Ciao. 100 reviews ! Merci de tant de générosité.
Et tout spécialement sur les dernières reviews:
Chocolat : waouh, je sais pas quoi dire. Que ça continue comme ça, alors :)
AmbroseGraves, Yuirii et Silriadis: merci de votre haute fidélité. Je vous ai eues avec Raditz? héhé.
Et pour toutes les autres reviews, c'est super gentil de se donner la peine.
Oualà.
Petit avertissement sur ce chapitre, c'est... Je sais pas comment dire. Un peu "stressant". Pas très conventionnel. (j'ai jamais vu ce genre de scène dans d'autres fics et j'ai débattu avec moi-même avant de l'écrire, mais je vois pas pourquoi j'aurais dû pudiquement sauter cet épisode important, et j'ai fait soft-soft.)
Chapitre 15
Il y a une sorte de moiteur dans l'air, une chaleur étouffante qui rend ma respiration difficile. Je peine à m'extirper de la voiture, et je suis obligée de m'agripper aux montants de la portière pour me mettre debout. Mon ventre envahissant transforme les gestes les plus simples en défis de chaque instant. M'extraire de ma place de conducteur est un véritable exercice de musculation et je suis en sueur déjà quand j'arrive enfin à sortir.
Je soupire en levant le regard vers le ciel. Des nuages menaçants se sont amassés et promettent un orage terrible, pour cette nuit certainement.
Machinalement je consulte mon bracelet électronique. Il a l'air calme pour l'instant, mais je redoute que les turbulences météorologiques ne perturbent temporairement son fonctionnement. Je l'ai conçu pour détecter les saïyens ou, plus précisément, les énergies vitales qui dépassent un certain niveau.
Ce petit appareil est devenu l'un de mes faibles remparts contre Raditz, je le vérifie au moins une centaine de fois par jour, mais je l'ai bricolé à la hâte et il a ses défauts. Je me suis aperçue, entre autre, qu'il était réactif au magnétisme des orages. L'air est si électrique que je redoute qu'il ne se détraque.
Sans compter qu'il est aussi réactif à mon bébé. J'ai été obligée de le recalibrer plusieurs fois à mesure que la grossesse avançait. Au début, le déclenchement inexplicable de ses alarmes m'a provoqué quelques belles crises de panique avant que je ne comprenne que c'était le bébé qui les provoquait. Plusieurs fois, j'ai cru que Raditz m'avait retrouvée, et puis finalement, j'ai réalisé que tout venait de l'aura de ce fœtus qui est déjà largement plus puissante que la mienne ou de n'importe quel terrien. Et je sais qu'elle augmente encore.
Ça m'angoisse terriblement. Je me demande de quoi je vais accoucher, et surtout, je ne peux m'empêcher de me demander si je vais y survivre. En fait, ça fait presque six mois que tout m'angoisse terriblement. Me savoir traquée par un taré sanguinaire comme Raditz, porter cet enfant en essayant d'oublier que l'issue de cette grossesse risque sérieusement de m'être fatale, m'inquiéter de qui a pu advenir de Krilin et Yamcha… J'essaye d'éviter de penser à tout ça, ça va finir par me rendre dingue; je me contente d'avancer au jour le jour pour l'instant, c'est déjà assez fatiguant.
Personne ne sait où je suis, c'est mieux comme ça, c'est plus prudent, je ne veux plus risquer la vie des autres et, il faut être honnête, personne sur cette planète n'est en mesure de me protéger de Raditz de toute façon. Et finalement, je ne m'en sors pas trop mal, il ne m'a toujours pas mis la main dessus.
Je caresse distraitement mon ventre. Il est démesurément volumineux, maintenant. J'ai grossi très vite après avoir vu le médecin, comme si j'avais mentalement enfin autorisé cette grossesse, mais j'étais toujours sur les dents, en cavale, et je n'ai même pas eu vraiment le temps de me rendre compte de cette transformation éléphantesque.
La vérité, c'est que je n'avais pas l'intention de garder ce bébé. J'avais trop peur. J'ai toujours peur, d'ailleurs. J'ai peur de crever comme toutes les autres, toutes ces saïyennes, certainement choisies pour leur constitution robuste, et sans aucun doute bien plus résistantes que moi, qui ont péri en essayant de mettre les enfants de Végéta au monde.
Pourtant, je n'ai jamais eu le courage de tenter d'avorter. D'abord, ce n'est pas facile de planifier tout ça en même temps qu'on essaye d'échapper à un saïyen décidé. Et puis… Etrangement, je n'ai jamais réussi à accepter l'idée de détruire cette possibilité de vie. Après tout, il n'a rien demandé, ça me donnait toujours l'impression de lui présenter la facture de mes erreurs.
J'ai été trop lâche. Et voilà. Maintenant, je suis énorme et nous sommes tous les deux en danger. A cause de Raditz qui risque de finir par déceler son énergie. Et à cause de l'accouchement qui risque de nous tuer tous les deux. Dans le fond, j'essaye désespérément d'échapper à Raditz mais je courre droit devant, à ma perte.
Je sors péniblement mon sac de course de la voiture et je le porte à bout de bras jusqu'à la porte de la maison. Ma démarche est devenue chancelante et hasardeuse, je suis hors d'haleine après seulement quelques mètres. Tandis que je dépose le sac pour sortir mes clés, je sens un mouvement rageur à l'intérieur de mon corps et je plaque aussitôt ma main sur mon ventre arrondi pour tenter un rappel à l'ordre de mon locataire. Il est bien comme son père, il des sautes d'humeur de temps à autres et s'exprime volontiers en me ravageant de coups.
Il se calme et je peux enfin ouvrir la porte.
Je me suis installée dans une vieille maison en pierre, construite au milieu d'une lande perdue. Le plus proche voisin est à deux kilomètres. J'ai déménagé deux fois déjà depuis que Raditz m'a trouvée. A chaque fois, j'ai toujours pris soin de m'installer à la campagne. S'il me tombe dessus, j'aime autant qu'il fasse le moins de victimes possible. La destruction en règle de la ville où je m'étais réfugiée m'a laissée des cauchemars et un sentiment de culpabilité sournois, et j'ai décidé que si je devais mal finir, personne n'avait besoin d'en pâtir.
Je repense trop souvent à Krilin et Yamcha. Autant que je sache, ils sont certainement morts, et il est hors de question qu'aucun de mes amis, ou n'importe qui d'autre, les suive dans la tombe.
Plusieurs fois, j'ai été tentée d'appeler Chichi. J'aurais aimé qu'elle prévienne Gokû pour qu'il avertisse Végéta, mais ça aurait supposé de lui raconter toute la vérité, et ça l'aurait aussi sûrement mise en danger. Et il y a Gohan. J'ai fini par renoncer à la contacter.
De toute façon, je ne suis pas sûre de ce que pourrait être la réaction de Végéta. Si ça se trouve, il s'en fout. Même si je ne crois pas qu'il ait ordonné mon exécution, je ne suis pas entièrement convaincue qu'il se soucie de ce qui se passe ici. Est-ce qu'il pense seulement encore à moi ? Moi, de mon côté, je n'ai plus d'autres choix que de penser à lui tous les jours. La nature est mal faite.
J'avale un verre d'eau fraîche qui me soulage instantanément. Je frotte machinalement mon ventre énorme sous le tissu de ma robe légère. Il est incroyablement rond, c'est presque un rond parfait. A part ça, je dois avouer que je n'ai pas trop à me plaindre, le haricot et moi cohabitons plutôt bien quand il ne tape pas ses crises de nerfs.
Je ne sais pas si c'est un garçon ou une fille. J'ai soigneusement évité de renouveler l'expérience de l'échographie, je n'ai aucune envie qu'on me reparle de sa colonne vertébrale. Je vais juste voir le médecin du village de temps à autres. C'est une vieille bonne femme imperturbable qui me rappelle Végéta parfois. Elle m'a proposé d'aller voir un obstétricien à la ville et j'ai refusé. Après ça, elle n'a plus posé de questions et elle se contente de me faire des prises de sang et de prendre ma tension. Elle dit que tout va bien. Elle m'a donné son numéro de téléphone pour l'accouchement tout en reconnaissant avec un rire sec qu'elle n'a plus fait ça depuis des années. C'est gai.
J'hésite encore à aller accoucher dans une clinique. Ce serait plus prudent, c'est sûr, surtout avec les précédents concernant les enfants de Végéta. Mais j'ai peur de Raditz. Je ne sais pas s'il a compris que je portais un enfant. Sûrement pas, il n'a sûrement même pas prêté attention au fait qu'il m'a retrouvée dans un dispensaire de femmes. Est-ce qu'il sait seulement ce que c'est, et ce que ça signifie ? Très improbable.
Quoiqu'il en soit, si je vais accoucher dans une ville, j'ai peur qu'il me retrouve. Il ravage la planète depuis plusieurs mois, il est de notoriété publique maintenant qu'il cherche une femme aux cheveux bleus. Il sème une véritable terreur en exigeant qu'on la lui livre. La population est nerveuse et, de mon côté, par précaution, j'ai repris l'habitude d'enrouler mes cheveux dans un foulard.
Maintenant que l'accouchement est pour bientôt et je me suis résolue à me contenter de la vieille femme médecin. Si elle a fait le rapprochement entre moi et la femme que le saïyen recherche, elle ne l'a jamais mentionné, et j'ai confiance en elle.
Je retire le foulard de ma tête, il me tient trop chaud. Je m'étire. Ce ventre encombrant me crève, je suis toujours fatiguée. Et quand je ne suis pas fatiguée, j'ai faim.
Je plonge mes mains dans le sac de course et j'en ressors un minuscule pyjama blanc. Je le déplie soigneusement pour l'observer en détail. C'est la première et unique chose que j'ai acheté pour le haricot. Je ne suis même pas sûre qu'il survivra pour le mettre et ça me serre le cœur, mais je l'ai acheté quand même, pour conjurer le sort en quelque sorte.
Ce n'est pas vraiment comme ça que j'imaginais l'arrivée de mon premier enfant. Si on m'avait demandé, j'aurais plutôt commandé une grossesse de Princesse, choyée par ma famille, et surtout par le père de mon enfant, un homme forcément amoureux et attentionné, attentif à la moindre de mes exigences. J'aurai imaginé une chambre d'enfant décorée de mille détails sucrés à l'envi. Je suis loin du compte. Mais à y réfléchir, végéta n'a rien non plus du Prince charmant dont j'ai rêvé dans mon enfance.
A la place d'une maternité épanouie, je ne connais que la cavale et la solitude. Et l'angoisse de ne peut-être pas survivre pour voir la suite de l'histoire. Mais ça ne sert plus à rien de pleurer maintenant.
Je replie le petit vêtement avec précaution et je le range dans un tiroir.
Subitement, le bracelet se met à sonner. Mon souffle se fait aussitôt court. Je contemple un temps le voyant rouge et clignotant. D'une main tremblante, j'actionne le mécanisme pour augmenter le seuil de détection et la sonnerie s'éteint. J'attends un instant que l'alarme se remette en route mais elle reste muette.
Je sors sur le pas de la porte et je scrute longuement la lande plate autour de la maison. Tout est désert et on entend que le grésillement des grillons. Le ciel blanc et immobile ne donne aucun signe d'orage. Ni de saïyen en approche. Je repose mes yeux sur le bracelet. Il reste éteint.
Je frotte doucement mon ventre. C'est le bébé.
J'ai subitement une envie irrésistible d'appeler ma mère. Je n'ai eu de contact avec personne de familier ces derniers mois et entendre sa voix me soulagerait mais il ne faut pas. Si les saïyens avaient mis le téléphone sur écoute ? Raditz tout seul n'y aurait pas pensé, mais les saïyens avaient quelques ingénieurs au QG. Peut-être qu'ils sont toujours là, peut-être qu'ils ont proposé cette option au Seigneur Raditz. C'est vraiment le pire moment pour qu'il me trouve, je ne suis même plus capable de courir.
Je réalise que si je dois mourir en accouchant, je n'aurais plus eu l'occasion de parler à Bunny. J'écarte cette idée toxique de mon esprit. Jusqu'ici la grossesse s'est passée merveilleusement et, sauf une envie constante de manger et de dormir, je dois reconnaître que j'imaginais tout ça un peu plus chiant. Alors, peut-être que l'accouchement sera plus simple que je ne me l'imagine, peut-être, tout simplement que si les enfants de Végéta n'ont pas survécu, ce n'est qu'une pure conjuration malheureuse du hasard, peut-être qu'avec mon enfant, ce sera différent ?
Je retourne ranger mes courses et je prends mon repas en écoutant les nouvelles à la radio. Tout est calme, Raditz ne s'est pas manifesté cette semaine. J'éteins d'un geste las et je m'écroule dans le lit qui trône dans un coin de la pièce. La chaleur m'oppresse terriblement et je m'endors sans même me déshabiller.
Il y a un visage penché au-dessus de moi dans l'ombre. J'en distingue les contours sans parvenir à le voir vraiment. Mais je reconnais les cheveux. « Végéta ? » J'ai murmuré, comme si je risquais de réveiller quelqu'un. Il sourit et je ne peux m'empêcher de lui rendre son sourire. « Tu es revenu ? ». Je lève ma main avec émotion et passe mes doigts dans ses cheveux. Il attrape mon poignet sans un mot pour retenir mon geste, et se penche un peu plus.
Je peux enfin voir son visage et j'ai un mouvement de recul choqué. C'est Raditz. J'essaye de crier mais aucun son ne sort de ma bouche. Il pose sa main libre sur mon cou. Mes lèvres murmurent des « non » enchainés mais il reste imperturbable, son sourire cruel toujours accroché aux lèvres. Ses doigts se resserrent lentement sur ma gorge. Je tente d'agripper son bras pour l'éloigner de moi mais il ne paraît même pas remarquer mes gestes désespérés.
Mes cordes vocales se remettent subitement en marche et je hurle.
- Laisse-moi ! Va-t-en ! Végéta !
C'est irréel, je ne sais même pas pourquoi je l'appelle alors qu'il n'est pas là, je ne sais plus ce que j'espère. Raditz se met à rire doucement sans cesser de serrer. Des larmes s'amassent au coin de mes yeux écarquillés tandis que je commence à manquer d'air. Soudain, un fracas assourdissant se fait entendre et il me lâche en un instant. Je me redresse aussitôt pour m'assoir dans mon lit, à bout de souffle.
La pièce unique de la maison est plongée dans la pénombre de la nuit, et un bruit sourd me fait tourner les yeux. L'une des fenêtres s'est ouverte violemment sous la pression du vent et son battant tape contre le mur. A l'extérieur, l'orage a fini par éclater rageusement, nourri de toute l'électricité de la canicule de ces derniers jours. La pluie s'acharne contre le toit et résonne dans toute la chambre tandis je perçois l'odeur de la campagne humide.
Il n'y a personne. C'était un cauchemar. J'observe un instant la fenêtre ouverte. La pluie battante éclabousse l'intérieur de la pièce. Une nouvelle rafale rabat le montant de la fenêtre contre le mur dans un choc sourd qui me fait sursauter. Je masse machinalement mon ventre tendu et dur en essayant de calmer le rythme accéléré de mon cœur.
Je m'aperçois seulement à cet instant que le lit est mouillé sous moi. J'écarte les draps pour réaliser avec horreur que je me suis pissée dessus. Dégueu… Je plisse aussitôt le nez avec dégoût. Je maitrise de moins en moins mon corps à mesure que mon locataire l'envahit. Chiotte.
Je n'ai pas vraiment le temps de m'apitoyer sur mon sort; tout d'un coup, le bip perçant du bracelet se met à sonner de nouveau, couvrant la rumeur de l'orage et le crépitement de la pluie. Je me raidis avec angoisse et observe l'appareil avec incrédulité. Je le règle aussitôt pour augmenter le seuil de détection et il se tait enfin.
J'entreprends alors de me lever péniblement avec un soupir de lassitude. Avant même que j'aie pu me mettre debout, l'alarme reprend avec entêtement. Mes nerfs se tendent tous d'un coup, générant une onde de douleur terrible dans mon ventre et jusque dans ma colonne vertébrale. J'agrippe mon ventre instantanément en étouffant un grognement de surprise et de douleur.
J'endure silencieusement l'agression de mon corps en essayant d'ignorer le sifflement insupportable du bracelet. La souffrance s'atténue rapidement et disparait.
Je pose les yeux sur le bracelet qui n'a pas cessé de hurler et je manipule à nouveau le calibrage pour le réduire au silence. J'attends fébrilement, sans le lâcher des yeux, guettant nerveusement un nouveau déclenchement de la sonnerie. Ça ne loupe pas, l'alarme se remet en marche après seulement quelques secondes.
Mon sang se glace. Pour en avoir définitivement le cœur net, j'augmente le taux de détection au maximum. Ça correspond à une aura très puissante que le bébé n'atteindra pas avant l'âge adulte en principe. Alors que le silence retombe, une nouvelle vague de douleur transperce mon corps violemment.
Je tombe à genoux avec un faible gémissement. Qu'est-ce qui se passe ? ça dure un peu plus longtemps que la première fois, mais ça finit quand même par passer. Je reste agenouillée sur le sol, haletante. Je lève les yeux vers le lit défait et les draps mouillés et je comprends subitement. J'ai perdu les eaux.
J'essaye de me souvenir ce que le médecin m'a dit à ce sujet mais je n'arrive pas à me concentrer. Indifférent à ma perplexité, le détecteur se remet alors à biper avec insistance.
La panique monte en moi. Raditz ? L'orage ? D'un geste sec, j'arrache le bracelet pour le faire taire définitivement. Je réfléchis une minute. Mon esprit affolé ne me permet pas de raisonner très sereinement. Une voix s'élève en moi pour hurler que Raditz arrive. Son expression cynique qui m'est apparue en rêve est restée imprimée en moi comme un avertissement et, dans ma terreur, je sais que c'est Raditz que le bracelet a détecté. Il m'a trouvée, il vient me cueillir.
Je me relève maladroitement en me retenant comme je peux aux montants du lit. Mon ventre énorme me gêne dans chaque mouvement, je ne vois même pas mes pieds.
J'ai prévu une cachette. Mon deuxième faible rempart contre Raditz.
Il y a une ancienne cave à charbon sous la maison. On y accède par une trappe dans le sol qui est dissimulée sous les tapis. Je titube en essayant de repérer l'endroit où elle se trouve. Je ne peux pas me permettre d'allumer la lumière et il fait sombre. Les quelques éclairs furtifs de l'orage me permettent à peine de distinguer où je vais et je trébuche contre un tabouret que mon ventre ne m'a pas permis d'éviter. Chiotte.
Je rétablis mon équilibre mais une nouvelle douleur remonte mon échine implacablement et m'arrache un miaulement. Je plaque l'une de mes mains sur ma bouche. Je dois éviter à tout prix de faire du bruit parce que je ne sais pas si Raditz est loin. Même si le grondement de l'orage me couvre pour l'instant, il ne doit pas soupçonner ma présence. Je m'efforce de respirer le plus calmement possible, comme si alimenter mon sang en oxygène pouvait aider à dissiper la souffrance. Je ferme les yeux et j'attends stoïquement que ça passe.
Après ce qui me semble une éternité, je prends conscience que la douleur s'est volatilisée. Je m'avance à tâtons vers l'endroit où j'ai mémorisé l'emplacement de la trappe. Je m'agenouille péniblement en retenant mon ventre qui m'empêche même de me pencher en avant. Je soulève le tissu épais qui recouvre le sol et mes doigts fouillent le carrelage dans l'ombre jusqu'à buter sur le rebord en bois de la trappe.
J'écarte frénétiquement le tapis et je dégage enfin l'issue minuscule qui devrait, en théorie, me permettre d'accéder à ma cachette. J'agrippe l'anneau de la trappe et je tire de toutes mes forces pour soulever la plaque de bois qui bouche l'entrée la cave. Elle bouge à peine.
En revanche les muscles de mon ventre me font aussitôt comprendre qu'ils n'ont pas apprécié l'effort et je suis obligée de me courber brutalement sous l'effet fulgurant de la douleur qui se propage en moi.
Ça fait si mal que le désespoir me prend tout d'un coup.
Pourquoi maintenant ? Pourquoi le bébé veut-il venir maintenant ? Est-ce qu'il tient tant que ça à mourir ? Est-ce qu'il tient tant que ça à ce qu'on meurt tous les deux ?
De toute façon, même si j'arrive à me planquer, même si, par miracle, Raditz ne me trouve pas, je vais crever au fond de cette cave en essayant de le mettre au monde. C'est sûr. Je dois admettre que je commence à manquer sérieusement de ressources. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que je peux encore faire puisque le sort s'acharne sur moi ? Je pleure silencieusement tout en essayant de trouver la position la moins douloureuse possible. J'ai l'impression que rien ne marche, quoique je fasse, la douleur ne veut pas passer.
Je suis assise par terre et je m'adosse au pied du lit en me tenant la tête avec rage, les lèvres serrées par le stress et la souffrance.
Et puis, progressivement, miraculeusement, la souffrance s'apaise. Je respire lentement, sans oser bouger. La pluie hargneuse continue son concert sur le toit, mais tout semble calme. Le fenêtre est toujours ouverte et le courant d'air qui s'infiltre dans la maison me fait frissonner.
Peut-être que Raditz est dans le coin mais qu'il ne m'a pas repérée ? Peut-être qu'il est juste passé tout près ?
Je masse mon ventre dans une tentative désespérée de calmer mes muscles tendus. Mes yeux tombent sur la trappe. Elle est légèrement délogée de son cadre. Je serais plus rassurée de rester dans la cave. Peut-être que l'accouchement n'est pas si imminent que ça. Peut-être que je pourrai attendre quelques temps là-dedans et que Raditz finira par s'éloigner. Et après, j'appellerai le médecin.
Il faut que j'en profite tant que je n'ai pas de contractions. J'attrape mon portable sur le chevet et je reviens m'agenouiller près de la trappe. Au moment où j'empoigne l'anneau pour la faire basculer, la douleur me foudroie à nouveau. Je serre les dents et j'arrive à réprimer le gémissement qui monte dans ma gorge.
J'attends, les yeux fermés, écoutant le sang qui bat à mes tempes et résonne dans tout mon être. Ça me paraît interminable. Autour de moi, il n'y a que le bruit de la pluie qui tambourine sur le toit et l'orage qui gronde au loin.
Peu à peu, la douleur se dissipe. Je n'ai pas lâché l'anneau et dès que je prends conscience que je n'ai plus mal, je tire. La trappe en bois se soulève.
Subitement, le bruit sourd de coups brutaux contre la porte rompt le calme de la pénombre. Je lâche la trappe sous l'effet de la surprise et elle retombe lourdement. J'entends aussitôt la porte qui s'ouvre à la volée, derrière moi.
Je me retourne instantanément et je ne peux m'empêcher de pousser un cri de panique. Une silhouette massive apparaît dans l'embrasure et entre sans hésiter dans la maison. Je suis toujours assise sur le sol et je ne peux que me trainer désespérément à quatre pattes jusqu'au mur, dans une absurde et instinctive tentative de fuite.
Comme je suis acculée, je me décide enfin à faire face à mon sinistre visiteur. Il s'avance d'un pas lourd et tranquille jusqu'à moi. Le souffle me manque et je lève mes avant-bras pour parer le coup qui ne va pas manquer de tomber. Je ferme les yeux par anticipation et j'attends, mais il ne se passe rien.
Quand j'ouvre les yeux, il s'est simplement accroupi devant moi.
- Bulma ? C'est toi ?
Mon esprit met un temps à réaliser. Gokû se tient là avec sa tête d'ahuri. Il finit par attraper doucement l'un de mes poignets pour me forcer à baisser la garde de mes bras.
- Bulma ! ça fait deux jours que je te cherche !
- Go… kû… Qu'est-ce que tu fous là ?
Il penche la tête et fronce les sourcils avec préoccupation.
- Chichi m'a appelé… J'ai pas tout compris à son histoire mais elle était hystérique. Elle voulait que je rentre. Elle m'a dit que tu étais en danger.
Il laisse son regard naviguer sur le décor autour de lui, fouillant la pénombre des yeux avec précaution.
- Tu avais disparu, poursuit-il distraitement en continuant à examiner les lieux, tu es vraiment en danger ?
Au moment où je veux répondre, la souffrance surgit à nouveau. Elle irradie brutalement dans tout mon abdomen, enveloppant mes reins et remontant mon dos avec une violence inouïe. Mon corps se cambre sous l'effet de sa puissance et je gémis sourdement. J'agrippe la manche de Gokû et je serre le plus fort possible. Je sens sa main libre se poser sur mon épaule.
- Bulma ? Bulma, qu'est-ce qui t'arrive ? demande-t-il avec inquiétude.
Je n'arrive pas à lui répondre, toutes mes pensées sont focalisées sur la douleur. Je vais crever, c'est évident. Un sanglot de frustration m'échappe. Il faut attendre que ça passe mais c'est plus long que d'habitude. J'entends la voix naïve de Gokû au travers du brouillard de mon esprit.
- Mais… Tu es enceinte ?
Quel crétin. J'ai des envies de meurtres. Je vais le tuer, dès que j'ai un instant de répit, je jure de le faire. Ma rage s'apaise en même temps que la contraction et quand la souffrance retombe, la seule chose que je ressens en fait, c'est une profonde fatigue et un profond désespoir. En face de moi, Gokû oscille entre la compassion et l'affolement.
- T'es pas… en train de… d'accoucher, hein ?
Sans que je sache pourquoi, sa question me fait tout simplement fondre en larmes et j'enfouis ma tête dans mes mains. Gokû s'écarte de moi imperceptiblement avec embarras.
- Bulma ! Tu… Il te faut un docteur, non ?... Qu'est-ce qu'on fait ?
J'essuie mon nez du revers de mon poignet sans grande classe.
- Gokû… Je vais mourir…
- Quoi ? Pourquoi tu dis ça ? s'exclame-t-il avec panique.
Il se lève d'un seul mouvement.
- Lève-toi ! Tu peux te lever ? s'écrie-t-il.
Comme je ne réagis pas il attrape mon poignet et essaye de m'encourager à me mettre debout. Je suis le mouvement docilement et il a le réflexe de m'aider en prenant ma deuxième main. Avec ce ventre, je ne sais même plus situer mon centre de gravité. Mon dos proteste, mes genoux protestent et j'ai l'impression d'avoir une enclume fixée sur l'abdomen.
- T'es énorme, siffle-t-il nerveusement, avec un tact tout personnel.
Il a l'air satisfait de me voir debout. Il semble croire que c'est le signe que tout va bien mais la réalité nous rattrape aussitôt, sous la forme d'une contraction qui me transperce comme un coup de poignard dans le ventre. Cette fois-ci, je ne me retiens pas de crier. J'ai besoin d'exprimer cette putain de douleur insupportable. J'agrippe son T-shirt si rageusement que je suis sur le point de le déchirer.
Ma main libre enveloppe mon ventre pour tenter de calmer mes muscles agités. J'entends Gokû parler mais je ne suis pas capable de comprendre ce qu'il dit. En revanche, je perçois son ton affolé. J'entends le mot « docteur ».
Je ne réponds rien, je ne cherche même pas à savoir ce qu'il fait. Toutes mes pensées sont noyées dans cette souffrance intenable. Je sens ses bras autour de moi et il me soulève. Je ne proteste pas, je ne me débats même pas, je reste recroquevillée sur mon ventre rond qui semble régenter le moindre nerf de mon corps.
Tandis que la crise retombe, je m'aperçois qu'il se dirige vers la porte d'entrée. Je pleurniche comme une petite fille.
- Gokû.. Je… Me laisse pas… Je veux pas mourir…
- Tu vas pas mourir, proteste-t-il doucement, tu vas juste… mettre un bébé au monde. Chichi aussi a eu mal, mais tu vas voir, tout va bien se passer.
Je sens bien qu'il cherche avant tout à se convaincre lui-même. Il ne sait pas. Il ignore que ce n'est pas juste « un bébé », ce n'est pas juste n'importe quel bébé qui essaye de sortir de mon ventre. Je secoue la tête en signe de négation.
- Non, ça va pas bien se passer, Gokû… Pas avec ce bébé…Tu ne comprends pas…
Il se fige avec incertitude et s'immobilise. Ses yeux noirs me scrutent avec interrogation dans la pénombre. Il a compris que je m'apprête à lui révéler quelque chose, quelque chose de grave. Je soutiens son regard inquiet, et l'espace d'un instant, j'hésite encore. Mais il est mon ami. A cette minute, il me semble même qu'il est mon seul ami, même si ce n'est pas tout à fait vrai. Je suis fatiguée de fuir et de mentir, de me cacher, et je vais peut-être mourir cette nuit.
- C'est… le bébé de Végéta.
J'ai livré mon secret dans un souffle mais je sais à la manière effarée dont il hausse les sourcils qu'il a entendu. J'observe son expression stupéfaite; bien entendu, il n'avait rien deviné, et, de toute évidence, Végéta ne lui a rien dit non plus. J'ai presque l'impression de suivre le cheminement de ma révélation dans son cerveau, parce que, là tout de suite, ce qui importe, c'est pas tellement que j'ai eu une aventure avec son Prince, ce qui importe, c'est que toutes celles qui ont essayé d'accoucher de ses enfants sont mortes.
- Tu déconnes ? réplique-t-il au bout d'un moment.
Je ne réponds pas. Je sais que ce n'est pas vraiment une question. Nous sommes sur le pas de la porte et au dehors, la pluie tombe en trombes drues sans faiblir. La fraîcheur de la nuit me fait frissonner. Je reste pelotonnée dans ses bras et je continue à le fixer, dans l'espoir qu'il me rassure.
Mais il n'ajoute rien et s'élance simplement dans le ciel.
Je m'agrippe le plus fermement possible à lui. Son aura nous protège relativement de la pluie et je suis à peine touchée par une brume humide.
- Où habite le médecin dans ce bled, Bulma, tu sais ? grogne-t-il après avoir repéré le village à quelques kilomètres au milieu de la lande.
Sa voix est grave maintenant. Il n'y a plus de panique, plus de questions idiotes, il semble avoir repris ses esprits. Il a compris le danger qui me menace parce qu'il sait. Il a compris que je n'étais pas juste anxieuse de l'accouchement.
On ne voit pas grand-chose mais j'arrive à lui indiquer une maison à l'écart des autres et il pique dessus sans hésiter.
Je suis à nouveau en train de lutter contre un accès de douleur qui me vrille tout le corps au moment où il se pose devant la porte d'entrée. Je l'entends cogner nerveusement à la porte. J'ai enfoui mon nez dans son T-shirt et mes mains sont crispées sur ses épaules, je crois que mes ongles s'enfoncent dans sa peau au travers du tissu. Je m'en fous, je prie pour que la douleur me lâche enfin.
Il se passe un moment avant qu'on perçoive un mouvement à l'intérieur de la maison. J'ai relevé la tête quand la porte s'ouvre enfin sur la femme médecin. Elle est en robe de chambre et une grosse natte poivre et sel est ramenée par-dessus son épaule.
Elle fronce les sourcils en nous découvrant sous la pluie, sur le pas de sa porte. Je me rends compte de ce que la silhouette massive de Gokû, qui me tient toujours dans ses bras, peut avoir de menaçant pour la vieille femme. Pourtant, si elle est effrayée, elle ne laisse rien paraître. Son regard finit par croiser mes yeux affolés. Elle jette un œil suspicieux à Gokû.
- Rentrez, dépêchez-vous, grogne-t-elle simplement en retournant dans la maison.
- Je crois qu'elle accouche, annonce naïvement Gokû.
Elle ne prend même pas la peine de répondre et nous guide jusqu'à une chambre.
- Mettez-là ici, marmonne-t-elle.
Gokû me pose sur le lit avec précaution tandis que le docteur disparait. Je fixe mon ami au-dessus de moi.
- Me laisse pas.
J'ai la trouille mais il a pas l'air franchement plus rassuré que moi. Il hoche simplement la tête. Il essuie ses mains trempées par la pluie et nos yeux se figent en remarquant simultanément les traces rougeâtres sur ses avant-bras. Du sang. Mon sang évidemment. Je saigne. A cette découverte, la panique me submerge en une seconde. Je deviens complètement hystérique, c'est comme si toutes mes pensées rationnelles étaient instantanément pulvérisées. Je l'agrippe par le col.
- Je vais crever ! Gokû ! Il aura réussi à avoir ma peau ce connard !
Je hurle comme une malade, je raconte n'importe quoi. Tout le stress de ces derniers mois se fond dans la terreur et la souffrance de cet instant et me submerge brutalement. De manière totalement inexplicable j'essaye de frapper Gokû, comme s'il devait personnellement répondre de ma situation. C'est son Prince à lui après tout. Il tente de me maitriser le plus doucement possible, il a l'air complètement dérouté.
Finalement, mon corps est subitement déchiré à nouveau par une onde de douleur aigüe qui me plaque sur le lit. J'ai l'impression de perdre la raison, maintenant convaincue que je vais y passer. J'ai tellement mal qu'il me paraît impossible que j'y survive. Pourquoi j'y survivrai alors qu'aucune autre n'a eu cette chance ?
Je sens qu'on attrape mon bras et qu'on l'immobilise pour y enfoncer une piqûre. Je ne vois plus rien d'autre que le plafond au travers de ma vision troublée. Il y a des voix qui discutent sans que j'arrive à capter ce qu'elles disent, ni qui parle. Une goutte de pluie dévale l'une de mes mèches de cheveux et dégouline mollement jusque dans le creux de mon œil, ma respiration devient pénible. Des mains me manipulent mais je ne prête plus vraiment attention.
Et la douleur s'amplifie. Je crois que je crie mais je ne suis pas sûre. Mes reins sont en train d'exploser. Le docteur me dit quelque chose, elle est un peu énervée apparemment, mais je suis étrangement indifférente à tout ça.
Est-ce que Gokû est encore là ? Je n'arrive pas à me concentrer. La souffrance est devenue si dense que je ne sens plus le reste de mon corps. Je m'aperçois que je pleure. Je ne voulais pas ça. Je hais Végéta. Où qu'il soit, indifférent à tout ça, stupidement obsédé par ses rêves de grandeur. Il m'a définitivement abandonnée. Il a peut-être même commandé ma mort. C'est un monstre. Mais s'il était au moins là, je crois que j'aurais moins peur. Je rêve de m'enfuir de cet enfer insupportable.
- Poussez, bordel de merde !
La voix autoritaire du docteur me ramène brutalement à la réalité. J'ai envie de l'insulter, je ne sais même pas de quoi elle me parle. J'échangerai bien ma place avec la sienne, si elle tient à le savoir. De toute façon, je suis tellement essoufflée que même si je voulais parler, je pourrais pas. J'ai une soif dévorante, j'ai mal et je suis fatiguée.
Tout d'un coup, mon corps s'agite, pris d'un spasme terrible. Il se passe un truc dans mon bas-ventre, un truc vraiment flippant et indescriptible. Un liquide chaud et certainement répugnant se répand entre mes jambes et je ne contrôle plus rien. Mes muscles sont si tendus que j'ai l'impression qu'ils vont éclater. La douleur est devenue si vive à cet instant que des papillons volent devant mes yeux exorbités. Je ne vois plus que le cadre du lit au-dessus de moi, les bruits dans la chambre ne sont plus que des rumeurs lointaines. Puis plus rien.
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