Hola! Mille mercis pour les revieweurs et les autres suiveurs. Je mets à jour aussi vite que possible mais l'écriture de ce machin est pas si simple (pour pas dire carrément casse-gueule, vous avez pas idée) et il faut pas que je me loupe, vous seriez les premiers déçus. Mais tant qu'il y a des amateurs, tout est pour le mieux j'imagine ^^
En réponse à "Moi" ou toi, ou nous, bref, en réponse à cette review, on saura quand même un peu ce qui trotte dans le crâne de Végéta un peu plus tard, je te rassure.
Go.
Chapitre 7
C'est une illusion. Je veux dire, ce que j'ai vu dans ses yeux l'autre soir, c'est une illusion. Un instant j'ai cru déceler une souffrance en lui, à peine perceptible, comme une fatigue, une fragilité dissimulée derrière son habituelle froideur sanguinaire. Mais non, bien sûr, il n'y a rien d'humain en lui. Je ne sais pas ce qui m'a si subitement convaincue du contraire. Il m'a donné cette illusion comme je lui ai donné celle d'être une bonniche servile et apeurée. C'est comme ça que ça marche. Chacun essaye de piéger l'autre dans le fond.
Et même si ça n'était pas une illusion... Qu'est-ce que ça change ? Rien. Absolument rien. Qu'est-ce que je suis censée faire ? Avoir de la compassion ? Pour ce monstre ? Quelle compassion ? En trois ans, j'ai eu le temps d'oublier la compassion. En revanche, il m'a montré la cruauté, la dureté implacable d'un égoïsme tout-puissant. C'est lui qui m'a révélé tout ça, n'est-ce pas ? Que l'élève surpasse le maître. Comme lui, je n'ai plus qu'une seule idée en tête : satisfaire ma seule volonté. Et ma volonté la plus obsédante, c'est qu'il crève et il crèvera.
Ça fait trois jours qu'on a reçu l'appel de Végitasei et personne ne sait à bord. Tous ignorent ce qui a déclenché sa fureur quand il a dévasté ses appartements. Même Raditz et Nappa ne sont pas dans la confidence. Je ne sais pas pourquoi, et je ne sais pas comment il le supporte.
Ses différents visiteurs aiment mentionner l'arrivée prochaine de son héritier, comme autant de tentatives de le sortir de cette humeur maussade dans laquelle il s'est enfermé. Il reste totalement stoïque à chaque fois qu'on lui balance innocemment son échec à la figure. Il m'impressionne vraiment. J'ai tellement l'habitude de le voir se mettre en rage pour des conneries que sa patience à endurer ce supplice me laisse perplexe. Pourquoi s'inflige-t-il ça ? Mais peut-être qu'il s'en fout après tout, peut-être qu'il a suffisamment passé ses nerfs et que c'est une page tournée dans son esprit. Quand même, pourquoi ce silence alors ?
Je réalise que je suis la seule à partager son secret, c'est un lien étrange et muet qui nous relie, une sorte d'intimité si on y réfléchit. En réalité, je n'ai jamais été aussi intime avec quelqu'un depuis trois ans que je le suis avec lui depuis trois semaines que je le sers. La vie est farceuse parfois.
En fait, j'ai même l'impression qu'il n'y a que moi qui le connaisse vraiment parce que, à y regarder de plus près, je mesure à quel point il est seul.
Tous ces gens qui gravitent autour de lui ne savent rien de lui dans le fond, ils ne comprennent rien. Evidemment la plupart sont des demeurés mais en réalité, certains saïyens ont un niveau intellectuel tout à fait honorable. Malgré tout, pas un ne touche la vérité du doigt. Je les ai observés, je les connais depuis longtemps maintenant, et je me rends compte qu'ils n'ont jamais rien compris à ce qu'il est. Il ne laisse jamais rien filtrer quand ils sont là et ils sont trop aveugles pour voir le peu qu'il laisse deviner. Avec moi, c'est différent, je suis un meuble je ne suis pas une menace et il ne craint pas mon jugement. Avec moi, il baisse sa garde.
Sa plus grande frustration, c'est qu'il voudrait être une machine et il est un être de chair et de sang. C'est pour ça qu'il fait le vide autour de lui, par peur que les autres ne révèlent sa vulnérabilité, mais cette solitude est tout à fait terrifiante.
Je me suis aperçue par exemple qu'il n'appelle jamais personne. Il pourrait avoir des proches avec qui il aimerait communiquer de temps en temps, ou au moins qui appelleraient pour prendre des nouvelles. Mais il n'y a personne. Le pad de communication reste strictement muet et sauf pour les deux appels qu'il a reçus de Végitasei, cet appareil n'a jamais servi à rien.
Au début, j'ai pensé qu'il passait peut-être ses appels la journée, quand je ne suis pas en service, mais j'ai vérifié le journal du pad à plusieurs reprises, il n'y a rien. Les dernières communications remontent au temps où Raditz vivait ici et j'avais déjà remarqué ce détail dans ses appartements, en décrochant pour répondre à l'appel fatidique du Chambellan. Le journal d'appel était vide. Il n'a même jamais contacté la mère de son fils avant qu'elle ne meure. Rien. Il n'est définitivement là pour personne et personne n'est là pour lui.
Je ne devrais pas m'en étonner, il est tellement lunatique et dangereux, pourquoi quelqu'un de sensé rechercherait-il sa compagnie ? Pourtant, j'aurais cru qu'avec la puissance qui est la sienne, il aurait une cour d'amis empressés, à défaut d'être sincères. Même pas. Il aime qu'on lui témoigne notre soumission mais il n'aime pas qu'on s'approche trop de lui. Il s'est forgé cette carapace qui le rend si semblable à cette machine implacable qu'il rêve d'être, et il ne laisse personne essayer de la percer. En tout cas, il ne manquera à personne, c'est sûr. C'est triste. A l'image de sa vie.
En face de moi, l'espace immense et silencieux est figé et paisible derrière la baie vitrée. Je suis assise à la table de la salle à manger. L'horloge lumineuse indique deux heures du matin. Il n'y a plus un bruit dans l'appartement, ni nulle part sur le vaisseau d'ailleurs.
Végéta a fini par s'endormir à mon plus grand soulagement. Il s'est entraîné très tard et il n'est rentré que vers minuit. J'ai tout de suite compris qu'il était encore tendu et de mauvaise humeur. De toute façon, ça fait trois jours qu'il est comme ça en permanence.
Je suis la seule à savoir pourquoi mais ça ne change rien. Peut-être même que c'est pire, il est toujours après moi, parfois, j'ai même l'impression qu'il me cherche. Il s'emporte facilement, il n'est jamais satisfait de rien, il a des sautes d'humeur. Il me gonfle et il me stresse.
Je ne sais par quel miracle, j'ai réussi à éviter sa brutalité jusqu'ici mais tout le monde n'a pas eu cette chance. Raditz est à l'infirmerie et on a passé un valet dans l'évacuateur ce matin. Il met tous ses domestiques sur les dents. De leurs côtés, je sens bien que les saïyens ne sont pas plus rassurés que nous face à lui. Il est comme une bombe à retardement.
Nappa est venu ce soir. Je ne l'avais pas revu depuis notre petit tango de la dernière fois et je dois reconnaître que sa simple présence me terrifie.
J'étais seule quand il est arrivé, Végéta n'était pas rentré. J'ai retenu mon souffle en le découvrant sur le pas de la porte. Sur le coup, j'ai cru que ma dernière heure était venue.
Il m'a regardée avec un air lubrique écœurant et je me suis aussitôt écartée de lui. Mais il n'a rien tenté. Quand il a su que le Prince n'était pas là, il est reparti, sans oublier de me déshabiller des yeux. Celui-là aussi, je lui fracasserais bien le crâne, mais il ne faut pas que je m'éparpille. Végéta suffira.
J'ai bien conscience que la seule chose qui m'a sauvée de Nappa ce soir, c'est l'irascibilité et l'imprévisibilité de Végéta. Il a massacré Raditz à l'entraînement, il n'a pas pu se retenir. Du coup, même Nappa, qui ne comprend pas grand-chose en temps normal, a réalisé qu'il valait mieux éviter de le contrarier ces derniers temps; c'est pour ça qu'il m'a laissée tranquille. C'est l'unique raison, et, à en juger par ses airs libidineux, je sais que ce n'est que partie remise pour lui. Il faut vraiment que je me tire d'ici.
Personne ne s'étonne vraiment de l'humeur de Végéta. Tout le monde s'imagine que l'inertie et le confinement du vaisseau lui tape sur le système. C'est du moins ce que ces crétins de saïyens s'imaginent. L'intendante, elle, a compris qu'il y avait autre chose. Comme je l'ai redouté, elle me surveille. Je la croise à chaque prise et à chaque fin de service. J'ai l'impression qu'elle est partout et je crois même qu'elle est venue fouiller mon casier. Elle n'a aucune chance de découvrir quoi que ce soit mais je me méfie d'elle.
De toute façon, le timing va s'accélérer. J'ai réussi à apprendre que le matériel doit arriver de la Terre demain. Il est temps de bouger. J'ignore combien de temps l'aéronef restera au garage. Au moins 24 heures, j'imagine au moins le temps de décharger. Peut-être qu'il stationnera plus longtemps avant de repartir, mais c'est un risque que je préfère ne pas courir. Finalement, je tiens plus à la vie que je ne croyais et cette opportunité incroyable de retourner sur Terre a fait revivre la flamme en moi.
Je sonde l'obscurité éclaboussée d'étoiles de toutes tailles. Je cherche inconsciemment la planète bleue mais bien sûr, elle n'apparaît pas. Je me mords les lèvres distraitement et je me demande si j'ai la moindre chance de l'apercevoir à nouveau un jour. Je soupire et je baisse les yeux.
A côté de moi, sur la table, j'ai posé trois bouteilles de nettoyants que j'ai sélectionnées. Je me lève et je vais jusqu'au bar. Il ne reste qu'une bouteille de Guénum, et elle est bien entamée déjà. Végéta a tendance à en boire plus que d'habitude ces derniers temps, une façon pathétique d'endormir ses tourments sûrement.
Je prends un verre et je le remplis avant de revenir vers la table. Je suis un peu fébrile. Tout est calme et silencieux, mais s'il apparaissait brusquement ? S'il me surprenait en train de jouer au petit chimiste ? Je balaye cette pensée d'un haussement d'épaule. Je connais ses habitudes. A cette heure-ci, après avoir abusé des dernières forces de son corps, il dort profondément, c'est sûr.
Je déplie un chiffon et je pose le verre dessus. Les remous cuivré du liquide se troublent légèrement. Je débouche le premier flacon de nettoyant avec précaution et verse une goutte dans le verre. J'observe un moment le résultat.
Le liquide ne semble pas changer d'aspect, mais j'ai mis si peu de produit… Je n'ai aucune chance de le tuer avec ça. J'en rajoute une dose plus franche. Instantanément, le breuvage se met à mousser avec un faible bruit. Chiotte. J'attends un peu en espérant que la mousse se dissipe peut-être. Malheureusement, bien au contraire, elle prend de l'ampleur et se rapproche dangereusement du bord, prête à déborder. Raté.
Je rabats le chiffon autour du verre et je vais vider le tout dans mon petit évier de bonniche. Je rince le verre et je le sèche consciencieusement.
Je renouvelle l'expérience avec le deuxième produit que j'ai ramené de mon placard. C'est pire. Le nettoyant forme une boule qui tombe au fond du verre et refuse de se dissoudre avec l'alcool. Bordel.
Mes yeux se posent sur le troisième produit que j'ai sélectionné. Ma dernière chance. Ma meilleure chance aussi parce que j'ai réussi à décrypter le mot « Mort » inscrit en saïyajin sur l'étiquette. Mon vocabulaire s'étoffe, mais c'est un mot si courant dans cette langue qu'il n'a pas été difficile à repérer.
J'en verse quelques gouttes dans le verre et j'observe le mélange. Le produit nettoyant est translucide et il se fond parfaitement dans l'alcool. J'approche mon nez du verre pour vérifier l'odeur. Elle ne paraît pas modifiée. Je rajoute quelques gouttes. Le Guénum ressemble toujours à du Guénum. Par précaution, j'observe longuement le liquide à la lumière, j'incline le verre pour vérifier que le mouvement ne déclenche aucune réaction. Rien. C'est tout simplement parfait.
Je ne peux empêcher un sentiment d'excitation me submerger. Je suis géniale. Tout le monde n'y verra que du feu.
Je remets tout en place très consciencieusement, je tremble en réalisant que mon projet est si proche d'aboutir. J'ai tout, j'ai tout ce qu'il faut. Si l'aéronef arrive bien demain comme prévu, je n'ai plus que vingt-quatre heures de cette vie-là à tenir.
C'est terrible de penser que, quoiqu'il arrive, je finis un chapitre de ma vie demain soir. C'est exactement ça. Je ne vais pas mentir, j'ai un peu la trouille. J'ai conscience que mon petit plan n'est pas parfaitement rodé, mais la partie la plus intéressante, sa mort à lui, est au point, c'est l'essentiel.
Assise sur le canapé moelleux de Raditz, face à la nuit infinie de l'espace, je me fais l'impression d'attendre un train qui est sur le point d'entrer en gare. Je ne me rends même pas compte que je souris béatement.
Subitement, un cri rauque me parvient depuis la chambre. Je me fige aussitôt et mon sourire retombe. C'est lui. Est-il réveillé ? Un instant, j'envisage qu'il ait pu me surprendre. Mais la porte de la chambre est bien fermée.
Il a crié. Maintenant, j'entends sa voix qui râle derrière la porte. C'est le seul bruit qui trouble le silence épais de la nuit et ça me glace le sang. Qu'est-ce qui se passe dans cette foutue chambre ? Est-ce que quelqu'un s'est introduit et est en train de l'attaquer ?... Stupide. Je n'entends même pas d'écho de bagarre. Est-ce qu'il peut pas me foutre la paix jusqu'à demain ?
Je me décide à me lever et à m'avancer prudemment vers la porte. Je tends l'oreille, la main sur la poignée de la porte. J'entends des hoquets étouffés. Une inquiétude sournoise monte en moi. Qu'est-ce qu'il fout ?
J'ouvre lentement. Il n'y a aucune lumière dans la chambre, que celle des étoiles qui rayonnent au travers de la baie vitrée. Il n'a pas voulu que je tire les rideaux ce soir. Ça crée une pénombre bleutée un peu surréaliste.
Les silhouettes luisantes des meubles sont parfaitement immobiles, il n'y a personne dans la pièce, mes yeux le cherchent aussitôt dans le lit immense. Il est allongé dans les draps et s'agitent violemment en marmonnant.
Je m'approche lentement pour mieux le voir. Il a l'air d'avoir du mal à respirer.
Je fais le tour du lit avec nonchalance, sans cesser de surveiller son visage crispé. Il semble inconscient de ce qui se passe autour de lui, inconscient de ma présence. Je me plante à côté du lit, juste au-dessus de lui. Sa poitrine se soulève avec une peine évidente. Ils bougent les lèvres mais aucun mot ne sort de sa bouche juste des sons bruts. Il se tient la gorge, comme pour aider l'air à circuler.
Je plisse les yeux. Je comprends qu'il est en train de faire une crise. Un genre de crise cardiaque, ou une crise d'épilepsie, qu'est-ce que j'en sais ? Je suis hypnotisée par le spectacle de son corps qui lutte désespérément sans savoir contre quoi. Une crise.
Je ne ressens aucune panique, aucune urgence à réagir. Je devrais sûrement appeler quelqu'un. Je ne fais rien. Je suis un peu stupéfaite de le trouver dans cet état. Serait-il malade ? Cette force de la nature serait-elle à la merci d'un microscopique organisme à l'intérieur de son corps, qui serait en train de mettre sa fin en scène, sans éclat et à l'abri des regards ?
Je devrais appeler quelqu'un, mais finalement… Si je le laissais comme ça, s'il s'éteignait, foudroyé par je ne sais quel dysfonctionnement de son propre corps… Mon but serait atteint, n'est-ce pas ? On ne me soupçonnerait peut-être même pas… Quelle occasion tout à fait inespérée.
Non. Mon esprit se rebelle subitement. Ce n'est pas comme ça que je veux que ça se passe. Il doit mourir de mes mains. C'est à moi que revient cette grâce de l'envoyer en enfer. Je l'ai méritée. Sa mort m'appartient. Il m'appartient.
Je me penche sur lui et pose ma main sur son épaule pour essayer de le ramener à la conscience. Il s'agite toujours et je plaque ma deuxième main sur son autre épaule. Je scrute avidement ses paupières. Réveille-toi ! Réveille-toi, bordel ! Regarde-moi avec tes yeux glaçants comme tu en as l'habitude.
Comme s'il avait perçu ma prière, il ouvre ses yeux d'un coup et se fige. Ses prunelles sont encore plus intimidantes que d'habitude. On dirait qu'il voit au travers de moi. Mon visage est juste au-dessus de lui, mais il ne paraît pas me reconnaître.
Subitement ses deux mains enserrent ma gorge et d'un mouvement brutal, il me soulève du sol et me projette contre le matelas. Il a agi si vite que j'enregistre à peine la façon dont je me retrouve plaquée sur le dos à côté de lui. Il est au-dessus de moi, assis sur son abdomen et ses genoux immobilisent mon corps totalement sans que je sache exactement expliquer comment.
Mais ce n'est pas ça qui me préoccupe le plus. Ses mains sont autour de mon cou et serrent. J'ai lâché un grognement de surprise, et de ce fait, j'ai l'impression d'avoir vidé mes poumons de tout l'air qu'ils contenaient. Maintenant, ils cherchent à se remplir à nouveau mais rien ne filtre par ma gorge compressée. Il me fait mal.
Mes mains agrippent les siennes mais elles semblent moulées dans le béton. Il ne lâche rien de la fermeté de sa poigne. La panique m'enflamme. Je vais crever. Mes cordes vocales arrivent tout juste à émettre un faible gémissement et j'essaye de me débattre, de me défaire de son poids sur mes hanches. Pure perte. Il s'est positionné de telle manière que je ne peux absolument plus bouger.
Des larmes emplissent mes yeux et ma vision se trouble un peu. Je n'ai plus aucun moyen de lui échapper, ni de communiquer avec lui, alors je le regarde. Je vois bien qu'il ne me reconnaît pas, ses yeux sont fixes et terriblement implacables. Il croit que je suis un ennemi. Vois-moi ! Regarde-moi !
Il est perdu dans un genre de transe et je comprends un peu tard, qu'il n'était pas en train de faire une crise de quoi que ce soit. Il était en train de faire un cauchemar. Et il n'a pas reconnecté avec la réalité.
J'ai cessé de me débattre ça use trop d'énergie et ça attise sa volonté de me neutraliser. Mes mains sont avidement accrochées à ses avant-bras, mes ongles se sont vainement enfoncés dans sa chair, mais je ne bouge plus, concentrée sur mon besoin d'air.
Il n'y a plus d'autre bruit que ma respiration sifflante dans la pièce. Je le fixe toujours intensément, dans l'espoir que son regard se ranime.
Enfin, il cille. Ses sourcils se froncent. Ces signes de vie éveillent un espoir en moi. Il desserre très lentement ses mains autour de ma gorge et l'air afflue en abondance. J'inspire violemment. C'est douloureux mais nécessaire, mes poumons paraissent insatiables subitement.
Il me lâche et passe une main sur son front. Il a l'air étonné d'être là, je vois qu'il ne comprend pas.
Je tousse plus que je ne respire maintenant. Ça fait tellement mal, les larmes coulent sur mes tempes. Ne pas pleurer. Pas de larme devant lui. C'est plus fort que moi, je ne peux rien empêcher, je tremble de tout mon être.
Il est toujours assis sur moi. Ses yeux naviguent sur la chambre avant de revenir sur mon visage. Il est soucieux et semble réfléchir avant de me reconnaître.
Mon esprit est focalisé sur la nécessité de respirer, de calmer le rythme effréné de mon cœur et je ne me préoccupe pas vraiment de lui.
Je sens tout d'un coup ses doigts effleurer mon cou meurtri. Son contact me fait sursauter et je panique d'une manière incontrôlable, tentant de repousser ses mains. Il les attrape mes doigts doucement mais fermement. Bizarrement, son geste me rassure, c'est comme s'il essayait de me passer le message qu'il a repris ses esprits et qu'il ne m'agressera plus.
Il avance à nouveau une de ses mains vers moi et relève précautionneusement mon menton. Il penche légèrement la tête pour mieux voir les meurtrissures qu'il vient de m'infliger. Je ne le regarde pas, j'appréhende son contact, j'ai peur qu'il me fasse mal. Je déglutis silencieusement en fixant le plafond.
Il passe lentement son index en travers de ma gorge. Contrairement à ce que je redoutais, il frôle tout juste ma peau et ça ne me fait pas mal. Il soupire.
- J'aurais pu te tuer, chuchote-t-il gravement.
Je baisse les yeux sur lui. Il me fixe sévèrement.
- Tu comprends que j'aurais pu te tuer ? répète-t-il d'un ton sévère.
Je suis quand même la mieux placée pour tirer cette conclusion. C'est moi qui ai failli crever il y a une minute. Mais ce qui m'estomaque le plus c'est que ça a l'air de le contrarier. Qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Il tue des gens à longueur de journée, qu'est-ce que ça aurait changé pour lui ? En plus, il le dit lui-même, je suis une mauvaise femme de chambre, je suis la pire qu'il ait jamais eu, il me l'a dit. D'où lui vient ce souci subit pour la vie de ceux qui l'entourent ?
Son index a abandonné mon cou et se pose au coin de mon œil pour courir le long du sillon laissé par mes larmes. Il a l'air préoccupé. La terreur qui s'est progressivement dissoute en moi se rallume un peu. Les larmes. Est-ce qu'il va se mettre en colère parce que j'ai pleuré, maintenant ? Je n'arrive plus à le lire, la pénombre, la panique qui n'est pas tout à fait retomber, tout cela embrouille mes idées.
- Arrête de me tourner autour comme ça, Bulma, c'est ttrrèèss imprudent, ajoute-t-il d'une voix sourde.
Ces paroles me font l'effet d'une gifle et je le fixe avec incrédulité. Plus précisément un mot résonne à mes oreilles. Bulma. Il connaît mon nom. Il le connaît et il vient de le dire. Depuis combien de temps n'ai-je plus entendu dire mon nom ? C'est comme si je ne le portais plus. Depuis trois ans, je suis « la terrienne » ou « les cheveux bleus », je pensais qu'il n'y avait plus que moi qui me souvenais encore de mon nom. Et lui, le connaît. Il ne me l'a jamais demandé, il ne l'a jamais prononcé mais il le sait.
L'émotion d'entendre mon nom si subitement me fait presque oublier la douleur et la peur. Je sonde le noir de ses yeux. Il me regarde toujours avec gravité, toujours penché sur moi. L'une de ses mains tient toujours mes doigts, tandis que l'autre est posée contre ma tempe, là où les larmes ont fini par sécher.
Je ne pense même pas à essayer d'anticiper son humeur, comme j'ai l'habitude de le faire, comme mon instinct de survie m'a conditionnée à le faire ces dernières années. Le son de sa voix prononçant mon nom a anesthésié le cours de mes pensées.
A nouveau cette émotion me submerge, la même que le soir où il m'a soignée, la même qui m'a donné l'impression de voir une once d'humanité dans ses yeux, toujours la même traitresse. Je suis tentée de laisser ce sentiment m'envahir parce que dans ces moments-là, j'ai l'impression que je peux lui faire confiance, qu'il ne me fera pas de mal, que je suis en sécurité avec lui, qu'il n'est pas le monstre sanguinaire que je connais. L'impression que je suis bien. Connerie… Connerie.
Je ferme les yeux. Je ne veux plus le regarder, je ne veux plus le laisser exercer cette emprise sur moi.
Je ne sais pas combien de temps je reste réfugiée derrière le rempart de mes paupières closes, essayant d'oublier son odeur entêtante, son contact extraordinairement précautionneux. Et peu à peu, je réalise qu'il a déposé ses lèvres sur les miennes. J'ouvre les yeux avec stupeur. Il appuie son geste progressivement avec une douceur inattendue. Je me sens pétrifiée.
Sa langue s'introduit dans ma bouche et le contact est incroyablement délicieux. Il a lâché mes doigts et maintient maintenant ma tête entre ses deux mains, plongeant ses doigts dans mes cheveux tirés derrière chacune de mes oreilles. Je saisis instinctivement ses avant-bras, comme pour superviser son geste et anticiper toute brutalité de sa part, mais je sais intérieurement qu'il n'a aucune intention violente. Il ne me fait pas de mal, il ne serre pas, il ne force pas. Ma langue répond à la sienne avant même que j'en ai conscience.
Puis l'une de ses mains caresse ma joue et il détache mon bandeau. Ce simple mouvement rallume la lumière dans ma cervelle anesthésiée. Qu'est-ce qu'il fout ? Qu'est-ce qu'on fout, tous les deux ? Il est le Prince des saïyens, il est mon pire ennemi, je suis censée être sa femme de chambre… Une voix hurle dans mon esprit. Je ne veux pas ce qui est en train de se passer ! Je refuse !
Comme s'il lisait mes pensées, il rompt le baiser subitement et se redresse en me lâchant. J'ai rouvert les yeux et je le fixe avec méfiance et défi. Ma réaction est stupide parce que si vraiment il voulait, si vraiment il en avait envie, ce n'était pas mon expression réprobatrice qui l'arrêterait… Mais à cet instant, j'ai presque l'impression qu'il est normal. Il n'est pas le Prince et je ne suis pas sa bonniche. A cette minute, c'est comme si on était subitement à égalité.
Il passe son poignet sur ses lèvres pour s'essuyer. En réponse à mon regard irrité, il a un sourire malicieux. Il se décale pour s'assoir à côté de moi.
- Ne te crois pas plus maline que moi, siffle-t-il avec un demi-sourire.
Dès que je suis libérée de son poids, je m'assois à mon tour et je ramène mes genoux contre ma poitrine en reculant jusqu'au mur derrière moi. Je ne le lâche pas des yeux. La confiance a disparu, j'ai repris tous mes esprits et j'aime autant rester à distance.
Il ne paraît plus faire attention à moi, il s'est laissé retomber sur le matelas avec un soupir. Allongé sur le dos, les bras en croix, il semble exténué et a l'air de vouloir se rendormir. Pourtant, je n'ose pas bouger, j'ai peur qu'il m'empêche de partir.
- Qu'est-ce tu fais ? T'as pas du boulot ? grogne-t-il après une minute de silence.
- Je peux partir ?
Il éclate de rire à ma question.
- Dégage, dépêche-toi, répond-t-il finalement dans un soupir.
Je me dépêche de me lever et de détaler. J'ai envie de le tuer de nouveau. Il se fout de moi, ça me met en rage. Bordel, qui a embrassé l'autre ? Comment j'ai pu laisser faire ça ? Je veux dire, s'il me forçait, je ne pourrais sûrement pas faire grand-chose, mais il ne m'a même pas forcée…
Je sors de la chambre et je rejoins mon placard pour me précipiter jusqu'à mon évier. Je me rince la bouche abondamment, comme si ça pouvait effacer tout ce qui vient de se passer. Je crache plusieurs fois et quand je ferme le robinet, mes yeux se lèvent sur mon reflet dans le minuscule miroir censé m'assurer que je suis toujours impeccable.
Evidemment, mon petit bain de bouche n'a rien effacé du tout, et je ne suis plus du tout impeccable. J'ai même subitement l'impression que je n'ai jamais été impeccable, dans aucun sens du terme. Je n'ai aucune rigueur, aucune suite dans les idées, je suis émotive et brouillon. Ça fait trois ans que je rêve de l'assassiner et, alors que je touche au but, je le laisse m'embrasser. Je n'ai rien fait pour l'en empêcher, pour le repousser, mieux que ça, je lui ai rendu son baiser. J'ai presque envie de hurler. Je me sens si honteuse.
Je tapote nerveusement mes lèvres du bout des doigts, comme si elles étaient fautives de tout ce qui venait de se passer. La honte et la colère me submerge. Je suis en colère contre moi et contre lui aussi. Pourquoi il a fait ça ? Pourquoi ? Un accès de romantisme ? Mon cul. Je sais pourquoi, je le connais. Il veut me rappeler l'emprise qu'il a sur moi. Une emprise si totale que malgré tout ce qu'il me fait subir, et alors qu'il a failli me tuer une seconde auparavant, il peut se permettre de m'embrasser… C'est ça ?
Mais il n'a pas d'emprise sur moi. Il n'en a jamais eu, c'est pour le lui démontrer que je vais le tuer demain, c'est l'unique raison pour laquelle j'ai besoin de le tuer depuis trois ans, pour lui faire douloureusement comprendre qu'il n'a jamais réussi à me soumettre entièrement. Pour lui faire regretter d'avoir essayé.
Bordel ! Pourquoi ? Pourquoi je n'ai pas résisté ?
Je suis toujours face à mon reflet. Mon bandeau s'est affaissé sur mon chignon et des mèches se sont échappées des épingles et retombent lamentablement sur mes joues. Je défais toute ma coiffure d'un geste agacée, comme pour effacer toute trace de ce qui vient de se passer.
Mes cheveux retombent librement sur mes épaules et autour de mon visage. Ça fait longtemps que je ne les ai plus laissés libres et je me reconnais à peine comme ça. Pourtant c'est la vraie Bulma qui est là. Est-ce que je vais jamais en sortir ? Des larmes se mettent à envahir mes yeux et à rouler silencieusement sur mes joues. Je me sens incroyablement fatiguée tout d'un coup.
Végéta joue avec moi, c'est évident. Il connaît mon nom mais il ne me l'a jamais demandé. Et combien de fois a-t-il épargné ma vie alors que j'aurais dû périr ? Je n'arrive plus à compter. Je ne sais pas ce qu'il veut, mais j'ai subitement l'impression d'être définitivement devenue sa marionnette, comme si ça ne suffisait pas d'avoir déjà fait de moi une chose… Je m'aperçois qu'il est plus puissant que je ne pensais.
Je m'assois sur ma banquette avec un soupir et j'essuie brutalement mes yeux du revers de ma main. Il ne doit pas me vaincre, j'y suis presque. J'y suis presque et je ne dois pas douter de ma force, je ne dois pas le laisser me faire douter de moi.
Je prends conscience de ma vulnérabilité, malgré tout. Trois ans. Trois ans à être une chose, à être sur mes gardes, à avoir peur. Trois ans sans parler vraiment à personne, trois ans sans que personne ne m'appelle par mon nom, trois ans sans aucun contact, sans que personne ne me touche, sans le moindre geste d'affection. Trois ans à être transparente et à ne compter pour personne. Trois ans de désert. Sans que je m'en rende compte, petit à petit, il est en train de me rendre tout ce qu'il m'a pris, tout ce que mon être réclame de plus en plus avidement à mesure que le temps passe.
Il me parle, il m'accorde une certaine attention, il m'appelle par mon nom, il me touche. Il arrive même à m'inspirer un sentiment de sécurité par moment. Je découvre cette vérité avec révolte. Pourtant, le fait est là, il me l'a déjà dit lui-même : il peut faire de moi exactement ce qu'il veut, il peut me faire mourir ou me faire vivre à sa guise. Il a ce pouvoir-là. Et je suis suffisamment affaiblie par les trois années que je viens de passer pour céder à son emprise. Comme j'ai cédé ce soir.
Je renifle piteusement de prendre conscience de la profondeur de ma misère.
Je repasse mes doigts sur mes lèvres coupables. J'ai le sentiment de sentir les siennes encore et c'est horrible parce que quelque chose en moi en redemande. Je mords brutalement ces lèvres déloyales et je me lève avec détermination.
J'ouvre à nouveau le robinet et cette fois-ci c'est tout mon visage que je passe sous le jet glacé. Quand je relève la tête, des filets d'eau dégoulinent le long de mes joues et sur mon menton, des mèches de cheveux trempées se sont collées sur mon front. Je les écarte d'un geste machinal. Mes prunelles flambent à nouveau. Il ne faut pas lâcher, demain sera le dernier jour. Encore un jour. Plus qu'un jour, un seul jour et le cauchemar mourra demain.
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