Chapitre 2

Le premier message arriva vers deux heures du matin. John jeta un regard ensommeillé au téléphone sur sa table de nuit, se demandant s'il n'avait pas rêvé le petit son aigu, mais la lueur réfléchie par le plafond le confirma.

Ta supposition était exacte. Le tueur l'a étranglée. SH.

John grommela en roulant sur le côté. Le son aigu se répéta, et il tourna la tête vers le plafond.

Il n'avait pas de couteau assez aiguisé pour une décapitation complète, apparemment. Il a fuit la scène de crime. SH.

John avait refermé les yeux et s'était presque rendormi quand: trrrrllllll. Il leva encore la tête.

La police l'a retrouvé couvert du sang de la victime. Quel idiot. SH

"Qu'est-ce que c'est que ça?" marmonna John en se frottant les yeux. Il n'avait pas manifesté le moindre intérêt envers l'affaire et avait clairement précisé qu'il ne désirait pas être impliqué. Allez savoir pourquoi Sherlock lui envoyait des messages pour le tenir au courant. Deux minutes plus tard, le téléphone sonna une nouvelle fois.

C'était bon de te revoir. SH.

John tendit la main en grognant vers la table et éteignit le téléphone pour le reste de la nuit.


Quand il vérifia son téléphone pendant sa pause de midi, sept messages l'attendaient, envoyés à trente minutes d'intervalle.

Es-tu au travail? SH.

Nouvelle affaire. J'aurais besoin de ton opinion. SH.

Un chirurgien esthétique a été enlevé, apparemment. SH.

Pas le genre de choses qui m'intéresserait habituellement, mais j'ai pensé que tu trouverais ça amusant. SH.

Ou peut-être que tu ne méprises plus la chirurgie plastique élective? Si c'est le cas, ignore les quatre derniers messages. SH.

Ce n'est pas grave. C'était un ancien patient mécontent, comme je m'y attendais. SH.

Si tu es intéressé par un dîner, envoie un message quand ta garde se termine. SH.

John éteignit son téléphone et secoua la tête, incrédule.


"Tu lui a donné mon numéro, n'est-ce pas?"

"Quoi? Je ne vois pas du tout de quoi tu parles."

"Je parle de Sherlock, Greg. Tu lui as donné mon numéro de portable. Ça ne peut être que toi; personne d'autre ne l'a parmi les amis que Sherlock et moi avons en commun."

Greg grommela et John imagina très bien l'expression de son visage. "Ce n'était pas moi, je te le jure. Il a probablement demandé à Mycroft de le lui procurer. Tu sais comment ils sont tous les deux."

"Merde." John se couvrit les yeux d'une main. "Il m'envoie des messages. Constamment."

"Dis-lui d'arrêter."

John hésita, pinçant les lèvres. "Ce n'est pas aussi simple. Et franchement, je préférerais ne pas répondre du tout. Il devrait comprendre le message."

"Il a changé, John, mais pas tant que ça. Il ne comprendra pas le message sauf si tu lui dis clairement de te foutre la paix."

"Je vois," soupira John.

"Ce que tu aurais déjà fait, je suppose, si tu voulais réellement qu'il arrête..."

"Oh, pour l'amour du ciel. Je ne veux pas être son ami. Je ne veux plus de lui dans ma vie. Je voudrais seulement qu'il me fiche la paix."

"Il suffit d'un texto, alors. Ou tu espérais que je le fasse à ta place? Tu pourrais peut-être lui écrire un petit mot et je le lui passerais en classe, qu'en penses-tu?" John percevait un ricanement à peine dissimulé.

"Bonne nuit, Greg."

John se laissa tomber sur son lit et fixa le plafond d'un air morne. Son téléphone émit un petit son aigu. Il l'ignora.


Une semaine plus tard, John recevait encore une douzaine de textos par jour. Certains concernaient le travail de Sherlock: Encore un chien perdu. Je m'ennuie presque assez pour accepter. SH. D'autres essayaient seulement d'obtenir son attention: "JE M'ENNUIE. Réponds ou je serai obligé de prendre des mesures extrêmes. SH. D'autres encore étaient tout à fait aléatoires: Fromage préféré? C'est pour une enquête. SH.

Il les avait tous ignoré. Le conseil de Greg traînait encore dans un coin de sa tête, et sa répugnance à l'appliquer était pour le moins dérangeante. Il pouvait, il en était conscient, mettre fin à ce flot de messages constant en envoyant seulement une réponse, mais plus le temps passait, plus il s'habituait à ce petit son aigu. Il s'était même mis à l'attendre. Il avait peu d'amis à Londres et son emploi du temps était surchargé, ce qui lui laissait peu de choses pour tromper sa solitude, en dehors de ces messages étranges envoyés par Sherlock.

"Ça fait une décennie," dit Greg par-dessus son verre de bière, deux semaines après l'incident de la scène de crime. "C'est un peu long pour entretenir une vieille rancune."

John avait envie de se frapper la tête contre la table. "Ce n'est pas une vieille rancune. J'ai pris la décision de l'écarter de ma vie, pour mon propre bien, voilà tout. Lui et moi ne pouvons pas redevenir amis. C'est hors de question, point final."

"Et ça n'a rien à voir avec une vieille rancune, je suppose." Les sourcils de Greg se haussèrent. "Vous n'êtes pas obligés d'être amis. Mais parle-lui. Fais-le pour moi, si tu préfères. Il me rend dingue."

John prit une gorgée de bière. "Je suis désolé de t'avoir entraîné là-dedans."

"Sherlock est un de mes amis, John."

John le regarda, surpris. "Quoi?"

"Un ami. Je le connais depuis plus de quinze ans. Il ne se passe pas une semaine sans que je le voie."

"Où veux-tu en venir?"

Greg soupira. "Je voudrais que tu lui donnes une chance, c'est tout. C'est quelqu'un de bien, John. Tu sais qu'il a fait ce qu'il a fait pour te protéger."

"Oui, mais -"

"Je voudrais juste que tu y réfléchisses encore un peu. S'il te plait."

John plongea la tête dans ses mains. Peut-être était-il un tout petit peu déraisonnable. "Très bien. Je vais y réfléchir."

"Parfait," dit Greg en levant son verre. "Amen. Maintenant est-ce qu'on peut enfin changer de sujet?"

John lui offrit un petit sourire. "Angleterre-Écosse ce week-end... Tu vas regarder?"

Greg sourit d'une oreille à l'autre. "Oh que oui."


Une semaine plus tard, quand son portable vibra en plein milieu de la nuit - C'était le jardinier, comme je m'y attendais. Dîner? SH. - John attrapa le téléphone sur la table de nuit et, avant de trop réfléchir, tapota une réponse: Vendredi, 9h00. Barshu. C'est toi qui offres.

La réponse fut immédiate: Bien sûr. A bientôt alors. SH.

John reposa le téléphone sur la table de nuit en espérant qu'il n'avait pas commis une énorme erreur.


L'estomac de John resta noué toute la journée du vendredi. Il manqua d'annuler quatre fois en deux jours, mais il renonça à chaque fois. Il était assez vieux-jeu pour trouver que l'idée d'annuler par texto était affreusement grossière, et il savait par expérience que toute tentative de joindre Sherlock et de lui mentir au téléphone échouerait lamentablement.

Il se retrouvait donc là, dans un taxi pour aller rejoindre Sherlock, dix ans après avoir affirmé qu'il ne lui parlerait plus jamais. Il préférait toujours éviter la confrontation, d'ailleurs, mais les messages persistants de Sherlock avaient fini par user sa patience, jusqu'à ce qu'il reconnaisse qu'il n'avait plus grand chose à perdre. Au pire, la soirée serait tendue et maladroite, et Sherlock le laisserait enfin tranquille. Au mieux, ils passeraient une agréable soirée ensemble et... et John ne savait pas du tout ce que cela impliquerait.

La circulation était dense, et John évacuait sa frustration en tambourinant des doigts sur le siège de la voiture. Il était en nage, ce qui était franchement ridicule pour un mois de février. Et pour une raison obscure, il lui avait fallu une demi-heure pour choisir une tenue. Il n'accordait généralement aucune importance à ce genre de détail, mais le restaurant était plutôt chic, et puis c'était Londres. Il avait longtemps cherché l'équilibre entre montrer qu'il savait s'habiller pour sortir et ne pas trop en faire. Sherlock le remarquerait, bien sûr, et lirait une douzaine de choses dans tout ce qu'il porterait. John espérait qu'il s'était un peu calmé sur les déductions en public.

Le taxi se gara enfin devant le restaurant. John paya le chauffeur et étouffa un juron en jetant un œil à son téléphone: cinq minutes de retard. Il détestait être en retard, en règle générale. Sherlock allait aussi sans doute en déduire quelque chose.

Sherlock était assis à une table dans un coin, devant un verre de vin auquel il n'avait pas touché, occupé à fixer l'écran de son téléphone. Les entrailles de John se serrèrent davantage en le voyant. Ses vêtements étaient aussi bien coupés que dans ses souvenirs, et ses boucles insensées étaient ramenées en arrière pour former quelque chose d'étonnement présentable. Il avait l'air tout à fait dans son élément; il ne ressemblait pas du tout à un génie à moitié fou qui aurait ruiné la vie de John à lui tout seul dix ans plus tôt. Maudit soit-il.

Sherlock leva les yeux et sourit, et John ressentit un étrange pincement au cœur.

"Sherlock," dit John en effectuant les derniers pas jusqu'à la table. Il tendit la main; Sherlock se leva et la prit pour lui donner une poignée de main ferme et polie avant de le lâcher et de se rasseoir.

"John. Merci d'être venu ce soir."

John s'assit et jeta un regard à la ronde dans le restaurant, ayant tout à coup besoin d'un peu d'espace avant de pouvoir regarder Sherlock directement. "L'endroit est sympathique. Je ne suis jamais venu, mais les critiques étaient enthousiastes."

"Je ne suis jamais venu non plus. Je n'ai pas souvent le temps de consommer autre chose que des plats à emporter."

John tourna les yeux vers lui en entendant cela. "Voilà quelque chose qui n'a pas changé."

Sherlock sourit. "Personne ne me harcèle plus pour que je mange, mais à part ça, je suppose que non."

Les lèvres de John s'étirèrent en un petit sourire. "Je ne te harcelais pas; je te le rappelais. Et seulement de temps à autre."

"Et je l'appréciais plus que tu ne l'imagines." Un serveur apparut à leur table avant que John ait le temps de répondre, et Sherlock prit la carte pour l'examiner. "J'ai pris la liberté de commander une bouteille de vin. Tes goût ont sans doute changé, mais tu préférais le Bordeaux blanc à l'époque."

"Ça accompagnait toujours bien les plats à emporter." Le serveur lança à John un regard bizarre en remplissant leurs verres, mais John s'en fichait. Il était tout à coup étrangement heureux d'avoir choisi de venir ce soir. Greg avait peut-être raison. Ça faisait dix ans, après tout. Ils avaient tous les deux changé. Peut-être qu'ils n'étaient pas obligés de s'éviter complètement.

"Comment va Mary?" demanda Sherlock après que le serveur ait disparu.

"Aucune idée. Nous sommes divorcés, tu sais."

"Je sais. Je posais seulement la question pour être poli." Le regard de Sherlock était encore fixé sur le menu.

John ramassa sa propre carte sur la table. "Tu sais, demander à une personne récemment divorcée des nouvelles de son ex-épouse est assez impoli."

La mâchoire de Sherlock se contracta légèrement. "Je ne voulais pas t'offenser, je -"

"Je plaisante, Sherlock." John lui sourit. "Elle va bien, aux dernières nouvelles. Beaucoup plus heureuse sans moi, je suppose."

Sherlock reposa la carte et pinça les lèvres. Ses doigts se serrèrent et se relâchèrent; il semblait faire beaucoup d'efforts pour ne pas regarder John.

John soupira. "Allez, vas-y."

"Pardon?"

"Je sais que tu as envie de le faire. Fais-le, qu'on en finisse."

Sherlock fronça les sourcils. "Quoi donc?"

"Déduire les raisons de mon mariage raté grâce à, je ne sais pas, l'état de ma cravate."

Il y eut un moment de silence, et l'expression de Sherlock se durcit. "Est-ce vraiment ce que tu penses de moi?"

John ouvrit la bouche pour répondre, mais hésita un instant. "Je suis désolé. C'était tout à fait déplacé."

Les coins de la bouche de Sherlock s'étirèrent, bien que le mouvement paraisse forcé. "Cela ressemble à quelque chose que j'aurais fait, autrefois. Mais je n'inflige plus mes déductions à qui que ce soit. Si peu de gens les apprécient. Je ne le fais plus que quand on me le demande, maintenant."

John le regarda un moment avant de concentrer toute son attention sur le menu. Le serveur réapparut pour prendre leurs commandes, et puis il n'y eut plus de diversion, plus aucune excuse pour éviter le contact.

"D'accord. Je te le demande, alors." John porta son verre de vin à ses lèvres.

"Que me demande-tu?"

"Déduis tout ce que tu veux. Déballes tout ce que tu as."

Sherlock eut l'air surpris. "Vraiment?"

John déglutit et hocha la tête. "Tu ne peux rien me dire que je n'ai pas déjà entendu de la bouche de Mary ou de celle de mon thérapeute."

Sherlock sembla encore incertain pendant une seconde, mais le moment où il décida de se lancer fut incroyablement clair. Sa concentration s'aiguisa, ses yeux balayèrent le visage de John et toute sa personne, et John se senti transporté dans le temps.

"C'est toi qui as mis fin au mariage, mais seulement après qu'elle t'ait quitté et soit revenue plusieurs fois. Il n'y a pas eu d'infidélité - tu ne ferais pas ça, tu es beaucoup trop loyal, et tu ne le supporterais pas de sa part non plus, donc tu ne serais pas retourné avec elle si elle t'avait trompé. Tu as emménagé à Londres peu avant les vacances, ce qui indique que tu voulais rompre définitivement, prendre un nouveau départ; tu n'es pas du tout sentimental à ce propos. Et toi, tu es la sentimentalité incarnée. Si elle t'avait quitté, tu serais resté, dans l'espoir de trouver une solution, comme tu l'as fait chaque fois qu'elle est partie. Donc la dernière fois, c'est toi qui l'a quittée. Peut-être que pour toi, c'était terminé longtemps avant votre première rupture, mais tu t'es accroché à votre couple parce que tu ne voulais pas admettre que tu avais échoué."

John expira et saisit son verre de vin. Il avait oublié la sensation que cela faisait, d'être au centre de l'attention extrêmement intense de Sherlock. C'était un peu comme ce rêve où il réalisait tout à coup qu'il était nu en public. "Continue."

"Tu te demandes maintenant si tu l'aimais vraiment, au départ, mais il est évident que tu l'as aimée. Tu es bien trop idéaliste pour épouser quelqu'un dont tu n'es pas amoureux. Mais l'amour s'est vite effacé, peut-être parce que tu as quitté Londres et que ton travail te rendait malheureux, ou alors tu n'aimais pas l'endroit ou tu vivais, ou peut-être que tu avais encore des choses à faire ici." Le regard de Sherlock s'éloigna de celui de John et passa sur sa poitrine avant de s'arrêter sur ses mains. "Quoi qu'il en soit, la relation elle-même n'était pas assez solide pour te rendre heureux, et quand tu es devenu malheureux, elle l'est devenue aussi. Peut-être que son mécontentement s'est ajouté au tien. Peut-être qu'elle a passé ses frustrations sur toi. Et bien que tu sois fidèle, et loyal, et dévoué envers les gens que tu aimes, il y a des limites à ce que tu peux endurer avant de décider que tu n'en peux plus. Alors tu y a mis fin."

John acquiesça en se raclant la gorge, et contempla son verre de vin. Sherlock se tut un moment avant de reprendre.

"Malgré ton retour à Londres il y a quelques mois, sans job, sans épouse et sans amis à qui parler, tu es clairement plus heureux maintenant que tu l'a jamais été ces dernières années. Tout dans ce que tu portes ce soir et dans la manière dont tu te tiens indique que tu vas de l'avant, que tu envisages l'avenir avec optimisme. Cette cravate, seigneur - même une personne légèrement triste ne porterait pas une telle couleur autour du cou, et certainement pas avec cette chemise."

John dût se mordre les lèvres pour ne pas sourire.

"Tu es soulagé que cette part de ta vie soit derrière toi, tout comme cet horrible thérapeute à Chelmsford, dont tu as été ravi de te débarrasser. Tu n'as pas encore essayé d'en trouver un à Londres, et je suis d'accord avec toi: tu n'en as pas besoin. Rien ne cloche chez toi. Tu as simplement épousé la mauvaise personne pour de mauvaises raisons, même si ces raisons paraissaient bonnes à l'époque. Tu considères maintenant que ce mariage était une erreur, et tu détestes faire des erreurs. Mais tu cherches toujours à en tirer des leçons, et pour cela je t'ai toujours admiré."

John leva à nouveau les yeux, surpris. Le regard de Sherlock était d'une clarté saisissante, et son visage était inhabituellement gentil.

"Je suis désolé, John. Pour la détresse que je t'ai causé, pour la manière dont je suis revenu, et pour l'état dans lequel nous avons laissé les choses. C'était..." Il s'interrompit et pinça les lèvres.

"Je sais. Moi aussi." John inspira profondément et lui sourit. "C'était extraordinaire, tu sais."

Sherlock le fixa une seconde entière avant d'enregistrer les derniers mots de John. "Vraiment?"

"Bien sûr. Et incroyablement juste. Ça ne m'étonne pas, d'ailleurs."

"Eh bien, merci." Les joues de Sherlock prirent une teinte plus marquée, et John se dit qu'il ne devait pas entendre ce genre de compliment très souvent, ces derniers temps.

"Ne parlons plus de ma vie déprimante," dit John en levant encore son verre de vin. "Raconte-moi ce que tu as fait."

Sherlock se lança dans un récit extrêmement détaillé des affaires qu'il avait résolues lors des années précédentes, et John se mit à l'écouter attentivement. Leurs assiettes arrivèrent et Sherlock toucha à peine la sienne, préférant déployer un charme auquel John trouvait difficile de résister. Quand ils demandèrent enfin l'addition, l'heure était beaucoup plus avancée que John ne l'aurait cru, tant le temps avait filé.

"Veux-tu partager un taxi?" demanda Sherlock tandis qu'ils se tenaient devant le restaurant un quart d'heure plus tard.

"Est-ce que nous allons dans la même direction?" demanda John. "Mon appartement n'est pas très loin de la station Paddington."

"C'est assez près," répondit Sherlock en levant déjà la main en l'air.

Le taxi s'arrêta à l'adresse de John beaucoup trop tôt à son goût, et il se surprit à regretter que la soirée soit déjà terminée. C'était une surprise, et une surprise à laquelle il n'était pas préparé.

Il ouvrit la porte et se tourna vers Sherlock. "Merci pour le dîner. C'était... je me suis amusé, vraiment."

Le sourire de Sherlock était complètement sincère. "Voudrais-tu recommencer dans une semaine?"

John hésita. Malgré son réflexe initial de répondre non, il s'était réellement amusé ce soir-là. Tant qu'il gardait Sherlock à une distance raisonnable, il n'y avait aucune raison de ne pas continuer. Ils vivaient dans la même ville, aussi grande soit-elle, et ils avaient des amis et un passé en commun. Sherlock n'était plus la personne qui avait si cruellement dupé John dix ans plus tôt; il était plus vieux, plus attentionné, et il regrettait tellement la peine qu'il avait causée à John.

Et malgré la situation actuelle, John n'avait jamais vraiment été du genre rancunier. Peut-être était-il temps d'oublier sa colère et de voir ce qui adviendrait ensuite.

"Oui, j'aimerais beaucoup. Tu choisiras le restaurant la prochaine fois."

"Très bien." Sherlock soutint son regard.

"D'accord. A bientôt alors." John tendit la main et Sherlock la prit, la serra une ou deux secondes de plus que d'habitude, puis le lâcha.

John referma la porte du taxi et fit un bref signe de la main quand il démarra. Il distinguait la silhouette de Sherlock sur la banquette arrière, légèrement éclairée par la lueur de son téléphone. John sourit en passant sa clé dans la serrure, et quelque chose s'épanouit dans sa poitrine, quelque chose qu'il n'arrivait pas à déterminer clairement. Du soulagement, peut-être. Il avait bel et bien l'impression qu'un poids lui avait été enlevé. Pour être honnête, il ne s'était pas senti aussi heureux depuis des années.

Rétrospectivement, il aurait dû s'inquiéter.