Salam aleikoum.
Alors, ce chapitre est long et il a été corrigé, tronqué et réécrit un millier de fois. J'espère qu'il vous plaira pour finir. Où les choses se précisent (ou pas d'ailleurs).
Chapitre 16
J'entends le chant des oiseaux depuis la fenêtre ouverte. Il fait chaud à nouveau, mais je n'ai même pas le réflexe de repousser les draps. Je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, mais la lumière du jour est aveuglante à l'extérieur.
A côté de moi, dans le lit, le docteur a déposé le bébé dans ce qui ressemble à un couffin de poupée en osier. « Un beau garçon ». Je suis incapable de détourner mon regard de lui.
J'avais pas osé rêver vivre un tel instant. J'ai jamais osé croire qu'il survivrait, tous les autres sont morts après tout. Je suis encore stupéfaite de ma propre chance. De notre propre chance, parce qu'on est tous les deux en vie. Pour l'instant en tout cas.
Comme il n'a pas de vêtement, le docteur l'a enroulé dans un drap et il peut à peine bouger, mais il n'a pas l'air de s'en plaindre. Il dort. Je pensais que les bébés passaient leur temps à brailler mais depuis que je me suis réveillée, il dort. J'ai eu le temps de manger et même de me laver sans qu'il ne se réveille. Je commence à me demander si c'est normal.
Je cherche une ressemblance avec Végéta mais son visage de bébé bienheureux et serein n'a aucune chance d'avoir le moindre trait commun avec son père. J'ai envie de le prendre, de regarder s'il a une queue mais je n'ose pas le toucher. Il est si minuscule, et j'ai peur de le déranger alors je l'observe attentivement, allongée en appui sur un coude à côté de lui. Ne faudrait-il pas qu'il mange, en fait ?
Je m'aperçois que j'ignore tout de la façon de s'occuper de lui. J'ai même pas tenté l'achat d'un livre de puériculture. Je me sens nulle. Je suis nulle en fait. Il est vraiment mal barré.
Il a un duvet mauve sur la tête et je me demande de quelle couleur sont ses yeux.
Trunks.
Le docteur m'a demandé comment on devait l'appeler et j'ai répondu Trunks. Je sais même pas d'où ça m'est venu. Je crois que c'est un personnage de film mais je n'arrive pas à me souvenir précisément lequel. Ça aussi c'est nul. J'ai jamais réfléchi à son nom avant.
Je souris faiblement en pensant que rien n'aura arrêté ce bébé pour venir au monde. Même pas la nullité de sa mère. C'est déjà un guerrier quelque part.
Le bruit de la porte me fait lever la tête et Gokû apparaît timidement. Il me sourit et entre avec précaution.
- Bonjour Bulma, comment tu vas ?
- Comme quelqu'un qui est passé sous un camion, je crois.
Je ris pour le rassurer. Tant que je reste à peu près tranquille, je dois admettre que mon corps ne me fait pas trop souffrir. Gokû s'assoit prudemment au bord du lit et se penche légèrement pour regarder Trunks qui n'a pas bougé.
- Brunks, c'est ça ? demande-t-il.
- Trunks.
Il hoche la tête mais je ne suis pas sûre qu'il retienne le nom. C'est un nom si bizarre en fait. Je réalise subitement à quel point Gokû a l'air fatigué et je me souviens honteusement de la façon dont je l'ai maltraité.
- Gokû.
Il se tourne vers moi avec un regard interrogateur.
- Merci.
Il se frotte la tête avec embarras en ricanant avec malaise. Je ne suis pas dupe, malgré ses airs de nigaud, je sais ce que je lui dois, je sais ce qu'il a fait pour moi et je m'efforcerai de le lui rendre un jour. Je sais aussi que, pour l'instant, j'ai d'autres combats à mener avant de prétendre venir en aide aux autres. Et j'ai encore besoin de lui.
- Chichi avait soupçonné que tu étais enceinte mais elle n'était pas sûre, explique Gokû, et comme tu avais disparu…
- Je ne voulais pas qu'on sache…pour le bébé. Et puis…Raditz cherchait à me tuer, Krilin et Yamcha ont essayé de me défendre mais…
Je bute un peu sur les mots, expliquer tout ça me rappelle trop de mauvais souvenirs et me rend triste subitement. Je me sens si coupable. Gokû m'écoute. Il a repris un air sérieux, les sourcils froncés.
- Krilin et Yamcha vont bien, annonce-t-il d'une voix douce, il n'a même pas cherché à les achever, c'est vraiment toi qu'il voulait apparemment.
- Krilin et Yamcha sont vivants ? Oh Gokû… Tous ces mois… J'ai vraiment cru …
L'émotion me submerge, je sens mes yeux se mouiller sous le coup du soulagement qui m'envahit. Krilin… Yamcha… Ils me manquent terriblement subitement, j'aimerais qu'ils soient là … Cette nouvelle fait renaître l'espoir en moi. Finalement, à bien y regarder, maintenant que Gokû est là, tout devrait rentrer dans l'ordre, on va se débarrasser de Raditz et je devrais pouvoir vivre à nouveau normalement, avec mon enfant, au milieu des miens… normalement…
- Tu as parlé de Raditz. Le saïyen qui voulait te tuer, c'était vraiment Raditz ? insiste Gokû, tu en es sûre ?
Ses questions pressantes interrompent cruellement mes méditations béates. Je m'aperçois que, loin de partager ma liesse, Gokû a toujours son expression soucieuse. Quelque chose se noue dans mon estomac et abrège impitoyablement mon instant de joie.
- C'était lui, j'en suis sûre. Tu crois que…
J'ose à peine formuler ma question, mais je dois savoir. Je reprends mon souffle avant de continuer.
- Tu crois que Végéta l'a envoyé ?
Il hausse les sourcils avec perplexité.
- Végéta ? Hm… Je ne crois pas, Bulma…
Il semble réfléchir intensément. Je sais qu'il suit le même raisonnement que moi. Raditz n'agirait pas sans ordre.
Raditz et moi n'avons aucun compte particulier à régler et, de toute façon, le Roi Végéta ne l'aurait pas autorisé à courir ses vengeances personnelles à l'autre bout de l'univers, alors qu'on a besoin de lui sur Vegitasei. Alors, pourquoi un officier de son rang viendrait en personne s'abaisser à exterminer une minable petite terrienne comme moi ? Pourquoi, si on ne le lui avait pas ordonné ? Et qui aurait pu le lui ordonner si ce n'est Végéta ?
Je repose les yeux sur Trunks. Quoiqu'il en soit Raditz cherche vraiment à m'éliminer et s'il y arrivait, qu'arriverait-il à cette vie minuscule et vulnérable ?
- Végéta ne sait rien de ce qui se passe ici, reprend Gokû, son père lui a interdit de quitter Végitasei pour l'instant. Il y a trop de problèmes en ce moment. Du coup, on est bloqué là-bas avec interdiction d'aller livrer bataille depuis des mois…De mon côté, je ne lui ai pas dit grand-chose en partant, juste que j'avais des affaires personnelles à régler sur Terre. Je ne lui ai pas parlé de toi… Je ne savais pas…
Gokû soupire, il fixe le couffin tout comme moi.
- C'est vraiment son fils ? demande-t-il.
Je hoche la tête tristement. Ce que Gokû me raconte me réconforte légèrement, il a vraiment l'air convaincu que Végéta ignore tout des agissements de Raditz. Ça veut dire qu'il n'a pas ordonné ma mort, même si mon existence ne le préoccupe pas franchement, et ça veut dire aussi qu'il pourra peut-être nous aider… Enfin si notre sort l'intéresse un tout petit peu, ce qui, je le sais, n'est pas garanti. Tout n'est pas tout à fait perdu dans le fond. Pour autant, ça laisse le mystère de Raditz intact.
- Alors, si ce n'est pas Végéta qui a envoyé Raditz, pourquoi me traque-t-il, à ton avis ? Il devrait être auprès de son Roi, prêt à défendre sa race comme tous les autres, non ?
Gokû lève des yeux anxieux vers moi. J'ai formulé la question à voix haute, sans y réfléchir vraiment, sans espérer de réponse de sa part, mais subitement je perçois une étincelle au fond de ses pupilles, un déclic, comme s'il avait compris quelque chose. Mon cœur s'emballe, assailli par un mauvais pressentiment.
- Mon père a eu une vision, je t'en ai parlé, reprend-t-il.
- Je sais, la destruction de la race saïyenne, mais tout va bien pour vous, n'est-ce pas ?
Il penche la tête de côté, le regard sombre.
- Il n'a pas simplement vu la destruction de la race saïyenne. Il a vu la destruction de la race saïyenne à cause de la femme de Végéta, ajoute-t-il.
Je cille un instant.
- Quelle femme de Végéta ? Il a repris une concubine ?
- Non… Justement à cause de la vision, articule-t-il avec précaution, comme s'il s'apprêtait à m'annoncer une nouvelle terrible.
- Et alors ?
Il ne répond pas et continue de me dévisager avec une mine grave et embarrassée. Il essaye de me dire quelque chose mais je ne comprends pas quoi. Ça m'agace rapidement, et je l'interroge du regard. Est-ce qu'il va cracher son os ?
- Bah… Du coup… Tu es ce qui se rapproche le plus de la femme de Végéta, non ? bredouille-t-il en désignant le bébé.
Les mots me manquent. Mes yeux passent de Trunks à lui, avant de revenir au couffin. La femme de Végéta. J'ai l'air d'être ça ? J'ai pas vraiment l'impression d'avoir cet honneur jusqu'à présent. Il m'a abandonnée misérablement, depuis presque un an, sans donner de nouvelles, et sans même sembler se rendre compte qu'un de ses plus proches lieutenants essaye inlassablement de m'éliminer. Vraiment, je ne vois pas en quoi je pourrais revendiquer le titre de femme de Végéta. Sauf, visiblement, pour ce qui concerne toutes les emmerdes qui vont avec.
Je passe une main fatiguée sur mon front.
- C'est dangereux, conclut Gokû, c'est très dangereux. Le Roi prend les visions de mon père très au sérieux et je commence à me demander si ça n'explique pas la présence de Raditz sur Terre.
Je fronce les sourcils avec incrédulité. Je peine à croire ce que Gokû me raconte. On voudrait me tuer à cause d'une stupide prémonition qui, peut-être, ne me concerne même pas ? C'est absurde.
- Mais enfin Gokû, qui aurait pu lui parler de moi, d'abord ?
- N'importe qui, j'imagine… N'importe qui, qui aurait pu être le témoin de votre… rapprochement.
Je lève les yeux au ciel. Ce que Gokû lui-même appelle un « rapprochement » avec ses airs de nigaud est bien loin de faire de moi la « femme » de Végéta, ni n'importe quoi d'autre d'ailleurs. Il se trouve juste que par un hasard maladroit, toute cette histoire a donné lieu à un bébé. Pour Végéta, tout s'arrête clairement là. Il s'est barré il y a presque un an et je n'ai pas vraiment l'impression qu'il se soit jamais soucié de ce que je devenais, malgré sa promesse de revenir. Sa promesse ou sa menace d'ailleurs, comment l'a-t-il formulé dans le fond ?
- Gokû, ce que tu racontes n'a pas de sens. Regarde-moi bien. Est-ce que j'ai l'air capable de provoquer la destruction d'une race aussi puissante que la race saïyenne. Hm ? Dis-moi.
Tout ça me paraît grotesque. Je n'ai pas envie d'y croire. Je n'ai plus envie de m'angoisser à tout bout de champs, j'ai juste envie… qu'on me foute la paix. Gokû a l'air hésitant un instant mais il ne cède pas si facilement à mes arguments.
- Je ne sais pas Bulma. Je ne sais pas tout, je sais juste ce que mon père a dit. Il a dit que la femme du Prince précipiterait la destruction de la race saïyenne. Et je sais aussi que le Roi Végéta prend tout ça très au sérieux. Peu importe que ça nous paraisse débile, je sais qu'il fera tout ce qui est possible pour que ça n'arrive pas.
Je me laisse retomber avec lassitude sur mon oreiller en soupirant. Les saïyens sont des abrutis sanguinaires. Et superstitieux avec ça. La moindre occasion est bonne pour exterminer la plus insignifiante des existences. Je n'arrive pas à croire qu'ils arrivent à me percevoir comme une menace. Pourtant ça expliquerait effectivement l'acharnement de Raditz.
- Gokû, qu'est-ce qu'on va faire pour Raditz ?
- Il faut que tu continues à te cacher pour l'instant.
Je fronce les sourcils et je me redresse aussitôt. Je grimace sous l'éclair de douleur qui transperce mon ventre meurtri. Mais j'ignore tout ça, le discours de Gokû éveille une irritation sourde en moi. Me cacher ? Encore ? Courrir ? Fuir ? Mais cette fois-ci avec un bébé en plus ?
- Me cacher ?! Gokû ! ça fait plus de six mois que je me cache et que Raditz décime des villes entières pour me retrouver ! Il faut que ça finisse ! Pourquoi tu ne te contentes pas d'aller le trouver ? Je suis sûre que tu pourrais le battre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire !
Il baisse la tête piteusement et serre les lèvres. J'attends fermement qu'il objecte quoi que ce soit à ce plan très simple et parfaitement évident. Il relève la tête et attrape doucement mon poignet.
- Ecoute Bulma, si j'ai deviné juste, Raditz agit sur ordre du Roi, mon Roi. Ça veut dire qu'il ne s'agit pas seulement de le vaincre, ça veut dire que, derrière lui, viendront d'autres guerriers toujours plus puissants et toujours plus nombreux, ça veut dire que la planète peut être rasée.
Il y a une boule qui s'est formée dans ma gorge, je n'ai jamais vu Gokû si inquiet et ce qu'il me dit me glace. Le Roi ? Merde, je ne suis rien du tout dans l'univers pour me mettre le Roi des saïyens à dos ! Qu'est-ce que j'ai fait au ciel ?
J'ai eu quelques fois l'occasion de croiser le Roi quand je servais Végéta. Et on peut dire que, si le Prince paraît terrifiant, c'est un clown en comparaison de son père. Cette histoire n'a pas de sens.
- Il faut que je parle à Végéta, conclut Gokû d'une voix grave, tant qu'on est pas sûrs de ce qui se passe, je préfère éviter d'affronter Raditz, je vais me contenter d'essayer d'éviter qu'il ne fasse de nouveaux dégâts. Si mes déductions sont justes, il n'y a que Végéta qui pourrait nous tirer d'affaire vraiment. Tu comprends? On ne peut pas se contenter de battre Raditz, ça ne fera que provoquer de nouveaux ennuis.
Je fais un geste de lassitude de la main. Que Gokû fasse ce qu'il veut. Ses salades me fatiguent maintenant. Tout ce que je sais, tout ce qui m'importe, c'est qu'il est là. Malgré tout, je sais que si Raditz ose s'en prendre à moi, mon ami de toujours sera là pour l'en empêcher qu'il agisse sur ordre du Roi ou pas.
- Bulma, insiste Gokû avec un sourire piteux, on va trouver une solution, reste tranquillement ici, je vais contacter Végéta et essayer de trouver Raditz pour voir si je peux le raisonner.
Mes espoirs de reprendre une vie normale et de revoir tous mes amis et ma famille sont si impitoyablement pilonnés subitement que je ne peux que hocher la tête de mauvaise grâce. Je me sens incroyablement fatiguée de tout ça. Je me recouche en rabattant le drap sur ma tête d'un geste sec. Je veux dormir. Je n'entends même pas Gokû sortir de la pièce et je sombre en quelques instants.
Quand j'ouvre les yeux, le soleil rasant est sur le point de disparaître à l'horizon. La fenêtre est encore ouverte. Je tourne aussitôt les yeux vers le couffin mais il n'est plus là. La panique me prend.
- Trunks ?
Je me lève péniblement et je me précipite vers la porte comme je peux. Je débouche sur un large couloir qui ouvre sur une pièce à vivre. La vieille femme-médecin est là, debout. Elle a calé Trunks sur l'un de ses bras et me sourit.
- Ne t'inquiète pas, il est là ton bébé. Il a pleuré mais tu dormais, alors je l'ai nourri et changé.
Je fais une moue de culpabilité. Il a pleuré, j'ai dormi. Notre histoire commence décidément mal. J'ignore comment ce pauvre gamin va pouvoir survivre avec une mère comme moi et une race de psychopathes à ses trousses. La femme a l'air amusée.
- Tu as perdu pas mal de sang, c'est pour ça que tu te sens si faible, c'est normal, explique-t-elle doucement, la prochaine fois, je peux te garantir qu'il te réveillera. Tu auras encore des centaines d'occasions de te faire réveiller et de te rattraper, je te le promets.
Des centaines d'occasions de me réveiller et d'avoir une vie de mère normale. Ces paroles me réconfortent. Je m'approche d'eux et, sans que j'aie besoin de le lui demander, elle me le tend.
Il est d'une légèreté affolante. Ses yeux mi-clos me fixent avec curiosité. Son visage est si fin qu'on dirait qu'il est en cire mais, pour le reste, Trunks est assez robuste, tout en rondeur.
- Je m'appelle Mona, annonce la vielle femme en face de moi, Mona, c'est mieux que Docteur.
Je la regarde furtivement et je lui rends son sourire en coin.
- Moi c'est Bulma. Bulma c'est mieux que Bunny Roshi.
Je reporte aussitôt mon attention sur le petit. Je soulève le drap dans lequel il est enveloppé. J'ai besoin de vérifier. J'ai presque un sursaut de surprise quand je découvre une queue couverte d'un pelage clair et soyeux. On dirait une queue de chat, elle en a la taille. Elle s'enroule paresseusement autour de mon poignet. Mona toussote en percevant ma surprise.
- Mouais… ça, j'imagine que c'est génétique… C'est pas trop laid dans le fond, commente-t-elle.
Je manipule un peu le bébé pour tenter de me rendre compte de la façon dont sa queue est attachée au reste du corps. Très logiquement, elle est effectivement dans le prolongement de la colonne vertébrale, le spectacle me paraît des plus étranges quand même. Ce qui est surprenant, c'est sa souplesse, elle se replie très facilement, presque comme une ficelle. Végéta gardait toujours la sienne autour de sa taille et même dans l'intimité, elle ne m'a jamais gênée et je n'ai jamais vraiment fait attention.
Celle de Trunks est d'une couleur inhabituelle. Presque blanche. Il commence à s'agiter, à émettre des petits sons brefs qui dégénèrent en pleurs de protestation. Il en a clairement assez d'être examiné sous toutes les coutures. Je l'enveloppe à nouveau dans le drap et je le serre contre moi.
Il s'apaise presque instantanément. Il est vraiment léger, et il est tout mou aussi. Il peut à peine contrôler ses membres et ses doigts sont si minuscules qu'il paraît impossible de les décoller les uns des autres.
- Son père est reparti, il m'a dit de te dire de rester tranquille ici en attendant qu'il revienne, explique Mona en caressant furtivement la tête de Trunks.
- Son père ?
- Gokû. Le saïyen qui t'a amenée… Ce n'est pas son père ?
Sur le coup, je ne sais pas quoi répondre. Evidemment elle a cru que Gokû est le père. Toutes les apparences le laissaient penser. Est-ce que c'est pas mieux comme ça ? Est-ce qu'il est utile qu'elle en sache plus ? Je n'ai pas vraiment le temps d'y réfléchir, elle semble avoir compris, à mon expression perplexe, qu'elle a posé une question sensible.
- N'en parlons plus, viens plutôt manger, reprend-t-elle.
Je repose Trunks dans son couffin. Il s'est rendormi. Je n'ai pas de lait pour le nourrir et, du fait de mon état lamentable, Mona l'a déjà mis au biberon. Je me sens vraiment nulle jusqu'au bout des seins. Mon dos et mes reins me donnent l'impression d'avoir cent ans. Je m'installe à table sur la terrasse baignée du soleil couchant et mon hôtesse a la gentillesse de me servir. Elle s'assoit en face de moi et me regarde engloutir mon plat silencieusement.
- Tu as eu beaucoup de chance, Bulma, tu le sais ? dit-elle subitement.
Je cille avec étonnement.
- Pour l'accouchement. Si tu m'avais dit que tu portais le bébé d'un saïyen, je t'aurais forcée à aller à l'hôpital… Tu sais, moi, des accouchements, j'en ai pas fait souvent…Et je n'ai aucun matériel ici. Tu aurais pu mourir.
Je déglutis péniblement en écoutant son discours. Si elle savait… Je n'étais même pas censée y survivre, même entourée des meilleurs médecins. Elle se roule une cigarette tranquillement tandis qu'elle est en train de m'expliquer que je reviens d'entre les morts.
- Peut-être que tu avais une bonne raison d'éviter d'aller à la ville ? lâche-t-elle distraitement.
Je pose ma fourchette avec méfiance et je m'essuie la bouche avec la serviette, sans répondre. Elle m'observe en coin, avec un petit sourire.
- Peut-être que d'autres saïyens n'étaient pas d'accord avec cette naissance ?
Je plisse légèrement les yeux en attendant la suite de son discours. Je la soupçonne d'avoir compris depuis longtemps que je suis celle que Raditz recherche. Maintenant que mon bébé est né avec une queue, grâce à un saïyen qui a débarqué en pleine nuit, elle commence à faire des connections.
Je devrais être honnête avec elle parce qu'elle n'est pas tout à fait en sécurité avec moi dans sa maison. Mais je suis si bien ici, avec un peu de compagnie pour une fois, avec quelqu'un qui s'occupe de moi, je n'ai pas envie de l'effrayer. Et puis, il y a Gokû. Il n'est pas loin. Gokû peut tout.
- Les saïyens sont des gens bizarres, il ne faut pas s'inquiéter d'eux. Gokû veillera sur nous maintenant, dis-je à mi-voix.
Elle hoche la tête pensivement. Elle lèche le papier à cigarette et referme sa confection avec l'habileté d'une habituée.
- Je connais Gokû, répond-t-elle, je l'ai reconnu, il a été notre gouverneur, je l'ai vu quelques fois à la télévision. Son Gokû, Kakarott pour les saïyens, c'est ça ?
- C'est lui.
- Donc Gokû va mettre fin à cette traque destructrice qui dure depuis plusieurs mois sur notre planète ?
Je baisse les yeux piteusement. Je comprends qu'elle parle de la petite chasse organisée de Raditz.
- C'est toi qu'il cherche ce saïyen psychopathe, depuis le début, pas vrai Bulma ?
- C'est vrai.
- Et donc… Grâce à Gokû, il va arrêter ses conneries ?
- Normalement.
J'entends le clic de son briquet tandis qu'elle allume sa cigarette. Je n'ai toujours pas levé les yeux sur elle. Je suis un peu honteuse de ne pas être plus franche avec elle, je sais que je lui fais courir un risque sérieux si Raditz débarque ici. Même si Gokû finit par le neutraliser, il pourrait souffler sa maison en un instant. Je finis par relever la tête timidement pour la regarder et préciser la situation plus honnêtement.
- Enfin… Il est en train de chercher une solution pour que tout rentre dans l'ordre dès que possible. Il nous protègera quoiqu'il arrive.
Je soutiens ses yeux gris-verts. Je redoute qu'elle me demande de partir. Elle n'ignore pas la brutalité des saïyens pour avoir suivi les nouvelles de ces derniers mois et assister aux ravages de Raditz par écran interposé. Elle a appuyé sa joue sur l'une de ses mains et me fixe pensivement.
- T'inquiète pas Bulma, tu peux rester ici. Je voulais juste que les choses soient claires. Et je vais te montrer un truc au cas où. Finis ton repas, je reviens.
Elle se lève et m'abandonne devant mon assiette. Je la suis des yeux, intriguée. J'ai le temps de finir mon assiette avant qu'elle ne reparaisse avec une vieille valise poussiéreuse.
Elle écarte ma vaisselle et pose lourdement la malle sur la table.
- J'avais un mari, il… Il est mort maintenant… mais quand il était vivant, il avait une passion que j'ai toujours trouvée débile.
Elle fait sauter les fermoirs de la valise et l'ouvre. L'abattant me cache le contenu du coffre et je ne vois plus Mona qui continue à me parler.
- En fait, je l'ai toujours soupçonné d'être un peu paranoïaque, au sens médical du terme je veux dire, poursuit-elle, mais comme mari, je dois dire que je n'avais pas à me plaindre. Bref…
Elle s'écarte de la valise et me montre un fusil monstrueux. Mes yeux s'écarquillent avec stupeur. Je ne peux pas m'empêcher de marmonner.
- Qu'est-ce que c'est que cette connerie ?
Elle éclate de rire.
- Fusil à pompe. Ça troue une porte à dix mètres. Un crâne, je t'en parle même pas, annonce-t-elle fièrement.
- Qu'est-ce que je suis censée faire de ça ? Les saïyens sont un peu plus coriaces et rapides que ça, au pire je vais me blesser moi-même.
- Pas si tu sais t'en servir, fillette. Et puis, même si ça les tue pas, ça peut les blesser… Ou tu préfères attendre qu'ils viennent te chercher en tremblotant de peur ? Avec ton bébé ?
Je hausse un sourcil. Ce qu'elle me dit me touche étrangement.
Après tout, qui a jamais parlé de résister aux saïyens ? Qui a jamais parlé de se battre contre eux ? De les vaincre ? De leur rendre les choses pénibles ? Personne. Personne n'a jamais parlé de ça. Avec les saïyens, on fuit, on se cache, on obéit, on courbe la tête. Moi comme les autres, aucun être sensé n'envisage de faire autrement. Moi aussi, j'ai pensé comme ça pendant longtemps. Et finalement, j'ai approché Végéta, j'ai essayé de le tuer. J'ai raté bien sûr, mais je me souviens encore de ma détermination à l'anéantir, à défier son autorité et, avec le recul, je crois qu'il n'avait jamais vu ça auparavant. Je crois qu'aucun saïyen n'a jamais vraiment vu ça venant d'une race au potentiel de combat si dérisoire que les terriens. Alors, est-ce que je suis condamnée à rester un petit animal apeuré toute ma vie ? Surtout avec un bébé à protéger ?
Maintenant que ma grossesse est finie, mon corps n'appartient plus qu'à moi, je suis la seule à prendre un risque en cas de blessure, et je ne suis plus aussi vulnérable physiquement. Alors, Mona a raison. Je vais faire avec Raditz ce que j'ai fait avec Végéta, je vais le prendre à contre-pied.
Certainement ce fusil ne tuera-t-il jamais aucun saïyen malintentionné, certainement que je ne serai même jamais capable de blesser Raditz, peut-être que ça le fera rire même de me voir manipuler cette artillerie grotesque, comme ma tentative d'assassinat a fait rire Végéta. Peu importe, ce qui compte, ce sera son instant de surprise, parce qu'il aura une fraction de seconde de stupeur en réalisant que je compte me défendre.
Je m'empare de l'arme que Mona soupèse devant moi et je l'examine minutieusement. L'idéal serait que je n'en aie pas besoin bien sûr; l'idéal, ce serait que je n'aie même plus à croiser la route de Raditz, mais l'idéal ne m'arrive jamais, à moi.
- J'en ai d'autres, des moins lourdes, ajoute Mona avec un coup d'œil complice. Tu voudras essayer, alors ?
- Plutôt deux fois qu'une.
Mona me sourit malicieusement. On dirait qu'elle a rajeuni de vingt ans subitement.
- On commence demain, alors.
C'est pas très compliqué en réalité. Les armes, je veux dire. Le mari de Mona devait être un grand malade parce qu'elle a une artillerie complète dans sa cave, avec les munitions et tout ce qui va avec. Dans les premiers jours, comme je n'étais pas très bien remise de mon accouchement, je me suis contentée d'étudier le fonctionnement, le montage et le démontage, les balles. Quand je me suis sentie mieux, j'ai commencé le tir. Comme la maison est à l'écart du village, on peut s'entrainer tranquillement dans le champ derrière le jardin.
Il y a quelque chose de surréaliste d'avoir à apprendre l'usage des armes en même temps que mon rôle de mère. Je passe de la douceur de faire connaissance avec Trunks à la brusquerie des coups de feu.
Etrangement, je prends vite goût aux deux et finalement, les deux occupations me semblent exactement complémentaires, parce qu'il me paraît très radicalement inconcevable qu'on s'en prenne à Trunks. L'idée même qu'on puisse envisager de lui faire du mal allume un instinct de protection inouï en moi. Mon attachement progressif à mon fils forge ma détermination. Je n'ai aucune intention d'élever mon gamin dans une cave en redoutant l'arrivée de je ne sais quelle brute cynique résolue à nous exterminer.
Il y a comme un sentiment de puissance et de contrôle à manipuler les revolvers de Mona. C'est rassurant. Ça fait tellement longtemps que j'ai l'impression de ne plus rien contrôler, de ne plus avoir la moindre emprise sur rien, que c'est une sorte de renaissance. Même si, dans le fond, je ne suis pas tout à fait dupe, je ne vais jamais tuer aucun saïyen avec ça, et ça ne suffira jamais à me défendre si la race saïyenne se décide à se liguer contre moi, comme Gokû le redoute.
Gokû a appelé quelques fois. Il a prévenu mes parents de la naissance sans leur dire où je suis et il a essayé de contacter Végéta, mais il n'a pas pu lui parler en direct. On lui a dit qu'il était parti en mission et injoignable. C'est des conneries, Végéta est le Prince de Végitasei, j'ai du mal à croire qu'il soit si totalement coupé du monde. Je l'imagine bien, encore à l'assaut de combats de titanesques, éperdu dans sa soif de grandeur et de reconnaissance infinie.
Je ne sais pas pourquoi son absence me touche autant, son désintérêt ne devrait pas me surprendre. Il s'est un peu laissé aller avec moi tant qu'il était coincé sur ce vaisseau en rade, mais je n'allais quand même pas m'imaginer que j'allais le changer. Il m'a dit qu'il reviendrait mais ça, c'était pour ne pas perdre la face, pour me mettre la pression en me faisant comprendre qu'il considérait que je lui appartenais toujours.
En réalité, je m'aperçois qu'il me manque et ça m'énerve, je lui en veux encore plus, parce que, d'une certaine façon, il est parvenu à m'attacher, si on y réfléchit bien. C'est encore plus humiliant de continuer à penser à lui alors que lui m'a certainement complètement oubliée. Il m'a foutue dans la merde et il m'a oubliée. Typique d'un mauvais talk-show. Moi qui pensais que ça n'arriverait jamais à la géniale Bulma Briefs.
Gokû m'a aussi annoncé qu'il a trouvé Raditz et qu'il lui a parlé. Raditz a voulu savoir où j'étais et bien sûr, Gokû ne lui a rien dit. Je n'en sais pas plus sinon que le guerrier se tient tranquille depuis lors. Gokû préfère que je reste cachée cependant, il m'a encore expliqué qu'il sera plus rassuré après avoir parlé avec Végéta.
C'est très bizarre, il me cache quelque chose et en dépit de mes questions, il est resté très évasif. Je n'aime pas ça, j'ai l'impression qu'il a peur de quelque chose.
D'un autre côté, je perçois clairement son malaise. Après tout, en cherchant à me protéger, il brave l'autorité de son Roi, sans compter que Raditz est son frère. Les choses ne sont pas simples pour lui, j'en ai conscience, mais les saïyens sont de tels abrutis que je n'ai aucune pitié.
Pourtant, je me suis résignée à lui obéir sans vraiment chercher à savoir ce qui se passe, je lui fais entièrement confiance, quoiqu'il arrive, il ne laissera personne nous faire du mal et c'est tout ce qui compte.
Trunks a un mois. Je suis installée dans cette routine moelleuse. La plupart du temps, je m'occupe de mon bébé, je dors quand je peux, j'aide un peu Mona dans la tenue de la maison et je m'entraîne au tir. Je vais nettement mieux et je peux même courir, une chose inespérée au lendemain de mon accouchement. Et, conformément aux recommandations de Gokû, j'évite de sortir.
L'été s'est installé et la chaleur est accablante. Je suis sur la terrasse avec Trunks qui vient de finir de manger. Il s'est déjà endormi dans son couffin. Nous sommes seuls, Mona est partie faire ses visites.
J'ai sorti l'ensemble des armes que j'utilise pour les nettoyer, ça me fait réviser. Mon cerveau infatigable est ravi d'avoir de nouvelles connaissances à absorber.
Je suis concentrée sur ma tâche. Autour de nous, le concert des grillons est assourdissant. Je ne remarque pas tout de suite qu'il se fane progressivement. Puis le silence me frappe. Je lève lentement la tête de mon travail avec méfiance. Ma gorge se noue en un instant.
Raditz se tient à un mètre de moi à peine. Il est debout, les bras croisés et scrute mes manipulations avec désapprobation. Je réprime un sursaut d'effroi, comme si le moindre mouvement pouvait le décider à fondre sur moi en une seconde. Ses yeux d'ébène croisent les miens et ce j'y lis me glace le sang. Le couffin est posé sur la table, juste entre nous deux.
Subitement, je me lève d'un bond, en renversant une série de pièces métalliques qui résonnent en s'éparpillant sur le sol, et je saute sur le minuscule panier. Malheureusement, Raditz est plus rapide que moi, il m'agrippe brutalement les cheveux au vol et m'empêche de l'atteindre en m'écartant violemment de la table.
Nos réactions simultanées ont si impitoyablement troublées le calme de la terrasse que Trunks se mets à vagir.
- Ne bouge pas, murmure Raditz d'une voix menaçante.
J'ai étouffé un grognement et je plaque mes mains sur mon crâne dans l'espoir d'atténuer la douleur de sa griffe sur mes cheveux. Je fixe le couffin désespérément, comme si mon regard pouvait le protéger.
Trunks hurle maintenant avec indignation, Raditz tourne la tête vers lui d'un air imperturbable. Finalement il m'envoie valser d'un geste brusque. Je suis projetée en arrière et je tombe de tout mon long à quelques mètres de là. La chute est rude, mais je me relève aussitôt, affolée à l'idée que mon assaillant soit maintenant plus proche de mon bébé que moi.
Je reste tétanisée en observant le saïyen qui s'empare de Trunks. Il le tient par le col de son vêtement et le soulève à bout de bras. Il l'examine attentivement. Le gamin continue à crier, visiblement outré par le traitement qu'on lui réserve. Pour ma part, j'ai le souffle coupé et les lèvres sèches. Je reste muette et immobile. J'ai conscience que s'il le lâche, si Trunks tombe de hauteur d'homme, il se tuera. Tout demi-saïyen qu'il est, il n'y a aucun doute là-dessus.
Je prie comme jamais j'ai prié, je m'attends à ce que Raditz le lâche à tout instant et je calcule déjà la possibilité que j'aurais de le rattraper si c'était le cas. Sans même m'en rendre compte, je commence à me rapprocher d'eux en rampant précautionneusement à quatre pattes.
Je suis hypnotisée par Trunks qui continue à hurler en s'agitant maladroitement, je n'arrive pas à détacher mes yeux de lui et c'est comme si le temps s'était figé. Je n'ai même plus conscience du danger que Raditz peut représenter pour moi. Mais, pour l'instant le saïyen ne semble intéressé que par le bébé.
Il a saisi sa queue entre ses doigts et la détaille minutieusement, puis il écarte un instant le rebord de la couche pour vérifier le sexe.
- C'est son fils ? grogne-t-il au bout d'un moment, sans même me regarder.
Je m'immobilise et je lève les yeux vers lui avec incompréhension. Il reporte enfin son attention sur moi.
- C'est le fils de Végéta ? demande-t-il à nouveau avec humeur.
Je hoche lentement la tête sans réfléchir. J'ai aussitôt le sentiment que je n'aurai jamais dû répondre à sa question. Je n'y tiens plus, je me redresse sur mes jambes et je me jette sur lui pour tenter d'attraper mon bébé. Evidemment, une fois de plus, Raditz est bien plus rapide que moi. Il me retient d'un seul bras et me repousse brutalement. Je me mets enfin à crier sans retenue.
- Laisse-le !
Il fronce les sourcils et me fusille du regard.
- Tu crois vraiment que tu peux me donner des ordres ? Ne t'inquiète pas, je vais m'occuper de toi, ton tour viendra, siffla-t-il sur un ton qui me glace.
Contre toute attente, il repose Trunks sagement dans son couffin. Les cris du nourrisson se calment légèrement. Raditz repousse le couffin sur la table pour l'éloigner du rebord.
Il se tourne alors vers moi et ses yeux sombres s'illuminent d'une lueur cruelle qui me pousse instinctivement à reculer d'un pas. Je repère un des révolvers sur le sol au milieu de munition éparpillée. Ils sont presque à mes pieds, je fais un pas de plus en arrière et je me baisse précautionneusement pour les attraper. A aucun moment, je ne lâche Raditz des yeux.
Il me regarde faire tranquillement et souris avec amusement. Je continue à reculer en essayant de charger l'arme à tâtons sans perdre mon ennemi de vue.
- Je t'ai cherchée pendant plus de six mois, grogne-t-il finalement, je ne vais pas te faire de cadeaux, tu peux me croire.
Mes mains tremblantes font tomber quelques cartouches que j'entends rebondir sur le sol. Je suis obligée de jeter un coup d'œil à ce que je fais. Il n'en faut pas plus pour que je sente la poigne implacable du saïyen qui se referme sur mon cou.
Je suis totalement prise au dépourvu par sa rapidité de cobra et je n'ai même pas le temps de réagir, il me plaque brusquement contre le mur de la maison qui se fissure sous le choc. Je laisse échapper un cri de douleur et de panique. Mon crâne heurte les briques et un instant, ma vue se trouble légèrement. La face de Raditz est à quelques centimètres de moi maintenant.
- Six mois ! rugit-il, six mois coincé sur cette planète pourrie !
Je sens sa rage et sa frustration. Sa voix me perce les tympans. La douleur de mon cou s'accentue subitement et je sens mon corps projeté dans les airs. Je ne peux m'empêcher de crier avant d'atterrir lourdement à quelques mètres de là dans le jardin.
Le choc m'étourdit brièvement et la poussière qui vole m'oblige à fermer les yeux pour les protéger, mais je n'ai pas lâché l'arme que je serre fébrilement entre mes doigts. Instinctivement, j'essaye aussitôt de me relever péniblement. J'arrive à peine à me soulever, aveuglée par le soleil et les minuscules particules qui me piquent les yeux. J'ai la tête qui tourne légèrement.
Je perçois la démarche de Raditz qui revient tranquillement vers moi d'un pas assuré.
- Je peux t'assurer que tu vas me payer ça, annonce-t-il, je vais prendre mon temps.
Sans que j'aie le temps de comprendre, il m'a rejointe déjà. Ses doigts puissants enserrent mon crâne et s'enfoncent au niveau de mes tempes. J'ai un hoquet de douleur. Il augmente un peu la pression.
- J'en profiterai pour te rendre un petit compte de la part de Nappa, susurre-t-il, c'est pas que c'était mon ami mais il ne peut plus le faire lui-même…
Je prends conscience du poids de mon arme dans ma paume. J'ai besoin qu'il me lâche, il me fait si mal, je n'aspire qu'à desserrer son emprise douloureuse. Je ne peux pas voir ce que je fais mais j'arrive à armer le revolver à l'aveugle. Je pointe le canon vers lui et sans réfléchir, je ferme les yeux et je tire.
Il me libère instantanément. Il n'y a que trois balles mais je continue nerveusement à actionner la gâchette dans le vide. Quand j'ouvre les yeux, il se tient toujours accroupi devant moi. Ses yeux noirs me fixent avec incrédulité. Une très fine éraflure laisse perler quelques gouttes de sang sur sa joue. Il a les dents serrées. Il lève lentement son poing fermé au niveau de mes yeux et en laisse tomber deux balles usagées avec un soupir.
Je lève aussitôt mon avant-bras en geste de défense tandis qu'il me saisit au col et m'attire brutalement à lui. Je sens sa main plaquée sur mon abdomen.
- Finalement, souffle-t-il, on va faire ça vite fait, tu me fais vraiment chier.
Je n'ai pas le temps de comprendre de quoi il parle, une chaleur inhabituelle émane de sa main en contact direct avec mon ventre. Je réalise qu'il est en train d'accumuler de l'énergie pour me faire tout simplement exploser de l'intérieur. La panique m'assaille en une seconde, je me débats pour tenter de m'éloigner de lui mais il me retient. Il me colle à lui avec insistance, passant son bras musclé autour de mon cou, comme s'il cherchait à m'embrasser. Je gémis dans mon affolement désespéré. Je n'entends pas tout de suite la voix derrière nous.
La chaleur a commencé à grignoter mes vêtements quand Raditz se retourne. Je lève les yeux. Gokû se tient juste derrière lui.
- Raditz, laisse-la, ordonne mon ami.
En réponse, Raditz laisse juste échapper un ricanement moqueur. Gokû ne se laisse pas impressionner et s'avance vers lui avec détermination.
- Ne te mêle pas de ça Kakarott, c'est trop gros pour toi cette fois-ci, marmonne Raditz avec une pointe de méfiance.
- Je te l'ai dit, ne la touche pas.
Raditz ne me lâche pas, il continue à me tenir fermement, je sens son odeur, je perçois sa respiration. Je tremble comme une feuille, il me semble que la chaleur s'est remise à augmenter. Soudainement Gokû tente de lui asséner un coup et mon ennemi est obligé de me repousser brusquement pour se défendre.
Dès que je suis libérée de sa griffe, j'essaye de m'éloigner misérablement en rampant dans la poussière, tout en ignorant la douleur de ma tête et de mon dos. J'entends Raditz hurler le nom de Kakarott avec fureur. Quand je risque un œil derrière moi, les deux saïyens se sont élevés dans le ciel et l'aîné fonce sur son cadet avec une rage à peine maîtrisée.
J'ai beau faire confiance à Gokû, l'inquiétude me saisit immédiatement, Raditz a l'air si décidé. Et puis, subitement, sans que je comprenne pourquoi, les deux combattants se figent et se posent lentement.
Ils sont bientôt rejoints par une troisième silhouette qui descend du ciel à leur suite. Je cligne des yeux avec incertitude. Végéta ?
J'ai du mal à le croire mais c'est bien lui. Il atterrit tranquillement, ses pieds provoquant un claquement bref lorsqu'ils entrent en contact avec le sol.
Je ne réalise qu'à cet instant que la campagne est devenue silencieuse autour de nous. La faible rumeur de quelques grillons au loin est le seul bruit qui nous parvient, et même Trunks s'est tu. Les trois saïyens se font face dans un triangle étrange à quelques mètres de moi.
Végéta croise ses bras calmement et ses yeux passent d'un frère à l'autre. Il me lance furtivement un coup d'œil au passage. Raditz n'a pas abandonné son air résolu mais il ne dit rien. Gokû, de son côté affiche une expression surprise et hésitante.
- On peut savoir ce qui se passe ici ? grogne le Prince.
Il semble s'adresser à Gokû. Mon ami me pointe du doigt, tout en s'expliquant avec colère.
- Il essaye de la tuer ! s'exclame-t-il.
Végéta se tourne vers moi, comme pour vérifier sa théorie. Je suis agenouillée au milieu de la poussière, mon pantalon s'est déchiré au niveau de la cuisse et je sens une goutte de sang qui dégouline paresseusement le long de mon front. Je reste silencieuse et méfiante, je sais que le spectacle que je donne à voir suffit à illustrer les explications de Gokû. J'essuie simplement la larme de sang qui me chatouille et m'agace.
- C'est vrai Raditz ? demande Végéta sans émotion.
- J'agis sur ordre, crache Raditz.
Sans attendre, comme si cette phrase pouvait suffire à couper court à toute discussion, il commence à marcher vers moi. Végéta étend un bras pour lui barrer le passage et il s'immobilise à nouveau.
- Sur ordre de ton père, précise Raditz d'une voix menaçante.
Végéta frémit imperceptiblement et me fixe avec perplexité.
- Cette femme n'est pas la femme de la prémonition, glapit-il aussitôt, empêchant toujours Raditz d'avancer.
Raditz saisit son poignet pour le repousser.
- Ah nan ? Qu'est-ce que ça peut me foutre ? siffle-t-il, le Roi la veut morte, ça me suffit.
Végéta l'agrippe subitement par le col et le ramène à lui brutalement.
- Je te dis que c'est pas elle… Elle, c'est rien… grince-t-il avec humeur.
- Vraiment ? Alors ça te dérange pas que j'exécute les ordres de mon roi, si tu permets… Et si tu pouvais calmer mon imbécile de frère, tu m'aiderais.
Végéta ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. Raditz se dégage de sa poigne sans qu'il ne résiste plus. Mon estomac se noue et je me relève aussitôt. J'ai encore la tête qui tourne un peu.
- Raditz ! hurle Gokû en se précipitant sur lui.
Raditz évite son poing de justesse.
- Kakarott, je te jure que je vais te massacrer, grommèle t-il avec colère.
Tandis qu'ils commencent à se battre, une alarme se déclenche en moi et je m'empresse de m'éloigner d'eux. J'hésite un instant à revenir vers la terrasse pour m'emparer du couffin, mais j'ai peur de mettre Trunks en danger. Apparemment, je suis la cible unique de la mission de Raditz.
Je cherche Végéta des yeux, incertaine de ce qu'il va faire maintenant, aider Raditz ? Ou assister à mon exécution en règle ? Il se tient toujours à la même place, immobile. Nos yeux se croisent et les siens répondent si froidement à ma détresse que c'est comme un coup de poignard dans mon estomac. Je ne sais ce qui me fait le plus souffrir, de mes blessures ou de son indifférence. A cet instant, je n'ai pas vraiment le temps d'y penser, la colère et la tristesse bouillonnent quelque part dans mon esprit mais c'est l'urgence de sauver ma peau qui l'emporte sur tout le reste.
Je ramasse péniblement le révolver qui est tombé à quelques pas de moi. J'ai encore quelques munitions dans la poche. On ne sait jamais.
Je me mets à courir vers le champ à côté de la maison, espérant follement que Gokû retienne Raditz assez longtemps pour que je me perde dans la campagne avoisinante et que je puisse m'y cacher, à l'abri.
Chaque foulée résonne dans mon crâne et accentue mon vertige. Je m'aperçois que mon sens de la verticale est très sommaire, j'ai mal au crâne et un bourdonnement sournois accompagne le battement de mon sang à mes tempes. Derrière moi, le souffle d'une explosion me parvient. Il n'est pas suffisant pour me faire tomber mais il perturbe définitivement mon équilibre et, sans comprendre comment, je m'étale à nouveau à plat ventre sur le sol terreux. Je m'écorche impitoyablement les avant-bras et quand je relève la tête en appui sur mes coudes, je suis hors d'haleine. Je louche sur les tâches sombres sur le sol et je réalise que c'est mon sang qui goutte avec insistance depuis mon cuir chevelu. Un bruit imperceptible me fait lever les yeux.
Végéta se tient debout devant moi. J'ai instinctivement un frisson d'effroi mais je me sens trop faible pour bouger. Il agrippe mon bras et me relève brusquement sur mes deux pieds. Je peine à rester debout, mes jambes sont vacillantes et je suis obligée de m'accrocher à lui pour éviter de trébucher. Mon esprit est agité par la panique mais mes idées sont trop confuses pour me permettre de réagir. Je sonde simplement ses yeux froids avec affolement et je bredouille.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que je t'ai fait ?
Je sens mes larmes se mélanger aux sillons de sang qui zèbrent mes joues. Il ne répond pas. Il me tient toujours par le bras, les lèvres serrées et les sourcils froncés. Mes genoux commencent à plier, mes jambes se dérobent, je me rattrape instinctivement à son épaule. Sans que je m'y attende, il passe sa main libre autour de ma taille et nous commençons à nous élever dans le ciel.
Je regarde le sol s'éloigner de nous d'un œil vide. Mes doigts se crispent sur lui dans un réflexe de sécurité mais je ne suis pas sûre de comprendre ce qui arrive. Son bras se resserre un peu plus fermement sur ma taille et nous prenons progressivement de la vitesse. Je ferme les yeux, étourdie par l'infini du ciel autour de moi.
Il ne semble pas me vouloir de mal. Mon angoisse s'apaise légèrement. Tandis que tout mon corps me lance de douleurs d'intensité diverses, je renonce peu à peu à chercher à comprendre ou à m'enfuir. Je laisse ma tête rouler sur son épaule et je me cale un peu plus contre lui. Ce faisant, j'ai conscience de m'en remettre définitivement à lui, qu'il ait décidé de me tuer ou de me sauver.
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