V. Discussion de famille

Maintenant que je savais que je pouvais revenir à elle, je ne voulais plus perdre un seul instant. Chaque seconde m'éloignait d'elle. La moindre fraction de seconde passée sans son visage aimant, sans son rire cristallin se résumait à un instant passé en enfer.

Attrapant mes clés, je volais à travers la maison, mais Carlisle m'arrêta à l'entrée, Alice à son côté. Je supposai qu'elle avait eu une vision.

Je grognai furieusement.

« - Carlisle, laisse moi passer s'il te plaît.

- Je suis désolé Edward, mais nous allons devoir parler de ceci avant », il répondit.

« - Non, tu ne comprends pas, maintenant laisse moi passer ! » Je ne voulais pas me lancer dans un argument avec lui, mais il allait devoir me laisser accéder à la porte ou j'allais détruire le mur, ce qui n'aurait pas plu à Esme.

« - Edward, je t'en prie, nous avons besoin d'en parler », Alice me supplia.

« - Il. N'y. A. Pas. Assez. De. Temps. » Je détachai sèchement chaque syllabe.

« - Oh je crois que nous en avons, au contraire. Tu t'es enfermé pendant deux jours complets dans ta chambre, et tout d'un coup tu n'as même pas assez de temps pour nous expliquer ce qui se passe ? » Je sentais la fureur et la confusion poindre dans sa voix.

Malheureusement, je pouvais lire dans leurs pensées qu'ils n'allaient pas laisser tomber le sujet. Je respirais profondément, bien qu'inutilement et essayai de répondre avec calme :

« - Je peux vous accorder quelques secondes mais c'est tout.

- Tu nous donneras autant de temps qu'il est nécessaire pour nous expliquer à moi et aux cinq autres personnes qui sont inquiètes pour toi.

- D'accord, que voulais-tu me demander ? » je dis rapidement, sachant que le plus rapidement ils auraient leurs réponses, le plus tôt je serais dans ma voiture. De plus, ils n'allaient pas me laisser partir sans que je leur explique, et ils étaient six contre un, puisqu'apparemment le reste de la famille faisaient partie de ce complot.

« Pas ici », Carlisle dit. « Dans le salon », il précisa en voyant que je ne bougeais pas d'un centimètre.

Carlisle appela le reste de la famille et nous mena vers le salon, meublé également comme une salle à manger. Je m'assis à un bout de la table ovale au centre de la pièce, entre Alice et Carlisle. Jasper se plaça à la gauche d'Alice, Esme à la droite de Carlisle et Emmett s'assit à côté de Rosalie, en face de moi. Je pouvais voir dans leurs pensées qu'ils étaient surtout inquiets, et un peu confus par mon changement d'humeur soudain. Je voulais mon expression impassible, essayant de ne montrer aucun signe de tristesse ou de douleur pour éviter leur pitié, mais ils n'étaient pas dupes.

Carlisle fut le premier à parler :

« Edward, nous sommes seulement ici parce que nous nous inquiétons pour toi. Tu n'es pas sorti de ta chambre pendant deux jours et Jasper était constamment déstabilisé par les émotions qui émanaient de toi; ce qui n'est pas difficile à comprendre, bien sûr, étant donné la récente… tragédie. »

Rosalie étouffa un rire moqueur, mais le reste de ma famille se tut pendant une minute. Ils essayaient de bloquer leurs pensées, voulant m'épargner les images de Bella que je pouvais quand même voir. Même si cet effort était en vain, je leur en étais reconnaissant. Ils essayaient de rendre ceci le moins douloureux pour moi.

« - Edward, nous comprenons, ou au moins nous essayons de comprendre ce que tu traverses, ce que tu ressens. » La voix douce d'Esme brisa le silence. « Mais nous sommes confus d'apprendre que, après que nous ayons déménagé à ta demande, Alice te voie maintenant retourner à Forks.

- Peut-être que j'ai mal interprété ce que j'ai vu Edward, mais ça m'a l'air impossible étant donné que je te vois monter dans ta voiture, puis la suivre dans sa maison, à l'école, partout dans Forks » Alice dit tandis que je voyais dans sa tête la vision exacte qu'elle décrivait. La frustration se faisait claire dans sa voix.

« - Si tu y retournes, alors pourquoi avoir voulu déménagé au départ ? » Emmett demanda. Je pouvais voir dans sa tête qu'il nous imaginait tous de retour à Forks, avec Bella. Elle était vraiment comme une sœur pour lui.

« - Laissez moi vous expliquer, parce le plus tôt vous comprendrez, le plus tôt je pourrais m'en aller. » J'essayai de contrôler ma voix, mais elle avait toujours l'air furieux. « Premièrement, je ne retourne pas à elle, enfin si, mais je serais seulement près d'elle, pas avec elle. Je me suis rendu compte que Bella est toujours un aimant à danger. Et même si j'étais dangereux pour elle, je l'ai protégée d'autres personnes et choses dangereuses dans le passé. Je suis une menace plus importante si je suis avec elle, mais si je reste près d'elle, et la protège sans qu'elle le sache, elle sera plus en sécurité qu'elle ne l'a jamais été. Le pire danger qui venait de nous pour elle jusqu'ici était notre soif. Mais je serais le seul là-bas, donc ce danger sera divisé par sept. Quant à moi, j'ai été capable de résister la tentation de son sang en étant avec elle presque chaque minute de la journée durant plusieurs mois, donc je suis presque immunisé. L'autre danger important était le fait qu'elle était si fragile, si cassable et que j'aurais facilement pu lui fracasser le crâne en lui touchant le visage. Mais je ne pourrais même pas la toucher, donc ce ne sera plus un problème. Et, le plus important, je n'interférerai en rien avec sa vie, son humanité, parce qu'elle n'aura pas idée que je serai là. » Je m'arrêtai et les regardai. Ils ne s'attendaient pas à ça.

« - Mais Edward, es-tu sûr que tu pourras rester si près et résister à la tentation de la toucher, de la prendre dans tes bras ? Nous avons tous vu la manière aimante avec laquelle tu la regardes ou parles d'elle », Esme fit remarquer. Elle n'avait pas tort, mais j'aimais Bella assez pour ne pas interférer avec sa vie comme je l'avais fait auparavant.

« - J'y ai pensé Esme, mais si tel est le prix à payer alors c'est une faible torture comparée à celle de devoir rester ici, à des milliers de kilomètres de distance. » S'il y avait une personne qui devait comprendre ceci, ce serait Esme. Je n'avais jamais auparavant vu quelqu'un avec une capacité à aimer si intense.

Rosalie parla pour la première fois :

« - Tu sais Edward, nous aussi avons besoin de toi. Depuis que tu as connu Bella, je n'ai moi-même presque jamais été seule avec toi. Bien sûr, Alice et Bella étaient proches, donc elle pouvait te voir, et Emmett appréciait malheureusement aussi la compagnie de Bella, mais moi ? » Je pouvais voir, derrière l'égoïsme de sa remarque, que je lui avais vraiment manqué. Mais ce n'était pas ça qui allait m'arrêter. Rien ne le pouvait.

« - Rosalie, est-ce que cela te tuerait vraiment de cesser de penser uniquement à toi pendant juste une minute ? » je rétorquai. Les mots étaient sortis plus agressifs que je ne voulais mais je ne pouvais vraiment plus supporter cette interrogation.

« - Oh, maintenant c'est moi qui est égoïste ? Tu essayes de déguiser tout ceci en un acte noble, mais ce n'est qu'à propos de toi et de ton incompréhensible besoin d'être près de cette vermine humaine ! » Elle grogna les deux derniers mots, son ton s'élevant de plus en plus à chaque syllabe.

La pièce était silencieuse. Je n'arrivais pas à croire qu'elle venait de dire ça. Jasper essayait désespérément de nous calmer, mais je refusai d'être manipulé une fois de plus et sortis de la pièce en courant. J'entendis Carlisle s'énerver contre Rosalie et Alice se précipiter sur mes talons. Mais je fus plus rapide. Je montai dans ma voiture et suivis rapidement le chemin qui menait à la route. Je savais qu'elle avait renoncé.

J'aurais préféré courir jusqu'à Forks, sachant que c'aurait été plus rapide, mais je savais que j'aurais besoin de la Volvo là-bas. Je ne pouvais prendre le risque de me promener à pied dans la ville, quelqu'un me reconnaitrait. Je savais grâce aux pensées des habitants que ma famille et moi étions assez remarqués. Et je savais que, tôt ou tard, Bella, me verrait. Bien sûr, elle reconnaitrait peut-être ma voiture, mais il y avait sans doute plus d'une Volvo dans la région.

Je savais que je devrais faire très attention à Forks, m'assurer que personne ne me voit. Charlie était un policier et il arpentait souvent la ville pour réduire le trafic. Personne n'avait besoin de savoir qu'un des Cullens était de retour.

Tandis que je conduisais, je songeais aux paroles de Rosalie. Je n'arrivais pas à croire qu'elle avait appelé Bella une vermine. Je savais qu'elle ne l'aimait pas, mais, encore une fois, elle avait mis sa propre personne avant tout et avait insulté celle que j'aimais.

Mais je réalisai que j'étais surtout furieux contre elle parce qu'elle avait dis ce que je craignais. Durant les dernières heures que j'avais passées dans ma chambre, j'avais essayé de me convaincre que tout ceci n'était qu'à propos de la sécurité de Bella et pas à propos de moi. Car la seule raison qui m'avait éloigné d'elle était que sa sécurité était la seule chose plus importante que mon besoin d'être avec elle. J'étais égoïste, et je le savais.

Quelques heures passèrent tandis que j'essayais de me concentrer sur la route. En arrivant à Forks, j'organisais mes pensées.

Plus que la fureur envers Rose, envers moi-même, plus que la souffrance causée par cette séparation, plus que le dégoût que je ressentais à mon égard à cause de mon égoïsme, plus que tout, je sentais l'euphorie me gagner. J'allais enfin revoir Bella. Ces trois jours m'avaient paru aussi longs que cents vies de vampire. Et je n'exagérais rien.

J'arrêtai la voiture en face de mon ancienne maison et sortis. Mon cœur de pierre papillonnant, je volai vers celle que j'aimais plus que tout.