I ni Sou. D'abord, merci énormément à tous ceux qui m'encouragent, toutes formes de support confondus. Ceux qui auront avalé tous les chapitres jusqu'ici ne sont pas loin des 300 pages, cette fic commence à prendre la forme d'une encyclopédie alors que j'imaginais faire moins de 10 chapitres. Lors, j'espère finir autrement qu'en hôpital psy avec un syndrome de personnalités multiples du nom de Bulma Briefs :)

Bonne lecture


Chapitre 24

D'abord la douleur. Abominable et tenace. Impitoyable.

Tout mon crâne lui fait écho, c'est une torture lancinante qui m'élance au moindre mouvement et s'insinue dans chaque nerf de mon corps. Même cligner des yeux provoque un millier de petits picotements insoutenables. Avant même d'essayer de comprendre ce qui se passe, c'est un supplice qui me contraint immédiatement à rester totalement immobile.

C'est seulement quand mon calvaire devient supportable que je commence à prendre conscience de mon environnement.

Il fait noir. Je suis allongée sur le côté, sur une surface dure et froide, le sol probablement. Au loin, je perçois un bourdonnement… Non, un marmonnement à la réflexion. Progressivement, je m'aperçois qu'il s'agit en fait de voix assourdies qui discutent en saïyajinn.

J'ai froid. J'ai du mal à me concentrer sur la discussion qui provient vraisemblablement d'une autre pièce. Je me laisse bercer par la rumeur de la conversation pendant un moment et je sens que mon esprit repart dans une sorte de somnolence.

Subitement, le ton monte. J'entends une voix rugir et ça m'arrache aussitôt à ma léthargie.

- Comment je peux compter sur un officier qui n'est pas foutu de maîtriser un peuple colonisé ? Et tu crois pouvoir m'aider à éliminer Freezer ? Risible !

Il n'y a pas de réplique. J'ai reconnu la voix de Végéta. La colère. J'ai mal à la tête. Il reprend sur la même intonation.

- La ferme ! Elimine moi tout ça, c'est tout !

Le silence retombe. Je reste étendue sans bouger, incapable d'analyser ce qui se passe. Je ne sais pas combien de temps s'écoule avant que je me décide à tenter de me redresser. Je m'aperçois que je suis complètement ankylosée et les fourmillements insupportables de mes muscles le disputent maintenant à la douleur de mon crâne. Après d'infinies hésitations, j'arrive quand même à m'assoir.

Mes yeux se sont habitués au manque de lumière et je distingue le décor autour de moi. Comme je l'avais pressenti, je suis sur le sol d'une pièce étriquée. Je perçois l'ombre de quelques meubles poussés contre les murs. Au-dessus de moi, il y a des sortent rideaux qui pendent du plafond et forment une masse sombre.

Dieu, j'ai mal partout mais je suis vivante. Je porte ma main à ma tête avec précaution, dans l'espoir de mieux me rendre compte de ce qui m'arrive. La souffrance me foudroie avant même que je puisse effleurer mes cheveux. Je lâche un faible grognement de douleur et je renonce à mon geste.

Je n'arrive pas à rassembler mes esprits. Les vertiges et la pénombre troublent mon sens de l'horizontale. Et j'ai froid. Je suis glacée. J'enroule doucement mes bras autour de mon corps avec le vague espoir de me réchauffer. Ce simple mouvement me fait grimacer.

Soudainement, une porte s'ouvre au fond de la pièce et un flot de lumière surgit agressivement jusqu'à moi. J'ai un mouvement de recul et je ferme instinctivement les yeux pour les protéger.

Quand je les rouvre peu à peu, ma vision met un temps à se préciser. Je suis dans ce qui paraît être un dressing. Ce que je croyais être des rideaux sont en fait des vêtements précieux qui ont été suspendus juste au-dessus de moi. Végéta est là, debout devant moi. Il me toise avec un certain dédain. Je n'arrive même pas à lever complètement la tête pour lui rendre son regard mais je sais que c'est lui et je sens qu'il est en colère. Comme toujours. Je me contente de fixer silencieusement le sol en essayant une fois de plus de reprendre pied dans la réalité.

Il s'accroupit lentement pour se mettre à ma hauteur, sûrement parce que je ne le regarde pas. Il a toujours cette expression sévère et réprobatrice.

- Qu'est-ce… Qu'est-ce qui m'est arrivée ?

Il soupire avec ennui.

- Je t'ai assommée. Tu as foutu le bordel et je t'ai assommée, grogne-t-il.

- Quoi ?

Tout me revient en mémoire. Les souvenirs explosent en flash dans mon crâne en bouillie. Le saïyen terrifiant, les yeux exorbités de Merrick, le sang partout. Merrick. Il l'a tué. Je peine à y croire mais les souvenirs sont là, précis et irréfutables. Et le sentiment d'horreur aussi.

Je sais que Végéta est un monstre, je sais que ce monde est monstrueux mais je ne peux empêcher mon sentiment de consternation et d'incompréhension. L'abattement s'ajoute brutalement à la souffrance physique.

- Tu… Pourquoi tu l'as tué ? Végéta ? Pourquoi…

- La ferme. Tout est de ta faute, coupe-t-il sèchement.

Bordel. J'avais oublié que c'est comme ça que ce connard règle les problèmes. Il tue tout le monde. Il tue tout le monde sauf moi, comme s'il lui fallait un témoin à son odyssée sanglante. Et il aime partager sa faute avec moi. Je m'efforce de le fixer avec une froideur à l'égale de la sienne.

- T'es un monstre.

Il m'attrape violemment par la nuque et je lâche un gémissement. Je ne m'attendais pas à son geste, la souffrance est insoutenable et brutale, et je me retiens tout juste de hurler. Il ne s'en inquiète pas et rapproche mon visage du sien de manière à ce que je ne puisse plus échapper à son regard flambant de rage.

- Tu m'as mis au pied du mur, crache-t-il avec une rage froide. Toi. Avec tes jérémiades de petites terriennes apeurée. Qu'est-ce que je pouvais faire ? Laisser croire aux ohmsiens que je laisserai assassiner des saïyens pour toi ?

- Tu… me fais… mal…

Je bafouille plus que je ne parle, submergée par la douleur, les larmes aux yeux. Je m'étonne même de réussir à sortir une phrase. Il hésite et me dévisage un instant avant de relâcher brusquement sa poigne. J'éclate en sanglot, incapable d'en encaisser plus. J'ai si mal.

Dès que je suis libérée de sa griffe, je m'affaisse jusqu'à poser mon front sur la pierre froide du sol. Je reste une minute comme ça, tentant désespérément d'apaiser mes hoquets qui rallument à chaque fois ma douleur, tentant de rassurer mon corps que je garde le plus immobile possible dans l'espoir d'apaiser sa torture.

- Il m'a vu, reprend Végéta avec agacement. Il m'a vu dans le couloir et c'était trop tard ! Je ne pouvais pas le laisser en vie, alors qu'il venait d'assassiner un saïyen sous mes yeux.

C'est étrange comme, après avoir tué l'ohmsien sans l'ombre d'une hésitation, il semble avoir besoin de se justifier auprès de moi. Il veut vraiment me faire croire qu'il a mauvaise conscience ? Qu'il a une conscience, en fait ? Bien sûr que non. Il n'est pas désolé, il est en colère. Comme d'habitude et comme d'habitude, je n'ai aucune idée de la cause de cette fureur.

J'attends un moment que la souffrance se calme et je finis par répliquer avec amertume.

- Et pourquoi tu es sorti, d'abord ?

Silence. Je ne le vois pas, je suis toujours recroquevillée face contre terre. Je ne sais pas ce qu'il fait au-dessus de moi, pourquoi ne dit-il rien ? Ma question l'a-t-elle laissé si perplexe ? Je relève ma tête avec précaution pour vérifier qu'il est toujours là.

Il n'a pas bougé, accroupi en face de moi. Il a l'air d'avoir oublié ma présence et examine ses doigts avec fascination. Instinctivement, je suis son regard. Ils sont plein de sang. Il observe les sillons qui dévalent la courbe de ses doigts et finit par lever lentement les yeux sur moi. Je réalise seulement à cet instant qu'il s'agit de la main avec laquelle il m'a attrapée par le cou. Le sang. C'est le mien. Ma bouche s'entrouvre légèrement sous le coup de la frayeur mais je reste muette.

Je suis agenouillée, penchée en avant en appui précaire sur mes mains fébriles. Dans un réflexe je lève l'une d'elle pour la porter à mon crâne, comme j'avais déjà tenté de le faire. Il saisit mon poignet en un éclair pour retenir mon geste. Mes yeux balayent frénétiquement le sol et repère des auréoles sur les pavés. Il y a beaucoup de sang. Enfin… J'ai l'impression qu'il y en a beaucoup. En fait, des étoiles noires constellent mon champ de vision et je ne suis pas sûre de distinguer très bien les choses.

Qu'est-ce qu'il m'a fait ? Il est si brutal, il ne s'est pas contenté de m'assommer, ce monstre, il m'a ouvert le crâne… Ou pire ? Une farandole débridée d'idées affolées tournoient dans mon cerveau.

J'ai à peine conscience qu'il s'est assis franchement sur le sol pour se rapprocher de moi. Il ramène ma tête avec précaution vers lui et je sens le chatouillement de ses doigts qui soulèvent mes mèches. Je le laisse faire docilement, redoutant et anticipant la douleur.

J'ai très froid. Vraiment très froid. Si froid que la souffrance me paraît de plus en plus lointaine, anesthésiée. Et je me sens incroyablement fatiguée. Instinctivement j'appuie mon front contre lui. Il dégage une telle chaleur en temps normal. Mais là, je ne sens rien. Rien. Juste son plastron si dur contre ma peau. Tout est froid et tout est noir.

Il y a Trunks. Il n'a pas vraiment changé. Il est plus développé peut-être. Ses grands yeux bleus me fixent gravement et il ne paraît pas me reconnaître. Il est allongé dans l'herbe. Je m'agenouille et je le prends doucement pour le serrer contre moi. Ça va déjà mieux.

Dans le ciel au-dessus de nous, le soleil brille mais n'arrive pas à me réchauffer. J'ai peur que Trunks ait froid aussi et je l'étreins un peu plus. Je chuchote à son oreille mais j'ignore moi-même le sens de mes paroles.

Tout d'un coup, une voix dure crie mon nom au loin et interrompt mes babillages. Hm. Végéta. Qu'il crève. Je relève la tête pour repérer sa présence mais il n'est pas là. Je suis au milieu d'une prairie herbeuse bordée de petites collines. Je ne le vois nulle part. J'ai sûrement rêvé.

Je reporte mon attention sur mon bébé et l'effroi me saisit en m'apercevant qu'il a une tête d'ohmsien. Ses traits sont abominablement distordus dans un alliage de morphologie mi-humaine, mi-féline.

Sous le coup de l'horreur, je le lâche et il tombe sur le dos. Il atterrit sur le sol avec un bruit mat. Il ne pleure pas pourtant, il ne cesse de me regarder de ses yeux jaunes et je réalise que c'est en fait comme un bébé avec la tête de Merrick. Un truc immonde qui me fait me reculer avec dégoût. Ce n'est pas Trunks. J'essaye de me relever et je trébuche avant de retomber en arrière sur les fesses.

- Hey, ça va Bulma ? Qu'est-ce qui t'arrives ? demande une voix rassurante derrière moi.

Je me retourne avec espoir en reconnaissant la voix de Gokû. Il est debout penché vers moi, les mains en appui sur ses genoux, et me regarde avec inquiétude.

- Gokû ! Tu es là !

Je me relève d'un seul mouvement et me jette à son cou. Il fait un pas en arrière sous cet assaut imprévu.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? demande-t-il avec perplexité.

Bulma !

A nouveau, le cri de Végéta est rageur mais lointain… Je me fige, les bras toujours autour du cou de Gokû et je le cherche des yeux. Il n'est pas en vue. Qu'est-ce qu'il veut ce connard ? Je n'oublie pas qu'il a failli me tuer.

- T'as vraiment pas l'air dans ton assiette, conclut Gokû en me repoussant pour se libérer de mon étreinte.

- T'as pas entendu ? Il est où ? Tu le vois ?

Gokû penche sa tête de côté en signe d'incompréhension.

- Entendu quoi ? Bulma, de qui tu parles ?

- Végéta, tu l'as pas entendu crier à l'instant ?

Gokû scrute la plaine autour de nous et arque un sourcil.

- Végéta n'est pas ici, voyons. Tu sais bien…

- Là !

J'ai hurlé en repérant sa silhouette debout au sommet de l'une des collines. Je le pointe du doigt triomphalement et Gokû plisse les yeux avec incrédulité dans la direction que je lui indique.

J'agite un bras dans la direction de Végéta pour lui faire signe que nous sommes là, mais il ne bouge pas. Il reste immobile, les poings serrés le long du corps et je ne distingue pas ses traits au loin.

- Bulma ! rugit-il à pleins poumons.

- Arg… Qu'est-ce qu'il a encore ?... Il m'énerve, il a qu'à bouger son cul…Tu crois pas ?

Je lève des yeux interrogateurs vers Gokû. Il me regarde gravement.

- Il ne viendra pas, affirme-t-il.

Je cille légèrement.

- T'as sûrement raison. Tant pis pour lui, il me fait chier. Tu sais qu'il a failli me tuer, ce con ? En m'assommant. Quel sauvage…

Gokû écoute mes paroles avec sérieux. Je suis si heureuse de le retrouver sain et sauf.

- Et toi, au fait ? Comment tu t'en es sorti ? Ta blessure a l'air complètement guérie, c'est génial ! Raconte-moi tout, Chichi va être si contente de te retrouver.

Mes paroles sortent en flots ininterrompus, transportée par l'allégresse d'être là avec lui.

Bulma !

La voix de Végéta retentit à nouveau avec autorité et m'interrompt. Cette fois-ci, il me gonfle franchement et je fusille la silhouette lointaine du regard. Il n'a pas bougé d'un centimètre évidemment.

- Mais qu'est-ce qu'il a ? Il commence à être lourd, là. Il croit quand même pas que c'est moi qui vais grimper là-haut ? Je suis pas son chien, non ?

La main de Gokû qui se pose sur mon épaule me coupe net.

- Je crois que tu devrais aller le voir, dit-il doucement.

Je sonde ses yeux noirs avec étonnement. Il est si sérieux. D'habitude, il n'est pas comme ça. J'hésite à suivre son conseil. Je suis tellement bien ici avec lui, si contente de le revoir. J'ai pas forcément envie de me frotter à la mauvaise humeur de Son Altesse à cet instant.

- Vas-y, souffle Gokû avec fermeté.

Je soupire avec lassitude et je jette un nouveau coup d'œil à Végéta. Sa Seigneurie est toujours plantée en haut de sa colline avec ses airs suffisants, toujours en train d'exiger quelque chose et il va très probablement me parler comme à un chien quand j'arriverai en haut de cette foutue pente qui mène à lui.

Mais peut-être qu'il a vraiment besoin de quelque chose pour une fois.

Je me retourne vers Gokû.

- Tu viens avec moi ?

Il me sourit faiblement et il y a comme une étincelle de tristesse dans ses yeux.

- J'attends quelqu'un, mais pars devant, je ne serais pas loin.

Je ne comprends pas exactement ce qu'il me dit mais je n'ai pas le temps de réfléchir plus parce que la voix de Végéta résonne à nouveau, plus furieuse que jamais.

Il m'emmerde. J'ai subitement une envie irrépressible de monter cette foutue colline pour lui expliquer très sincèrement ce que je pense de ses manières. Je m'élance sans un regard pour Gokû, animée soudainement d'une envie de meurtre qui décuple mon énergie.

La pente est plus rude qu'elle n'y paraît. Je suis prise au dépourvue et je dérape dans l'herbe, à deux doigts de me casser une cheville, mais à mesure que j'avance, je me sens transportée par cette envie de rejoindre Végéta. Pourquoi, mais pourquoi ce type est toujours là pour gâcher le moindre de mes instants de paix ? Il a sérieusement besoin d'une petite explication.

Il observe mon évolution vers lui d'un œil froid. Il n'esquisse pas le moindre geste dans ma direction, même pas pour me tendre la main et m'aider sur les derniers mètres. Pour ajouter à la difficulté le vent s'est levé et il fait terriblement froid tout d'un coup.

Alors que j'arrive à lui, je trébuche une derrière fois mais au lieu de m'étaler dans l'herbe, je heurte un sol dur et froid. Le souffle me manque instantanément et je me sens glacée en une seconde. J'aspire goulûment l'air.

De manière surprenante, je m'aperçois qu'il y a de l'eau dans ma bouche, et même, j'en recrache abondamment, comme si j'avais failli me noyer et qu'on venait de me sortir de l'eau. Je sais pas d'où ça vient. Tout est sombre autour de moi mais il faut que je respire. Je respire. J'inspire et j'expire. Mon cœur se calme. Peu à peu, l'obscurité se dissipe et, sans que je comprenne comment, je suis dans l'une des pièces de la forteresse, nue, mouillée, transie, au milieu de débris de verre. Il y a un fracas effroyable autour de moi. Et où est Végéta ? Bordel, où ? J'appelle son nom en crachotant et en toussant comme une damnée.

- C'est bon, c'est bon, marmonne sa voix ennuyée derrière moi.

J'écarte mes mèches dégoulinantes plaquée sur mon front et je le cherche des yeux. Il est accroupi près de moi avec une serviette à la main. Je ne reconnais pas cet endroit. Pourquoi suis-je nue ? J'ai froid.

- C'est… Où on est ?

- Sur Ohms. Tu te souviens ?

- Je caille. Pourquoi je suis à poil ? Et pourquoi je suis trempée ? Végéta… Mais qu'est-ce…

- Tu étais blessée, j'ai été obligé de te mettre dans un caisson de régénérescence.

Il soupire et m'attrape la tête sans ménagement pour examiner mon crâne à nouveau. La douleur est faible et même l'exploration de mon cuir chevelu par ses doigts brusques reste très supportable en comparaison de la première fois où je me suis réveillée.

- Il y a eu un tremblement de terre, explique-t-il sans cesser de me trifouiller les cheveux.

Finalement je le repousse avec agacement.

- Un tremblement de terre ?

- Plus brutal que les autres. Pour éviter qu'on te trouve, je t'avais enfermée ici le temps que tu guérisses, mais le tremblement de terre a cassé le caisson.

Mes yeux tombent sur les débris de verre qui m'ont impitoyablement égratignée. Je prends conscience du désordre qui règne autour de moi. La partie motorisée du caisson a inexplicablement été projetée à l'autre bout de la pièce et la plupart des meubles sont renversés, un chaos d'ustensiles et de matériel médical est disséminé sur le sol.

- Officiellement, tu as profité de la tentative de soulèvement des ohmsiens pour prendre la fuite. Les hommes de Litché t'ont cherchée en vain pendant deux jours et ils ont laissé tomber, déclare Végéta en se relevant.

- Le soulèvement des ohmsiens ? Végéta… Mais de quoi tu parles ?

- Je parle de ce qu'il a fallu raconter pour nettoyer la merde que tu as laissée derrière toi, glapit-il avec humeur en me balançant la serviette avec irritation.

Je ne réponds pas, je me contente de froncer les sourcils. La merde que j'ai laissée. Il sait de quoi il parle, c'est sûr. C'est lui qui a assassiné Merrick, c'est lui qui ne s'est pas donné la peine de me tenir au courant de la situation, c'est lui qui a abandonné l'idée de chercher Gokû…

Il traverse la pièce et attrape un tissu propre sur une étagère à moitié effondrée.

- Je leur ai dit que ton pote l'ohmsien avait en fait essayé de pénétrer dans ma chambre et que le soldat saïyen qu'il avait tué avait essayé de l'en empêcher, poursuit-il en s'essuyant les doigts.

- Débile.

Il se fige et se tourne vers moi pour me fusiller du regard.

- Végéta, qui va croire ça ? Qui va essayer de venir t'assassiner dans ta chambre la nuit ? S'ils avaient voulu renverser les saïyens, les ohmsiens ne s'y seraient pas pris comme ça, ils ne sont pas si stupides…

- Tu crois qu'il y a que toi qui sois aussi stupide pour tenter un truc pareil, alors ? siffle-t-il sournoisement.

Je lève les yeux au ciel tout en me séchant du mieux possible. Je m'aperçois que je tremble de froid déjà. Foutue planète polaire.

- Mais, après tout, Litché et ses hommes, eux, sont stupides… Alors ? Ils ont gobé ton truc ?

- En tout cas, ils ont docilement éliminé tous les ohmsiens du Palais, réplique Végéta avec un sourire cruel.

Cette annonce me glace plus sûrement que la température de la pièce. Je le fixe avec incrédulité, hésitant à croire qu'il a pu aller si loin.

- Qu… Quoi ? Tu… Vous avez pas fait ça ?

- De toute façon, les ohmsiens ont toujours été un problème. Les rébellions sont fréquentes ici et ils nous font chier. Un petit massacre de temps à autres, c'est comme une piqûre de rappel nécessaire, alors…

- Comment… Comment tu peux…

- Bulma. C'était toi ou eux, t'as compris ça au moins ? reprend-t-il avec une patience forcée.

- Et...Tu les as tous fait tuer ?

Ma voix vacille sous le coup de l'horreur. Il détourne son regard du mien avec ennui, sentant certainement que je suis au bord des larmes, une fois de plus.

- Je comprends même pas que tu sois encore étonnée ou touchée par ce genre de trucs après toutes ces années à côtoyer ma race. T'es restée tellement terrienne, c'est pathétique, marmonne-t-il.

Je me masse les paupières une minute. Je suis à nouveau envahie par ce sentiment que quand on croit que les choses ne peuvent pas être pires, le destin s'amuse à vous démontrer le contraire. Kami m'a oubliée définitivement, c'est sûr.

L'image de Cato et Merrick m'apparaît. Je ne vais pas dire qu'ils étaient devenus des amis mais des alliés au moins. Ils étaient des êtres vivants que j'ai connus; ils m'ont aidée, Merrick m'a même sauvé la vie, bordel. Mon cœur est si serré que c'en est douloureux.

- Il faut se grouiller maintenant. Tu dois te planquer parce que Litché soupçonne quelque chose au sujet de cette pièce et il rôde dans les parages, j'aimerais pas qu'il te trouve, grogne Végéta.

Il me balance un manteau ohmsien, un truc dix fois trop grand et, comme d'habitude, constellé de petites broderies agaçantes. Mais un truc chaud. Je me lève et l'enfile mécaniquement, encore abasourdie par ce qu'il vient de me raconter. Je m'emmitoufle en resserrant le tissu sur mon corps grelottant. Je viens de me réveiller mais je regrette déjà de ne pas être restée dans la plaine avec Gokû. Gokû.

Un bruit nous fait tourner simultanément la tête vers la porte. Son battant béant tape mollement contre le mur tandis que Litché apparaît sur le seuil avec un sourire narquois.

- Altesse, je crois que nous avons retrouvé votre esclave, annonce-t-il avec insolence. Elle ne s'était pas enfuie en fin de compte. J'ai toujours cru en sa loyauté.

Végéta se raidit mais ne répond pas. Je reste tétanisée au milieu de la pièce, hésitant à me rapprocher de lui, tandis que Litché entre d'un pas nonchalant. Il me fixe avec une haine farouche. Une étincelle de jubilation anime son œil. On a voulu foutre de lui, mais finalement, il vient d'emporter la partie et ça lui fait apparemment très plaisir.

- Cette femme n'est pas juste votre esclave, n'est-ce pas ? enchaine Litché avec assurance. C'est celle que la horde recherche, celle que votre père soupçonne d'être la femme de la prophétie.

- Et alors ? riposte Végéta calmement.

Les deux saïyens se défient du regard et je profite de l'occasion pour reculer prudemment le plus loin possible de Litché. L'officier n'osera pas engager un combat contre Végéta. Même moi je sais qu'il n'a aucune chance.

- Et alors, elle est un problème, vous le savez. Je ne sais pas pourquoi vous vous entêtez comme ça à son sujet… Elle n'a vraiment rien d'exceptionnel…

En disant cela il me jette un coup d'œil appuyé. Je le déteste encore plus à cette minute. Sa façon de parler de moi comme si je n'étais pas là, de me regarder comme un meuble. Il choisit à peu près ses mots pour s'adresser à son Prince mais ses yeux dévoilent ses sentiments sans ambigüité. Il me méprise et il me déteste.

- Pourvu que vous renonciez à celle-là, vous aurez toutes les femmes que vous voulez sur Végitasei, conclut-il d'un ton raisonnable.

Végéta renifle d'un air dédaigneux. Je suis étonnée qu'il n'ait pas déjà perdu son calme face à l'insolence de son officier.

- Je ne suis pas prêt de retourner sur Végitasei et je ne t'autorise pas des suggestions aussi familières. T'as intérêt à la fermer maintenant, siffle-t-il.

- Je crois au contraire que vous accepterez de nous suivre sur Végitasei, lance alors une voix inconnue.

Elle appartient à un saïyen que je ne connais pas et qui entre à son tour dans la pièce, suivi d'un nombre impressionnant de soldats. En un instant tout l'espace est envahi d'une marée de inquiétante de combattants saïyens. Je me tiens immobile en retenant ma respiration, prise subitement d'une impression de suffocation.

Alors, d'un seul mouvement, comme une chorégraphie travaillée à l'avance et totalement inattendue, ils se mettent tous en génuflexion devant leur Prince. Le spectacle est stupéfiant.

Je me recule un peu plus, priant pour obtenir un jour la faculté de me fondre dans les murs. Je calcule rapidement la distance qui me sépare de Végéta. Il est à plusieurs mètres de moi. Si l'un de ces saïyens se prenait d'envie de me tuer là, tout de suite, la chance qu'il puisse s'interposer à temps me parait très maigre. Si tant est qu'il lui prenne l'envie de s'interposer.

Végéta fixe avec incrédulité cette armée à genoux comme des croyants devant une idole. Nos regards se croisent et je comprends que, comme moi, il n'a aucune idée de ce qui est en train de se passer. Très vite, son visage se ferme à nouveau.

- Relevez-vous, ordonne-t-il d'une voix dure.

Il a parlé sur un ton autoritaire, comme s'il n'était pas un Prince renégat condamné à mort par son père et roi.

- Altesse, reprend l'officier inconnu, je suis le Commandant Sadri, c'est moi qui dirige la horde que votre père a missionnée.

- Je sais qui tu es, crache Végéta. Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Vous avez failli me descendre et maintenant vous venez me faire des courbettes ? Et toi, Litché ? C'est toi qui m'a vendu, en bon traitre que tu es ?

Il leur parle avec un tel mépris, c'est comme s'il avait l'avantage.

Dans un sens, si on y réfléchit, il a l'avantage. Il pourrait tous les massacrer en une fraction de secondes. Il le sait et c'est pour ça qu'il n'a jamais peur de rien ni de personne. Mais s'il faisait ça je suis personnellement sûre d'y passer et Végéta risquerait de se retrouver coincé avec le royaume saïyen à ses trousses et un espoir quasiment nul de trouver et d'assassiner Freezer.

Donc il n'a pas tout à fait l'avantage. L'ambiance tient plutôt du statu quo mais sa fierté l'empêche de l'admettre ouvertement.

- Le Gouverneur Litché nous a avertis de votre présence ici mais j'ai un message à vous porter. De la part de Sa Majesté.

Végéta croise lentement les bras avec un soupir d'ennui.

Sadri le dévisage avec attention avant de laisser glisser son regard vers moi. Je suis maintenant collée au mur, essayant désespérément de faire oublier ma présence au milieu de tous ces guerriers imposants dont la plupart ne rêve que de ma disparition. Sadri a des yeux d'un brun très clair, presque doré, que j'ai rarement vus chez les saïyens ils me donnent l'impression de voir au travers de moi. Il a l'air plus âgé que Végéta et sa carrure est plus massive que celle de son Prince. Il semble habitué à l'attitude hautaine de son souverain et s'en émeut pas.

Il se détourne de moi pour s'adresser à nouveau à Végéta.

- Laissez-moi vous expliquer en privé, reprend-t-il tranquillement. Il n'est pas utile que des saïyens fassent couler le sang saïyen, ici.

Végéta fronce les sourcils et réfléchit un instant. Je le connais, il est sur ses gardes. Il finit par se décontracter légèrement.

- Allons-y, marmonne-t-il au bout d'un moment.

Sadri se tourne vers moi et me tend la main pour me faire signe de venir aussi.

- Venez, m'ordonne-t-il.

C'est la première fois qu'un saïyen me parle avec autant de respect. Je crois que c'est la première fois qu'un saïyen me vouvoie même. J'en suis presque choquée. Mais au lieu de me mettre en confiance, son initiative éveille une méfiance instinctive. Je me plaque un peu plus contre le mur et je cherche Végéta du regard. Dans mon esprit, cette masse de soldat alignée devant nous, c'est comme un barrage de mines à franchir.

Végéta me rend mon regard en coin, sans bouger. Il ne m'encourage pas à obéir et ça ne me rassure pas franchement.

- Personne ne lui fera de mal, ajoute Sadri.

A ses mots, Litché affiche une mine si déçue que la promesse de Sadri sonne d'autant plus douteuse à mes oreilles. Le mot d'ordre est apparemment nouveau pour certain.

Malgré tout, Végéta me fait un imperceptible mouvement de tête. Il s'avance enfin vers Sadri et je le suis d'un pas incertain. Je prends soin de rester dans son sillon et, comme par magie les soldats s'écartent de notre chemin. C'est comme une mer qui s'ouvre devant nous.

Je me sens terriblement mal à l'aise. Je serre anxieusement mon manteau ohmsien sur mon corps nu, comme si on pouvait avoir la moindre chance de voir au travers du tissu épais. J'ai froid. Mes cheveux mouillés retombent mollement dans mes yeux et sur mes épaules. J'ai conscience du spectacle pitoyable que je donne à voir, là où j'imagine que les soldats saïyens s'attendaient à trouver une guerrière flamboyante, capable d'exterminer leur race d'un froncement de sourcil. Les légendes ont la vie dure.

Je rive mes yeux à Végéta et je m'efforce de rester le plus près possible de lui. J'entends la rumeur des soldats qui se rangent sur les côtés à notre passage et le bruit de pas des officiers saïyens qui nous ouvrent la voie.

Alors que nous regagnons les appartements de Végéta, j'ai le temps de me rendre compte que c'est une véritable armada qui a investi la forteresse ohmsienne. Le nombre de soldats saïyens a facilement doublé, si ce n'est triplé, avec l'arrivée de la Horde. Ça ne me rassure pas du tout.

Le tremblement de terre a généré un certain désordre dans le quartier général. Quand nous arrivons chez Végéta, des soldats sont en train de finir de remettre les meubles en place. Quelqu'un a eu la bonne idée d'allumer les cheminées et une douce chaleur flotte dans tout l'appartement.

A l'inverse de moi, Végéta apparaît très sûr de lui et tout à fait à l'aise. Il se laisse tomber nonchalamment dans l'un des fauteuils et Litché fait fermer la porte derrière nous.

Nous nous retrouvons à quatre dans l'appartement princier. Le bruit de l'agitation extérieur est étouffé par l'épaisseur des portes et nous parvient à peine.

- Sers nous à boire, grogne Végéta à l'attention de Litché alors que Sadri s'est installé dans un fauteuil en vis-à-vis de celui du Prince.

Litché a un instant d'hésitation. Il est outré par l'ordre de Végéta, je peux le lire sur son visage. Il est Gouverneur, un putain de Gouverneur saïyen… Il n'a jamais dû servir un verre à personne de toute son existence. Il me jette un coup d'œil et je ne peux m'empêcher de lui adresser un sourire malicieux. Pour une fois que l'ordre ne s'adresse pas à moi, c'est un délice de voir ce connard prétentieux se demander s'il n'y a pas une erreur dans le scénario. L'espace d'un instant, j'ai même l'impression qu'il va faire répéter Végéta, mais il se tait et s'exécute de mauvaise grâce.

Je suis toujours debout, indécise sur ma place dans tout ça. Je décide de ne pas pousser le jeu jusqu'à prétendre m'assoir avec l'élite saïyenne, comme si on allait m'autorisée à participer à la discussion qui va se tenir. Finalement, je m'assois en tailleur sur le lit un peu à l'écart, de manière à pouvoir croiser les yeux de Végéta sans être remarquée. Je tire l'une des fourrures du couvre-lit sur mes épaules.

Litché a rempli trois verres. Evidemment, il n'a rien servi pour moi. Je ne suis pas étonnée. De toute façon les alcools saïyens ne sont pas faits pour moi. Je fais semblant de ne rien remarquer. Ce qui m'intéresse le plus, c'est ce que Sadri a à nous annoncer. Le revirement de situation m'intrigue au plus haut point. Est-ce que je vais, peut-être, pouvoir regagner la Terre ? Peut-être… Je réprime aussitôt l'espoir qui ne peut s'empêcher de naître en moi. Interdit de rêver.

Alors que Litché prend enfin place avec les deux autres saïyens, je m'aperçois que les yeux cuivrés de Sadri ne m'ont pas lâchée. Il me fixe avec une curiosité non dissimulée. Je soutiens son regard, comme si je n'avais peur de rien, j'essaye autant que possible d'imiter Végéta que j'ai vu à l'œuvre si souvent. J'essaye d'oublier que le commandant de la toute-puissante Horde pourrait me pulvériser en une seconde et qu'il a toutes les raisons de le faire.

Il sourit tranquillement sans que j'arrive à deviner ce qu'il pense.

- La situation a évolué, annonce-t-il tandis que Végéta avale la moitié de son verre d'une traite.

- Avec mon père, ce serait bien étonnant, commente le Prince d'un ton acerbe.

- Bardock a eu une nouvelle vision, précise Sadri.

Je frémis à cette annonce. Une vision qui annulera la première. Voilà exactement ce qu'il me faudrait.

- Il vous a vu tuer Freezer, déclare le Commandant à mi-voix.

Je vois Litché sursauter imperceptiblement et froncer les sourcils. Il est peut-être en train de penser qu'il aurait dû faire plus confiance à Végéta.

- Moi aussi, j'ai eu cette vision, répond Végéta avec le plus grand sérieux.

- Alors vous savez que ça va arriver, conclut Sadri.

Végéta ne répond pas et finit son verre d'une traite avant de le tendre à Litché qui s'en saisit de mauvaise grâce pour le remplir à nouveau.

- Et donc ? reprend Végéta avec méfiance.

- Votre père veut que vous reveniez sur Vegitasei.

Végéta hausse une épaule avec désinvolture comme si la proposition ne l'intéressait pas vraiment. Sadri tourne à nouveau les yeux vers moi.

- Bardock veut la voir aussi, ajoute-t-il en me désignant du menton.

- Pourquoi ? riposte Végéta aussitôt.

- Ses visions de la destruction de la race saïyenne le hantent, mais elles sont trop imprécises. Ils pensent que s'il la rencontre, ça l'aidera à en savoir plus.

- Et après ? siffle Végéta.

- Altesse… Je vais être le plus honnête possible. Cette minuscule terrienne paraît tout à fait inoffensive et vulnérable… Si on comprend comment la race est appelée à être détruite, je suis sûr qu'on trouvera un moyen de l'empêcher sans lui faire de mal…

Végéta lève les yeux vers moi, comme pour réfléchir à ce que vient de dire Sadri. Je ne peux m'empêcher de secouer imperceptiblement la tête en signe de négation tout en lui envoyant un regard implorant. Je n'ai aucune envie d'aller sur Végitasei et je n'ai aucune confiance dans les saïyens.

- Et si je refuse ? finit-il par demander sans me lâcher des yeux.

- Vous savez ce qui arrivera si vous refusez, Altesse. Le Roi serait ravi de se débarrasser de Freezer mais l'existence de sa race lui tient bien plus à cœur. Et pourquoi refuser ? Vous perdez votre temps à nous fuir et à vous cacher alors que vous pourriez vous concentrer à vous préparer pour combattre Freezer. Vous aurez tout ce qu'il faut pour y réfléchir sur Végitasei. Votre père regrette de ne pas vous avoir fait confiance plus tôt... Et c'est sans compter que nous devons absolument comprendre la vision de Bardock concernant l'extinction de notre race...

La voix mielleuse de Sadri me glace le sang. Je comprends exactement la manière subtile qu'il a de manipuler Végéta. Il est si calme pour quelqu'un qui joue un quitte ou double. Végéta est une bombe à retardement totalement imprévisible et il ne l'ignore pas. S'il lui en prenait l'envie, son Prince pourrait l'attaquer et le tuer ici et maintenant, ce qui serait une façon très saïyenne de refuser le marché.

Sadri a conscience de cette donnée, j'en suis sûre mais ses yeux de renard ne trahissent aucune peur. Son regard glisse vers moi une fois de plus. Son sourire malicieux ne l'a pas quitté.

Végéta prend le verre rempli que Litché lui tend et le descend d'un coup. Il s'essuie les lèvres du revers de la main avant de répondre.

- Je vais y réfléchir. On verra demain.

Sadri pince à peine les lèvres mais il ne dit rien. Il se lève obséquieusement et courbe la tête en signe d'obéissance. Malgré son apparente docilité, j'ai la désagréable impression qu'il a d'autres armes dans sa manche. Ou alors, il est vraiment déraisonnablement sûr de lui.

Végéta se lève à son tour. Il se tourne vers Litché et s'empare de la bouteille que l'officier tient toujours à la main. A cet instant, sans qu'aucun d'entre nous ne s'y attende, il abat son coude sur la carotide de Litché. J'ai un sursaut de panique et même Sadri a un mouvement de recul.

L'officier est projeté sur la table basse et le meuble explose bruyamment sous le choc.

- Ne partez pas les mains vides, Commandant, débarrassez moi de cette vermine, conclut Végéta sans un regard pour sa victime.

Sadri fixe le corps inerte de Litché à ses pieds. Mes yeux suivent la même direction que les siens. Je ne vois pas bien le gouverneur saïyen au sol mais je peux jurer qu'il est mort. Le coup de Végéta a été si sec, si violent et si bien placé que je n'ai aucun doute à ce sujet. Litché était un connard mais le taux de mortalité s'élève dangereusement autour de Végéta et j'aime pas ça.

Sadri se conforme à la requête de Végéta et entraine le cadavre en le trainant nonchalamment par le bras. Je le suis des yeux jusqu'à ce que la porte se referme sur eux.

Le silence se fait. Végéta s'est déjà détourné de la scène et observe le paysage par la fenêtre. Il sirote l'alcool au goulot, par petites gorgées. Maintenant que nous sommes seuls, je ne peux empêcher mon sentiment de révolte de prendre le dessus.

- T'avais besoin de faire ça ? Litché…

- Ouais, j'avais besoin de faire ça. Et en plus j'en avais vraiment très envie, coupe-t-il nerveusement sans même se retourner.

Je sais à son ton qu'il est de mauvaise humeur. De plus mauvaise humeur que d'habitude, je veux dire. C'est inutile de lui parler quand il est comme ça, il ne me répondra pas.

Il faut que je discute avec lui, il ne faut pas qu'il accepte ce marché de dupes qui va me jeter dans la gueule du loup. Mais pour l'instant, je vois bien que ce n'est pas le moment. Pour l'instant, j'ai moi-même envie de calme. Je me lève lentement avec un soupir, sans abandonner la fourrure sur mes épaules.

- Je vais prendre une douche, tu crois qu'il y a de l'eau avec le tremblement de terre ?

Il ne répond pas évidemment, absorbé dans la contemplation du paysage extérieur, les doigts toujours crispés sur la bouteille.

Je me glisse silencieusement dans la salle de bains. C'est une salle de bains ohmsienne. Il n'y a pas de douche ici, juste un grand bassin d'eau fumante qui est en principe chauffée en permanence. L'eau n'est jamais vidée mais elle est filtrée et remplacée par un circuit fermé de tuyauteries.

Je ne sais pas si la pompe de filtration fonctionne toujours mais je constate avec soulagement que le système de chauffage semble continuer vaillamment son office.

J'ai besoin de chaleur. Le froid me ronge quasiment de l'intérieur. C'est un véritable délice que de s'enfoncer dans cette eau chaude et claire. C'est comme si j'avais passé l'hiver dehors, comme si mon corps retrouvait enfin sa température normale. Je plonge aussitôt la tête sous la surface. Je sens ma peau se débarrasser des résidus gluants de liquide de régénérescence. C'est une renaissance.

Je me cale dans un recoin du bassin, adossée au rebord et je ferme les yeux. J'aimerais, un instant, oublier les saïyens, la forteresse glaciale, la mort des ohmsiens. Je cherche à me souvenir de la plaine herbeuse mais ma mémoire me fait défaut. Qu'y avait-il de si agréable là-bas déjà ?

Pour la première fois depuis longtemps, j'arrive à me décontracter. Pour la première fois depuis longtemps, je n'ai pas peur, je n'ai pas mal et je n'ai pas froid.

J'empêche les saïyens d'envahir mes pensées, ils sont à la porte de mon esprit mais je ne veux plus penser à tout ça pour l'instant. J'ai le temps, je suis fatiguée, j'y réfléchirai plus tard. Pourquoi je ne suis pas restée dans la plaine déjà ?

Un mouvement dans l'eau me tire brutalement de mes méditations. J'ouvre les yeux tout d'un coup. Végéta est là, debout au milieu du bassin, tout habillé. L'eau lui arrive presque à la taille et la bouteille vide pend au bout de son bras, il me regarde d'un œil noir. La colère. Mais il n'y a pas que ça.

- Je suis… Ridicule… A cause de toi, articule-t-il péniblement.

Je me redresse légèrement alors qu'il fait un pas vers moi.

- Moi ? Qu'est-ce que…

- Tu t'en rends compte, hein ? Je suis sûr que tu t'en rends compte ! siffle-t-il avec emportement.

- Mais… ça va pas ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

J'ai essayé de parler avec le plus fermement possible mais il ne m'écoute pas bien sûr.

- J'aurais dû… J'aurais pas dû sortir dans le couloir, je sais… Et… Litché a tout de suite compris, j'aurais dû te vendre ou… je sais pas… J'aurais dû me séparer de toi d'une manière ou d'une autre… J'aurais dû te laisser mourir dans l'espace…

- Non ! Pourquoi tu dis ça ?

Il s'approche un peu plus de moi. Il est inquiétant. Ses traits sont crispés comme s'il livrait une lutte intérieure. Je jette un coup d'œil anxieux à la bouteille qu'il a vidée entièrement.

- Parce que… C'est ce qu'un vrai guerrier aurait fait. J'ai jamais hésité… Jamais hésité. Jamais eu peur pour personne ni pour rien. J'étais sûr de pouvoir le faire… te laisser crever… J'avais aucun doute là-dessus… Et il a fallu que ce connard de soldat te choppe à la sortie de ma chambre… Il a fallu que je l'entende et… Il a fallu que je sorte.

Il me regarde avec un air douloureux que je ne lui ai jamais vu et ça m'affole. Il me raconte tout ça comme s'il avait commis une faute impardonnable, comme s'il en concevait une honte inavouable qui le consumait.

- Mais… Tu m'as sauvée… Tu trouves ça si effroyable ? Je ne comprends pas. Je ne te comprends pas. Pourquoi tu l'as fait si ça te parait si terrible ? Tu as tué tellement de gens... Merrick, Litché… Même les autres ohmsiens, bordel…

- Ouais… J'ai tué tous ces gens… Il fallait bien ça… J'en ai eu besoin, j'ai eu besoin de tous ces morts… Pour me rassurer. Pour me prouver que rien n'avait changé. Et rien n'a changé, pas un seul n'a éveillé l'ombre d'un remord en moi…

Je le fixe avec effroi et incertitude en essayant de suivre son discours incohérent.

- Alors… C'est quoi ton problème ?

Il s'avance encore. Il est très près de moi maintenant.

- C'est toi bien sûr… C'est toujours toi… Toi, je suis incapable de te faire du mal. Pourquoi je ne peux pas te tuer d'un coup, sans hésitation, comme n'importe qui ?...Tous mes problèmes disparaitraient en un instant… Juste… Comme ça !

Pour illustrer ses paroles, il frappe son poing contre la surface de l'eau, générant une onde de choc inattendue dans tout le bain. Je sursaute légèrement et je tente inconsciemment de reculer, coincée entre lui et le bord du bassin. Je me sens complètement déroutée et je ne sais pas quoi répondre. Il semble tout à la fois en colère et désespéré. Je ne sais pas s'il me reproche quelque chose ou s'il essaye de me dire qu'il tient à moi. Les deux sûrement. Sa respiration est haletante et, malgré ce qu'il dit, son regard sur moi est assassin.

- J'ai cru t'avoir tué en te cognant la tête…ça m'a rendu dingue… J'ai pris des risques complètement débiles pour te mettre dans ce caisson sans que Litché s'en rende compte… Je t'ai veillée pendant des heures en redoutant que tu ne te réveilles pas…Jai eu… peur. J'étais terrorisé… Et je me suis senti coupable.

Ses yeux se perdent alors dans le vide, comme s'il se remémorait une épreuve terrible, et la colère se fane en une seconde.

- Moi ? murmure-t-il. Comment c'est possible ?

Je me tais. J'ai conscience que, même si elle est sûrement inspirée en partie par l'alcool, sa confidence est unique et précieuse. Il est à nu, il me dévoile sa vulnérabilité. Un trésor qu'il n'a jamais montré à personne auparavant et qu'il ne montrera peut-être plus jamais.

Je me redresse et je passe très doucement mes mains derrière sa nuque pour l'attirer contre moi. Il se laisse faire, toujours perplexe.

- Même Sadri a compris qu'il ne pouvait rien négocier sans te mettre dans l'équation, reprend-t-il à mi-voix, il sait qu'il n'obtiendra rien de moi si ta sécurité n'est pas garantie... Je suis faible… Je suis faible et tout le monde le voit… je n'ai jamais été aussi humilié de toute ma vie et je n'arrive pas à…

Je caresse ses cheveux lentement et je l'embrasse pour le faire taire. Il rompt le baiser et me dévisage avec curiosité comme si j'étais une énigme. Je soupire.

- Tu n'es pas faible, Végéta. C'est moi qui le suis. Ici… J'ai peur tout le temps. Tout me fait peur, n'importe qui peut me tuer à tout instant. N'importe quoi peut m'être mortel. Je suis terrorisée et il n'y a que quand tu es là que je n'ai pas peur et que j'existe…

Ma voix tremble un peu en réalisant à quel point mes mots sont justes. Même quand je n'étais qu'une esclave anonyme fourbissant ses projets d'assassinat, il n'y avait que mes sentiments pour Végéta qui m'ont tenue en vie et qui m'ont fait oublier la peur. Et même quand j'étais sur Terre, il n'y avait que son souvenir qui me portait quand la peur était trop intense. L'espoir ridiculement infime qu'il reviendrait un jour me poussait en avant.

Je m'interromps et je baisse les yeux, un peu embarrassée de livrer à mon tour des sentiments que je ne m'autorise même pas à admettre. C'est lui qui m'embrasse cette fois-ci.

Je m'agrippe à lui brusquement pour l'attirer un peu plus contre moi. Il passe une main dans mon dos et me soulève légèrement. J'enroule instinctivement mes jambes autour de ses hanches et je me presse contre son érection.

Il entre en moi sans préavis, avec une avidité qui répond à la mienne. Je gémis aussitôt sans me préoccuper du bruit. Ses mouvements sont brutaux comme son désespoir mais il veille étrangement à mon confort, comme s'il craignait de me blesser à nouveau. De sa main, il protège ma peau du frottement du rebord et il a une façon de me tenir comme si j'étais extrêmement fragile. Ce contraste avec la force de chacune de ses pénétrations décuple étrangement mon plaisir. Je m'étonne d'avoir oublié l'effet qu'il est capable de me faire dans ces moments-là.

Je réalise à quel point j'ai besoin de lui dans tous les sens du terme, à quel point son indifférence de ces dernières semaines, même feinte, m'a atteinte. Et même si j'ai l'impression de le détester la plupart du temps, même s'il peut être monstrueux et sanguinaire, inquiétant, je finis toujours par revenir vers lui. Et je suis intérieurement, infiniment rassurée qu'il revienne toujours vers moi.

J'ai douté de lui plus d'une fois mais il a toujours été là pour finir. Il a toujours veillé sur moi dans l'ombre. Alors…

Après qu'il se soit libéré en moi avec un faible râle, je ne desserre pas mon étreinte. Je le garde contre moi, je ne suis pas pressée qu'il se retire, saisie par l'envie de prolonger ce moment. Il a enfoui son visage au creux de mon cou et je ne vois pas son visage. Je sens son souffle, tout contre ma peau, qui se rétablit progressivement à un rythme normal.

- Ne les laisse pas me faire de mal… Refuse le marché… Enfuyons-nous et retrouvons Gokû… Vous pourrez tuer Freezer… On pourra…

Mes paroles meurent sur mes lèvres et je me tais. Il se redresse lentement pour me regarder. Il écarte avec précaution les mèches de cheveux collées à mes pommettes, sans me lâcher des yeux.

- Gokû est mort, répond-t-il dans un souffle rauque.

J'ouvre la bouche pour riposter mais aucun son n'en sort. Aucun mot ne me vient parce qu'il n'y a rien à dire, j'en prends subitement conscience. Il n'y a rien à ajouter. Il y a juste les larmes qui dévalent paresseusement mes joues.

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