Hey, super-merci pour les reviews et l'enthousiasme pour cette histoire. J'aime vos interrogations, elles m'aident à peaufiner mon scénar'^^
Avertissement pour la suite: on est toujours dans un UA, donc, même si je conserve les personnages et la trame grossière de l'histoire, il y aura des accrocs dans la chronologie générale et les cartes seront parfois un peu mélangées. Rien de blasphématoire pour Toriyama mais ne soyez pas surpris (ou plutôt, laissez vous surprendre, c'est mieux).
Chapitre 12
Une Bulma Briefs morose me fixe dans le miroir. Mes traits trahissent ma fatigue et l'une de mes pommettes porte encore la trace de ma rencontre avec Nappa. Sa couleur grisâtre ajoute à mon air sinistre et mes yeux sont comme éteints.
C'est la première fois depuis trois ans que j'enfile autre chose que mes nippes d'esclave. Je flotte un peu dans ce jean, mon corps a perdu de la consistance. J'ai lâché mes cheveux aussi, et leur masse retombe sans grâce sur mes épaules. J'ai l'impression qu'ils sont morts d'avoir été si longtemps enroulés dans des foulards serrés et dans des chignons tirés. Ils sont à mon image, un peu déglingués. Mais je sais qu'ils s'en remettront.
Ça fait un moment que j'observe mon reflet sans y croire. C'est moi, c'est bien moi malgré tout et je suis sur Terre.
Les révélations de Gokû, ont gelé tout mon être. Depuis qu'il m'a raconté son histoire, j'ai cessé de ressentir et de réfléchir, comme si tous les engrenages à l'intérieur de moi s'étaient simultanément bloqués. Le voyage a duré presque une semaine, pendant laquelle, j'ai à peine parlé. De toute façon, j'ai même perdu l'habitude de parler.
Gokû s'est occupé de tout heureusement. Il a saboté la radio pour éviter que le vaisseau princier ne puisse pas communiquer avec les terriens, il m'a cachée, il m'a nourrie et hier, après notre atterrissage, il s'est débrouillé pour me ramener discrètement chez lui. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans lui, je me suis sentie si abattue après nos retrouvailles, c'était comme si j'avais renoncé à me battre et à avancer.
Mais me voilà, et progressivement, je sens que mon esprit se ranime et se reconnecte à la réalité qui m'entoure. Je suis dans la chambre de Chichi et Gokû à me contempler dans la glace de l'armoire, et à me souvenir que tout cela est bien réel.
Je devrais me réjouir d'avoir survécu et d'être enfin de retour mais le sentiment d'avoir été broyée dans une histoire qui ne me concernait pas m'écorche encore terriblement. Je ne sais pas l'expliquer, ça fait pourtant déjà trois ans qu'on ne me traite plus comme une personne et je croyais que je m'y étais habituée, que ça ne me touchait plus, mais comprendre que Végéta ne s'est servi de moi que pour atteindre Gokû m'a anéantie.
Tout ce temps, je m'étais convaincue qu'il m'avait choisie parce qu'il m'avait remarquée, parce qu'il n'avait pas supporté mes airs bravaches, parce que d'une manière ou d'une autre, j'avais suffisamment attiré son attention pour agacer son tempérament autoritaire. Même pas. La seule chose qu'il avait remarquée c'était l'amitié que Gokû me portait.
Dans le fond, ça ne change pas grand-chose au résultat, mais pour moi, ça change tout. Ça me blesse encore plus profondément de mesurer à quel point je n'ai jamais rien représenté dans son esprit.
Debout, face au reflet de ce que je suis maintenant, je serre les dents. Je ne dois pas laisser Végéta m'atteindre encore comme ça. Je dois garder la tête haute parce que finalement, je lui ai damé le pion et me revoilà, libre et chez moi. Je dois m'extirper de cette catatonie qui engourdit mes sens et mes pensées depuis une semaine, même si c'est difficile, même si mon cœur reste lourd comme une pierre. Je me sermonne intérieurement, sans grande conviction.
Je frotte mes yeux cernés et je soupire. J'entends un faible bruit derrière moi et je me retourne. Chichi est là, sur le seuil de la porte de la chambre, debout et silencieuse. Je lis encore dans ses yeux la stupéfaction à peine voilée de me voir là, en chair et en os. Elle m'adresse un sourire timide. Elle n'a pas changé. Lui rendre son sourire me demande un effort incroyable.
Mon regard tombe sur le petit être caché dans ses jupes. Leur fils. J'ai encore du mal à réaliser que Gokû a eu un fils. Il a un peu plus de deux ans et je calcule que Chichi est tombée enceinte quand j'ai quitté la Terre.
Je n'aime pas trop les enfants. Je suis mal à l'aise avec eux, peut-être parce que j'ai été fille unique et que je n'ai jamais fréquenté de gamins dans ma vie, même quand j'étais petite moi-même. Je ne sais jamais comment me comporter avec eux, ils m'embarrassent et m'ennuient.
Pourtant, je ne peux pas m'empêcher de trouver ce petit garçon magnifique. Il ressemble à sa mère mais ses yeux sont définitivement ceux de Gokû. Il est tout à la fois impatient et craintif et m'observe comme une chose incroyable, le regard plein de questions. En le contemplant, je sens que mon cœur se remet à battre tout doucement.
Gokû m'a dit son nom mais je ne m'en souviens plus.
- Comment il s'appelle ?
Chichi baisse les yeux sur son fils et passe sa main dans ses cheveux pour l'encourager à sortir de ses jambes et à se montrer. Il résiste un peu mais finit par accepter de faire un pas.
- Gohan. Il a un peu plus de deux ans, répond Chichi avec une tendresse évidente.
Je m'accroupis instinctivement pour me mettre à sa hauteur et paraître moins impressionnante. Je n'arrive pas à sourire franchement mais je prends ma voix la plus douce possible en lui tendant la main.
- Bonjour Gohan, je suis Bulma.
Il s'approche avec une légère hésitation et finit par me serrer la main. Il prend un peu d'assurance et bredouille un bonjour sosottant. On se dévisage un instant avec la même curiosité, puis je me relève.
Chichi me fixe avec tristesse dans le dos de son fils.
- Je t'ai préparé à manger, annonce-t-elle, tu as faim ?
Je hoche la tête et je la suis dans la cuisine. L'odeur de ses plats me fait aussitôt saliver. Je m'assois sans hésitation et je commence à enfourner la nourriture dans ma bouche d'un geste mécanique et continu. J'ai perdu toutes mes manières et je dévore comme si mon repas était chronométré, comme si on allait me retirer mon assiette. Comme d'habitude, la cuisine de Chichi est excellente, mais je ne prends même pas le temps de savourer, une bouchée en remplace avidement une autre.
Au bout d'un moment, mon estomac proteste et me rappelle qu'il n'est pas habitué à une telle quantité de nourriture. Je suis obligée de ralentir et de faire une pause. Je m'aperçois alors que Gohan et Chichi m'observent avec des mines perplexes. Je prends conscience du spectacle grossier que je viens de donner et je m'essuie la bouche avec embarras. Je me force à poser mes couverts, même si l'assiette n'est pas vide.
Chichi s'est assise à une place vide de la table avec moi, tandis que Gohan se tient debout à côté d'elle, agrippé à sa chaise comme pour se rassurer.
Les prunelles noires de Chichi m'examinent minutieusement. Son regard est un mélange de curiosité assombrie de préoccupation et je pressens les questions qu'elle a très envie de poser et auxquelles je n'ai aucune envie de répondre. Elle s'éclaircit la voix pour rompre le silence gêné qui est tombé sur la pièce.
- Gokû ne va pas tarder à rentrer, explique-t-elle à mi-voix, il… a des choses à régler… Tu sais…
Elle ne finit par sa phrase et fronce légèrement les sourcils. Elle semble chercher ses mots et ça éveille une inquiétude imperceptible en moi. Elle écarte nerveusement une mèche de cheveux qui s'est échappée de sa coiffure et tombe sur sa joue. Puis elle soupire doucement avant de reprendre.
- Végéta… Ne va pas s'arrêter là.
Je baisse les yeux silencieusement à l'évocation de ce nom. Mon estomac se serre subitement douloureusement et je me lève précipitamment pour courir vomir mon repas dans les toilettes. Mon corps me fait durement payer ma voracité et je sens tous les muscles de mon ventre se contracter impitoyablement pour expulser la nourriture trop riche que je viens d'engloutir en un temps record.
C'est un réflexe naturel que j'aurai dû anticiper après des années d'une alimentation sous-dosée, mais, quand je me relève, certainement pâle comme un linge, Chichi est devant la porte des toilettes avec une expression navrée et je comprends qu'elle croit que c'est la mention du Prince des saïyens qui m'a rendue malade. Et peut-être qu'elle n'a pas tout à fait tort. Elle se tord les mains anxieusement et me fixe avec une telle tristesse que je me sens obligée de la rassurer.
- Végéta croit que je suis morte dans le hangar de son vaisseau quand la porte vers l'aire d'envol s'est ouverte. Il n'a aucune raison de penser que je suis là.
- Il en est pourtant fermement convaincu, annonce une voix derrière Chichi.
Gokû apparaît subitement dans mon champ de vision. Gohan a une exclamation de joie et se jette vers son père qui lui adresse un sourire affectueux.
- Gohan, va donc jouer dehors tant qu'il fait beau. Ta mère t'appellera pour dîner, propose-t-il avec douceur à son fils.
- Bulma est malade, explique le garçon en tournant ses grands yeux noirs et inquiets vers moi.
Je le fixe d'un œil vide et mets un temps à comprendre qu'il fait référence au fait que je viens de vomir mon repas. Les enfants… Je devrais lui sourire, le rassurer, le détromper, mais rien ne vient et c'est Chichi qui s'en charge en le guidant vers la porte de la maison tout en lui assurant que tout va bien.
Je lève les yeux vers Gokû. Il m'observe lui aussi avec une inquiétude évidente, en pinçant légèrement les lèvres.
- Il est furieux, murmure-t-il.
Il n'a pas besoin de préciser de qui il parle. Végéta. Mon esprit me renvoie subitement la dernière image que j'ai de lui, reposant tranquillement au milieu des draps. C'est douloureux comme un coup de poignard.
- J'ai essayé de le convaincre, soupire Gokû, je lui ai dit que tu n'étais pas ici mais évidemment, il ne me croit pas. Comme j'ai coupé la liaison radio avec son vaisseau pour éviter qu'il nous fasse faire demi-tour, il se doute de quelque chose. Je lui ai dit que c'était une avarie de la transmission, mais il n'en démord pas.
Bien sûr. Il n'est pas con. Comment j'ai pu croire qu'il goberait notre histoire ? Comment j'ai pu croire que je me débarrasserai de lui si facilement ? Je ressens le besoin de m'appuyer contre le mur derrière moi tout d'un coup.
- Il… Il a pris une navette et il est parti à notre suite… Il sera là bientôt, reprend Gokû à mi-voix.
J'ai les yeux rivés au sol et je détaille le plancher en bois avec une fascination extrême. Un frisson parcourt mon échine et je l'ignore royalement. Je ne devrais pas être surprise. Je lutte pour refouler l'angoisse qui monte en moi. Ce cauchemar ne s'arrêtera jamais.
- Il faut te cacher, Bulma, conclut Gokû d'une voix apaisante.
Je frémis et plante brusquement mes yeux dans les siens. Me cacher ? Il me dit ça comme si ça pouvait suffire, comme si tout allait bien se passer. Je sais qu'il pense bien faire, je sais qu'il cherche désespérément une solution pour m'épargner, pour nous épargner tous, mais je sais aussi que ça ne marche pas comme ça avec Végéta.
Pauvre Gokû. Il se sent si mal. Je sais qu'il se sent mal. Mais je suis incapable de réconfort, je n'arrive même pas à lui dire que je lui pardonne. Est-ce que je lui pardonne ? Est-ce que j'ai besoin de lui pardonner ? Il a l'air à la fois si fort et si vulnérable à cet instant.
- Tu pourrais te réfugier chez mon père, souffle Chichi.
Elle est revenue et me dévisage avec affolement, debout à côté de son mari. Je me demande ce qu'elle sait. Est-ce qu'elle sait que je ne suis pas la seule que Végéta veut prendre ? Est-ce qu'elle sait que Gokû était prêt à le suivre dans son avancée guerrière au travers des galaxies, en échange de ma libération ? Est-ce qu'elle se doute qu'elle et son fils n'avaient absolument aucune place dans cette vie-là ? Je n'en ai pas l'impression.
Ils me regardent tous les deux comme si j'étais une pauvre chose meurtrie et traumatisée. L'insistance de Chichi à contempler ma joue blessée ne m'a pas échappé, pas plus que l'expression compatissante et navrée de Gokû depuis qu'il m'a retrouvée. Je repense à mon reflet dans la glace et je m'aperçois que c'est en réalité le seul sentiment que j'inspire : de la pitié. Je ne peux pas leur en vouloir.
Mais quelque chose en moi s'est réveillé. Je ne suis pas une pauvre chose meurtrie et traumatisée, je refuse de le devenir. J'ai traversé trois ans d'enfer qui n'ont pas réussi à m'anéantir, je refuse de laisser la terreur régir encore ma vie parce que si c'était pour en arriver là, j'aurais aussi bien fait de rester sagement sous la coupe des saïyens.
Cette idée commence à entrer en ébullition dans mon crâne et dissout progressivement ma léthargie, tandis que Chichi commence à s'agiter en expliquant comment je pourrais me rendre chez le roi Ox sans éveiller l'attention des saïyens.
- Laisse-moi voir Végéta.
J'ai parlé d'une voix calme et monocorde mais cela a suffi pour que Chichi s'interrompe brusquement. Gokû et elle me fixent avec stupéfaction.
- C'est de la folie, marmonne Gokû.
- Croire que tu arriveras à calmer sa fureur à toi tout seul, c'est de la folie aussi, Gokû.
Je le défie du regard. Il sait que nous avons raison tous les deux. Végéta est imprévisible et rien n'est jamais garanti quand la colère le prend, rien n'est jamais rationnel, toute tentative de logique est pulvérisée. Espérer apaiser sa colère devient une folie en soi.
Gokû est réticent à la perspective de me mettre à nouveau en danger et je sais qu'il se sent encore terriblement coupable de ce qui m'est arrivé, son instinct de protection est à son maximum à cette minute. Je ne trouve qu'un moyen pour le faire plier, la menace.
- Il m'a dit qu'il me poursuivrait, il m'a dit que si je m'enfuyais, il raserait cette planète pierre par pierre.
En entendant mes paroles, Chichi porte la main à sa bouche pour réprimer un gémissement de frayeur. Gokû se raidit et ses traits se crispent.
- Il t'a dit ça ? souffle-t-il avec gravité.
- Gokû, tu ne peux pas laisser faire ça ! s'exclame Chichi tout d'un coup.
Elle est totalement paniquée. Ses yeux sont vainement rivés à son mari qui les évitent et semble réfléchir anxieusement.
Je sens qu'il va céder à mon exigence. Pourtant, malgré mon calme apparent, ma proposition de l'accompagner et de rencontrer Végéta me terrifie moi-même. J'ai conscience que l'idée parait tout à fait insensée. S'il me trouve, il est probable qu'il ne me laissera plus partir, mais quelque chose en moi me convainc que les choses peuvent se passer autrement. Une intuition stupide qui ne repose sur rien mais qui flambe dans mon esprit. Ou peut-être que j'ai juste envie de le revoir pour tenter de comprendre son entêtement vis-à-vis de moi ? Quoiqu'il en soit, je ne veux plus subir les événements de ma pathétique petite vie, si tragiques soient-ils.
- Bulma, tu es folle. S'il te met la main dessus, il te reprendra, tu oublies qui il est, objecte Gokû d'une voix mal assurée.
- Crois-moi, Gokû, je sais qui il est, je l'ai servi pendant trois ans. S'il s'agit de le convaincre d'épargner la planète, on ne sera pas trop de deux.
Je me sens mal à l'aise sous leurs regards interrogateurs. Ils se demandent pourquoi je fais ça. Je ne peux pas leur dire ce qui s'est passé sur le vaisseau. D'ailleurs, moi-même je ne suis pas bien sûre de savoir ce qui s'est vraiment passé entre Végéta et moi, mais il me paraît subitement évident que nos ébats n'ont jamais fait partie de son plan. Alors… S'il y a la moindre chance que j'aie pu influencer son comportement, peut-être y arriverai-je encore ?
Un bip strident interrompt le silence. Nous sursautons tous imperceptiblement, comme si Végéta venait d'apparaître. Gokû sort son téléphone et décroche avec empressement pour faire taire la sonnerie stressante. Chichi et moi ne le lâchons pas des yeux tandis qu'il écoute attentivement la voix à l'autre bout de la ligne. Finalement il se contente de raccrocher après avoir marmonné un « J'arrive » en saïyajin.
Il lève les yeux vers nos visages anxieux.
- Il vient d'arriver… Mais je crois qu'il y a un autre problème.
- Un autre problème ?
Chichi et moi avons murmuré en même temps avec effarement.
- Végitasei. Je ne sais pas encore ce qui se passe exactement, je dois aller au quartier générale pour en apprendre plus, répond Gokû en se dirigeant vers la porte.
Je l'imite aussitôt pour lui rappeler ma volonté de l'accompagner. Il soupire mais ne proteste pas quand je le suis.
- Gokû ! rappelle Chichi.
Il se tourne vers elle. Elle a les traits décomposés.
- Fais attention, souffle-t-elle.
Gokû sourit faiblement à sa femme.
- Ne t'inquiète pas, répond-t-il doucement.
Le quartier général est à peine à quelques kilomètres de la maison de Gokû et Chichi et nous l'atteignons en quelques minutes. Les lieux n'ont pas changé. C'est une espèce de bunker géant et austère, à l'image des saïyens. Les soldats y grouillent. Tous ceux que nous croisons saluent Gokû avec respect avant de me jeter un œil étonné. A chaque fois, leurs regards me glacent irrésistiblement, mon esprit conditionné continue à les considérer comme des menaces. Je ne peux m'empêcher de me fondre un peu plus dans l'ombre de Gokû.
Nous avançons dans les couloirs sinistres jusqu'à son bureau. Tandis que nous nous rapprochons de notre destination, je me sens de plus en plus nerveuse, et de plus en plus consciente du danger. Je me mets à trembler de manière incontrôlable.
Les derniers temps, pourtant, Végéta a représenté la sécurité pour moi. Lui seul a su m'apaiser après l'agression de Nappa, alors que le choc me faisait presque perdre la tête. Il me semble que c'était des années en arrière. Alors que je marche sur les talons de Gokû, le seul Végéta dont j'arrive à me souvenir est celui que j'ai vu à l'œuvre ces trois dernières années, un monstre sanguinaire et froid que rien ne pouvait attendrir. Je me rappelle alors que c'est l'aspect dominant de sa personnalité et, même si je reste convaincue que la fuite n'était plus une solution, je commence à douter du bon sens de ma décision de le rencontrer. J'ai presque envie de prendre la main de Gokû, comme une gamine en quête de réconfort. Je ne le fais pas bien sûr.
J'essaye de me rassurer en repensant à la nuit de mon évasion, à la façon dont Végéta a tenté de faire barrage à mes lèvres de ses doigts, à la façon dont je l'ai désarmé alors, à la façon dont j'ai réussi à le convaincre de me faire un peu confiance. Je sais que j'ai fissuré quelque chose en lui. Ou peut-être que j'essaye simplement de m'en convaincre ? J'en sais plus rien dans le fond. Tout ce que je sais, c'est que le risque est démesuré. Si je ne suis rien de plus pour lui qu'un pion avec bénéfice, il peut aussi bien me renvoyer éplucher des patates vertes au fin fond d'une colonie saïyenne puante. Ou me tuer.
Quand nous entrons, Végéta est là. Il est assis dans le fauteuil de Gokû, les pieds sur la table et un verre à la main déjà. La surprise nous fige tous instantanément.
Les prunelles noires du Prince se rivent à nous et je décrypte aussitôt la fureur à l'état pure dans leur éclat. Il me paraît évident qu'il ne s'attendait pas à me voir et je comprends aussitôt que ma présence accroit sa rage instantanément. C'est un affront qu'on lui fait de ne même pas prendre la peine d'essayer de me cacher. Il y a un instant de flottement où nous nous toisons avec stupéfaction.
Le silence est rompu par l'explosion de son verre entre la jointure de ses doigts crispés. Sans qu'un mot ait pu être prononcé, il expulse rageusement le bureau d'un coup de pied. Le meuble est éjecté sur la longueur de la pièce et dissémine impitoyablement tous les papiers et appareils qui y reposaient, avant de se fracasser bruyamment contre le mur opposé.
Je sursaute imperceptiblement et, inconsciemment, je fais un pas derrière Gokû.
- Karott, siffle Végéta.
- Végéta, il faut…
Gokû n'a pas le temps de finir sa phrase, Végéta bondit sur lui et le plaque si violemment au mur que la paroi s'écroule autour de lui. Je réprime un cri de frayeur et m'écarte autant que possible. Je reste tétanisée tandis que Végéta se met à le frapper avec hargne. Gokû ne peut rien faire, empêtré dans les débris de plâtre. Végéta enchaine les coups avec une violence inouïe, sans lui laisser la moindre chance de se protéger ou de parler.
- Tu m'as menti ! Tu as menti à ton Prince ! rugit-il avec une indignation et une fureur frémissante.
Il continue à frapper, sans que Gokû ne lui réponde. Mon ami parvient à peine à tenter de lever un bras en défense et le déferlement de violence continue. C'est une pluie sans fin de coups de poings que Végéta assène avec une rage aveugle.
Je réalise en un instant qu'il va le tuer. Il va le tuer sous mes yeux impuissants. Cette évidence me tire de ma stupéfaction, mais je ne sais pas vraiment quoi faire.
- Végéta ! Arrête ! Végéta !
Je hurle son nom en boucle sans résultat. Alors, submergée par la panique, je m'approche de lui. Ses genoux immobilisent les épaules de Gokû, qui est maintenant étendu sur le dos, et ses poings continuent à marteler infatigablement son visage qui ne semble plus être qu'une bouillie de sang. Sans réfléchir, j'agrippe l'épaule de Végéta en continuant à l'appeler, avec le vague espoir de le sortir de sa transe enragée.
Je suis rudement repoussée par ses mouvements enchaînés et je manque de perdre l'équilibre.
Il s'arrête brusquement de frapper. Il est essoufflé et Gokû reste immobile sous le poids de son corps, certainement inconscient maintenant. Je regarde avec détresse la face de mon ami, dévastée par l'agression impitoyable qu'il vient d'essuyer et j'ose à peine me demander s'il respire encore.
Végéta se relève et se tourne vers moi. Son souffle est encore saccadé.
- Tu vois le résultat de tes petites magouilles ? crache-t-il avec mépris.
Je me mords les lèvres, incapable de détourner mon regard du corps de Gokû. Le spectacle ne m'inspire qu'une réponse possible.
- T'es un monstre.
La réaction est immédiate. Il m'attrape brusquement par la nuque pour me forcer à le regarder.
- Je suis le Prince de tous les saïyens, siffle-t-il, et je t'avais dit de rester tranquille…
Il pointe un doigt tremblant vers Gokû qui est toujours inerte sur le sol.
- Tu vois ce qui arrive quand on me désobéit ? Tu le savais pourtant, je t'avais même mise en garde. Mais non… Têtue et stupide comme toujours, il a fallu que tu me défies ! Et Kakarott a été assez stupide pour te suivre…
Son ton accusateur me fait un effet terrible et je ne peux m'empêcher de me sentir incroyablement coupable, alors que je peine à croire que Gokû soit mort. Pourtant il doit l'être. Je connais la force de Végéta, je l'ai vu plus d'une fois s'en prendre à d'autres saïyens, même des officiers au potentiel de combat impensable.
Il y a du sang partout, Végéta a frappé avec une telle rage qu'il est mort, c'est évident. Ce gâchis incompréhensible et incessant éveille en moi un sentiment oppressant de désespoir mêlé de révolte.
- Pourquoi ?
Végéta hausse légèrement les sourcils devant le ton péremptoire de ma question. Je le regarde droit dans les yeux. Qu'est-ce que j'ai à perdre finalement ? Pas grand-chose. J'insiste implacablement.
- Pourquoi tout ça ? Pourquoi avoir menti à Gokû en lui faisant croire que j'étais sur Végitasei alors que j'étais avec toi ? Pourquoi tu ne me laisses pas partir alors qu'il était prêt à te suivre, à te donner tout ce que tu exigeais ? Pourquoi, alors qu'il te suffit de demander pour avoir ? Qu'est-ce que ça changeait pour toi, un esclave de plus ou de moins ?
Son visage se ferme et il fronce les sourcils, offensé par mes questions acerbes. Je ne désarme pas après tout, s'il veut me tuer, qu'il me tue maintenant, qu'est-ce que je vais dire à Chichi ? Au petit ? C'est à mon tour de pointer un doigt accusateur vers lui.
- Tu as à ce point besoin de pouvoir ? Tu n'en as donc jamais assez ? Tu crois que quelqu'un dans tout l'univers ose encore douter du monstre puissant que tu es ?
- La ferme ! rugit-il en serrant sa poigne sur ma nuque.
Je réprime un sifflement de douleur, mais je n'en ai pas fini. Il me semble que la mort de Gokû a libéré toute la colère et la frustration que j'ai contenues toutes ces années.
- Et alors ? Gokû se sentait coupable de ce que tu m'avais fait, c'est pour ça qu'il m'a aidée à m'enfuir mais il a toujours été loyal…
Je suis obligée de me taire sous le coup de la pression qu'il exerce maintenant dangereusement sur mon cou.
- Rien ne te fait jamais taire, hein ? grogne-t-il d'une voix haletante.
Je tourne les yeux vers lui et je le défie du regard. J'ai compris qu'il ne me laisserait jamais libre. J'ai perdu tout espoir d'être libre et de le tuer à cet instant. Autant prendre ce qui me reste si je dois mourir et lui cracher ses vérités à la figure.
Ses yeux sont noirs de rage mais il me semble qu'il y a autre chose subitement. Comme cette fois, où il m'a semblé voir au travers de ses pupilles tout ce qu'il s'efforce de cacher. J'ai brusquement l'impression que mes paroles le blessent au-delà de son amour propre.
Tout d'un coup, un marmonnement nous interrompt. Nous reportons simultanément notre attention sur Gokû et ce que nous voyons nous fige instantanément. Il s'est assis et se relève en essuyant avec nonchalance le sang qui lui coule dans les yeux. Végéta me lâche sous le coup de la surprise. Je suis moi-même trop abasourdie pour me réjouir. J'ai assisté aux attaques enragées de Végéta, je sais à quel point il est redoutable et pourtant…
Végéta envoie un coup de poing exaspéré dans sa direction mais il le bloque le tranquillement d'un geste sûr et recule à peine sous l'élan.
Végéta abaisse enfin son poing avec résignation, il contemple son officier avec incrédulité. Sa colère est retombée face à ce phénomène incompréhensible qui pique sa curiosité et son besoin de comprendre.
Alors Gokû s'agenouille devant lui avec un respect totalement inattendu et baisse la tête.
- Altesse, clame-t-il, je souhaite vous demander l'honneur de combattre à vos côtés. Accordez moi une place parmi vos officiers personnels et vous ne le regretterez pas, soyez en sûr.
La phrase est si solennelle et si obséquieuse après l'acidité de mes échanges avec Végéta, après la violence dont son Prince a fait preuve à son égard, que je me demande un instant si le cerveau de Gokû n'a pas été endommagé par l'agression qu'il vient de subir. Végéta lui-même écarquille les yeux, Gokû ne lui a visiblement jamais parlé de manière si formelle.
Gokû reste agenouillé sans bouger, sans même lever la tête vers son souverain. Végéta finit par reprendre sa contenance et croise les bras lentement. J'observe sa réaction avec appréhension. Il me lance un coup d'œil rapide puis pose à nouveau les yeux sur son sujet.
- La place de Nappa vient de se libérer, marmonne Végéta, je vais y réfléchir.
- Nappa ? s'étonne Gokû, qui ne peut s'empêcher de relever la tête.
Végéta me regarde à nouveau.
- Nappa n'est même plus capable de se souvenir à quoi servent les chiottes à l'heure qu'il est, tu prendras sa place.
Les traits de Gokû s'affaissent imperceptiblement; il n'a jamais pu retenir sa compassion pour tout être vivant et évidemment il est attristé par ce qui est arrivé à Nappa. En ce qui me concerne, c'est un intense soulagement mais je ne fais aucun commentaire. Végéta est un monstre, mais je dois admettre que, de temps à autre, ça m'arrange.
Quelques coups nerveux sont frappés à la porte et un saïyen entre sans attendre, avec une mine crispée. Il a un moment de pause en remarquant les blessures de Gokû qui s'est relevé, et l'état misérable de la pièce dévastée. Mais il enchaine aussitôt, il a l'air très pressé.
- Altesse, Gouverneur, le Roi Végéta est en ligne et il veut vous parler, annonce-t-il sur le ton de l'urgence.
Végéta et Gokû échangent un regard grave et emboitent immédiatement le pas nerveux du messager qui repart déjà. Je les observe avec curiosité tandis qu'ils sortent. Après un moment, je m'apprête à les suivre mais deux soldats surgissent sur mon chemin.
- Suis-nous, grogne l'un d'eux.
Je fronce les sourcils avec incrédulité. Ils ne peuvent pas s'adresser à moi, j'accompagne Gokû et Végéta. Je ne réponds pas et j'essaye simplement de me faufiler entre eux mais ils passent chacun un bras sous l'un des miens et la panique m'assaille. Je proteste.
- Laissez-moi ! Gokû ! Gokû !
Je hurle mais Gokû n'est déjà plus en vue dans le couloir. Je résiste de tout mon poids aux deux soldats qui commencent à râler contre ma rébellion.
- Calme-toi un peu ou on t'assomme, siffle l'un des deux.
- Où m'emmenez-vous ? Je suis une amie du gouverneur ! Vous…
- On agit sur ordre du Prince, coupe le soldat avec ennui.
Ces mots me gèlent l'estomac. Le Prince ? Végéta n'a donc pas renoncé ? Et Gokû espérait l'avoir calmé en entrant dans sa garde personnelle. Je dois le prévenir, Végéta nous a grugés. Mais pour l'instant, Gokû n'est plus en vue. Je sais qu'un message personnel du Roi n'attend pas, et Gokû doit être déjà dans la salle de transmission, il ne se doute de rien.
Je crie à me couper le souffle et l'un des saïyens finit par me bâillonner en plaquant rudement sa main sur ma bouche. Son camarade et lui me soulèvent avec une facilité frustrante et m'emmènent jusqu'à une pièce où ils m'abandonnent après avoir verrouillé la porte derrière eux.
Ils m'ont jeté sans ménagement sur le sol. Je me relève aussitôt et je mets un coup de poing furieux dans la porte, non pas dans un espoir quelconque de la faire céder mais surtout pour marquer ma colère. Mais personne ne s'inquiète de mon humeur, c'est évident. Très vite, je n'entends déjà plus leurs pas.
Je finis par me retourner avec un soupir pour faire connaissance avec ma nouvelle prison. Je suis assez étonnée de constater que ce n'est pas une cellule. Ce serait plutôt un salon. La pièce n'est pas très grande mais il y a de la moquette épaisse, des banquettes moelleuses, une petite table basse. Un genre d'alcôve pour discussions diplomatiques.
Il y a même une fenêtre qui donne sur la montagne au loin. Je m'assois avec lassitude sur l'une des banquettes et enfouit mon visage dans mes mains.
Végéta n'a pas renoncé. Il va prendre Gokû, mais il n'a pas renoncé. Son entêtement me laisse perplexe. Je savais bien sûr que c'était un risque, qu'il pouvait décider de nous garder tous les deux. Gokû et moi. Qu'est-ce qui l'en empêche après tout? Il est le Prince de tous les connards. J'avais juste espéré…J'ai toujours espéré qu'il était autre chose que ce qu'il donnait à voir, j'en reste convaincue même maintenant. Tout à l'heure, quand nous avons cru Gokû mort, j'ai lu quelque chose dans les yeux de Végéta, quelque chose qui n'était pas la satisfaction d'être le plus puissant pour une fois. J'ai même eu l'impression qu'il essayait de m'expliquer qu'il n'avait pas voulu agresser Gokû, que c'était mon comportement qui l'y avait contraint d'une certaine manière. Cette façon qu'il a de retourner les choses… Comme s'il n'était pas tout à fait libre de ses actes.
Il est libre de ses actes. Plus ou moins. Tout n'est peut-être pas perdu pour le convaincre de me laisser partir. Il y a une infime particule de générosité en lui et je dois trouver le moyen de la faire parler.
Le mettre au défi n'est pas une bonne tactique. A tête reposée, ça paraît évident mais mon tempérament sanguin n'a pas toujours su le comprendre. Ce qu'il faut… C'est un peu de psychologie, la manière douce, quoi. Celle-là, je suis assurée qu'il ne la connaît pas, mais elle ne marchera que si j'arrive à fissurer sa carapace. Je l'ai déjà fait, me laissera-t-il le refaire après la trahison de ma fuite ?
Tandis que je pèse la faible probabilité que j'ai de convaincre Végéta de me libérer, j'assiste à la tombée de la nuit qui estompe, puis finalement occulte la montagne qui se dresse au loin derrière la vitre.
Tout est silencieux. On n'est même pas venu m'apporter à manger et j'ai l'impression que ça fait des heures que je suis ici. J'ai cessé de me poser des questions sans réponse sur ses motivations et je me résigne à ce que sera sa volonté.
Etrangement, je n'ai plus peur. Bien sûr, je redoute de retourner à l'état d'esclave, mais Végéta lui-même ne me fait plus peur.
J'observe rêveusement les lueurs de la petite ville autour du Quartier Général des saïyens. Je n'ai même pas pensé à allumer la lumière, attendant patiemment sans même savoir quoi.
Le bruit de la porte me tire de mes méditations oiseuses et quand je me retourne, je trouve Végéta devant moi, sans grande surprise. Il actionne distraitement l'interrupteur et me fixe un instant. Il est pensif et hésitant, mais surtout, il est calme.
Je m'aperçois qu'il n'y a plus de tensions entre nous. Nous sommes tous les deux trop fatigués par cette querelle incessante, et il n'y a personne ici pour juger de ses actes ou de ses paroles. Plus que jamais, il est lui-même à nouveau, et c'est une chance pour moi.
- J'avais dit que je raserai cette planète, marmonne-t-il.
Je lève les yeux vers lui. Il a parlé avec une touche de lassitude. Je le sens préoccupé par quelque chose.
- Ne fais pas ça. Ce n'est pas nécessaire.
- Non ?
Il a penché la tête avec un sourire narquois pour me signifier que ce n'est pas moi qui décide. Je lui rends son sourire et je m'assois plus correctement pour lui faire face. J'approche ma main de la sienne pour la prendre mais il esquive mon geste. Je ne me décourage pas et réfléchis à nouveau à la meilleure façon d'aborder le seul sujet qui m'importe.
- Je ferai ce que tu voudras. De mon plein gré.
Il hausse les sourcils avec incrédulité en entendant mes paroles. Je poursuis sans ciller.
- Maintenant… Si tu veux vraiment savoir… Je ne sais pas trop à quoi je pourrais te servir dans tes croisades intergalactiques… On sait tous les deux que je suis une femme de chambre déplorable et…
Il s'assoit, tandis que je cherche mes mots pour continuer mon explication. Je ne suis pas vraiment sûre que mon approche soit la bonne mais je m'aperçois que mon petit discours a l'air de l'intéresser. Je m'éclaircis la gorge avant de reprendre avec hésitation.
- Je… ne crois pas que… l'étiquette saïyenne… permette…
Je bute sur chaque mot, consciente de l'énormité de l'idée que j'essaye de formuler. Il approche son visage de moi, pour mieux entendre mes balbutiements. Il a toujours son sourire moqueur qui flotte sur ses lèvres et me trouble. Je me mets à bredouiller un peu plus, consciente de rougir de manière incontrôlable.
- Enfin, je ne crois pas que… Un Prince saïyen puisse…avoir une terrienne pour …
Les mots s'arrêtent. Qu'est-ce que je voulais dire ? De quoi je parle ? De devenir sa maîtresse ? Sa Concubine ? Les termes m'horrifient, je ne sais même pas lesquels choisir. Et puis, je redoute qu'il me rit au nez parce que je ne suis pas du tout sûre qu'il envisage toujours notre relation de manière si intime. Même si mon intuition me souffle le contraire, il est très possible qu'il soit lassé de moi déjà, que je n'ai été qu'une passade. Si humiliante soit-elle, c'est une possibilité. Mes idées s'embrouillent et le silence s'éternise sous son regard patient et amusé. Je n'ai plus le courage de continuer la démonstration de mon inutilité.
Finalement, ses lèvres s'approchent des miennes et il m'embrasse doucement. Je ne réagis même pas. Je garde les yeux ouverts et fixes. Il éloigne ses lèvres des miennes.
- Non. Un Prince saïyen ne peut pas, souffle-t-il d'une voix rauque.
Son regard s'est assombri brusquement et je lis une inquiétude rampante dans le noir de ses yeux. Il passe lentement son pouce sur ma joue blessée.
- Les saïyens et les terriens ne s'entendent pas vraiment, murmure-t-il, comme si quelqu'un pouvait nous entendre.
Il y a de la résignation dans sa voix, de la tristesse aussi peut-être. Comme pour la conjurer, il m'embrasse à nouveau et, cette fois-ci, il approfondit son baiser en cherchant ma langue avec la sienne. Je réponds naturellement en enroulant mes bras autour de son cou pour l'attirer un peu plus proche de moi.
Il rompt le baiser et passe son nez dans mon cou et dans mes cheveux en respirant bruyamment. Je le laisse faire et brusquement il me serre contre lui avec force.
- Tu vas rester ici. Je reviendrai, je veux que tu m'attendes, dit-il.
Il me parle comme s'il me donnait des ordres mais je ne retiens que la première partie de sa phrase. Je comprends qu'il va me libérer, il renonce à me contraindre à le suivre et à faire de moi un chien de compagnie ou une bonniche crasseuse. Je devrais me réjouir mais une ombre flotte sur ma victoire.
Je hoche simplement la tête et me laisse enivrer par son odeur et son contact ferme et rassurant. Je ne comprends pas comment j'ai si subitement besoin de cet homme qui m'a tellement terrorisée et que j'ai tellement haï quelques heures auparavant. Je ne comprends pas et je renonce à comprendre; subitement, je m'aperçois que l'idée d'être séparée de lui me plonge dans la même détresse que celle que j'ai ressentie à l'idée de redevenir son esclave. Il est définitivement le raz de marée de toutes mes convictions et de toute ma logique.
J'abandonne donc toute rationalité pour profiter de l'instant en le laissant m'allonger sur le sofa et glisser ses mains sous mon T-shirt. Tout est pour le mieux, j'imagine.
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