Enfin dans le vif du sujet ! A partir d'ici, les chapitres vont être plus longs. En effet, c'est une longue histoire, et je vais ramer pour faire les coupures ! Parce quand je l'ai écrit, j'en ai pas fait des masses ! Au début en fait, il n'y en a même pas… Il faut attendre… bien 30/40 pages pour en avoir une ! Ça ferait un chapitre interminable ! Je vais donc faire mon possible pour vous satisfaire, mais… On verra !

Je m'excuse d'avance si les fins de chapitres sont bancales !!

Bonne lecture !


Wing et Shinigami

DEUXIEME PARTIE : Une si longue histoire ?? Quel roman… !


CHAPITRE n°1 : Visite en Enfer…

Le jeune ange pleure, seul dans la petite salle obscure. Il a faim. Et mal. Et peur. Très mal.

La porte s'ouvre brusquement, laissant passer un aveuglant trait de lumière. Le garçon lève le bras et plisse les yeux pour protéger ses pupilles depuis trop longtemps habituées à la pénombre étouffante de la petite pièce vide. On le saisit sans douceur par le bras pour le relever. Une voix dure fait exploser ses oreilles.

« J'ai encore perdu un marché à cause de toi ! Je vais t'apprendre, moi, à faire fuir les clients ! Tu vas voir tu t'en souviendras longtemps après !

Le claquement puis la brûlure sur le corps déjà douloureux du garçon. Les pleurs de celui-ci redoublent. On le tire sans douceur en avant, le faisant tomber par terre. Le fouet imprime coup sur coup dans sa chair à vif. Il se recroqueville sur lui-même pour protéger un minimum son corps et tente de cacher son visage avec ses mains.

L'homme commence à lui hurler dessus, ponctuant chaque mot d'un coup de fouet puissant et douloureux.

« Demain, ... dis ... adieu ... à tes ... ailes. ... Je vais ... enfin ... pouvoir ... te ... vendre. ... Demain ... tu ... ne ... seras ... plus ... un ... démon, ... un fils de malheur ! ... Demain ... tu ... seras ... ma ... marchandise ... et ... les gens ... se battrons ... pour ... t'avoir. ... Car ... tu es ... beau, ... tu sais. ... Tu ... es ... vraiment ... très beau. ... Mais ... tes ... ailes... Tes... ailes... ! ... Demain ... les ... traces ... de ... cette ... laideur ... disparaîtront ... et ... je ... pourrais ... enfin ... me ... débarrasser ... de ... toi, tu ... entends ? ... Me ... débarrasser ... de ... toi ! Après tout, ... qui ... porterait ... intérêt ... à ... la ... blessure ... d'un ... esclave, ... même ... d'un ... très ... bel ... esclave ? Hein ?

- ...

- REPONDS-MOI !

- Personne Maître... gémit le garçon en sang.

- Répète !

- Per-sonne... Maî-aîtr...

- ARRÊTEZ !!! LAISSEZ-LE !! VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT !!

Le garçon ouvre difficilement un œil pour voir une silhouette quitter le chambranle de la porte pour se ruer sur son bourreau. L'inconnu(e) repousse brutalement l'homme pour se planter entre lui et le garçon recroquevillé à terre.

« C'est un garçon, bordel, pas un sac de farine ! Vous n'avez pas le droit de le traiter comme ça ! La loi contre l'esclavage vous est passée au-dessus de la tête, on dirait ! Vous n'êtes pas au courant que l'esclavage de quiconque, de quelque espèce que ce soit, est interdit ? Cela fait des siècles déjà que c'en est ainsi !

- Il est ma propriété, tu n'as pas à t'en mêler, sale gamin ! D'ailleurs dégage ou tu feras toi aussi partie de mon troupeau, tu es bien beau, mon mignon !

- Vous osez le comparer à une bête ? Vous n'avez pas honte ! Ce n'est pas une vache ou un mouton ! Vous n'avez pas le droit de le traiter comme vous le faites ! Même un rat tel que vous ne mérite pas ce traitement !

Le fouet part vivement vers le mystérieux personnage, vers la poitrine. L'étranger (l'étrangère) tend le bras et la lanière fine s'enroule rapidement autour, jusqu'à l'épaule. D'un brusque mouvement, l'inconnu(e) arrache l'objet des mains du marchand. Il (elle) réunit lanière et manche puis, d'un violent coup, brise l'arme sur son genou. Il (elle) en jette les débris derrière lui d'un geste négligeant, et la créature battue se replie en position fœtale pour éviter le projectile. Mais les vestiges de l'instrument de sa précédente punition passent loin d'elle, comme si cet(te) inconnu(e) avait calculé sa force.

« Assis. Au fond de la pièce. En silence. Tout de suite.

- Mais pour qui te prends-tu, sale petit prétentieux ?

- Je me prends pour ce que je suis, à savoir L'Elu.

- L'Elu ?

- Oui, L'Elu. Ce même Elu justement qui vous ordonne de vous terrer dans ce coin là-bas et de ne plus en bouger.

- Bien sûr, je me plierais à vos exigences avec bon cœur et complaisance, Votre Sérén…

- Inutile d'utiliser les flatteries, je n'y suis pas sensible. Je suis de glace face aux rats de votre acabit.

L'homme serre les poings devant l'humiliation. Comment ce gamin, tout Elu qu'il soit, ose-t-il lui donner des ordres ?!?

« L'Elu » se détourne après s'être assuré que le scélérat lui ait obéit. Silencieux, il va fermer la porte, plongeant la pièce dans une obscurité totale. Par son pouvoir il fait apparaître des cordes et un bâillon qui enserrent aussitôt le marchand d'esclaves.

Un joli lustre composé de huit bougies trônant sur un chandelier haut à plusieurs « étages » se matérialise également dans les airs. Il le prend dans sa paume et vient près du garçon tremblant. S'asseyant sur ses talons au niveau du ventre de l'ange torturé, au plus près de lui, presque à le toucher, « L'Elu » avance la main. Le jeune homme tente de se soustraire au contact, le corps agité de tremblements incontrôlables.

« Je ne te ferai rien, je te promets. Si je suis venu ce n'est pas pour te faire du mal.

Comme pour prouver sa sincérité, le jeune homme fait apparaître des couvertures et des coussins chauds et parfumés, des plats entiers de nourriture, des boissons diverses rafraîchissantes et des peluches douces, grandes ou petites. Puis il s'éloigne, restant à la limite de la pénombre, de sorte que l'ange puisse distinguer sa silhouette dans l'ombre, sans se sentir pour autant agressé.

« Vous, vous bougez d'un cheveu, je vous cloue au mur. Au sens littéral du terme.

« L'Elu » tourne la tête vers l'homme, lui signifiant s'il y avait un doute que c'est bien à lui qu'il s'adresse.

De deux claquements de doigts successifs, il fait disparaître le bâillon...

« Compris ?

- Oui V...

... puis le fait réapparaître presque aussitôt.

L'ange quant à lui observe, émerveillé, les nounours chaleureux et les lapins accueillants. Il tend timidement la main vers un gros ours d'un peu plus d'un mètre quatre-vingt, aux longs poils soyeux, d'une jolie couleur chocolat. Lentement, il s'approche de la peluche, centimètre par centimètre, lentement, lentement, lentement, si lentement mon Dieu, pour finalement se blottir entre les jambes de l'ours souriant, serré contre le gros corps poilu. Aussitôt par la magie bienveillante de ce mystérieux « Elu » la peluche commence à irradier de chaleur, d'abord infime, augmentant lentement, pour ne pas effrayer le garçon déjà terrifié.

Silencieux, « L'Elu » observe très attentivement son nouveau protégé, détaillant ses moindres faits et gestes, essayant de cerner ses besoins, ses envies, et surtout, ses craintes. Il sait déjà que le jeune homme est attiré par quelque chose de gros, doux et à l'apparence sécurisante. Le nounours choisi en est la preuve, la nomination de cet ours-là n'est pas hasardeuse, elle relève de la peur du garçon. L'ours désigné est le plus gros, le plus amical et le plus poilu de tous. Le plus doux, celui à l'apparence la plus câline et bienveillante de tous ceux qu'il lui a présentés.

Alors, lentement, point par point, « L'Elu » dessine autour du pauvre ange une chambre accueillante, chaude, sans le brusquer, pour qu'il ne prenne pas peur. Une épaisse moquette bleu sombre moelleuse sous le pied nu, de petits meubles simples mais « vivants », de petites commodes, pas plus d'un mètre de hauteur, à tiroirs larges, un grand lit douillet où il fait bon s'y blottir, le même tas de peluches, agrandit par quelques chats, lions, tigres, dauphins... Et des bols entiers débordant de sucettes, bonbons gélatineux, piquants, fondants, croquants, amers, sucré, acides, doux...

Il ajoute une porte pour donner un sentiment d'isolation au jeune garçon mais la laisse entrebâillée. La chambre est au garçon, rien qu'à lui, il peut fermer la porte au premier venu qu'il ne veut pas voir, mais il n'en est pas enfermé pour autant.

Et, paroxysme d'attentions, il appelle une jolie mère chatte accompagnée de ses trois petits chatons, tous au poil long, câlins et joueurs, tendres et doux, ne demandant qu'un peu de douceur pour les quatre petits êtres fragiles qu'ils sont. Un bel orangé, un tricolore, blanc avec des taches brunes claires et noires, et le dernier, tout blanc avec seulement une toute petite tache derrière la patte avant droite. Le résultat n'est pas exactement ce que L'Elu espérait, mais après tout, il imagine et matérialise des objets ou des êtres, il ne les crée pas.

Le garçon ne semble pas s'apercevoir du changement, plongé qu'il est dans la fourrure fournie de son nounours personnel. Il finit pourtant par tourner la tête vers son nouvel environnement, observant d'un œil étonné « sa chambre ». Il s'attarde sur le lit. Il n'a jamais connu la chaleur d'un lit pendant l'hiver, la sécurité des couettes et des peluches. Ça doit être bien, de pouvoir dormir à l'abri, juste une fois, même un tout petit peu...

Une petite boule de fourrure vibrante le ramène à lui en se frottant contre son genou. Il tend lentement la main vers le petit chat, et l'animal loge sa tête avec douceur dans sa paume. Avec hésitation, le jeune ange blessé commence à caresser le minou. Le petit être poilu commence à ronronner bruyamment, puis vient se lover entre les jambes du garçon.

Rapidement, les trois autres félins rejoignent qui leur frère, qui leur fils, puis s'étalent leurs petits corps chauds sur la personne meurtrie du garçon. Celui-ci les observe silencieusement, son regard focalisé sur le chat presque intégralement blanc. Cette tache... Comme lui, seule marque de noirceur dans la blancheur éclatante... Si pareil à lui... Il glisse ses mains sous le petit corps endormi pour l'étreindre contre son cœur, de toutes ses forces, les larmes commençant à s'écouler de ses grands yeux.

Il s'interrompt brusquement, immobile.

S'immisçant légèrement dans son esprit sans pour autant vouloir violer ses pensées, « L'Elu » vérifie son intuition, à savoir, que l'ange s'est endormi. Il ne demandait que cela, en fait ce pauvre garçon. Quelque chose ou quelqu'un à qui donner un peu de tendresse et de qui en recevoir. Ça tombe bien, parce de la tendresse, L'Elu en a beaucoup à offrir.

Il forme un film insonorisé entre l'homme ligoté et lui-même, puis lentement, dans le silence le plus complet, L'Elu se lève et s'approche sur la pointe des pieds de la chambre de l'ange. Il pousse doucement la porte qui pivote sans un grincement, pour enfin pénétrer dans le royaume du garçon.

Il l'observe un moment, attendri, puis, sans le toucher, uniquement avec ses pouvoirs, transporte le petit esclave pour le déposer délicatement dans son lit, rabattant deux grosses couettes et six couvertures légères sur lui pour qu'il ait bien chaud. Les petits chats changent de place lors du transfert, se pelotonnant tous contre le ventre et la poitrine du jeune homme, tous, sauf le petit blanc muni d'une seule et unique tache noire, lové dans la gorge fine.

L'Elu s'assoit par terre sur l'épaisse moquette, les genoux sous le menton, observateur silencieux et attentif. Il détaille scrupuleusement le garçon, s'étonnant de la cruauté de cet homme. Comment peut-on faire autant de mal à un tel ange, aux sens propre et figuré du terme ? Comment faire si mal à un garçon si craquant ? Car oui, le garçon est craquant. Personne digne du nom d'individu ne peut ou pourrait décemment rester de marbre face au spectacle de ce garçon timide et terrorisé.

L'Elu se plonge dans la contemplation du dormeur, veilleur silencieux et vigilant. L'ange dort profondément, sûrement épuisé par l'homme et à bout de forces.

Tendant la main, L'Elu attrape une pomme. Il mord distraitement dedans, savourant la fraîcheur du fruit.

« C'est quoi ?

Il se tourne vers la voix et sourit avec douceur.

« Quoi, ce que je mange ?

Le garçon acquiesce, le nez enfouit dans ses couvertures.

« C'est une pomme. Tiens, goûtes.

« L'Elu » tend le fruit au jeune esclave meurtri, souriant toujours. Le garçon prend la pomme avec hésitation, puis en prélève une petite bouchée. Il mâche lentement, appréciant la nouvelle saveur de l'aliment. Comment ça s'appelle, déjà ? Une... pomme ?

« Tu aimes ?

Que répondre ? Non, il n'aura plus rien à manger, oui il n'en aura pas pour le punir de sa laideur.

« Tu en as plein, là, si tu veux. Tiens.

Un plat regorgeant de pommes rouges lui est présenté par le jeune garçon assis par terre au pied du lit où il est installé. Il fixe un instant les fruits appétissants, sentant son estomac affamé se réveiller.

« ... Je... Je peux... ?

- Prends-en autant que tu veux. Tout ce qui est là, ce n'est rien que pour toi.

La bouche du garçon s'arrondit alors que ses yeux s'écarquillent en un air d'enfant étonné. Puis son visage se ferme et il se musse sous la couette.

« C'est pas vrai. Dès que je vais m'approcher vous allez recommencer.

Laissant sa peine s'afficher un instant sur son visage, « L'Elu » s'avance lentement sur les genoux, posant le plat de pommes près de l'oreiller. Il se recule ensuite, s'asseyant en tailleur juste devant la porte, laissant le garçon le regarder à loisir sans se sentir agressé.

L'ange le détaille. Habillé en noir, simplement mais élégamment, le garçon a l'air gentil, ou du moins il ne semble pas lui vouloir de mal.

Il n'a pas le temps de se poser de question sur les arrières pensée de cet inconnu qu'il se retrouve dans ses bras, blottit contre lui, serré contre son torse. Et le plus étonnant, c'est que le garçon n'a pas bougé de sa position, c'est-à-dire qu'il est toujours assis en tailleur devant la porte. C'est donc l'ange qui a bougé, sans s'en rendre compte, sans même le vouloir.

Les bras de « L'Elu » se resserrent lentement autour de lui, mais il ne se sent pas agressé. Pourquoi, il ne sait pas. Peut-être le cœur lent et calme sous son oreille, peut-être l'aura de douceur dégagée par ce garçon.

Pourtant quand le garçon bouge, le petit esclave cherche à se libérer de la douce étreinte de cet « Elu ».

« Du calme, je prends juste un bonbon, je ne te fais rien.

- Un... bonbon ?

- C'est un petit aliment fait en sucre, de différentes tailles ou formes. Tu veux goûter ?

Un petit ours rouge translucide se rapproche lentement des lèvres entrouvertes de l'ange, pour finalement s'arrêter à quelques millimètres d'elles. Le garçon hésite un moment, louchant suspicieusement sur le nounours. Avec lenteur sa bouche s'ouvre un peu plus, son compagnon y glisse délicatement la sucrerie. C'est... bizarre. Ça a une texture étrange, particulière. Rigolote. Ça se mâche longtemps, et le goût est faible, mais quand même un peu présent. Il regarde cet... « Elu » avaler lui un ours jaune et un vert, en même temps, en le regardant avec douceur. L'ange étudie attentivement son visage, cherchant à déceler le signe de la duplicité de ce garçon. Celui-ci arrête de mâcher sous l'acuité du regard, scrutant les yeux de l'autre du même air doux et patient. Il devine plus ou moins ce à quoi veut parvenir le petit esclave : savoir s'il est ami ou ennemi. Il semble avoir beaucoup souffert à cause de l'homme, et doit se demander s'il peut ou non faire confiance à l'inconnu qu'il représente. Il rompt l'examen par une question simple mais importante, lui paraît-il.

« Tu as mal ?

L'ange cligne des yeux. Pourquoi cet inconnu s'intéresse-t-il ainsi à lui ?

Le garçon ne répondant pas, « L'Elu » lève la main au-dessus de la tête de l'ange, baignant celui-ci d'une douce lumière bleutée. L'ange sent toute la douleur de son corps disparaître. « L'Elu » ressent une vague de souffrance terrible, qui perce son cœur et fige son souffle dans ses poumons. Il redonne son mal à son jeune protégé, enlevant sa main. Brusquement l'esclave se plie, se libérant un peu brutalement du bras de « L'Elu ». Celui-ci décide de se passer de l'autorisation du garçon et pose les paumes de ses mains sur l'os triangulaire du début de l'aile. Faisant agir son pouvoir, il fait de son mieux pour tenir immobilisé le garçon.

Doucement, avec la plus grande délicatesse, « L'Elu » ouvre l'aile droite du garçon meurtri et tremblant, apposant sa main sur la naissance même des rémiges. Il sait bien que cette zone est très sensible, mais il n'a pas vraiment le choix. Alors qu'il s'apprête à poser sa main sur l'endroit, il stoppe brusquement son geste.

Les plumes composant la naissance de la grande aile sont rouges, gorgées de sang. L'on peut voir un trou dans les plumes, signes que certaines ont été arrachées. Sans doute la raison de tout ce sang. Il voit un petit bouquet de plumes de couleur différentes, cassées à mi-longueur.

Des plumes noires.

Alors c'est pour ceci que cet homme le battait ? A cause de quelques malheureuses plumes noires ? Lentement, la main de « L'Elu » se pose sur la blessure de l'ange battu. Le garçon détruit le mal de l'ange, agissant de son pouvoir sur la blessure cruelle pour la soigner. Et en effet les plumes noires repoussent, lentement, presque invisiblement à l'oeil nu. « L'Elu » le sent pourtant, lui, car l'ange souffre vraiment beaucoup, et qu'il s'épuise lentement à réparer doucement son corps éreinté, un corps très endommagé par la faim, le froid, la douleur et les coups à répétitions, sans cesse ni sens. Posant sa seconde main sur les reins du garçon brusquement figé, « L'Elu » concentre son pouvoir sur le corps meurtri offert à ses soins.

Une douce chaleur emplit son corps tremblant, apaisant la douleur. Il sent le mal disparaître, lentement mais sensiblement, résistant pour mieux faire apprécier chaque victoire même infime de cet agréable rayonnement émanant, il lui semble, des mains de ce garçon sur lui. Il ne bouge plus, laissant l'inconnu maintenant indéniablement et manifestement bienveillant prendre soin de lui, le soigner, apaiser sa douleur, cette souffrance à laquelle il est depuis trop longtemps habitué.

Voilà, c'est presque finit. D'une dernière poussée de son pouvoir il régénère entièrement le corps fatigué de l'esclave. Il enlève ensuite ses mains, pour en replacer une au-dessus de la tête du garçon. Il sourit, assez satisfait de son œuvre. L'ange n'a plus mal, plus froid, mais par contre il a faim, et peur. Doucement il le prend dans ses bras, se penchant pour prendre un des plats posés par terre. Il est garni de bonnes choses à manger, tablettes de chocolat, sucettes, petites boîtes de céréales diverses accompagnées de bouteilles de lait, le bol posé sur la moquette, des parts de pâtissiers ou des petits gâteaux tout entiers, ou des parts de tailles diverses de gâteaux commerciaux, de brioches, des Twix, des Mars, des Lions, des Snickers, du nougat aux amandes moelleux, tout cela mélangé à des échantillons de 25cl de boissons, gazeuses ou non, jus de fruits divers, Coca, Orangina, Limonade...

« Tu veux quoi ? demande-t-il à l'ange tout en fouillant dans le plat avec une main.

- Je ne sais pas...

- Ça te dit, ça ? propose L'Elu en lui montrant une barre chocolatée.

L'ange hausse les épaules. Comment savoir ce qu'on aime ou préfère lorsqu'on ne connaît la saveur que du pain, de la purée en sachet et de l'eau ?

« Tu me dis si tu ne veux pas ce que je te propose, surtout, ne te force pas.

- Je ne connais rien de ce que vous me proposez.

- Tu veux goûter ? Tu verras, c'est bon.

Pas de réponse. Mordant à pleines dents dans un Mars et cassant l'autre bout, L'Elu tend le petit morceau à l'ange. Celui-ci fixe l'aliment un moment, méfiant, avant de concéder de l'avaler.

Sitôt la sucrerie arrivée dans son estomac qu'il sent une faim tenace le prendre et le plier en deux. Son estomac se contracte, avide ce qu'il n'a pas eu depuis des mois, depuis toujours en fait. Le voyant se plier en deux et serrer les bras autour de son ventre, dents et paupières serrées, L'Elu comprend sans mal que le garçon est affamé et qu'il doit subir les protestations véhémentes d'un estomac depuis trop longtemps privé de ce dont il a besoin. Il ouvre rapidement un autre Mars et en présente une petite moitié au jeune homme. Celui-ci prend cette fois-ci sans la moindre hésitation la nourriture et l'avale presque tout rond, mâchant au minimum. « L'Elu » lui donne un autre morceau qui subit le même sort puis un autre, et ainsi de suite.

L'esclave absorbe de cette façon une quinzaine de barres chocolatées avant que sa brusque poussée de fringale ne se calme.

« Ça va mieux ?

Il acquiesce silencieusement, serrant les paupières pour maîtriser les larmes qui lui sont soudainement montées aux yeux.

« Tu en veux d'autres ? Ou plutôt, tu voudrais bien boire un peu, avant ? demande doucement « L'Elu » en proposant au garçon de la Limonade légèrement aromatisée à la grenadine. Ça pique un peu c'est à cause des bulles, mais tu verras c'est plutôt rigolo. Tu sais, tu peux pleurer.

La phrase dite d'un ton simple, sans intonation particulière, fait s'écrouler toutes les barrières de l'ange battu. Il éclate en sanglots, incapable de se retenir plus longtemps. Il est doucement attiré dans une étreinte chaude et accueillante, protectrice. Deux bras doux le serrent contre le garçon, bienveillants et pas menaçants le moins du monde.

« Chhhh... Tout va bien, c'est fini... Je suis là, il ne te touchera plus, il ne te battra plus, c'est promis. Chhhh... Ça va, ne t'inquiète pas, fais-moi confiance, laisse-toi aller, là...

- Je vous en prie ne me faites rien... Je ferais tout ce que vous voulez mais ne me battez pas... Pas encore, s'il vous plaît, je vous en prie, je ferais tout ce que vous demanderez... S'il vous plaît...

- Tu as ma parole d'honneur que je ne te ferais rien. Ni aujourd'hui, ni demain, ni dans deux ou dans cinquante ans. Je ne veux pas te faire de mal, moi tout ce que je veux c'est t'aider à reprendre une vie normale. C'est la seule raison de ma présence ici. Te libérer de cette ordure.

- ... Qui êtes-vous... ?

- Tu peux me tutoyer, et qui je suis n'a aucune importance.

- Pourquoi ne pas me le dire, si ce n'est pas important ?

- Ton comportement changerait si tu savais qui je suis.

- De toute façon à part lui je ne connais personne. Qui que tu sois pour moi ça ne change rien.

- Alors pourquoi me demander qui je suis ?

- Alors pourquoi ne pas vouloir me le dire ?

- Pourquoi insister ?

- Pourquoi continuer de refuser ?

- Pourquoi tant d'entêtement ?

- C'est quoi l'entêtement ?

Un instant décontenancé de la question si franche, L'Elu cherche ses mots, puis il reprend ses esprits.

" L'entêtement c'est quand tu continue d'agir d'une certaine manière sans faire attention aux conséquences, à ce qui pourrait arriver à cause de cette façon d'agir.

- C'est bien ou mal ?

- Ça dépend de comment, par rapport à qui et à quoi c'est fait. Y a plein de choses à prendre en compte.

- C'est compliqué.

- Pas vraiment. Par exemple, moi je suis entêté.

- Pourquoi ?

- Parce que j'ai absolument tenu à te porter secours alors que ça peut avoir de graves répercutions sur ma vie et que personne dans mon entourage n'était d'accord avec moi.

- C'est quoi des répercutions ?

- C'est l'impact d'une chose sur quelqu'un ou sur plusieurs personnes après une action, ou parfois plusieurs. Quelques fois les répercutions s'enchaînent, et c'est très grave.

- Pourquoi tu as tant voulu m'aider si ça te met en danger ?

- Parce que je me fiche de ce qu'il peut m'arriver à moi tant que les gens comme toi sont en sécurité. De toute façon, vu ma situation sociale, il ne m'arrivera rien.

- Pourquoi ? Et c'est quoi « les gens comme moi ? »

- « Les gens comme toi », ce sont ceux dont on profite. « Les gens comme toi » sont trop gentils ou doux et les autres en profitent.

- Et ma première question ?

- Tu m'as eu. D'accord, j'avoue tout Votre Honneur. Connais-tu L'Elu ? Sais-tu ce qu'il représente ?

- Non.

- L'Elu, c'est Le Prince, L'Héritier du Royaume.

- C'est toi L'Elu, hein ?

- Oui, c'est moi.

- C'est pour ça que l'homme il t'a obéit, hein ? Quand tu lui as dit ton nom, il a changé et il est devenu tout gentil.

- C'est un sale hypocrite.

- C'est ça un hypocrite ? Quelqu'un qui obéit aux plus forts que lui ?

- Nan, un hypocrite c'est quelqu'un qui est gentil en face de quelqu'un mais dès que la personne a tourné le dos, il la critique ou cherche à lui faire du mal. Lui il est hypocrite parce qu'il est devenu miel lorsqu'il a appris qui j'étais alors qu'à peine avant, il m'a menacé de me battre. C'est ça aussi un hypocrite.

- Il y en a beaucoup, des hypocrites ?

- Oh oui !

- Toi tu es hypocrite ?

- ... Je ne pense pas. Moi je dis ce que je pense aux gens. Après ils en font ce qu'ils veulent.

- Dis...

- Hm ?

- Je... Je peux...

- Prends-en, sers-toi, tout ce qui est là est à toi et si tu veux, j'en ferai d'autres.

- Tu fais des gâteaux ?

- Nan, répond L'Elu en rigolant. Regarde.

Une pile de boîtes de Mars apparaît aussitôt, d'environ un mètre. L'Héritier tend le bras et renverse l'empilement d'un geste nonchalant. Les boîtes s'écroulent sur la moquette dans un bruit de montagne, déversant des dizaines, des centaines de barres chocolatées par terre.

« Oooh... !

- C'est comme ça que je t'ai transporté dans ton lit sans te toucher.

- Tu m'as soigné avec ça, aussi ?

- Oui. C'est une de mes... qualités d'Elu. C'est entre autre grâce à cela que je suis L'Héritier.

- Ça aurait dû être quelqu'un d'autre, L'Elu ?

- Je suis le deuxième fils de la famille. J'ai un grand et un petit frères, et une petite sœur.

- Ça fait beaucoup d'enfants, ça...

- Les familles « royales » ont toujours beaucoup d'enfants, c'est pour optimiser les chances de préserver le pouvoir dans l'enceinte de la famille, grâce justement à ces descendants.

- C'est quoi, "optimiser les chances de préserver le pouvoir dans l'enceinte de la famille grâce à ces descendants" ? Je comprends pas...

- Optimiser, c'est donner les meilleures conditions possibles. La descendance, c'est les enfants, les descendants ; ils descendent des parents. Préserver, c'est comme protéger, garder.

- Donc, tu as dit que les familles au pouvoir ont beaucoup d'enfants pour donner les meilleures conditions aux enfants de garder le pouvoir dans la famille, c'est ça ?

- Exactement. Tu apprends vite.

- C'est pas dur, je sais rien.

Un peu choqué il est vrai par la phrase fataliste du garçon dite comme si le fait énoncé était normal, Le Prince reste silencieux

Hésitant, l'ange tend lentement la main vers une barre chocolatée. Remarquant ses doutes, L'Elu le rassure, ou essaie.

« N'aie pas peur je ne te ferai rien. Je t'ai déjà dit, tout ce que tu vois est à toi. La chambre y compris. J'ai créé tout ça pour toi, maintenant ça t'appartient, tu peux en faire tout ce que tu veux, même me jeter dehors.

- Je... Je n'ai pas le droit.

- Bien sûr que si. Tu es une personne qui a des droits, des libertés. Tu es libre de faire des choix, de refuser quelque chose...

- Je suis un esclave, je n'ai aucun droit. Juste celui d'obéir, de subir et de me taire.

- Noon ! Tu ne dois pas dire ça ! Si tu te vois ainsi, les gens en profiteront. Tu dois avoir un semblant d'estime pour toi-même si tu veux que les autres te respectent.

- C'est quoi, respectent ?

- Respecter, c'est quand on doit considérer les gens, agir avec elles comme avec des personnes et pas des objets. Par exemple, l'homme, là, il ne t'a pas respecté. Moi je te respecte. Je te parle normalement, je ne te bats pas, je n'agis pas avec toi comme si tu étais un objet.

- Mais pourtant c'est ce que je suis... !

- Mais non ! Tu ne dois pas penser ça ! Tout ce que l'homme t'a mit en tête, tu dois l'oublier ! Tu n'es pas un objet, on ne peut pas faire tout ce qu'on veut avec toi, tu peux choisir aussi. Tu es un être humain, avec tout ce qui est lié.

- Lié ?

- Attaché avec ?

- Ah d'accord... Pourtant lui il dit que je suis une chose belle chose mais une belle chose trop sale pour qu'on veuille d'elle...

- Ce qu'il te dit est complètement faux. C'est vrai, tu es un joli petit ange, mais tu n'es pas sale. Tu es pur, tu sais. Ton apparence n'a pas d'importance, c'est le cœur qui compte. Et pourquoi dit-il que tu es sale ?

- J'ai... des ailes noires.

- Mais pas du tout ! Elles sont blanches tes ailes ! D'un beau blanc légèrement crème, mais bien blanc !

- Lui il dit qu'elles sont noires...

- Tu ne connais pas les couleurs, hein ? demande L'Héritier d'une voix douce.

- Non...

- Regarde. Mon pull, » et il désigne de son index le tissu fin recouvrant son torse « il est noir. Mon pantalon, » et il montre de la même façon ses jambes « est noir. Ma... chemise » peine-t-il un peu en retirant son pull « est blanche. Tu vois la différence ?

- Oui.

Penchant la tête sur le côté, l'air perplexe, l'ange approche la main du col détaché de L'Elu. Lentement, avec hésitation et la peur de recevoir une gifle, le jeune garçon pose un doigt entre les clavicules du Prince. A sa surprise le garçon ne le repousse pas violemment, et ne le repousse pas du tout. L'Elu se contente de regarder son nouveau petit protégé avec douceur. La main de l'ange se déplace lentement vers son cœur, se glissant sous sa chemise. Le garçon stoppe en sentant un choc sous ses doigts. Puis un autre. Et encore un. Et puis un autre. Et... Lentement, émerveillé, il pose son oreille sur la chose qui tape dans la poitrine du gentil garçon. Il écoute un instant, silencieux comme L'Elu.

« C'est quoi ? demande-t-il finalement, doucement.

- Ce que tu entends ?

- Oui.

- Mon cœur.

- Ton... cœur ?

- Oui.

- Je... Je peux dormir un peu... ?

- Bien sûr. Tu veux aller dans ton lit ? propose Le Prince en prenant garde de bien utiliser la possession.

- Non, je... je préférerais... dormir contre toi ?

- Si tu veux. Ça ne me gêne pas.

Rassuré, le petit esclave se musse contre son compagnon, et épuisé, s'endort instantanément.


( à suivre… )


MIRACLE !! lève les bras au ciel, à genoux devant son clavier d'ordi vénéré J'ai réussi à réduire ce chap à 12 pages ! Bien sûr, vu que j'ai fait une mise en page un peu spéciale, ça prend plus de feuilles, mais… Chuis quand même contente ça doit me faire… 9 ou 10 pages entièrement pleines ! Je trouve ça acceptable, pour un chapitre… Pas vous… ?

Shin'1x2

PS : des reviews onegaï ! Arigatô !