Wing et Shinigami
DEUXIEME PARTIE
Une si longue histoire Quel roman …
CHAPITRE n°4 : Une arrivée fracassante
« Il y a des gens autour de nous, murmure doucement l'Elu au petit ange blottit dans ses bras. Ils n'ont pas l'air gentil, mais ils ne te feront rien. Il y a beaucoup de couleurs aussi, n'ai pas peur, c'est normal.
Doucement, l'Elu se sépare du jeune ange, lui souriant pour le rassurer. L'esclave tourne la tête, immédiatement agressé par les couleurs trop vives pour ses yeux habitués à la pénombre.
Partout ça fait mal, ça brûle et ces gens, il y en a plein –trop- partout ils n'ont même pas d'yeux, leurs visages sont noirs, ils ne sont pas humains et ça fait mal aux yeux partout, de plus en plus et le corps qui commence encore à faire mal, trop mal, trop, où regarder pour ne pas avoir mal, où ne plus voir ces monstres qui l'entourent qui font mal aux yeux où?
Regarde-moi ! AAAAAAAAAH ! Mal, mal, trop mal, les yeux, le corps, les poumons, le corps, les yeux, mal, mal, très mal, mal les yeux, mal.
Regarde-moi, fixe-toi sur moi, que sur moi ! Mal non, peut pas, trop mal, aveuglé, voit plus rien mal, partout, gentil garçon, où, où gentil garçon, où ? Où le gent...
Son corps rencontre douloureusement le mur de pierre, lui coupant le souffle, et lui octroyant une immense douleur se propageant à une vitesse folle dans tout son torse, jusqu'à ses ongles de doigts. Il reste un instant pantelant, cherchant à retrouver son souffle avant de s'asphyxier. Ses poumons le brûlent, c'est une horreur... Ses yeux voilés par le rouge de la douleur s'ouvrent difficilement sur le sol de marbre. Du sang. Son sang. Ses côtes doivent avoir décidé de voyager un peu du côté des poumons... Un hoquet lui vient soudain, et il tousse par terre, raclant en une brûlure le fond de sa gorge. Du sang s'écrase par terre, en une petite flaque entourée de gouttelettes épaisses et poisseuses. C'est franchement pas bon signe, tout ça... Comment en est-il arrivé là, du reste ? Il était agenouillé devant l'entrée, tenant dans ses bras le petit ange affolé et Le petit ange ! Il tourne la tête pour tomber sur une silhouette trop maigre étendue en masse informe sur le sol froid, inerte, dans un état d'abandon trop proche de l'inconscience. Se relevant aussi vite que possible, L'Héritier accourt auprès du blessé. Il voit du coin des yeux les gardes, le marchand et un peu de sa cour d'hypocrites, toujours sonnés contre les murs. Parfait. Ainsi ils ne l'empêcheront pas d'agir et de prendre soin du petit ange avec leurs soucis d'outils et d'étique à la noix.
Doucement il s'agenouille à la tête du petit ange, et avec délicatesse, soulève sa tête lourde d'inertie pour la poser dans le creux de ses genoux. Le garçon ne réagit pas. Il pose avec légèreté une main sur sa joue un peu trop froide à son goût. Une décharge électrique semble lui piquer le bout des doigts, forte, brève et douloureuse. Par réflexe il retire sa main. Ou du moins essaie-t-il. Car sa main est comme collée à la joue du petit garçon. Une éblouissante lumière vive apparaît, trop fugace pour réaliser, trop longue pour être ignorée. Un spasme violent le secoue, et dans sa tête s'impose l'évidence, la solution pour soigner le petit ange.
Forçant sur le lien qui soude sa main à la joue de ce dernier, il ouvre son Pouvoir. Puis finalement, lorsque sa main est enfin libre, il repose doucement la tête de l'esclave par terre, se lève, recule de quelques pas, ouvre les bras au ciel, et laisse son Pouvoir exploser.
Une aveuglante lumière rouge vif, étincelante, jaillit de ses mains comme des gerbes d'eaux. Le petit ange au sol est entouré d'un faible halo rouge, ses vêtements flottent doucement autour de lui, comme s'il était dans l'eau. Lentement, la créature battue s'élève dans les airs, avec une infinie lenteur, encore, encore, lentement, lentement, si lentement, mais s'élève tout de même, encore un peu, et là un centimètre encore... Ses cheveux maintenant tout comme ses vêtements flottent dans un courant invisible, son visage prend une expression sereine, apaisée de cet affolement précédent. Sa montée se stoppe brusquement, et il se redresse jusqu'à avoir une inclinaison verticale. Une sphère se forme autour de lui, grandissante, partant, minuscule, de son cœur, pour s'étendre à sa poitrine, ses jambes, puis patiemment l'air autour de lui, pour enfin englober L'Elu qui, les yeux fermés, offre tout son pouvoir et toute son énergie à son petit protégé.
La tête de celui-ci bascule brusquement en arrière, tout son corps se tend vers le haut, sa poitrine semble se développer vers l'au-delà des anges. Une petite boule rouge du diamètre d'une pièce de 2€ apparaît soudain, venue d'on ne sait où, et s'avance vers la bouche du petit ange, lentement, sans se presser. Une deuxième petite boule rouge de même diamètre se matérialise, pour s'approcher tout aussi lentement de la poitrine du jeune ange. La bouche entrouverte s'ouvre, permettant à la petite boule d'y plonger en une pluie d'étincelles rouges magnifiques. La deuxième bulle rouge s'enfonce progressivement dans le haut du sternum du petit esclave, juste entre la naissance des pectoraux.
Et là, ... Rien ne se passe.
Le petit ange ne réagit pas, ses vêtements continuent de flotter autour de lui, son visage transparaît encore de cette expression sereine telle qu'on dirait une statue tant elle est intense et inimaginable, non, vraiment, il ne se passe rien. Si, un mouvement ! Lentement, les bras du petit ange s'écartent de ses flancs, ses paumes se tournent vers l'avant, jusqu'à ce qu'il forme une sorte de flèche. En un bruit à mi-chemin entre un verre qui se casse et un chuintement d'épée, un éclair écarlate, éblouissant, partant d'une petite boule orange vif juste en dessus des pectoraux, fuse jusqu'aux bords du dôme rouge. De la bouche du petit ange s'échappe un chant émouvant, pur, matérialisé par un filet de couleur bleue s'élevant tel une odeur dans les cieux. A lui se joint le chant, violet, de L'Elu, qui vient à sa rencontre, lui répondant, tout aussi dénué d'impureté, légèrement plus bas dans les octaves. Comme appelé, le chant bleu hésite à monter, influe vers le bas, vers le violet, avant de retourner vers le haut, continuant de monter. Le violet s'intensifie, se fait plus fort, toujours plus pur qu'avant, montant lui aussi, semblant vouloir rejoindre le bleu, qui lui persiste à le fuir, comme s'il en avait peur. Le violet, d'un sursaut de puissance, s'enroule autour du bleu, et semble alors ne chanter que pour lui, n'avoir été créé que pour lui. Le bleu paraît alors se laisser dompter, avec toutefois quelques résistances. Enfin il semble se laisser aller dans le faible étau violet sur lui, et laisse lentement son filet se fondre dans le violet. Et lorsque leurs silhouettes s'unissent, un puissant mais mince halo rouge éclatant entoure doucement le petit ange et son protecteur. Les deux chants mêlés virent au rouge, exactement la même teinte, alors qu'un spasme semble secouer les deux garçons et leur bulle de magie protectrice. Le Chant semble les relier, et les rapprocher lentement. Le petit garçon paraît dériver lentement vers L'Elu, ses vêtements toujours agités par un vent invisible dansant autour de son corps, ses cheveux flottant autour de sa tête. Les bras de L'Héritier se resserrent un peu, se dirigeant vers l'avant, tandis que le petit ange s'avance, toujours inconscient, ignorant de tout ce qui se passe autour de lui, et peut-être même Le Prince lui-même n'en a-t-il plus conscience. Lentement le petit ange se glisse entre les bras de L'Elu, jusqu'à ce que ceux-ci soient logés dans ses aisselles. Et brusquement, les lumières disparaissent, Le Chant s'éteint, le petit ange retombe, L'Héritier se réveille ; tout s'arrête.
L'Elu ouvre les yeux sur son petit protégé, abandonné entre ses bras, mais ce n'est pas le même abandon que le précédent, lorsqu'il était étendu par terre, là c'est un abandon éveillé. Le Prince reste un moment à contempler, soulagé et presque émerveillé, le visage calme aux traits détendus reposant contre son aisselle. Jamais encore il n'avait vu une expression de paisibilité si intense. Doucement, le bel endormi gémit, ses yeux papillotent, ses lèvres remue pour prononcer des mots que L'Elu ne comprend pas. Difficilement, le petit ange ouvre les yeux, faisant sourire Le Prince d'un air affectueux, presque tendre.
« Hey...
La main de L'Elu, en un geste de piété, commence à caresser doucement la joue tendre du jeune ange battu. Celui-ci, lentement, lève la main, pour la poser sur le côté du cou de L'Elu. Doucement, il tire dessus, sans brutalité, se contentant d'exercer une pression insistante sur la nuque. Confiant, L'Héritier baisse la tête, suivant le mouvement de la main tiède dans son cou, jusqu'à ce que son oreille repose sur la poitrine du petit ange. Les doigts de l'ancien petit esclave commencent à gratter légèrement sa nuque. L'Elu ferme les yeux, étrangement rassuré par sa position, penché sur le torse de l'ange battu, la main de celui-ci dans son cou, alors que le garçon lui-même repose dans ses bras, dans un état d'abandon presque total. Les yeux fermés, il ne peut voir le petit ange en faire de même. Sans avoir l'air d'y toucher, L'Elu ausculte rapidement le petit ange, sur sa condition physique interne. Il conclut que le petit esclave est maintenant en parfaite santé physique, ou du moins qu'il n'a plus de blessures. Il rappelle son Pouvoir, rassuré.
« Nan s'il te plaît, laisse ta chaleur...
Le ton étrangement est assez plaintif, presque un gémissement. L'Elu accepte, et souriant, propage son Pouvoir dans le corps du petit ange.
« Altesse ! Altesse ! Cela va-t-il comme vous voulez ?
Quand il disait qu'ils finiraient bien par trouver un moyen de l'em-erder !!
« Oui, je vous remercie de vous en inquiéter mais je préférerais que vous ne vous mêliez pas de ceci.
- Pardonnez-nous, Votre Altesse !
C'est ça, tu parles d'un repentant… ! Même une huître serait plus repentante que lui !
Coupé dans leur moment de repos, L'Elu rouvre les yeux, et dépose un baiser sur la joue du petit ange en lui soufflant doucement :
« Tu veux bien te lever ?
Le petit ange acquiesce, sans bouger pour autant. Il est bien, là, avec le gentil garçon, et cette chaleur dans ses entrailles...
« Je voudrais t'emmener à l'infirmerie pour savoir si tu auras des problèmes à cause du marchand. Tu veux bien ?
- Avec toi ?
- Bien sûr.
Voyant que le gentil garçon ne le coupe dans son moment de bien-être que pour se préoccuper de sa santé, le petit ange libère sa nuque de sa main, espérant tout de même qu'il laissera sa chaleur dans son corps. Il aime bien la chaleur douce du garçon en lui, elle le réchauffe, lui fait ressentir du bien-être, un confort sans limite, et même un peu d'amour, mais surtout, surtout, du plaisir à être enfin choyé, chose qu'il n'avait jamais connu avant quelques heures auparavant. Et il découvre qu'être dorloté n'est pas désagréable.
Sans y croire vraiment, il aspire à ce que le garçon lui accorde le bonheur d'avoir toujours cette tiédeur plaisante à l'intérieur de lui. Mais il sait bien pourtant qu'il n'a pas le droit de prétendre mériter de présent. C'est pourquoi il savoure la sensation trop éphémère d'avoir chaud dans son corps, lui qui avait constamment froid dans la petite salle noire.
Il tressaille à ce pénible souvenir, incitant Le Prince à se presser contre lui et à caresser sa joue avec douceur pour le rassurer. Il sait bien ce qui cause ce frémissement des muscles nerveux du petit ange : il y a beaucoup de monde et de lumière autour de lui, lui qui n'est habitué qu'à la solitude, au silence, au froid et à l'obscurité.
« Hey... Regarde-moi... Tout va bien, ils ne sont pas méchants, ils ne te feront rien tant que je ne leur en donnerai pas l'ordre et je n'ai aucune intention de te faire du mal... Allez, calme-toi, tu es en sécurité... Là, voilà, c'est bien, chuuut...
L'Elu sourit d'un joli sourire à son petit favori, s'émerveillant de le voir si confiant en lui et si abandonné entre ses bras alors qu'ils ne se connaissent que depuis quelques heures seulement. Le petit ange ne sait rien de lui et pourtant il le laisse maître de lui, ainsi reposant dans ses bras comme un petit enfant. D'ailleurs, il n'en est pas beaucoup plus âgé, remarque soudainement le prince. A peu près son âge, sûrement, à vu d'œil, bien sûr en occultant le rachitisme du garçon. Décidant que le mieux serait de le soigner le mieux possible le plus vite possible, L'Héritier se redresse, entraînant le petit ange à sa suite, docile. Glissant sa main dans celle du jeune ange battu, L'Elu l'attire avec douceur et lenteur vers le palais, sans le précipiter, lui laissant le temps de bien assimiler les nouvelles données de cet environnement inconnu. Emerveillé par tant de couleurs, de richesses et d'espace, l'ancien esclave serre la main fine du prince dans la sienne, impressionné au-delà des mots. Sentant cette intimidation, l'Elu se serre un peu plus au petit ange, souhaitant le rassurer par sa présence. Silencieux, le laissant découvrir les couloirs décorés de tableaux et de meubles chauds, il conduit son nouveau protégé à l'infirmerie. Il ne peut nier que voir le petit ange si enfantin l'attendrit, mais il n'en reste pas moins une boule d'angoisse logée dans son estomac. Sans gêne ni honte il l'avoue, il a peur pour la pauvre créature battue. Il voit du coin de l'œil celle-ci parcourir sans cesse du regard les moindres petits détails du couloir, les peintures, les sculptures posées sur les meubles, les lustres pendus au plafond illuminant la galerie...
Accentuant légèrement la pression faible de ses doigts sur ceux de son protégé, L'Elu arrête lentement le jeune ange devant une porte close de couleur blanc écrémé.
( à suivre… )
Et voilà un nouveau chapitre ! Petit à petit, l'oiseau fait son nit. On avance, on avance !! Patience… !
Bisous à tous.
Avis de recherche : nous recherchons des reviews échappés !!
500 € par reviews, bonne chance à tous - :
Bisous à tous et à toutes
Shin' qui espère ne pas se faire massacrer par les lecteurs encore non-fossilisés s'il y en reste encore !!
