Hello. Merci pour ce déferlement de reviews. Je dois dire que je suis toujours étonnée de la cote de Végéta; ce mec peut faire les pires saloperies, on le trouve "chou" et on lui pardonne tout. Terrible.^^

Il y a beaucoup de questions dans vos reviews sur ce qui est arrivé à l'intendante ou à Nappa par exemple et certaines d'entre elles resteront à la merci de votre imagination, parce que c'est tout l'inconvénient d'écrire à la première personne, on ignore ce qui se passe quand Bulma n'est pas là. Je me creuse la tête pour vous donner un max d'information et peut-être que j'arriverai à caser des réponses à certaines d'entre elles, pas sûre.

Pour les réponses que je peux vous donner :

Yurii: Je n'ai aucune idée de la longueur totale de cette fic mais la fin n'est pas en vue pour l'instant, c'est sûr. Ma première idée était de ne pas faire trop de chapitres, mais résultat des courses, je tire en longueur^^

Silryadis: Au sujet de la piqûre, tu deviens aussi parano que Bulma, j'aime quand les lecteurs se torturent comme ça. Tu as plus d'imagination que moi en tout cas ^^

D'autres réponses sont dans ce chapitre qui clôture un premier acte de la fic (si j'avais seulement pensé la découper en actes quand je l'ai commencée).


Chapitre 11

Le bruit des moteurs résonnent dans mon crâne. Mon esprit est focalisé sur ce bourdonnement continu. C'est comme un appel.

Je n'ai plus sommeil. J'ai dormi toute la journée et le produit qu'on m'a injecté a l'air d'avoir fait son effet : mon corps n'est plus si lamentablement douloureux et faible.

A côté de moi, le souffle régulier de Végéta m'informe qu'il est sûrement profondément endormi maintenant. Il a une main ramenée sous sa tête et les traits de son visage sont tout à fait décontractés, ce qui est radicalement impossible quand il est en état de veille.

Je l'observe à distance, sans bouger. Pour la première fois, je réalise qu'il possède une sorte de beauté à sa façon. Je lui dois la vie, il a veillé sur moi. Son aura me fascine toujours. Je soupire et je secoue la tête.

Je sais ce que je lui dois mais je n'oublie pas ce qu'il me doit aussi. Il m'a tout pris il y a quelques années, j'ai vécu trois ans de lobotomie et je ne veux plus supporter ça. J'ai renoncé à le tuer, mais cette espèce de pacte de paix entre nous n'efface rien de ce qu'il me doit. Au contraire, je veux retrouver ma liberté, c'est un besoin qui me ronge, maintenant que j'ai abandonné mon projet d'assassinat.

Je me demande un instant si quelque chose aurait été possible entre nous, si on s'était connus dans d'autres circonstances, dans un autre monde. Y aurait-il eu quelque chose de plus profond que cette espèce d'attachement par dépit qui me relie à lui ? Probablement pas… Ou peut-être que si, dans le fond...

J'en sais rien mais quelle importance puisque ça n'arrivera jamais ?

Il sera toujours le Prince arrogant et tout-puissant et je serai toujours une chose dans son esprit. Une chose qu'on peut posséder, déplacer, détruire, enfermer. Une chose amusante, bruyante, surprenante. Une chose désirable… Mais une chose. On ne parlera jamais la même langue car je ne serai jamais une chose et il ne sera jamais disposé à l'admettre.

Je me lève silencieusement en surveillant sa réaction. Il reste immobile et endormi. Je me glisse dans la salle de bains et fouine dans le recoin où j'ai laissé ma tunique noire. Je la défroisse et la contemple un instant. Je ne peux m'empêcher de blottir mon nez dans les plis du tissu. Evidemment, l'odeur de Nappa n'a pas vraiment imprégné la tenue comme je l'étais imaginé dans ma folie.

J'enfile le vêtement. Je ne retrouve pas mes ballerines dans la chambre obscure. Tant pis.

En repassant devant le lit, je jette un dernier regard au dormeur impassible. Je ne peux pas rester, c'est impossible. Il n'y a pas de place pour moi dans ce monde écoeurant, il n'y a pas de place de place pour moi auprès d'un Prince saïyen dont le seul plaisir dans la vie est de terroriser des galaxies entières. Pourtant, je sais à quel point Végéta a bouleversé toute mon existence. En bien comme en mal, je sais déjà que notre rencontre restera gravée en moi pour toujours.

Je m'avance vers la porte d'un pas incertain, et l'angoisse sournoisement tapie au fond de mon âme tente de refaire surface. Nappa est mort. Nappa EST MORT. Mon esprit se repasse cette affirmation incantatoire en boucle pour vaincre mes réticences mentales à franchir cette porte. Je l'ouvre d'une main tremblante. Je m'attends presque à ce qu'un monstre me saute dessus. Evidemment, il ne se passe rien. Le salon est tout simplement désert et silencieux, à peine illuminé par les étoiles qui filtrent par la baie vitrée.

Ce décor serein endort un peu mon anxiété et je traverse la pièce avec précaution. Alors que je m'apprête à regagner l'entrée, un bruit me fait sursauter brusquement.

- Vous avez besoin de quelque chose ?

Mon regard ahuri se pose sur la femme de chambre qui vient d'émerger de son placard. Je l'avais complètement oubliée, celle-là. Je la toise un instant. Elle est impeccable. Ses cheveux sont tirés avec art, le chignon ramené derrière le bandeau fixé au millimètre. Est-ce vraiment de ça que j'avais l'air ?

Je vois dans ses yeux qu'elle observe ma tenue noire de grouillot d'un air intrigué. Qu'est-ce qu'elle sait de ma présence ici ? Est-ce qu'elle sait qui je suis ? Est-ce qu'elle sait que c'est moi qu'elle remplace ? C'est pas sûr. Les informations ne filtrent pas facilement parmi les ombres, qui ont interdiction de discuter entre eux et parlent à peine la même langue. La plupart du temps, ils sont de toute façon trop préoccupés à survivre pour se mêler vraiment des affaires des saïyens.

Il est probable qu'elle ne sache rien. Son saïyajin n'est pas très élaboré et elle me fait l'impression de ne pas servir depuis très longtemps. L'essentiel, c'est qu'elle n'évente pas la nouvelle de mon départ, si elle réveillait Végéta pour lui dire que je suis partie… Mais j'imagine qu'il doit la terroriser à peu près autant qu'il m'a terrorisée quand j'ai commencé.

- Son Altesse souhaite se reposer, il m'a demandé de retourner dormir dans le quartier des esclaves.

Elle a un imperceptible froncement de sourcils. Mon explication ne la convainc pas, je le sens. Ma transition du lit princier au dortoir crasseux est trop incompréhensible, c'est suspect. Pourtant il faut que je coupe court à toutes ses interrogations, d'une manière ou d'une autre.

Je me mordille la lèvre avec hésitation en réfléchissant un instant. Finalement, je m'approche d'elle et lui saisit le poignet pour attirer son attention. Je prends un air embarrassé et chuchote sur le ton de la confidence.

- Il est de trrèès mauvaise humeur, en fait… Hmmm… Les choses n'ont pas exactement marché comme il voulait… Tu vois ce que je veux dire ?

Elle plisse les yeux et cherche à comprendre le secret que je lui livre. J'insiste.

- Au lit… ça n'a pas marché, il n'a pas pu, tu vois ?... Il l'a très mal pris, il est furieux, c'est pour ça qu'il m'a virée.

Enfin, ses yeux s'écarquillent et elle change de couleur. Elle a compris. Je mets mon doigt sur mes lèvres en signe de silence et je lui adresse un petit clin d'œil. Elle baisse aussitôt le regard et hoche la tête avec embarras. Je la laisse repartir d'un pas raide vers son placard. A sa réaction, je suis garantie qu'elle n'essaiera pas de réveiller Végéta pour vérifier ce que je viens de lui raconter.

Je souris intérieurement. Ce n'est pas très classe pour Végéta, mais à la guerre comme à la guerre.

Comme j'agrippe la poignée de la porte d'entrée, mon humeur redevient grave. Le plus dur reste à venir. Une question me gèle l'estomac. Les terriens sont-ils repartis ? La réponse à cette question cruciale conditionne tout mon plan, mais je ne la découvrirai que lorsque j'aurai été au bout de mon entreprise. J'ai conscience du risque que je prends à cet instant, mais je balaye toutes mes hésitations d'un haussement d'épaule. Je me sens pris d'une témérité inhabituelle et je me demande un instant si je ne serais pas encore sous l'influence du produit qu'on m'a injecté.

Je coupe court à ma réflexion et ouvre la porte d'un geste décidé pour pénétrer dans le couloir déserté.

Il n'y a pas un bruit. Je noue mon foulard sur ma tête. La couleur de mes cheveux est trop repérable.

L'avantage des appartements de Raditz, c'est qu'ils ne sont pas très éloignés des quartiers de manœuvre et j'atteins très rapidement la porte battante qui en marque la frontière. L'inscription en saïyajin qui interdit l'accès à tous ceux qui ne sont pas membres d'équipage est toujours là, avec ses lettres agressives et menaçantes. J'évite de les regarder et je retiens mon souffle en poussant prudemment la porte. Je jette un œil de l'autre côté et je franchis la frontière fatidique.

Le corridor est vide, mais j'entends des voix de loin en loin. Les moteurs viennent d'être réactivés et très logiquement, les marins sont à l'œuvre. Errer dans cette partie du vaisseau va s'avérer périlleuse et je sais qu'à partir de maintenant, je suis vraiment en danger. Si n'importe qui me trouve là, à cette heure, avec ma tenue de grouillot, je peux y passer en une seconde. Je ne porte même plus la couleur du Prince pour inspirer la moindre hésitation à une brute saïyenne.

Je repense furtivement aux draps douillets que je viens de quitter et je me demande l'espace d'un instant si ma décision est la bonne. Rester tranquillement auprès de Végéta aurait à coup sûr représenté une option plus confortable. Pour combien de temps ? Je chasse cette idée de mon esprit pour me concentrer sur le décor autour de moi.

Je reste un instant collée dos au mur, à côté de la porte. La dernière fois, je suis partie dans la mauvaise direction, je m'engage donc dans le sens opposé.

Mon cerveau n'a plus qu'une très vague idée du plan que j'ai examiné il y a presque une semaine maintenant.

Je marche droit devant moi. Les voix des saïyens qui travaillent dans cette partie du vaisseau me parviennent par intermittence et scient mes nerfs insidieusement. L'écho me permet de les repérer, mais il me rappelle aussi qu'ils ne sont pas bien loin. Et c'est sans compter, ceux qui ne parlent pas mais peuvent surgir à tout instant.

Je n'ai même pas de plan d'action. Je réalise que ce que je fais est pure folie et je me demande comment j'ai pu à ce point renoncer à toute prudence. Il faut que je trouve une idée, parce que, c'est sûr, je ne vais pas pouvoir me glisser jusqu'au garage, et jusqu'au vaisseau, à supposer que le vaisseau des terriens soient toujours là, en misant uniquement sur ma chance de passer inaperçue. C'est statistiquement impossible que j'y arrive.

Alors que cette évidence me frappe enfin, un pas se fait entendre derrière moi. Il est loin encore mais il se rapproche. Le couloir n'offre aucune possibilité de cachette c'est une ligne droite, et même si la lumière est faible, je ne vais pas pouvoir me fondre dans le mur.

Pauvre imbécile ! Qu'est-ce que je fous là, comme ça ? Où est la géniale Bulma Briefs qui anticipe tous les problèmes ? La Bulma organisée et méthodique ? Est-ce que ce connard de Nappa l'a tuée ? Est-ce que ce vicieux de Végéta l'a anéantie ? Est-ce que la piqûre de tout à l'heure l'a dissoute ? Chiottes.

Le pas derrière moi se rapproche, mais il n'accélère pas. Si je courrais ? Où ? Où ? Droit devant ? Faire ça attirerait l'attention à coup sûr, et mes talents à la course contre un saïyen laissent largement à désirer comme l'histoire me l'a déjà démontré. Mon souffle se fait court et je sens des picotements le long de mon échine tandis que mes yeux balayent l'endroit avec affolement. Juste un couloir tout droit et interminable et… Une porte. Mon sang se fige. Une porte. Vers où ? Verrouillée ?

Je n'ai pas franchement un milliers de possibilité et je me dirige vers cette unique promesse d'en réchapper. Alors que je mets la main sur la poignée, les pas ne sont plus qu'à quelques mètres et une voix, qui tient plus du grognement, s'élève dans mon dos. Mon cœur s'arrête presque de battre.

- Qu'est-ce tu fous là, toi ?

Je lève les yeux vers le saïyen qui s'est adressé à moi. Il n'est pas très grand mais la taille de ses bras suffit à m'impressionner. J'essaye de tirer la porte et… Evidemment, elle résiste. La panique me prend. Comme je ne réponds pas, il s'approche. Je m'excite sur la porte et m'aperçois avec soulagement qu'elle se pousse en réalité. Quelle gourde.

- T'as entendu ce que je t'ai dit ? Tu viens d'où ? gronde le saïyen, apparemment exaspéré de mon manque de réaction.

Je fais un pas dans la pièce, tremblant de ce que je vais découvrir de l'autre côté. Je ne sais même pas ce que j'espère. Est-ce que je pourrais refermer la porte derrière moi ? Est-ce que je pourrais la verrouiller et l'empêcher de me suivre ? Mais alors, il donnerait l'alerte et ce serait pire. Je me maudis d'avoir été si imprévoyante sur toute la ligne.

Une lumière automatique se déclenche et illumine les lieux dès que j'ai passé le seuil de la porte. Je m'immobilise. Mon cœur est sur le point d'exploser.

Il doit y avoir un Dieu ou un truc dans le genre qui veille sur moi. Evidemment, il n'est pas toujours de très bonne humeur, mais quand il s'y met il accomplit des miracles.

La poigne du saïyen se referme sur mon épaule et je sursaute d'effroi.

- Dis donc, merdeuse, tu réponds pas quand on t'appelle ? siffle-t-il avec une irritation évidente.

Je lève des yeux affolés sur lui et je bafouille.

- Seigneur excuse Moi. Parle mal saïyajin.

Son expression se détend légèrement.

- Tu fais quoi ? C'est interdit, ici, grogne-t-il.

De mieux en mieux, je suis tombée sur le modèle gentleman du saïyen. Du genre qui cherche à comprendre avant de frapper.

Je lui désigne l'intérieur de la pièce dans laquelle je viens de rentrer. Il scrute les lieux. C'est un placard d'entretien. Des balais et des chariots de nettoyage y sont stockés. Autant dire mon équipement naturel. Ma présence paraît un peu plus normale subitement. Un tout petit peu.

- Qui t'as dit de venir ici ? Qu'est-ce tu fous à passer la serpillère à cette heure ? demande-t-il avec méfiance.

Son ton menaçant me fait trembler et la ressemblance de sa voix avec celle de Nappa me frappe subitement. Je tente de calmer ma nervosité en joignant mes mains devant moi. Je dois jouer le rôle jusqu'au bout. C'est difficile, je sens des bouffées de panique monter en moi. Garder la tête froide.

Je lui envoie le regard le plus docile possible et je reprends mes explications foireuses.

- Chef m'a dit nettoyer vaisseau dans garage. Accident dans vaisseau, moi nettoyer.

Il fronce les sourcils et je retiens ma respiration.

- Chef ? Quel chef ? crache-t-il.

Je le fixe avec la plus pure ignorance possible. Je répète avec conviction.

- Chef.

Je mime des grandes oreilles comme pour décrire quelqu'un en geste.

- Ouah, tu me fais chier, soupire-t-il, prends ton bordel et viens avec moi.

Il marche. Je ressens un faible soulagement.

Je m'empare d'un charriot de nettoyage. Je l'entends maugréer dans mon dos sur le choix des débiles qu'on leur envoie pour les servir alors que les quartiers résidentiels sont pourvus de serviteurs nettement plus intellectuels. S'il savait… Je m'efforce de masquer toute réaction à son discours, je ne suis pas censée comprendre.

Au moment où nous sortons du cagibi, un nœud se forme dans mon estomac. Je m'aperçois que je suis pieds nus. S'il le remarque, ça va éveiller ses soupçons. Qu'est-ce que je peux faire contre ça ? Prier.

Et c'est ce que je fais tandis qu'il me pousse sans ménagement et me fait marcher devant lui.

- Si on t'a envoyée seule ici, c'est que tu connais le chemin, pas vrai ? On va voir ça, annonce-t-il.

Je me raidis imperceptiblement. Il marche mais il reste méfiant.

Je scrute le couloir devant nous. Pour l'instant, pas de mystère, c'est tout droit, il n'y a aucune autre option mais à la première intersection, je vais être coincée si je ne me souviens pas de la direction à prendre.

Je souffle le plus silencieusement possible et commence à fouiller dans ma cervelle pour retrouver ce maudit plan que je n'ai pu observer que quelques instants la dernière fois.

Ma mémoire est blanche. Je tente de me concentrer mais la seule chose qui focalise mon attention est le bruit de son pas derrière moi. On dirait celui de Nappa. Le même pas lourd, menaçant, conquérant. Mon esprit me joue des tours et booste inutilement l'adrénaline en moi. J'ai besoin de me souvenir du plan, pas de ce connard de Nappa.

Au lieu de ça, mon imagination vicieuse commence à me faire prendre conscience que si le saïyen s'aperçoit de ma supercherie, il pourrait me faire exactement ce que Nappa a été empêché de me faire. Oui, c'est précisément ce qu'il va me faire, parce que les saïyens font toujours ça, les saïyens ne savent faire que ça. Il va se rendre compte que je suis pieds-nus et il va tout de suite comprendre que j'essaye de m'enfuir. Et il n'y aura pas de petit espion pour avertir Végéta et je finirai ma nuit dans l'évacuateur.

Il y a une intersection. Je la vois, on s'en approche. Pourtant, ma cervelle refuse de se concentrer sur le problème, elle est tétanisée sur la quasi-certitude que la brute derrière moi va m'agresser dès qu'il aura compris que je joue la comédie. Je suis sûre que c'est ce qui va arriver et je renonce même à chercher à me rappeler le plan.

Une voix hurle de panique dans mon esprit mais je n'arrive pas à m'extraire de cette obsession malsaine qui parasite toute pensée rationnelle. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, le soldat qui me suit a la même odeur que Nappa. Je peux la sentir même s'il se tient à un mètre de moi. Il parle comme lui, marche comme lui, et il sent comme lui, parce qu'il va faire la même chose que lui. Il attend juste le bon moment. L'intersection. Celle qui va me trahir et l'autoriser à me traiter comme il en a envie et...

Je me mords la lèvre violemment pour me contraindre à revenir à la réalité et lève les yeux sur le croisement de couloirs juste devant nous. Ma mémoire est toujours blanche, la seule chose que je visualise, c'est le mot saïyajin « Garage ».

Et il est là. Devant moi. Bordel, il y a des panneaux. J'ai l'impression que mon cœur va s'arrêter de battre quand mes yeux tombent dessus. Je suis la direction indiquée sans hésitation.

Le saïyen est toujours derrière moi et ne réagit pas. Il ne soupçonne pas un instant que je sais lire, en tout cas, au moins ce mot béni.

Ma nervosité s'apaise légèrement. Il y a des panneaux… J'ai envie de pleurer de joie.

Mais mon escorte me talonne et je me demande maintenant comment je vais finir par m'en débarrasser. On commence à croiser d'autres saïyens affairés qui ne prennent pas garde à nous et je redoute toujours que l'un d'entre eux ne remarque mes pieds nus. Bien sûr que non. Je n'existe pas, je suis un meuble.

Les couloirs s'enchainent et je pressens que nous sommes sur le point d'atteindre le garage. Etrangement ma cervelle a enfin accepté de me livrer un vague souvenir du plan que j'avais décrypté il y a une semaine. Nous ne sommes plus très loin. Nous passons une dernière porte battante colossale et je m'immobilise avec stupéfaction.

Ce qui me frappe en premier lieu, c'est la lumière aveuglante qui contraste terriblement avec les plafonds tamisés du couloir. Et le bruit. Le garage est tout simplement gigantesque, c'est quasiment un tarmac d'aéroport à couvert. Le plafond est facilement à la hauteur de trois étages de maisons. Il y a des allers-venues continues de marins qui s'affairent, discutent, crient parfois. Ce ballet incessant génère un écho infini.

Dans l'espace qui s'ouvre sous mes yeux, un nombre incroyable d'aéronefs de toutes tailles sont stationnés en ordre militaires. Je ne serai même pas capable de les compter. J'essaye de déglutir sous le choc du spectacle mais ma bouche est sèche.

Le saïyen se poste juste à côté de moi.

- Alors, vérifions cette histoire… Quel vaisseau es-tu censée nettoyer ? soupire-t-il.

Mes yeux naviguent sur l'alignement impressionnant d'engins. Je cherche celui des terriens, mais je ne le trouve pas. Des sueurs froides commencent à me picoter l'échine. S'ils étaient déjà partis ? Mes doigts se crispent sur la poignée de mon chariot. Je suis coincée par sa question. La pression monte en moi parce que je comprends qu'il ne va pas se contenter de me lâcher comme ça.

Ses yeux interrogateurs et méfiants sur moi éveillent une panique indescriptible et subitement une voix nous interpelle. Un « Hey ! » brutal, autoritaire. Alors que le saïyen se retourne, ça sonne comme un signal de départ dans mon esprit et, sans même calculer exactement ce que je fais je pousse de toutes mes forces le charriot contre lui et je sprinte.

J'ai conscience qu'il n'y avait pas de plan plus foireux mais j'en suis à un stade où je ne réfléchis plus beaucoup, c'est comme une fuite en avant irraisonnée, uniquement inspirée par mon adrénaline en ébullition.

Je louvoie pour éviter le chemin des quelques saïyens qui passent et je me précipite instinctivement entre les vaisseaux.

- Attrapez la moi ! hurle le saïyen qui m'a accompagnée jusqu'ici.

J'entends sa voix et ça suffit à me faire accélérer un peu plus. Bizarrement ses congénères ne sont pas très réceptifs à son appel et j'en entends même qui ricanent. Ils ont l'air de trouver ma fuite drôle et insignifiante. Tant mieux.

Certains d'entre eux tentent quand même de s'interposer sur mon chemin.

Je suis nulle à la course, mais l'avantage que j'ai sur ce terrain, c'est que, même si je ne suis pas très rapide, je me faufile entre les vaisseaux et j'ai ainsi tout loisir de semer des obstacles sur la route de mes poursuivants qui me perdent régulièrement de vue.

Ils ne sont pas si nombreux et le garage est immense. C'est comme une forêt d'engin de tailles et de formes différentes.

Progressivement, grâce au désintérêt que j'inspire à la plupart des saïyens présents, j'arrive à me perdre dans cette mer de vaisseaux.

Je commence à m'essouffler et je finis par faire une halte en me collant à la paroi de l'un des aéronefs. Je suis dans son ombre et je reste immobile un moment, à l'écoute de pas qui viendraient dans ma direction. Les marins saïyens ont le pas si lourds, ils ne sont pas vraiment discrets.

Pendant un moment, je n'entends que les battements affolés de mon cœur essoufflé, puis subitement, une voix furieuse rugit un peu plus loin.

- Qui c'est qui m'a laissé entrer ça ici ? Imbéciles ! Ramenez la-moi ! Maintenant !

Le ton agressif me noue l'estomac. Je comprends que c'est un chef qui parle, et ça, ça veut dire que la plaisanterie est finie. Les soldats vont cesser de rire et de se moquer de leur camarade qui m'a laissé m'échapper, et ils vont se mettre à me traquer sérieusement.

Je suis vraiment dans la merde maintenant parce qu'il n'y a pas un millier d'options. Soit je trouve le vaisseau terrien et j'ai une minuscule chance de m'en sortir, soit je ne le trouve pas et ils vont me tomber dessus et la suite de l'histoire sera sûrement terrible. Bordel, je ne suis même pas sûre que les terriens ne soient pas déjà repartis et le hangar est si immense.

Je lève les yeux et m'aperçoit que certains soldats ont pris de la hauteur pour mieux me repérer. Il manquait plus que ça…

Je me plaque un peu plus à l'ombre de l'engin auprès duquel je me suis réfugiée et je me force à respirer lentement. Il faut absolument que je remette mes neurones en place et que je réfléchisse. Où est ma cervelle infatigable et ses calculs incessants ?

Un détail me frappe enfin. Il n'y a aucune raison qu'il y ait autant de monde affairé dans le garage à cette heure-ci. Même les saïyens dorment la nuit. Ou, en tout cas, ils cessent de travailler. Sauf… Sauf si il y a du travail justement. Et le seul travail possible dans le garage en pleine nuit, c'est la préparation d'un atterrissage ou d'un décollage. C'est comme une ampoule qu'on aurait subitement allumée dans les ténèbres de mes pensées. Bien sûr. Le vaisseau des terriens n'est pas encore parti. Mais il s'apprête à le faire. Quand ? D'ici une heure ? Deux heures ? Cinq minutes ? Aucune idée. Il faut que je bouge et très vite.

S'il est sur le point de partir, je déduis que l'aéronef terrien a dû être parqué proche de l'aire d'envol. Normalement. Je crois.

J'essaye de me repérer au milieu de ces rangées interminables d'engins sagement stationnés avec ordre. Où est l'aire d'envol ? J'ai tellement slalomé entre les vaisseaux pour échapper à mes poursuivants que je ne suis plus sûre de m'orienter correctement.

Je me décide pour la direction qui me semble la plus probable et je me faufile d'un vaisseau à l'autre. Très rapidement, je commence à comprendre le marquage au sol. La cervelle infatigable de Bulma Briefs sort enfin des limbes, on dirait.

Le marquage au sol sert évidemment de guide pour garer et dégarer les engins. Il y a un code de couleur et des lettres saïyajin pour localiser l'endroit où on se trouve et la direction qu'on prend. Apparemment, on sait ainsi si on s'approche ou si on s'éloigne de la porte du garage derrière laquelle devrait se trouver l'aire d'envol et d'atterrissage.

Je ne suis pas sûre de lire correctement, mais c'est pas comme si j'avais le choix, je ne peux pas me permettre d'errer au hasard au milieu de cette mer de vaisseaux.

J'entends les saïyens râler. Je sens que ce petit jeu de cache-cache commence à les mettre de très mauvaise humeur et leur nervosité croissante ajoute à la mienne. Je sais définitivement que s'ils me trouvent, ils auront perdu toute patience. Je sais que le point de non-retour est dépassé depuis un moment maintenant. Je suis condamnée à trouver le vaisseau terrien.

C'est interminable, j'ai l'impression que les engins s'alignent à l'infini. Il y a tellement de vaisseaux de guerre, sans compter ceux qui servent à l'approvisionnement ou au simple transport de passagers. Chaque pas est un risque.

Heureusement pour moi, les saïyens ne sont pas nombreux, mais ils vont bien finir par me tomber dessus. A mesure que je me rapproche de ce qui promet d'être le fond du hangar et la porte vers l'aire d'envol, ils sont d'ailleurs de plus en plus présents.

J'aperçois alors cette immense machine. C'est comme un clic dans ma tête. Je la connais, je l'appelle la citerne. En fait, c'est un générateur géant qui permet de recharger les réacteurs des vaisseaux. Et évidemment, juste à côté, mon Graal. L'aéronef terrien. Il vient sûrement de refaire le plein.

J'ai le souffle coupé et je dois réprimer un gémissement d'excitation. Je me plaque tout juste à l'ombre d'un autre engin pour échapper au regard d'un saïyen qui semble monter la garde.

J'observe silencieusement la montagne de ferraille que je dois atteindre. J'ai une boule dans la gorge. Mes yeux déchiffrent amoureusement les quelques inscriptions terriennes sur la carlingue. Ce modèle a été conçu par mon père. Il s'appelle Bunny. Le nom est discrètement rappelé sur une plaque usée par les turbulences des voyages spatiaux. Bunny. J'ai presque envie de pleurer et l'espace d'un instant, j'oublie ma peur.

Un bruit me tire de mon attendrissement. Je sursaute. Un saïyen approche silencieusement. Sa démarche et furtive mais j'ai perçu son mouvement du coin de l'œil. Il inspecte minutieusement l'ombre de chaque vaisseau et il ne va pas tarder à arriver au mien.

Je tourne la tête vers Bunny. L'autre grande brute est toujours en faction devant l'engin et m'empêche de me glisser jusqu'à mon but. Je suis coincée. Si je bouge, la sentinelle me repèrera, si je ne bouge pas, le saïyen fouineur me trouvera.

Je sens la révolte et la frustration monter en moi en même temps que l'affolement. Je ne veux pas me faire prendre maintenant. Je ne peux pas. Pas après avoir revu Bunny. Le vaisseau est là, à trois mètres, les portes du paradis me paraissent grande ouvertes devant moi et je ne peux plus faire un pas.

J'entends le saïyen qui se rapproche. Blottie dans l'ombre j'arrive même à détailler son visage. Il arbore une cicatrice impressionnante sur le front et vérifie les alentours du vaisseau juste à côté du mien. Mon estomac se glace.

Je n'ai plus qu'une option, il va falloir courir, et prier pour que le planton qui garde Bunny soit tellement surpris par mon apparition qu'il me laisse une longueur d'avance. J'hésite. Je sais que si je fais ça, tous mes poursuivants vont se concentrer autour de Bunny et leur présence m'interdira certainement de m'en approcher à nouveau. Cette perspective me déprime tellement que je tarde à me décider.

Subitement, une sonnerie lugubre retentit à un volume exagéré. Pour ajouter à son écho sinistre, la lumière du plafond passe du blanc cru au rouge infernal. Je plaque aussitôt mes mains sur mes oreilles. Qu'est-ce qui se passe ?

Mes yeux paniqués cherchent les saïyens du regard. Celui qui s'avance vers moi s'immobilise et lève des yeux contrariés vers l'éclairage rouge. Il hausse les épaules avec un grognement et semble abandonner la traque pour s'éloigner d'un pas résigné.

Je tourne aussitôt la tête pour vérifier ce que fait la sentinelle de Bunny. Il fait exactement la même chose. Il part d'une allure tranquille, les bras croisés avec nonchalance. Je comprends que l'alarme et l'éclairage sont une sorte de signal d'évacuation.

J'oublie les saïyen et je contemple à nouveau Bunny, baignée maintenant d'une lueur rouge fantasmagorique. Je réalise que le départ est proche. La porte vers l'aire d'envol ne va pas tarder à s'ouvrir et tout être vivant qui resterait sans protection ici serait aussitôt happé dans le vide sidéral.

Pourtant, les terriens n'ont pas l'air d'avoir embarqué encore. Ils ne vont sûrement pas tarder, je dois me dépêcher.

Je vérifie qu'il n'y a plus de saïyen à l'horizon et j'escalade la passerelle avec empressement jusqu'à la porte. Elle est verrouillée bien sûr. J'observe le bloc du code. Il y a un code universel sur tous les engins de la Capsule… Enfin, en tout cas, il y en avait un il y a trois ans. Peu de gens le connaissent mais j'en fais partie. Faisais partie.

Ma mémoire flanche de nouveau. Je n'ai plus utilisé ce code depuis si longtemps. J'essaye de me concentrer devant le bloc de touches, le crâne toujours vrillé par cette foutue alarme qui hurle sans fin. Mes doigts sont en suspens au-dessus du cadran, mais je ne me souviens plus.

J'essaye autre chose. Je ferme les yeux. Parfois, les doigts savent mieux que le cerveau. Le geste de taper le code devient si instinctif qu'il se fait sans y penser, comme un pas de danse. Si on essaye de trop y réfléchir, on trébuche et on perd le rythme alors que les pieds savent parfaitement ce qu'ils ont à faire.

Je ne pense à rien et je laisse mes doigts pianoter comme ils le sentent. Un léger bip retentit, à peine audible à cause de la sirène incessante de l'alarme. J'ouvre les yeux et observe avec incrédulité la porte qui se déverrouille pour me permettre l'accès à l'intérieur du vaisseau.

Je m'y engouffre sans réfléchir et referme immédiatement derrière moi. Le son insupportable de l'alarme du garage est subitement atténué, c'est un soulagement instantané. Il n'y a pas un bruit dans le cockpit désert. Hello Bunny, me voilà.

J'ai le cœur battant. J'ai déjà l'impression d'être rentrée chez moi, même si, dans le fond, cet aéronef n'a absolument rien de particulier qui le distingue de ceux dans lesquels j'ai voyagé avec les saïyens.

Il faut que je me cache. Cette évidence me rappelle subitement à la réalité. Les terriens n'ont pas encore embarqué mais c'est très certainement imminent, et il est plus que probable qu'ils ne soient pas seuls. Il doit y avoir des saïyens avec eux. D'ailleurs, il est même possible qu'il n'y ait que des saïyens. Des saïyens de la Terre, que les autres saïyens s'obstinent à appeler des terriens, mais des saïyens avant tout. Et même si ce sont des terriens, qu'est-ce qui me garantit qu'ils ne me livreront pas ? Rien du tout.

Je connais Bunny. C'est mon père qui l'a conçu. Je sais immédiatement où je peux me planquer sans prendre trop de risques pendant le vol.

Je me dirige sans hésiter vers l'arrière, là où sont les cellules avec couchettes. Je choisis la plus grande d'entre elle. Il y a un double plafond dans ces chambres, on l'a mis en place pour permettre un éclairage individuel.

J'escalade la banquette et je mets un coup de poing bien placé pour déloger une partie du coffrage. Je me hisse sur la partie encore en place et me blottis entre le vrai plafond et le faux plafond. J'arrive à refermer tout juste au moment où j'entends la porte du vaisseau s'ouvrir.

Un moment j'ai un doute sur la solidité du faux plafond. Est-ce qu'il va soutenir mon poids ?

Ça a l'air. Je ne peux plus que prier maintenant. Les voix de l'équipage qui s'installe me parviennent étouffées. Je suis mal installée, gênée par les fils électriques qui alimentent les spots vissés dans le faux plafond, recroquevillée dans une position impossible, dans l'obscurité complète. Je me demande si je vais tenir tout le voyage. Je m'aperçois que je ne sais même pas pour combien de temps on en a et je n'ai rien à manger. Je verrai plus tard, tout mieux que de rester ici.

J'entends quelqu'un ouvrir la porte coulissante de la cellule et un pas à l'intérieur. Des bruits de froissement, puis le visiteur ressort et referme la porte derrière lui. Silence. Juste le murmure des discussions des occupants du vaisseau.

Le décollage est une plaie. Il y a un bruit assourdissant qui vibre toutes les cloisons autour de moi, mes poumons sont impitoyablement oppressés. Je ferme les yeux et reste immobile en attendant que ça passe. J'ai à nouveau un doute sur la solidité du faux plafond. S'il s'écroulait et moi avec ?

Les manœuvres me semblent interminables avant que Bunny ne finisse par s'apaiser et semble enfin prendre sa vitesse de croisière. Le fracas étourdissant du décollage a laissé place à un bourdonnement entêtant et je me détends un peu.

Je commence à prendre conscience que je ne vais sûrement pas pouvoir rester indéfiniment planquée ici. Et si le voyage durait plusieurs jours ? Comment manger ? Je suis déjà ankylosée après à peine une heure dans cette position, comment espérer tenir ?

Mes méditations sont interrompues par le bruit de la porte coulissante à nouveau. L'occupant de la cellule est de retour. Je m'efforce de rester le plus tranquille possible, et je retiens mon souffle, attentive à chaque son.

Subitement, quelques coups sont frappés contre la paroi du plafond.

- Allez, sors de là, lâche une voix d'homme.

Je comprends sans doute possible que c'est à moi qu'on s'adresse. Je suis incontestablement découverte. Le ton est ferme mais pas agressif et je me prends à espérer que je trouverai peut-être des alliés ici. De toute façon, je n'aurais pas pu rester coincée comme ça bien longtemps.

J'exerce une pression sur la partie du coffrage que j'avais retirée pour me cacher et je me laisse glisser dans le vide, les jambes en avant.

Des mains saisissent ma taille pour me permettre de descendre et de regagner le sol.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demande à nouveau l'homme à qui je tourne le dos.

Maintenant que je suis sortie de mon refuge, j'entends la voix plus clairement et j'ai aussitôt un coup au cœur. Je me retourne d'un seul mouvement.

- Gokû…

J'ai murmuré, bredouillé son nom, mes lèvres ont à peine retrouvé comment on articulait ce mot. Il est là, la bouche entrouverte, les yeux hagards avec toujours la même tête. Exactement la même que le dernière fois que je l'ai vu. Lui n'arrive même pas à bégayer la première syllabe de mon nom.

Je me jette à son cou sans réfléchir.

- Gokû, Gokû… Comment… J'ai cru…

Ma voix se casse dans un sanglot incontrôlable. Visiblement assommé par la surprise, il tarde à me rendre mon étreinte, mais finit par poser timidement ses mains dans mon dos.

- Bulma, bredouille-t-il après un moment.

Il répète mon nom, comme pour se convaincre de la réalité de nos retrouvailles et me serre un peu plus contre lui. Je ne peux plus m'arrêter de pleurer.

Ce sont des larmes de joie bien sûr, mais de soulagemenussi. Cette manière complètement inattendue de le retrouver, c'est comme une promesse que le cauchemar est fini et que tout va bien se passer. Tout va bien se passer parce que je ne suis plus toute seule. Bien sûr, tout va bien se passer maintenant, c'est sûr. J'aime cet homme que j'enlace avidement, je ne crains plus rien, je suis libre, pour toujours. Tout est fini, je respire de nouveau… Je…

- Chhhuuutt.

Je le regarde avec perplexité. Il a mis son doit sur ses lèvres.

- Ne fais pas de bruit, personne ne doit savoir que tu es ici, chuchote-t-il.

Je serre les lèvres et fronce légèrement les sourcils. Evidemment, tout n'est pas fini. Evidemment, tout peut encore basculer et je peux me retrouver à la case départ ou pire. Evidemment, je ne suis pas encore en sécurité, et d'ailleurs, le serai-je jamais ? Sauf, peut-être, si j'acceptais les exigences de son Altesse et de sa cage dorée ? Même Gokû ne peut me protéger de Végéta, j'aurais dû retenir la leçon.

Il me fait assoir sur la couchette. J'obéis et essuie mes yeux en reniflant le plus silencieusement possible tandis qu'il remet le faux plafond en place. Je l'observe et il croise mon regard. Il me sourit d'un air rassurant. Ses traits sont si amicaux, son expression si enjouée, ça fait longtemps que personne ne m'a plus regardée comme ça.

- Attends-moi là, une minute, reprend-t-il.

Il sort en prenant soin de refermer la porte sur lui. Je soupire et me cale contre le mur, les genoux ramenés contre ma poitrine. Je ne sais combien de temps je reste seule avant qu'il ne reparaisse. Je perds le fil, bercée par le bourdonnement des moteurs. Quand il revient, j'ai instinctivement un sursaut de frayeur.

Il verrouille la porte de la cellule derrière lui et s'assoit à côté de moi. Il me contemple une minute et je lui rends son regard. Tout comme moi, il peine à croire ce qu'il voit.

- Tu étais là, tout ce temps-là ? finit-il par murmurer avec incrédulité.

Sa réflexion me stupéfait, j'ai bien envie de lui dire la même chose, mais il ne m'en laisse pas le temps.

- Je t'ai cherchée partout. Ça fait trois ans que j'essaye de te trouver sans éveiller les soupçons de Végéta.

- Végéta ?

Je me raidis à l'évocation du prince. Gokû sourit tristement.

- S'il avait appris que je te cherchais, il t'aurait mise hors de ma portée… ou pire… C'est lui qui a décidé de te réduire en esclavage, tu te souviens ? Il n'aurait pas aimé que j'essaye de défaire ce qu'il avait fait. Alors j'ai essayé de te trouver sans qu'il le sache.

- Mais… J'ai toujours fait partie de sa Maison…

Gokû hausse les sourcils. Son expression est navrée et douloureuse.

- Je n'ai jamais pensé à ça... Quand il t'a emmenée, il m'a juré qu'il t'enverrait servir dans les colonies les plus perdues de l'univers, là où c'est le plus dur, explique-t-il.

- Quoi ?... Pourquoi ?

Ma voix est tremblante, je ne comprends pas pourquoi Végéta aime tant faire du mal comme ça.

- Tu sais… Il est…

Gokû s'interrompt et détourne le regard.

- Je crois qu'il a toujours voulu que je quitte la Terre, que je combatte à ses côtés, que j'aille écumer les galaxies à son service… Je crois que ça le rendait furieux que je reste avec vous là-bas. Je…

Il lève les yeux vers moi de nouveau. Je le fixe avec effarement. Je comprends inconsciemment ce qu'il est en train de me dire et mes lèvres le formulent dans un souffle.

- Il m'a prise… pour… te faire du mal… C'est ça ? Comme… Une punition ?

Il hoche faiblement la tête avec une tristesse infinie.

- Je n'ai pas compris ce que voulait Végéta, c'est censé être un honneur de combattre à ses côtés et il y a beaucoup d'aspirants. Moi, je n'ai jamais été candidat, tout ce que je voulais c'était rester sur Terre et quand il est venu en visite, il attendait que je lui demande d'entrer dans ses troupes d'élite.

Gokû pince les lèvres avec embarras. Son expression est misérable.

- J'ai rien compris Bulma, je ne comprends toujours rien, je ne suis pas un guerrier de très haut rang, tu sais, c'est pour ça qu'on me fout la paix. Je n'aurais jamais imaginé que Végéta voulait que je combatte à ses côtés et il aurait préféré mourir que de s'abaisser à me le demander ou à me l'ordonner... Excuse-moi.

Il m'enlace brusquement et sa voix meure à mon oreille. Je reste figée par la stupéfaction. Tout ça pour ça ? Ce connard a brisé trois ans de ma vie par fierté ? Par frustration de voir une de ses lubies hors d'atteinte ?

Gokû me libère et m'observe avec insistance. Il attend que je lui pardonne. Il n'est pas coupable, je sais qu'il n'est pas responsable des agissements de son prince psychopathe. Pourtant, je n'arrive pas à le rassurer. Je reste glaciale et silencieuse, abasourdie par la douleur de ce que je viens de comprendre.

- Comment tu as fini par comprendre tout ça, Gokû ? A quel moment tu as compris que ma vie ne tenait qu'à toi de satisfaire ton Prince ?

Ma voix est froide. Je ne la reconnais pas. Je ne me reconnais pas à cet instant. Je me fais l'impression d'être d'une dureté inouïe avec lui mais j'ai un besoin avide de réponse tout d'un coup.

Gokû soupire.

- Il y a un mois environ. Quand votre vaisseau est tombé en panne, il a fini par me le dire, répond-t-il.

Il se frotte l'arrière du crâne et lève les yeux vers le plafond, comme pris dans une intense réflexion. Puis il me fixe.

- Il m'a dit qu'il t'avait retrouvée, que si j'acceptais de le suivre au front, il te libèrerait.

- Retrouvée ? Mais j'étais là, avec lui. J'ai toujours été avec lui ! Quelle ordure !

- Ce n'est pas ce qu'il m'a dit, il m'a dit que tu étais sur Végitasei et qu'il te ferait ramener si je partais avec lui.

Je suis prise d'une colère indescriptible. Je le hais de nouveau. C'est ça ? Tout me revient d'un coup. Je le revois retirer le foulard, ce jour où j'ai nettoyé les restes de sa femme de chambre, je revois ses yeux surpris quand il a vu mes cheveux. Je me souviens de toi, tu es la servante de Kakarott. Quelle salaud...

Quand il s'est souvenu de moi, il s'est souvenu qu'il détenait un bon moyen de tenter une nouvelle fois de récupérer Gokû. C'est pour ça qu'il m'a protégée, j'étais sa précieuse monnaie d'échange. C'est pour ça aussi qu'il a voulu me garder enfermée dans sa chambre après l'agression de Nappa, il a réalisé que s'il me laissait trop libre, je pourrais me balader dans le vaisseau en plein jour et croiser Gokû. Encore une fois et toujours, je n'étais qu'un pion entre ses mains, je n'ai jamais été que ça…

Une rage subite me déchire les tripes et brouille ma vision. Sans savoir ce que je fais je frappe Gokû de mon poing serré. Je l'atteins à l'épaule et il n'essaye même pas d'esquiver mon geste. Je répète mes coups de mes poings dérisoires et il se laisse faire sans réagir.

- Vous êtes des monstres ! Tous des monstres ! Et votre Prince est le pire d'entre vous !

J'ai la gorge serrée par les sanglots. Il finit par emprisonner précautionneusement mes poignets pour me calmer.

- Bulma, je suis si désolé… Je ne voulais pas ça. Si j'avais su… j'aurais tout fait, tout.

Sa voix implorante et désolée me brise le cœur parce qu'elle me fait prendre conscience que ma réaction à son encontre est injuste. On a tous été floués par Végéta. Lui comme moi. Le vrai monstre c'était Végéta. Je me demande s'il avait prévu aussi de coucher avec moi ou si c'était un bonus dans son plan et cette simple question me fait fondre en larmes.

Gokû m'attire doucement contre lui et je pleure comme une petite fille contre sa poitrine. Je ne peux plus m'arrêter. Il y a tout à la fois tout d'un coup. Trois ans de frustration, de solitude, de doute, de peur, de colère et de haine.

ooo0oooo0ooo

Je commence à me rendre compte que dans cet univers alternatif, les situations de Végéta et Bulma sont en fait inversées jusqu'ici si on se réfère à l'histoire originale. C'est elle qui est introduite dans son monde à lui, "invitée" par lui, et c'est elle qui le quitte parce qu'elle ne trouve pas sa place dans son univers et qu'elle a d'autres aspirations dans l'existence. J'ai conçu le scénario comme ça de manière tout à fait inconsciente.