Hei. Surmenage et Vacances (dans l'ordre) m'ont fait prendre un peu de retard (et de recul) pour cette update. Pardon à ceux qui l'ont peut-être attendue. Pas de promesse pour la prochaine, je fais de mon mieux.
Merci les reviews/followers/favoriters.
Enjoy
Chapitre 23
J'ai profité d'être seule dans le hangar à vaisseaux pour grimper jusqu'à la lucarne et observer les environs de la forteresse ohmsienne. Je fais ça de temps en temps. Il n'y a quasiment aucun risque qu'on me surprenne parce que j'ai peu de visite et que, de toute façon, le moindre bruit fait écho ici, ce qui me permet d'être avertie dès que quelqu'un actionne la porte.
Mon regard navigue rêveusement sur le paysage lugubre qui s'offre à moi. Ohms est une planète grise au climat morose. Je me demande même s'il y a un soleil quelque part par ici et en tout cas, le ciel constamment couvert ne répond jamais à la question. La journée, il pleut à peu près tout le temps, la nuit, il gèle. Aujourd'hui, l'air est saturé d'une brume poisseuse qui imprègne tout d'une humidité invisible.
La planète entière semble recouverte de chaines de montagnes aux formes torturées, et de temps à autres, des petits tremblements de terre nous rappellent qu'il s'en fabrique de nouvelles.
La forteresse où nous sommes a donc été construite à flanc de montagne et elle surplombe une vallée au relief accidenté. Vraisemblablement, la bâtisse était une base ohmsienne à l'origine et elle a dû être réquisitionnée par les saïyens. Elle est plutôt bien située. Isolée, elle permet de surveiller les environs à des kilomètres à la ronde. Surtout, sa situation ne laisse aucune place à un projet d'évasion.
Mon esprit tire cette conclusion pour la centième fois, sans même que j'ai eu conscience d'envisager de m'enfuir. En tout cas, ce décor sinistre me rappelle à chaque fois que je n'ai aucune envie de moisir ici jusqu'à la fin de mes jours. Je dois retrouver Gokû.
Ça fait maintenant plus d'une semaine que nous sommes arrivés. Sept foutus jours. J'ai passé chacun d'entre eux ici, dans ce garage, à préparer le vaisseau comme Végéta me l'a « ordonné ». Mais la vérité, c'est que cette tâche m'a pris en tout et pour tout à peine trois journées. Quand j'ai eu fini, je l'ai fait savoir à « Son Altesse » de mon cul et depuis, nous sommes toujours là. J'attends chaque matin qu'on me dise d'embarquer pour quitter ce misérable caillou, mais non. Au lieu de ça, j'ai été assignée à la maintenance de tous les vaisseaux parqués ici… Comme une vulgaire… Mécano. Une esclave, quoi.
J'ignore pourquoi on ne part pas, j'ignore si on va même vraiment partir un jour. J'ignore tout en fait, et ça me rend dingue, d'autant que chaque jour qui passe réduit mes espoirs de retrouver Gokû.
Je ne peux même pas demander à Végéta, nous ne sommes jamais seuls et ce n'est pas vraiment le rôle d'une esclave d'exiger des comptes auprès de son maître. Je commence à m'inquiéter sérieusement. J'ai même envisagé qu'il se barre sans moi et qu'il me laisse ici, aux bons soins des ohmsiens. Il en serait capable cet enfoiré. La frustration et l'angoisse me rongent. Mille questions tournent en boucle dans mon crâne agité.
Je redescends habilement de la lucarne en sautant à terre. Lorsque mes pieds touchent le sol, le choc mat retentit dans tout le garage. Les soldats saïyens qui travaillent ici en temps normal ont été trop ravis de me déléguer toutes leurs besognes et ils m'abandonnent volontiers, seule pendant des heures dans ce hangar glacial planté au sommet de la forteresse.
Leur présence m'insupporte de toute façon, c'est un arrangement qui me convient. Pour être franche, il me conviendrait mieux avec un peu de chauffage. Obéissant aux ordres, les ohmsiens m'ont cousu des vêtements plus normaux que ceux avec lesquels ils avaient eu l'idée de me déguiser en premier lieu. J'ai aussi demandé un manteau que je suis obligée de garder sur le dos en permanence dans cet endroit polaire. L'ensemble est, évidemment, décoré de ces énervantes petites broderies à paillettes que les hommes-tigres ne peuvent s'empêcher de coudre partout, et ça suffit tout juste à me réchauffer. Climat pourri. Planète pourrie.
Je m'assois à même le sol, au milieu d'une multitude de pièces métalliques. J'ai passé mon après-midi à démonter minutieusement un appareil prélevé sur l'un des vaisseaux pour étudier son fonctionnement. C'est ma nouvelle marotte pour tuer le temps et mes méditations nauséabondes. Bricoler.
Ça occupe ma cervelle infatigable et je dois dire qu'elle se délecte de tout ce qu'elle découvre sur la technologie saïyenne.
Les saïyens ne sont pas de grands savants, ils ne l'ont jamais été et je suis sûre qu'ils ne revendiquent même pas cette vertu. Mais ils ont visité tant de planète, et réduit en esclavage tant de civilisations, que leur technologie est un amalgame fabuleux des inventions les plus géniales de l'univers. C'est à couper le souffle et pour une fois, je dois admettre que nombre de ces trouvailles me laissent perplexe. En d'autres circonstances, j'aurai bien été prête à passer une année entière enfermée ici à examiner tous ces petits bijoux. En d'autres circonstances...
Je suspends mon geste, une pince à la main. Une année? 365 jours? Dix années ? Une vie entière ? Et si Végéta avait l'intention de m'abandonner ici pour essayer de vaincre son lézard de l'espace ? Et si le lézard le tuait ? Et si tout le monde oubliait mon existence sur cette planète pourrie au milieu des hommes-tigres ? Et Trunks ?
Je secoue la tête. Végéta ne ferait pas ça, n'est-ce pas ?… Pourtant il a dit qu'il serait prêt à me vendre. Me vendre, m'abandonner, après tout, qu'est-ce que ça peut lui foutre ? Il n'a plus vraiment besoin de moi dans le fond. Il a été assez généreux pour me sauver la mise jusqu'ici, mais finalement, c'était toujours plus ou moins pour s'assurer la loyauté de Gokû, si on y réfléchit bien. Et s'il s'agissait juste de se faire une petite terrienne aux cheveux bleus, je suis sûre qu'il saura retrouver son bonheur sans problème le jour où je ne serais plus là.
Et puis, il joue trop bien son rôle de Maître indifférent. Il m'ignore la plupart du temps, il garde même ses distances. Je le croise rarement et on a dû échanger cinq phrases en une semaine. Nan. Définitivement, ce mec est une ordure et je dois rester sur mes gardes, je ne dois pas lui laisser croire qu'il va se débarrasser de moi aussi facilement après m'avoir mise dans ce merdier. Je dois lui rappeler ma présence, je dois lui faire savoir que je fais encore partie de l'équation…. Ceci étant, je ne vois pas trop comment m'y prendre.
L'écho de la porte qui se referme me tire de mes réflexions. Je lève la tête distraitement, m'attendant à voir l'un des soldats saïyens qui fréquentent habituellement le garage. Mais je ne reconnais pas la silhouette qui marche vers moi d'un pas désinvolte. Je plisse les yeux avec méfiance, ma pince toujours à la main.
Ma mâchoire se crispe en réalisant qu'il s'agit de Litché. Il me fixe tranquillement et s'avance jusqu'à se poster devant moi. Une boule se forme dans mon estomac et je reste tétanisée un instant.
- Tu ne me salues pas ? demande-t-il sévèrement.
Evidemment. Je me relève hâtivement pour me mettre en position de génuflexion, tête courbée. Je l'entends renifler avec dédain.
- Lève-toi, crache-t-il à mi-voix.
Je m'exécute. Il est un peu plus grand que Végéta, pas autant que Gokû. Je déglutis péniblement avant de lever les yeux vers lui. J'ai la bouche sèche. Il me sourit avec mépris.
- On croirait presque que tu n'as pas l'habitude de rendre hommage à tes maîtres saïyens, souligne-t-il.
- Je… J'étais en train de… Perdue dans mes pensées. Toutes mes excuses, Seigneur Litché.
Il croise les bras en haussant un sourcil. Il me toise silencieusement un instant. L'inquiétude m'étreint au point que je brûle d'envie de reculer. J'arrive à rester incroyablement immobile.
- Le Prince avait un très fidèle lieutenant, explique-t-il subitement. Un peu turbulent… Mais le plus loyal de ses hommes. Il le servait depuis son enfance. Il s'appelait Nappa, tu l'as connu ?
Le nom de Nappa me glace un peu plus et je m'efforce désespérément de ne manifester aucun sentiment. Je me contente de ciller.
- Oui… Je… l'ai croisé.
Quelle autre réponse donner ? Dire l'inverse n'aurait pas été crédible bien sûr. Pourquoi me parle-t-il de Nappa tout d'un coup? Ça me terrorise comme le souvenir de ce qu'il m'a fait et je suis obligée de baisser les yeux.
- Végéta n'est pas très patient en temps normal, mais avec Nappa, c'était différent. Nappa pouvait faire un nombre incroyable de conneries mais le prince n'a jamais été suffisamment excédé pour se séparer de lui et je crois même que, d'une manière inexplicable, il s'était attaché à lui, reprend Litché pensivement.
Je fixe le sol avec attention. Je sens l'œil du saïyen glisser sur moi, observant mes réactions, aux aguets. Mon souffle se fait court.
- Eh bien figure-toi que Nappa s'est pris d'affection pour l'une des femmes de chambres de son Altesse et… Le Prince aurait pu la lui offrir, tu vois… Une femme de chambre… C'est rien pour lui, et ma foi, il faut reconnaître que ça vaut pas grand-chose. Tu n'es pas d'accord ? demande-t-il d'une voix mielleuse.
Je lève des yeux timorés vers lui et je hoche doucement la tête. Son regard noir me transperce. Il sourit toujours.
- Bref, Nappa était quelqu'un de sanguin qui ne se contrôlait pas toujours et il a essayé de la prendre lui-même, cette esclave… Et tu sais ce que le Prince a fait ?
Je me mords les lèvres. Je connais l'histoire mais il a l'air d'en douter, alors je ne sais pas trop ce que je dois répondre. Heureusement, il reprend aussitôt.
- Il a quasiment tué Nappa, conclut-il. Il l'a littéralement démoli et Nappa est devenu un légume... Il va être exécuté par notre bon Roi que ce genre de guerriers inutiles encombre.
- Le… Son Altesse dispose de nous tous comme il l'entend.
Ma réplique est sortie toute seule, dans un souffle. Il croit m'horrifier avec cette histoire ? C'est sa race, c'est leurs règles du jeu. Ils sont aussi impitoyables entre eux qu'avec les autres races, pourquoi devrais-je m'en affliger ? Il fronce légèrement les sourcils et je regrette aussitôt d'avoir parlé.
- C'est vrai, finit-il par répondre, ce n'est pas ça qui me choque, tu vois. Ce qui me choque, c'est qu'après autant d'années à supporter les frasques de Nappa, Végéta ait décidé de le sacrifier pour une simple femme de chambre. Il a préféré se retourner contre son sang plutôt que de renoncer à une vulgaire esclave.
Je rive à nouveau les yeux au sol. Son discours m'affole de plus en plus; je crois deviner où il veut mener sa démonstration et la panique s'insinue en moi progressivement. Quand il saisit mon menton pour me forcer à relever la tête, j'ai un hoquet de frayeur et je lâche ma pince qui résonne en tombant sur le sol. Il plonge ses yeux dans les miens.
- C'était toi ? demande-t-il d'un ton menaçant, la femme de chambre, c'était toi, n'est-ce pas ?
Il ne sait pas. J'en suis presque choquée. Les esclaves sont en fait bien mieux renseignés que lui et les ohmsiens savent exactement qui je suis, mais les saïyens, eux, semblent manquer d'information très précises.
- N… Non, Seigneur… Je… Je ne suis pas femme de chambre… Je ne sais pas… Je suis ingénieur.
Il baisse les yeux sur les pièces métalliques et les outils éparpillés par terre, comme une preuve douteuse de ce que je viens de dire. Je ne suis pas femme de chambre. Sa main qui enserre mon menton descend lentement sur ma gorge. J'ai le souffle court, mon cœur va exploser.
- C'est toi, j'en suis sûre… Tu es la femme de la prophétie… Il est même prêt à sacrifier sa race pour toi…
- Non ! C'est faux ! Seigneur, je vous jure…
Mes mots s'étranglent dans ma gorge en même temps qu'il serre sa poigne sur mon cou. J'agrippe fébrilement son poignet pour essayer de le faire lâcher, mais sans résultat évidemment.
- On raconte qu'il y a un bâtard princier sur la planète Terre… Tu es terrienne, n'est-ce pas ? grogne-t-il.
Le manque d'air m'empêche de répondre, je me contente de secouer vigoureusement la tête pour nier chacune de ses suppositions. Il se penche vers moi un peu plus, et ça le rend encore plus menaçant.
- Tu partages son lit, pas vrai ?
- Ja…mais…
J'ai expiré les deux syllabes péniblement, comme si elles pouvaient me sauver la vie. En réalité, ça le fait juste serrer un peu plus.
- Dis-le moi ! Avoue-le ! siffle-t-il.
Je sens des larmes au coin de mes yeux et j'agrippe son poignet le plus fort possible pour me libérer.
- Seigneur Litché, appelle une voix grave et calme derrière nous.
Il se retourne sans me lâcher et j'ouvre les yeux pour savoir si le nouvel arrivant a des chances de me sauver. C'est Merrick. Il se tient tranquillement à quelques mètres de nous, une expression impassible sur le visage.
- Vos hommes vous attendent, annonce l'ohmsien sans émotion.
L'homme-tigre a les bras croisés et il surplombe le saïyen de plusieurs têtes. Il parle d'une voix calme mais il a quelque chose d'intimidant. Litché reporte son attention sur moi et me repousse subitement. Je trébuche en arrière et je m'étale dans un bruit métallique au milieu des pièces détachées sur le sol.
- J'y vais, marmonne le saïyen en repartant vers la porte.
J'entends ses pas s'éloigner tandis que je reste étendue sur le dos, aspirant l'air frénétiquement en me massant la gorge. Au-dessus de moi, le plafond semble aussi haut que le ciel, ma vue se trouble légèrement. J'ai mal mais je ne sais pas exactement où, mon esprit est trop focalisé sur la nécessité d'alimenter mes poumons.
La tête de Merrick, agenouillé auprès de moi, apparaît dans mon champ de vision. Ils m'observent avec inquiétude.
- Ça va, petite terrienne ? grogne-t-il.
- Je dois… voir… Végéta… Seule…
- Je vais arranger ça, répond-t-il.
Je ne voulais pas faire ça. Je ne voulais pas essayer de rencontrer Végéta « en dehors du service » mais maintenant je ressens un besoin urgent de lui parler. J'ai conscience que c'est très dangereux,
Litché vient d'ailleurs de m'en faire la démonstration éclatante. Je sens que cet enfoiré d'officier m'observe en permanence, il m'espionne même, j'en suis sûre. Je suis convaincue qu'il attend depuis notre arrivée de surprendre, entre Végéta et moi, le moindre geste qui trahirait autre chose qu'un simple rapport entre un maître saïyen et son esclave. Litché est à l'affût de n'importe quoi. Un tutoiement, un coup d'œil complice, un sourire, la moindre attention suspecte de Végéta envers moi, en résumé, une preuve qui pourra sceller sa démonstration que je suis la femme de son prince, la femme de la prophétie. Je le soupçonne d'avoir besoin de cette preuve pour rallier ses congénères à sa conviction. Quand il l'aura, ils seront tous à ses côté et il pourra m'éliminer sans craindre de représailles.
C'est pour cette raison que je n'ignore pas qu'essayer de rencontrer Végéta en privé est dangereux, mais attendre sans rien faire me paraît pire à la réflexion. Parce que Litché peut craquer et m'assassiner à tout instant. Parce qu'il est urgent que je me casse d'ici, parce qu'il est aussi impératif que j'empêche Végéta de partir sans moi, si l'idée lui était venue à l'esprit, parce qu'il faut absolument retrouver Gokû le plus vite possible. J'ai besoin de le voir.
L'autre raison qui m'a fait renoncer à essayer d'improviser un tête-à-tête avec le Prince des connards, c'est que je suis obligée de demander aux ohmsiens de m'aider pour rendre cette rencontre possible.
Jusqu'ici, j'ai patienté avec l'espoir que Végéta lui-même nous ménagerait une entrevue discrète en privé mais il ne le fait pas. Au contraire, il s'applique à m'éviter soigneusement et je dois dire que ça entretient mes doutes sur l'honnêteté de ses plans à mon sujet.
Quoiqu'il en soit, le sourire narquois qui flotte sur les lèvres-babines de Cato quand Merrick lui parle de ma requête me rappelle instantanément pourquoi je ne voulais pas leur demander de m'aider. Ses yeux félins, mi-clos, passent sur moi avec un air entendu qui m'horripile. Parce que, une fois de plus, elle croit que je suis sa femme. Pourquoi exiger un moment d'intimité en toute discrétion dans le cas contraire ?
Dans le fond, ce qu'elle s'imagine ne ferait pas grande différence s'il n'y avait pas derrière tout ça la foutue vision de Bardock.
La façon qu'elle a de fouiller mes yeux arrive à me donner chaud et je me débarrasse de mon manteau avant de me laisser tomber sur le sofa du salon des esclaves où elle trône comme toujours.
- Une petite entrevue en privé, quoi de plus normal ? ronronne-t-elle en conclusion.
Je rive mes yeux au sol avec un froncement de sourcils mais je m'abstiens de répondre.
- Il faut vraiment que ce soit discret, précise Merrick, Litché est sur les dents.
- Je dirai que le moment le plus propice, c'est la nuit… Dans sa chambre évidemment, susurre Cato.
- Je suis d'accord, répond Merrick avec préoccupation.
Je lève la tête vers eux avec détermination.
- Cette nuit, alors.
Ils me fixent avec une surprise incrédule. J'ai parlé avec un le ton de l'urgence, avec autorité. Ils ne sont pas habitués à ça jusqu'ici, j'ai toujours fait profil bas, je me suis toujours efforcée de passer inaperçue et de ne pas faire de bruit. Je n'ai jamais pensé qu'on resterait autant de temps sur cette foutue planète.
Je les défie du regard. Je ne veux plus tarder. J'ai trop peur. Peur de tout. De Litché, de Végéta, peur pour Gokû, pour Trunks… Pour moi-même aussi. Je ne peux plus me permettre d'attendre docilement qu'il se passe quelque chose, je ne veux plus me laisser porter par le courant sans savoir exactement ce qui risque de m'arriver.
- Nous ferons le nécessaire, petite terrienne. Le prince ne doit pas t'oublier, après tout, siffle Cato sur un ton condescendant qui m'irrite prodigieusement. Va donc te coucher et dors un peu, Merrick viendra te chercher quand il sera temps.
En fait de dormir, je reste étendue tout habillée sur mon lit. Ma chambre d'esclave est relativement confortable et surtout, je ne la partage avec personne. Je crois que c'est une faveur que je dois à la légende qui circule sur mon compte. Les ohmsiens me mettent définitivement mal à l'aise.
Je fixe le plafond d'un œil vide en écoutant les battements de mon cœur et les bruits de la forteresse qui se taisent un à un tandis que la nuit s'installe progressivement.
Je ne suis pas sûre que Végéta me fasse bon accueil. Je repense à notre dernière discussion qui date de plus de dix jours maintenant, à la façon dont ça s'est fini, à la manière dont ses mots m'ont tout simplement laminée intérieurement. Cet enfoiré arrive à m'atteindre bien au-delà de ce que je voudrais. Je me remémore le ton froid avec lequel il m'a annoncé que moi, j'étais un problème. Sa démonstration implacable et mathématique pour m'expliquer que j'étais un élément gênant dans la suite de ses petits plans de psychopathes. Comme si il n'y avait rien entre nous, comme si on s'était pas envoyé en l'air matin et soir pendant que Gokû était à l'infirmerie, comme s'il ne m'avait pas sauté dessus dans la cuisine, comme si on avait pas été une équipe pour faire face à la mort certaine que nous réservait la horde. Je veux dire… Sans être un couple, on a quand même une histoire commune et il pourrait avoir de la considération pour moi. Un peu au moins.
Je soupire pour interrompre ces pensées stériles qui me font mal et ne font que brouiller ma réflexion. Je dois me blinder. Je dois pouvoir le convaincre de la nécessité de retrouver Gokû et de m'emmener avec lui, c'est tout ce qui compte et je ne vais certainement pas y arriver en m'énervant et en le laissant me blesser avec sa froideur de connard.
Un grattement à ma porte me fait sursauter et je saute sur mes pieds en un instant. Sans surprise, Merrick se tient dans l'ombre sur mon seuil. Il me fait signe de me taire et m'entraine silencieusement dans les couloirs.
Je constate avec surprise qu'il n'y a aucun éclairage ici. L'ohmsien marche vite, avec assurance, et je le suis du mieux que je peux dans l'obscurité, en laissant ma main courir le long du mur. La pénombre est épaisse et bientôt mon cerveau méfiant somme mon corps de ralentir. Je ne vois quasiment rien, à peine la silhouette imposante de Merrick qui est déjà plusieurs mètres devant moi. Je comprends bien sûr, qu'il n'a aucun problème pour se repérer dans l'ombre.
J'essaye de me forcer à continuer d'avancer mais bientôt je ne le vois plus. Sa démarche est si furtive et si discrète que je ne distingue presque plus son pas non plus. Je m'immobilise, indécise, renonçant à l'appeler.
Un instant, la panique s'empare de moi. Je suis complètement perdue au milieu des ténèbres. Je sursaute et réprime un cri de justesse quand la main de Merrick se referme subitement sur mon poignet. Bordel, il est revenu me chercher et je n'ai même pas perçu sa présence. Dans la pénombre ses yeux jaunes luisent d'une manière inquiétante.
Puis, il me tire en avant sans ménagement. Je le suis aveuglément en priant pour avoir pris la bonne décision.
Bientôt, nous arrivons dans des couloirs jalonnés de veilleuses. Le quartier des saïyens. Le quartier de ceux qui ne voient pas dans le noir. Merrick marque un arrête et tourne sa face féline vers moi. Il est plus effrayant que d'habitude. J'essaye de garder à l'esprit qu'il est mon ami. Une nouvelle fois, il me fait signe de garder le silence. Je hoche la tête pour marquer que j'ai bien compris que nous arrivions dans un territoire plus dangereux.
L'ohmsien ne se décide pourtant pas à repartir. Il tourne la tête vers l'extrémité du couloir et paraît attendre quelque chose. Finalement il me repousse doucement dans un renfoncement contre une porte que je n'avais pas remarquée. Il l'ouvre silencieusement et nous entrons dans une pièce plongée dans le noir. Il ne referme pas totalement la porte derrière nous et reste absolument immobile, à l'affût, observant le couloir par l'interstice minuscule.
J'entends le bruit faible d'un pas, puis quelqu'un qui passe dans le corridor, juste devant notre porte. Un saïyen probablement. Quand il a disparu, Merrick nous fait revenir dans le couloir et poursuit notre progression. Il n'a pas un regard pour moi, il épie nerveusement toutes les directions et je m'aperçois qu'il doit écouter aussi. Il semble entendre bien mieux que moi.
Le froid et la peur ont accéléré mon cœur au point de raccourcir mon souffle. Je ne me pose plus de question à propos de la confiance que je peux ou non lui accorder, j'ai très précisément conscience que s'il me plantait là, je serais découverte avant même d'avoir compris la direction à prendre pour retourner à ma chambre.
Nous arrivons devant une imposante porte en bois sculpté. Il s'immobilise à nouveau. Puis sans la moindre hésitation, il ouvre silencieusement la porte et me pousse brusquement à l'intérieur. Je le vois refermer la porte derrière moi avec surprise tandis qu'il reste dans le couloir.
En un instant je suis seule dans l'ombre et le silence dans cette pièce qui… Je me retourne et mes yeux naviguent sur le décor à peine éclairé par quelques veilleuses vacillantes. Je ne comprends qu'à cette minute que ce doit être les appartements de Végéta.
Je m'avance prudemment dans l'entrée. Le silence est total et même le bruit de mes pas est étouffé par les tapis épais qui couvrent le sol. Il fait moins froid ici.
J'arrive dans une large pièce richement décorée à la mode ohmsienne, avec tout un tas de tapisseries brodées et de meubles en bois précieux. Tout est recouvert d'une pénombre bleutée qui tombe d'un immense vitrail qui occupe tout le mur du fond.
Tout en contournant les meubles avec précaution, je repère le lit pharaonique installé à l'aplomb du vitrail. Il se découpe en contre-jour dans la luminosité blafarde. Je plisse les yeux pour essayer de déterminer si végéta s'y trouve. Je n'ai pas la moindre idée de l'heure qu'il est, peut-être qu'il n'est pas encore là. Je sais qu'il peut se coucher tard parfois quand il s'entraîne.
La taille du lit, qui doit être une sorte de lit royal pour ohmsien, est impressionnante, et il est difficile de distinguer quoi que ce soit dans le fouillis de draps et de fourrures qui s'y empilent.
Je m'avance un peu plus et il me semble détecter un mouvement furtif du coin de l'œil. Je tourne la tête mais il n'y a rien. Juste des ombres qui dégoulinent sur chacune des meubles gigantesques.
- Putain de bordel de merde, qu'est-ce que tu fous là ? chuchote une voix cinglante à mon oreille.
Je sursaute légèrement et, tandis que je me retourne, je trouve Végéta devant moi, les bras croisés sur son torse nu, l'œil furieux et froid.
Je déglutis, la bouche sèche. Sur le coup, je ne sais plus répondre à sa question, j'ai besoin d'un temps pour calmer les battements de mon cœur. Je n'arrive qu'à bredouiller lamentablement.
- Tu… Tu m'as foutu la trouille…
- Ce serait bien une première, grince-t-il avec un reniflement de dédain.
Il ne me lâche pas des yeux. Il semble en colère. J'essaye de rassembler mes idées.
- Je dois savoir… Quand tu comptes repartir d'ici. Tes hommes… Ne m'inspirent pas confiance et il faut…
Je n'ai même pas le temps de finir mes explications trébuchantes, il me saisit au col et me plaque contre le mur avec brutalité.
- Mes hommes ne t'inspirent pas confiance ? grogne-t-il avec rage. Tu n'écoutes donc jamais rien ? Pourquoi es-tu venue ici ? C'est de la folie, Litché le saura, c'est sûr. Je donne pas cher de ta peau, maintenant. Mais qu'est-ce que tu as dans le crâne ? Qu'est-ce qu'il y a dans ce foutu crâne ?
Je m'agite un peu sous sa poigne. Il ne me fait pas mal mais sa façon de me parler et son regard furieux me mette mal à l'aise. Pourtant, ça n'empêche pas l'irritation de monter en moi. Qu'est-ce qu'il croit ? Que je suis une gamine docile qui a désobéi à son prof ou quoi ?
- Pourquoi on est pas encore repartis ? Pourquoi tu ne me parles pas ? Tu ne me parles jamais ! Tu fais comme si je n'existais pas et je suis coincée entre les ohmsiens et les saïyens. Litché m'a agressée aujourd'hui ! Je deviens dingue !
Ses yeux s'arrondissent et je ne suis pas sûre si c'est parce qu'il est surpris ou consterné par mes paroles.
- Ha. Si Litché t'avais vraiment agressée, tu serais pas là pour me le raconter... Enfin, tu comprends vraiment rien, Bulma ? Ou tu as décidé de me faire chier ? Ici, je suis ton Maître au sens saïyen du terme, tu vois pas que tout le monde nous observe ? Tu vois pas qu'ils sont tous à l'affût ?
Son exaspération me prend un peu de court. Il me lâche brusquement et me tourne le dos pour s'assoir sur le lit avec un soupir. Je serre les lèvres et j'ajuste distraitement mon col. Quand je lève les yeux, je croise les siens qui me fixent avec préoccupation depuis l'autre bout de la pièce. La lueur bleuté du vitrail tombe à pic sur lui et dessine chaque courbe de ses épaules et de ses bras. Ses coudes sont en appui sur ses cuisses et il paraît réfléchir, trônant sur le bord de l'immense lit ohmsien.
Je m'avance d'un pas timide vers lui.
- Pourquoi on repart pas, alors ?
Il soupire et baisse la tête avec abattement. Il passe une main dans ses cheveux en remontant de la base de sa nuque au sommet de son crâne.
- Il y a… Des complications, grommèle-t-il. Il y a une circulation inhabituelle autour de Ohms. Des navettes de la horde et… Des vaisseaux de Freezer aussi. On attend que ça se calme pour bouger.
Son explication me fige et je me mords les lèvres avec anxiété.
- La horde ? Ils… Ils nous ont retrouvés alors ?
Il lève la tête vers moi. Il a un demi-sourire et hausse une épaule avec un grognement.
- Peut-être, lâche-t-il avec désinvolture.
Je marche jusqu'à lui pour mieux cerner son expression. Je réalise que le danger n'est pas qu'ici. Je réalise tout d'un coup que quitter Ohms ne me mettra pas à l'abri, parce qu'avec Végéta le danger est partout. Parce que pour moi, maintenant, Ohms est malgré tout peut-être le meilleur refuge possible. Pourtant l'idée qu'il puisse me laisser ici refait surface dans mon esprit et me révolte toujours. Je dois admettre que, quel que soit le danger, il ne semble jamais aussi menaçant quand Végéta est à mes côtés.
- Tu… Tu ne vas pas m'abandonner ici, n'est-ce pas ?
Il lève un sourcil étonné. Je m'aperçois que l'idée ne lui était pas venue à l'esprit. Il se met à ricaner.
- J'avais pas pensé à ça, répond-t-il avec amusement, c'est une idée intéressante.
J'ai envie de le gifler subitement. Cette situation me stresse tellement que la façon qu'il a de la tourner en dérision me met tout simplement hors de moi. C'est un tel enfoiré parfois, c'est comme s'il se délectait de ma panique. Je le saisis par les épaules et je le secoue le plus violemment possible.
- Arrête de te marrer ! Y a rien de drôle ! Qu'est-ce qu'on va faire maintenant ? Il faut retrouver Gokû ! Et toi…. Tu… Tu fais rien ! T'es juste là ! Supposé Prince de tous les saïyens ! T'es même pas capable de tenir tes hommes, on est obligé de se cacher pour discuter ! On est obligés d'attendre que nos ennemis soient partis pour décoller ! Et tu sais rien ! Tu sais rien ! Il est beau, le prince le plus puissant de l'univers qui prétend éliminer Freezer !
Le flot de paroles rageuses a passé mes lèvres d'un seul coup avec la brutalité du désespoir, sans calcul, sans réflexion. J'ai à peine le temps de finir ma dernière phrase, il s'est débarrassé de mon emprise d'un mouvement d'épaule et m'a saisie à son tour pour me soulever et me projeter brusquement sur le lit. J'atterris sur le dos avec un hoquet, surprise de sa violence. Je sens sa fureur exploser de nouveau, elle transpire par ses prunelles noires et je réalise subitement tout ce que mon discours a de blessant pour son incommensurable orgueil. Je réalise que personne ne lui a certainement jamais parlé comme ça.
Il me garde plaquée sur le matelas en me tenant par les bras. Ses doigts s'enfoncent douloureusement dans ma peau mais je sais qu'il se retient. Il est au-dessus de moi, les traits crispés par la colère, la respiration haletante.
- Ne… T'avise… Plus jamais… de me parler comme ça, siffle-t-il péniblement.
Je suis encore ahurie par sa réaction et je ne réponds pas. Il ferme les yeux un instant, comme pour rassembler sa contenance. Quand il les rouvre, il paraît un peu moins agité.
- C'est grâce à moi, grâce à mon pouvoir que tu es encore là. Personne ne survit aussi longtemps que toi avec le roi des saïyens au cul, tu en as conscience ? crache-t-il.
Je le fixe avec hébétude, hypnotisée par le noir de ses yeux. Soudainement il resserre ses doigts sur mes bras et me secoue légèrement comme pour me réveiller.
- Est-ce que tu en as conscience ? glapit-il.
Tirée violemment de ma sidération, je hoche vigoureusement la tête pour lui donner ce qu'il exige.
- Maintenant… Tu as tout gâché en venant me voir. Je donne pas longtemps avant que Litché ne l'apprenne et tu sais les conclusions qu'il tirera en apprenant que tu t'es glissée dans ma chambre en pleine nuit, n'est-ce pas ?
Je frémis à ses explications. Ne va-t-il pas s'interposer si ses officiers tentent de me faire du mal ? Ne vient-il pas de dire qu'il était le plus puissant ? Qu'il avait du pouvoir ?
- Végéta…
Ma voix est vacillante, c'est à peine un murmure implorant dans le silence feutré. Au-dessus de moi, ses yeux me considèrent gravement. Ses lèvres s'approchent des miennes et il m'embrasse lentement. Je lui rends instinctivement son baiser. Sa griffe se desserre sur mes bras mais il me maintient toujours contre le matelas. Nos langues s'emmêlent un long moment, jusqu'à ce qu'il rompe le baiser.
Son visage est calme à nouveau.
- Je rêve d'éliminer Freezer depuis que j'ai cinq ans, je dois le faire, c'est la seule façon de rendre honneur à ce que je suis et à ma race, murmure-t-il. Litché et ses hommes sont ma seule chance d'y arriver maintenant que j'ai bravé mon père et que j'ai perdu Kakarott.
Ma gorge se noue en décryptant ses paroles. Je comprends parfaitement ce qu'il est en train de me dire. Il est en train de me dire qu'il se résigne à me sacrifier pour atteindre son but. Parce que la seule façon de me protéger serait d'éliminer ses hommes ou de perdre leur confiance et leur considération en s'obstinant à me garder à ses côtés. Et si ça devait arriver, il sait que son rêve serait brisé.
Je sens mes yeux se noyer de larmes sans que je puisse l'empêcher. Je ne sais même pas ce qui me fait le plus mal, de savoir que je risque de mourir très prochainement, ou de réaliser qu'il a décidé de me trahir sans l'ombre d'une hésitation pour mener sa cause jusqu'au bout. Il ne me lâche pas des yeux, impassible au-dessus de moi. Il semble observer mes sentiments qui doivent sans aucun doute s'afficher sur mes traits.
En temps normal, je me serais révoltée. J'aurai hurlé, je l'aurai insulté, je me serais enflammée d'une traite. Mais non. Je me sens simplement incroyablement stupide et ça ajoute à ma blessure. Je suis si stupide. Il me l'avait déjà dit. Sur le vaisseau, il m'avait dit exactement la même chose. Il ne me protégerait pas. Comment ai-je pu penser qu'un être aussi inflexible et froid pourrait changer d'avis ? Comment ai-je pu me laisser aller à dépendre autant de lui ? J'ai envie de me baffer.
Très lentement, il me lâche et se redresse.
- Tu n'aurais pas dû venir, Bulma, souffle-t-il.
C'est si juste. Ça me frappe maintenant comme une évidence logique, rationnelle, scientifique. Ça me fait si mal. Si mal, je pourrais hurler. Il ne m'a jamais protégée que tant que ça ne lui coutait rien ou qu'il y trouvait un intérêt. Comment ai-je pu croire un instant qu'il y avait le moindre sentiment dans tout ça ? La moindre amitié, sans même parler d'autre chose ?
Je me relève vivement en le repoussant brutalement. Je ne veux pas qu'il puisse assister plus longtemps aux ravages qu'il cause en moi. S'il me reste des miettes, c'est encore bien à peu près ma fierté. Sans réfléchir une seconde, je traverse la chambre et je ressors dans le couloir. Il n'essaye même pas de me retenir. Il ne tente même pas de me rappeler la prudence qui s'impose ici et maintenant.
Je surgis dans le corridor silencieux et la porte se referme derrière moi.
L'endroit est désert et je m'immobilise soudainement. Je scrute le couloir sombre dans l'espoir de trouver Merrick. Il n'y a personne. Juste moi, offerte comme une idiote au danger de tomber sur un saïyen, perdue au milieu de ce dédale, sans la moindre idée de la direction à prendre.
Un instant j'hésite à retourner dans la chambre mais mon orgueil étouffe aussitôt cette possibilité. Je n'ai pas le temps de réfléchir plus. Sans que je comprenne d'où elle vient, une main se plaque sur ma bouche et un bras s'enroule avec force autour de ma taille.
Je n'arrive même pas à sortir un gémissement de frayeur. Mon assaillant se tient derrière moi et me serre contre lui. La main n'est pas celle d'un ohmsien, c'est tout ce que je peux analyser.
Je me débats fébrilement et totalement stérilement. La force inébranlable de mon agresseur ne me laisse aucun espoir. Après une minute, je cesse de m'agiter en constatant que chaque tentative pour lui échapper ne fait que resserrer son emprise sur moi. Je commence à avoir du mal à respirer. Je me calme donc, vaincue par son inertie.
L'idée que ça puisse être Végéta s'évapore en une fraction de seconde lorsqu'une voix inconnue chuchote à mon oreille.
- Et voilà… Litché avait raison.
Cette simple phrase allume une panique incontrôlable en moi et, instinctivement, j'essaye à nouveau de me libérer. Sans résultat évidemment. Le saïyen me plaque un peu plus contre lui jusqu'à ce que je m'immobilise enfin.
Je sens son souffle brûlant sur mes cheveux. Il passe son nez dans ma nuque et inhale profondément. Ça m'affole un peu plus. Cette proximité fait implacablement ressurgir les souvenirs de Nappa dans mon esprit. Mais étrangement, mon corps n'essaye même plus de se rebeller. Non, je suis maintenant tout simplement tétanisée par la terreur. Sa voix reprend dans un murmure rauque.
- Je sens même son odeur sur toi, hmm… Et la peur aussi. On a peur ? Tu as raison d'avoir peur… Quand je pense que je tiens le sort de ma race entre mes mains. J'ai juste à serrer un bon coup, tu vois.
Les larmes dévalent mes joues et, comme il me bâillonne toujours, je peine à respirer tandis que les sanglots rendent mon souffle anarchique et désordonné.
Et soudainement, il me libère. L'air s'engouffre à nouveau de manière inespérée et inattendue dans mes poumons. La poigne de fer se relâche complètement et j'entends un bruit sourd derrière moi. Je m'écarte aussitôt du saïyen et je me retourne.
Il git à terre et une flaque de sang commence à s'étirer sous son corps. Quand je lève les yeux, je trouve Merrick debout derrière le corps du saïyen. Il est plus géant que jamais, impassible et il me fixe avec gravité. L'une de ses mains dégouline de sang.
Un cri d'effroi monte dans ma gorge mais elle est trop serrée pour le laisser sortir. Sur l'instant, je ne sais ce qui m'horrifie le plus, du corps sans vie du saïyen baignant dans son sang ou de l'ohmsien gigantesque à la stature inquiétante qui vient de le tuer si froidement.
Merrick enjambe sa victime et s'avance tranquillement vers moi tandis que mes yeux sont hypnotisés par l'auréole sombre du sang qui s'élargit paresseusement sur le sol. Il pose sa main sur mon épaule et je frémis instantanément. Je lève les yeux sur lui. Ses prunelles ovales et perçantes, ses yeux dorés me glacent le sang.
- Viens, il ne faut pas trainer, grogne-t-il en m'entrainant.
Je résiste un peu au mouvement, et mon regard se rive au corps du saïyen avec fascination. Est-il mort ? Je ne vois même pas son visage tourné vers le sol. Juste ses cheveux bruns, hirsutes.
Merrick s'immobilise net, comme s'il voulait me laisser le temps de contempler la scène. Mais ce n'est pas pour moi qu'il s'est figé. En reportant mon attention sur lui, je réalise qu'il y a quelqu'un devant nous.
Etrangement, je mets une minute avant de comprendre que c'est Végéta. Mon esprit a un peu de mal à suivre le cours des événements, encore choqué par la rapidité de mon agression et le meurtre sanglant du saïyen.
Le prince est là, les bras le long du corps, debout au milieu du couloir, pile en travers de notre chemin. Ses yeux noirs et sûrs d'eux se posent sur le corps de son sujet et reviennent tranquillement vers nous. Personne ne bouge, personne ne respire. La tension est palpable.
Merrick ne le salue pas. Il n'accomplit pas la rituelle génuflexion de docilité qu'il pratique de si bonne grâce une vingtaine de fois par jour. Il ne courbe même pas la tête. Et finalement, de nous trois, personne n'attends qu'il le fasse. La situation est simplement irréelle parce qu'aucun de nous n'est censé être ici, comme si nos présences à cet endroit avaient quelque chose d'inavouable qui rompait toutes les habitudes.
J'observe Végéta avec incertitude. S'il n'entend pas prendre ma défense, j'espère qu'il ne va pas non plus provoquer ma perte. J'espère qu'il ne va pas me livrer. Serait-il vraiment capable de faire ça ? Ne serait-il pas en train de penser que le plus simple, là tout de suite, serait de m'éliminer ? Parce que, comment va-t-il justifier l'assassinat nocturne d'un soldat devant sa porte ?
Merrick aussi a l'air méfiant. Il connait bien les saïyens. Il n'attend aucune gratitude, aucun support du Prince, même s'il est convaincu d'avoir sauvé un être cher à Végéta. Il sait que ça ne marche pas comme ça. A défaut de remerciement, il attend de savoir si le Prince fermera les yeux sur son geste.
Je ne sais combien de temps nous restons figés, Merrick et moi face à Végéta qui semble, comme toujours, profondément contrarié et absorbé dans ses réflexions. Je n'y tiens plus.
- Végéta…
La dernière syllabe du mot meurt sur mes lèvres. En une fraction de seconde, son poing est planté dans l'estomac du géant ohmsien. Mon œil a à peine perçu son mouvement et je crois que même Merrick ne s'en est rendu compte que trop tard. Il se courbe violemment sous le choc et dans un hoquet expulse un crachat de sang tandis que ses yeux s'exorbitent.
Le temps s'arrête un moment. C'est comme si tout se jouait au ralenti maintenant. L'homme-tigre s'affaisse graduellement et lorsque Végéta s'écarte de lui, il chute lourdement sur le sol. Je regarde son corps recroquevillé à mes pieds, j'entends sa respiration sifflante et gargouillante mais ma stupeur ne m'autorise pas à comprendre complètement ce qui vient de se passer. Quand Végéta projette un coup de pied brutal dans la face de Merrick, le silence se fait.
Alors seulement, je réalise. Je prends conscience que Végéta vient de tuer mon protecteur, celui qui m'a sauvé la vie, le seul capable de me ramener saine et sauve à ma chambre. Mon corps se met à trembler incontrôlablement, ma mâchoire s'ouvre légèrement et je tourne des yeux horrifiés vers Végéta. Dès que mon cerveau se remet en marche, je me mets à hurler en reculant frénétiquement. Je suis très vite dos au mur et je couvre ma tête de mes mains dans l'espoir irrationnel que ça me protégera.
- Tais-toi ! aboie sourdement la voix de Végéta.
Mais le sens des mots ne me parvient pas. Finalement il me bâillonne fermement d'une main. Je continue à gémir, tremblant de peur, persuadée que c'est mon tour. C'est mon tour…
- Tu vas la fermer, bordel ! Calme-toi ! grince-t-il à mi-voix.
Je me sens terriblement perdue et paniquée, j'ai à peine conscience qu'il me parle, je ne retiens que la rudesse de son ton.
- Fais chier…
Il y a une douleur subite à l'arrière de mon crâne, puis le noir total.
ooo0ooooo0ooo
