt, laissant la place à silence des plus inquiétants. La température semblait avoir dégringolé à chaque mot prononcés. Luttant visiblement pour ne pas en rajouter une couche, Jessica croisa les bras et afficha une mine furieuse en foudroyant Parkinson du regard.
-Excusez-moi, Professeur...
-Considérons que mes oreilles m'ont fait défaut quelques instants, mais que ça ne se reproduise pas, Miss Wingdal, prévint Dumbledore d'un ton calme lourd de menace. Miss Parkinson, un commentaire ?
-Mais j'y suis pour rien, moi ! se défendit Parkinson en écartant les bras d'innocence.
-Mais bien sûr, j'essaie de lancer une nouvelle mode... Ça ou je me suis endormie sur une paire de ciseaux, distraite comme je suis.
-Miss Wingdal ! aboya Rogue. N'aggravez pas votre situation en essayant de faire de l'esprit ! Et vous, Miss Parkinson, seriez-vous en train d'essayer de nous faire croire que les cheveux de Miss Wingdal sont tombés d'eux-même ?
-Non, mais qu'est-ce qui vous fait croire que c'est moi la responsable ?
Sa réponse et les remontrances reçues par Jessica semblèrent lui redonner confiance. Elle lança un regard dégoûté en direction de sa voisine, bien décidée à l'enfoncer à la première occasion.
-Il est de notoriété publique que vous ne vous appréciez pas, Miss Wingdal et vous, répondit Rogue d'un ton glacial. De plus, la coupable est forcément l'une des personnes partageant votre dortoir et la seule autre suspecte ne me semble pas vraiment capable d'une chose pareille.
Étrangement, la remarque ne sonnait pas comme un compliment. Jessica esquissa un sourire moqueur. Comme le sous-entendait Rogue, Bulstrode était trop stupide pour tenter une chose pareille, surtout de son propre chef. Elle tenait plus d'une version féminine de Crabe et Goyle qu'autre chose.
-J'ajouterai, Miss Parkinson, que je doute que vous souhaitiez me voir me pencher plus que nécessaire sur cette histoire, ce qui m'imposerait d'aller au fond des choses et donc de ré-examiner certains... incidents que vous vous êtes efforcée d'expliquer d'une manière qui pourrait me sembler bien moins convaincant sous un éclairage différent...
Jessica haussa un sourcil en entendant le professeur et se tourna vers Dumbledore afin de voir sa réaction. Le directeur affichait une expression intéressée, mais ne semblait pas remarquer que Rogue menaçait ouvertement une élève. Elle regrettait de ne pas pouvoir en apprendre plus, mais savait que ses questions seraient mal vues dans sa situation présente. Parkinson s'efforçait de rester calme en apparence, mais Jessica distingua la nuance de peur qui assombrissait son regard.
-D'accord, d'accord, je lui ai coupé les cheveux... Et après ? Elle passe son temps à insulter Draco, professeur ! Et elle est toujours à traîner avec des Gryffondors ! Et je parle même pas de ce qu'elle fait avec la S... Granger !
-Tout ceci ne justifie en rien vos actes, Miss Parkinson, intervint Dumbledore. Les insultes peuvent être ignorées. Si elles sont vraiment blessantes, vous pouvez le signaler à un professeur, mais rien ne justifie de vous faire justice vous-même. Et cela vaut également pour vous, Miss Wingdal ! Quant au fait qu'elle mette de coté les différents entre Maison, j'y vois là un exemple à suivre plutôt qu'à condamner. Et la vie privée de Miss Wingdal et Granger ne regarde nul autre qu'elles-mêmes tant qu'elles conservent une certaine retenue. Ai-je bien été clair ?
Bien qu'elle se contenta d'un hochement de tête, ce que Parkinson pensait de l'exemple à suivre était on ne peut plus clair. Dumbledore choisit pourtant de l'ignorer et se tourna vers Jessica.
-Quant à vous, Miss Wingdal, votre conduite était pour le moins inconsidérée et imprudente. Surgir dans la Grande Salle en lançant des maléfices à l'aveuglette... Je conçois parfaitement que vous soyez en colère, mais je ne peux cautionner votre réaction.
Il observa alternativement les deux jeunes filles qui évitaient soigneusement de se regarder, puis soupira. Il déplorait la mauvaise entente entre ses deux élèves, mais ne pouvait pas vraiment les forcer à s'apprécier.
-Vous aurez une retenue, reprit-il. Et je retire cinquante point à chacune.
Dans son dos, Rogue fit les gros yeux. Jessica réprima un sourire narquois en s'étonnant de ne pas le voir s'évanouir d'indignation.
-Vous pouvez partir, Miss Parkinson. Pas vous, Miss Wingdal, j'ai encore certaines choses à vous dire concernant votre attitude...
Jessica se rassit avec mauvaise humeur. Du coin de l'œil, elle nota l'expression triomphante de Parkinson, visiblement ravie à l'idée que Jessica allait avoir droit à un sermon supplémentaire. Une fois la porte du bureau refermée sur elle, Dumbledore poussa un soupir en secouant la tête, paraissant épuisé.
-Vous me décevez, Miss Wingdal. Je vous croyais plus prudente et raisonnable, surtout après notre dernier entretien. Votre nouvelle condition ne vous permet pas de vous faire plus d'ennemis dans votre maison et plus particulièrement dans votre dortoir.
-Ça n'a rien à voir, Professeur ! s'écria Jessica avec colère. Cette saleté a voulu me tondre et à pas été foutue de faire ça proprement ! J'étais sensée faire quoi ? Lui donner un pourboire ?!
-Au contraire, Miss Wingdal, vous devez comprendre que si votre statut de louve-garou devait être révélé, il me serait extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, de vous éviter un renvoi. Surtout si vous avez la réputation d'être agressive et d'aimer lancer des maléfices à quiconque ne vous revient pas. Et cela n'enlève rien au fait que votre attitude est déplorable, qu'elle que soit votre condition.
Avant que Jessica n'ait pu répondre, des coups furent frappés à la porte. Sur un signe de Dumbledore, Rogue alla ouvrir et révéla une Hermione pour le moins inquiète qui se précipita à l'intérieur, s'assurant d'un regard que Jessica allait bien.
-Excusez mon intrusion, Professeur, dit-elle en approchant du bureau, mais je viens de croiser Parkinson dans le couloir et...
-Ce n'est rien, Miss Granger. En fait, je suis content que vous ayez prit cette initiative, répondit Dumbledore en lui désignant la chaise vide d'un geste aimable. Je m'efforçais justement d'expliquer à Miss Wingdal les désastreuses conséquences que pourraient avoir son attitude actuelle. Peut-être pourriez-vous m'assister. Je crains qu'en la matière, vous n'ayez plus d'influence que moi.
-Elle m'a défigurée ! répéta Jessica avec hargne. Combien de fois je vais devoir vous le rappeler malgré le fait que vous soyez assis en face de moi, Professeur ? Si vous pensiez que j'allais la remercier...
-Vous auriez surtout mieux fait d'éviter d'agir comme une Gryffondor ! coupa Rogue d'un ton cassant, notant que Dumbledore n'appréciait pas beaucoup le ton de son élève. Vous me décevez énormément, Miss Wingdal. J'espérais que votre détestable manie de fréquenter la petite clique de Potter n'aurait pas d'influence sur votre comportement, mais je commence à sérieusement en douter...
A la surprise générale, Jessica se fendit d'un sourire absolument mauvais et inquiétant.
-Oh, ne vous en faites pas, Professeur, je doute que vous trouviez plus Serpentard que moi en ce moment. Mis à part ces salades sur la pureté du sang, évidemment.
-Que voulez-vous dire ? demanda Rogue avec une mine sinistre. Qu'avez-vous fait, Miss Wingdal ?
-J'ai jamais dit que j'avais fait quoi que ce soit ! On peut rien dire sans être compris de travers, c'est pas possible !
Rogue l'observa avec attention, tentant de pénétrer ses pensées, mais sans résultat. Jessica était autrement plus douée que Potter en matière d'Occlumencie, constatait-il avec une certaine satisfaction, quand bien même il ne pouvait que le regretter en ce moment même.
-Pour revenir au sujet qui nous intéresse, reprit Dumbledore, j'ai bien peur que cet incident ne mette en lumière le fait que Miss Wingdal ne peut rester dans son dortoir actuel. L'animosité réciproque qui la lie à Miss Parkinson représente un trop grand risque de voir son secret découvert. Je vais devoir demander au Professeur Wingdal de bien vouloir vous accueillir dans ses appartements, Miss Wingdal.
-Plutôt mourir, répliqua Jessica d'un ton calme.
Hermione n'en posa pas moins la main sur son épaule, grimaçant. Elle irradiait littéralement de colère contenue. De fait, elle avait franchi le stade de la rage pour naviguer au delà, dans des eaux plus calmes, mais autrement plus dangereuses.
-C'est dans votre intérêt, insista Dumbledore qui semblait également surprit du calme apparent de la jeune fille.
-Mon intérêt, et celui de tout Poudlard, vous pouvez me croire, est d'éviter à tout prix de me forcer à aller vivre avec lui...
-Miss Wingdal.
-Je ne plaisante pas, Professeur, poursuivit Jessica avec un sourire un rien dément. Si vous faites ça, autant me renvoyer tout de suite parce que je vous jure que je mettrais votre école sens dessus dessous. Peeves, à coté, ça sera une douce brise...
-Professeur, intervint Hermione avant que la situation ne dégénère. S'il vous plaît, je pense également que c'est une mauvaise idée !
Voir Hermione prendre le parti de Jessica sur le sujet sembla déstabiliser Dumbledore, bien qu'il reprit contenance rapidement.
-Très bien... Alors que suggérez-vous, Miss Granger ? Avez-vous seulement une suggestion réalisable ?
-La seule chose qui me vient à l'esprit, répondit Hermione avec une grimace, ce serait de transférer Jessica dans une autre Maison.
-Hors de question ! explosa Rogue. Cette idée est parfaitement stupide ! Il n'y a jamais eu de transfert de Maison, Miss Granger ! A quoi nous servirait la Répartition, dans ce cas ? Miss Wingdal est une Serpentard !
-C'était une simple suggestion, répondit Hermione avec une moue. Je sais bien que ce n'est pas réalisable, mais... Pourquoi vous croyez que Jessica nous a fait tout ce cirque ce matin ?
Un silence accueillit ses paroles. Rogue fixait alternativement Hermione et Jessica d'un air particulièrement menaçant. Dumbledore, pour sa part, semblait plus intéressé qu'en colère. Jessica afficha une moue en contemplant sombrement Hermione.
-Comment t'as deviné ?
-Je t'en prie, Jess, je commence à te connaître ! Tu es arrivée beaucoup trop tard au petit déjeuner. Si t'avais réellement agi sous le coup de la colère, tu aurais débarqué dans la Grande Salle bien plus tôt que ça ! Et puis, je veux bien que c'est une réaction qui va bien avec ton image impulsive et colérique, mais tu es bien plus fourbe que ça. Quand on te fait un sale coup, tu te venges jamais de manière aussi... grossière, on va dire. Ron pourrait en témoigner.
Jessica afficha un sourire amusé. Dumbledore secoua la tête en soupirant.
-Je m'y suis moi-même laissé prendre, admit-il. Mais j'ai commencé à suspecter quelque chose lorsque vous m'avez présenté des excuses, Miss Wingdal. Ça ne vous ressemble pas vraiment, surtout si vous étiez aussi furieuse que vous le prétendiez. Mais j'avoue être stupéfait que vous alliez à de telles extrémités simplement pour me fournir une excuse pour vous changer de Maison.
-Exagérez pas non plus, hein. J'avais pas prévu que Parkinson joue les apprentie-coiffeuses, mais je me suis dit que c'était l'occasion...
-Vous êtes complètement tordue ! intervint Rogue. Vous n'espérez quand même pas que je vous laisse quitter Serpentard après une chose pareille ?
Bien qu'il semblait furieux, Hermione devinait de la fierté dans les paroles du professeur. L'idée lui semblait pourtant si déplacée qu'aucun sourire ne chercha à naître sur ses lèvres.
-Malheureusement, je dois me ranger à l'avis du Professeur Rogue, reprit Dumbledore. Non pas parce que vous êtes plus à votre place à Serpentard, bien que ce soit un fait indéniable, mais parce que vous transférer réduirait à néant tous les progrès accomplis au cours de cette seule année.
-De quoi vous parlez ? demanda Jessica. Je vous préviens, si vous parlez de mon caractère...
-Non, non, pas le moins du monde, rassurez-vous. Je parlais des rivalités entre Maison, expliqua Dumbledore en se levant pour aller se poster devant l'étagère où le Choixpeau était perché. C'est la plus ancienne tradition de Poudlard, mais je suis convaincu que toutes les traditions ne sont pas à conserver, surtout avec la menace de Lord Voldemort sur nos têtes...
-Quel rapport avec moi ?
-C'est simple, Miss Wingdal. Depuis des années, j'espère voir les Maisons surmonter enfin ses rivalités. Malheureusement, les quelques rares lien d'amitiés qui se sont tissés au fil du temps n'ont jamais duré suffisamment longtemps, surtout concernant Serpentard et Gryffondor.
Hermione et Jessica échangèrent un regard. L'une comme l'autre commençait à entrevoir la direction prise par Dumbledore.
-Professeur, si vous espérez que Jessica et moi parvenions à mettre un terme aux rivalités entre les Maisons, j'ai peur que vous ne soyez un peu trop optimiste...
-Je sais pas si vous avez remarqué, mais je suis nulle pour ce qui est des relations sociales.
-Miss Granger, ne pensez-vous pas que ça vaille la peine d'essayer ?
-Et encore, je dis nulle... C'est parce que je parle de moi, donc y a toujours un peu d'égo qui vient mettre son grain de sel.
-Je ne sais pas... Ça me semble très mal engagé. A part Jessica, la majorité des Serpentards ont une dent contre moi, principalement parce que je suis amie avec Harry, qui ne peut pas voir Malfoy en peinture.
-Nan, mais je suis pas nulle, quoi. Je suis en dessous de nulle. Au fin fond d'un abîme de nullité crasse. Vous m'écoutez, au moins ?
-Je vous écoute, oui, Miss Wingdal, répondit Dumbledore. Et je pense que vous vous sous-estimez.
-Non, répondirent d'une même voix Jessica, Hermione et Rogue.
Ce dernier toussota pour se redonner contenance et ignora résolument les sourires amusés.
-Dans tous les cas, si vous devez rester encore dans votre dortoir, j'apprécierais que vous tentiez malgré tout. A présent, veuillez m'excuser.
Hermione et Jessica échangèrent un regard avant de se lever pour quitter le bureau. La tâche leur paraissait insurmontable. Mettre un terme au règne de Voldemort avec un bête sortilège de deuxième année semblait bien plus plausible aux yeux des deux jeunes filles.
-
Pendant que Jessica se faisait remonter les bretelles et qu'Hermione faisait le pied de grue devant le bureau de Dumbledore, Ginny décida d'amener Luna à l'infirmerie. Malgré son inquiétude pour son amie, elle savait qu'elle ne pouvait rien faire de plus qu'attendre que le Directeur en ait fini avec elle. Et même si Luna affirmait qu'elle se sentait parfaitement bien, Ginny voyait bien qu'elle avait un début de fièvre. Chemin faisant, Ginny prit l'une des plumes d'aigle ornant la chevelure de Luna, la tournant entre ses doigts avec curiosité.
-D'où tu sors ces plumes, Luna ? C'est la première fois que je te vois en porter dans les cheveux. Ça te va bien.
-Merci. Elles étaient dans mon dortoir quand je me suis réveillée, répondit Luna d'une voix rêveuse tout en affichant une expression intriguée. Mmmh... Peut-être un panflax qui a fait son nid dans le dortoir. Ça expliquerait pourquoi les autres étaient aussi agitées ce matin.
-Comment ça, agitées ? demanda Ginny en décidant sagement de laisser l'histoire du panflax de coté. Elles ne t'ont pas embêtées, au moins ?
-Non, Amanda est juste tombée sur mon lit en courant après. Une chance, j'avais pas entendu mon réveil.
Tout en entrant dans l'infirmerie, Ginny secoua la tête avec indulgence. Forte de son expérience en matière de conversations avec Luna, elle pouvait déduire un partie ce qui s'était véritablement passé le matin même. Si le réveil de Luna avait échoué à réveiller cette dernière, il devait en être autrement pour ses camarades de dortoir, lesquelles s'étaient certainement empressées de réveiller Luna pour s'assurer qu'elle ne fasse pas la grasse matinée à leur dépends. Rien dans tout ça expliquait la présence des plumes, à moins que l'une d'elle n'ai éventré un coussin dans l'opération, mais l'hypothèse semblait improbable aux yeux de Ginny. Plus précisément, elle doutait qu'un coussin contienne de telles plumes. Éventrer un coussin sous le coup d'une crise de nerfs était parfaitement plausible pour quiconque faisait les frais des excentricités de Luna à long terme sans y développer une certaine immunité.
L'infirmerie n'était pas déserte lorsque le couple y entra. Ginny retint un sourire en voyant la masse gémissante de Goyle assise sur un lit pendant que Mme Pomfresh l'examinait sans manifester la moindre trace de dégoût. Ginny ne pouvait qu'admirer le professionnalisme de l'infirmière face à l'horreur cumulée de Goyle et des pustules. Elle doutait de pouvoir contempler le résultat d'aussi près sans rendre son petit déjeuner. Crabbe fut le premier à noter leur entrée, fronçant stupidement les sourcils, comme s'il cherchait à reconnaître leur visage. Mme Pomfresh leva les yeux du visage torturé de Goyle avec à peine un éclair de soulagement et les posa sur Ginny.
-Oh, c'est vous. Un souci, Miss Weasley ? Ne me dites pas que Miss Lovegood fait une rechute ?
-Non, je crois qu'elle a juste un rhume, répondit Ginny alors que Luna éternuait dans son dos, faisant hausser un sourcil à l'infirmière. Je vous assure qu'elle ne simule pas, Mme Pomfresh. Elle éternue vraiment comme ça...
-Décidément, cette jeune fille me surprendra toujours, soupira Pomfresh. Installez-la sur un lit. Si c'est un simple rhume, ça peut attendre que j'en finisse avec celui-là. Une idée de ce qui lui est arrivé, exactement ? Son ami semble incapable de me fournir une explication.
Difficilement, Ginny réprima un sourire moqueur et s'empressa de mener Luna vers un lit pour la faire asseoir avant de répondre.
-Jessica Wingdal a eu une altercation avec Pansy Parkinson. Disons que se trouver juste derrière Parkinson était une mauvaise idée.
-Je vois... Miss Wingdal a eu la main lourde. Vous, étalez-lui ce baume sur la figure ! dit-elle en fourrant dans les mains de Crabbe un pot dégageant une odeur nauséabonde. Et ne faites pas cette mine dégouttée, c'est sans danger.
Pendant que Crabbe étalait sans grand enthousiasme le baume sur le visage de Goyle, Pomfresh approcha de Luna et l'examina d'un air grave. Le visage de la jeune fille était plus coloré que dans son souvenir et elle semblait effectivement souffrir d'une légère fièvre. Ginny la regarda faire avec un étonnement grandissant. Pomfresh semblait délibérément prendre son temps pour ausculter Luna. Habituellement, il ne fallait que quelques secondes à l'infirmière pour diagnostiquer le mal dont souffrait un élève avant de lui administrer le remède correspondant. Sa surprise devait se lire sur son visage car Pomfresh roula des yeux avec éloquence.
-Oh, je vous en prie, Miss Weasley, vous croyez vraiment que j'aime passer mon temps à soigner des défigurations et autres "accidents" magique ? Ça vous amuse peut-être de provoquer chez vos camarades des explosions de pustules ou autre immondices, mais c'est à moi de réparer les dégâts derrière. Pour une fois qu'on vient me voir pour un simple rhume et que ça me permet d'échapper aux pustules, vous pouvez bien me laisser en profiter un peu, non ?
-Je n'ai rien dit, répondit Ginny avec un sourire amusé. Et je vous comprends parfaitement.
Ce qui était on ne peut plus vrai. Pour avoir passé énormément de temps à l'infirmerie cette année, durant la convalescence de Luna, Ginny savait que le travail de Pomfresh était loin d'être facile. Les années précédentes, jamais Ginny n'avait vraiment prêté attention à l'infirmerie, considérant que Mme Pomfresh était plus une employée au niveau de Mme Pince ou Rusard, faisant un travail secondaire, bien que nécessaire. Séjourner aussi longtemps à l'infirmerie avec Luna lui avait permis de revoir son jugement et de réaliser que le rôle de Pomfresh était autrement plus fondamental et rendait la vie plus facile à tout le monde en plus d'être assez ingrat. Cela lui avait également permis de mieux connaître l'infirmière et de faire naître entre elles une certaine complicité. Pomfresh avait une tendresse particulière pour Luna et ne manquait jamais une occasion de la materner un peu.
-Oserai-je demander comment vous avez attrapé froid, Miss Lovegood ?
-Un Sniffeur s'est glissé dans mon lit, répondit Luna sur le ton de la confidence.
-Miss Weasley ?
-Elle est allée à la chasse au Ronflak ce matin, sous la pluie, répondit Ginny en secouant légèrement la tête, bien que son expression manifestait plus de l'indulgence que de l'irritation devant l'inconscience de sa fiancée.
Soupirant avec résignation, Mme Pomfresh alla chercher une potion, s'arrêtant en passant pour s'assurer que le baume faisait effet avant de congédier un Crabbe soulagé de pouvoir quitter enfin l'infirmerie. Elle revint ensuite après de Ginny et Luna pour donner la potion à cette dernière qui grimaça après l'avoir avalé.
-Voilà qui devrait faire l'affaire. Et tâchez d'éviter d'aller sous la pluie, Miss Lovegood. J'apprécierai que votre prochaine visite soit tout simplement une visite de courtoisie. Et dites à Miss Wingdal qu'elle n'a pas à se sentir obligée de me fournir du travail.
Après avoir remercié l'infirmière, Ginny et Luna repartirent en direction des gargouilles gardant l'entrée du bureau de Dumbledore afin de voir si Jessica était sortie ou non et se faire une idée des conséquences de l'entrée fracassante de la garoute dans la Grande Salle. N'y voyant pas Hermione, Ginny afficha une moue, songeant qu'elles avaient dû repartir. Elle réfléchissait aux endroits où le couple aurait pu se rendre après coup lorsque les gargouilles s'écartèrent d'un mouvement brusque, laissant le passage à une Jessica furieuse suivie de près par Hermione.
-Il est complètement sénile !
-Tu exagères.
-Tout juste, en fait c'est sûrement l'une des pires punitions qu'il pouvait m'infliger...
La surprise passée, Ginny courut en direction d'Hermione avant de revenir chercher Luna qui tentait de chatouiller l'une des gargouilles à l'aide d'une des plumes attachées à ses cheveux, pour repartir à la suite de ses amies en entraînant sa fiancée par la main.
-Ça s'est si mal passé que ça ? demanda-t-elle en arrivant à la hauteur d'Hermione.
-Une retenue, répondit Jessica. Et Dumbledore veut que je fasse ami-ami avec les Serpentards ! Complètement sénile !
-Pourquoi faire ? s'étonna Ginny qui peinait à voir la pertinence d'une telle demande.
-Sadisme, sans doute !
-Jess, calme-toi ! Il espère simplement que ça les encouragera à suivre son exemple et permettra de mettre un terme à la rivalité entre Gryffondors et Serpentards, ajouta Hermione à l'intention de Ginny et Luna.
Cette dernière éclata d'un rire incongru, comme si elle jugeait l'idée parfaitement ridicule. Jessica, qui s'était enfin arrêtée pour faire face à ses amies, hocha la tête d'un air sombre, visiblement mécontente de la situation.
-Exactement, c'est ridicule.
-J'avoue que c'est loin d'être gagné, dit Ginny. L'idée n'est pas mauvaise en soi, mais choisir Jessica pour ça ? Sans vouloir te vexer, les relations sociales, c'est pas ton fort...
-Quoi, t'as pas encore croisé mon fan club ? Je pensais pourtant que tout Poudlard en faisait partie.
-Elle a déjà avancé cet argument et plutôt deux fois qu'une, répondit Hermione tout en passant une main dans ce qui restait de chevelure à Jessica. Dumbledore a fait la sourde oreille.
-Pansy n'y a pas été de main morte, intervint Ginny avec une grimace. Faudrait au moins les recouper pour égaliser, mais ça va faire vraiment court.
-Ça fait bizarre, lança Luna sans vraiment la regarder.
Occupée qu'elle était à balancer sa tête d'un coté vers l'autre pour le plaisir de voir ses plumes se balancer au rythme de ses mouvements, il était difficile de savoir si sa remarque concernait son activité ou la chevelure de son amie.
-Tu voulais les couper de toutes manière, pas vrai ? fit remarquer Hermione avec un soupir. J'imagine qu'il faudra un peu de temps pour s'y habituer...
-C'était une idée en l'air, 'Mione, rien de plus. J'aime avoir les cheveux longs et, franchement, ça m'énerve de devoir cette nouvelle coupe à ce fichu pékinois !
Avec un sourire radieux, Hermione sortit sa baguette et la pointa en direction de Jessica qui eu un mouvement de recul. Sa chevelure se déploya soudainement, retrouvant son aspect initial. Incrédule, Jessica prit une mèche de cheveux entre ses doigts avant de poser les yeux sur une Hermione affichant un sourire satisfait.
-Il y a quelque chose que tu ne sais pas faire, Hermione ? demanda Ginny, à la fois impressionnée et amusée.
-Trop à mon goût. Rien à dire, Jess, t'es vraiment mieux comme ça.
Se reprenant quelque peu, Jessica enlaça Hermione pour la gratifier d'un baiser avant de la regarder avec sévérité.
-Merci, 'Mione. Par contre, tu sais que je t'adore, mais à l'avenir évite de me braquer ta baguette sous le nez à l'improviste, tu seras mignonne.
-T'es vraiment jamais contente, s'amusa Hermione. Tu crois vraiment que je voudrais t'abîmer ?
Jessica ouvrit la bouche pour répliquer, mais Hermione la réduisit au silence de la manière la plus efficace et agréable qu'elle connaissait. Lorsqu'elles croisèrent Harry et Ron, quelques minutes plus tard, ni l'un ni l'autre ne manifestèrent de grande surprise en voyant que la chevelure de Jessica était intacte, bien que Ron affichait une expression déçue. Au fil des ans, ils avaient vu Hermione accomplir assez d'exploits pour encore s'en étonner. Ils avaient pour ainsi dire accepté l'idée qu'Hagrid avait énoncé durant leur deuxième année : si un sort existait, Hermione était probablement capable de le lancer. Ils furent en revanche autrement plus surpris par la tâche que Dumbledore avait confié à Jessica ainsi que ses espoirs.
-Il demande l'impossible ! s'écria Ron d'un ton méprisant. Être ami avec des Serpentards, et puis quoi encore ?
-Je sais pas trop... dit Harry d'un ton songeur. J'avoue que l'idée me paraît aussi stupide, mais faut bien reconnaître que tous les Serpentards ne sont pas comme Malfoy. Regarde les Wingdal.
-Tu parles d'un exemple ! Vous pouvez dire ce que vous voulez, j'ai pas confiance en cette fichue vipère ! Et son père est plus élève ici, ça compte pas !
-Surtout, faites comme si j'étais pas là, hein, lança Jessica.
-Ron, on va pas remettre ça sur le tapis...
-C'est toi qui ressort ça, je te signale !
-Tu sais quoi, 'Mione ? Je crois que c'est la première fois que ces deux crétins font exactement ce que je leur dis. Comme quoi l'évolution existe bien.
-Oh, ça va, on te parle pas, toi ! s'énerva Ron.
-Nan, mais t'arrête pas en si bon chemin, Weasley, ça me fait des vacances.
Hermione contemplait les deux antagonistes s'invectiver à qui mieux mieux d'un air effondré. Forcément, partie comme ça, l'entente cordiale entre Gryffondor et Serpentard semblait bien lointaine. Elle-même devait bien reconnaître que Dumbledore faisait preuve d'un optimisme frisant le ridicule avec cette histoire. La dispute tourna heureusement court, Ron étant loin d'égaler le sens de la répartie de Jessica, affûtée au fil des retenues avec un Rogue expert en la matière. Furieux, il opta pour un silence boudeur des plus reposant.
-Tu sais, Ron, le choipeau a failli m'envoyer à Serpentard...
Un silence stupéfait s'abattit sur le groupe. Harry n'avait jamais révélé ce détail avant ce jour et il voyait clairement que la nouvelle les surprenaient. Même Jessica le fixait avec incrédulité, ce qu'il trouvait des plus vexant sans trop savoir pourquoi. Pour sa part, Ron affichait une grimace, cherchant visiblement quelque chose à répondre à cette nouvelle.
-D'accord, mais il a fini par t'envoyer à Gryffondor, c'est le principal. Ne me dis pas que t'envisages vraiment de devenir ami avec Malfoy ?!
-Bien sûr que non, Ron, mais on a jamais vraiment cherché à connaître les autres Serpentard ! Jessica est en même année que nous, pourtant c'est que maintenant qu'on la connaît.
-Et c'était très bien comme c'était, grommela le rouquin entre ses dents.
-Harry a raison, intervint Hermione avant que Jessica n'ait le temps d'ouvrir la bouche pour répliquer. Ces préjugés sont complètement stupides ! Ron, Harry et toi êtes devenus amis dans le Poudlard Express avant même de mettre les pieds à Poudlard. Qu'est ce que tu aurais fait si le Choipeau l'avait vraiment envoyé à Serpentard ? Tu ne lui aurais plus jamais adressé la parole et tu l'aurais détesté par principe ?
-Mais il a fini à Gryffondor, rétorqua Ron en roulant des yeux, comme si Hermione ne pouvait pas comprendre une chose aussi simple.
-T'as vraiment du grumeau dans le crane, Weasley ! s'énerva Jessica. Ce que 'Mione essaie de t'expliquer, c'est que toi gros crétin pas capable penser tout seul, alors toi réfléchir avec Maisons sinon grosse migraine ! Et toi hypocrite car toi penser vilains serpents qui pensent que sang être important alors que toi penser que Maison l'être encore plus ! Toi compris ? Vouloir banane, aussi ?
-Jess...?
-Oui, 'Mione ?
-Un jour, il faudra vraiment que je t'explique ce que c'est que la diplomatie... soupira Hermione en se pinçant l'arrête du nez.
-Bah quoi, je me suis mise à son niveau, non ?
Tout en retenant Ron qui semblait vouloir se jeter sur Jessica, Harry se faisait la remarque que la Serpentard n'avait pas vraiment tort. A bien y réfléchir, des années durant il s'était placé au dessus des Serpentard simplement parce qu'il était un Gryffondor. Lui-même avait rejeté l'idée d'intégrer Serpentard, persuadé qu'y entrer ferait de lui un mage noir à coup sûr. Plus surprenant encore, Luna acquiesçait doucement aux paroles de Jessica. Il s'était attendu à ce qu'elle éclate de rire à la manière dont Jessica avait exposé les faits. Bon, à voir son expression, on pouvait se demander si elle écoutait vraiment ce qui se disait autour d'elle, mais quand même. Un cri résonna brusquement dans les couloirs, brisant le fil de ses pensées et les faisant tous sursauter à l'exception de Jessica et Luna.
-Ah... fit la première en claquant des doigts, comme si elle venait brusquement de se souvenir d'un détail. Ça me fait penser... Vous croyez qu'oublier de retirer le maléfice que j'avais placé dans le sac de Parkinson va nuire à mes chances de devenir sa meilleure amie ?
Tous éclatèrent de rire, à l'exception d'Hermione qui poussait un soupir résigné et de Ron qui lui adressait un regard mauvais.
-C'était quoi, ce maléfice ? demanda Hermione.
-Pfff, me souviens plus. J'étais furieuse, j'avais envie de l'étriper, y avait son sac qui traînait, j'y ai envoyé divers maléfices en suivant l'inspiration du moment. Rien de bien dangereux. Enfin, probablement pas. C'est elle qui a commencé, hein !
-C'est Mme Pomfresh qui va être contente, fit remarquer Ginny en tapotant une Luna s'étouffant de rire dans le dos. Elle vient juste de me demander de te dire d'éviter de lui donner encore plus de travail, Jessica.
