Hello. Je suis un peu en retard cette semaine. J'ai perdu quelqu'un de proche et j'ai dû m'absenter quelques jours pour lui faire mes derniers adieux. Mais j'avais de l'avance sur l'écriture, ce qui me permet de mettre à profit ma pause de midi pour publier ce chapitre. Je fais tout mon possible pour conserver le rythme et mettre le prochain en ligne le week-end prochain.
Merci à tout les reviewers, y compris ceux auxquels je n'aurais pas répondu (et je m'en excuse).
Merci à tous les followers/favoriters qui me donnent une raison de m'accrocher.
Chapitre 20
Mes yeux sont rivés à l'horloge lumineuse qui constitue le seul éclairage de la chambre. Sa lueur rougeâtre a quelque chose d'hypnotique. J'écoute distraitement les bruits du vaisseau endormi. Le ronronnement des moteurs, le bourdonnement des néons tamisés des couloirs et, bien sûr, les bips discrets du caisson de régénérescence, qui retentissent par l'interphone allumé.
Au milieu de tous ces sons, le souffle régulier de Végéta me parvient timidement. Il dort, étendu sur le dos à quelques centimètres de moi. Il a une main coincée sous la tête, l'autre repose tranquillement sur son abdomen nu. Nos peaux ne se touchent pas. Ne se touchent plus, devrai-je dire.
Nous sommes allongés sur le lit étriqué de la cabine. Ma cabine, pour être franche. La sienne, la mienne, quelle importance d'ailleurs ? Je ne l'ai pas empêché de venir. Ni ce soir, ni hier, ni jamais. Et je lui ai donné ce qu'il cherchait. Ce que nous cherchions tous les deux, en fait. Ça ne se passe pas toujours exactement comme ça, mais, que ce soit lui qui vienne à moi ou moi qui aille vers lui, ça marche à tous les coups. Dans la cuisine, dans le labo ou ailleurs, à chaque fois, on finit éreintés et nus à quelques centimètres l'un de l'autre. Et à chaque fois, ça me laisse ce sentiment de perplexité et de frustration, comme une fatalité inévitable, comme si on était tous les deux prisonniers de cette attirance réciproque et irrationnelle.
Loin d'être rassasiée, mon envie de lui est devenue dévorante à un point qui m'échappe. Un point qui m'effraye, même. Parce que là, c'est pas moi. Cette espèce de romance scabreuse qui n'en est pas une, c'est pas moi. J'ai jamais été comme ça… J'essaye de me souvenir comment c'était avec Yamcha. Ce n'était pas comme ça. C'était bien, c'était… Plus normale. C'était exactement ça : normal. Et Yamcha était normal aussi.
Avec Végéta, c'est pas normal. C'est incontrôlable. Il n'y a jamais de demi-mesure, la haine que je lui voue à certains moments est aussi ravageuse que la passion qu'il m'inspire à d'autres. Je suis juste… Incapable d'être indifférente à sa présence. Ces instants de calme, après la satisfaction de nos pulsions physiques, sont les seuls moments à peu près rationnels entre nous.
Le reste du temps, les choses m'échappent complètement.
Il ne devrait même pas m'intéresser si on y réfléchit. Ce mec n'est pas foutu d'avoir une discussion civilisée plus de deux minutes. Il est hanté par des obsessions sanguinaires et inquiétantes, il est grossier et il n'aime personne. Si on ajoute à la liste qu'il se prend pour le centre du monde et qu'il est très certainement psychopathe, je me demande ce que je fous ici, nue et allongée à côté de lui.
De son côté, j'ignore pourquoi il ne peut s'empêcher de revenir vers moi. Il n'a aucune considération pour moi. Je ne parle même pas de manières, je parle simplement de se souvenir que j'existe et que je suis un être doué de raison. Il peut lui arriver de m'ignorer littéralement et même de quitter la pièce pendant que je lui parle. La seule chose que j'ai réussi à obtenir finalement c'est qu'il m'appelle par mon prénom. Exploit. En quelques sortes. Un chien aussi on l'appelle par son nom.
Depuis que Gokû est à l'infirmerie, nous cohabitons tant bien que mal. La plupart du temps, on s'évite même. Surtout depuis ce qui s'est passé dans la cuisine et qui s'est reproduit encore et encore, sans qu'on puisse l'empêcher.
Végéta s'est refermé sur lui-même et consacre la majeure partie de son temps à s'entrainer dans la salle de gravité avec un acharnement inquiétant. Les drones n'ont pas été très compliqués à réparer mais, à peine mon travail terminé, il m'a claqué la porte au nez et depuis cette minute, la salle de gravité est devenue sans conteste son territoire. Cet enfoiré a même changé le code d'accès. C'est pas franchement un obstacle insurmontable pour moi mais je n'ai pas vraiment apprécié le message. Malgré tout, je n'ai rien dit. J'ai même renoncé à bloquer les niveaux de gravité pour l'empêcher de s'imposer des conditions d'entraînement trop extrêmes.
La plupart du temps, il est donc comme ça : mutique, fuyant, solitaire. Un peu effrayant même. J'en prends mon parti et consacre la plupart de mon temps à veiller Gokû ou à bricoler dans mon laboratoire.
Et puis, de temps à autres, il est là.
Il parle. Il fait une phrase ou deux. Il demande des nouvelles de Gokû, il s'inquiète du ravitaillement. Les quelques fois où c'est arrivé, je n'ai jamais eu la force de le rembarrer. C'est comme un animal qui sort de son trou, le moindre geste brusque pourrait le faire disparaître à nouveau en un instant. Il s'ouvre un peu. Il accepte la compagnie. Il se rapproche. Et l'escalade est souvent fulgurante avant qu'on finisse par se sauter dessus comme deux amants passionnés. Quand c'est fini, je me jure que ça n'arrivera plus jamais. Mais j'aime ces moments autant que je les déteste et je les initie autant que je les subis aussi. J'ai envie de me baffer par moment.
Je commence à me convaincre que tout ça n'est que le résultat de notre confinement en tête à tête sur ce vaisseau. Comme un huis-clos étouffant dans lequel les phéromones tourneraient en boucle. Je ne vois pas d'autre explication.
Ce à quoi je dois surtout veiller, c'est à ne pas m'habituer à lui. C'est ça. Le seul danger vient de là. Je ne suis pas franchement fière de ma libido débridée, mais dans le fond, le seul risque que je prends c'est de m'attacher à lui. Parce que l'histoire a démontré qu'il n'était pas bon de s'attacher à ce connard. Ça promet plus d'emmerdes et de désillusions que de joie.
Je soupire doucement et je reporte mon attention sur l'interphone. Ça fait trois jours que Gokû est dans le caisson. Il a l'air d'aller mieux et j'espère qu'il pourra en sortir aujourd'hui. J'ai hâte de retrouver un peu de sa bonne humeur et j'espère secrètement que ça me retiendra vraiment de m'envoyer en l'air avec Végéta à tout bout de champs. Il faut que ça cesse.
Tout d'un coup, une sirène retentit bruyamment, couvrant tous les autres sons. Je me crispe instantanément. Gokû.
J'écarte les draps d'un seul geste et je me lève d'un bond. Je me rue hors de la chambre en attrapant un gilet au passage et je courre comme une fusée le long du couloir. L'alarme insistante agresse mes tympans. Elle fait écho dans chaque recoin du vaisseau. Je surgis dans l'infirmerie et je me précipite sur le caisson.
Gokû est toujours là, flottant dans l'eau claire, inconscient et immobile. Je vérifie un à un les voyants représentants ses constantes vitales et je constate avec surprise qu'ils clignotent tous toujours vaillamment.
Je me penche alors au-dessus de la cuve cherchant toujours à découvrir la raison de cette alarme. Au travers de la surface de l'eau, j'examine du mieux que je peux la blessure de Gokû. Elle n'est plus qu'une crevasse entrouverte, d'un rouge sombre maintenant, et rien n'a l'air changé depuis la dernière fois que je suis venue lui rendre visite, quelques heures auparavant.
Je mets lentement mon gilet, rassurée sur son état. La sirène continue de hurler mais je commence à comprendre qu'il doit s'agir d'une erreur.
- Qu'est-ce que tu fous là ? siffle la voix de Végéta dans mon dos. C'est le poste de pilotage qui sonne.
Il se tient sur le pas de la porte et me fixe avec sévérité tout en enfilant fébrilement son T-shirt.
- Grouille-toi. C'est sûrement la horde, grogne-t-il d'une voix pressante.
Mon sang se fige. Je suis tellement obnubilée par Gokû ces derniers jours que j'avais oublié cette autre calamité. Je sprinte sans attendre à la suite de Végéta vers le poste de pilotage.
Je saute sur le siège du pilote et je vérifie un à un les écrans. Devant nous, au travers du pare-brise gigantesque, il n'y a que l'espace nu et sombre. Végéta et moi le scrutons attentivement en essayant de repérer la moindre navette ennemie, mais il n'y a rien. Seules quelques météorites flottent paresseusement ça et là. J'ai encore l'espoir que l'alarme ait été déclenchée par erreur.
Je lance un scan des alentours du vaisseau et le résultat ruine instantanément toute parcelle d'optimisme en moi.
- Bordel. Ils sont de l'autre côté.
Végéta s'avance aussitôt pour se rendre compte par lui-même. Bunny est cernée sur les flancs et sur l'arrière par une petite vingtaine d'engins. Ils sont assez loin de nous, pour l'instant, mais suffisamment proches pour apparaître dans notre zone de contrôle.
Je lève les yeux vers Végéta avec inquiétude. Il a les traits crispés et semble réfléchir. J'attends de lui qu'il me dise quoi faire, qu'il dise quelque chose de rassurant, qu'il me prouve qu'il a le contrôle de la situation. Il reste silencieux et pensif. Ça me rend nerveuse.
- C'est bien eux, n'est-ce pas ?
Il croise mon regard mais n'a pas le temps de répondre. La transmission s'illumine subitement et, après un court grésillement, une voix se fait entendre.
- Altesse, rendez-vous. Votre père vous veut vivant. Laissez-nous les deux autres et on vous ramène sur Végitasei.
Nous sursautons tous les deux, stupéfaits de cette sommation inattendue. C'est bien eux. Végéta se rue sur le bouton de transmission et l'actionne pour répondre.
- Allez-vous faire foutre, bande de chiens ! Allez plutôt renifler le cul de Freezer ! glapit-il avec fureur.
J'agrippe son poignet pour le forcer à relâcher le bouton.
- T'es pas bien de leur balancer ça comme ça ! Tu crois qu'on est vraiment en position de leur faire des doigts d'honneur ?
Je le fusille du regard. Je comprends que, de manière assez prévisible, il est incapable de reconnaître que nous sommes en situation de faiblesse. La réalité, c'est que mes quelques canons ne vont pas nous servir à grand-chose et j'imagine facilement qu'ils ont tout ce qu'il faut pour nous pulvériser en une seconde. Et qu'est-ce qu'il peut faire contre ça ? Sortir pour les insulter ? Vraiment…
Il ne se laisse pas déconcerté par mon ton réprobateur.
- Qu'est-ce que tu proposes ? Qu'on leur lèche les bottes ? réplique-t-il sourdement.
- Si on cherchait plutôt à gagner du temps, histoire de trouver un plan, hein ? Parce que t'en as un, toi, de plans ?
La transmission interrompt à nouveau notre dispute.
- Altesse, ceci est la dernière sommation. Prenez une capsule et on vous récupère.
La voix est froide et calme. Presque indifférente à la réponse que fera Végéta. Heureusement, cette fois, il n'essaye plus de les narguer. J'ai le souffle court et j'essaye de réfléchir.
- Ils vont tirer, chuchote Végéta dans un souffle, sans me lâcher des yeux.
Ses mots et ses prunelles luisantes tendent chacun de mes nerfs. Tout d'un coup, la panique me prend. J'enclenche le passage à la vitesse supérieur. C'est tout ce qui nous reste. La vitesse. La fuite. Je ne connais pas la rapidité de leurs navettes mais Bunny est bonne en vitesse. Elle est fragile, elle est mal armée, mais elle est rapide.
Le système se met à chauffer en ronronnant. Végéta m'observe sans comprendre.
- Accroche-toi.
Le missile saïyen part au même instant que Bunny. Son accélération est brutale. Végéta se retient tout juste au dossier de mon siège, mais je n'y prends pas garde. Je me concentre sur notre trajectoire.
En principe c'est tout droit, c'est l'avantage de l'espace. Mais ça, c'est quand on a pas de missile au cul. Pour ajouter un peu de piquant, je m'aperçois que les quelques météorites autour de nous ont l'air de s'être étrangement multipliées.
Il y en a de plus en plus et elles sont de plus en plus grosses. Les petites sont désintégrées contre notre écran de protection mais certaines sont suffisamment grosses pour le traverser et percuter la paroi du vaisseau.
Je jure à voix basse quand le système de surveillance me signale une entaille légère dans la carlingue. Rien de très dramatique pourvu que nous ne subissions pas de second choc à proximité du premier.
Il n'y a pas que les météorites, les navettes saïyennes se sont engagées à notre suite. Je calcule avec inquiétude qu'elles filent assez vite. Pas aussi vite que nous. Pour l'instant, en tout cas. Mais elles ne nous lâchent pas. L'une d'elle se bouffe une météorite et se désagrège instantanément. C'est même pas une victoire, il y en a tellement d'autres qui arrivent. Combien sont-elles ?
Mon cerveau ne s'attarde pas sur la question parce que, très vite, il devient évident que j'ai besoin de toute ma concentration pour slalomer entre les monstres rocailleux qui dérivent nonchalamment sur notre chemin. Sans compter que ces enfoirés continuent à nous tirer dessus de loin en loin. C'est comme un jeu vidéo mais nettement moins rigolo, avec une seule vie et aucun réglage sur le niveau « débutant ».
Au bout de quelques minutes, je finis par réaliser que nous sommes entrés dans un véritable champ de météorites. Des mastodontes capables de broyer Bunny rien qu'en l'effleurant. Je n'ose pas réduire notre vitesse à cause des navettes saïyennes, même si elles ne sont plus ma préoccupation principale dans l'immédiat.
Ces imbéciles ont déjà perdu plusieurs engins en continuant à nous pourchasser. Ils sont beaucoup plus petits que nous et beaucoup plus vulnérables aussi. Et évidemment, ils essayent d'accélérer pour nous rattraper. C'est tout simplement suicidaire ici nous sommes comme des insectes ballottés dans un sac de boules de bowlings.
J'ignore comment j'arrive moi-même à manœuvrer Bunny sans nous crasher. Il y a eu plusieurs chocs dans la carlingue déjà, et le système de surveillance des avaries clignote de partout, mais je n'ai franchement pas le temps de vérifier si c'est grave. En principe, nous disposons d'un processus d'auto-réparation des dégâts les plus légers.
Je m'entends pousser des gémissements de panique affolée à chaque fois qu'une nouvelle météorite apparaît sur notre trajectoire. Il faut que je ralentisse parce qu'il y en a de plus en plus et ça va finir par dégénérer, c'est sûr.
- Végéta ! Il faut que je réduise la vitesse ! Tu les vois ? Il y en a combien ?
Je ne sais pas ce qu'il fabrique dans mon dos. J'ai besoin de lui, je ne peux pas tout surveiller, je suis obligée de rester concentrée sur notre position. J'ai l'impression qu'il y a une centaine d'alarmes en routes maintenant et ça me vrille le crâne. Je hurle comme une malade.
- Végéta ! Bordel ! il y en a combien, maintenant ? Ils sont où ?
- Il n'y en a plus, marmonne sa voix calme à quelques centimètres de moi.
Je n'ose pas y croire.
- Sûr ?
- Ils ont tous disparu, répète-t-il, plus un seul en vue.
Mes poumons relâchent instantanément tout l'air qu'ils retenaient jusqu'à présent, et j'active aussitôt la décélération d'une main tremblante. Peu à peu, Bunny reprend une vitesse de croisière plus gérable. Je reste attentive aux géants de pierre qui flottent en rangs serrés autour de nous, mais j'ai largement le temps de manœuvrer.
Je tremble de tout mon être et m'enfonce dans le fauteuil pour essayer de ramener mon cœur à un rythme plus normal. Ma bouche est sèche et je reste un instant hypnotisée par l'espace encombré devant nous. Plus de saïyen. Ils ont dégagé. On est passé à deux doigts de la mort.
Je lève enfin les yeux et je m'aperçois que Végéta se tient toujours à côté de mon fauteuil, une main en appui sur le dossier. Il me fixe bizarrement, avec une sorte d'incrédulité stupéfaite, comme s'il venait de découvrir ma présence.
Son regard provoque une sorte de malaise en moi. Je réalise que je suis encore en culotte et T-shirt et que les pans ouverts de mon gilet exposent cette tenue saugrenue à ces yeux noirs et luisants.
Je me redresse avec embarras et je referme le gilet. Je détourne les yeux vers le système de surveillance des avaries qui continue à beugler pour nous alerter sur l'état du vaisseau.
- Il y a des dégâts, il va falloir vérifier.
J'ai marmonné à mi-voix, plus pour rompre ce silence embarrassant entre nous que par inquiétude pour Bunny. Je vérifie d'un coup d'œil la liste des dommages recensés. Certains vont me contraindre à aller voir pour réparer. Je sens toujours son regard sur moi.
- Comment ça se présente ? finit-il par grogner.
- Pas terrible, tu sais piloter ?
Sa mine se renfrogne imperceptiblement. Il ne sait pas. Il n'a même pas besoin de me le dire, je viens de lui demander d'avouer son ignorance, c'est évident à la tête contrariée qu'il fait. Pourquoi son Altesse sérénissime aurait-elle eu jamais besoin d'apprendre à piloter ? Si je n'étais pas si stressée, je prendrais un malin plaisir à me foutre de lui. Mais pour l'instant, je me contente de me me lever lentement.
- Assied-toi à ma place, je vais te montrer les manœuvres de base.
Il obéit avec une légère réticence. J'hésite un instant, mais je finis par prendre place avec précaution sur ses genoux, de manière à ce que nous ayons les commandes placées très précisément en face de nous. Je le sens se figer.
- Qu'est-ce que tu fous ? crache-t-il.
- Je te montre, je vais juste te montrer les commandes, il y en a pour une minute. T'as pas peur que je te saute dessus quand même ?
J'ai posé la question avec sarcasme, mais en réalité, je me sens terriblement mal à l'aise dans cette position et, à la façon qu'il a d'éviter de me toucher, je sais qu'il en va de même pour lui. C'est étrange, ça fait trois jours qu'on couche ensemble matin et soir et nous voilà à rougir comme des lycéens, juste parce que je suis assise sur ses genoux. Il ne répond pas mais je l'entends soupirer dans mon dos.
En fait, je réalise qu'il y a une familiarité à m'installer sur ses genoux qui n'a rien à voir avec le sexe sauvage que nous nous sommes accordés jusqu'à présent. C'est une sorte d'intimité bizarre, presque une marque d'affection. Il y a un contact qui n'a pas pour but de conduire à l'orgasme.
J'ai chaud et mon estomac se fige. J'ai envie d'être ailleurs, et j'ai envie de rester là en même temps. En fait, j'ai autant envie de m'enfuir que de me pelotonner contre lui.
- Alors ? claque sa voix au bout d'un moment, montre-moi !
Je reviens brutalement à la réalité. Un météorite géant nous bouche une partie de la vue et je m'apprête à la contourner.
- Pour l'instant, c'est assez simple, tu as la manette directionnelle, là et la modulation de vitesse, là.
J'ai placé chacune de mes mains sur chacune des commandes. Il observe ce que je fais par-dessus mon épaule tandis que je continue mes explications.
- Elles sont sensibles. Tu dois t'habituer à les manipuler. Un mouvement trop brusque peut nous dévier brutalement vers un autre obstacle, le chemin est plus serré qu'il n'y paraît parce que les météorites bougent.
Je manœuvre délicatement pour entreprendre d'ajuster notre trajectoire. Il regarde mais ne se décide pas à saisir la manette. Je sens son corps se tenir à distance du mien. Pourtant, il doit sentir la commande. Il est si impulsif qu'il serait capable de nous emplafonner.
- Donne-moi ta main.
Je perçois son léger mouvement de recul dans mon dos, mais il finit par rapprocher lentement sa main de la mienne. Je la saisis doucement et pose ses doigts sur le minuscule stick. Je recouvre sa main de ma paume et guide précautionneusement ses mouvements.
- Tu comprends qu'il faut faire vraiment gaffe, ici. Si tu manœuvres trop vite …
Ma voix meurt sans je parvienne à finir ma phrase. Je sens son souffle contre ma nuque. Mon cœur s'accélère et je n'arrive pas à parler. Je m'efforce de me concentrer sur la manœuvre mais c'est difficile. Je m'aperçois avec une confusion extrême que sa chaleur éveille mon désir malgré l'urgence de la situation. Il faut que je me réveille. Bulma, ma fille, réveille-toi.
Nos doigts sont entrelacés sur la commande et je relâche ma pression pour lui permettre de la manipuler lui-même. Il y a un mouvement brusque du vaisseau. Juste un hoquet. Je sursaute légèrement mais il ajuste son geste aussitôt. Malgré tout, je n'arrive pas à me décider à retirer ma main de la sienne, un peu inquiète de sa manière.
- J'ai compris, souffle-t-il au bout d'un moment, comme s'il décryptait mon angoisse.
Je prends alors lentement sa deuxième main pour la placer sur la commande de vitesse. C'est une commande tactile et je suis obligée de saisir le bout de ses doigts pour le guider et lui faire sentir la coordination entre ses gestes et la vitesse du vaisseau. Il se laisse faire sans broncher.
Nous n'échangeons pas un mot, tous les deux focalisés sur le pare-brise géant et les écrans de visualisation du reste du vaisseau.
Tout d'un coup un choc sourd se fait entendre au loin. Il résonne faiblement jusqu'à nous et je sens Végéta se figer derrière moi. Une petite météorite vient de nous cogner. Un coup d'œil au système de surveillance des avaries me permet de juger qu'il n'y a rien de grave.
- C'est rien… Une petite qui est passée au travers, rien d'important. Surveille les ailes et l'arrière, les obstacles ne sont pas que devant.
Il se décontracte imperceptiblement. Je suis étonnée qu'il accepte mes conseils et mes mots d'encouragement. Je me retourne légèrement pour le regarder. Ses yeux sont fixés sur les écrans et il surveille attentivement tout ce qui se passe. Ses mâchoires sont crispées mais il garde cette expression imperturbable qui est son masque habituel. Il finit par lever les yeux sur moi.
Je ne sais ce qu'il y lit ou croit y lire.
- Ils ne nous auront pas, siffle-t-il, on va éliminer Freezer et on sera libre… Tu peux me croire.
Il est si obsessionnel, il a quelque chose de touchant. J'ai envie de l'embrasser, mais c'est pas franchement le moment et j'essaye de me souvenir de la promesse que je me suis faite pour la millième fois, juste avant que l'alarme ne se mette à sonner. Je hoche pensivement la tête et je me lève.
Malgré tout, je ne peux m'empêcher d'effleurer ses cheveux en passant derrière lui. Il ne réagit pas quand je quitte le cockpit.
Je mets facilement deux heures à faire le tour des dégâts. La plupart sont superficiels et sans importance. D'autres nécessitent mon intervention et je suis même obligée de sortir pour remettre certaines pièces en place. En réalité, il n'y a rien de dramatique en soi, l'écran de protection n'a pas trop mal œuvré. Ce qui me préoccupe, c'est le nombre des chocs reçus par la carlingue. Ça, et la suite des événements. Je ne cesse de me demander si je dois considérer que la horde saïyenne a été décimée par le champ de météorites.
Quand j'ai terminé, je ne prends même pas la peine de retirer ma combinaison que j'ai enfilée à même mes sous-vêtements et je rejoins le poste de pilotage d'un pas nerveux. Végéta est toujours là évidemment, installé douillettement dans le fauteuil du pilote. Il scrute les écrans de contrôle d'un air absent, la main rivée à la commande directionnelle, l'autre main soutenant son menton avec ennui.
Il ne se retourne même pas à mon arrivée. Je m'approche jusqu'à lui sans un mot et je me plante à côté de son siège. D'un coup d'œil, je vérifie l'ensemble des voyants de la console un à un. Tout a l'air normal.
Je m'aperçois qu'il a fini par lever le regard vers moi et semble attendre des nouvelles. Je laisse tomber lourdement mon sac d'outils et je m'écroule sur le siège du co-pilote.
- C'est pas génial... Mais on peut continuer à voler tranquillement pour l'instant.
Il hoche la tête et reporte son attention sur la vitre du pare-brise. A l'extérieur les monstres de roches continuent à valser mollement autour de nous. Il y en a moins déjà et je suspecte qu'on ne va pas tarder à s'extraire du troupeau de météorites.
- On ne pourra pas passer à la vitesse de la lumière dans cet état, cependant. Pas tant qu'on aura pas pu réparer sérieusement.
Il tourne des yeux imperturbables vers moi.
- Il doit y avoir une station dans les environs où on pourrait…
- Bunny est fragile, Végéta.
Sa désinvolture contraste avec ma préoccupation et ça me rend nerveuse. Il ne s'inquiète jamais de rien, il est tellement sûr de lui, ça me rend dingue parfois. Tant qu'il ne s'agit que de son petit cul, je m'en fous, mais là, il n'est pas le seul à dépendre de l'état de notre vaisseau. Il y a Gokû, il y a moi…
- Et alors ? grogne-t-il, pas de raison qu'on y arrive pas.
- Et tu crois qu'on va être accueillis comme ça, à bras ouverts ? Quel que soit l'endroit où on finira par atterrir, tu crois que tes saïyens nous laisseront bricoler notre engin sans broncher ? Ton père a l'air fermement décidé à nous mettre la main dessus.
- Il l'est, réplique-t-il sans émotion, mais je suis plus malin et plus fort que lui. Donne-moi la carte, et je te trouve une planète où on ne me refusera rien.
Je tique un peu à ses paroles. Est-il en train de sous-entendre que certains saïyens sont prêts à lui être plus loyaux et plus dévoués qu'à son père ? Le Royaume de ces brutes serait donc moins uni qu'il n'en a l'air ? Je n'ose pas poser la question dans l'immédiat et je me contente d'obéir. Je commande la carte-tri-dimensionnelle et elle s'affiche instantanément en hologramme sous nos yeux.
Il la contemple un moment. Finalement il pointe trois emplacements du doigt.
- Ici, là et là. J'ai des hommes de confiance. On peut s'y rendre sans crainte, annonce-t-il.
Je cille légèrement, impressionnée par son assurance. Il me jette un coup d'œil, étonné de mon silence. Ma voix n'est qu'un souffle quand je me résous enfin à parler.
- Végéta… Es-tu en train de me dire que… Tu étais déjà en train de comploter contre ton père… Avant de décider de lui désobéir et d'enrôler Gokû pour tuer Freezer ?
- Comploter ? ricane-t-il avec un sourire en coin, je ne « complote » pas. Je fais les choses à ma façon et certains paraissent la trouver meilleure que celle de mon père.
Sa vision naturelle des choses me fait froid dans le dos. Il est calmement en train de m'expliquer qu'il n'a en réalité jamais vraiment reconnu l'autorité de son père. De son Roi. De celui dont il tient son pouvoir. Il ne reconnaît aucune autre autorité que la sienne en réalité. Peu lui importe les conséquences pour son royaume, pour sa race, pour son trône. Peu importent les autres et peu importe le prix, il est incapable de dévier des buts qu'il s'est fixés et des certitudes qu'il s'est forgées. Il est né Prince mais même s'il ne l'avait pas été, ça n'aurait rien changé à sa manière de faire les choses. Quand il a décidé une chose, il n'y a plus de négociations possibles jusqu'à ce que sa volonté soit faite. Il est le plus fort et le monde doit plier. Jusqu'à exploser s'il le faut.
C'est terrifiant. Je le fixe avec une certaine incrédulité. Apparemment son inflexibilité lui a gagné le respect de certains officiers bien placés, au point qu'ils seraient prêts à trahir le Roi pour lui.
En soi, ce qui me glace le plus dans ce constat, ce n'est pas tant les conséquences pour le royaume saïyen, je dois bien admettre que je pousserai moi-même volontiers les saïyens dans les flammes de l'enfer. Non, ce qui me gèle les tripes à cet instant, c'est de comprendre à quel point il est prêt à tout et de savoir que je suis entièrement à sa merci. Je prends conscience qu'il n'hésiterait pas un instant à me sacrifier si je devenais un obstacle, ou ne serait-ce qu'un handicap, sur la voie qu'il s'est tracée. Et il en va de même pour Gokû. Dire que j'ai failli croire un instant qu'il pouvait avoir une sorte d'attachement pour nous.
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? marmonne-t-il avec agacement.
Sa voix rude me rappelle subitement à la réalité et je souffle doucement, comme si je venais de découvrir que je me tenais face à un tigre affamée en liberté.
- Je… Où veux-tu qu'on aille alors ? Quel est l'endroit le plus fiable et le mieux équipé pour réparer ?
Il tapote un point sur la carte.
- Là. Même si la horde nous y suit, on sera en sécurité le temps nécessaire, répond-t-il.
- Tu penses que la horde est encore en état de nous pourchasser ? Ils ont perdu pas mal de vaisseaux dans les météorites.
J'ai sursauté imperceptiblement. La panique m'assaille à nouveau en repensant à notre petite poursuite au milieu des météorites. Le champ que nous traversons à présent est l'unique raison de notre survie. Si on avait pas pu s'y abriter, il est certain que nous serions intégralement pulvérisés à cet instant et j'avais espéré avoir décimé suffisamment d'engin pour que cette horde ne soit plus à peine qu'un petit escadron.
- Bien sûr, ils sont toujours à nos trousses, réplique Végéta sur le ton de l'évidence, tu ne crois tout de même pas que les quelques dizaines de vaisseaux qui se sont crashé ont entamé leurs effectifs, quand même ?
Je frotte mes yeux avec lassitude et je soupire.
- Végéta… Bunny ne sera plus en état… Je veux dire, même pour accélérer, ça va être pénible… Combien de navettes y a-t-il dans une horde ?
Il me fixe d'un air contrarié comme si ma question relevait de la stupidité la plus basique. J'ose à peine soutenir ses yeux noirs qui me répondent plus clairement que je ne l'aurais voulu. Il reste silencieux mais ses yeux se tournent vers le pare-brise et ses sourcils se froncent un peu plus. Sa mâchoire est serrée et il finit par siffler entre ses dents.
- Tu arrives à compter d'ici ?
Je me retourne subitement vers la vitre du poste de pilotage et mon estomac se noue. Au-delà des quelques météorites qui flottent devant nous, je m'aperçois qu'une nuée infinie de minuscules points clignotants constelle l'horizon obscur de l'espace. J'ai le souffle coupé. Je comprends instantanément avec une angoisse terrible qu'ils ont tout simplement encerclé le champ de météorites que nous traversons depuis plus de deux heures. Et ils nous attendent, très patiemment, déterminés, innombrables.
Quand j'ose enfin jeter un œil à Végéta, je m'aperçois que sa tranquillité apparente s'est fissurée. Je perçois son anxiété et ça aggrave mon affolement. Je miaule dans un souffle.
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Je dirais qu'on a vingt minutes pour le savoir, réplique-t-il d'une voix rauque.
- Gokû.
Je me lève d'un bond mais il me rattrape fermement par le bras.
- C'est trop tard pour lui, aboie-t-il, on a juste le temps de prendre des capsules pour essayer de dégager !
Mes yeux s'écarquillent avec colère.
- Je ne laisse pas Gokû !
- Alors, tu crèveras, grince-t-il d'un ton menaçant.
J'arrache mon bras à sa poigne et je me précipite hors du poste de pilotage sans plus lui accorder un regard. Comment j'ai pu croire une seule seconde qu'on pouvait constituer une équipe avec ce connard ? Comment je n'ai pas compris plus tôt qu'il ne connait pas d'autre chemin que la ligne droite vers l'accomplissement de sa volonté ? Evidemment qu'il n'en a rien à foutre de Gokû, ni de moi; nous ne sommes depuis le début que des moyens de parvenir à ses fins. S'il nous perd en route, il en trouvera d'autres.
Je suis à bout de souffle déjà quand j'atteins l'infirmerie. Je commande la vidange du caisson sans attendre. Le processus est lent, trop lent. Je surveille l'horloge pour essayer de mesurer le temps déjà écoulé mais ça paraît interminable.
Finalement, je m'empare du premier objet un peu lourd qui me tombe sous la main, un pied de perfusion, et je commence à l'abattre sans retenue, comme une hache, sur le sarcophage de verre qui emprisonne le blessé. Au début, ça n'a pas l'air très efficace. Un coup, deux coups. Chaque choc me renvoie une onde douloureuse dans le bras et je me tords le poignet. Mais je n'y prête pas attention et je continue mes tentatives pour fracasser le caisson avec une rage désespérée.
Subitement, il y a une fissure, le liquide commence à suinter. Encore un coup et des éclats de verre explosent laissant jaillir un geyser de liquide. La pression transforme le jet d'eau en vague ravageuse qui pulvérise impitoyablement tout un pan de la cuve. Elle se vide en quelques secondes. J'ai juste le temps de m'écarter pour éviter d'être trempée par le flot de liquide mélangé à une multitude de parcelles de verre coupant. J'entends Gokû qui aspire l'air goulûment tandis que tous les voyants des machines se mettent à hurler.
Je me rapproche maladroitement de mon ami. Il tousse rageusement, bavant et expulsant du liquide par gerbe sanguinolente.
- Gokû ! Réveille-toi ! Maintenant ! Par pitié !
Le stress est si oppressant que j'ai l'impression d'être sur le point de fondre en larmes. Ses yeux sont à peine entrouverts mais je ne suis pas sûre qu'il ait totalement repris ses esprits. Je le soutiens du mieux que je peux pour l'assoir. Un œil à l'horloge au-dessus de nous booste encore un peu plus mon adrénaline.
Gokû continue à tousser, postillonnant furieusement du liquide de régénérescence. J'examine furtivement sa blessure. Elle n'est pas refermée. C'est mauvais. Mais on a pas vraiment le choix.
- Il faut se lever, allez !
Ses pupilles se tournent enfin vers moi, signifiant qu'il paraît être enfin reconnecté. Il fronce légèrement les sourcils.
- Bulma ? Qu'est-ce qui.. bredouille-t-il d'une voix pâteuse et rauque.
- Je peux pas t'expliquer. Il faut que tu te lèves. Ils sont là… Lève-toi, je peux pas te porter.
Il demeure immobile un instant et contemple la cuve mutilée et l'infirmerie autour de lui. Son regard s'arrête sur les voyants qui continuent à diffuser leurs alarmes entêtantes. Je le tire pour l'inciter à faire ce que je lui demande. Il se laisse entrainer mais son corps est lourd et inerte. Je n'arrive pas à le soulever.
- Où est Végéta ? souffle-t-il.
- T'inquiète pas pour ce connard ! Bouge, Gokû ! Bouge ! Les saïyens, ils sont là, ils vont nous tirer comme des lapins, il faut évacuer !
Comme si mes mots avaient allumé une lumière dans son esprit, je sens enfin ses muscles se mettre en mouvement. Il se redresse et s'extrait du caisson avec des gestes patauds et mal coordonnés. Je l'aide du mieux possible en le soutenant. Quand il parvient enfin à se mettre debout, je passe sa main par-dessus mon épaule. Il pèse une tonne et je chancèle sous son poids inattendu. Notre équilibre est menaçant un instant et j'ai l'impression qu'on va s'étaler tous les deux mais finalement, j'arrive à le redresser à la dernière minute.
Je jette un œil à l'horloge. Il nous reste à peine dix minutes si les calculs de Végéta sont bons.
Nous nous mettons en route d'un pas trainant dans le couloir du vaisseau, comme deux ivrognes éclopés. Au passage j'ai attrapé une boite de compresses. Je l'encourage à voix basse. Mes yeux scrutent le corridor devant nous avec le faible espoir que Végéta vienne nous aider mais il n'est pas en vue bien évidemment.
Heureusement, il y a une capsule de secours à quelques mètres de l'infirmerie. J'actionne le mécanisme d'ouverture et Gokû s'effondre à l'intérieur en réprimant un râle de douleur. Il semble soulagé d'avoir fini sa marche forcée. Je verrouille fébrilement sa ceinture et repositionne ses jambes sur le siège enveloppant. Il se laisse faire en laissant ses yeux hagards naviguer sur l'intérieur de la Capsule de secours.
Sa blessure est à vif et ça m'inquiète un peu. J'ignore combien de temps il va rester dans ce truc, c'est pas très bon. J'ouvre fébrilement le paquet de compresses et j'en applique hâtivement quelques-unes en vrac jusqu'à recouvrir entièrement l'entaille béante de sa poitrine. C'est assez sommaire comme protection, je suis inquiète de devoir le faire partir comme ça. Je n'ai pas vraiment le choix.
Quand j'ai fini, je pianote une destination sur le clavier de contrôle. Bon dieu, je sais même plus où on est ici. Je n'en ai aucune idée. Aucune. Le mieux que je puisse faire c'est de viser la plus proche des planètes dont l'atmosphère soit respirable pour lui. ça ne le garantit de rien, je le sais, mais j'ai pas vraiment le temps de calculer et de réfléchir.
Comme pour me rappeler cette vérité, un premier choc ébranle toute la structure de Bunny. J'ignore s'il s'agit d'un missile ou d'une météorite, et peu importe. Je me rattrape de justesse à l'embrasure de la porte de la Capsule pour éviter de tomber sur Gokû.
- Bulma ! s'écrie-t-il tout d'un coup, d'une voix affolée.
Il y a une certaine panique en lui mais je me rends compte qu'il est encore trop étourdi pour réagir vraiment. Il semble à peine le danger.
- Et toi ? gémit-il avec inquiétude.
Je baisse des yeux rassurants sur lui et lui sourit en fixant le masque sur son nez.
- T'inquiète pas, on se retrouve là-bas, hein ?
- Là-bas ? Où ça, là-bas ? demande-t-il avec étonnement.
Je ne réponds pas à sa question, je n'en ai aucune idée. Je me contente d'actionner le mécanisme d'endormissement. La Capsule se referme en même temps que les paupières de Gokû et elle s'engage sur sa rampe de lancement en direction de l'inconnu.
Mon cœur se serre en la voyant disparaître, mais je n'ai pas le temps de me poser plus de questions. Le vaisseau est agité de trépidations de plus en plus menaçantes et un second choc violent le secoue brusquement. Cette fois-ci, je suis carrément propulsée contre la paroi du corridor.
Une douleur fulgurante irradie mon épaule en une seconde et je m'affale sur le sol. Ouch. L'angoisse qui me tenaille depuis le début se transforme en panique désespérée maintenant que Gokû n'est plus là. Il faut que je trouve une autre Capsule de secours. Elles sont disséminées dans tout l'engin mais je ne connais pas leurs emplacements par cœur. De toute façon, je suis incapable de réfléchir.
Je me relève péniblement, je retombe sur mes genoux, puis repars. Les vibrations du sol et des murs autour de moi me terrifient. Je me sens totalement désorientée et je m'aperçois subitement qu'un tapis de fumée a commencé à se propager dans les couloirs. Je jure entre mes dents, sans cesser de courir.
Je ne vois plus grand-chose maintenant, tout semble revêtu d'un léger brouillard blanc et mes yeux se mettent à pleurer tous seuls. Le désespoir me prend quand je m'aperçois que je suis revenue vers l'infirmerie. Je hurle de rage et de frustration. Je remarque alors que la chaleur a augmenté et que je commence à manquer d'air.
Je reprends ma course dans l'autre sens, sans vraiment savoir ce que je fais, décidée à tenter ma chance jusqu'au bout. Un grondement sourd s'élève et siffle à mes oreilles. Je comprends que Bunny est définitivement en train de se disloquer petit à petit et je laisse échapper un sanglot nerveux tandis que mes yeux cherchent frénétiquement à repérer une Capsule quelque part au milieu de cette brume blanchâtre et suffocante.
Sans que je sache d'où elle vient, une poigne se referme alors sur mon épaule et me tire en arrière. Je ne cherche même pas à comprendre. J'attrape le bras providentiel qui m'a agrippée et je le suis dans une course effrénée vers une direction inconnue. Mes larmes brouillent la faible vision de ce qui se passe autour de moi. Tout ce que je sais c'est que je suis brusquement poussée à l'intérieur d'une Capsule au moment où le grondement devient un rugissement effroyable. Il y a un souffle phénoménal, une force incontrôlable qui me projette au fond de la Capsule. Je tousse allégrement, oppressé par l'air âcre qui racle ma gorge. Le bruit s'assourdit légèrement et je réalise vaguement que la porte de la Caspule s'est refermée.
Je ressens ses vibrations tandis qu'elle s'élance sur la rampe de lancement. Mon estomac accompagne le mouvement avec effroi et à cet instant seulement je prends conscience qu'il y a un truc qui ne colle pas. Je me retourne dans un geste stupéfait. Végéta est là en face de moi, recroquevillé, les genoux plaqués contre sa poitrine. Il me fixe avec réprobation.
Je me décompose. On est deux. Ces capsules sont monoplaces et on est deux. C'est une catastrophe. Il n'y aura pas assez d'air, on ne pourra pas faire fonctionner le processus d'endormissement. Si nous ne trouvons pas une planète très rapidement pour nous poser, nous courrons droit à notre perte.
- Idiote ! marmonne-t-il simplement en me dévisageant avec colère.
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