Chapitre 10
John était seul quand il se réveilla le lendemain matin. Il s'étira en baillant et sourit en voyant défiler les images de la veille dans sa tête. Peut-être pourrait-il convaincre Sherlock de revenir au lit avant que...
Il entendit des voix dans le salon: Mycroft était déjà là. Et bien sûr, les vêtements de John étaient restés empilés par terre dans la salle de bains. Zut. Il se redressa et regarda autour de lui dans la semi-obscurité. Le lit était dans un état désastreux: les coins du drap étaient détachés du matelas et la couette était roulée en boule sur le côté. Sherlock avait accaparé la couverture, bien évidemment. Ils avaient tous les deux perdu l'habitude de dormir avec quelqu'un d'autre depuis longtemps.
John passa une main sur l'endroit où Sherlock avait dormi et déglutit. Dormirait-il ici souvent? Il ne savait pas à quoi s'attendre, ni ce qui adviendrait de ce... de cette chose qu'il y avait entre eux. Sherlock l'aimait, John en était absolument certain, mais ils n'avaient pas encore discuté du sens que cela prendrait pour eux et pour leur relation.
Il se leva et récupéra la robe de chambre qu'il avait portée la veille, et écouta les tintements de porcelaine et les bruits de voix étouffés qui lui parvenaient à travers la porte. Il pouvait attendre - il pouvait retourner au lit, peut-être se rendormir, et attendre que Mycroft s'en aille.
Mais l'assistante de Mycroft avait dit qu'il désirait leur parler à tous les deux. John enfila la robe de chambre et la noua fermement autour de lui. Il aurait préféré affronter Mycroft en pantalon, mais ce qu'il portait n'avait probablement plus aucune importance: il sortait de la chambre de Sherlock au petit matin. Mycroft avait sûrement déjà tout compris en observant la manière dont Sherlock fronçait les sourcils, clignait des yeux ou dieu sait quoi.
John inspira à fond et ouvrit la porte. Sherlock et Mycroft étaient assis face à face, des tasses de thé à la main, et ils interrompirent leur conversation quand il émergea de la chambre. Il leur lança un rapide "bonjour" avant de disparaître dans la salle de bains aussi vite que possible.
Ses vêtements, en fin de compte, ne se trouvaient plus là où il les avait laissés; il ne put que pousser un grognement avant d'accepter son destin. Il utilisa les toilettes, se débarbouilla rapidement, puis alla droit dans la cuisine pour prendre une tasse de café plus que nécessaire. Il resta déconcerté devant la machine à expresso quelques instants, poussa les bons boutons et obtint enfin une tasse de café noir assez corsé pour lui donner les larmes aux yeux.
Il s'assit sur le canapé le plus naturellement possible en essayant d'ignorer l'air suffisant de Mycroft. "Bonjour."
"Bien dormi?" demanda Mycroft.
"Évidemment." John sourit et porta la tasse à ses lèvres. Inutile d'être discret avec ces deux-là. "Désolé de vous interrompre. Si la sécurité de la nation est en jeu, je peux vous laisser discuter et retourner au lit."
Le sourire de Mycroft était excessivement poli. "Je voulais simplement m'assurer du bien-être de mon frère suite à son incident embarrassant."
"Oh, je t'en prie," dit Sherlock en levant les yeux au ciel. "Tu es simplement gêné d'avoir perdu ma trace pendant plusieurs jours."
"J'étais en France pour une conférence, comme tu le sais."
"Où les moyens de communications sont restés figés dans le vingtième siècle, c'est ça?" Sherlock renifla dédaigneusement. "Et d'ailleurs, j'avais la situation parfaitement sous contrôle."
John et Mycroft émirent des bruits d'incrédulité presque identiques.
"Je dois dire que c'est un soulagement de vous avoir de nouveau parmi nous, Dr Watson."
John haussa les sourcils. "Je réalise que ça fait une décennie, mais pas besoin de m'offenser avec des formalités."
"Comme tu voudras, John. Tu es de retour, n'est-ce pas?" Le sourire de Mycroft était sincère - un phénomène plutôt rare.
John jeta un regard vers Sherlock, qui le regardait d'un air soucieux. John sourit. "Oui, je crois."
Sherlock sourit dans sa tasse de thé et John sentit quelque chose de chaud monter dans sa poitrine. Seigneur, cette bouche, et ce qu'elle lui avait fait la nuit dernière - John se tortilla imperceptiblement à ce souvenir. Mycroft se racla la gorge après un moment, et John réalisa qu'il avait fixé Sherlock pendant plusieurs secondes. Il rougit et détourna le regard.
"Bon, puisque tout est rentré dans l'ordre à Baker Street, je vais vous laisser. Merci pour le thé, Sherlock. Je te rappellerai plus trad." Mycroft déposa sa tasse et sa soucoupe sur la table basse et se leva en reboutonnant sa veste. Il jeta un œil vers la cheminée et ses yeux se plissèrent. "Pourquoi donc y a-t-il une photo de Cynthia et de moi sur ta cheminée?"
"J'aimais beaucoup Cynthia," répondit Sherlock. "Elle te distrayait juste assez pour me laisser du temps libre."
"Oh, franchement. On croirait que je hante ta vie en permanence."
"C'est exactement ce que tu fais," rétorqua Sherlock. "Et peut-être qui si tu l'avais moins fait, elle ne t'aurait pas quitté pour son coach privé."
Les lèvres de Mycroft se pincèrent en une ligne fine à ces mots.
John grimaça. "Sherlock..." Sherlock se retourna pour le regarder, et son expression s'adoucit presque instantanément. John désigna la cheminée. "Si tu comptes te débarrasser des photos, tu pourrais peut-être aussi jeter celle de Philippe."
Les yeux de Mycroft se déplacèrent à l'autre bout de la cheminée, puis il lancèrent à Sherlock un regard entendu. "C'est étrange que..."
"Quel dommage que tu sois obligé de partir avant le petit déjeuner," dit Sherlock en se levant et en lui lançant un regard furieux.
Le regard de John passa de l'un à l'autre tandis qu'ils communiquaient silencieusement pendant quelques secondes.
Mycroft sourit enfin d'un air suffisant et se tourna vers la porte. Son parapluie était appuyé sur le mur près du porte-manteau, et John sourit quand il le ramassa. "Je suis ravi que tu sois revenu, John. Profite bien du reste de ton week-end."
"C'est ce que je compte faire." John lança un regard à Sherlock, qui remuait nerveusement.
"Au revoir, Sherlock." Mycroft ferma la porte et descendit les escaliers sans attendre de réponse.
"Alors." John se croisa les bras en se tournant vers Sherlock.
"Eh bien c'est fait. Petit déjeuner?" Sherlock saisit la tasse vide de Mycroft sur la table et se dirigea vers la cuisine.
John haussa les sourcils devant cette diversion évidente et lui emboîta le pas. "Sherlock..."
"Il n'y a pas d'œufs, mais il y a toujours du pain."
John s'appuya sur le comptoir de la cuisine. "Tu as sorti cette photo de Philippe exprès, n'est-ce pas?"
Sherlock se crispa légèrement, mais poursuivit sa contemplation du frigo presque vide. "Oui."
"Pourquoi?"
"C'est évident, non?"
"Tu voulais me rendre jaloux?"
"Non. C'était une réaction agréable, mais totalement inattendue." Il referma le frigo et se retourna pour faire face à John, et sembla peser ses prochains mots pendant un moment. "Je voulais que tu saches que j'avais eu une vie sans toi, que je ne suis plus le même homme qu'il y a dix ans. Que je suis capable d'avoir des relations qui ne finissent pas comme... comme notre amitié."
"J'étais jaloux, tu sais. Et pas seulement pour les raisons évidentes. Je suppose que j'ai toujours cru que j'avais une place spéciale dans ta vie, que j'étais en quelque sorte le seul véritable ami que tu avais jamais eu. L'idée que, peut-être, je n'étais pas si unique était..." John haussa les épaules. "Ça m'a fait réfléchir, je suppose."
"Tu étais - tu es - le seul véritable ami que j'aie jamais eu." Sherlock pinça les lèvres un moment avant de continuer. "Il m'a fallu un certain temps pour comprendre que j'étais amoureux de toi. J'ai toujours mis mes émotions de côté, en choisissant de ne pas les ressentir chaque fois que c'était possible. Me laisser aller à ressentir de la colère, de l'empathie, des remords... C'était contreproductif, voire distrayant. Le détachement m'offrait de la clarté, de l'efficacité, et m'aidait à concentrer mon attention sur le travail. Mais en fin de compte, après le procès de Moriarty, c'était... tellement difficile de voir que tu souffrais, à cause de moi. Je savais déjà que j'allais devoir te quitter, et à quel point cet acte serait douloureux. Je m'étais préparé à te perdre pour toujours, à te voir tourner la page en croyant que j'étais mort. Mais tant que tu étais en sécurité, ça en valait la peine, tu comprends?" John acquiesça, et Sherlock inspira profondément. "Mais ce que je n'avais pas prévu, c'était à quel point il serait difficile de voir ta peine, sans être capable de faire quoi que ce soit pour y remédier. C'est moi qui en étais la cause. C'était ma faute, et c'était..." Il secoua la tête.
John déglutit. "Pourquoi ne m'as-tu pas dit ce qui se passait?"
"Ce n'était pas pour les raisons que tu crois." Sherlock hésita un moment avant de continuer. "Tu crois que je ne te faisais pas confiance, que je te croyais incapable de garder mon secret. Mais ce n'était pas cela du tout. Je ne supportais pas l'idée de te mettre en danger. Tant que tu me croyais mort, tu étais en sécurité. Si l'un d'entre eux avait cru un instant que tu savais où je me trouvais, ils n'auraient pas hésité à..."
John ressentit une envie forte de se rapprocher, de l'envelopper de ses bras, mais Sherlock recula d'un pas. John inspira et passa plutôt ses bras autour de lui-même. "Je comprends, tu sais."
"Tu n'imagines pas combien de nuits j'ai passé à repenser à ça, à toutes les choses horribles qui pouvaient t'arriver à cause de moi. Vivant, je te causais des peines et des souffrances horribles. Et bien sûr, mort, je te causais déjà des peines et des souffrances horribles. C'était une situation impossible." Il émit un son qui ressemblait à un rire, mais de l'angoisse perçait derrière. "Ça devenait paralysant, je ne pouvais plus l'ignorer plus longtemps. Il fallait que je m'arrête pour y réfléchir. C'est à ce moment-là que j'ai réalisé que j'étais amoureux de toi, et que je l'étais depuis longtemps."
"Je ne savais pas, je ne savais rien de tout ça."
"J'ai envisagé de rester mort, tu sais. Cela aurait été facile. Revenir était compliqué, alors qu'être un fantôme était... eh bien c'était une idée attirante. Mais quand tout a été terminé, et que j'ai eu l'opportunité de rentrer à la maison sans risque, j'ai imaginé que, peut-être..." Il leva de nouveau les yeux et son sourire était triste.
"Oh mon dieu." John ferma les yeux. Les souvenirs affluaient: la peine sur le visage de Sherlock toutes ces années plus tôt, les mots cruels que John avait prononcés. Tout prenait maintenant un aspect si différent, et c'était presque plus qu'il ne pouvait supporter. "Je suis désolé, Sherlock. Je voudrais... Oh bon sang, je ne sais pas." Que voulait-il? Les choses auraient-elles pu se passer différemment? S'il avait su ce qu'il savait maintenant, peut-être que oui, mais il ne pouvait pas le savoir, à l'époque.
"Je l'avais imaginé si souvent. Je savais que tu serais furieux. Je croyais que tu me frapperais, pour être honnête."
John releva les yeux vers lui et les lèvres de Sherlock frémirent légèrement: il plaisantait.
"Crois-moi, j'y ai pensé." John tenta de sourire, mais il n'y parvenait pas. "J'étais si... Je ne sais pas, si fâché de ne pas avoir tout deviné. Je me suis senti tellement idiot de l'avoir cru du début à la fin. Je pensais que Mycroft et toi m'aviez utilisé, que vous m'aviez manipulé."
"C'est ce que nous avons fait, jusqu'à un certain point."
"Et je voulais, mon dieu je voulais être aussi loin de toi que possible. Je me suis débarrassé de tout ce qui me faisait penser à toi dans ma vie." Mais ça n'avait pas suffit, n'est-ce pas?
Sherlock acquiesça. "Je m'attendais à ce que tu tournes la page, tu sais. Je n'ai jamais cru que tu éprouverais la même chose que moi. Je n'avais jamais rien vu indiquant que tu puisses envisager une relation avec un homme, et ce n'était pas grave. Ce que je désirais le plus, c'était que les choses redeviennent comme avant - redevenir amis et travailler ensemble à nouveau. Cela aurait suffit."
John eut l'impression que le sol bougeait sous ses pieds pendant un moment, et il respira à fond pour se stabiliser. "Cette première nuit quand nous avons dîné ensemble, tu as dit que j'avais épousé la mauvaise personne, pour de mauvaises raisons. Et c'est... Oui, c'est absolument vrai. Je l'aimais, et elle m'aimait, et j'ai cru que c'était la solution parfaite. J'étais si fatigué de ressentir tout ça, et elle me rendait heureux. Ça a marché pendant quelques années."
Il s'interrompit un moment et releva les yeux, découvrant Sherlock qui le regardait attentivement. Il n'y avait pas la moindre trace de jalousie dans son expression, rien qui ressemblait à ce que John ressentait quand Sherlock parlait de Philippe. Juste de l'acceptation tranquille, et John ne savait pas comment Sherlock parvenait à faire ça.
"Mais je ne pouvais pas lui parler de ma vie avec toi. C'était trop douloureux, trop... Je ne sais pas. Elle savait que quelque chose clochait, que je lui cachais des choses, et elle disait souvent que quelqu'un devait m'avoir brisé le cœur dans le passé, qu'on m'avait rendu incapable d'aimer à nouveau." Il secoua la tête et fronça les sourcils. "Ça me rendait dingue, tu comprends? Parce que toi et moi - ça ne s'était pas passé comme ça, et je pensais qu'il y avait peut-être quelque chose qui n'allait pas chez moi, et qui m'empêchait de l'aimer convenablement."
Il inspira, expira de nouveau. Le regard de Sherlock était sombre, et John y voyait une immense quantité d'empathie. Depuis quand Sherlock était-il devenu quelqu'un qui comprenait ce genre de choses?
"Quand je t'ai embrassé hier soir, c'était... Je n'ai pas ressenti ça depuis très, très longtemps... Ça va te sembler ridicule, mais c'était comme si des feux d'artifices avaient éclaté dans ma tête et tout semblait en phase pour la première fois depuis des années."
Sherlock lui renvoyait son regard, les yeux ronds, mais se taisait.
"Et maintenant, je..." Il s'interrompit et déglutit, décidé à ne pas perdre le contrôle maintenant, pas quand il était si important de tout dire, de tout expliquer à Sherlock. "J'ai essayé, tu sais? Je savais que j'aurais dû être heureux que tu sois vivant. Je veux dire, qui a jamais eu une seconde chance comme celle-là? Je le savais, mais je n'y arrivais pas. J'étais tellement dévasté d'apprendre que tu... que tu étais..." Il secoua la tête. "C'était beaucoup me demander, tu sais, d'accepter simplement le fait que tu n'étais pas vraiment mort, d'accepter qu'on m'ait menti pendant toutes ces années et... Je n'arrivais pas à lâcher prise." Il ferma les yeux un moment, les rouvrit, et regarda Sherlock. "Je suis tellement désolé."
"Je sais." Sherlock s'interrompit, expira calmement. "Et je regrette de t'avoir fait du mal, plus profondément que tout ce que j'ai fait dans ma vie."
"Sherlock, je..." Non, non, non - il n'allait pas perdre les pédales maintenant. John pressa les mains sur son visage en essayant de se ressaisir. Il inspira profondément et retira ses mains pour se forcer à regarder Sherlock à nouveau. Sherlock, qui l'avait aimé pendant toute une décennie; qui avait tout sacrifié pour le protéger; qui était revenu et l'avait affronté, sans rien demander en retour - ni l'amitié de John, ni même son pardon. Sa vision se brouilla et il soupira. "Zut."
Sherlock fit un pas difficile en avant, puis un autre, et John se retrouva brusquement dans ses bras, le visage enfoui dans l'épaule de Sherlock. Il respira profondément, régulièrement, et parvint à ne pas devenir fou. Sherlock le serra fort, et ils restèrent tous les deux silencieux pendant un moment.
"Je voudrais essayer ça, avec toi," dit enfin Sherlock, avant de s'arrêter pour se racler la gorge. "Je sais que ce n'est pas quelque chose que tu avais envisagé mais... veux-tu essayer?"
"Oui," tenta John, mais aucun son ne sortit. Il s'éclaircit la gorge en levant les yeux, et réessaya. "Oui."
Le sourire de Sherlock était rempli d'émerveillement, avec une touche d'incrédulité, mais il embrassa John, et John se liquéfia contre lui. Et juste comme cela, il se sentit plus heureux qu'il ne l'avait été depuis une éternité, comme si le monde était soudainement grand ouvert, comme s'il pouvait tout entreprendre. Il pressa Sherlock contre le comptoir et se haussa sur la pointe des pieds pour l'embrasser de la manière la plus exhaustive possible. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine et ses yeux étaient humides, mais il s'en fichait. C'était parfait.
Après quelques glorieuses minutes, ils tremblaient tous les deux, et John se dégagea en souriant. "Oui, ceci - toi - c'est ce que je veux. Je le veux vraiment."
Sherlock expira. "C'est... c'est bien."
"Mieux que bien." John l'embrassa encore, et ne put s'empêcher de faire bouger ses lèvres contre l'oreille de Sherlock. "C'est fantastique."
Sherlock exhala un souffle tremblotant. "Alors... est-ce que c'est trop tôt pour te demander de revenir vivre ici?"
John s'écarta de lui, surpris. "Je... En tant que colocataire? Ou..."
"Ah, euh." Sherlock sembla troublé. "Non. Il n'y a plus que ma chambre, en fait. La chambre d'en haut sert plutôt de bureau pour l'instant."
"Oui, j'ai remarqué." Sherlock sembla surpris, et John se mordilla la lèvre. "Je suis venu hier. Ella m'a laissé entrer. Je cherchais un indice sur l'endroit où tu étais parti, et j'ai pensé que c'était l'endroit idéal pour commencer. J'ai trouvé la photo, d'ailleurs."
"La photo?"
"Celle qui se trouve sur le mur au-dessus du bureau. Je te l'ai volée, pour être honnête. Je n'étais pas sûr de te revoir un jour. Elle s'est un peu froissée dans ma poche, malheureusement."
Sherlock ouvrit la bouche, la referma. "Je n'en aurai peut-être plus besoin."
"Je ne sais pas. Tu voudras peut-être te rappeler de cette époque où j'avais un peu plus de cheveux."
"Et une petite amie différente chaque semaine? Non merci."
De tout ce que Sherlock avait jamais dit, c'était ce qui ressemblait le plus à de la jalousie, et John ne put retenir un sourire. "Oui, je crois que j'en ai fini avec les petites amies dorénavant." Sherlock semblait encore hésitant, et John pressa un baiser rapide sur ses lèvres, puis un autre, plus long, avant de se dégager à contrecœur. "Je suis tout à toi, d'accord?"
"Tu n'es pas obligé d'emménager, tu sais. Je n'exige rien de toi. C'est déjà beaucoup plus que ce que je croyais jamais avoir."
John secoua la tête. "Ce n'est pas que je ne..."
"Non, aucun problème," dit Sherlock, maintenant embarrassé. "Tu n'es pas obligé de..."
"Stop," dit John, et il l'embrassa de nouveau. "Je ne vais nulle part. J'ai besoin d'un peu de temps, cela dit. Tu as eu des années pour y penser, et je n'ai eu que quelques heures, alors... peut être qu'on peut y aller lentement, en tout cas pour l'instant."
Sherlock relâcha son souffle et appuya son front contre celui de John. "C'est bien, c'est... d'accord."
John ne put résister à l'envie de presser ses lèvres sur le dessous du menton de Sherlock, plus rugueux maintenant que la nuit précédente.
Sherlock émit un petit bruit surpris et John sentit sa gorge bouger pendant qu'il parlait. "Nous pourrions sortir pour le petit déjeuner, si tu veux. Il y a un café au coin de la rue qui fait des omelettes."
"Ou on pourrait se faire des toasts et retourner au lit." John promena ses lèvres le long de la ligne du cou de Sherlock puis leva la main pour déboutonner le haut de sa chemise.
"Je croyais que tu voulais aller lentement."
John recula suffisamment pour lui sourire. "Je ne parlais pas du sexe. Ce navire a déjà mis les voiles, au cas où tu n'aurais pas remarqué." Les joues de Sherlock prirent une ravissante teinte rose. "D'accord, je vois. Des toasts, alors?"
"Ou..." John s'éloigna encore d'un pas hors de la cuisine. "Nous pourrions retourner au lit maintenant et sortir après pour le petit déjeuner."
Sherlock le fixa des yeux encore un moment, comme s'il n'arrivait pas à croire ce qui se passait, puis sourit. "Encore mieux."
"Tu as fait des promesses hier soir, et j'espère que tu vas les tenir." John recula encore de trois pas, puis s'arrêta et tendit la main.
"C'est ce que j'ai l'intention de faire," dit Sherlock en avançant pour prendre sa main.
Épilogue: Trois mois plus tard
John appuya la boîte en carton contre l'encadrement de la porte et pesa dessus de tout son poids pour la maintenir en place en tournant la poignée de la porte. La boîte se mit à glisser presque immédiatement et il dut donner un coup de pied dans la porte pour l'empêcher de se refermer à nouveau.
"Bordel - je peux avoir un peu d'aide par ici?"
La boîte glissa jusqu'au sol et se renversa, déversant tout son contenu dans l'entrée du salon. Sherlock, étendu sur le canapé, le nez plongé dans un exemplaire récent d'un journal de chimie, ne leva même pas les yeux vers lui.
John lui lança un regard furieux en remettant ses affaires dans la boite et en la soulevant à nouveau. Il emporta la boîte dans la chambre et la déposa près des autres dans un coin avant de revenir vers le canapé. Sherlock leva les genoux pour lui faire de la place à l'autre bout, et John soupira. C'était tout ce qu'il recevrait en guise d'excuse.
Il s'assit. "Voilà, tout est là."
Sherlock posa les pieds sur les genoux de John et ne répondit pas.
"Quand tu as dit que tu allais m'aider, j'espère que ça voulait dire que tu allais faire de l'espace dans la garde-robe, comme je te l'ai demandé la semaine passée?"
"J'ai dit que je t'aiderais après avoir lu cet article. Ce n'est pas ma faute si tu as monté tous tes cartons avant que j'aie fini."
Il avait un commentaire sur la paresse pathologique de Sherlock sur le bout de la langue, mais John se retint: c'était évidemment une tentative d'évasion, et il avait failli tomber dans le panneau. "Donc tu ne l'as pas fait."
Il y eut une pause. "Non."
John serra les dents. "Nous en avons discuté longuement, et nous avons décidé que tu ferais de la place pour mes vêtements dans la garde-robe."
"Toi, tu en as discuté longuement. Moi je n'ai rien décidé." Sherlock n'abaissa pas son journal. "Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas laisser tes vêtements dans la chambre à l'étage."
"Et devoir monter les escaliers chaque fois que je veux m'habiller?"
"C'est ce que tu faisais quand tu habitais ici autrefois."
"Je dormais là-haut avant. C'était différent."
"C'est mon bureau, tu sais. Je suis obligé d'y monter tous les jours. Ce n'est pas comme si tu étais boiteux."
John renifla dédaigneusement et fit un geste en direction du mur derrière le canapé. "Ce collage de rapports de police a fini par trouver sa place en bas, sans oublier les trois expériences sordides que tu mènes dans la cuisine en ce moment, alors je dirais que toi non plus tu n'aimes pas ranger tes affaires à l'étage."
"C'est absolument hors de propos."
"Et tu sais quoi? Ça ne me dérange pas, vraiment pas. Ça rend l'endroit convivial. Mais je veux que mes vêtements soient rangés là où je dors."
"Mais tous mes vêtements sont organisés et répertoriés." Le ton de Sherlock tirait rapidement vers le gémissement, un signe que John commençait à avoir le dessus.
"Tu vas aimer réorganiser tes affaires. Ce sera amusant."
"Je ne m'ennuie pas tant que ça, John."
"Je demande seulement la moitié de l'espace. Tu peux déplacer les vêtements d'hiver à l'étage, et laisser les vêtements légers là où ils sont."
"Mais..."
"Si tu veux vraiment que je retourne dormir à l'étage, je suppose que je peux en parler à Mrs Hudson et trouver un lit ou alors..."
"Ne sois pas ridicule. Tu ne vas pas dormir en haut."
"Alors il faut que je range mes vêtements dans la chambre. Notre chambre."
Sherlock grogna, et John sut qu'il avait gagné. "Très bien. Je le ferai ce week-end."
"Non, cet après-midi. Je travaille ce week-end et je veux déballer mes affaires aujourd'hui, tant que j'ai du temps devant moi."
Il n'y avait que du silence de l'autre côté du journal, ce qui signifiait que Sherlock était en train de mijoter une excuse ridicule de son crû. John pinça les lèvres - le moment était venu pour une approche différente. Il baissa les yeux vers les pieds nus de Sherlock posés sur ses genoux. Ah, voilà: parfait.
Il enveloppa la courbe du pied de Sherlock de sa main et frotta vers le bas avec juste assez de pression pour ne pas le chatouiller, puis pressa le bout des doigts sur la plante du pied.
Sherlock ne répondit rien, mais il était devenu tout à fait immobile. John continua le massage pendant plusieurs minutes avant de passer à l'autre pied. Le journal demeura fermement en place, bien que Sherlock n'ait probablement pas lu un mot depuis plusieurs minutes. Ses yeux suivirent la ligne des jambes nues de Sherlock qui disparaissait sous la robe de chambre, et il réprima un sourire.
"Tu ne portes pas de caleçon?"
"Non." Le ton de Sherlock était suspicieux. John sourit.
Il se tourna vers Sherlock sur le canapé et appuya sur le genou le plus proche. Après quelques secondes, Sherlock saisit l'allusion et plia ce genou, et John se positionna entre les cuisses de Sherlock. Il se pencha en avant et releva assez les bords de la robe de chambre pour voir son pénis par en-dessous, et oh, comme il aimait commencer de cette façon-là. Il s'avança, appuyant ses bras sur le sofa, et taquina l'épiderme du prépuce de Sherlock du bout de la langue. Sherlock étouffa un petit cri, et un moment plus tard John avait la bouche pleine de sexe dur.
"Fais comme si je n'étais pas là," dit John, incapable de ne pas glousser. "Je trouverai de quoi m'occuper ici pendant que tu lis." Il passa la langue sur le frein et la tête de Sherlock retomba en arrière sur les coussins du canapé. John le taquina sans pitié pendant une minute entière avant que Sherlock grogne.
"D'accord, ce soir. Je le ferai ce soir, c'est promis, mais... suce-moi, s'il te plait?"
John sourit et prit le gland dans sa bouche. Il était devenu assez expert dans ce domaine en l'espace de quelques mois, à sa grande surprise. Il est vrai qu'il avait toujours aimé le sexe oral avec les femmes; il n'y avait rien d'étonnant à ce que ces talents aient été transférés, dans le fond. Il appréciait la lente descente vers le bas et la remontée, la manière dont le gland épousait parfaitement la forme de son palais, maintenu en place tandis qu'il massait le bas du plat de la langue. C'était glorieux, et le fait que Sherlock soit aussi réceptif rendait l'acte encore meilleur.
Et surtout, Sherlock n'était pas timide quand il s'agissait de dire à John ce qu'il aimait, ce qui donnait une narration délicieusement obscène de l'action. "C'est - mon dieu, suce plus fort, juste là - oh, ta langue est parfaite - ah, zut John - mets ton doigt - non, deux doigts, oui, oui - plus profond, s'il te plait - oh mon dieu, ta bouche, comme ça, oui - tu fais ça si bien..."
"C'est comme ça que tu veux jouir?" John se redressa, sans arrêter le mouvement de ses doigts dans les fesses de Sherlock, les regardant avec fascination disparaitre encore et encore dans son corps, lubrifiés par sa propre salive, frottant contre sa prostate doucement, malicieusement. Il se pencha encore en avant pour passer la langue sur la bourse de Sherlock.
"Oui," dit Sherlock, et puis, "Non, non, attends - pénètre-moi."
"Dans la chambre," dit John, et il était déjà arrivé à mi-chemin quand Sherlock parvint seulement à s'extraire du canapé.
Il sortit un préservatif et du lubrifiant du premier tiroir de la table de nuit et commença à déboutonner sa chemise. Sherlock prit le paquet, déchira l'emballage et déroula le préservatif sur le pénis de John avant même qu'il ait eu le temps d'enlever son pantalon.
"Attends, laisse-moi..." commença John, puis Sherlock le poussa en arrière sur le lit.
"Nous irons lentement plus tard. Pour l'instant je veux que tu me pénètres." Il enjamba John et étala du lubrifiant sur lui-même à une vitesse étonnante avant de saisir la queue de John et de se glisser dessus.
"Seigneur, tu..." commença John, et grogna.
Le visage de Sherlock était tendu et son érection était retombée, mais il ne s'arrêta pas. Il attrapa la tête de lit et se haussa sur ses genoux avant de presser à nouveau vers le bas.
Les mains de John trouvèrent les hanches de Sherlock et le tinrent immobile un moment. "Attends, laisse-moi juste te sentir, d'accord? J'ai besoin de... Mon dieu, tu es si..."
"Bouge, s'il te plait, j'ai besoin..."
"D'accord, très bien, laisse-moi juste..." John se déplaça un peu, essayant de prendre appui sur le matelas. "Voilà, comme ça." Il leva ses hanches vers le haut et Sherlock s'empala sur lui, et bon sang, il adorait ça. Sherlock bougea au-dessus de lui, établissant un rythme brutal que John ne pouvait pas suivre, et il décida d'abandonner et de laisser Sherlock faire tout le travail. Sherlock se pencha alors un peu en avant, et alors, là, c'était le bon angle, c'était ça; il attrapa la couette à pleines mains, ressentant le besoin de se retenir à quelque chose de concret. C'était tout simplement si étroit et chaud et absolument parfait et, merde, il allait jouir et c'était trop tard pour l'empêcher; il n'y avait rien à faire, à part suivre la vague puissante de son orgasme.
"Désolé, désolé," dit-il en fermant les yeux pour chasser la brume qui engourdissait son cerveau. "C'était tout simplement...Mon dieu."
Sherlock se releva, retira le préservatif et disparut pour se nettoyer. John inspira, expira, rouvrit les yeux, et puis Sherlock était de retour au lit, un nouveau préservatif à la main.
"Je peux?"
"Oui, bien sûr. Tout ce que tu voudras après ça."
Les doigts de Sherlock étaient chauds et le lubrifiant était froid, mais John était maintenant assez détendu pour ne pas grimacer quand Sherlock en pressa deux directement à l'intérieur de lui.
"Embrasse-moi," dit John, et Sherlock se pencha sur lui, écarta les cuisses de John, et cueillit sa bouche en un baiser lent et doux. Ses doigts disparurent et John sentit son pénis couvert de latex presser à l'intérieur de lui, l'ouvrir, avec une facilité scandaleuse. "Va-y doucement," murmura John dans sa bouche. "Je suis encore un peu irrité depuis l'autre nuit."
"Je sais." La langue de Sherlock encercla la sienne et John se sentit flotter. "Ça va? Je peux..."
"Oui, vas-y."
Sherlock bougea lentement, très lentement, et c'était adorable, différent du martèlement vigoureux qu'ils préféraient d'habitude. C'était presque - John sourit à cette idée - romantique.
"Quoi?" La voix de Sherlock était à peine plus forte qu'un murmure.
"C'est agréable, comme..."
"Comme quoi?"
"Je ne sais pas." Il ne voyait pas comment dire comme si tu me faisais l'amour sans avoir l'air horriblement sentimental et cliché, alors il embrassa plutôt Sherlock, imitant le tempo de leurs corps en un long glissement de langue.
"Alors tu aimes aussi le faire lentement?" dit Sherlock presque une minute plus tard. "Je l'ignorais."
"Je peux encore te surprendre, n'est-ce pas?" John lui sourit, et Sherlock arrêta de bouger. Il regarda John, et il y avait quelque chose dans son expression que John n'arrivait pas tout à fait à identifier. "Ce n'est pas un problème, tu sais."
"Non, c'est juste que tu es... là." Sherlock pencha la tête, pressant son visage contre l'épaule de John. "Tu es vraiment là."
Les bras de John se refermèrent autour de lui, ramenant sa poitrine contre la sienne. "Je suis là, pour de vrai. Et si tu retires la moitié de ton bordel de la garde-robe, je pourrais même rester."
Sherlock se rassit brusquement, son sexe glissant du corps de John, et John éclata de rire.
"Pas maintenant, idiot."
"Pas maintenant, non." L'œil de Sherlock était brillant, mais son sourire était pervers. "Pour l'instant je voudrais que tu te retournes."
John sourit et se mit sur le ventre. "D'accord, mais d'abord, je veux plus de lubrifiant." Un instant plus tard il sentit quelque chose de froid appuyer contre son anus, et il étouffa un petit cri à la sensation du lubrifiant giclant directement à l'intérieur de lui. "Préviens-moi quand tu fais ça, s'il te plait."
Sherlock gloussa. "Ce serait moins drôle." Il remit deux doigts à l'intérieur de John et frotta lentement, en tournant sa main d'une manière qui le fit se tortiller. John sentit un pouce glissant parcourir la peau tendre de son anus, et il attendit, mais rien ne se produisit. Sherlock semblait simplement le regarder.
"Qu'est-ce que tu attends?"
"Tu peux encore jouir?"
John rit. "Il va me falloir encore une heure, et je ne tiendrai pas aussi longtemps. Mais j'aime la sensation que ça fait, de t'avoir à l'intérieur de moi." Il fourra un oreiller sous ses hanches et se relaxa sur le matelas.
"J'aime la sensation aussi." La main de Sherlock se promena sur ses flancs et sur ses fesses, puis ses doigts sortirent lentement de lui, restant à l'intérieur juste assez pour le maintenir ouvert, puis il bougea d'avant en arrière, sans entrer très loin, caressant la peau sensible à l'intérieur du corps de John avec le bout de son sexe. "Bon sang, John. Je pourrais continuer comme ça pendant une heure, en allant assez doucement."
John sourit, et essaya encore de ne pas être jaloux de l'endurance de Sherlock. "Pas aujourd'hui, mais je garde ça à l'esprit."
Il avait fallu un long mois pour que John trouve le courage d'essayer ça. Il aimait l'idée en théorie, mais il avait dû fournir une énorme quantité de confiance pour se laisser pénétrer de cette façon. Il savait que c'était quelque chose que les gens appréciaient - que Sherlock appréciait, surtout - mais il n'avait pas imaginé que la sensation serait aussi intense et intime, qu'il finirait par en avoir besoin, même sans la promesse d'un orgasme à la fin. Être le récipient, pour ainsi dire, avait été une expérience très enrichissante.
Et Sherlock était doué pour ça, John devait l'admettre. Il bougeait avec des gestes sûrs et lents, évitant prudemment la prostate sensible de John, et John gémit.
"Ça va?" Les lèvres de Sherlock se posèrent sur son épaule.
Il aurait voulu dire oui, n'arrête surtout pas, mais il fallait être réaliste: s'il continuait encore longtemps, il le regretterait pendant des jours. "Tu as bientôt fini?"
"Je peux me dépêcher."
"Tu peux y aller plus fort si tu veux."
"J'espérais que tu dirais ça."
Deux minutes plus tard, Sherlock s'effondra sur lui en grognant.
"C'était bien?"
"Merde, oui." La voix de Sherlock était étouffée par la peau de John, et John sourit. Sherlock ne disait presque jamais d'insanités, mais pendant le sexe il jurait comme un charretier, et John trouvait ça terriblement excitant.
"Tu sais que je t'aime," dit-il contre les draps, "mais c'est plutôt inconfortable."
"Je m'en vais dans un moment. Laisse-moi une minute. Je ne sens plus mes orteils." John se tortilla sous lui, et Sherlock grogna: "Oh, très bien."
John grimaça à la sensation de son pénis qui s'en allait; il avait dû serrer un peu les dents vers la fin, mais ça valait le coup. "Je vais sentir mes fesses demain."
"Désolé. Je me ferai pardonner."
John se tourna sur le côté et l'embrassa. "Oui, je sais. Je voudrais aussi avoir la moitié des tiroirs."
Sherlock retomba sur l'oreiller. "Mais mon répertoire à chaussettes..."
"Attends, tu n'as rien entendu?" John se haussa sur un coude et tendit l'oreille.
Sherlock bailla. "On frappe à la porte. C'est sûrement Lestrade. Il a envoyé un message juste avant que tu arrives avec les derniers cartons. C'est pour une enquête, je suppose."
"Oh non." John se rua sur la boîte de mouchoirs qu'ils gardaient sur la table de nuit et s'essuya sommairement. Il enfila ses vêtements aussi vite que possible et s'examina rapidement dans le miroir avant de filer pour aller ouvrir la porte. En effet, un Lestrade à l'air très embarrassé se tenait derrière.
Greg se força à sourire. "Bonjour. Personne ne répondait à l'interphone, alors Mrs Hudson m'a laissé monter."
"Oh, je vois, désolé." John lui fit signe d'entrer. "Nous étions euh... occupés."
"C'est ce que j'avais cru comprendre," répondit Greg, et John grimaça.
"Oui." On entendit le son de la douche dans la salle de bains, et John résista à l'envie de se retourner pour y jeter un coup d'œil.
Greg observait la cuisine. "Qu'est-ce que c'est que tout ça?"
"Des expériences. Rien d'illégal pour autant que je sache." Il se mit à rire, mais il réalisa ensuite qu'il aurait l'air encore plus suspect.
Greg se tourna à nouveau vers lui. "D'accord. Donc, tu as fini d'emménager?"
"Oui. Depuis aujourd'hui."
"Oh, ça explique le..." Il fit un geste vague de la main.
"La célébration."
"J'allais dire le désordre, en fait." Greg lui lança enfin un sourire sincère et John se mordit la lèvre.
"Très bien, donc... Tu étais là depuis longtemps?"
"Oh non, pas du tout." L'expression de Greg était bien trop innocente pour être crédible.
Il y eut un toussotement derrière lui, et Sherlock déboucha dans le salon, s'essuyant les mains avec une serviette. Au grand étonnement de John, il était habillé de la tête aux pieds. "Cinq minutes, c'est bien ça?"
Greg resta bouche bée. "Non, je..."
"La sonnette d'en bas a retenti il y a presque huit minutes, et il ne te faudrait pas plus d'une minute pour monter les escaliers. Tu as frappé pour la première fois il y a six minutes, puis plus rien jusqu'à ce que nous ayons fini d'avoir des rapports sexuels, ce qui signifie que tu es resté là et que tu nous as écouté."
Greg devint presque cramoisi. "Eh bien on aurait dit... que vous aviez presque terminé."
John se retourna pour lancer à Sherlock un regard scandalisé. "Tu l'as entendu frapper et tu n'as rien dit?"
"Tu m'as demandé de te prendre plus fort. J'ai supposé que tu voulais dire maintenant, et pas après avoir ouvert la porte, mené une enquête et être rentrés à la maison."
"Seigneur, Sherlock..." John grogna et appuya une main sur ses yeux. Ils avaient été tous les deux plutôt sonores pendant les dernières minutes. Il se tourna vers Greg. "Tu as tout entendu, n'est-ce pas?"
Greg se frotta la nuque. "Eh bien euh. Oui. Je l'ai mérité. Désolé."
Sherlock attrapa une grappe de raisins dans le saladier sur la table et l'examina en plissant les yeux. "Entre, la prochaine fois. Tu pourras regarder si tu veux." John et Greg poussèrent tous les deux des cris scandalisés, et il continua: "Amène ta femme. Elle adorerait." Il fourra un grain de raisin dans sa bouche et s'appuya sur la table, l'air très satisfait de lui-même.
John secoua la tête. "Qu'est-ce qui te prend ces derniers temps?" L'œil de Sherlock étincela, et John leva une main. "Ne réponds surtout pas."
"Bref," dit Greg, manifestement désireux de changer de sujet. "Je voulais te dire que le jury a déclaré Bleakman coupable cet après-midi. Le procureur a dit que ton témoignage avait été inestimable, et te remercie pour ta..." Il mima des guillemets. "...coopération." Il lança un clin d'œil à John, qui leva les yeux au ciel. Sherlock avait été tout sauf coopératif.
Sherlock renifla dédaigneusement. "Il n'aurait pas eu d'enquête du tout sans moi. Je la lui ai offerte, et il..."
"Il veut dire de rien," dit John en braquant son regard sur lui avant de revenir à Greg. "C'est vrai que si Sherlock ne s'était pas donné autant de mal pour attraper Bleakman, il serait peut-être encore en liberté." Devant l'air satisfait de Sherlock, il ajouta, "mais il n'y a aucune raison pour se laisser prendre en otage par un tueur en série, alors ne recommence plus jamais ça."
"Tous ceux qui importent savent que c'était grâce à toi, Sherlock," dit Greg. "Alors vraiment, du fond de tous les cœurs de la police métropolitaine, et du mien en particulier, merci."
Sherlock haussa les épaules et prit un autre raisin.
"Il n'y a pas de nouvelle enquête, alors?" John se retourna vers Greg.
Greg sourit. "C'est une semaine calme à Londres. Sympa, non?" Comme s'il le faisait exprès, son téléphone sonna, et Greg fronça les sourcils devant son écran avant de tourner les talons avec un regard d'excuse. "Lestrade," dit-il dans son téléphone, et son visage devint soudainement sérieux. "D'accord, bien sûr. Où ça?" Il jeta un œil à Sherlock, qui avait reposé la grappe de raisin et s'était levé de la table. "J'arrive." Il abaissa son téléphone en passant le pouce sur l'écran, et regarda Sherlock. "Double homicide à West End et mon équipe de légistes est tout à fait débordée. Ça t'intéresse?"
Sherlock lui lança un sourire totalement indécent. "Absolument. John?"
John sourit: il avait repris sa vie avec une rapidité incroyable. Il avait même limité ses heures de garde à l'hôpital pour avoir plus de temps pour les enquêtes et pour reprendre le blog. "Bien sûr."
"Je vous envoie l'adresse immédiatement. Je dois filer, mais je vous revois là-bas bientôt, d'accord?" Greg tapota l'écran de son téléphone un moment, et les deux portables de John et Sherlock vibrèrent en même temps. Greg fila vers la porte sans rien ajouter, et Sherlock saisit son manteau, prêt à le suivre. "Donne-moi juste une minute," dit John en allant dans la salle de bains. "J'ai encore du lubrifiant dans certains endroits gênants."
Sherlock l'attendait quand il ressortit, le manteau de John dans une main et le pistolet chargé dans l'autre. John haussa un sourcil mais prit l'arme, vérifia que tout était en ordre et la fourra prudemment dans sa poche arrière. Il releva les yeux et vit Sherlock qui l'observait en se mordillant la lèvre.
"Quoi?"
Les joues de Sherlock rosirent légèrement. "Rien. Prêt?" Il tendit le manteau de John.
John le prit en souriant. "Prêt."
Ndt: Et voilà, c'est fini les amis! Je suis heureuse d'avoir terminé cette fic, merci d'avoir lu jusqu'au bout, et merci de m'avoir soutenue avec vos reviews adorables... Comme d'habitude je n'aurais rien accompli sans vous. *Gros câlin collectif*
Vous allez me manquer, en tout cas jusqu'à la prochaine fic ;)
A bientôt,
Roy'
