Chapitre 2 : Les préparatifs
Le problème des enfants, c'est qu'ils ne savent jamais ce qu'ils veulent. Ou qu'ils en veulent toujours trop.
- J'aimerais faire une fête avec tous mes amis !, disait la cadette de Midorima.
- Oh, mais Fuyu-chan !, rétorquait la sœurette de Takao, ce serait plus amusant de n'être que toutes les deux pour une fois !
- Mmh… Hisae-chan a raison, continuait Fuyu en tortillant une mèche de ses cheveux du même vert que son frère.
Hisae tapait dans ses mains avec un air rieur dans ses yeux argent :
- Allons dans un parc d'attraction !
Takao se contentait de verser du jus de fruit dans leurs verres régulièrement et Midorima s'occupait de sa manucure, tous deux trop épuisés pour entraver la fougue de la jeunesse.
- Je sais !, s'écria Hisae.
Les trois paires d'yeux de la pièce se fixèrent sur elle :
- Je veux aller dans un train fantôme !
Takao lui envoya une pichenette :
- On dit je voudrais.
En vérité, toute cette affaire ne l'arrangeait qu'à moitié. Il avait espéré pouvoir profiter de la présence de Shin-chan chez lui pour l'embêter encore plus que d'ordinaire, mais la présence des deux enfants rendaient chacune de ses manœuvres trop compliquée. Lorsqu'enfin les fillettes se levèrent pour aller chercher un guide des parcs à visiter dans la région, il se pencha vers Midorima, appuyant de tout son poids sur son épaule.
- Psst, Shin-chan…
Ce dernier leva les yeux vers lui. Il était déplaisant d'être sans arrêt dérangé dans sa manucure et un de ses sourcils tiqua.
- Quoi ?
Takao mima un baiser :
- J'm'ennuiiiiie Shin-chan, occupe-moi !
Le plat de la main de Midorima s'écrasa sur son visage.
- OUCH, SHIN-CHAN !
Takao attrapa la main de son agresseur entre les siennes, la tirant vers lui. Midorima bascula en avant, se tordant le nez sur le t-shirt de Takao qui, en tombant en arrière, émit un petit « EEP ! » sonore.
- Qu'est-ce que vous faites ?, soupira Hisae. Kazu-nii, tu es comme un grand enfant…
Les jambes comme les bras enroulés autour de Midorima dans une étreinte poulpesque, Takao lança un regard blasé à sa sœur :
- C'est la saison des amours chez les algues.
- Chez les QUOI ?, s'emporta Midorima en essayant de se redresser, les doigts crispés de toutes leurs forces contre le parquet.
La petite Fuyu regardait les adolescents empêtrés :
- Vous n'êtes vraiment pas sérieux…
Elle quitta la pièce en ajoutant :
- Si vous voulez faire des bébés, il faut aller dans une chambre.
Midorima vira rouge pivoine :
- Hein ?
Takao hocha la tête d'un air entendu :
- Enfin Shin-chan, elle a raison. Quelle sagesse, enfin je n'en attendais pas moins de la sœur du grand Midorim-MMH !
Le shooting guard de Shutoku se rassit comme si de rien n'était, pinçant les lèvres de Takao entre son index et son pouce, tirant à ce dernier un grognement comique. Les deux fillettes refirent leur entrée dans la pièce, l'une portant une petite pile de feuilles, l'autre une boîte de feutres. La petite demoiselle aux cheveux verts s'assit en face de son frère avec un air décidé.
- Procédons avec méthode !
Midorima se laissa aller à un petit sourire teinté de fierté, et laissa retomber la main qui tenait la bouche de Takao, prenant un des feutres pour le faire valser entre ses doigts, et commença à feuilleter d'un air distrait le guide touristique.
Takao ne pouvait qu'admirer ces longs doigts graciles, qui faisaient virevolter agilement un feutre rose bonbon, le laissant glisser sur la peau parfaite des mains de Midorima. Sa peau pâle scintillait très légèrement sous les rayons de soleil qui entraient paresseusement par la fenêtre, et mettait en valeur la couleur rose délicatement nacrée de ses ongles. Il rêva un moment de pouvoir passer le bout de ses lèvres sur le contour de ces ongles à faire verdir de jalousie n'importe quelle starlette.
Il finit cependant par se lever, attrapant dans un tiroir un petit rouleau de bande et le posa doucement devant Midorima, qui le remercia d'un de ses rares sourires.
Aaah… Tu es si beau, Shin-chan…
Il se réinstalla près de lui en silence, laissant les filles planifier avec excitation leur journée au parc d'attraction.
- Mais, Kazu-nii, vous n'allez pas vous ennuyer au parc ?
- Je ferais la ballade des amoureux avec Shin-cha-
- Nous sommes quand même censés vous surveiller, alors n'espérez pas pouvoir vous promener sans nous dans le parc, c'est trop dangereux.
Midorima semblait intransigeant sur la question, et la fillette cacha derrière sa feuille une petite moue rieuse et retourna à ses préoccupations précédentes, et l'adolescent commença à se bander tranquillement la main.
Finalement, les deux Midorima reçurent autorisation spéciale de rester chez la famille Takao cette nuit-là, pour faciliter la sortie du lendemain. Après avoir rassuré ses parents, en visite chez un membre éloigné de la famille, par téléphone, Takao prépara le dîner, en bavassant joyeusement avec Midorima, qui l'écoutait d'une oreille habituée et distraite, très occupé à démêler et attacher les cheveux de sa sœur.
Le dîner se déroula dans l'ambiance légère qui caractérisait Takao, qui était pourtant considérablement plus calme et bien moins facétieux qu'à l'ordinaire, ce qui étonna Midorima et sa sœur. Ils se lançaient de brefs regards et des haussements d'épaule, jusqu'à ce que Midorima prenne la parole :
- Hum, Takao ?
Ce dernier releva la tête de son assiette aussitôt :
- Oui, Shin-chan ?
Midorima ouvrit et ferma la bouche deux ou trois fois, perdant l'occasion de conserver son habituel air distingué, et finit par bredouiller :
- T-Tout va bien ?
Takao haussa un sourcil en souriant doucement :
- Oui ?
- Ah.
Un silence maladroit retomba sur la pièce, jusqu'à ce que le repas se termine. Les deux filles partirent se débarbouiller et se coucher aussitôt, laissant les deux adolescents seuls dans la cuisine, Takao les mains dans la vaisselle et Midorima adossé au frigo près de lui.
- Tu es calme ce soir.
- Il faut bien que je recharge mes batteries à un moment, Shin-chan.
- O-oh… Oui, pardon.
- Mh-mh, pas de problèmes, merci de t'inquiéter Shiiiin-chan !
- Je ne m'inquiète pas Bakao.
Midorima tressaillit très légèrement en sentant l'épaule de Takao s'appuyer sur la sienne.
- Merci de ne pas t'inquiéter, Shin-chan.
Il étudia un moment les yeux gris de son partenaire, concentré sur sa tâche, avant de poser sa main sur son épaule et de répondre avec un sourire :
- De rien. Je te laisse terminer, je vais prendre une douche.
- Fais comme chez toi.
Quand il entra dans sa chambre, Midorima était déjà sorti de sa douche, assis sur le lit avec un livre entre les mains. Il s'assit par terre, en face de lui. Les lumières de la rue perçaient par la fenêtre, illuminant le profil de Midorima, se piégeant dans les gouttes d'eau sur ses cils, jouant sur la peau humide de ses épaules, s'accrochant aux reflets de ses lunettes. Dans la pénombre, on aurait dit qu'un esprit s'était frayé un chemin jusque dans la pièce, et qu'il s'évaporerait au moindre mouvement. Takao sourit, et murmura, élevant à peine la voix :
- Qu'est-ce que tu lis, Shin-chan ?
- Un manga, je l'ai trouvé sur ton étagère. Mmh… Ça ne te gêne pas ?
- Non…
Glissant légèrement sur le sol, Takao vint appuyer sa tête contre la main de Midorima, posée sur la couverture.
- Oi, Takao … !
- Juste un peu ?
Les épaules de Midorima se crispèrent légèrement avant qu'il ne soupire et hoche la tête sans un mot. Le front de Takao se reposa sur le dos de sa main avec un peu plus d'assurance. Machinalement, alors qu'il reprenait sa lecture, Midorima captura une mèche des cheveux noirs de son coéquipier, la faisant rouler doucement entre ses doigts.
Tu es trop gentil, Shin-chan… Si innocent… Prend soin de moi, s'il te plait. Je te suivrais partout si tu veux...
Le manga posé sur ses genoux, Midorima observa les yeux clos et le visage détendu de Takao. Il sentait légèrement le souffle régulier de sa respiration sur sa main, mais se refusait à la bouger, n'osant pas le réveiller trop brusquement. En prenant garde à ne pas secouer Takao, il descendit du lit, à genoux près de son coéquipier, et lui toucha délicatement l'épaule.
- Takao… Takao… hey…
Il lui frotta doucement le haut du dos :
- Tu vas avoir des courbatures si tu dors comme ça.
Il soupira doucement, brisant le contact entre sa main et le visage de Takao.
- Je vais te sortir un matelas.
Alors qu'il se levait, la tête de Takao se posa doucement sur l'arrière de sa cuisse.
- Merci, Shin-chan…
- De rien.
