VI. Méconnaissable
Je courrais à travers Forks. Je ne payais aucune attention à ce qui se passait autour de moi, ce qui m'entourait. La forêt, les arbres, les routes, les chemins, tout se résumait à un brouillard. Je ne crois pas avoir couru si vite auparavant au cours de ma vie de vampire. Sauf peut-être à Phoenix, quand je savais que le sang de Bella coulait des dents de James quelque part dans la ville. Mais cette fois, c'était différent. Parce que ce n'était pas la terrible menace de la perte de Bella qui me faisait voler, mais l'immense joie de la revoir enfin.
En quelques secondes je suivais le chemin qui menait à sa maison. J'étais tout simplement euphorique à l'idée de revoir son visage angélique après ces trois jours de supplice. Je pouvais petit à petit sentir son odeur, son unique et douce odeur au parfum de lavande. Le goût du paradis.
J'étais maintenant à l'arrière de son jardin et je commençai à escalader silencieusement le mur pour accéder à sa fenêtre. Son parfum se faisait de plus en plus fort, de plus en plus alléchant. La fenêtre était ouverte. Je respirai profondément, inutilement et m'engouffrai dans sa chambre.
Elle n'était pas là. Je regardais autour de moi, paniqué et fouillai sa chambre, en vain, avant de m'asseoir sur son lit.
« Elle n'est pas là », je me répétais inlassablement. Je tâchai alors de faire le tri dans mes pensées bousculées.
J'étais… frustré. Non, ce n'était pas ça. Je ne pouvais pas nommer ce sentiment qui me rongeait de l'intérieur. Mais tout ceci était stupide, absurde. Elle pouvait être n'importe où, à l'école, dans sa voiture, dans la forêt, peut-être même quelque part d'autre dans la maison. J'avais sûrement tellement espéré ce moment que le plus loin il s'éloignait, le plus fort mes émotions se faisaient ressentir.
Je jetai un coup d'œil rapide à l'horloge sur sa table. 10 :30 du matin. Elle pouvait être en train de manger son petit déjeuner. Je me levai rapidement, sortis par la fenêtre et redescendis le mur. J'avançais dans le jardin de devant, approchant de la fenêtre.
Ni l'anxiété, ni l'agonie, ni la frustration, ni la fureur, ni la douleur que j'avais ressenties durant les jours précédents n'auraient pu me préparer à ce que je vis en regardant à travers la fenêtre de la cuisine.
Bella avait été la personne la plus importante de ma vie pendant plus de huit moi déjà. Je l'aimais comme je n'avais jamais aimé avant. Elle était plus que tout ce que j'aurais pu espérer. J'avais appris à l'aimer et à chérir chaque précieux instant que j'avais avec elle. Elle était tout simplement Bella, ma Bella. Ou au moins elle avait été ma Bella.
Durant les quelques mois que j'avais passés avec elle, j'avais peu à peu réalisé qu'elle m'aimait aussi. Pas autant que je l'aimais, évidemment, car c'était impossible, mais elle m'aimait. Elle m'avait aimé. Et ceci avait été le sentiment le plus merveilleux que j'eus jamais connu. Savoir que cette personne voulait vous avoir dans sa vie, et vous aimait avec ce genre de passion, même si vous ne le méritez pas, était plus que magique.
Ceci était la raison pour laquelle je croyais, égoïstement bien sûr, qu'elle serait triste quand je partirais. Au moins pour quelques heures, pour quelques minutes, j'avais cru que je lui manquerais.
J'avais tout de même espéré que ce qu'elle avait senti à mon égard n'était que le bonheur du premier amour, et qu'elle oublierait rapidement. J'avais espéré que, avec une rupture brutale, j'avais laissé derrière moi une cicatrice cautérisée, insignifiante presque, qui guérirait rapidement.
Il était horriblement égocentrique de penser, d'espérer que j'avais laissé une cicatrice dans sa vie, d'une manière ou d'une autre. Je ne pouvais m'expliquer ces sentiments qui se mêlaient, s'enchevêtraient entre eux. Je voulais qu'elle soit en sécurité, je voulais qu'elle soit heureuse. Mais je voulais aussi qu'elle soit triste, juste pendant une seconde, une minute, juste pendant assez de temps pour que je sache qu'elle m'avait réellement aimé. J'étais partagé entre mon égoïsme et mon désir qu'elle soit en sécurité, entre le vrai Edward et la personne froide et distante que j'avais prétendu être dans la forêt.
Mais ce que je vis à travers la fenêtre ne correspondait à aucune des choses que j'avais espérée. C'était pire, bien pire que mon plus terrible cauchemar, plus douloureux que la séparation, mille fois pire que lui dire que je ne l'aimais plus. Il m'était impossible, insupportable de regarder ce que j'avais devant mes yeux. Je voulais détourner mon regard, mais je ne pouvais. Maintenant qu'il m'était possible d'admirer son visage angélique, je savais que je ne pourrais plus jamais tourner mes yeux autre part que vers les siens.
Mais cela faisait mal. Cela faisait mal de regarder, de voir tous les dommages causés.
Bella, ma douce Bella, était assise à la table au milieu de la cuisine. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine, comme si elle essayait de rester entière, de supporter son corps. C'était trop dur à regarder. On aurait dit qu'elle aurait pu glisser sur les dalles froides et dures à tout moment.
Je tressaillis, agonisant lorsque mes yeux se levèrent vers son visage. Les siens étaient rivés sur le sol, comme anticipant la chute, mais je pouvais les voir clairement.
J'avais connu ses yeux, ses magnifiques yeux marron, ses yeux rieurs. Je les avais vus pétiller de bonheur, se remplir d'amour incommensurable. Mais à ce moment, ils étaient tout simplement méconnaissables. Le marron délicat avait été remplacé par une teinte fade, légèrement grise dans ces yeux maintenant évasifs.
Les coins de sa bouche en cœur tremblaient, comme si elle avait pleuré. Son nez parfait, délicat, était coloré d'une légère teinte rougie. Le reste de son visage magnifique visage était caché par un rideau de cheveux emmêlés. Je pouvais néanmoins voir sa peau, douce et fine, plus pâle que la mienne. Comme si elle n'avait jamais connu le soleil.
Mais ce qui m'horrifiait le plus était ce vide, cette douleur qui étaient exprimés si intensément dans ses yeux, son nez, sa bouche, dans chacun de ses traits parfaits. Je pouvais le sentir dans chacun de mes muscles, faisant faiblir chacun des os de mon propre corps, me dévorant de l'intérieur.
Je ne pouvais… Je ne pouvais simplement pas comprendre pourquoi, comment elle avait tellement changé. Qu'était-il donc arrivé qui eut eu cet effet sur elle, qui l'eut rendu si… misérable ? Si méconnaissable ? Ca n'avait pas pu être moi. Ce n'était certainement pas le fait que je l'avais laissée, je n'avais pas pu toucher sa vie de cette manière. Ce n'était pas une cicatrice cautérisée, c'était une plaie ouverte.
Non, ça n'avait pas pu être moi. Qui étais-je pour penser ça ? Jamais de ma vie je n'avais eu tellement envie de pouvoir lire ses pensées, de pouvoir la comprendre. Je n'étais pas prêt pour cela. Je pensais que j'étais assez fort parce que je pensais que je la verrais heureuse, comme de coutume. Je pensais que j'allais voir la Bella de mes souvenirs, son sourire aimant et ses yeux pétillants. Mais ça, ce n'était qu'une ombre de la Bella que j'avais connue. Je l'aimais et la voir ainsi me blessait plus que n'importe quelle distance mise entre nous.
Je voulais lui dire que j'étais là, à quelques mètres d'elle, et que je l'aimais. Je voulais qu'elle sache la vérité. Même si ce n'était sûrement pas la cause de cette destruction, je détestais le fait que je l'avais enveloppée moi-même dans une bulle de mensonges, de blasphèmes.
Je ne pouvais détourner mes yeux d'elle. Je passai l'heure suivante l'observant, gravant encore et encore le moindre trait de son visage dans ma mémoire. Je pouvais enfin sentir son délicieux parfum floral, écouter son cœur battre. Je me souvins avec un sourire comment sa respiration se saccadait lorsqu'elle savait que j'étais près d'elle. Mais je remarquai que là encore, elle avait l'air de respirer avec difficulté, comme si quelque chose obstruait sa gorge.
J'avais déjà passé un long moment à la regarder, bien que toute notion du temps se perdait lorsque je la regardais. Soudain, ses yeux se figèrent, une douleur évidente et indescriptible inscrite dans ses yeux en amande. Elle agrippa immédiatement sa poitrine de ses deux mains, essayant de panser une blessure invisible et commença à suffoquer. Elle resta dans cette position durant plusieurs minutes, ses bras fermement soutenant son buste, son souffle moins régulier que jamais. Enfin, ses battements de cœur se firent plus égaux et elle retourna lentement à sa position précédente, les yeux vides et gris.
J'avais passé ces quelques minutes incapable de bouger, mes yeux figés sur cette scène douloureuse et incompréhensible. Je ne pouvais pas saisir ce qui en avait été la cause. Tout était passé si vite, même pour mes yeux immortels. Un instant, elle fixait le vide intensément et celui d'après, elle avait presque été étalée sur le sol, essayant de se garder entière.
J'étais furieux contre ce qui la mettait dans cet état si… misérable. Je passai les jours suivants me demandant ce qui en était la cause, tout en évitant l'idée, la petite voix qui me chuchotait du fond de mes pensées que c'était peut-être moi.
Désolée, j'espère que la traduction n'est pas trop nulle mais j'étais un peu fatiguée et je voulais quand même poster quelque chose de nouveau :)
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