Hallo! Mille mercis pour vos reviews et vos encouragements, ça me motive à avancer. (j'ai déjà dit que c'était juste super difficile à écrire? ça l'est... Okay j'arrête de geindre) et surtout, vos commentaires m'aident à me rendre compte de ce que ça donne.
Alors, hey Yuirii, welcome back, ravie de te retrouver sur cette fic. Cathy de Nice: ta review m'a beaucoup touchée, vraiment. Merwyn L, merci de m'avoir bien fait rire: oui, Végéta va finir par déclaquer plus d'une phrase à la fois, l'avantage à écrire sur lui, c'est que tu te ruines pas les neurones en dialogues.^^
Et Aikolalameita: OMG, voilà le chapitre 8!
Chapitre 8
J'ai mal dormi. L'excitation et le trac ont travaillé mes nerfs toute la journée, sans compter que mon cou me fait souffrir et dormir sur une planche en bois n'aide pas beaucoup. Finalement, j'ai quand même failli arriver en retard.
Par un heureux hasard, je n'ai même pas croisé l'intendante ce soir. Les terriens sont arrivés et le vaisseau a l'air d'être soudainement sorti de la torpeur de l'attente. C'est du travail en plus pour elle. Tant mieux, je sens que je peine à dissimuler ma nervosité aujourd'hui. C'est comme un rendez-vous amoureux, ça peut finir en apothéose ou en calamité, avec la certitude que ça marquera le restant de mes jours. C'est pas tous les jours qu'on joue sa vie à quitte ou double.
Végéta n'a pas dîné chez lui; il est enfin rentré, une heure après que j'aie pris mon service. Son absence m'a permis de rejouer mon scénario un millier de fois dans ma petite tête, en l'attendant.
J'ai réussi à piquer une petite fiole et je l'ai remplie de nettoyant. Elle est dans ma poche. Je sais que c'est pas vraiment une cachette mais on ne me fouille jamais. J'ai répété le geste discret qui me permet de la vider dans un verre en même temps que je le sers. C'est comme un tour de magie, ça demande de l'habileté et de l'entrainement. Mais de toute façon, il ne fait jamais vraiment attention à ce que je fais, l'exercice n'est pas si difficile. En réalité, la seule inconnue est de savoir s'il voudra du Guénum ce soir. Ce point m'inquiète un peu mais il n'y a pas de raison qu'il n'en veuille pas, il en boit tous les soirs.
Malgré tout, je ne peux pas empêcher mon anxiété de me ronger la cervelle. S'il changeait ses habitudes pour une fois ? Je ne sais pas où il a mangé mais il a peut-être déjà bu ? Peut-être qu'il ne voudra plus boire ? A l'image de tous ceux qui ne veulent jamais rien lâcher et qui ne veulent jamais perdre le contrôle, ce n'est pas vraiment un gros buveur. A bien y réfléchir, je ne me souviens même pas l'avoir vu réellement ivre en fait.
S'il ne demande pas de Guénum, je réalise que je vais être dans l'impasse. Je redoute que l'aéronef ne reparte vers la Terre demain et si c'était le cas, je devrais choisir entre saisir la chance de m'enfuir en abandonnant mon projet, ou le tuer en renonçant à ma vie. Ma vie ou la sienne. J'ai toujours pensé que je préférais la sienne, que je ne pourrais pas exister complètement tant qu'il continuera à respirer, mais à mesure que les choses se précisent, je ne suis plus vraiment sûre de rien. Je me déteste. Moi qui ai toujours eu une volonté de fer, je suis devenue une pleurnicheuse de premier ordre. C'est lui qui m'a rendue comme ça et je devrais le lui faire payer mais… je ne sais plus.
Il est debout en face de moi, maintenant. Il regarde la télévision allumée au-dessus du bar qui passe les nouvelles de Végitasei, en réalité un compte-rendu des planètes prises et revendues, des guerres en cours et des affaires de la cour de son père.
Les yeux levés sur l'écran, il attend que je défasse son armure.
La première attache a cédé avec facilité. Je me suis franchement améliorée. Mes yeux glissent sur le plastron qui épouse si parfaitement ses formes, et je repense subitement au baiser de la veille. Végéta ne m'a rien dit à propos de ce qui s'est passé et évidemment, je n'allais pas lui demander des comptes. Quoiqu'il en soit, son humeur est toujours maussade et renfermée, et mon cou me fait encore un peu mal, personne ne semble avoir tiré aucun bénéfice de cet incident de parcours.
L'intendante a remarqué la marque de ses doigts sur ma gorge. Elle a eu l'air inquiète. Pas pour moi bien sûr, mais elle redoute que ma désinvolture si terrienne ne finisse par le faire exploser, il est tellement à fleur de peau ces derniers temps. Parmi ses domestiques, je suis celle à qui il accorde le plus de patience et le fait qu'il m'ait agressée fait redouter à l'intendante qu'il ne soit sur le point de perdre définitivement ses nerfs. Elle ignore bien sûr que cette agression était involontaire, et je préfère la laisser macérer dans ses petites préoccupations bileuses.
Tout le monde n'attend plus qu'une chose sur le vaisseau : entendre enfin les moteurs se remettre en route pour repartir et en finir avec cet interminable voyage. L'ambiance est franchement électrique. Ce matin, alors que je quittais mon service, des soldats saïyens se sont battus violemment dans l'un des couloirs et l'un d'eux a perdu un œil. Spectacle peu ragoûtant après une nuit stressante et déprimante. S'ils pouvaient au moins s'entretuer une fois pour toute.
La deuxième attache cède à son tour. Il est focalisé sur la télévision et il ne fait plus attention à moi. Je suis obligée de soulever son bras pour accéder à la troisième agrafe. Mon geste lui rappelle ma présence et il baisse les yeux sur moi. Il se laisse faire docilement tandis que je fais sauter la dernière fixation.
Je tremble légèrement en glissant ma main entre son corps et l'armure. Ce soir est un soir spécial et sa proximité accroit ma nervosité. De ma main libre je défais les attaches des épaules pour détacher entièrement le plastron de son corps. J'ai l'impression qu'une chaleur inhabituelle émane de lui.
Il ne m'a pas lâché des yeux et reste impassible. Il s'est totalement désintéressé de la télévision. J'évite consciencieusement de le regarder et j'emporte l'armure pour la placer sur le mannequin. Dans mon dos j'entends qu'il éteint la télévision.
Quand j'ai fini d'arranger l'armure, il a disparu pour se doucher.
Je m'approche du bar et je fixe la bouteille de Guénum. Elle m'hypnotise, je prie pour qu'il en réclame. Derrière la vitre en face de moi, l'espace est toujours insondable et immobile, moucheté d'étoiles scintillantes. J'inspire le plus calmement possible et je prépare mon plateau d'alcools. Je mets un soin méticuleux à disposer les bouteilles dessus, comme si son choix pour le Guénum pouvait se jouer à ce détail.
Quand le bruit du jet d'eau s'est tu et que je l'entends regagner sa chambre, je me force à attendre encore un moment en comptant à rebours dans ma tête. La dernière chose dont j'ai envie à cet instant, c'est de le trouver nu.
C'est un supplice, je me retiens tout juste d'entrer dans la chambre avec le verre empoisonné et de lui tendre tout simplement… Je ne dois surtout pas faire ça, je dois veiller à agir exactement comme d'habitude. Pas d'initiative, pas d'empressement. Mon cœur commence à s'accélérer tandis que je compte.
Trois, deux, un…
Je prends le plateau et j'entre dans la chambre. Il a encore sa serviette autour du cou et il est pieds-nus, mais il est habillé. Il porte simplement un pantalon et un T-shirt, comme d'habitude pour dormir. Jusqu'ici tout est comme d'habitude. Mon cerveau me martèle qu'il faut que ça reste ainsi jusqu'à la dernière minute.
Végéta se laisse tomber dans l'un des fauteuils du coin salon avec un soupir de lassitude tandis que je dépose le plateau sur la console de service.
Puis je m'adosse au mur, garde-à-vous… Et je m'efforce de ne penser à rien en fixant le sol et en bloquant ma respiration fébrile.
Le silence s'installe et il ne se passe rien. Je deviens folle. Au bout d'un moment je lève la tête. Il me regarde de ses yeux sombres.
- Sers moi un verre, grogne-t-il.
Pour la première fois en trois ans, je suis ravie d'obéir à un ordre. Si ravie. Je réprime un sourire et m'exécute le plus tranquillement possible.
Ma main est moite et tremble légèrement. Heureusement, je lui tourne le dos. J'arrive facilement à sortir la fiole de ma poche sans qu'il le voie. Je verse le tout avec précipitation dans l'alcool. J'en ai mis un peu à côté et je suis obligée d'essuyer furtivement avec un chiffon. Je surveille une seconde le mélange mais, comme lors de mes expériences, les deux liquides se dissolvent harmonieusement. Nickel.
Quand je me retourne, mon sang se fige. Il s'est levé et s'est rapproché. Il est debout à quelques centimètres de moi maintenant. Je n'ai rien perçu de son mouvement et j'ai un frisson d'effroi. M'a-t-il vue ?
Il y a un instant de flottement. Il a son air contrarié mais… Il a toujours cet air-là, ça ne veut rien dire. Il… Il est né avec cette expression ennuyée. Il baisse les yeux sur le verre et fronce les sourcils.
- Guénum ? maugrée-t-il.
Visiblement, il n'a rien vu, je respire un peu. Je prends conscience que j'ai choisi l'alcool à sa place. Je suis si impatiente que je ne lui ai même pas laissé le temps de me dire ce qu'il voulait… S'il me demandait autre chose maintenant ? Non, il prend le verre finalement et retourne s'assoir silencieusement dans son fauteuil.
Je retiens mon souffle tandis qu'il le porte à ses lèvres. Il s'immobilise à la dernière minute et tourne ses yeux vers moi. Il m'observe un long moment et je ne pense même pas à baisser la tête comme le voudrait l'usage de la bonne femme de chambre. Bois ! Bois le d'un coup ! Cul Sec ! Comme d'habitude !
Mon esprit bouillonne et hurle mais je ne dois rien laisser paraître. C'est dur.
Les traits de Végéta se décontractent subitement. Ça me crispe un peu plus.
- Tes congénères ont débarqué aujourd'hui, annonce-t-il finalement.
Il a un sourire carnassier.
- Tu le savais déjà, hein ?
Je ne réagis même pas à ses paroles, au fait qu'il me parle presque normalement, comme s'il avait envie de discuter. C'est pourtant relativement exceptionnel. Je suis tellement concentrée sur son verre dans sa main que je reste muette. Je m'aperçois que c'est mauvais, je dois me comporter le plus normalement possible. Je dois répondre sinon il va s'apercevoir que j'ai la tête ailleurs.
- J'en ai entendu parler.
- Bien sûr… Tu sais beaucoup de choses… Tu crois que tu sais tellement de choses… Approche.
Chiotte. Il ne va jamais boire. C'est quoi cette humeur à la conversation subitement ? Je me méfie mais je ne dois pas le contrarier parce que je le connais, il est encore capable d'envoyer son verre se fracasser contre un mur et alors… J'obéis donc.
Il me désigne l'autre fauteuil pour me faire signe de m'assoir. Ça me rappelle une autre scène qui s'est terminée par la pulvérisation en règle de son appartement. Si seulement, il voulait bien me considérer comme n'importe laquelle de ses femmes de chambre, juste pour ce soir.
Je m'assois timidement sur le bord de l'assise. Les deux sièges sont côte à côte et légèrement inclinés l'un vers l'autre. Somme toute, c'est une bonne place, je suis aux premières loges. Bois.
Il me tend son verre et mon estomac se noue.
- Je n'ai pas envie de boire seul ce soir, décrète-t-il calmement.
Je mets un temps avant de comprendre qu'il m'offre son Guénum. Je suis tétanisée et je ne bouge pas.
- Ne commence pas, Bulma, grogne-t-il d'un ton menaçant, en voyant que je n'obéis pas tout de suite.
Machinalement, je prends le verre qu'il m'offre. Mes yeux ahuris le suivent tandis qu'il se lève pour s'en servir un à son tour. Je suis abasourdie par le retournement de situation. Il revient s'assoir et lève son verre vers moi avec un sourire malicieux. Il boit une gorgée tandis que je reste immobile, hypnotisée par le liquide ambrée que je suis censée avaler.
Il me dévisage avec amusement. Evidemment, ce qui l'amuse, c'est de savoir que je ne supporte pas de boire cet alcool dévastateur. Il ne soupçonne pas que j'ai de bien meilleures raisons d'hésiter à porter le verre à mes lèvres. Comme je ne me résous toujours pas à bouger, il se penche doucement vers moi et agrippe mon chignon fermement pour ramener lentement ma tête vers lui. Il ne me fait pas mal, mais son geste m'affole un peu. La panique commence à se répandre dans tout mon corps.
- Tu veux que je te dise un secret, petite terrienne ? susurre-t-il, les appartements ici sont truffés de caméras… Je sais tout ce que tu fais quand je dors ou quand je ne suis pas là…
Je me raidis et mes yeux se posent vers lui avec horreur et incrédulité. Il me regarde toujours avec son sourire narquois et hausse un sourcil pour m'encourager à réfléchir à ce qu'il vient de dire. Je lis dans ses yeux et subitement le déclic se fait en moi. Il sait.
Il sait tout depuis le début, il a deviné, il a compris depuis longtemps. Il a dû me voir essayer chaque alcool consciencieusement, expérimenter les produits nettoyants dans le Guénum, il a même dû me voir préparer la fiole et la mettre dans ma poche. Il a pipé les dés depuis le départ et il a joué avec moi.
Tout est foutu. Il a l'expression triomphante et tranquille de celui qui annonce un échec et mat.
Tout mon rêve part instantanément en lambeaux. Je ne le verrai jamais mourir, je n'aurai pas la moindre chance de revoir la Terre… Jamais, pas la moindre chance de sortir de cet enfer. Je vais crever ici dans mon uniforme d'esclave, comme un pauvre meuble qui a fait son temps et qu'on va mettre au rebut en le passant dans l'évacuateur. Mon corps pourrira en suspension dans l'espace et ce sera la fin lamentable de Bulma Briefs.
Il sonde la stupéfaction dans mes yeux, il fouille mon âme avec délice, c'est insupportable d'être si complètement vaincue. Instinctivement, je sais qu'il n'y a plus qu'une chose que je ne veux pas lui laisser, une chose qu'il n'aura pas, que je peux encore lui prendre.
Sans lui laisser le temps de réagir, j'avale le Guénum empoisonné d'une traite. Il m'arrache aussitôt le verre des mains et le jette sur le sol avec un geste furieux. Je n'ai pas eu le temps de tout boire mais l'alcool brûle impitoyablement ma gorge et je le sens descendre paresseusement dans mes intestins.
- Idiote ! hurle-t-il avec rage.
Je suis obligée d'inspirer profondément pour apaiser ma bouche en feu. Il m'a saisie par les épaules et m'oblige à me lever en même temps que lui. Je me laisse faire comme une poupée de chiffon, la puissance de l'alcool m'a instantanément étourdie.
- Pourquoi tu fais ça ? aboie-t-il, pourquoi, tu résistes toujours comme ça ?
Je cille bêtement comme si je ne comprenais pas ses paroles. Son exaspération devrait me réjouir, elle me prouve que j'ai joué mon dernier pion habilement mais étrangement, tout ça m'est indifférent.
- J'ai jamais voulu de ce monde-là, c'est ton monde, pas le mien…
Ma voix est bizarrement calme, je dis n'importe quoi et je ne me rends même pas compte que je le tutoie. Mais je n'ai plus peur. C'est une libération de n'avoir plus rien à redouter, c'est une ivresse extraordinaire. J'avais oublié.
Il y a des larmes sur mes joues, je ne les ai même pas senties arriver. Il me fixe avec perplexité. Je lis un mélange d'incompréhension, de colère et de tristesse dans son regard. C'est ma petite victoire. J'aurais préféré le voir mourir mais c'est lui qui va devoir me regarder mourir sans rien pouvoir faire. Je vais lui échapper et il ne pourra rien faire. Je vais m'enfuir là, juste sous ses yeux, il sera impuissant et je… Mes idées s'embrouillent.
Il saisit doucement ma tête entre ses mains et l'attire contre lui. Son contact est apaisant, je ferme les yeux et, à nouveau, tandis que ma joue se presse dans le creux de sa clavicule, je me sens bien. Tellement bien, comme je ne l'ai plus été depuis si longtemps. Quand ses lèvres rencontrent les miennes, je prends. Je n'ai plus rien à perdre. Tout ça n'a plus d'importance, si j'en ai envie. Qui se soucie de toutes ces conneries maintenant ?
Sa langue chaude contre la mienne est un délice. Ses bras passent autour de ma taille et je me sens décoller du sol quand il me soulève. Je m'accroche à son cou et appuie ma tête contre son épaule. Je suis bien.
L'alcool m'a légèrement grisée, le poison semble m'anesthésier aussi et tout me paraît un peu surnaturel, comme si j'étais en train de changer de dimension.
Il m'allonge sur le lit et m'embrasse à nouveau. Je plonge mes doigts dans ses cheveux indisciplinés. Son odeur me submerge et me rassure. Ses lèvres descendent fébrilement dans mon cou et je sens les nœuds de ma tunique se délier un à un. Le tissu se desserre autour de mon corps.
Quand je sens ses doigts glisser sous le tissu, je me cambre instinctivement. Ses gestes sont exceptionnellement doux et ça fait si longtemps. Je crois que je laisse échapper un faible gémissement. Mon esprit s'enflamme.
Je réalise que j'ai envie de lui et finalement, c'est plutôt un départ agréable. Encore une fois, quelle différence ça fait maintenant ? ça fait trois ans que ma vie est millimétrée, sans aucune saveur, sans aucun plaisir, que je suis transparente, sans joie, sans spontanéité. Je retrouve ma liberté et mon insouciance, comme un avant-goût de l'autre monde.
Il a été mon ennemi mais la guerre est finie, le dernier acte vient de se jouer. Je ne sais plus vraiment qui a gagné mais je m'en fous, il est si fascinant. Il aura réussi à me surprendre jusqu'à la fin.
Il a passé la main dans l'élastique de mon pantalon et fait courir ses doigts entre mes cuisses. Mon appétit flambe subitement et j'enfonce mes ongles dans son épaule en retenant un geignement. Je le sens descendre mon pantalon et ma culotte et mon corps suit spontanément le mouvement pour lui faciliter la tâche.
Le bout de ses doigts frôle ma peau, générant un chatouillement bienfaisant. Je ne bouge pas, j'ai la tête qui tourne légèrement et je baisse les yeux vers lui. Je m'aperçois qu'il a éteint la lumière, je ne sais pas à quel moment il a fait ça, mais la pénombre rajoute à mon impression de pénétrer un univers différent. Ou est-ce que je suis déjà en train de partir ?
Pourtant je ne ressens aucune douleur, au contraire, je suis incroyablement apaisée. Je croise ses yeux sombres et luisants dans la pénombre au-dessus de moi. Je lève ma main et je la passe à l'arrière de son crâne pour attirer sa tête vers moi jusqu'à ce que nos lèvres se rencontrent à nouveau.
Il plonge ses doigts dans mes cheveux et arrache les épingles au passage, repoussant le bandeau fermement. Je sens sa main libre écarter doucement les pans de ma tunique défaite et effleurer mon ventre jusqu'à revenir à mon entrejambe.
Il ouvre un peu mes cuisses et passe ses doigts lentement entre mes lèvres. Il n'y a pas de brusquerie dans son geste, presque comme s'il le faisait par inadvertance. Un plaisir électrique soulève tout mon corps et je suis obligée de rompre notre baiser pour reprendre mon souffle.
Il ramène ma tête contre son épaule sans cesser ses mouvements, accentuant son contact de façon délicieuse. Très rapidement le plaisir s'amplifie jusqu'à obscurcir totalement mon esprit. J'ai à peine conscience d'étouffer mes gémissements en plaquant ma bouche contre lui. Son odeur, sa chaleur, sa simple présence, mêlées au délice de ses manipulation me subjuguent.
L'orgasme me transperce sans préavis. Il resserre son étreinte et tous mes muscles se raidissent tandis que j'agrippe aveuglément son avant-bras, comme pour le prévenir de l'intensité des sensations en moi. Je ne sais pas combien de temps ça dure, j'ai perdu la notion du temps. Quand j'ouvre les yeux, je vois son visage, ses yeux sombres sont rivés aux miens.
Un élan incontrôlable et inexplicable me prend et je l'embrasse avidement. Il me rend mon baiser avec la même ardeur et me plaque à nouveau sur le lit. Mes mains fébriles attrapent l'ourlet de son T-shirt pour le lui enlever. Il m'aide dans le mouvement et tandis qu'il balance le vêtement, je découvre son corps à nu.
Je l'ai déjà vu bien sûr. Mais je ne l'ai jamais regardé. Je ne me suis jamais autorisé à le regarder vraiment et je ne l'ai jamais regardé comme ça. La saillie des muscles est impressionnante, c'est comme une statue mais le toucher est incroyablement doux et chaud. Bizarrement je ne m'y attendais pas, j'avais presque cru que ce serait froid et lisse comme du métal. Mes mains explorent son abdomen et remontent doucement, évitant l'abominable cicatrice.
Il passe ses lèvres humides dans mon cou et dans mes cheveux. Je veux me redresser mais son poids m'en empêche. Je sens mon désir encore présent. Il est resté tapi au creux de moi et émerge à nouveau. J'ai subitement une envie dévorante de le sentir en moi, mon impatience est en train de devenir insupportable.
Je le sens si dur contre ma hanche qu'il me le faut maintenant. Comme s'il devinait mes pensées, il se débarrasse hâtivement de son pantalon. Mes yeux continuent à détailler son corps avec voracité.
Je n'ai pas le temps de m'approcher, il me contraint à nouveau à rester allongée et se positionne déjà. Je laisse faire, mon empressement est à la hauteur du sien.
Quand il s'introduit en moi, je lâche un grognement de satisfaction. Ça fait si longtemps que le plaisir est instantanément intense. J'entends sa respiration haletante mais j'ai fermé les yeux.
Chacun de ses mouvements est plus délicieux que le précédent, ça semble ne jamais devoir s'arrêter. Mes doigts sont crispés sur ses épaules et je n'essaye même pas de contrôler les sons qui montent dans ma gorge. Pourquoi faire ?
C'est étrange la jubilation que son plaisir déclenche en moi. J'ai envie de lui en procurer toujours plus, j'ai envie de l'entendre râler plus fort, j'ai envie qu'il vive. J'ai envie d'être son instant de vie le plus ardent.
J'essaye à nouveau de me redresser. Cette fois-ci, il me laisse faire et m'aide même en me reculant jusqu'au mur pour me permettre de m'y adosser. J'enroule mes jambes autour de ses hanches et mes bras autour de ses épaules. Il me soulève un peu plus en me plaquant au mur. De cette manière, je peux mieux le voir et je peux aussi participer aux mouvements.
Il n'a pas fermé les yeux. Il ne veut pas s'abandonner trop complètement. Je vois presque mon reflet dans le noir profond de ses pupilles. Je sens la fine pellicule de sueur sur sa peau. Je ramène sa tête vers moi, jusqu'à ce que nos joues se frôlent et que nos souffles fassent écho aux oreilles de l'autre.
Il vient plus profondément en moi dans cette position et je l'encourage à accélérer. Il ne se fait pas prier. Sa respiration rauque et les sensations en moi me font comprendre qu'il est proche de sa limite. Mon propre corps est électrisé par la vivacité du plaisir qui s'est propagé en moi. C'est si puissant que j'ai presque envie de lui faire une déclaration d'amour.
J'ai déjà du mal à contenir les gémissements qui surgissent de mes lèvres. Et subitement, le sommet est atteint et je lâche un cri de jouissance. Tous mes muscles se raidissent violemment et je presse mon front contre son épaule pour exorciser la tension.
Dans un dernier mouvement brusque, il me plaque soudainement au mur et se libère à son tour avec un râle sourd. Malgré l'étourdissement de mon orgasme, je le sens se répandre en moi. Je ferme les yeux avec soulagement.
J'appuie ma tête contre le mur derrière moi, permettant à la sienne de retomber dans le creux de mon cou, et je caresse distraitement ses cheveux. Je perçois les battements de son cœur qui se répercutent à intervalle régulier tout contre moi.
Pendant un moment, nous restons immobiles, figés dans une sorte de trêve, enlacés comme de vieux amants habitués l'un à l'autre. Mais nous ne sommes pas ça. Nous sommes tout sauf ça et l'illusion commence déjà à se dissiper.
Pourtant ce qu'il vient de me donner m'a paru si intense, c'en est troublant. C'est comme s'il était différent de celui que j'ai toujours connu. Je m'étais attendue à une étreinte brutale, directe, sans précaution mais tout au contraire, il y avait une certaine douceur en lui, une attention qui m'a rassurée. Je suis étrangement bien, je me sens à l'abri du monde extérieur.
Il finit par s'écarter lentement et me repose doucement sur le matelas. Je l'observe attentivement mais il évite mes yeux, il se retourne et se lève pour se diriger vers la salle de bains sans un mot, sans un regard. Je me laisse glisser pour m'allonger. Je me recroqueville lentement dans les draps et j'attends.
Je ne ressens pas encore les effets du poison qui tardent à venir. Je surveille les premières douleurs, j'imagine qu'il y aura de la souffrance en tout cas.
Tandis que le bruit assourdi de la douche me parvient, j'ai subitement le cœur terriblement lourd en réalisant qu'il ne tente même pas d'appeler quelqu'un pour essayer de me sauver. Cette pensée est incroyablement douloureuse, il ne cherche même pas à me retenir. Le jeu est fini et bientôt je ne serai plus qu'un amas de cellule flottant dans l'espace. Pour lui, comme pour le reste du monde, le chapitre « Bulma Briefs » sera clos, dans l'indifférence générale.
Des larmes silencieuses roulent sur mon visage sans que j'essaye plus ni de les contenir, ni de les essuyer. Une profonde tristesse s'empare de moi. J'aurais aimé compter pour quelqu'un, manquer à quelqu'un, j'ai cru que j'avais pris un peu d'importance à ses yeux, un tout petit peu… Mais non, je me suis bercée d'illusion comme toujours, je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer qu'il n'était pas exactement l'homme froid et cruel qu'il paraît mais je me suis trompée bien sûr. Alors que je suis sur le point de partir, je ne l'intéresse déjà plus. Il n'a même pas un regard pour moi, il prend simplement sa douche comme s'il ne se passait rien de particulier à cette minute.
Il est revenu déjà quand j'ouvre les yeux, j'ai dû m'endormir sans m'en rendre compte. Pourquoi a-t-il fallu que je me réveille ? Il s'allonge doucement sur le matelas, sur le ventre, et s'approche de moi en appui sur ses coudes. Il penche la tête et soulève prudemment mes cheveux pour dégager mes yeux et vérifier si je dors.
Je lève mon regard vers lui. Il a un faible sourire et passe son pouce sur mes cils où des larmes sont encore accrochées. Il contemple son doigt humide un instant, puis il écarte délicatement ma chevelure pour dégager mon oreille. Il se baisse et je sens son souffle patient résonner à mes tympans.
- Je crois que j'ai oublié de te dire… Ton produit a été remplacé… Celui que tu as versé dans le Guénum était totalement inoffensif, chuchote-t-il.
Ses paroles me font l'effet d'un coup de poing dans le ventre. J'écarquille les yeux, ma bouche s'ouvre mais aucun son n'arrive à en sortir. Il pose ses lèvres dans le creux de mon cou. Je n'arrive même plus à bouger, ni à protester, je suis abasourdie par ce qu'il vient de me dire.
- Dors, conclut-il en s'écartant pour s'allonger à côté de moi.
Dors ? La colère et le désespoir m'assaillent si brutalement en réalisant ce qu'il vient de me dire que ce simple mot déclenche en moi une fureur incontrôlable. Il est étendu à quelques centimètres de moi, une main ramenée sous sa tête et il a déjà fermé les yeux.
Mon poing part tout seul et bute sur la peau ferme de son torse. Je me suis redressée en une fraction de seconde, mue par une envie aveugle de le frapper, de le détruire, de passer toute ma rage sur lui. Le premier coup fait mouche mais sa réaction est instantanée. Il esquive déjà le second et arrête le troisième en saisissant vivement mon poignet.
- T'es un monstre ! Pourquoi tu me fais ça ? pourquoi moi ? Pourquoi tu ne te contentes pas de me tuer ?
Je hurle sans cesser de me débattre, incapable d'admettre que je suis inoffensive. Une énergie inouïe me ranime soudainement.
- Qu'est-ce qui te prend ? grogne-t-il.
J'entends à peine sa voix, submergée par le désespoir et la rage, j'ai perdu la tête au point de croire que je pourrais finir à mains nues tout ce que j'ai foiré ce soir. Il me force à croiser mes poignets devant moi et me maintient fermement, immobilisée. Il attend un moment que je m'épuise et je suis contrainte de cesser de résister. Je suis à bout de souffle, ma respiration est haletante et je le fusille d'un regard furieux sans prêter attention aux larmes qui mouillent à nouveau mes joues.
- Pourquoi ?... Végéta…
Je n'arrive même pas à exprimer mes sentiments. Il est resté étrangement calme, se contentant de m'empêcher de l'atteindre. Il ne m'a pas lâchée et me fixe avec incompréhension. C'est complètement déstabilisant parce qu'il me regarde vraiment comme si j'étais une tarée et je réalise qu'il ne comprend absolument pas ma réaction. Ma voix n'est plus qu'un miaulement fatigué.
- Pourquoi tu tiens à me faire autant de mal ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?
- Du mal ? siffle-t-il, quand est-ce que je t'ai fait du mal ?
Sa voix est teintée d'incrédulité. Il crispe ses lèvres et se penche vers moi pour donner plus de poids à ses paroles.
- Je n'ai pas cessé de te protéger, je t'ai sauvée de Nappa, je t'ai reprise à mon service pour veiller sur toi, je t'ai même protégée de moi-même, je n'ai jamais touché un seul de tes cheveux... Et si je n'avais pas remplacé ton poison, tu serais morte à l'heure qu'il est… Tu appelles ça te faire du mal ? Toi qui as voulu me tuer ?
Il parle d'une voix sourde et son discours me laisse sans voix. C'est donc comme ça qu'il voit les choses ? C'est tout simplement ahurissant. Je reste stupéfaite et silencieuse un moment. Son regard me défie de répondre mais la colère s'est de toute façon soudainement dissoute en moi au profit d'une profonde lassitude. Je renonce à protester. Il lâche lentement mes poignets.
- Tu n'es qu'une pauvre terrienne, tu n'as aucune idée de ce qui arrive quand je décide de faire du mal à quelqu'un, conclut-il sèchement.
C'est sans espoir, il ne comprend rien, il est si égocentrique, il ne connait rien en dehors de sa petite personne, de sa culture de sauvage. Il n'a aucune idée du tour qu'il vient de me jouer. Il est tellement persuadé qu'il a le droit de disposer de moi… J'essuie mes joues silencieusement tandis qu'il se rallonge sans me quitter des yeux, toujours sur ses gardes.
Je reste un moment sans bouger, agenouillée à côté de lui. Finalement, il ferme les yeux à nouveau. Il a vraiment cru qu'il me protégeait ? C'était vraiment son intention ? Pourquoi ?
- Libère-moi.
Ma requête résonne dans le silence de la chambre, je sais qu'il ne dort pas, je sais qu'il m'entend.
- Non, grogne-t-il sans même soulever ses paupières.
- Pourquoi ?
- Maintenant, tu as deux solutions. Ou tu dors tranquillement et tu la fermes, ou tu vas t'enfermer dans ton placard, et tu la fermes aussi.
Sa voix est claire et autoritaire. C'est à nouveau celle du maître qui parle à sa femme de chambre. Je l'emmerde. Je sais qu'il ne me tuera pas, je sens qu'il ne me fera rien. Je viens d'essayer de l'attaquer à mains nues. N'importe qui à ma place aurait été réduit en miettes dans la seconde. Moi, non. Il ne veut pas me dire pourquoi mais je sais que je jouis d'une sorte d'immunité, même si je ne suis pas convaincue que ce soit vraiment une bénédiction.
Mes yeux se tournent vers la baie vitrée. L'obscurité de l'espace est contrée par le scintillement exceptionnel des milliers d'étoiles. Je cherche toujours la petite planète bleue, et je sais que je n'ai aucune chance de l'apercevoir.
Une fatigue immense m'envahit et je soupire. En même temps que l'air s'échappe de mes lèvres, toutes mes angoisses, toute ma colère, toute ma frustration semblent s'évanouir de mon esprit. Il ne m'expliquera rien, c'est certain. Mes idées sont complètement brouillées et j'ai juste envie de dormir. Le matelas est si tentant, plus tentant que ma planche en bois dans mon placard pour tout dire. Je m'allonge lentement.
Je réalise que j'ai froid tout d'un coup. Je me rapproche imperceptiblement de lui jusqu'à être en contact avec son corps. J'ai besoin de sa chaleur, de cette présence, je me sens si vide subitement. Je ne veux plus penser, plus réfléchir à toute vie de merde, à tout ce gâchis. Je veux juste dormir, tranquillement. Je me blottis timidement contre lui et je tire le drap sur moi avec un frisson.
Il reste immobile mais me laisse faire. Il ne s'éloigne pas et, comme je ferme mes yeux, je m'aperçois que je ne me suis jamais sentie autant en sécurité. Malgré tout, ce qu'il m'a dit a au moins réussi à m'assurer ce sentiment inestimable. La sécurité. Je sais que ça ne suffira pas à faire mon bonheur bien longtemps mais cette nuit, j'ai décidé de m'en contenter.
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