Hello, je ne sais plus quoi dire au sujet de cette avalanche de reviews, si ce n'est un très humble merci à tous. Grâce au miracle des jours fériés, j'ai pu prendre de l'avance pour vous poster le chapitre 9. Un zeste de violence dans celui-là. J'espère que vous continuerez à suivre bien que la relation se soit un peu dénouée dans le précédent chapitre.

Abbyfalls 45: Je t'en supplie, pas de crise cardiaque. Et puis ça te ferait manquer la suite, tu as l'air d'y tenir... En tout cas ton petit mot est adorable.

Senara38, toujours fan de philo? Derrière chaque monstre se cache un homme., c'est vrai... Et derrière chaque homme se cache un monstre, c'est vrai aussi, on verra ça plus loin. (médite)

Silryadis: j'adore tes reviews qui s'arrêtent toujours en plein milieu, comme ça, même en anonyme, je sais toujours que c'est toi.^^

Guest: Je suis fan des commentaires intenses et courts comme ça. Merci.

Lulla's Lullaby: Merci de ton enthousiasme; juste pour répondre à ta question de savoir comment je fais, un petit secret qui n'en est pas vraiment un en fait (je crois que beaucoup d'auteurs font comme ça): tout est dans le choix de la musique que j'écoute quand j'écris, ça met l'ambiance. Plus sérieusement, j'ai jamais dit que tu t'étais trompée et je ne dirai rien sur la suite des événements.

Et merci à tous les autres qui ont laissé des commentaires très touchants, je pollue un peu avec mes remerciements mais j'hésite à mettre des MP à tout le monde parce que je veux pas forcément bombarder vos BàL.


Chapitre 9

Quand j'ouvre les yeux, il fait toujours nuit évidemment. L'horloge murale indique 7 heures du matin.

Mon regard cherche Végéta dans la pénombre. Il est toujours là et semble dormir, immobile au milieu des draps qui ont glissé sur sa taille. Il s'est éloigné de moi, ou moi de lui, et il me tourne le dos. Sa respiration de dormeur soulève son corps à intervalle régulier. Il est torse nu et, de là où je suis, je peux détailler sa cicatrice dans la faible lumière stellaire. Je me demande comment il se l'est faite. Par quel moyen peut-on blesser un homme comme lui à ce point ? Ma tentative personnelle pour l'atteindre s'est terminée si minablement, j'ai des leçons à prendre.

Je repense à ce que je viens de faire, à la manière passionnée dont je l'ai accueillie, et je suis envahie par un cinglant sentiment de culpabilité. Bien sûr, je croyais que j'étais sur le point de mourir… Bien sûr, je peux m'inventer toutes les excuses du monde… Qui coucherait avec son pire ennemi sous prétexte que sa dernière heure serait venue ? Personne qui aurait un peu de dignité, certainement. Je ne sais pas comment il m'a vaincue une fois de plus, mais cette impression qu'il gagne à tous les coups me révolte et me fascine à la fois. Je me sens si désarmée.

Je me glisse silencieusement hors des draps. Je suis encore engourdie par le sommeil. Je ramasse mes vêtements à tâtons et je me dirige vers la salle de bains.

Le jet d'eau chaude sur ma peau est un choc bienfaisant. Je le laisse couler à pic sur ma tête, plaquant mes cheveux sur mon crâne et sur mon visage avec le vague espoir d'être lavée de toutes mes fautes. Je ne sais pas combien de temps je reste comme ça, incapable de penser. Je n'arrive pas à réfléchir, assaillie par un puissant sentiment d'échec que je suis incapable de refouler. Je me fais l'impression d'être une poussière sans volonté, portée par le vent, sans aucune maîtrise de sa destination ni de son sort. Je ne parviens même plus à me mettre en colère, ni à le haïr, j'ai juste la conviction accablante que tout ce qui m'arrive est uniquement de ma faute, parce que je suis faible.

Je suis trop irréfléchie, trop stupide, trop sensible, trop peureuse, trop impulsive, trop tout…. Je ne suis rien. Je m'aperçois que je n'arrive même pas à me défaire de cette attirance sournoise pour lui.

Je finis par couper l'eau. La salle de bains, les serviettes, tout est imprégné de son odeur suffocante, c'est comme s'il était là et ça accentue mon abattement.

Je me rhabille et me poste en face du miroir embué. Je l'essuie d'un geste de la main et fixe mon reflet troublé. C'est bizarre comme on s'attend à ce que les événements marquants de la vie changent notre aspect, mais non, toujours la même tête. Pas franchement radieuse, mais c'est toujours Bulma Briefs. Moi je sais que ce n'est plus la même, je sais à quel point tout est cassé à l'intérieur. Toutes mes convictions inébranlables, tous mes rêves flamboyants et tous mes calculs minutieux ont volé en éclats cette nuit, mais n'importe qui qui me croiserait ne verrait pas la différence. J'essaye de me sourire mais je grimace affreusement.

Je me sèche négligemment les cheveux avec la serviette et contemple le résultat. Mes mèches forment une masse ébouriffées et, définitivement, je peux dire que je n'ai plus rien d'impeccable.

Je sens sa présence, il est derrière moi, appuyé contre le chambranle de la porte. Je ne le vois pas dans le reflet de la glace mais je sais qu'il est là et qu'il me regarde. Une pointe d'inquiétude émerge en moi. Est-ce que j'ai vraiment le droit d'utiliser cette salle de bains princière ? Est-ce que j'ai vraiment le droit d'être là ? J'en sais rien, je ne sais plus exactement où est ma place. Il s'avance vers moi et apparaît enfin dans le reflet.

Il pose sa main sur ma nuque. Je frémis aussitôt tandis que le contact ranime la douleur de mon cou. Il retire instantanément sa main.

- Qu'est-ce que tu veux ?

J'ai posé la question avec lassitude. Malgré la douche et la nuit de sommeil, je me sens encore vaseuse, vidée. Il plisse les yeux et me fixe intensément par l'intermédiaire du miroir. Je ne distingue pas très nettement ses traits à cause de l'humidité qui brouille l'image, mais je sens qu'il est troublé j'ai même presque l'impression qu'il hésite.

- Je n'aurais pas pensé que tu…, marmonne-t-il.

Il s'interrompt et détourne les yeux en fronçant les sourcils.

- Tu as toujours l'intention de me tuer ? demande-t-il d'une voix grave en reportant son regard sur moi.

- Non.

La réponse est sortie toute seule comme la seule possible mais la vérité, c'est que je n'en sais rien. Je ne sais plus franchement où j'en suis. Mais qu'est-ce que je peux lui dire d'autre ? Il croise tranquillement les bras et son regard se durcit.

- Tu vas essayer de t'enfuir ? reprend-t-il d'un ton plus affirmé.

- Non.

Là encore, le mot sort automatiquement de ma bouche. Je me demande si ça suffit à le rassurer, mais quelle importance ? Je me retourne lentement pour sonder sa réaction à ma réponse. Il a repris son expression sévère et menaçante et plante ses yeux noirs dans les miens.

- Bien. Parce que si tu faisais ça, je voulais juste que tu saches que je raserai moi-même ta misérable planète, pierre par pierre, tu comprends ce que je te dis ?

Le revoilà. Le loup est ressorti de sa tanière. Plus de caresse, plus de baiser, plus de chevalier blanc soucieux de me protéger, plus une seconde d'hésitation ou de trouble, juste un enfant gâté qui fait régner sa volonté par la violence et la destruction.

Je hausse les épaules avec indifférence. Il est hors de question que je lui fasse le plaisir de croire que sa menace me touche. Pourtant, elle me touche, tout ce qu'il me dit me touche, je suis incapable de me défendre de l'effet qu'il a sur moi. Je m'aperçois que sa simple présence est une pression intolérable et ça m'excède subitement parce que je crois qu'il le sait. C'est comme si j'étais debout à découvert au milieu d'un champ de bataille, et qu'il me tenait en joue. Il n'y a qu'une seule réaction possible, il faut que je riposte sans hésitation et que je fasse mouche.

- De toute façon, te fais pas d'idée… Ce qui est arrivé n'arrivera plus…A moins que tu ne t'y prennes comme tu as fait avec la dernière femme de chambre…

Comme je mentionne celle qui m'a précédée pour le servir, et la façon misérable dont elle a péri, il est pris d'un réflexe brusque comme s'il allait me frapper. J'ai instinctivement un mouvement de recul et je lève mes avant-bras en position de défense. Il s'immobilise aussitôt. Je lis la colère sur son visage.

- Tu crois que c'est moi qui ai fait ça ? Tu crois toujours tout savoir, hein ? Je croyais t'avoir appris à te méfier de ton sens de l'observation, grince-t-il d'une voix sourde.

Je cille bêtement à ses explications. Il est manifestement révolté.

- Celui qui a fait ça, vous avez ramassé ses restes en même temps que le corps de votre copine, grogne-t-il.

Je pince les lèvres. Je n'arrive même pas à douter de ses paroles, et je fulmine d'être encore prise en défaut. Quelle blague, dans deux minutes il va revendiquer le prix de la chevalerie.

- Je suis le Prince de tous les Saïyens, je n'ai pas besoin de ça, conclut-il d'un ton acerbe.

Bien sûr, tout est là, ce qui le dérange, ce n'est pas tant de faire du mal, c'est d'admettre qu'une femme puisse ne pas vouloir de lui. Quel connard. Je le déteste de nouveau, il m'exaspère, son égocentrisme, son inébranlable suffisance, tout me sort par les yeux.

- Très bien, c'est bien ce que je disais alors, en ce qui me concerne, tu ne m'approcheras plus.

J'ai à peine le temps de finir ma phrase, en un instant, il a agrippé mes cheveux et me ramène brutalement vers lui. J'ai un gémissement en sentant la douleur de mon cou se réveiller.

- Parfait, alors retourne à tes torchons et ramène-moi mon p'tit déj… Et n'oublie jamais, Bulma… Je peux faire de toi absolument tout ce que je veux. Pour l'instant, je t'ai protégée mais je peux changer d'avis, je ne suis pas encore vraiment sûr du sort que je te réserve, alors ne pousse pas le bouchon trop loin, siffle-t-il.

- Tu veux dire que j'ai un vrai plan de carrière comme femme de chambre ? Qu'est-ce que tu as derrière la tête, Végéta ?

Je ne sais pas comment j'ose si subitement lui parler sur un ton aussi insolent, je suis parfaitement consciente qu'il est complètement lunatique et imprévisible et ce qui s'est passé entre nous ne change rien au fait qu'il pourrait s'en prendre à moi si je le contrarie un peu trop. Mais c'est comme un condensé de mon désespoir suicidaire et de ma rage bouillonnante qui jaillit de mes lèvres.

- Ça ne te regarde pas, crache-t-il avant de me libérer brusquement.

Je trébuche et je me dépêche de quitter la pièce en serrant les dents pour me retenir de l'insulter.

Il me considère toujours comme un meuble; il est bien toujours convaincu que je ne suis rien de plus, et ma pathétique tentative d'assassinat n'a absolument rien changé. Je ne suis pas plus importante et pas plus dangereuse qu'un meuble. Je sens mon sang bouillir dans mes veines. Le seul avantage de notre petite conversation, c'est qu'elle a rallumé la flamme en moi. Dans le fond, je préfère quand il est comme ça, c'est sans surprise.

Je presse rageusement le bouton de commande et au bout de quelques minutes, le monte-plat s'ouvre miraculeusement sur un plateau copieusement garni de bouffe en tout genre.

J'arrange le tout sur la table et il apparaît en tenue d'entraînement. Ça me soulage de le voir comme ça parce que je sais qu'il va se tirer vite fait et je n'aurai plus à le supporter, je n'aurai plus à supporter l'illustration parfaite de mon échec le plus lamentable : son existence et ses airs conquérants.

Il est de mauvaise humeur. Autant dire qu'absolument rien n'a changé.

Je repense à ce qu'il m'a dit dans la salle de bains, « je n'aurais pas pensé que tu… » Que je quoi ? Que j'irais jusqu'au bout ? Que je verserais le poison ? C'est de ça qu'il avait douté ? Il a osé douter de ça ? Il plane à ce point ? Je m'aperçois que sa perception des choses est totalement viciée. Il s'est imaginé que je lui étais reconnaissante de m'avoir protégée, de m'avoir admise comme sa « femme de chambre », avec les honneurs que ça implique ? Bordel, comment peut-il penser ce genre de conneries un instant ?

Il a vraiment cru que je renoncerai à mon projet, j'en suis persuadée, il a vraiment cru que j'étais émotionnellement attachée à lui comme toutes ces stupides pimbèches de femmes de chambre qui le servent et qui crèvent de lui faire plaisir… J'essaye d'ignorer la petite voix dans mon esprit qui me souffle que je l'ai peut-être moi-même induit en erreur. Après tout, je l'ai laissé m'embrasser, je l'ai laissé me séduire... Peu importe, tout est clair maintenant.

En ramassant les verres de la veille dans la chambre, je réalise pourtant l'image qu'il s'est faite de moi. Il est venu à moi avec une parfaite confiance, sans imaginer un instant que je pourrais résister et d'ailleurs… Je n'ai pas résisté…« Je suis le Prince de tous les saïyens, je n'ai pas besoin de ça »… Est-ce que c'est déjà arrivé auparavant ? Est-ce qu'il s'envoie les petites femmes de chambres qui sont à son goût en un claquement de doigt ? Même celles qui le détestent au point d'essayer de le tuer ? Certainement… Je suis en fait d'une prévisibilité affligeante à ses yeux. Comment j'ai pu céder ? Cette pensée me détruit, j'ai la nausée.

Personne ne doit jamais savoir. Personne, jamais, j'en mourrais de honte. Quelque chose en moi a eu envie et besoin de lui, mais cette chose restera désormais cadenassée au fin fond de mon esprit, parce que c'est tout simplement inconcevable.

Tandis que je passe les débris de verre dans le vide-ordure, mes yeux tombent sur le lit.

J'arrache brusquement les draps, prise d'une rage subite contre ces témoins de mes errements. Je les retire avidement du matelas pour les jeter sur le sol, j'ai envie de les déchirer mais je n'y arrive pas, le tissu est trop résistant. Alors je les piétine furieusement. Finalement, je m'immobilise, à bout de souffle. J'ai conscience d'avoir l'air d'une folle. Heureusement, il n'y a personne pour me voir, il est dans la salle à manger en train de regarder les nouvelles en mangeant.

J'attrape avidement le drap gigantesque et je le passe dans le vide-ordure. La masse de tissu coince un peu mais je la repousse énergiquement dans le conduit, jusqu'à la sentir glisser vers l'inconnu des détritus. Je referme le clapet doucement. J'essuie furtivement mes yeux qui se sont embués. Chiottes.

Je refais le lit et quand je reviens dans le salon, j'entends le bruit de la porte d'entrée qui se referme. Il est parti. C'est à la fois un soulagement et un vide. Je me sens définitivement perdue. Je me laisse lentement tomber à genoux et je laisse enfin libre cours à mes sanglots qui bloquent douloureusement ma gorge depuis que je me suis débarrassée des draps.

Je ne sais pas combien de temps, je reste là, agenouillée seule sur le sol du salon, à pleurer comme une petite fille. Autant de temps que nécessaire, mes émotions sont si vives, si mélangées, que c'est comme une manière de tout évacuer pour mieux faire le tri. Ça fait longtemps que je me suis pas autorisée à me laisser aller comme ça, mais la situation est si inattendue que j'en ai vraiment besoin, j'avais tout planifié sauf ça. J'avais tout envisagé, sauf ma propre défaillance et sa réaction surprenante. Il ne m'a même pas tuée, même pas punie et c'est tout juste s'il a eu un reproche. J'ai essayé de le tuer et la seule chose qu'il a trouvé à faire, c'est de me mettre dans son lit.

Je finis par sécher mes larmes et j'essaye machinalement de recomposer une tenue impeccable, un visage inexpressif et servile, une coiffure plaquée avec un bandeau placée au millimètre près.

Le résultat est approximatif, mais mes traits peuvent passer pour ceux d'une femme de chambre simplement fatiguée par son service. L'équipe de jour arrive.

- Rien de spécial ? me demande distraitement la femme de chambre qui me relève.

- Rien de spécial.

Ma voix est morose mais elle ne fait pas attention, je n'ai jamais été spécialement enthousiaste quand il s'est agi de parler « boulot ».

Je m'engage dans les couloirs qui mènent à la cuisine. Il y a une certaine agitation malgré l'heure matinale. L'humeur paraît plus légère subitement. On n'entend pas encore les moteurs mais les réparations sont sûrement en cours et le vaisseau va pouvoir repartir. Tout le monde a l'air soulagé de cette nouvelle, et la tension ambiante semble s'être imperceptiblement apaisée. Tout ça ne me concerne plus.

Je ne prête même pas attention au silence qui s'installe quand j'entre dans la cuisine. J'ai l'habitude maintenant. Je m'avance d'un pas traînant vers la marmite et je me sers un bol de soupe. Je saisis un pain et je m'assois à la table désertée qui m'est maintenant quasiment réservée.

Qu'est-ce que je vais faire ? Il faut admettre que le tuer n'est plus vraiment une option dans l'immédiat. La fuite, bien sûr… Je me sens tellement fatiguée. J'ai presque l'impression de mériter mon sort.

- Tu es là ! Tu as fini ton service plus tôt ? s'exclame la voix de l'intendante.

Je lève les yeux sur elle. Elle a l'air survoltée. Elle doit être débordée et stressée, elle m'a même loupée hier soir. Je réponds avec résignation.

- Son Altesse est partie s'entraîner tôt.

- Très bien, parce qu'on a besoin de bras, réplique-t-elle.

Elle se tait subitement et semble fixer mon bandeau et mon chignon avec perplexité. Je cille avec incompréhension et porte ma main à ma tête pour vérifier que tout est en ordre. Elle a le même geste que moi, en même temps que moi, et nos doigts atteignent mes cheveux au même moment.

Merde. Ils sont encore mouillés de la douche. Elle retire sa main bursquement et je vois ses yeux rencontrer les miens. Qu'est-ce qu'elle s'imagine ? Sûrement exactement ce qu'i s'imaginer. J'ai pris une douche dans les appartements du Prince. Le reste…

Elle pince les lèvres et je ne peux m'empêcher de détourner le regard avec embarras. Elle ne paraît pas vraiment surprise mais plutôt paniquée. Pourtant, elle ne fait pas de commentaires.

- Il y a un charriot de draps à rapporter dans l'aile A, explique-t-elle d'une voix plate.

- Dans l'aile A ? Il y a des chambres, là-bas ?

- Il a bien fallu caser les terriens quelque part et figure-toi qu'on nous a recommandé de mettre tes semblables à l'écart des saïyens, réplique-t-elle

Je hausse les épaules sans relever son allusion aux particularités des terriens, et je m'absorbe à nouveau dans la contemplation de ma soupe en priant pour qu'elle s'éloigne. J'ai soudainement l'impression désagréable que des souvenirs de cette nuit essayent de remonter à la surface de mon esprit et je suis obligé de déployer un effort de volonté pour rester concentrée sur le potage devant moi. Pourtant quelque chose de bizarre s'agite dans ma cervelle, quelque chose qui n'est pas moi.

Je relève la tête tout d'un coup vers elle. Elle essaye vraiment de lire mes pensées, cette conne ? Je la fusille du regard et elle se raidit. Elle peut vraiment faire ça ? C'est la première fois que j'en suis aussi convaincue. Si elle a déjà lu mes pensées, je ne m'en suis jamais rendue compte avant aujourd'hui.

Elle reste un moment à se tordre les mains.

- Et n'oublie pas de remettre ta tenue de grouillot pour faire ton boulot, je ne tiens pas à ce que tu ruines ton uniforme, on n'a pas que ça à faire à la blanchisserie, siffle-t-elle nerveusement.

Je perçois une certaine anxiété chez elle, comme une peur, mais elle finit par m'abandonner avec un soupir. Il faut décidément que je me méfie d'elle. Elle me porte trop d'intérêt. Quand je projetais de tuer le Prince, j'ai toujours pensé qu'elle avait deviné mes intentions et voulait le protéger, mais maintenant, je commence à comprendre qu'elle a l'air de redouter autre chose qu'une atteinte à sa vie. Ou alors, elle est jalouse ? Arg… J'ai envie de vomir.

Quand j'ai fini de manger, j'exécute docilement les ordres. Je suis bizarrement soulagée de repasser mon costume de grouillot. J'aurais jamais pensé ça, mais c'est comme si je remontais le temps pour redevenir la Bulma Briefs déterminée qui savait ce qu'elle voulait et où elle allait. Je réalise à quel point mes convictions ont vacillé, à quel point il les a fait vaciller.

Le charriot de draps est trop lourd bien sûr. Et trop grand aussi. Je le pousse aussi fort que je peux et je vois à peine devant moi. Je suis obligée de rester concentrée sur mon itinéraire pour éviter de percuter quelqu'un, surtout un de ces chiens de saïyens qui se garderait bien de s'écarter de ma route. La pile de draps tangue dangereusement et je dois veiller à ce qu'elle ne se renverse pas.

Je soupire silencieusement en pensant que l'aile A est à l'autre bout. Il n'y a presque personne là-bas. Le vaisseau n'est pas chargé au plein de son potentiel et cette aile est inoccupée en temps normal.

Dans le fond, ça ne m'étonne pas qu'ils aient décidé d'y parquer les terriens, ils seront plus en sécurité, surtout avec la psychose de l'inaction qui semble ravager les soldats saïyens ces derniers temps.

Je me demande si j'ai une chance de croiser un de mes compatriotes. Même s'il n'y a aucune chance que je connaisse aucun d'entre eux, fréquenter mes semblables serait un vrai réconfort par les temps qui courent.

En pensant à ça, je réalise que la corvée qu'on m'a confiée est une occasion inespérée de réfléchir sérieusement à m'enfuir. Avec ma tenue noire, je passe inaperçue, personne ne s'interroge sur les raisons de ma présence hors des appartements du Prince, et je peux aller et venir plus librement.

Cette pensée commence à me ronger la cervelle. Si les terriens repartent aujourd'hui, le timing pourrait s'avérer idéal. Et puis, je ne veux pas rester sur la nuit que je viens de passer. Sérieusement, si je ne m'enfuis pas, qu'est-ce qui va finir par m'arriver ? Rien de bon. Si c'est pas Végéta qui me tue sur un coup de tête, je vais devenir vraiment tarée. Je veux dire, plus que je ne le suis déjà.

Tandis que je rumine tout ça, le couloir commence à me paraître interminable. Heureusement, il est de moins en moins fréquenté. Mes bras me font mal, mes muscles ridicules et mal nourris ne sont pas taillés pour manipuler un tel poids. Je m'interdis de m'arrêter. Si je le fais, je n'aurai plus la force de repartir.

Je passe enfin la porte battante qui marque l'entrée de l'aile A. En se refermant, les battants provoquent un claquement qui génère un écho lugubre et me fait subitement prendre conscience du silence qui règne ici.

Je me décide à lâcher mon chariot pour contempler le corridor qui s'étire devant moi. Il n'y a plus personne, il n'y a plus un bruit. Ça me déprime un peu, ça veut dire que les terriens sont certainement tous occupés ailleurs, je n'en croiserai pas un seul à cette heure-ci, leur quartier résidentiel paraît complètement déserté.

Je soupire et m'attèle à nouveau à ma corvée. La pile de draps me bouche la vue et j'essaye de me concentrer sur l'effort physique, les yeux rivés au sol, sans plus faire attention à ce qui se passe autour de moi.

Tout d'un coup, le chariot bute contre quelque chose et s'immobilise. Je redresse la tête avec étonnement.

Ma vue est toujours obstruée par l'empilement compact de tissu, mais il y a quelque chose de bizarre. Je mets du temps à réaliser que la pile penche dangereusement et tout d'un coup, elle s'effondre sur le sol. Mon sang se fige aussitôt. C'est comme si mon cœur s'était arrêté de battre, parce qu'elle me dévoile enfin, ce qui bloque le chariot.

Nappa.

Il a un petit sourire que je déteste instantanément, et quelque chose dans ses yeux qui n'envoie qu'un seul message possible : Cours !

Mes jambes comprennent presque avant mon cerveau et, sans que je réalise comment, je suis en train de sprinter vers la porte battante. Elle est loin.

- Reste ici ! rugit la voix de Nappa.

La façon qu'il a de hurler, la frustration qui transpire dans le ton de sa voix m'incitent plutôt à accélérer.

J'ai toujours été nulle en sport. On peut pas être douée en tout. J'ai toujours été la dernière en course, mais à cet instant je suis animée d'une volonté farouche de pulvériser n'importe quel record du monde.

Je jette un œil par-dessus mon épaule. Il s'est lancé à ma poursuite et de toute évidence, le concernant, Nappa n'a jamais été bon que en sport. La panique m'assaille. Mes jambes veulent courir mais rien ne suit, mes mouvements sont désordonnés, mon souffle s'épuise, mon cœur s'emballe et semble vouloir surgir de ma gorge, mes muscles me torturent.

Un gémissement de désespoir s'échappe de mes lèvres et j'essaye. Bon dieu, j'essaye d'aller plus vite, comment c'est possible d'être aussi lente quand on veut être aussi rapide ? De son côté, Nappa n'a même pas l'air de forcer. Il est sur le point de me rattraper, je le sens, là. Je sens presque sa main sur mon col. Un frisson d'effroi traverse ma colonne vertébrale.

Je freine brutalement. Mes ballerines dérapent légèrement sur le sol ciré. Nappa est pris au dépourvu et ne ralentit pas suffisamment vite. Comme il me dépasse, j'en profite pour essayer de repartir dans l'autre direction.

J'ai un cri de panique quand je sens sa poigne sur ma tête. Mais finalement, il arrache simplement mon foulard et j'arrive à lui échapper.

- Saleté ! Tu vas vraiment me payer ça, siffle-t-il.

Sa voix est si proche. Je sais que c'est perdu. Il n'y a personne ici et je suis maintenant dans la mauvaise direction. C'est un cul de sac au fond du couloir. L'affolement et l'effort physique épuisent mon souffle et mon rythme ne suit pas. Je n'ai même pas l'occasion de le distancer, il empoigne ma tunique et me tire brusquement en arrière. Je suis emportée par la force de son geste et je bascule en arrière avant de m'étaler sur le sol.

Une douleur fulgurante me transperce le coccyx et remonte le long de mes vertèbres, mais je n'ai pas vraiment le temps de m'en préoccuper, il m'a déjà attrapée par le col et me soulève. Mes pieds décollent légèrement du sol. J'essaye désespérément de le faire lâcher prise en m'agitant, mais c'est évidemment sans espoir.

Il enfonce ses yeux noirs dans les miens.

- Perdu, annonce-t-il avec cynisme.

- Me touche pas !

Il hausse un sourcil.

- On se tutoie, maintenant ? Vraiment…

Sa voix est affreusement douce subitement. Ça déclenche une alarme incontrôlable dans mon crâne. Tout d'un coup, sans que je m'y attende, il me plaque violemment le dos au mur, ranimant impitoyablement la douleur de mes reins. Je lâche un grognement, et mes mains agrippent ses poings serrés sur le tissu de ma tunique.

Je le dévisage par l'interstice de mes paupières mi-closes. Son horrible face est penchée sur moi avec un sourire féroce. Je sens son excitation.

J'en peux plus de cette vie de merde. Bizarrement, alors que je suis tétanisée de terreur, c'est la seule pensée concrète qui me vient à l'esprit. Je crois que c'est Nappa qui me l'inspire parce qu'il est… Il est tellement pathétiquement imbécile, sauvage, animal, cruel… Il est tellement tout ce que je déteste et tout que je méprise que le fait que ce soit lui qui finisse par me mettre la main dessus me révolte viscéralement.

Alors, je crois que mes nerfs lâchent, ou un truc dans le genre. C'est irrationnel. L'une de mes mains se lève et je le gifle de toutes mes forces. C'est un geste incroyable, c'est tout simplement inconcevable, c'est débile même. C'est si inattendu que Nappa n'esquive pas. Il est comme moi, il n'a pas anticipé mon mouvement une seule seconde. Il n'a pas cru humainement possible que je fasse ça. Moi non plus. C'est parti tout seul.

Le claquement de ma paume contre sa joue se répercute dans le silence du couloir. Instantanément, je sais que je viens de signer mon arrêt de mort. Je viens de sceller la promesse d'une fin violente et douloureuse et je me fige.

Je reprends mes esprits en une fraction de seconde et j'ai presque envie de m'excuser. La seule raison pour laquelle je ne le fais pas, c'est que je sais que ça ne changera rien. Je ne suis pas courageuse, je suis tout sauf courageuse, mon instinct de survie m'a toujours interdit d'être courageuse. Je brandis ma main devant mon visage, comme pour me protéger de ce qui va suivre.

Ses yeux furieux se posent sur moi et ce que j'y lis me terrorise un peu plus.

- Me faites pas de mal…

Je bredouille pitoyablement, je sens que je vais pleurer. Il serre les dents et me fixe sans répondre. Il m'impressionne tellement que je voudrais de m'évanouir pour échapper à ce regard incandescent.

- Je vous en supplie…

Il approche ses lèvres de l'une de mes oreilles. Un froid indescriptible me gèle les entrailles et j'ai du mal à déglutir.

- Tu veux pas jouer gentiment ? chuchote-t-il, c'est pas grave, on va pas jouer gentiment. Pas gentiment du tout, tu peux me faire confiance.

Je sens sa langue passer sur le lobe de mon oreille et j'ai un haut le cœur. J'essaye d'éloigner ma tête mais il suit mon mouvement et niche son nez dans le creux de mon cou. J'ai envie de hurler mais je suis si anesthésiée par la peur et le dégoût que ma bouche n'arrive qu'à sortir de faible glapissement. Je sens sa bouche humide descendre sur ma clavicule tandis qu'il inhale bruyamment mon odeur. Je ferme les yeux et j'essaye de ne penser à rien, surtout pas à ce qui est en train de se passer.

Ses lèvres s'écartent de mon cou et essayent de se presser contre les miennes. C'est trop ! Je me débats énergiquement en tentant d'esquiver son contact. Mes mains cherchent à repousse sa tête. Il renonce à son baiser finalement et me regarde calmement. Il soupire avec un certain agacement.

Tout d'un coup, un éclair de douleur transperce mon ventre et irradie dans tout mon corps. Mon souffle est instantanément coupé et j'ai l'impression que tous mes organes internes ont éclatés sous l'impact du coup de poing qu'il vient de m'asséner dans le ventre. Je n'ai même pas eu le temps de percevoir son geste.

Mes yeux s'écarquillent sous le coup de la surprise et de la souffrance. Ma bouche s'ouvre pour tenter d'aspirer l'air qui manque si subitement au reste de mon corps. Je me courbe en avant, son poing toujours incrusté dans mon estomac. Je n'émets même pas un son. Je vais mourir. Là tout de suite, c'est sûr.

Il me laisse retomber lourdement par terre. Je ne tiens plus debout, ma vision s'obscurcit légèrement et je m'effondre de tout mon poids. Ma respiration est sifflante et désespérée comme celle d'un poisson hors de l'eau.

Je reste recroquevillée sur le sol froid de ce couloir désert et interminable. Je sais que le pire reste à venir mais j'évite d'y penser. Il n'y a plus d'espoir. Je suis incapable de lui résister et personne ne va passer par là, c'est sûr et c'est clair. Parce que je réalise, comme une évidence qui aurait dû me frapper bien avant, qu'il n'y a aucune chambre dans ce recoin du vaisseau. Personne n'habite ici, personne ne passe jamais. Le chariot, les draps, les terriens dans l'aile A… C'est du vent. La seule chose réelle ici, c'est Nappa qui m'attendait patiemment. Et maintenant, il va pouvoir faire de moi exactement ce dont il a toujours eu envie, et même plus si le cœur lui en dit. Et quand il aura fini, il pourra tranquillement me passer dans l'évacuateur, c'est si facile, avec mon costume noir, personne ne se posera de question.

J'entends mon souffle avide, suppliant, douloureux à chaque fois. Mes mains sont crispées sur mon ventre. Je repense furtivement à Végéta, au sentiment de sécurité et de chaleur qui m'habitait quand je me suis endormie près de lui à peine quelques heures auparavant. Ce sentiment que je ne ressentirai plus jamais, cette chaleur qu'on ne m'accordera plus jamais. Je regrette tout ça amèrement.

- Quelle méthode tu préfères finalement ? susurre Nappa.

Il est debout au-dessus de moi et je sais, sans le voir qu'il arbore un large sourire de satisfaction. Il pose un genou à terre et passe sa main sur ma tête. Il empoigne brusquement mes cheveux et se penche sur moi.

- On est parti sur de mauvaises bases… Tu sais, moi je suis pas vraiment méchant, si on sait s'y prendre.

Je ferme les yeux. Ses paroles m'écoeurent, son odeur m'écoeure, sa mains dans mes cheveux m'écoeure. Je ne réponds pas.

Tout d'un coup, il me gifle.

- Tu pourrais répondre, quand j'te parle !rugit-il.

Sa voix résonne dans mon crâne. Le coup a été brutal et inattendu. La brûlure de sa main sur ma joue fait écho au choc de mon autre pommette qui a rebondi violemment sur le sol dur. Ma vision s'obscurcit et un bourdonnement aigue me transperce le crâne. Loin, très loin dans mon esprit, le nom de Nappa retentit, mais j'ai lâché déjà.

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