Nin Hao. Je suis au chapitre 17 et à près de 100.000 mots alors que j'avais pas pensé faire une fic aussi longue au départ. Surtout, j'avais pas pensé que mon scénar mettrait autant de temps à se mettre en place. Bref, pour ceux que ça intéresse, je crois que j'aurais encore besoin d'une dizaine de chapitres pour finir. Au moins.

Merci tout le monde pour les reviews et votre fidélité infaillible. Et juste un point sur une question qui revient souvent: Nappa est hors-jeu de chez hors-jeu même s'il est pas tout à fait mort.

Pour le reste, ce chapitre-là vous apportera sûrement quelques réponses.


Chapitre 17

La nuit est tombée, et avec elle la fraîcheur. Je suis assise sur le sol en pierre d'un abri rocheux, au cœur de la montagne. Ça fait des heures que je suis là, sans savoir ce que j'attends, sans oser protester. J'ai l'impression que mon corps est en miettes mais je reste silencieuse. Mes vêtements sont déchirés, surtout mon pantalon qui affiche de splendides accrocs. Le sang de ma blessure à la tête a imprégné mes cheveux d'une mélasse gluante et je sens également une fine croute qui s'est formée par endroit sur mon visage.

Je tremble. Sur mes genoux repose mon revolver que je tiens à deux mains pour me rassurer. Je laisse aller ma tête avec lassitude contre la paroi rocheuse derrière moi. Mon estomac oscille entre la nausée et la faim.

Je lutte du mieux que je peux contre la somnolence. C'est de plus en plus difficile mais je redoute de m'endormir. Végéta est à quelques mètres de moi, il me tourne le dos et surveille l'horizon qui s'offre à nous depuis le rebord de la corniche où nous nous trouvons. Il est nerveux. J'ai calculé qu'on devait être à une bonne dizaine de kilomètres de chez Mona.

Trunks est resté là-bas. Gokû et Raditz aussi. De loin en loin, les échos d'explosions d'énergie me font savoir qu'ils se battent toujours et j'ai fini par comprendre que Végéta suivait à distance leur lutte sans merci depuis toutes ces heures. Il a vraisemblablement décidé de ne pas intervenir, ce qui maintient ma méfiance en alerte. Il m'a éloignée du danger que représente Raditz mais je ne suis pas sûre de pouvoir considérer que je suis vraiment en sécurité.

Mes pensées reviennent sans cesse à mon fils. Je ne peux m'empêcher de m'inquiéter. Il est resté dans le couffin, là-bas, si proche de ce combat titanesque qui est en train de se tenir. Il est seul. Il doit être effrayé, affamé, et il est en danger.

J'ai hésité à demander à Végéta d'aller le chercher, j'ai longuement pesé le pour et le contre, mais je n'ai rien dit. Il n'a pas l'air de connaître l'existence de Trunks pour l'instant. S'il était un être normalement constitué, je n'aurais aucun doute sur le fait qu'il voudrait sauver son fils, mais pour l'instant, je n'ai aucune certitude sur ses intentions, ni sur ses réactions. Je n'ai pas oublié qu'il était prêt à laisser Raditz me tuer. J'ai préféré me taire en priant pour que Gokû veille sur mon bébé.

J'ajuste mes doigts sur mon arme. La fatigue aidant, ma poigne sur elle s'est un peu relâchée. Une dernière explosion, plus puissante que les autres, résonne sourdement dans le ciel obscurci. Ça me réveille un peu et je me frotte les yeux pour éviter de m'endormir.

Végéta se tourne alors lentement vers moi. Je ne m'en rends pas compte tout de suite dans la pénombre. Depuis qu'il m'a ramenée ici, il a interdit toute discussion. J'ai essayé de savoir pourquoi il est venu, ce qu'il projetait de faire maintenant mais il s'est contenté de m'ordonner de me taire d'un ton menaçant que je connais trop bien. Je l'ai senti fébrile et agité et je me souviens que, lorsqu'il est dans cet état, il vaut mieux faire profile-bas. Alors je me suis assise là, le plus loin possible de lui, et j'attends en le surveillant.

C'est comme s'il avait oublié ma présence, et si les lieux l'avaient permis, j'aurais eu mille fois l'occasion de lui fausser compagnie. Le seul problème, c'est qu'ici, c'est impossible. La corniche où nous sommes est cernée par le vide. Pour en descendre, il faudrait que je sache me balader à mains nues le long de paroi quasiment verticales. J'ai jamais fait ça de ma vie et, de toute façon, je suis en trop piteux état pour envisager le moindre effort physique.

Je guette la silhouette de Végéta qui se rapproche de moi, éclairée par la faible lueur de la lune. Instinctivement je passe un doigt sur la gâchette de mon arme. Je sais qu'elle sera un rempart bien dérisoire s'il décide de m'agresser, mais c'est tout ce qui me reste.

Il se poste devant moi et m'observe un instant, les poings sur les hanches.

- Kakarott a tué son frère, annonce-t-il.

Je n'arrive pas vraiment à me réjouir de la nouvelle je suis incapable d'évaluer si c'est bon pour moi ou pas. Je me contente de me coller un peu plus à la paroi derrière moi. Il s'accroupit lentement pour se mettre à ma hauteur. Je ne le lâche pas des yeux. Il a un demi-sourire.

- Je savais qu'il en était capable, ajoute-t-il avec satisfaction.

J'écoute chacune de ses paroles avec la plus grande attention. Je réalise que les potentiels supposés de Gokû et de Raditz, tels qu'ils ont été mesurés par la saïyens, n'étaient censés laisser aucun espoir à Gokû. Sa victoire est totalement contre-nature si on s'en tient à leur rang dans la hiérarchie de leur race mais, personnellement, je ne suis pas très étonnée. Végéta n'a pas l'air surpris non plus, plutôt… Excité.

- Tu sais ce que ça veut dire maintenant ? reprend-t-il à mi-voix.

Je secoue lentement la tête négativement, espérant qu'il m'éclaire sur mon sort.

- Ça veut dire qu'il est un renégat à sa race. Il a empêché son frère d'accomplir la volonté du Roi… Et il l'a tué, explique-t-il froidement.

Je me raidis imperceptiblement. Est-ce que Végéta essaye de me faire comprendre qu'il va le punir pour ça ? Est-ce qu'il va maintenant me tuer pour mener à bien la mission que Raditz ne peut plus exécuter ? Je déglutis péniblement en voyant le sourire de Végéta s'étirer un peu plus.

- Mon père va être dans une rage terrible, il voudra sûrement raser cette planète pour se débarrasser de Kakarott… Et de toi aussi, poursuit-il.

Ses mots déclenchent mes larmes silencieuses. Je les essuie nerveusement.

- Tu vas me tuer, alors ?

Son sourire retombe brusquement en entendant ma question.

- Je devrais, grogne-t-il. Mais j'ai d'autres plans.

Je reconnais sa façon à lui de me dire qu'il ne le fera pas. Pas aujourd'hui en tout cas. Je me sens subitement soulagée et je soupire doucement. Végéta a tourné la tête vers l'horizon paisible comme s'il surveillait encore quelque chose. Je pense à Trunks. Je dois le retrouver. Je dois m'assurer qu'il va bien.

- Tu as un fils.

Mes mots sont sortis tout seul, pressés par mon angoisse de retourner le plus vite possible auprès de mon bébé. Je les ai murmurés sans réfléchir. Il tressaille et se retourne vivement vers moi.

- Qu'est-ce que tu dis ? siffle-t-il.

- Tu as un fils. J'ai eu un bébé.

Il écarquille les yeux avec incrédulité. Il a la décence de ne pas me demander si je suis sûre qu'il est le père.

- Toi ? s'exclame-t-il, tu as mis au monde…

- J'ai eu un peu de mal si ça t'intéresse vraiment. Mais c'est ton fils, il a un mois.

Il ne dit plus rien, il a baissé les yeux et semble réfléchir.

- Végéta, j'ai besoin de le retrouver. Il est resté dans la maison… Ramène-moi là-bas.

Malgré mon ton implorant, il n'a pas l'air d'entendre. Il me fixe intensément et ses yeux sombres me transpercent sans que j'arrive à cerner ce qu'il pense.

- C'est un bâtard hybride, marmonne-t-il finalement, pas un Prince. Il n'aura jamais le potentiel suffisant pour mener aucune bataille.

Ses mots allument une fureur indescriptible en moi. Je lève aussitôt la main pour le gifler mais je suis faible et fatiguée et il n'a aucun mal à bloquer mon bras maladroit. Je m'entends hurler d'une voix révoltée.

- T'es vraiment une ordure ! Je t'ai rien demandé ! Va-t-en ! Allez-vous en de notre planète ! Tous ! Trunks a pas besoin d'un père aussi dégueulasse que toi !

Il a d'abord l'air surpris de ma réaction, puis il se met à ricaner, ce qui m'excède encore plus.

- T'as pas changé… J'avais oublié à quel point tu pouvais être insupportable et stupide.

En réponse je le repousse rageusement pour essayer de me lever péniblement. Il faut que je trouve un moyen de rejoindre Trunks. Végéta m'épuise déjà. Je le hais de nouveau comme au premier jour. Je veux juste mon fils.

Je titube pitoyablement jusqu'au rebord de la corniche.

- Et tu crois que tu vas où, comme ça ? demande sa voix sarcastique dans mon dos.

- Je t'emmerde !

Devant moi, autour de moi, il n'y a que le vide. Je serre les dents. Sans lui, je n'ai aucun moyen de partir d'ici. Consciente de mon impuissance, je finis par me décider à me retourner vers lui. Il est toujours accroupi, un genou à terre et il me regarde avec amusement. J'ai envie de le tuer. Comme il reste silencieux, je lâche avec humeur :

- Qu'est-ce qu'on fait ? On passe la nuit ici ?

Il se lève tranquillement en s'époussetant furtivement.

- Toi, je ne sais pas. Moi, j'ai des trucs à faire, répond-t-il avec désinvolture.

Ma mâchoire se crispe instantanément. Il n'a pas l'intention de me planter ici, quand même ? Il ne va pas faire ça. Il ne peut pas faire ça. Sa silhouette s'élève lentement dans le ciel, me démontrant le contraire.

- Attends ! Me laisse pas là ! Végéta !

Je le rappelle avec panique, tandis qu'il est déjà hors de ma portée à quelques mètres du sol. Il baisse la tête vers moi, son sourire narquois toujours accroché à ses lèvres.

- La prochaine fois que tu me parles, essaye de te souvenir à qui tu t'adresses et tiens ta langue. Tu as trop tendance à oublier qui je suis, siffle-t-il triomphalement avant de s'éloigner.

Je scrute le ciel avec incrédulité tandis qu'il n'est déjà plus qu'une ombre parmi les ombres. Je hurle son nom à pleins poumons mais il n'y a que l'écho pour me répondre. A bout de souffle, ravagée par la frustration et la colère, je tire quelques balles vers le ciel, comme si j'avais la moindre chance de l'atteindre. Lorsque les coups de feu ont fini de résonner, le seul bruit encore perceptible est le souffle du vent nocturne de la montagne.

Je me laisse tomber sur le sol avec lassitude, secouée par les sanglots. J'ai froid, j'ai mal, j'ai faim. J'ai peur pour Trunks. Je me demande s'il est à l'abri, si quelqu'un va penser à le nourrir, à le coucher, si quelqu'un va prendre la peine de l'endormir doucement. Je hais Végéta. Comme je m'en étais douté, il n'a rien à foutre ni de son fils, ni de moi. Je me demande même pourquoi il m'a ramenée ici, loin de Raditz et du champ de bataille.

A voir sa jubilation quand il a compris que Gokû avait vaincu son frère, Végéta crevait sûrement d'envie de savoir l'issue du combat, comme une épreuve qu'il infligeait à Gokû. C'est pour ça qu'il n'est pas intervenu, même s'il avait conscience qu'en battant Raditz, Gokû trahissait sa race et son trône.

Pourtant, Végéta a toutes les raisons d'être le plus loyal des sujets de son père, la logique aurait voulu qu'il me tue pour lui obéir et qu'il empêche Gokû de contrecarrer la mission de Raditz. Sa victoire aurait dû le mettre en rage. Malgré cela, Végéta a fait tout l'inverse jusqu'à présent, son attitude est incompréhensible. Où est-il parti maintenant ? Qu'est-ce qu'il a en tête ? Je n'en ai aucune idée.

Je dois bien avouer que de toute façon, il n'y a plus beaucoup d'idées vaillantes dans mon crâne en bouillie. Les seules choses qui parviennent à focaliser encore mon attention sont le froid perçant de la montagne, les douleurs de mes blessures et mon inquiétude pour Trunks. J'ai besoin de dormir. Je me recroqueville sur le sol dans l'espoir de me réchauffer au maximum. Mon revolver est toujours enserré entre mes doigts comme une amulette protectrice et je sombre peu à peu dans un mauvais sommeil.

Une main me secoue doucement et tandis que mon esprit se reconnecte péniblement à la réalité. Des courbatures terribles tiraillent sévèrement le moindre de mes muscles transis par le froid du petit matin. Un jour timide a commencé à éclaircir le ciel. Le visage de Gokû est penché sur moi. Il me sourit.

Dès que j'essaye de me redresser, un éclair de douleur me transperce le crâne et je réprime un gémissement en portant ma main à ma tête. Il y a des paquets de sang gluant dans mes cheveux et ça me panique un peu. Je renonce à tâter ma tête pour évaluer l'étendue de ma répugnante blessure et je me contente de mille précautions pour m'assoir sur le sol. Mes yeux tombent aussitôt sur le petit paquet de linge que Gokû tient au creux de son bras. Trunks.

Il a les yeux ouverts et me fixe sérieusement. Je murmure son nom et tend mes mains avides vers lui.

- Ne t'inquiète pas, la femme-médecin s'est occupée de lui, explique Gokû d'une voix rassurante.

J'enlace le nourrisson prudemment et je le serre contre moi doucement. Sa chaleur me réchauffe déjà.

- Végéta n'est pas avec toi ? demande Gokû en examinant les lieux autour de nous.

- Non. Cet enfoiré m'a ramenée ici et il m'a plantée comme un gros connard qu'il est.

Gokû me sourit avec amusement. Il a changé de tenue et je remarque sa tête bandée et sa lèvre affreusement fendues. Malgré ces blessures, il semble ravi.

- Il ne t'a pas fait de mal au moins, remarque-t-il, Je n'ai pas réalisé tout de suite qu'il t'avait prise avec lui… J'ai eu peur un instant…

- Qu'il finisse le boulot de Raditz ? J'y ai pensé aussi, figure-toi. Mais non, il s'est juste contenté d'être la même enflure arrogante que d'habitude, quelle chance.

Les mots de Végéta au sujet de son fils font écho dans mon esprit et rallument ma rancœur contre lui. Gokû se frotte le crâne avec indécision comme s'il réfléchissait.

- Je ne sais pas ce qu'il cherche, ni ce qu'il va faire maintenant, avoue-t-il.

- Il m'a dit que tu avais battu Raditz ?

Je suis excitée à l'idée que Gokû me confirme qu'il a éradiqué ce prédateur qui me pourrit la vie depuis un an. Gokû fronce légèrement les sourcils.

- C'est vrai, répond-t-il avec moins d'enthousiasme que je ne l'aurais attendu, c'est ce qui m'inquiète. En toute logique, Végéta devrait me traquer pour me faire payer d'avoir désobéi à un ordre royal … Mais je ne l'ai pas revu. Je ne sais même pas ce qu'il fabrique sur Terre en fait.

Je me frotte les yeux avec fatigue. J'ai définitivement besoin de soin et de repos. Les questions de Gokû me laissent aussi perplexes que lui et je n'arrive de toute façon plus à assembler deux idées cohérentes. Le comportement de Végéta est aussi indéchiffrable à mes yeux qu'il l'est à ceux de Gokû, ou aux yeux de n'importe qui de sensé, d'ailleurs.

- Gokû… Je veux rentrer chez moi maintenant, je veux que mes parents voient leur petit-fils.

Gokû baisse les yeux sur Trunks qui continue à nous observer silencieusement, calé contre ma poitrine. Il soupire.

- Bien sûr Bulma, tu l'as bien mérité, je te ramène.

Bunny est hystérique. Elle ne cesse de parler et même moi, je n'arrive plus à suivre son bavardage incessant. La Capsule est presque entièrement reconstruite. A l'identique. Je crois que ça rassure ma mère de faire comme si rien n'était arrivé, comme si aucun des murs n'avait jamais bougé de l'endroit où il se trouvait avant l'agression.

On m'a diagnostiqué un traumatisme crânien, quelques côtes fêlées et je suis bonne pour me faire recoudre le crâne. A part ça et quelques plaies superficielles, je suis indemne. Autant dire que Raditz ne m'a pas touchée. On m'a simplement prescrit du repos. Du repos. Je n'aspire à rien d'autre. Du repos et de la tranquillité.

Comme Végéta demeure introuvable, Gokû est rentré chez lui mais il m'a promis de revenir. J'avoue que je ne suis pas pressée de le voir reparaître, non pas que sa compagnie me déplaise, mais je sais au fond de moi que rien n'est terminé. Mon retour à la Capsule est une trêve inespérée dans ma galère mais j'ai le pressentiment qu'elle sera de courte durée.

Maintenant que Gokû a éliminé Raditz, je suppose que les choses vont même se corser. Le tout est de savoir à quel degré. Végéta, tout prince de sang qu'il est, a eu l'air de prendre la défaite de Raditz plutôt bien, en fait, alors les conséquences ne seront peut-être pas si terribles.

Et puis, il y a ce stupide contrat que le Roi a mis sur ma tête si fragile. Tout ça pour un oracle à la con. Même Végéta s'accorde à dire que la prémonition de Bardock ne me concerne pas. J'en suis presque à espérer qu'il ait couché avec d'autres femmes après moi pour qu'on s'en prenne à elle plutôt qu'à moi. Peut-être que c'est le cas, non ?

De toute façon, toutes mes hypothèses ne servent à rien parce que le Roi Végéta est buté et il est capable d'éliminer chacune des femmes que son fils a approchées depuis la puberté pour éviter que la vision de Bardok ne se réalise.

Gokû m'a promis qu'on trouverait une solution pour me sortir de cette galère. Il a l'air de penser que Végéta ne nous veut pas de mal et qu'il nous aidera, qu'il va finir par reparaître. Il est le Prince après tout, peut-être qu'il peut faire valoir un certain pouvoir. Personnellement, je suis beaucoup moins confiante. Surtout je ne suis pas franchement convaincue de la bienveillance de Végéta. Il ne nous aidera que si il y a intérêt, ce qui suppose qu'il y aura un prix à payer, quoiqu'il arrive.

Au milieu de cette tourmente, il ne me reste que Trunks. Bien que son père soit un connard, c'est un bébé merveilleusement réussi, à croire que mes gènes ont suffi à contrebalancer ceux de Végéta.

Je ne dors plus avec Bunny, je dors avec Trunks maintenant. La frayeur que j'ai eue quand il est resté seul dans la maison de Mona m'a marquée et j'ai du mal à me séparer de lui, même un instant.

Il est minuscule dans mon lit pharaonique et il se colle à moi dans son sommeil. Il est capable de me rassurer autant que de m'inquièter.

Comme j'ouvre les yeux ce matin, je compte que Gokû nous a quittés depuis une semaine et, comme chaque matin, je prie pour qu'il ne revienne pas aujourd'hui. Parce que, inconsciemment, je sais qu'il amènera de mauvaises nouvelles.

Je contemple le minuscule paquet lové contre moi, ses poings plaqués au niveau de ses tempes. Il dort encore, ses lèvres légèrement entrouvertes. Ses cheveux ont poussé déjà, ils ont la même couleur que ceux de mon père dans sa jeunesse.

Je ne peux m'empêcher de déposer un baiser furtif sur son visage lisse, tout en humant son parfum de bébé. Il fait une petite grimace mais ne se réveille pas et ses traits redevienne aussitôt impassibles. J'écoute sa respiration régulière et légèrement ronflante.

Il se passe un long moment avant que je me décide enfin à me détourner de ce spectacle fascinant. Comme je relève la tête, j'ai un sursaut irrésistible.

Végéta se tient sur le pas de la porte-fenêtre qui est restée ouverte toute la nuit. Je serre les lèvres pour étouffer un cri de surprise, mais mon sang se glace et mon bras s'enroule inconsciemment autour de la petite forme à côté de moi, dans un geste de protection.

Depuis le seuil de la porte-fenêtre, Végéta nous fixe de son regard sombre, les bras croisés. J'ignore depuis combien de temps il est là, à quelques pas de nous.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Qu'est-ce que tu veux ?

J'ai chuchoté pour éviter de réveiller Trunks, mais mon ton est agressif et méfiant. Végéta laisse son regard naviguer sur le décor autour de nous pendant un moment. J'en profite pour m'assoir et lui faire face du mieux que je peux.

Il s'avance vers le lit calmement et je prends aussitôt Trunks dans mes bras. Cette fois-ci, le petit ouvre les yeux et lâche un son. Végéta baisse les yeux sur lui et je m'aperçois qu'il observe sa queue qui dépasse de son pyjama. Je serre un peu plus mon étreinte autour du nourrisson.

- J'attends Kakarott, annonce-t-il finalement en reportant son attention sur moi.

- Gokû ? Mais il n'est pas là… Et on entre pas chez les gens comme ça, si tu veux savoir.

- Il ne va pas tarder, si ma théorie est bonne et… tes règles ne s'appliquent pas au Prince des saïyens, tu ne retiens décidément aucune leçon.

Je renifle avec dédain en haussant les épaules.

- Il faut qu'on parle, reprend-t-il sans prendre garde à ma réaction.

J'écarquille les yeux. Voilà du nouveau. On parle maintenant. De quoi va-t-il vouloir me parler ?

- Parler ?

- D'abord, j'ai faim et j'attends Kakarott, rectifie-t-il.

Je me lève avec humeur. Il croit toujours que je suis sa bonniche et ça m'excède, mais il a piqué ma curiosité et je dois admettre que je suis intriguée par la discussion qu'il est en train de me proposer.

- C'est bon, je vais te faire à manger, mais dégage de ma chambre le temps que je m'habille.

Il penche la tête avec incrédulité.

- Pourquoi ? Je crois que j'ai déjà tout vu, non ? réplique-t-il.

- Dégage ! Quel mufle ! Je le crois pas !

J'attrape un livre sur le chevet et je le lance furieusement dans sa direction. Evidemment je le rate, mais ma réaction le surprend suffisamment pour qu'il ait un mouvement de recul. Trunks se met alors à pleurer, bousculé par mon geste. Ça suffit à faire battre le saïyen en retraite et je m'aperçois que, pour puissant qu'il soit, ses oreilles ne semblent pas supporter les cris stridents d'un nourrisson.

Il sort et je m'habille tandis que Trunks se calme peu à peu.

Je ne me tracasse pas vraiment à lui faire un petit-déjeuner civilisé. Après tout, il l'a dit lui-même, les règles de l'hospitalité terrienne ne s'applique pas à lui. Je pose un empilement de tout ce que j'ai pu trouver dans le frigo sur la table. Il est installé déjà et lève un regard noir vers moi. Je le lui rends avec défi, attendant qu'il se plaigne de mes talents culinaires. Mais il ne dit rien et commence à engloutir la nourriture. Je l'observe, appuyée sur la table, un poing sur la hanche. Je finis par rompre le silence tout juste perturbé par son affreuse façon de manger.

- Gokû est chez lui, tu sais.

- Il va venir, grogne-t-il entre deux bouchées.

- Oh ? Et pourquoi il ferait ça ?

- Parce qu'il va s'inquiéter pour toi en comprenant que je suis ici.

Sa réponse me prend de court. Il essuie ses lèvres et s'arrête un instant de manger.

- Il repère les énergies, n'est-ce pas ? reprend-t-il, je veux dire, il n'a pas besoin de détecteur pour ça, il reconnait et localise les énergies. C'est comme ça qu'il t'a trouvée dans la montagne, c'est comme ça qu'il sait où je suis. Et je suis sûr qu'il peut même moduler sa propre énergie.

Son discours m'abasourdit. Je réalise subitement que les saïyens ne savent pas faire ça « naturellement », ils ont besoin de leurs petits gadgets pour tout ça. Je m'assois d'un coup et je commence à me demander où Végéta veut en venir. Il a un demi-sourire narquois en lisant ma stupéfaction sur mes traits.

- J'ai remarqué l'attachement absurde de Kakarott pour cette planète, pour ses habitants… Pour toi aussi. Il déploie une énergie considérable pour qu'il ne vous arrive rien, ajoute-t-il, vos ennemis sont ses ennemis.

Il a raison. Tout ce qu'il dit est vrai. Je m'aperçois aussi que c'est tellement l'opposé d'un saïyen qui ne cherche qu'à dominer et détruire les plus faibles que lui. Je préfère ne pas répondre. Je comprends subitement qu'il m'a emmenée dans la montagne pour voir si Gokû arriverait à me trouver et je suis contrariée de servir d'appât une fois de plus. Et Végéta me rend nerveuse, son discours me rend nerveuse, il y a un poids dans mon estomac. En réalité, je commence à redouter la petite discussion qui s'annonce. Je sors une cigarette de ma poche et je l'allume.

- Le problème maintenant pour lui, c'est que la race saïyenne, sa propre race, va faire partie de vos ennemis, conclut Végéta. Il va devoir choisir… Ou plutôt, il me semble qu'il a déjà choisi.

Je fronce les sourcils. J'aime de moins en moins ce qu'il est en train de raconter.

- Végéta, qu'est-ce que tu es venu faire sur Terre ?

Il sourit d'un air énigmatique à ma question.

- J'ai suivi Kakarott, qu'est-ce que tu crois ? J'étais décidé à confirmer ma théorie sur son vrai potentiel. Je ne m'attendais pas à assister à un combat entre lui et Raditz, mais je ne suis pas déçu du voyage.

Je hausse les épaules avec dépit. Si j'avais le moindre doute à ce sujet, il n'est évidemment pas venu ici pour me porter secours. D'ailleurs, je ne crois pas qu'il savait même que j'étais en danger, il ne l'a réalisé qu'en trouvant Raditz et Gokû sur le point de s'étriper.

- Bulma !

Mon nom a résonné d'un coup depuis le ciel et Gokû atterrit subitement sur la terrasse, me causant une frayeur terrible. Il est sur la défensive et son regard se rive aussitôt à Végéta.

- Ça va, Bulma ? Tu vas bien ? demande-t-il avec un empressement soucieux.

- Pour l'instant, à part me mettre de mauvaise humeur, il ne m'a rien fait.

J'observe Gokû qui se décontracte légèrement sans lâcher Végéta des yeux. Son prince continue à manger tranquillement, l'ombre d'un sourire flotte sur ses lèvres. L'arrivée de mon ami me fait prendre conscience à quel point Gokû est prévisible pour Végéta, à quel point il continue à se servir de moi pour le tenir. Ça m'irrite profondément.

Gokû reste debout immobile, surveillant le moindre geste de Végéta. En face de moi, mon « invité » n'a même pas levé les yeux sur lui. Finalement, il met un coup de pied dans une chaise qui dérape jusqu'à Gokû.

- Assieds-toi, grogne Végéta à son attention.

Gokû obéit mécaniquement. Techniquement, Végéta est toujours son Prince, après tout.

Je sens que mon ami est toujours sur la défensive. Végéta repose ses couverts et s'essuie la bouche, signifiant qu'il a fini de manger. Gokû et moi attendons silencieusement qu'il parle, suspendus stupidement à ses lèvres, tenus en haleine par la curiosité et l'angoisse. Il jubile de tant d'attention et prend son temps comme l'enfoiré princier qu'il est.

- Je suis repassé au QG saïyen et j'ai fini par joindre mon père, annonce Végéta.

Je commence à me mordre la lèvre à l'évocation du roi. Un espoir insensé s'allume en moi. Peut-être qu'il a réussi à convaincre son père de renoncer à me tuer ? Végéta est toujours imperturbable et fixe Gokû avec amusement en essayant de décrypter sa réaction.

- Et ? demande Gokû qui est à bout de patience.

Végéta sourit et hausse un sourcil.

- Il est furieux. Je l'ai rarement vu comme ça. Il veut sa mort, répond-t-il en me pointant du doigt, surtout depuis qu'il sait qu'elle a eu un fils.

La panique me submerge violemment et je me lève d'un coup, en le fusillant du regard.

- Tu lui as dit pour Trunks ?!

Il fronce légèrement les sourcils.

- Moi ? Non. C'est lui qui a cru me l'apprendre, par contre. Il le savait déjà, proteste-t-il.

J'ai un moment de stupeur. Comment le Roi a-t-il pu le savoir ? Raditz ? Je me souviens de Raditz, de sa réaction quand il m'a trouvée, il s'est tout de suite intéressé à Trunks, il n'a pas eu un instant d'hésitation. Mon regard et celui de Végéta se tournent aussitôt vers Gokû. Son expression piteuse en dit long. Il se frotte l'arrière du crâne avec embarras.

- Je l'ai dit à Raditz… J'avais pensé que ça pourrait le faire renoncer de savoir que tu étais la mère du fils de son Prince, bafouille-t-il. Et j'ai pensé que ça avait marché parce qu'après ça il avait disparu et…

- Crétin, crache Végéta, après ça, ce couillon ne savait plus ce qu'il devait faire et il est allé faire son rapport au Roi pour avoir de nouveaux ordres, c'est tout.

J'enfouis mon visage dans mes mains pour reprendre un peu mon calme. J'ai presque envie de frapper Gokû, mais je sais qu'il a cru bien faire, il a avant tout cherché à m'aider et il m'a protégée. Je ne peux même pas lui en vouloir. Mais l'idée que le Roi puisse maintenant s'intéresser à Trunks, ne serait-ce qu'un instant, me gèle les tripes.

- De toute façon, comme je m'y attendais, le bâtard ne l'intéresse pas, conclut Végéta avec indifférence.

Je retire mes mains de mon visage et je le fixe avec colère. Je pointe un doigt menaçant vers lui.

- La prochaine fois que tu traites notre fils de bâtard, je te jure que je te mets un de ces coups dont ta virilité ne se relèvera pas, tout prince saïyen que tu es.

Végéta hausse un sourcil, il a l'air un peu choqué par ce que je viens de lui promettre, mais il se contente de s'éclaircir la voix avant de poursuivre.

- Quoiqu'il en soit, c'est pas le problème. L'existence du môme a convaincu mon père qu'il fallait définitivement éliminer ta copine, Kakarott, parce qu'il est maintenant certain qu'elle est la femme de la prémonition.

Gokû a un imperceptible mouvement de recul. Personnellement, un froid m'envahit et je me rassois lentement avec désespoir. En écoutant Végéta, je prends subitement conscience de ma situation. Il n'y a plus de sécurité possible pour moi. Je suis en sursis et Gokû ne pourra pas me sauver éternellement. Instinctivement, mes yeux se tournent vers Végéta, comme une ultime et dérisoire possibilité de conjurer de cette malédiction au-dessus de ma tête.

Il me lance un coup d'œil en retour et perçoit ma terreur soudaine. Il ne dit rien et ne fait rien pour me réconforter cependant. Au contraire.

- Il ne reviendra jamais sur sa décision, ajoute-t-il comme s'il lisait mes pensées.

- Que peut-on faire ? demande Gokû avec consternation.

Végéta sourit malicieusement.

- Tu devrais aussi bien t'inquiéter pour toi, Kakarott, parce que toi aussi, tu es sur la liste des gens à abattre désormais… Officiellement, tu es coupable de haute trahison.

- Tu lui as dit que j'avais tué Raditz pour protéger Bulma ? s'exclame Gokû avec incrédulité.

- Bien sûr, siffle Végéta, je te rappelle que je suis le Prince héritier, pourquoi mentir à mon père ?

Gokû se fige. Je comprends qu'il attendait bizarrement une forme de loyauté de la part de Végéta et je mets ma main sur son bras en geste de consolation.

- Qu'est-ce que tu attendais de cet enfoiré, Gokû ? Qu'il te couvre ?

- Je ne comprends pas, bégaye Gokû, d'un côté… Tu n'as pas aidé Raditz, tu as même… mis Bulma à l'abri et… de l'autre, tu… balances tout à ton père.

- C'est vrai, quel jeu tu joues, Végéta ?

Végéta ne sourit plus. Il est assis en face de nous et son regard grave passe de l'un à l'autre.

- Je joue mon jeu. Je joue toujours que mon jeu, reprend-t-il. Mon père est aussi furieux après moi parce que j'ai quitté Végitasei sans sa permission pour suivre Kakarott… Il m'a donné l'ordre de remettre de l'ordre ici, de tuer la terrienne et le traitre. Vous deux.

Je me raidis un peu. Sa voix est calme et déterminée et, un instant, il me semble qu'il est sur le point de nous massacrer d'un seconde à l'autre. Ma main est toujours sur le bras de Gokû et inconsciemment mes doigts se crispent sur sa peau. Mais Végéta ne nous aurait pas déballé tout son petit speech si c'était pour nous tuer froidement. Il sourit légèrement en voyant nos têtes.

- Maintenant… J'ai deux options… Obéir et rentrer tranquillement sur Végitasei ou… Désobéir et rejoindre Kakarott sur la liste des traitres à la couronne, explique-t-il, la première alternative est évidemment beaucoup plus confortable.

Je perçois le souffle court et nerveux de Gokû à côté de moi. Il serre les dents et je vois les muscles saillants de sa mâchoire.

- Qu'est-ce que tu attends de nous ? marmonne-t-il à l'attention de Végéta.

Le Prince s'adosse avec nonchalance à sa chaise et sourit de nouveau, ravi d'avoir toute l'attention de Gokû et de sentir qu'il sera très réceptif à ses exigences. Dieu, que je le hais.

- Tu connais l'épine dans le pied du royaume saïyen, bien sûr, commence Végéta.

Gokû plisse les yeux et semble se plonger dans un intense de réflexion. Une nerveuse envie de rire monte en moi. Si Végéta veut expliquer quelque chose à Gokû, il va devoir se résigner à utiliser des mots plus simples et éviter les métaphores. Il semble le réaliser et ça le contrarie.

- Freezer ! aboie-t-il, comme pour réveiller Gokû.

- Freezer ?

- Bien sûr, imbécile ! L'empire Ice-jinn nous tient depuis trop longtemps. Ils sont plus puissants que nous, et nous sommes contraints de leur obéir et de leur payer des tributs toujours plus lourds. S'ils n'étaient pas là, nous serions les rois de l'univers, tu comprends ça ?

Végéta crache ses mots plutôt qu'il ne les dit et je perçois toute l'amertume et le fiel en lui à l'évocation de Freezer. Je ressens sa frustration intense. Le connaissant, courber la tête devant quelqu'un doit représenter un avilissement inimaginable. Lui qui est si accroché à sa toute-puissance, ne devient plus qu'un pion servile quand Freezer entre dans la pièce. C'est une atteinte intolérable à sa fierté.

- Je sais tout ça, Végéta… Mais que peut-on y faire, c'est comme ça depuis toujours, soupire Gokû, tu l'as dit, ils sont plus puissants que nous…

- Faux ! C'est faux, coasse Végéta, je veux me faire Freezer, je sais que c'est possible. Mon père est un idiot, il n'a jamais su gérer le problème qu'à coup de courbettes et de diplomatie de béni-oui-oui. Moi je sais qu'on peut le vaincre.

Gokû baisse les yeux, les sourcils froncés.

- Tu es fou, maugrée-t-il en réponse.

- T'en sais rien ! T'as déjà approché cet enfoiré de lézard ?

- Non.

- Moi, je l'ai fait. A nous deux, on peut y arriver, clame Végéta en frappant la table du plat de la main.

Gokû et moi sursautons imperceptiblement.

- A nous deux ? répète Gokû avec incrédulité. Mais… Mon potentiel…

- C'est de la connerie. Tu as battu Raditz, je t'ai observé à l'entraînement, tu maîtrises sans mal des techniques que les guerriers saïyens mettent des années à assimiler dans nos meilleures écoles militaires. Arrête de te moquer de moi, Kakarott.

Gokû se tait. Depuis toujours, il a dissimulé ses véritables aptitudes. Même s'il rêvait de les utiliser, il n'a jamais voulu intégrer l'armée de sa race. Il rêve de combat mais pas d'exterminer des planètes peuplées d'innocents. Ce que Végéta lui propose aujourd'hui est très différent, il s'agit d'éliminer un tyran sanguinaire, et, bien qu'il résiste faiblement à sa proposition, je sais qu'il en a l'eau à la bouche déjà.

- Alors, si j'accepte de t'accompagner pour défier Freezer… Tu laisses la vie sauve à Bulma et tu promets de ne pas t'attaquer à cette planète, résume Gokû.

Végéta soupire avec une pointe d'agacement.

- C'est pas si simple, Gokû. J'ai oublié de te dire que mon père ne m'accorde pas vraiment une confiance aveugle, il sait que je ne lui obéis pas toujours. Il a envoyé une flotte de soldats vers la Terre.

- Quoi ?!

Cette fois-ci, Gokû et moi poussons notre cri de concert et je me lève aussitôt avec panique en m'écriant :

- Mais… Qu'est-ce qu'ils vont faire ? Qu'est-ce qui va se passer ?

- Très simple : en voyant que je suis parti sans donner de nouvelles, ils vont te chercher pour te tuer, et s'il ne te trouve pas, il vont raser la planète, explique calmement Végéta.

- C'est hors de question ! Je ne pars pas dans ces conditions, sans compter que ma femme et mon fils sont ici… Et ton fils aussi ! s'exclame Gokû.

Végéta fronce les sourcils avec une moue de contrariété.

- Ils ne tueront pas ton fils, ils le ramèneront à Bardock, argumente Végéta.

- Mais les autres ?! Et Chichi? C'est impossible, renchérit Gokû.

- Je m'attendais à ça, grommèle Végéta avec ennui.

- Qu'est-ce que tu proposes, alors ? siffle Gokû avec colère.

Il me pointe du doigt.

- On l'emmène, énonce-t-il.

- Tu déconnes ! Je refuse de venir avec vous !

Le souffle me manque. Je ne veux plus quitter la Terre. Je refuse. Trois ans dans l'espace et sur des planètes lointaines m'ont largement suffi. J'ai eu assez de mal à retrouver le chemin de ma maison.

- Alors, tu mourras. Et peut-être que les habitants de cette planète aussi, et mon père prendra le bébé, riposte Végéta avec un haussement d'épaules. Si on t'embarque et qu'on le fait savoir à mon père, on va avoir la flotte au cul, mais ils ne viendront pas ici. Tout le monde ici sera sauf parce que les soldats vont focaliser sur nous.

Il nous fixe mais nous restons tous les deux silencieux, abasourdis par sa proposition. Je regarde Gokû mais il a l'air aussi perdu que moi.

- C'est ce que vous voulez, non ? aboie Végéta tout d'un coup. Vos petites familles bien à l'abri ? C'est bien ça qui vous tient le plus à cœur ?

Chacun de ses mots résonne dans mon esprit rebelle. Je ne veux pas. Je ne veux plus. Je veux rester auprès de mes parents, je veux une vie normale au milieu de gens normaux, je veux voir le soleil tous les jours. Mais avant tout, je veux vivre et je ne veux plus de morts sur la conscience. Je veux pouvoir dormir sans cauchemar.

Je sonde les prunelles de Gokû et je sens la même lutte en lui. Je sais qu'il rêve de ce combat inespéré. Un véritable adversaire, une véritable croisade… Mais sans retour assuré. Il devra peut-être renoncer au sourire de Gohan, à Chichi…

Ces chiens de saïyens nous ont mis tous les deux au pied du mur. L'évidence m'apparaît implacablement : si nous voulons survivre et protéger ceux que nous chérissons et quelques milliards d'innocents, nous n'aurons pas d'autres choix que de devenir des fugitifs, loin de chez eux, exilés peut-être jusqu'à la fin de leurs vies.

Gokû me rend mon regard et nous hochons la tête simultanément, comme si nos réflexions avaient cheminé de concert dans nos deux cerveaux.

- C'est d'accord, soupire Gokû.

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