Grüssgott. Ce chapitre est plus court que d'habitude. Chapitre de transition qui m'a paru nécessaire pour entrer dans un nouvel acte de l'histoire.
Et je tenais à dire que personne ne doit se sentir obligé de laisser des reviews et que je ne le prends pas mal quand il n'y en a pas. Vous m'avez déjà pas mal gâtée sur le sujet et les reviews (ou l'absence de reviews) n'ont jamais conditionné la publication de la suite (sinon certaines de mes histoires n'auraient jamais eu de fin^^). Je le précise parce que c'est pas forcément la politique de tous les auteurs. J'écris parce que j'aime ça et je publie tant qu'il y a une poignée de lecteurs que mon histoire intéresse. Le reste c'est la cerise sur le gâteau.
Alors merci les cerises.
Chapitre 18
J'éteins l'appareil de contrôle, après avoir vérifié pour la millième fois que toutes les données étaient bonnes, puis je retire mes gants d'un geste las et je me laisse tomber sur le fauteuil du pilote.
Devant moi, la console d'un « Bunny 6 » presque neuf étale fièrement ses commandes. Ce sera notre vaisseau.
Végéta et Gokû sont venus de Végitasei avec de simples capsules monoplaces qui ne nous permettront pas de voyager. La 6ème génération de Bunny est un bon vaisseau. Mon père s'y est appliqué. Un peu plus que pour le choix du nom en tout cas. Après réflexion, j'ai donc choisi cet engin pour notre improbable odyssée.
Il peut être rapide et il est suffisamment spacieux pour y co-exister à peu près pacifiquement avec deux saïyens. Mon père et moi travaillons sans relâche depuis dix jours à lui apporter quelques améliorations. D'abord, nous l'avons équipé de canons; ils n'ont rien de comparable aux engins de guerre des saïyens, mais ça m'a paru immédiatement indispensable. Autant voir les choses en face, on ne part pas en pique-nique.
On a aussi aménagé une salle d'entraînement pour Gokû et Végéta. Ça, c'est une idée de mon père. Cette salle-là n'est pas comme les autres, elle dispose d'un petit bonus : on peut y moduler la gravité. Ça fait déjà quelques années que mon père planchait sur ce projet et il est excité comme un gamin à l'idée de le tester sur les deux saïyens. Il m'assomme d'explications et de recommandations à son sujet et m'a même remis un manuel de la taille d'une encyclopédie sur son fonctionnement. Je dois admettre que sa trouvaille a l'air monstrueuse et Gokû lui-même semble impatient de l'essayer.
En réalité, à part moi, tout le monde a l'air impatient maintenant. Végéta nous presse de finir les mises au point ces derniers jours, il faut partir. De mon côté, j'ai plutôt le sentiment inverse. Plus les jours passent, plus ma détermination à les suivre dans cette aventure insensée se fane. J'ai pourtant conscience de l'urgence de déguerpir avant que les troupes saïyennes ne s'approchent trop de la Terre.
Mais il va falloir que je laisse Trunks. C'est un détail que mon esprit a voulu oublier depuis que nous avons accepté le plan de Végéta, un détail qui est resté comme une ombre menaçante, et qui se précise de plus en plus douloureusement à mesure que le jour du départ se rapproche.
Maintenant que les choses prennent une tournure de plus en plus concrète, cette séparation me paraît impossible. Inimaginable. Déjà, j'ai commencé à passer de moins en moins de temps avec mon fils à cause de la préparation de ce foutu vaisseau, qui m'occupe jour et nuit et me vide de mes forces, et ça a suffi à éveiller un sentiment aigüe de manque en moi. L'idée d'une séparation totale me terrifie complètement à présent.
Il n'a que six semaines, est-il humain de le priver de sa mère ? Non bien sûr, mais à la vérité, c'est très saïyen dans le fond. Et Trunks est à moitié saïyen. Cette réflexion me fait sourire avec amertume.
La fatigue aidant, je sens les larmes couler sur mon visage. Peut-être que je pourrai l'emmener après tout ? C'est une possibilité qui me vient à l'esprit au moins dix fois par jour. Et j'ai beau me raisonner en me martelant que c'est impossible, je refuse d'y renoncer.
Je mordille nerveusement mon ongle, les yeux dans le vide en y réfléchissant pour la centième fois.
- Tu es là ? Je te cherche partout, grogne une voix derrière moi.
Je reconnais instantanément la grâce de Végéta. Je renifle discrètement et je chasse les larmes d'un mouvement rapide. Je sens sa main s'appuyer sur le dossier de mon fauteuil. Je balance mes outils dans ma sacoche ouverte sur le sol avec un soupir, avant de répondre.
- J'ai fini pour ce soir.
- Tout est prêt, alors ? demande sa voix rude dans mon dos.
- A peu près… Il faudrait encore…
Il ne me laisse pas finir de bredouiller mes explications et pivote brusquement le fauteuil vers lui pour me faire face. Je suis surprise par le mouvement et je lève des yeux stupéfaits vers lui.
- Tout est prêt, coupe-t-il d'un ton autoritaire. Arrête d'inventer des excuses, on part ce soir.
- Quoi ?... Déjà… Mais… Deux jours, tu… On peut bien encore prendre deux jours… Mon père et moi, on pourrait…
- Ce soir, répète-t-il d'un ton ferme.
La panique me prend.
- Et… Si on faisait juste croire à ton père que je suis sur le vaisseau ? Il… Je resterais ici en fait parce que… Je vais vous encombrer sur le vaisseau et…
- Ce soir. Kakarott ne te laissera pas prendre le risque que mon père découvre la supercherie et vienne raser la planète.
J'attrape son poignet avec affolement.
- Végéta. Attends. Tu… Il n'y aurait pas un autre moyen ?... Tu es leur Prince, après tout… Je veux dire, je me souviens du respect qu'on te porte à Végitasei, alors…
Je le supplie du regard. Pour la première fois, ses yeux noirs, d'habitude si froids, se voilent et deviennent presque humains. Il me dévisage silencieusement. Je le fixe avec insistance, mes doigts serrés sur son poignet, pleine d'espoir, tout en écartant nerveusement les larmes qui s'obstinent.
Il porte sa main au niveau de mon visage et, l'espace d'un instant, j'ai l'impression qu'il va passer ses doigts sur ma joue humide. Mais il s'immobilise à quelques millimètres de ma peau. Finalement, il soupire.
- Ce soir, conclut-il à mi-voix, ne traine pas. Viens chercher tes affaires.
Comme je ne bouge pas, il saisit mon bras et me force à me lever. Je suis mollement le mouvement, sans aucun entrain.
Nous regagnons tous les deux la Capsule sans un mot. Il s'est installé chez nous depuis qu'on a décidé d'adhérer à son projet de dingue. Ma mère a tenu à ce qu'il séjourne chez nous et finalement, il ne s'est pas fait prier. Elle est bizarrement folle de lui, comme si elle ne se rendait pas compte de sa personnalité lunatique et de son arrogance insupportable. La mauvaise humeur constante de Végéta glisse sur elle de manière tout à fait stupéfiante. De son côté, je soupçonne Végéta d'apprécier son dévouement à faire ses quatre volontés. Parce qu'en plus, elle le traite véritablement comme un prince. Je lui ai rappelé plusieurs fois qu'elle n'était pas obligée mais elle dit que ça lui fait plaisir et puis « C'est le père de Trunks quand même ». A chaque fois qu'elle mentionne ce détail, je cherche à me souvenir comment tout ça est arrivé, comment j'ai pu croire que tout ça pourrait donner quelque chose de bon.
Je ne m'explique pas comment un type aussi horripilant arrive à exercer un tel ascendant sur les gens. Peu importe, de toute façon, Bunny a toujours été un peu folle, alors du moment qu'il ne lui fait pas de mal et qu'il la traite correctement, je laisse faire.
Pour le trajet de retour, il a tenu à monter dans mon avion avec moi. Il ne fait jamais ça d'habitude, il vole de son côté sans se préoccuper de moi, mais j'ai compris qu'aujourd'hui, il se méfie de mes réactions. Il n'a pas tort. Malgré moi, mon petit cerveau s'est remis à essayer de calculer comment je pourrais échapper à ce voyage.
Je ne pleure plus. J'essaye juste de me convaincre que je ne peux pas rester ici. Je ne dois pas rester ici. C'est égoïste d'envisager le contraire et de mettre toutes les vies de cette planète en danger, juste pour rester avec mon fils. Il sera bien. Bunny va évidemment bien s'en occuper. Il grandira au soleil, il aura la vie insouciante d'un petit garçon normal. Presque normal puisqu'il n'aura pas ses parents, mais pour le reste, tout se passera comme pour n'importe quel gamin. L'école, les copains, la chaleur d'un foyer. Quand le reverrai-je ?
- Quand vous aurez battu Freezer, je pourrai revenir ici, n'est-ce pas ?
Ma question trouble le silence de manière inattendue. Végéta est assis à côté de moi, les bras croisés, sur le siège passager et semble absorbé par la contemplation du paysage aérien. Il tourne la tête vers moi et rencontre mon regard perdu.
- J'en sais rien, répond-t-il.
- Quoi ? Je… Pourquoi je pourrais pas ?
- Mon père n'est pas du genre qui pardonne. Je ne sais pas si la tête de Freezer suffira à lui faire oublier le défi qu'on s'apprête à lui lancer.
- Mais… Mais je croyais…
Il soupire et s'adosse à son siège en croisant les mains derrière sa tête.
- Peut-être que tu pourras. Peut-être pas. Arrête de pleurnicher, tu ne comprends pas la chance que tu as, d'avoir la protection de Kakarott, conclut-il froidement.
- Ha ! C'est la meilleure… Et la poisse que j'ai eue de croiser ta route, tu veux qu'on en parle ?
Il fronce les sourcils et me fusille du regard.
- Tout le monde croise ma route un jour ou l'autre, t'as toujours pas réalisé à quel point ton sort est plus enviable que celui de milliers d'autres ? T'as fini de te plaindre ? Les terriens… Vous êtes vraiment faibles…Toujours à geindre…
- Va te faire foutre !
Je le hais. Viscéralement. Avec ses airs supérieurs et son arrogance. C'est sûr, avec un cœur de glace comme le sien, on risque pas la dépression.
- Me parle pas comme ça, siffle-t-il.
- Non ? Ecoute bien : Va-te-fai-re-fou-tre. Et tu sais quoi ? ll va falloir t'y faire, parce qu'on va se retrouver parqués dans ce vaisseau pour un moment, et on va pas rejouer le maître et la femme de chambre cette fois-ci, tu peux me croire.
Je le défie du regard. J'attends. J'espère. Je prie. Qu'il lève la main, qu'il m'en retourne une. Vas-y. J'espère que c'est ce qu'il va faire. Je le connais. S'il me blesse, ça va beaucoup compliquer notre départ de ce soir, c'est sûr. Mais il se contente de me rendre mon regard, les dents serrées, les prunelles flambantes.
Je finis par détourner les yeux avec un soupir. Soit il a compris que je le cherche, soit il m'accorde beaucoup plus d'égard qu'il ne veut bien le reconnaître pour m'autoriser à le défier de la sorte. Je m'en fous, le résultat est le même, je me sens si malheureuse de devoir quitter Trunks.
- Tu reverras le gamin.
Je mets un temps avant d'enregistrer ses mots. Il a parlé si bas que je doute un instant les avoir entendus et leurs sens me semblent si extraordinaires que je dois les repasser plusieurs fois dans mon esprit. Je lui jette un coup d'œil en coin. Il ne m'a pas lâchée des yeux, mais il ne paraît plus en colère tout d'un coup.
- Quand on aura tué Freezer… Quoiqu'il arrive… Je te le promets, ajoute-t-il dans un murmure presque inaudible.
Je ne sais pas comment il a fini par comprendre que c'était la perspective de quitter Trunks qui m'arrachait les tripes depuis ces derniers jours. Je ne lui en ai jamais parlé et il a l'air si indifférent aux sentiments des autres, il a si peu de psychologie humaine, que je n'aurai pas imaginé qu'il puisse comprendre. Je m'aperçois qu'il est bien plus observateur qu'il n'y paraît et peut-être se soucie-t-il de moi à sa manière.
Bizarrement, ses paroles me réconfortent incroyablement. J'ai une confiance totale en ce qu'il me dit. Je sais qu'il peut être un enfoiré, je sais que c'est un égocentrique pathologique, mais je le crois. Je hoche silencieusement la tête tandis que j'engage les manœuvres d'atterrissage pour me poser à la Capsule.
Malgré ce que Végéta m'a dit, je reste agitée. Arrivée à la maison, je commence à tourner en rond, sans vraiment rassembler les affaires dont je pourrais avoir besoin. Je balade Trunks dans mes bras sans me décider à le poser pour avoir les mains libres. Je m'aperçois subitement que je suis plantée au milieu de ma chambre, au milieu d'un chaos indescriptible de vêtements et objets éparpillés sur le sol et dans les recoins. Mes yeux se posent sur les valises que j'ai sorties depuis dix jours et qui restent désespérément vides. Quelque chose en moi refuse de les remplir, ma cervelle refuse de se concentrer sur la liste des choses dont j'aurais besoin si je partais avec Végéta et Gokû, sans mon fils, pour un voyage à durée indéterminée dans l'espace.
Je m'immobilise en contemplant le désastre de mon inefficacité. Il va bien falloir que je parte pourtant. Trunks est blotti contre moi et ses grands yeux sérieux observent le désordre environnant. La voix de Bunny, qui est en train de discuter avec Végéta au rez-de-chaussée, me parvient en écho. Plus précisément, elle parle toute seule, sans discontinuer, avec sa façon typique de faire les questions et les réponses, et j'imagine facilement que Végéta n'écoute pas une seule de ses paroles.
Je me sens dépassée, désespérée. Je me laisse tomber sur le lit avec un soupir. Trunks pousse un petit cri bref, bousculé par le mouvement. Il a l'air de trouver ça drôle. Je sonde ses grands yeux gris et sérieux. Il me fixe en retour. Je commence à murmurer à son oreille.
- Je reviendrai, je te le promets. Et ton père aussi l'a promis, tu sais. Je reviendrai.
Le son de mes voix l'agite soudainement et il lève sa main maladroite vers mon visage. Je le laisse agripper faiblement mon nez et je luis souris.
- Tu seras en sécurité ici. Et ne t'inquiète pas pour moi, tout ira bien. Gokû me protégera… Et ton père aussi sûrement, il veillera sur moi. Il est grincheux et insupportable, mais il fera ce qu'il faut parce qu'il a promis qu'on se reverra.
Trunks interrompt mon discours en lâchant un son. Je caresse sa joue doucement et je l'embrasse. Rapprochant mes lèvres de son oreille, je rajoute dans un souffle.
- Et si maman s'y prend bien, peut-être même qu'il acceptera d'être un vrai papa pour toi. Tu le mérites, même si lui, ne te mérite sûrement pas… Tu es juste… parfait.
Je passe mon nez dans le duvet léger de ses cheveux. Sentir son odeur me serre le cœur. Quand nous reverrons-nous ? Sera-t-il encore un bébé ? Je niche mon visage au creux de son cou et je savoure cet instant. Un de nos derniers instants.
Je ne sais pas comment je me suis endormie. J'ai trop de sommeil à rattraper et la douce chaleur de Trunks m'a apaisée au point que la somnolence s'est emparée de moi sans que je m'en rende compte. Une ombre devant mes paupières me réveille en sursaut et je lève instinctivement ma main en geste de défense. J'attrape des doigts avant même d'ouvrir les yeux.
Je mets une fraction de seconde avant de réaliser que Végéta se tient au-dessus de moi avec une expression ennuyée.
- Il faut y aller maintenant, marmonne-t-il.
Je cligne des yeux sans réagir, écartant lentement sa main au-dessus de mon visage.
- Je ne suis pas prête, ma valise est pas faite
- Ta mère s'est occupée de ça pendant que tu dormais, riposte-t-il avec humeur, bouge-toi.
Je m'assois sur le lit et je baisse les yeux sur le bébé. Ma mère l'a changé pendant mon sommeil et elle l'a sûrement nourri aussi. Elle a eu l'attention de le recoucher à côté de moi. Elle comprend. J'ai l'impression qu'elle est la seule à vraiment le faire, la seule à savoir le prix que je m'apprête à payer.
Soudain, je m'aperçois que Végéta le regarde aussi. Je me demande s'il est triste de le quitter. Non. Sûrement pas. Il lui accorde à peine de l'intérêt. Pourtant, je sens une sorte de curiosité en lui.
Ses yeux noirs rencontrent les miens. Il détourne aussitôt la tête comme si je l'avais surpris à faire quelque chose d'inavouable.
- Gokû nous attend au QG déjà, grogne-t-il en quittant la pièce avec désinvolture.
Le temps est couvert et la nuit d'été peine à s'installer. Je suis nerveuse. Mon père s'occupe de faire embarquer mes valises tandis que j'accompagne Végéta à la salle de contrôle du QG. Il ne reste que quelques saïyens ici, peut-être quatre ou cinq. Ils lui obéissent aveuglément et j'ai compris qu'ils espéraient en réalité rentrer sur Végitasei aussi vite que possible. Quelques-uns sont des soldats de dernière classe, d'autres de simples techniciens. Je ne prête pas vraiment attention à eux, pas plus qu'eux à moi.
En passant le pas de la porte, je tombe sur Chichi et Gohan. Ils se tiennent à côté de Gokû. Je ne les ai pas revus depuis presque un an. Gohan a grandi, il ressemble de plus en plus à un petit garçon et de moins en moins à un bébé. En le voyant, je ne peux m'empêcher de penser un instant à tout ce que je vais manquer de la vie de Trunks. Quand je le reverrai, il sera peut-être lui aussi déjà un petit garçon.
Chichi me sourit timidement et m'enlace.
- Bulma… Je me suis fait tellement de souci, tu sais, chuchote-t-elle doucement.
- Merci Chichi, tu vois nous allons bien.
Elle baisse des yeux èmus sur mon bébé blotti dans mes bras et je la laisse le prendre avec précaution.
- On va contacter mon père, annonce Végéta, il doit savoir que nous partons… Tous les trois.
Il a insisté sur les derniers mots et me jette un coup d'œil méfiant. Je hoche la tête pour lui donner le change et j'inspire pour me donner du courage. Il faut partir.
- La salle de visio-conférence est juste à côté, indique Gokû à mon attention.
Je le suis docilement et silencieusement.
- Ça va Bulma ? me chuchote-t-il, tu as une tête d'enterrement.
Je lui réponds par un faible grognement. La pièce où nous entrons n'est pas très grande. Un mur entier est occupé par un écran gigantesque. Je lève les yeux avec incertitude. L'idée que le Roi Végéta va apparaître en gros plan dans un instant me noue un peu les tripes.
Dans mon dos, Végéta a refermé précautionneusement la porte et nous nous retrouvons seul tous les trois. La pièce est insonorisée pour que personne d'extérieur ne puisse capter ce qui se dit lors des transmissions. Il y a même des fauteuils moelleux installés en face de l'écran, en perspective de conférences entre gens importants, j'imagine. Personnellement, je suis trop nerveuse pour m'assoir. Je remarque que c'est aussi le cas des deux saïyens.
Végéta échange un regard avec Gokû, avant d'actionner une commande sur l'une des consoles. L'écran s'illumine subitement, tandis que l'éclairage de la pièce se tamise simultanément. La différence lumineuse m'agresse les yeux aussitôt et je lève ma main pour les protéger.
Pendant un moment, l'écran reste gris, puis, tout d'un coup, la face énorme du Roi apparaît. J'ai inconsciemment un petit pas de recul. Ses traits graves et son regard sévère suffisent à me terrifier. Nous nous tenons tous les trois face à lui. Végéta est entre Gokû et moi, les bras croisés et l'air incroyablement tranquille. Ce type a vraiment peur de rien. Je ne vois pas Gokû de l'autre côté mais je me demande s'il est aussi nerveux que moi.
Avant de parler, le Roi nous scrute un à un silencieusement, comme s'il avait envie de nous dévorer. Ses yeux me paraissent terriblement cruels et froids. Je sens un frisson parcourir mon échine, et à nouveau j'esquive un mouvement timide pour me rapprocher de Végéta.
- Alors ? tonne subitement la voix du Roi, tu as retrouvé ces deux parasites, je vois. Pourquoi sont-ils encore vivants ? Ou peut-être as-tu l'intention de m'offrir le spectacle de leur mise à mort ? Dépêche-toi, j'ai pas tout mon temps.
Il s'adresse à son fils, bien sûr. Végéta ne cille pas quand il prend la parole. Il paraît très décontracté, c'est tout à fait déconcertant.
- Non, répond simplement le Prince.
Il ne prend même pas la peine d'une explication ou d'une pique de défi. Un seul mot suffit. Le Roi Végéta fronce aussitôt les sourcils.
- Non ? Quoi, non ? demande-t-il avec une pointe d'incrédulité, je t'ai ordonné de les éliminer, tu crois que j'ai rien d'autre à faire ?
- Non. Je ne vais pas les tuer.
- Quoi ?!
L'expression du Roi se transforme pour passer de l'ennui à la colère en une fraction de seconde.
- Ecoute-moi bien, hurle-t-il, tu vas faire exactement ce que je te dis ! Et tu vas le faire maintenant ! Ne te crois pas plus fort que tu n'es Végéta, je suis le Roi et toi, tu n'es rien si je le décide, tu m'entends ?
Son intonation est si furieuse que les haut-parleurs qui nous transmettent le son vibrent comme s'ils étaient sur le point d'exploser. Je serre les dents, crispée par l'angoisse. Végéta n'a pas frémi une seconde, il est toujours là, les bras croisés, l'air sérieux et imperturbable.
- J'ai décidé que ces deux-là pourraient bien avoir une valeur ajoutée finalement, alors je ne vais pas les tuer pour l'instant, je voulais que tu le saches, reprend Végéta.
J'ai l'impression que le Roi va se ruer sur l'écran, subitement pris par une rage indescriptible. Sa face défigurée par l'indignation et la fureur se rapproche de nous. Il pointe son fils du doigt en aboyant :
- La Horde est en route vers la Terre, fais-moi confiance, ils vont faire le boulot pour toi, et ils vont te massacrer avec tes deux « valeurs ajoutées », si tu ne changes pas d'attitude, tu peux me croire… Tu es fort mais tu sais que tu ne pourras rien contre eux !
Végéta se met à ricaner sournoisement. Sa réaction me glace et même son père interrompt sa diatribe menaçante, interloqué de le trouver si sûr de lui.
- Comme tu veux, mais je ne les tuerai pas, réplique tranquillement Végéta, et il vaudrait mieux qu'elle se dépêche, ta horde, parce qu'on se tirait d'ici justement.
- Végéta! Ne pousse pas ta chance trop loin !rugit le Roi, t'as intérêt à rester où tu es... De toute façon, je vais donner des ordres…
- A qui ? Je te rappelle que les troupes ici se résument à deux pauvres troisièmes classes, et de toute façon, j'ai coupé la transmission, coupe le Prince.
- Végéta, siffle le monarque hors d'haleine, je vais t'étriper de mes mains, fils ou pas fils, tu m'entends ? J'ai d'autres prétendants pour me succéder, j'ai pas besoin d'un morveux prétentieux comme toi !
J'ai l'impression que mon cœur va exploser devant le spectacle de la tête cramoisie du Roi, je pourrais défaillir juste aux décibels qu'il produit. Il menace son fils de mort avec une telle facilité que je n'ose même pas imaginer ce qu'il serait capable de nous faire, à Gokû et à moi, s'il pouvait nous atteindre physiquement. Végéta, qui avait l'air si sûr de lui jusqu'à présent, hausse subitement un sourcil.
- Alors tu me destitues officiellement ? demande-t-il avec une pointe de déception.
- Non seulement je te destitue, mais je te condamne à mort ! Une mort personnelle que je te réserve, traître à ton Roi ! hurle le Roi.
- Bon. Comme tu veux. Je te laisse alors, il faut que je pense à me recycler.
Végéta ne laisse pas le temps à son père de répliquer et coupe la communication d'un geste sec. Il ouvre aussitôt un boitier de commande de la console et arrache brutalement des fils avant de remettre le cache en place.
Le silence est retombé d'un coup et les lumières de la pièce se sont rallumées. Je reste abasourdie et j'ai l'impression que mes oreilles sifflent encore de ce que je viens d'entendre. Je croise le regard stupéfait de Gokû.
- Je pense que ça devrait suffire pour détourner son attention de la Terre, annonce Végéta d'une voix satisfaite.
- Tu… Tu… étais obligé de, bégaye Gokû.
- D'y aller aussi fort ?
J'ai terminé sa question tant il est évident que nous partageons la même impression. La violence inouïe du Roi à notre encontre me paraît démesurée. Même si, dans le fond, elle n'est pas très étonnante. Il est à l'identique de son fils, il ne supporte pas la moindre remise en cause de son autorité. Végéta lève les yeux vers nous avec un petit sourire narquois.
- Quoi ? T'as peur ? demande-t-il à Gokû.
- Moi, j'ai peur ! dis-je.
- Toi ? Tu as peur ? Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ? réplique Végéta avec malice.
Je m'aperçois avec stupéfaction que tout ça l'amuse. Je le lis dans ses yeux. Comme s'il ne s'était jamais autant amusé de sa vie. Ce type est un malade. Gokû et moi échangeons un coup d'œil incrédule.
- Trainons pas, conclut Végéta en quittant la pièce sans nous attendre.
Chichi nous attend avec Trunks dans les bras. Mes parents les ont rejoints dans la salle de contrôle où les deux techniciens saïyens attendent leur Prince. De toute évidence, ils ne soupçonnent pas un instant ce que leur Roi vient de lui dire.
- Tout est prêt, annonce l'un d'eux à Végéta.
Nous nous mettons tous en marche vers le tarmac. Je serre à nouveau Trunks contre moi. Il s'est endormi pendant que nous étions dans la salle de transmission, inconscient que je m'apprête à l'abandonner. Je rectifie mentalement, inconscient de mon départ imminent. Son poids léger contre moi me rassure mais à mesure que je me rapproche du vaisseau, mes doigts se crispent sur lui.
Arrivée au pied de la rampe d'accès, je plaque ma joue contre sa tête minuscule. A nouveau son odeur et sa chaleur de bébé me submergent. Je reste un instant dans cette position, tandis que Gokû fait ses adieux à sa famille de son côté. Je l'entends chuchoter à l'oreille de Chichi. Si les saïyens devaient débarquer, il lui recommande de leur faire savoir que Gohan est le petit-fils de Bardock et Trunks celui du Roi. Il rajoute aussitôt à voix basse qu'ils ne viendront pas ici de toute façon, bien sûr.
Je perçois l'anxiété de Chichi. Une main timide se pose sur mon épaule. Je relève la tête. Bunny me regarde avec son éternel sourire.
- Tu reviendras vite chérie, je vais bien m'occuper de lui, tu sais, explique-t-elle comme si je partais en vacance.
Je la laisse prendre le bébé qui s'est réveillé et grogne un peu. J'embrasse furtivement mes parents et je m'éloigne pour m'engager sur la passerelle d'accès au vaisseau. Quand j'arrive à mi-hauteur, les cris de Trunks commencent à résonner. Des cris de rage, de ceux qu'il émet quand il est fâché, quand on l'a réveillé ou qu'on tarde à le nourrir. Des cris que je prends inconsciemment comme un salut de mon départ, comme s'il savait que je ne reviendrai pas de si tôt.
Je m'immobilise, tétanisée, et je ne peux m'empêcher de me retourner. Il est dans les bras de Bunny, toujours souriante, qui m'adresse un signe d'au-revoir de la main. Mes pieds sont paralysés, je ne peux plus monter la rampe, les hurlements de Trunks m'hypnotisent.
- Monte dans ce foutu vaisseau ! râle la voix de Végéta dans mon dos.
Je suis incapable de bouger, je me mords la lèvre et, de nouveau, ma cervelle est en train de chercher une ultime fois s'il n'existerait pas un moyen d'échapper à tout ça. Végéta aboie derrière moi, je n'écoute plus, je commence à redescendre la passerelle. Il faut au moins que je le rassure, je ne peux pas laisser comme ça. Mes parents me regardent avec incompréhension tandis que je reviens lentement vers eux.
Subitement, je sens des bras autour de moi. On me tire en arrière. Je m'agrippe instinctivement à la rampe de la passerelle, mais ça ne suffit pas, une force brute m'oblige à lâcher. Je résiste comme je peux jusqu'à ce que mes pieds décollent du sol.
Je ne réalise qu'à cet instant que c'est Végéta qui m'a ceinturée et me force à reprendre mon chemin vers l'entrée de notre Bunny.
- Tu fais chier, siffle-t-il, tu sais que tu peux pas rester…Tu fais chier…
J'abandonne la lutte et je le laisse me trainer jusqu'à l'intérieur de l'engin. Il me libère brusquement pour refermer la porte et la verrouiller. Je reste adossée à la paroi, les yeux rivés au sol, essayant d'ignorer les cris du bébé qui résonnent encore dans mon crâne. Végéta est en train de jurer entre ses dents. Il est excédé mais ça m'est totalement égal.
Il agrippe mon bras.
- Reste pas ici, bordel. Va t'assoir, attache-toi et fais-nous le décollage, tu peux faire ça, au moins ? crache-t-il.
Je ne réponds pas, je le laisse passivement m'entrainer vers le poste de pilotage. Gokû est debout à l'entrée de la salle.
- Ça va Bulma ? demande-t-il avec douceur.
Je lui lance un coup d'œil le plus rassurant possible, tandis que l'autre saïyen me pousse vers le siège du pilote. Je prends place et je m'attache.
- Peut-être qu'on devrait lui laisser une minute ? suggère Gokû à Végéta dans mon dos.
Je n'entends pas la réponse mais j'imagine assez bien son altesse le fusiller du regard. Je pose les yeux sur la console devant moi. Je ne bouge pas.
- Accroche-toi, ordonne Végéta à Gokû.
Puis, j'entends son pas qui s'approche. Je reste toujours immobile devant les commandes. Qu'est-ce qu'il peut me faire de toute façon ? Me frapper pour me faire décoller ? Il ne fera pas ça. Même s'il en avait vraiment envie, Gokû ne le laisserait pas faire.
Subitement je réalise qu'il est penché juste à côté de moi, j'entends sa voix vicieuse siffler à mon oreille.
- Tu as vu mon père ? Tu l'as entendu, n'est-ce pas ? Tu as eu très peur, je le sais, il t'a terrorisée… Tu imagines ce qui va arriver si sa horde arrive jusqu'ici ? Ce qui va t'arriver, à toi ? A tes parents ? A tes petits copains ? A tous les habitants de cette minable planète ?
Je frémis en revoyant la face cramoisie du Roi, son doigt menaçant pointé sur nous, sa voix rugissante. Je ferme les yeux avec un soupir.
- Je t'ai promis que quand on aurait tué Freezer tu reverrais le môme, je tiendrai ma parole, tu le sais, chuchote-t-il pour que Gokû n'entende pas.
J'ouvre les yeux et je croise les siens. Ce que j'y lis m'inspire confiance. Peut-être que j'ai tort, mais, comme la première fois qu'il m'a parlé de ça, ses paroles me rassurent irrésistiblement. Peut-être parce qu'il est le père de Trunks, même si ça ne signifie pas grand-chose pour lui. Tout enfoiré qu'il est, il ne peut pas mentir à ce sujet, il ne peut pas être aussi ignoble. Je hoche la tête.
- Alors bouge ton cul et décolle, grogne-t-il avec sa rudesse habituelle.
J'obéis. Mes gestes s'enchainent mécaniquement. Les moteurs se mettent à ronronner, ma cervelle fonctionne à cent à l'heure d'une manière machinale et rodée. Même si je n'ai plus piloté depuis longtemps, j'ai eu le temps de faire connaissance avec Bunny 6ème du nom, et les réflexes me reviennent instinctivement.
Je me concentre sur les manœuvres pour oublier le reste et, au bout d'une heure, l'immense vitre devant moi m'offre à nouveau la même vue que j'ai contemplée pendant des heures quand j'étais la femme de chambre de Végéta. Une nuit intense parsemée de diamants scintillants. L'espace d'un instant, j'ai l'impression d'avoir remonté le temps et je reste hypnotisée par le spectacle.
Je ne me suis pas rendue compte que les deux saïyens ont quitté leurs sièges et se tiennent maintenant silencieusement de chaque côté du moi, face à la même immensité inconnue.
- Où va-t-on maintenant ? demande Gokû.
- Une planète qui s'appelle Mû, répond Végéta, là-bas, je connais quelqu'un qui pourra me dire où on peut trouver Freezer.
Je lève des yeux étonnés vers lui.
- Comment ? Il a pas une planète attitrée ou un truc dans le genre ?
- Ce gros lézard n'est jamais chez lui. Il est complètement parano, il est toujours en voyage sur son vaisseau, le Pawa.
- Ho. Et tu as un plan pour accéder à Freezer quand on aura localisé son vaisseau ?
- Je trouverai un plan, répond Végéta d'un ton assuré.
Je ne peux m'empêcher de me tourner vers Gokû et d'échanger un coup d'œil interrogateur avec lui. Il hausse les épaules en signe d'ignorance. Je m'aperçois que Végéta a l'air très sûr de lui pour quelqu'un qui n'a en fait aucun plan. Je crois que j'ai oublié un peu vite à quel point ses rêves de grandeur et de puissance peuvent le rendre taré. J'ai accepté de partir pour échapper au Roi mais son fils m'apparaît subitement aussi dangereux dans son genre.
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