Merci aux reviewers et autres supporters. Beaucoup de questions à ce que je vois :) Voici peut-être quelques réponses.


Chapitre 10

Le plafond est illuminé. C'est le jour. Quel jour ? Le bourdonnement dans ma tête s'est atténué.

Nappa.

J'ai un sursaut et mes yeux s'écarquillent avec panique pour tenter de repérer mon agresseur.

Je mets un instant avant de réaliser que le visage penché sur moi n'est pas celui de Nappa. C'est un saïyen que je ne connais pas. Il me fixe gravement, sans émotion. Je ne suis plus dans le couloir, je suis sur un lit et il est assis à côté de moi.

Je m'écarte de lui dans un réflexe brusque, je ne suis pas vraiment sûre de ses intentions. Pourtant il ne bouge pas et continue à m'observer. Mes yeux essayent de comprendre où je suis, mais mon crâne en miettes a du mal à enregistrer et trier les informations.

Finalement, le saïyen détourne la tête.

- Vous ne voulez pas la mettre à l'infirmerie par précaution ? demande-t-il à quelqu'un derrière lui.

- Elle reste ici, répond une voix ferme.

C'est la voix de Végéta. J'essaye de me redresser pour le voir mais mon abdomen douloureux s'oppose farouchement à mon mouvement, et je renonce. Je reste étendue, immobile sur le lit. Je réalise qu'on est dans sa chambre et je ferme les yeux.

Tout mon corps est une souffrance, respirer est une souffrance, bouger est une souffrance, penser est une souffrance, même tourner les yeux me fait mal.

- Les terriens sont moins fragiles qu'ils n'en ont l'air, reprend le saïyen à côté de moi, il paraît qu'elle a frappé Nappa ?

Il y a une intonation amusée dans sa voix et il semble sur le point de rire. Un silence glacial répond à sa question et il s'éclaircit la voix avec embarras. Après un instant, je sens ses doigts se refermer sur son poignet et ma manche se retrousser.

J'ouvre à nouveau les yeux tandis qu'il me tire le bras sans ménagement pour le rapprocher de lui. Je résiste légèrement mais la douleur et la fatigue ne me permettent pas de m'opposer franchement au mouvement.

- Reste tranquille, gamine, grommèle-t-il avec humeur.

Je l'observe tandis que, de sa main libre, il brandit une seringue armée. J'essaye encore de retirer mon bras mais il me maintient fermement de sa poigne tranquille. Je préfère fermer les yeux quand l'aiguille s'introduit dans ma peau. Je ressens une douleur diffuse à l'endroit où il me pique, puis il me lâche.

- Je ne suis pas sûr du dosage, Altesse, peut-être que ça ne suffira pas. Comme je vous l'ai déjà dit, je n'ai jamais soigné de terrien et…

- ça ira, dégage maintenant, coupe Végéta.

Je sens que le saïyen se lève.

- Il vaudrait mieux que je repasse demain, conclut-il.

- Tu reviendras si on te le demande et tu tiens ta langue en attendant, c'est compris ? grogne Végéta d'un ton sec.

Il est de mauvaise humeur. Ha, quelle surprise.

Je n'ai pas vraiment le temps de m'en inquiéter, mon corps est pris de tremblement et je sens la douleur s'accentuer en moi. Je serre les dents. Qu'est-ce que ce connard m'a injecté comme saloperie ?

Je me recroqueville instinctivement dans l'espoir d'apaiser un peu la souffrance. J'ai l'impression que tous mes muscles sont pris de crampes simultanées, c'est horrible et je gémis faiblement. J'ai envie de mourir. Je ressens un subit besoin d'air et j'ouvre la bouche dans l'espoir d'en aspirer le plus possible.

Concentrée sur ma douleur, j'ai perdu la notion de la réalité qui m'entoure tant mon cerveau est accaparé par les sensations aigües à l'intérieur de mon corps. J'ai le sentiment que mon cœur va s'arrêter de battre et je ressens le besoin de l'encourager intérieurement à continuer à fonctionner. Je perçois à peine ma respiration rauque et mes faibles geignements.

Je ne sais pas combien de temps ça dure, ça me semble une éternité avant que les tremblements ne s'apaisent peu à peu. Finalement, je m'aperçois que la douleur n'est plus si vive. J'ouvre les yeux, comme pour vérifier que je suis toujours vivante. La lumière, même tamisée, m'aveugle un instant et je cille jusqu'à ce que ma rétine s'y adapte.

Il y a une ombre à côté de moi. Je finis par comprendre que c'est Végéta qui a pris la place de l'autre saïyen, assis sur le lit. Il m'observe d'un air grave et imperturbable. Je m'adresse à lui comme au seul être sensé dans ce monde de tourmente.

- J'ai… mal…

Il hoche la tête.

- C'est normal. Ça va passer, répond t-il.

Ses paroles sont rassurantes mais il reste impassible. Je lui fais confiance instinctivement. Je ne me pose même pas de questions, je laisse ma tête rouler sur le matelas et j'attends que sa promesse se réalise. Je cesse de trembler. Mon corps me semble lourd comme du béton mais la douleur s'endort progressivement.

- Qu'est-ce que tu foutais dans ce couloir ? demande-t-il subitement.

Je frémis imperceptiblement à son intonation agressive et autoritaire. Je ne comprends pas tout de suite de quoi il parle, mais je m'efforce malgré tout de reprendre le cours de mes pensées. Il penche la tête de côté, visiblement ennuyé par mon silence.

- Dans cette tenue ? Comme si tu n'étais qu'un vulgaire grouillot ? Tu essayais de t'enfuir ?

M'enfuir. Les draps. Nappa. Tout me revient comme un raz de marée et je tressaille. Je frotte mes paupières de mes doigts tremblants. Qu'est-ce que je foutais dans ce couloir ? Je suis convaincue que j'ai été piégée et la question de Végéta confirme cette théorie. Je n'avais rien à foutre dans ce putain de couloir, sauf à venir me faire violer et tuer par ce porc psychopathe de Nappa.

Je me remémore l'anxiété inexplicable de l'intendante quand elle est venue me donner ses instructions. Elle était nerveuse, plus que d'habitude en tout cas. Nerveuse comme je l'étais quand j'ai versé le poison.

Je suis sûre qu'elle m'a joué un putain de sale tour, je ne l'aurais jamais cru capable de ça… Elle m'a tout bonnement livrée à Nappa. Pourquoi a-t-elle fait ça ? Est-ce que Nappa le lui a demandé ? Est-ce qu'elle en a eu l'idée elle-même comme un moyen définitif de se débarrasser de moi ? Qu'est-ce qu'elle redoute tant, venant de moi ?

Je suis en colère contre elle évidemment, mais pourtant, je n'ai pas envie de la dénoncer à Végéta. C'est une affaire que j'aurais préféré régler moi-même en fait, parce que j'aurais aimé savoir la raison de son geste, mais je n'ai pas vraiment le choix parce que le Prince veut des réponses et je ne suis pas en état de lui résister.

Et puis, ce qu'elle a fait, me fait prendre conscience que je ne peux définitivement plus compter que sur moi-même pour survivre maintenant.

- J'ai reçu des ordres pour aller faire les chambres de l'aile A et on m'a demandé de ne pas garder mon uniforme.

Il est attentif à chacune des paroles que j'arrive tout juste à chuchoter. Il reste silencieux un instant, comme s'il réfléchissait. Je sais qu'il hésite à me croire.

- Qui ? demande-t-il.

Il ne laisse rien paraître mais sa voix est dure et je comprends qu'il est très contrarié par mon agression. Je ne crois pas sérieusement que c'est parce qu'il a eu peur pour moi. Le connaissant, il est plutôt furieux que Nappa ait pu croire qu'il pouvait lui voler quelque chose qui lui appartient. Plus probablement, ce qui l'enrage certainement le plus, c'est que Nappa lui ait désobéi.

Végéta ne supporte pas la moindre remise en cause de son autorité et je prends conscience des conséquences de la réponse que je m'apprête à donner. Je comprends que j'ai le doigt sur la gâchette d'un revolver pointé directement sur la tempe de l'intendante. Ma voix tremble quand je lâche dans un souffle :

- Ton intendante.

J'observe avidement sa réaction. Ses traits restent totalement inexpressifs, il a à peine un froncement de sourcil et fixe le vide droit devant lui. Malgré ce que l'intendante a fait, je ne peux m'empêcher de me sentir coupable en essayant d'imaginer ce qui risque de lui arriver maintenant. Je devrais la haïr, mais ce n'est pas si simple.

Je suis la mieux placée pour savoir à quel point notre condition de meuble peut nous rendre dingue. Moi-même, je n'aurais jamais envisagé un instant de planifier froidement un assassinat comme je l'ai fait et, même si j'ai échoué, j'étais prête à aller au bout de mon intention de tuer. De la même manière que moi, elle a été méthodique dans sa façon d'organiser les choses et…

Je regarde Végéta subitement.

- Comment m'a-t-on trouvé ? Dans cette aile déserte ?

C'est à moi de parler sur un ton qui exige des réponses. J'ai l'impression de lire une lueur d'amusement dans ses yeux.

- Je t'ai fait suivre, j'étais sûr que tu essaierais de t'enfuir, répond-t-il avec malice.

- Suivre ?...

Je n'ai rien vu. Je n'ai pas vraiment fait attention. La rumeur veut que certains esclaves soient des taupes des saïyens et c'est très possible. Peut-être l'un d'entre eux alors… Je me relève péniblement pour m'assoir et être à sa hauteur. J'ai mal comme si un camion m'était passé dessus et j'ai la tête qui tourne légèrement.

- Végéta… Pourquoi tu as tellement peur que je m'enfuie ? Je n'ai jamais essayé de m'enfuir…

- Je ne te fais pas confiance, tu es capable de tout. Je te rappelle que tu as essayé de m'empoisonner, grince-t-il.

Son discours est juste, je ne peux pas le nier mais la vraie question, c'est pourquoi il s'embarrasse tellement d'une esclave récalcitrante, qui, soit dit en passant, n'est même pas foutue de le servir correctement ? D'habitude, il règle les problèmes de manière plus brutale les saïyens aiment la simplicité. Je ne m'explique pas son attitude à mon sujet. Est-ce que…

- Tu voulais juste… coucher avec moi ?

Il détourne les yeux et si je ne le connaissais pas, je jurerais l'avoir vu rougir. Mais cette explication me paraît un peu légère. Si c'était juste pour ça, on peut dire qu'il a eu ce qu'il voulait et … L'idée qu'il puisse être amoureux au sens terrien du terme, ou quoi que ce soit d'approchant, est tout bonnement risible. Il y a autre chose, et il ne me le dira pas.

Son silence m'exaspère tout d'un coup, j'ai besoin de savoir. J'attrape sa tête entre mes mains et je le force à me regarder pour lui poser la question.

- Qu'est-ce qui se passe ?

Il me fixe avec perplexité. J'ai conscience de le bousculer au-delà de ce qu'il autorise en temps normal. Personne n'est en droit de rien exiger de lui et mes interrogations sont insistantes. Il saisit l'une de mes mains et l'écarte de son visage lentement.

- Tu n'as jamais peur de rien, hein, Bulma ? réplique-t-il calmement, rien ne t'arrête jamais, rien ne te fait taire, tu n'acceptes jamais rien sans broncher.

Je fronce les sourcils. Qu'est-ce que c'est que ce discours à la con ? J'ai jamais été aussi lamentable que depuis que je suis rentrée à son service. Il ne peut pas sérieusement croire ce qu'il vient de dire. Une fois de plus, il fait diversion sans me donner de réponse.

- Et toi, tu ne réponds jamais aux questions ?

Il a un sourire cynique.

- En fait, je ne tolère pas les questions, tu es la première à oser m'en poser.

Je soupire avec frustration. Il me repousse et se lève.

- A partir de maintenant, tu ne sors plus d'ici, annonce-t-il.

- Quoi ?

- C'est trop dangereux de te laisser trainer par ici, tu vois bien.

- Tu déconnes ? Je vais devenir dingue ! Et qu'est-ce que je suis censée faire ? Ne va pas t'imaginer des choses !

- Je te rappelle que c'est moi qui décide, souviens-toi de ce que je t'ai dit, coupe-t-il avec colère.

- Végéta !

Mais il n'écoute plus déjà, il s'est retourné et se dirige vers la porte. Je veux me lever pour le suivre mais mon corps me lâche et je reste assise misérablement sur le bord du lit, incapable de me mettre debout tandis qu'il claque la porte de la chambre derrière lui. Il ne peut pas me faire ça, il ne peut pas me laisser là, toute seule.

J'enfouis mon visage dans mes mains un instant pour essayer de chasser le vertige. Je m'aperçois que j'ai peur. En fait, c'est pour ça que je ne veux pas rester là, je suis terrorisée. C'est absurde et inexplicable mais la certitude surréaliste que Nappa va apparaître dès que Végéta sera parti me cheville l'esprit implacablement. Je ne suis même pas en état de me trainer jusqu'à la porte pour la verrouiller.

A défaut d'autre chose, je me rallonge sur le lit, et je me recule le plus loin possible de la porte que je couve d'un œil méfiant. J'ai l'impression d'entendre son pas déjà. Je ne me rends pas compte que je me suis remise à trembler. Ma cervelle, préoccupée à guetter l'arrivée de Nappa, perçoit à peine la souffrance dans mon corps. Je me sens comme un tas d'os dans un sac de chair, mais je suis encore animée par cette volonté de faire face s'il revient, l'instinct de survie est tenace.

De temps à autre un éclair de lucidité me fait comprendre que mon obsession est déraisonnable et j'ai sûrement de la fièvre, mais très vite, la terreur reprend le dessus.

Je ne sais comment le sommeil arrive finalement à s'emparer de moi tandis que l'image de la porte reste incrustée dans mon esprit, comme pour mieux la surveiller, même dans mes rêves. Parfois, il me semble même sentir son souffle à mon oreille.

Je me réveille en sursaut et découvre avec horreur que la porte est ouverte maintenant. Les lumières du plafond sont éteintes, c'est la nuit. Bien sûr. Il a profité de la nuit pour revenir, comme tous les monstres. Je me redresse en panique, ignorant la douleur lancinante dans mes muscles.

Une silhouette est debout, immobile devant le lit. Je mets une minute avant de me rendre compte qu'il s'agit d'une femme de chambre. Elle tient un plateau et me regarde avec un œil interrogateur.

- Ça va pas ? Vous voulez que j'appelle le médecin ? demande-t-elle doucement.

Je la fixe d'un œil hagard, je n'arrive même pas à lui répondre.

- Je vous ai apporté à manger, je pose ça sur votre table de nuit, explique-t-elle.

Je la suis des yeux. Elle a l'air très jeune, d'une race très semblable à la mienne, si ce n'est la forme de ses oreilles et une queue bizarre qu'elle traine derrière elle.

- Qui… qui êtes-vous ?

Mes mots s'entrechoquent et je bégaye comme si elle pouvait représenter le moindre danger. Elle me sourit.

- Je suis la femme de chambre de nuit de son Altesse.

Je pince les lèvres. C'est moi la femme de chambre de nuit… Ou alors, ce qu'il a dit est vrai, il va m'interdire de sortir d'ici ? Alors… Je ne fais même plus partie du peuple des ombres. Qu'est-ce qu'il a derrière la tête, bordel ? Il croit qu'il va me cloitrer ici et me passer dessus à volonté ? Il s'imagine un instant qu'il va pouvoir faire ça ? Je ne sais plus, je suis terriblement confuse de ce qu'est en train de m'expliquer la jeune servante.

- Voulez-vous boire quelque chose de particulier ? Ou est-ce que je dois appeler le médecin ? demande à nouveau la femme de chambre.

Ses questions me sortent de mes méditations. Par association d'idée, je repense à mon poison et à l'intendante. La méfiance s'éveille en moi.

- C'est l'intendante qui vous envoie ?

- L'intendant, vous voulez dire? Nous n'avons plus d'intendante, c'est un intendant maintenant, répond-t-elle en s'efforçant de masquer son émotion.

Sa réponse me tord l'estomac et je n'ose même pas essayer d'en savoir plus. Je préfère ignorer ce qui est arrivé à l'intendante. Elle était là depuis si longtemps, elle était si fidèle et dévouée à son Prince, je n'ose pas imaginer ce qu'il a fait d'elle… A cause de moi. Mon cerveau bloque instinctivement mon imagination. La seule chose à retenir c'est que je ne risque plus rien de sa part. C'est la seule chose à retenir.

- Avez-vous besoin d'autre chose ? insiste la servante.

Je fais juste un geste de la main pour lui faire comprendre que je n'ai besoin de rien. Une voix accusatrice hurle dans mon esprit en repensant à l'intendante. Qu'est-ce qu'il a fait ? Qu'est-ce que tu as fait ? Ici, tout le monde est appelé à devenir un monstre. C'est exactement pour cette raison que je ne peux pas rester parmi ces sauvages. Qu'ont-ils fait de nous ? Nous sommes devenus des saïyens à notre façon. L'intendante, moi… A notre façon, tuer devient une nécessité et une obsession. J'ai la nausée.

La femme de chambre est repartie et elle a fermé la porte. Dès que je suis seule, toutes mes préoccupations se recentrent sur Nappa. J'aurais dû demander à la servante de laisser la porte ouverte, sa présence m'aurait rassurée. Ou peut-être pas, dans le fond. C'est plus facile de surveiller une porte fermée.

Je mange sans grand appétit, sans lâcher cette foutue porte des yeux. Je n'arrive pas à me défaire du besoin d'avoir un œil dessus, même si la peur s'est calmée.

Je parviens à me lever. Mon pas n'est pas très assuré et mon sens de l'équilibre est approximatif mais il faut définitivement que j'aille aux toilettes pour finir, et il faut que je me lave aussi. J'ai l'impression d'être imprégnée de l'odeur de ce chien de Nappa et j'ai subitement la conviction irrationnelle que ça peut l'attirer et lui permettre de me pister.

Tout le temps que je pisse, je surveille la porte. Cette foutue porte. Evidemment que Nappa ne va pas venir me chercher dans les chiottes du Prince… Evidemment… Ma cervelle tourne à vide et ne veut rien entendre.

Mais finalement, la douche semble dissiper un peu l'obsession et arrive à me décontracter suffisamment pour oublier un peu mes angoisses. J'ai un bleu colossal au bas du dos et une de mes joues est légèrement enflée. A part ça, et les marques de doigts qui s'estompent sur mon cou, mon corps est indemne. Plutôt pas mal au pays des sauvages.

Quand je veux me rhabiller, je réalise avec ennui que je n'ai pas de vêtements, juste ma tenue noire qui empeste l'odeur de Nappa. Je ne veux plus remettre ça. Je me contente d'un T-shirt de Végéta. Je suis réticente à enfiler ça… C'est si bizarre, c'est comme un déguisement.

J'ai l'idée d'aller voir la femme de chambre pour lui demander de me trouver quelque chose, mais au moment de m'approcher de la porte de la chambre, je m'aperçois que j'en suis incapable. Une peur panique s'empare de moi à l'idée même de l'ouvrir. J'ai la certitude que je ne suis en sécurité que dans cette putain de chambre et que tout un tas d'êtres vicieux et malveillants m'attendent à l'extérieur. C'est absurde, je sais que ça l'est, mais mon corps et ma cervelle refuse de croire autre chose et je suis paralysée.

En désespoir de cause je me glisse dans les draps et, mécaniquement, mon regard se fixe sur la porte. Plus je la regarde, plus je me convaincs que Nappa va apparaître d'une minute à l'autre. Je suis tendue de nouveau, et le sommeil ne vient pas.

Le voilà. Je l'entends, j'entends son pas. Je savais qu'il reviendrait finir ce qu'il a laissé en plan. Je me pelotonne dos au mur, prête à sauter sous le lit pour me planquer. Je reconnais sa voix et je me mets à espérer, très lâchement, qu'il préfèrera peut-être la petite femme de chambre.

Je tends l'oreille, priant pour percevoir les échos d'une lutte entre elle et Nappa et qui indiquerait qu'il se contenterait d'elle pour ce soir. Mais non. Il lui parle mais elle ne crie pas, ne répond pas, il n'y a pas de bagarre. C'est bien moi qu'il veut et son pas s'approche de la chambre. Il vient. Il est là.

La porte s'ouvre sous mon regard effaré. Je reconnais sa silhouette massive en contre-jour. Il s'immobilise sur le seuil. Je devrais plonger sous le lit. C'est ce que j'avais projeté. Mais je suis pétrifiée. Je le regarde s'avancer vers le lit sans pouvoir bouger, sans pouvoir sortir un seul son.

Il ne dit pas un mot et grimpe sur le matelas pour s'approcher de moi, je perçois son souffle.

- Qu'est-ce qui se passe ? demande-t-il.

Il a cette petite voix qui promet tant de choses abominables et le seul geste que ma terreur m'autorise est de lever un avant-bras devant mon visage en signe de défense. Il attrape mon poignet et essaye de me faire baisser ma garde d'un mouvement ferme.

- Qu'est-ce qui t'arrive, encore ? grogne-t-il.

Il est contrarié maintenant et son ton ennuyé me panique. Je commence à me débattre.

- Laisse-moi ! Pitié, lâche-moi, me fais pas de mal !

Je hurle comme une hystérique tandis qu'il me saisit par les épaules. Il me secoue par à coup.

- Bulma ! Bulma !

Il connaît mon nom. Ça accroit mon affolement comme si ça pouvait lui permettre de me faire encore plus de mal. J'essaye de le repousser en le frappant avec mes poings, mais c'est comme cogner contre un mur. Alors, il change de tactique et passe ses bras autour de mes épaules pour me plaquer contre lui et m'immobiliser fermement.

Ce n'est pas son odeur. Ce n'est pas lui. Ma panique se dissipe progressivement, je cesse de m'agiter. C'est Végéta. Les brumes de mon délire se déchirent subitement. Je passe mes bras autour de sa taille et inhale sa chaleur, comme un médicament apaisant. Bordel, j'étais sûre que c'était Nappa, c'était lui… Des larmes envahissent mes yeux. J'ai eu la trouille de ma vie et je me sens si confuse. Je sais que j'ai l'air d'une grande tarée, et peut-être que c'est ce que je suis devenue.

Végéta amorce un geste pour m'écarter de lui mais je ne le laisse pas faire et je le serre plus fort contre moi. Je ne veux plus bouger, j'ai besoin de me calmer et son contact seul est capable de me procurer cet indispensable sentiment de sécurité.

Mes tremblements s'atténuent. Je lui suis reconnaissante d'accepter mon étreinte puérile. Finalement je relève la tête vers lui.

- J'ai cru que c'était… Nappa…

Je bredouille mon excuse minable d'une voix miaulante, sans même me rendre compte tout de suite que ça me donne l'air encore plus dingue. Il me fixe avec préoccupation. Il doit vraiment me prendre pour une folle maintenant. Pourtant, il pose doucement sa main sur mon épaule.

- C'est le produit qu'on t'a injecté, explique-t-il d'une voix calme.

Je hoche la tête à cette explication pratique. C'est mieux que d'être tarée, mais je sais que la terreur de Nappa reviendra. Je le sais parce qu'elle a pris naissance la première fois qu'il m'a agressée et elle n'a fait que se développer, je sais qu'elle va me tenir compagnie encore un certain temps. J'essuie mes yeux mais les larmes continuent de couler. Je ne pense même plus à les retenir devant lui.

Je m'aperçois que Végéta est devenu ma seule bouée de sauvetage dans cet univers effroyable. Je l'ai tellement haï, et ça m'arrive encore de temps en temps, mais finalement, il est le seul à qui j'arrive à accorder ma confiance, le seul qui arrive à fissurer mon abominable sentiment de peur et de solitude. Il n'est pas tout à fait un ami évidemment, mais ce qui s'en rapproche le plus dans ce bourbier. Je sais que je lui dois la vie malgré tout.

Il continue à me regarder comme une chose étrange.

- Nappa t'a donc fait si peur que ça ? demande-t-il avec étonnement.

Sa question m'ahurit un instant. Bien sûr, Végéta n'a jamais peur, mais il est puissant, il est une arme à lui tout seul. Que croit-il que je sois ? Il a l'air d'imaginer que, de la même façon que lui, rien ne m'effraye jamais, surtout pas quelqu'un d'aussi insignifiant que Nappa. Je ne sais pas comment lui expliquer.

- Il m'aurait tuée…

- Mais tu l'as frappé, objecte-t-il.

J'avais oublié mon réflexe débile. C'est vrai je l'ai giflé, et qu'est-ce que ça m'a rapporté ? Des coups. C'était vraiment très constructif comme réaction, aucune raison de se féliciter. Je détourne le regard avec contrariété.

- Je n'ai pas réfléchi.

Il se met à rire.

- Je ne te comprends vraiment pas, conclut-il avec une pointe de perplexité.

Il se détache de moi en m'obligeant à desserrer mes bras encore agrippés à lui. Je ne le lâche pas des yeux tandis qu'il se lève et s'enferme dans la salle de bains. Je soupire avec lassitude et me laisse retomber sur le lit. Pour la première fois depuis qu'il m'a laissée seule, je me sens apaisée et un peu lucide.

Je repense à la terreur qui m'a saisie quand j'ai cru que Nappa était revenue et je réalise que, comme je l'avais redouté, je suis en train de devenir dingue. Les saïyens vont me rendre dingue, cette vie me rend dingue. Végéta me rend dingue.

J'écoute le bruit de la douche dans la pénombre, ça me rassure, ça me rappelle que je ne suis pas toute seule. Végéta est là, à quelques mètres. Il ne peut rien arriver et je me sens glisser paisiblement dans un sommeil harassé.

La face hideuse de Nappa est à quelques centimètres de la mienne. Il sourit avec une jubilation inquiétante et tient ma tête entre ses mains. Il ne me fait pas mal mais m'empêche de bouger, Mon corps pèse une tonne, je suis complètement pétrifiée. Je ne peux rien faire et l'affolement commence à compresser mes poumons.

- Tu veux pas jouer gentiment ? susurre-t-il, on va pas jouer gentiment. Pas gentiment du tout.

Ses paroles glacent mon sang, je suis toujours absolument incapable de me débattre. A cours d'idée, le seul réflexe que j'ai est de crier.

- Végéta !

J'ai même pas réfléchi, son nom est sorti tout seul comme une incantation magique. Je l'appelle frénétiquement, je hurle même, et je vois, à chaque fois, l'étincelle cynique dans l'œil de Nappa se faner un peu plus et se transformer en inquiétude.

- Ça va pas de brailler comme ça !

Je cille un instant avant de réaliser que j'ai fait un cauchemar. Végéta me secoue en me tenant par les épaules, je suis assise dans le lit. Je le fixe avec stupéfaction, le temps que mon cerveau se replace dans le monde réel.

- Ce connard de docteur a vraiment mal dosé, marmonne-t-il avec irritation.

Il me lâche et se recouche à côté de moi avec un soupir d'exaspération. Je laisse mon regard naviguer sur la chambre. Tout est silencieux. Dans la pénombre, l'horloge murale affiche 3 heures du matin. Par la baie vitrée, l'espace immense projette la lumière de ses minuscules étoiles incandescentes.

Mes yeux se posent sur Végéta. Il me tourne le dos et ne bouge plus. Pourquoi me retient-il ici ? Pourquoi dans cette chambre ? Si vraiment il tenait à me retenir captive, il pourrait me faire placer dans une cellule inoccupée. Il veut garder l'œil sur moi, c'est évident. Je ne me plains pas, ma névrose ne trouve de réconfort qu'auprès de lui.

Je contemple son corps faiblement illuminé par la lueur stellaire. Il n'a rien tenté, il n'a même pas essayé de m'embrasser ce soir. J'aurais pensé que, quitte à m'avoir dans sa chambre, il aurait voulu en profiter, mais non. Est-ce que je ne l'intéresse plus déjà ? Est-ce que je l'ai vexé ce matin en lui disant qu'il ne m'approcherait plus ?

Je ne veux pas qu'il s'éloigne. Je sais que c'est en totale contradiction avec tout ce que je lui ai dit et tout ce que je me suis promis, mais quelque chose en moi veut qu'il reste près de moi. Je me demande si c'est lui qui a arrêté Nappa, j'ai besoin de savoir ce qui s'est passé tout d'un coup.

Je m'allonge sur le ventre et je rampe précautionneusement vers lui. Je soupçonne qu'il ne dort plus, même s'il en a l'air. Sa présence tranquille me captive. Il est toujours tellement excité, de mauvaise humeur, colérique que le sentir si paisible pour une fois est un spectacle rare.

- Végéta ?

Il ne me répond pas. J'approche ma main de son épaule. Je n'ai pas le temps de le toucher, sa voix dure m'interrompt dans mon mouvement.

- Qu'est-ce que tu veux ?

Son ton irrité ne me rebute pas. J'y suis habituée maintenant. Je veux savoir.

- Qui m'a trouvée ?

Il roule sur le dos et tourne les yeux vers moi en frottant ses paupières avec un soupir. J'insiste, je ne veux pas qu'il esquive encore une fois.

- C'est toi ?

Il hoche la tête avec un grognement. Bizarrement, j'avais espéré cette réponse. Dans le fond, quelle importance que ce soit lui ou un autre qui soit intervenu, l'essentiel c'est que Nappa ait été interrompu, alors pourquoi mon esprit voulait-il que ce soit lui en particulier ?

Je baisse la tête pour poser mes lèvres sur les siennes. Il a un léger mouvement de recul avant que le contact ne se fasse.

- Tu as dit que je ne m'approcherai plus de toi, proteste-t-il à mi-voix.

- Justement, là c'est moi qui m'approche de toi, c'est différent.

Je reprends mon mouvement pour atteindre ses lèvres mais il pose ses doigts sur mes lèvres, comme une barrière entre nous.

- Bulma…

Sa protestation est si faible, si peu convaincante. Pour la première fois depuis très longtemps, j'ai envie de faire les choses que j'ai seule décidé de faire et j'ai décidé de l'embrasser. Je retire ses doigts qui me barrent le passage et il ne résiste pas.

Quand je l'embrasse, il répond et nos langues se rencontrent naturellement, chacune cherchant l'autre. Je laisse courir ma main le long des courbes de son corps et je remonte jusqu'à plonger mes doigts dans ses cheveux.

Alors qu'il n'a pas bougé jusque-là, il se redresse tout d'un coup et s'assoit. Nous nous efforçons de ne pas rompre le baiser dans le mouvement. Une ardeur s'allume en moi. J'ai subitement viscéralement besoin de lui. Pas le tyran cruel et froid qu'il est en temps normal, mais l'amant passionné qu'il a été la nuit dernière. J'ai besoin qu'il s'ouvre et m'offre la chaleur dont je sais qu'il est capable.

Il me guide pour m'assoir sur ses cuisses et glissent ses mains sous mon T-shirt, sans jamais faiblir à m'embrasser. Je sens qu'il devient fébrile. Je replie mes jambes autour de sa taille et rompt le baiser pour reprendre mon souffle, prise au dépourvue par le contact de ses doigts sur ma peau. Il niche aussitôt son nez dans mon cou et remonte le T-shirt pour me l'enlever. Je me prête docilement à l'exercice.

Je sens qu'il prend définitivement le contrôle et je le laisse faire.

Mes gestes sont plus mesurés que la dernière fois, je suis attentive et moins empressée. Cette fois-ci est différente; cette fois-ci, je ne suis pas hantée par la conviction que je vais mourir dans l'heure, et surtout, je ne suis pas prise au dépourvu. C'est moi qui suis venue le chercher, c'est moi qui ai initié notre étreinte.

Je frotte mon entrejambe contre le sien en balançant imperceptiblement mon bassin et je sens à quel point il me désire. Ça me remplit d'une jubilation indescriptible et j'ai envie de le plaquer sur le lit, mais il résiste et je suis obligée de renoncer. Il a trop peur de lâcher, comme d'habitude, même dans ces moments-là, il est incapable d'une confiance totale. Je laisse filer.

Je plonge ma main dans son pantalon pour encourager son excitation. J'entends ses imperceptibles grognements qui montent dans sa gorge. Il a subitement envie de m'allonger sur le lit mais je m'y oppose à m'agrippant à lui parce que je ne veux pas lui abandonner l'entier contrôle. J'ai envie de décider, je ne veux plus seulement subir.

Je finis par me positionner et je l'engage progressivement en moi. Au début, il me laisse faire. Je remarque qu'il a fermé les yeux, concentré sur les sensations en lui. Je ne peux m'empêcher de déposer des baisers sur sa tête et sur son visage, comme s'il s'agissait de le rassurer. Il ne réagit pas mais, soudainement, il me pénètre entièrement.

J'ai un hoquet de surprise et le plaisir se diffuse aussitôt en moi. Il a saisi ma taille et guide chacun de mes mouvements. Par moment, il accentue et accélère le va et vient, par moment, c'est moi qui règle la cadence, mais finalement nous nous accordons instinctivement.

Je retiens mes gémissements en me mordant les lèvres. Je n'oublie pas que la femme de chambre de nuit est à côté et, en principe, à l'affût du moindre bruit pouvant signaler qu'il a besoin de quelque chose. J'ai envie que ça ne cesse jamais, je me sens revivre. Le plaisir, sa chaleur, notre étreinte concertée comme une complicité.

A cette minute, je sais que je ne suis pas un meuble, je suis une personne. Mieux que ça, je ne suis pas n'importe quelle personne, je suis une personne dont on a envie, qu'on chérit et qu'on protège. Même si ce n'est qu'une illusion, je m'autorise à y croire, comme un pansement pour mon âme.

Je suis sourde aux élancements de mon corps encore meurtri par l'agression, le délice de cet instant fait taire tout le reste. Comme je commence à m'essouffler, il finit par me plaquer sur le lit pour garder son rythme. Je suis hypnotisée par son visage au-dessus du mien. Je le scrute au travers de mes paupières mi-closes, et tout d'un coup, un orgasme me transperce. J'agrippe son T-shirt pour le tirer brusquement à moi et perdre mon gémissement dans son cou.

Il enroule l'un de ses bras autour de mes épaules pour assurer son appui et poursuit ses balancements sans attendre. Je sens sa peau salée se couvrir d'une fine pellicule de sueur et tandis que je me remets progressivement de ma jouissance je le sens se libérer en moi.

Il resserre son étreinte avec une force incroyable et j'ai le souffle coupée par sa force. Il a un hoquet de satisfaction contenu. Je suis si compressée contre lui que j'entends la cadence accélérée de son cœur au travers de ses muscles.

Peu à peu, il relâche sa poigne autour de moi et je respire plus librement. Il me permet de reposer ma tête sur le matelas et se retire doucement.

Nos yeux se croisent. Ses traits sont fermés et illisibles mais ses yeux sont incroyablement luisants. J'ai l'impression que quelque chose le dérange ou le rend perplexe, c'est difficile à dire. Je suis habituée à cette façon qu'il a de ne jamais paraître agréable ou chaleureux, je ne m'en inquiète pas.

Il se laisse retomber à côté de moi. Je roule sur le côté pour lui faire face. J'ai envie de l'embrasser, mais je me retiens. C'est juste que j'ai tout d'un coup le sentiment de ne plus trop savoir ce qu'on fait. Ou ce qu'on est. C'est… Juste du sexe, normalement. Une espèce de tension qui a besoin de s'apaiser entre nous. C'est pas… C'est pas comme avec Yamcha.

Je préfère ne pas y penser, ne pas y réfléchir. Ça ne sert à rien. Penser à Yamcha, comparer cette brute à Yamcha, comparer cette situation de merde avec celle de la Bulma Briefs qui sortait avec le beau Yamcha, c'est indécent. Indécent et douloureux.

Non, la seule chose qui m'attache à Végéta c'est l'inestimable sentiment de sécurité qu'il me procure. Je suis prisonnière et terrorisée ici, je n'ai pas vraiment mon libre arbitre. Si j'avais le choix, si j'avais croisé Végéta dans la rue, dans la vraie vie qui était la mienne avant tout ça, je ne l'aurais sûrement même pas regardé. Tout ça ne compte pas. Même s'il m'a sauvée de Nappa. Même si encore à cet instant, il est le seul à pouvoir calmer ma terreur obsessionnelle de le voir revenir m'agresser. Se pourrait-il qu'il revienne vraiment ? Se pourrait-il qu'on se recroise ? Je ne me suis même pas posé la question jusqu'à cet instant.

- Qu'est-il arrivé à Nappa ?

Végéta regarde fixement le plafond. Visiblement, lui aussi est perdu dans ses pensées. Ma question le tire de ses méditations. Il pose les yeux sur moi.

- Nappa ne te causera plus d'ennuis, répond-t-il.

- Tu l'as… tué ?

- Quasiment.

- Pour… moi ?

Il sursaute à cette dernière question. Elle m'est venue naturellement. Il fronce les sourcils.

- Tu es vraiment une femme vaniteuse… J'ai puni Nappa comme j'ai puni l'officier qui a tué la femme de chambre de nuit avant toi, marmonne-t-il avec humeur. Je punis toujours ceux qui désobéissent.

- Pas toujours…

Je vois ses lèvres se tordre en une moue de contrariété. Il comprend que je fais encore référence à moi et à la façon dont il m'a épargnée alors même que j'ai essayé de l'empoisonner et que je ne l'ai jamais servi correctement.

- Quand je ne le fais pas, c'est que j'ai de bonnes raison pour ça, réplique-t-il sèchement.

- De bonnes raisons que tu ne veux pas me donner ?

- On a déjà discuté de ça. Je ne sais même pas pourquoi je réponds à tes questions, soupire-t-il.

- Bien sûr.

Je renonce à en savoir plus. Son air ennuyé me dit qu'il ne parlera plus. Je m'allonge sur le ventre et cale ma tête sur mes avant-bras. Mes yeux sont attirés vers le spectacle de l'immensité sidérale derrière la baie vitrée et, sans même m'en rendre compte je cherche une planète bleue qui, comme toujours, n'est pas en vue.

Nappa est mort. Quasiment. En tout cas, je n'aurai plus rien à craindre de lui. Il reste tous les autres. Tous les autres saïyens. Et Végéta. J'ignore ce qu'il projette de faire de moi et dans le fond, ça m'est égal parce que je suis sûre d'une chose, il ne me laissera jamais partir.

Tout d'un coup, le silence est perturbé par un ronronnement lancinant et discret qu'on remarque à peine. Je l'écoute un instant avant qu'une étincelle de lucidité ne percute mon esprit.

Les moteurs sont en route.

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