Hoy. Merci à tous pour votre soutien. Après un break parfumé d'iode marin, voici un nouveau chapitre bien bronzé pas trop salé.
En route.
Chapitre 25
Elle est de nouveau là, devant moi, cette foutue planète que je pensais ne plus jamais revoir. Même à des milliers de kilomètres, je ressens sa chaleur étouffante, son air irrespirable et saturé, je visualise ses déserts rocheux qui s'étendent à perte de vue, son océan acide et ombrageux et sa capitale grouillante avec le Palais royal, imposant et austère en plein milieu.
Pour l'instant, Végitasei n'est qu'une boule jaune enveloppée de brume au loin, mais d'ici quelques heures, nous atterrirons et il sera trop tard. Trop tard pour espérer échapper aux saïyens et à leurs coutumes de sauvages, trop tard pour se sortir de ce sac de nœuds incompréhensible, trop tard pour espérer que Végéta revienne sur sa décision.
Je contemple l'espace immense qui me sépare encore de ce piège prêt à se refermer sur tous mes espoirs, et ma tête est vide.
Le bruit de la porte de la salle de bains me tire de mes ruminations. Je me détourne de la baie vitrée pour reporter mon attention sur Végéta.
Il ne me regarde pas et s'affaire à enfiler sa combinaison de spandex sans un mot. Il ajuste son pourpoint, enfile ses bottes, cherche un moment ses gants, les trouve, les juges sûrement trop sales, les jettent dans un coin, se met en quête d'une nouvelle paire.
Je suis debout au milieu de la pièce et je l'observe avec hésitation. Je ressens une urgence à lui parler. Encore. C'est la dernière fois. La dernière chance de le convaincre de changer d'avis. Malheureusement, je n'ai aucune idée de la façon de m'y prendre.
Il a accepté la proposition du Roi bien sûr. Il estime que faire la paix avec le Roi est la seule façon de s'assurer une chance de tuer Freezer maintenant que Gokû est mort. Pas un instant, il n'envisage que son père ose le défier et revienne sur sa parole de ne pas me faire de mal. Il est sûr de lui, comme d'habitude. Et c'est lui qui décide, comme d'habitude aussi.
La vérité, c'est que je doute qu'il se soucie réellement de mon sort. La seule vérité, c'est que, comme il me l'a dit lui-même, son attachement pour moi lui pèse. Je suis son fil à la patte et il aimerait pouvoir m'arracher d'un seul geste. Il n'y a que lorsqu'il a été sur le point de me perdre qu'il a été contraint d'admettre qu'il tenait à moi. Maintenant que tout danger semble écarté et que ses ambitions belliqueuses contre Freezer se précisent, je suis redevenue le grain de sable dans les rouages de ses projets. Parfois, je me dis que je noircis le tableau à raisonner comme ça mais ce qui est sûr, c'est que mes chances de le détourner de son choix sont insignifiantes.
Je me tords les mains nerveusement. Mon impuissance me consume. Je n'arrête pas de penser que j'aurais pu…m'enfuir peut-être ? J'ai eu peur, j'ai reculé à cette idée terrifiante. Si je l'avais fait, ils m'auraient pourchassée, c'est sûr. Mais, cette fois-ci, j'aurais dû les affronter seule. Sans Végéta. Débile et surréaliste. Quand même… Il me semble que j'ai été plus audacieuse. Bordel, je me suis sauvée de la chambre du terrible Prince de tous les saïyens pendant qu'il dormait ! Qui a déjà osé faire ça ? Même si je dois admettre que j'étais limite suicidaire en ce temps-là, c'était quand même peu plus glorieux que la petite souris effrayée que je suis devenue dans son ombre. Il a fait ça de moi ? Il me reprochait de l'avoir rendu vulnérable mais il m'a fait la même chose.
- On devrait atterrir d'ici midi, maugrée-t-il en enfilant des gants propres.
Sa remarque me rappelle à la réalité de cette planète jaune qui me prendra bientôt dans son orbite. Le regard de Végéta se pose enfin sur moi et il suspend son geste. Il a perçu mon angoisse sans aucun doute mais il ne me réconfortera pas. Ce serait l'inverse de lui. Je me mords les lèvres.
- Arrête de me regarder comme ça, siffle-t-il avec rudesse.
- Végéta, pourquoi… J'aurais pu retourner sur Terre si ton père…
- C'est pas le deal, tu le sais très bien, coupe-t-il froidement, Bardock veut te voir. Quand il aura trouvé une solution à cette vision, on en reparlera…
- Mais tu tiendras ta promesse, n'est-ce pas ?
Il hausse un sourcil interrogateur et c'est comme s'il me plantait un couteau dans le cœur. Il ne voit même pas de quoi je parle ce connard.
- Quand tu auras tué Freezer… Tu m'as dit que quand tu aurais tué Freezer…
- Aahh… soupire-t-il avec exaspération, le môme…
- Végéta !
Il sourit avec un air narquois.
- Ouais, ouais, quand j'aurais tué Freezer… Tu reverras le môme, répond-t-il.
Il dit ça avec une telle nonchalance. Comme si ce n'était pas important, comme si c'était pas son fils aussi. Ça me révolte.
- C'est ton fils ! T'es qu'un sale…
- Surveille tes paroles. Surtout ici, interrompt-il gravement.
Sans réfléchir un instant, j'attrape une statue hideuse mais taillée dans une pierre massive et je l'envoie rageusement dans sa direction. Il n'a aucun mal à l'esquiver avec un petit rire et elle éclate contre le mur.
- Habille-toi au lieu de faire l'imbécile, ricane-t-il en quittant la chambre.
Je reste là, toute seule, toujours debout au milieu de cette pièce immense, tournant le dos à l'espace infini qui semble m'observer et rire silencieusement de moi au travers de la paroi de verre. Et je le hais. Je le hais de nouveau. Fini le doute, finie la vulnérabilité, sa carapace s'est reconstituée aussi vite qu'elle s'est fendue et il est à nouveau le connard que j'ai toujours connu.
La vérité, c'est qu'il jubile. Il jubile parce que, malgré la perte de Gokû, Bardock l'a vu tuer Freezer, il jubile parce qu'il rentre chez lui, parce que, malgré le défi insensé qu'il a lancé à son père, il est redevenu le Prince vénéré de tous les saïyens.
Cet enfoiré a tout gagné à accepter l'offre de son père. Et moi ?
Jusqu'ici, Sadri a tenu sa promesse. Les saïyens m'ont bien traitée depuis que Végéta a accepté le marché du Roi. Presque comme une des leurs. C'est totalement nouveau pour moi et ça sonne encore très faux, mais pas un d'entre eux n'a laissé filtrer la moindre menace à mon égard jusqu'à présent. Je sens bien que les choses ne leur paraissent pas plus naturelles qu'à moi mais ils font de leur mieux pour se conformer au mot d'ordre de leur commandant.
Et puis, dans leur esprit, j'ai été consacrée femme de leur Prince. Ou au moins maîtresse. Animal de compagnie ?
Merde, j'ai même pas de chambre à moi, ça y est. Je suis parquée dans le même appartement que Végéta. On m'a même pas demandé mon avis. Et même si, la plupart du temps, je dors sur le canapé, personne ne s'inquiète de me ménager un espace personnel. Ha. Je suis redevenue un meuble dans le fond. Plus haut de gamme mais finalement… Sans volonté propre.
Je me mets à espérer que quand Bardock me verra, il annoncera peut-être que je ne suis pas la femme de sa vision mais, en réalité, je n'y crois pas vraiment. Enfin… Si ça devait arriver, ça me confirmerait juste que ces prémonitions sont de la pure connerie parce que je suis sûre que jamais Végéta n'a jamais laissé personne le voir comme je l'ai vu dans cette salle de bains ohmsienne. Je suis sûre que jamais personne ne l'a touché du doigt comme je l'ai fait, et j'imagine que c'est ce qui fait de moi sa femme. C'est pas vraiment comme ça que j'imaginais devenir la femme de quelqu'un mais avec Végéta, j'avoue que ma vie a cessé depuis longtemps de ressembler à mes rêves.
J'avais rien demandé. J'aurais pu ne jamais le rencontrer personnellement. Je suis sûre que, puissant comme il est, partout dans l'univers, une foule d'autres femmes aurait tué pour être à ma place. Mais moi, j'avais rien demandé. Et maintenant, je suis piégée.
La sonnette retentit subitement et me tire de mes pensées.
Je mets un temps à réaliser qu'il y a quelqu'un à la porte. Je vais ouvrir sans réfléchir.
Sadri est sur le pas de la porte, un petit coffret sous le bras. Il a l'air un peu surpris de me voir.
- Oh… Euh… Vous préférez que je repasse plus tard ? demande-t-il avec hésitation.
- C'est pas la peine, le Prince est déjà parti.
Il baisse les yeux avec embarras.
- Ce… C'est vous que je voulais voir mais… Vous n'êtes pas habillée, alors…
J'écarte les cheveux qui me tombent dans les yeux et je baisse instinctivement les yeux sur ma tenue. Il a raison, je porte encore cette tunique difforme et trop grande, qui me sert de chemise de nuit et me tombe jusqu'au genou. Complètement négligé mais rien d'outrageant. Je hausse les épaules avant de répondre.
- C'est bon… Je suis pas une reine ou une princesse, hein ? Pas la peine de faire semblant, je suis même pas saïyenne alors…
Je m'écarte pour le laisser entrer mais il reste un temps indécis sur le seuil. Finalement, il se décide et je referme la porte derrière lui. Je m'adosse au mur de l'entrée avec lassitude.
- Alors ? Qu'est-ce qui se passe ?
Il se tient tout raide devant moi et semble mal à l'aise. Ça m'inquiète un peu. Au bout d'un instant, il me tend le coffret.
- Je… J'ai retrouvé ça dans les stocks du vaisseau… Je crois que nous l'avions ramené de la Terre et j'ai pensé…
Il ne finit pas sa phrase. Je perçois son malaise et ça me fait sourire faiblement. Un saïyen qui fait un cadeau. A part Gokû, je ne savais pas que ça pouvait exister. Je prends la boite avec précaution et je vais m'assoir sur le sofa pour l'ouvrir. Elle est lourde. A l'intérieur, il y a un fatras d'objets. D'abord une bouteille de whisky que je pose prudemment sur la table. Une boite de cigares, un disque, une carte postale vierge avec un paysage tropical que je ne reconnais pas, un bijou de pacotille, une boule à neige… Tout un tas de stupidités et une autre boite en acajou. Mes yeux s'écarquillent devant ces choses anodines qui me rappellent encore plus cruellement la Terre où je ne pourrais peut-être plus retourner avant longtemps. La Terre et ma famille. Et Trunks. J'ai la gorge un peu serrée en farfouillant doucement dans le coffret.
- Ça vient de la Terre, n'est-ce pas ? demande Sadri qui s'est rapproché sans s'assoir.
Je hoche la tête, incapable de parler sur le moment. Je le fixe avec stupéfaction. Comment un commandant saïyen a-t-il pu avoir une idée si délicate que celle de me ramener un tel présent ? Il me dévisage en retour et s'assoit sur l'un des sièges en face de moi. Ses yeux cuivrés sont sérieux et inquiets.
- Vous vous demandez pourquoi je vous apporte ça, affirme-t-il.
Je me mords les lèvres en comprenant subitement que ce n'est pas juste un cadeau. Il y a un revers de la médaille évidemment. Il y en a toujours un dans ce monde. Il soupire doucement et joint ses mains dans un geste nerveux.
- Dans deux ou trois heures, nous serons sur Vegitasei, annonce-t-il.
- Je sais… Végéta m'a dit.
Il fronce légèrement les sourcils à ma réplique. Je me reprends avec ennui
- Son Altesse m'a informée.
- Vous voyez, c'est exactement ça le problème, réplique-t-il aussitôt. Vous n'êtes plus une esclave… Et vous n'êtes pas une princesse saïyenne non plus… Je ne sais même pas ce que vous êtes exactement à dire vrai.
Il s'anime et il y a une sorte d'agacement dans sa voix. Il pointe un doigt irrité sur moi.
- Votre intérêt, c'est de rester en vie et entière. Mon intérêt à moi, c'est de préserver mon Roi et ma race. Ce coffret vous rappellera qu'on est pas sur Terre…
- Je ne suis pas prête de l'oublier si c'est ce qui vous inquiète.
Il serre les dents avec crispation. J'ai parlé plus franchement qu'il ne s'y attendait et je ne suis pas grand-chose à ses yeux. En tout cas, il n'a pas l'habitude que quelqu'un comme moi s'adresse à lui de cette manière et malgré les efforts qu'il déploie pour me témoigner du respect, mon ton le met en colère.
- Quoiqu'il en soit, vous devez comprendre que Vegitasei est en ébullition, reprend-t-il en contenant son irritation. Ou plutôt… En crise. Cette prémonition de Bardock et la rébellion du Prince agitent beaucoup les saïyens. Et au centre de tout ça, il y a vous… Une ridicule terrienne sans aucune manière qui parle du Prince comme d'un copain et qui ouvre la porte à un officier en chemise de nuit.
Ses paroles allument une étincelle en moi qui flambe en un instant. La fatigue et la frustration emportent mon esprit comme un raz-de-marée.
- Et alors ? Vous croyez que j'ai demandé à être là ? Vous croyez que je préfèrerais pas être chez moi où j'ouvre la porte à qui je veux dans la tenue que je veux ? Reprenez-le votre Prince ! Reprenez-le et foutez-moi la paix ! J'en peux plus de vos guerres, de vos intrigues de basse-cour et de vos superstitions d'un autre âge !
Il se décompose, saisi par mon accès de colère. J'en ai la respiration haletante et je le fixe avec défi. Il veut me tuer ? Qu'il fasse comme chez lui. Qu'il vienne. Sinon, qu'il aille se faire foutre. J'ai conscience que ma fureur ne s'adresse pas directement à lui mais ça fait tellement de bien de la laisser sortir.
Je me suis levée dans un mouvement de rage et il reste assis devant moi un instant, les sourcils froncés. Il lutte, je le vois. Il a fermé son poing et il le serre à s'en faire saigner. Mais il reste immobile.
- Ecoute petite idiote, siffle-t-il, tu n'as pas que des amis à Vegitasei, tu peux me croire et je suis chargé de m'assurer qu'il ne t'arrive rien. Tu ne me supportes pas et je ne te supporte pas non plus, mais on dépend l'un que ça te plaise ou non, alors tu vas suivre mon conseil et ravaler tes humeurs si tu veux durer un peu plus de vingt-quatre heures, d'accord ?
Ce qu'il me dit, son regard et le ton sur lequel il me parle, me glacent le sang mais je m'efforce de ne rien laisser paraître. Je croise les bras avec aplomb en relevant le menton en signe de défi. Il déglutit et se lève à son tour. Il paraît plus calme maintenant.
- D'abord, tu vas arrêter de te balader en chemise de nuit. Tu te rends présentable pour notre arrivée et… Tu cesses d'insulter la race saïyenne et de parler du Prince avec autant de… familiarité, c'est compris ?
Je détourne mon regard avec désinvolture mais il m'agrippe le menton avec rudesse pour ramener mes yeux sur lui.
- Est-ce que c'est compris ? insiste-t-il.
- Je vais voir ce que je peux faire.
Il me dévisage avec réprobation.
- Je sais que tu n'es pas stupide malgré les apparences. Tu n'aurais jamais survécu jusqu'ici, alors fais marcher ta cervelle, conclut-il en me lâchant brutalement.
Il tourne les talons et quitte la pièce d'un pas décidé sans se retourner. J'ai envie de lui envoyer son cadeau à la tête mais je me contente de le suivre des yeux. Je sais qu'il vient de m'annoncer le programme des réjouissances qui m'attendent. Je sais que tout ce qu'il dit est vrai. Derrière moi, la planète jaune a encore grossi. Nous ne sommes vraiment plus très loin. Autant l'admettre, je ne lui échapperai pas.
On m'a préparé des vêtements. Les vêtements qui conviennent, j'imagine. Pas un uniforme saïyen, ça, je n'y aurai jamais droit. Pas une robe de princesse non plus. Ça non plus je n'y aurai jamais droit. Non, un ensemble à peine plus élaborée que la tenue des femmes de chambre. Un tissu rouge bien sûr, histoire de rappeler à qui j'appartiens.
J'ai pris soin d'attacher mes cheveux le mieux possible en me souvenant de la manière dont je faisais mes chignons quand je servais. Je m'aperçois que ce con de Sadri m'a franchement foutu la trouille. Je préfèrerais mourir plutôt que de le lui avouer à voix haute mais ce qu'il m'a dit m'a sérieusement ébranlée. Ça m'a fait l'effet d'un électrochoc et j'ai mis ma déprime de côté. Je sais que je peux y arriver. Je pense à Trunks et je sais que je peux le faire. Survivre à tout ça et retourner sur Terre. Avec ou sans Végéta, je peux le faire. Peut-être même retrouver Gokû ?
Quand la passerelle du vaisseau s'abaisse sur l'aire d'atterrissage de Végitasei, je suis parfaitement conforme à ce que je dois être. Ni une saïyenne, ni une princesse, ni une esclave. Une sorte d'alliage improbable et raté de tout ça.
Je suis nerveuse. Végéta se tient entre Sadri et moi. Autour de nous, les soldats sont rangés en rangs militaires et ordonnés.
Nous sommes accueillis par une troupe d'officiers saïyens très imposants. Je me raidis inconsciemment mais je me retiens de baisser la tête ou de me mettre en retrait à l'ombre du Prince. Il y a un truc avec les saïyens que j'ai appris et retenu. Ne jamais montrer sa peur, ne jamais laisser voir sa faiblesse. Rien ne les excite plus que le sentiment de puissance face à un être apeuré.
Comme nous nous rapprochons d'eux, je les fixe un à un. L'un d'eux en particulier attire mon attention. C'est une montagne de muscles massifs avec une armure rutilante, barbu, le regard noir. Je ne reconnais pas son grade sur son insigne, je crois que je n'en ai jamais vu de tel.
L'ensemble de ce comité d'accueil met un genou à terre dans un mouvement de salut unanime à l'égard du Prince. Végéta les regarde sans les voir. L'ennui se lit déjà sur ses traits. Je ne suis pas totalement dupe, derrière cette façade, je devine sa jubilation de retrouver les honneurs royaux, lui, le renégat qui a osé défier l'autorité de son père.
« Levez-vous » crache-t-il dans un grognement distrait. Le barbu, qui dépasse facilement son prince d'une tête se met à parler.
- Je suis ravi de voir les choses commencer à revenir dans l'ordre.
Il s'interrompt et tourne les yeux vers moi. Je soutiens son regard sur moi avec défi mais il reste totalement impassible et ne laisse filtrer aucun sentiment. J'ai compris cependant que je suis dans son esprit la dernière chose qui n'est pas rentré dans l'ordre.
- Bienvenue sur Végitasei, Altesse, conclut-il froidement.
Subitement, sa voix éveille un souvenir en moi. Ce type est celui que j'ai eu en ligne et qui a annoncé la mort du fils de Végéta. Le chambellan. Je ne l'avais jamais croisé auparavant, ou en tout cas pas de si près. Il est le bras droit du Roi et réputé pour être d'un tempérament glacial et d'une loyauté à toute épreuve envers son royaume.
- Votre père vous attend, annonce-t-il.
- Je vous suis, répond Végéta avec un soupir d'agacement.
Tandis qu'il s'avance pour fendre le groupe d'officiers, je le suis mais le chambellan intervient.
- Pas elle, déclare-t-il fermement en me pointant du doigt.
Je serre les dents. Je sens Végéta se raidir imperceptiblement.
- Vous le savez, Altesse, insiste le Chambellan tranquillement. Pas de femme… Encore moins… Elle restera dans le quartier des femmes en attendant que Bardock la reçoive.
- Quoi ? Mais…
Je suspends ma protestation de moi-même en croisant le regard cuivré et dur de Sadri qui me rappelle de me tenir tranquille. Le chambellan fronce les sourcils et me considère d'un œil sévère qui lui donne une allure impressionnante. Je cherche à croiser le regard de Végéta mais il a tourné la tête et je ne vois pas son visage.
- Allons-y, marmonne-t-il, on va pas y passer la journée, j'ai des choses à faire.
Je l'observe s'éloigner avec désarroi tandis que trois des soldats restent à mes côtés pour m'escorter vers la destination qui m'a été assignée. Ils m'entrainent et je les suis mécaniquement sans vraiment savoir s'ils sont supposés me protéger, me guider ou me garder prisonnière. Un peu les trois j'imagine.
Le quartier des femmes. Le Palais des concubines. Je n'y ai jamais mis les pieds. Je n'ai jamais compté y mettre les pieds. C'est dans cette partie la plus secrète et la mieux gardée du Palais de Végitasei que vivent les membres féminins et les maîtresses de la famille royale. Ça c'est la définition technique des choses. Plus rationnellement, c'est l'équivalent d'une prison.
Les femmes saïyennes… En trois ans de servitude, j'en ai vues très peu. Celles qu'on voit sont soldats et en général de très basse classe. Seules les femmes de très basse classe, qui renoncent à s'unir et qui montrent un potentiel de combat intéressant, peuvent s'émanciper suffisamment. Elles sont assez mal considérées et leurs vies n'est franchement pas de tout repos parmi leurs pairs. Les autres femmes sont quasiment invisibles par les autres races. Elles ne paraissent jamais dans les occasions officielles en tout cas.
Cette mentalité me rappelle tellement celle de Végéta. Je réalise que si j'avais été saïyenne, il m'aurait enfermée dès le début. Je n'aurai jamais risqué de tomber sur un Nappa, je n'aurai jamais risqué de m'enfuir et personne n'aurait jamais eu vent de mon existence et de son attachement à moi. J'aurais été sa chose, comme il en a toujours rêvé. Une chose secrète, involable, inviolable, incapable de le quitter. Ça me fait froid dans le dos.
A mesure que nous nous approchons de ce quartier que je n'ai jamais pénétré, je me sens de plus en plus nerveuse. Il les a laissé m'emmener si facilement, il a accepté si rapidement l'offre de son père, il a même quasiment oublié sa promesse au sujet de Trunks… Est-ce qu'il ne serait pas en train de me ranger précieusement dans une cage d'où je ne pourrais jamais m'enfuir et où je serais toujours à lui ? Si c'est le cas, je suis bien décidée à le décevoir sérieusement…. L'enflure… Je le hais.
Alors que nous arrivons dans un large patio à ciel ouvert, les soldats stoppent leur progression. Je les imite instinctivement. Une femme que j'identifie comme une esclave s'avance vers nous. Il n'y a personne d'autre ici. Elle courbe la tête pour signifier son respect d'esclave aux soldats.
- Voici la terrienne. Le Seigneur Bardock fera savoir quand il voudra la recevoir, explique l'un de mes gardes.
- Je transmettrai, répond la femme.
Quand les soldats se retirent, j'ai une furieuse envie de leur courir après en leur criant de m'attendre. Mais évidemment, ce n'est pas le scénario prévu. Je me tourne vers la femme. Elle est complètement chauve avec une peau et des yeux d'un vert laiteux. Elle me sourit faiblement.
- Bienvenue. Si vous voulez bien me suivre, c'est par ici, invite-t-elle en étendant le bras.
- Et si je veux pas te suivre ?
En disant cela, j'ignore moi-même si je plaisante ou si je suis sérieuse. Le regard de la femme se trouble et son sourire retombe. Je perçois son inquiétude subite. Cette inquiétude d'esclave que je connais trop bien. L'inquiétude du serviteur qui n'est plus sûr de ce qu'il doit faire pour vivre jusqu'au jour suivant. Son expression me convainc de me plier à sa volonté avec un soupir.
- C'est une plaisanterie.
Quand elle comprend que je ne m'apprête pas à lui fausser compagnie elle se détend à nouveau et me guide jusqu'à une porte imposante au-dessus de laquelle est ciselé un immense symbole saïyen qui signifie la fertilité ou une connerie dans le genre. Je me demande combien de temps je vais rester cloitrer dans cet univers infernal.
Derrière la porte, c'est un monde de femmes. Les esclaves, les habitantes, les soldats. Que des femmes partout. Comme si toute la population féminine de Végitasei grouillait dans ce vase clos.
Quoique je n'en laisse rien paraître, le décor m'impressionne. A l'inverse du reste du Palais qui est d'un style plutôt sobre et austère, l'architecture est plaisante et raffinée ici. J'ai l'impression de me balader dans les couloirs du Trésor National saïyen. Ils cachent ici tout ce qu'il considère officiellement comme une faiblesse. Leurs femmes, leur art, leur goût pour l'esthétique. Ce serait presque drôle. Je dois admettre que je suis stupéfaite de ce que je découvre.
Le sol marbré, les plafonds peints, les escaliers sculptés, les portes ciselées, tout m'interpelle et j'ai du mal à croire que des saïyens aient pu concevoir et construire de telles merveilles.
Je suis tellement occupée à admirer ce décor à couper le souffle que nous arrivons sans que je m'en rende compte à l'entrée d'une salle plus colossale que les autres. L'esclave se tourne alors vers moi timidement.
- Vous devez d'abord rendre vos hommages, explique-t-elle.
Elle me dévisage avec embarras et semble hésiter.
- Ne parlez que si vous y êtes invitée, ajoute-t-elle à voix basse.
Je hausse un sourcil incrédule mais elle ne me laisse pas le temps de répondre et s'engage dans la salle. C'est une longue salle vide bordée de colonnades. Au fond, sur une petite estrade un attroupement de saïyennes sont assises et semblent tenir salon en discutant. A mesure que nous avançons vers elle, elles se taisent et se tournent vers nous pour nous observer.
Elles sont quatre. Toutes affublées d'une masse impressionnante de joaillerie. Ça me rappelle Cato l'espace d'un instant mais je m'interdis aussitôt de penser à elle pour me concentrer sur mes hôtesses.
L'une d'elles paraît très jeune. Quatorze, quinze ans peut-être. C'est difficile à dire avec les saïyens. Elle me fixe avec une certaine hostilité. Elle est assise, raide et droite, sur un sofa. A côté d'elle, une femme plus âgée est avachie dans les coussins moelleux. Elle se masse le ventre de ce geste caractéristique des femmes enceintes qui essayent d'apaiser les tiraillements de leurs corps. Les deux autres sont debout et accoudées au dossier du canapé. Elles m'épient avec un amusement évident qui éveille instantanément ma méfiance.
L'esclave qui marche devant moi s'agenouille solennellement devant l'estrade. Je la regarde faire et m'immobilise. Me rappelant son conseil, je reste muette et j'attends sans trop savoir quoi.
La femme enceinte qui paraît être au-dessus des autres me fixe froidement pendant un instant.
- Qui crois-tu être pour t'abstenir de me saluer dans ma maison ? demande-t-elle sévèrement au bout d'un moment.
Je suis tentée un instant de lui répondre qu'au point où j'en suis, sa maison est surtout ma prison et que je n'ai aucune idée de son identité mais la hardiesse me manque. Je me contente d'exécuter une petite courbette rapide à la façon des acteurs qui saluent en scène.
La jeune fille à côté d'elle bondit sur ses pieds.
- Comment peut-on supporter ça ? siffle-t-elle. Comment mon frère ose-t-il nous imposer ça ? C'est ridicule !
La femme enceinte lui attrape le poignet et la force à se rassoir doucement. Je cille et j'observe l'adolescente. Son frère ? Elle serait la sœur de Végéta ? Je suis complètement prise au dépourvu. Je n'ai jamais su qu'elle existait. Ou peut-être que j'ai mal compris. Subitement, tout ce petit monde caché m'intéresse.
- Sais-tu seulement qui nous sommes ? reprend la femme enceinte.
- Je dois avouer que… Je n'en ai pas la moindre idée.
J'ai parlé franchement, sans défi, mais elle pince les lèvres dans une moue irritée.
- Je suis Mindarane, la femme du Roi et… Voici Cresie, la sœur du Prince.
Je déglutis péniblement. Je calcule rapidement que Mindarane est bien trop jeune pour être la mère de Végéta ou même de Crésie. Elle doit-être ce que des terriens appelleraient la belle-mère de Végéta, soit dans l'esprit de Végéta, rien.
La révélation me laisse muette. Les saïyens ont donc une reine. Mes yeux tombent sur son ventre rebondi et je rectifie inconsciemment. Les saïyens n'ont pas de reine. Cette femme est un four à Prince bien sûr. A ses côtés, la jeune princesse semble prête à me sauter à la gorge et peine à contenir sa colère. Mais elle reste malgré tout soumise à l'autorité de sa belle-mère. Je comprends qu'elle ne sera pas ma copine ici. Je me demande bien qui le sera d'ailleurs.
La reine se lève en prenant appui au dossier du sofa. Elle ne m'a pas présenté les femmes derrière elle et j'imagine qu'elles sont des courtisanes ou des « dames de compagnie » sans grande importance.
Mindarane descend lentement les trois marches de l'estrade et marche d'un pas tranquille jusqu'à moi. Elle me contourne en m'observant.
- Donc… C'est toi, la terrienne, conclut-elle avec une pointe de mépris.
Elle s'immobilise en face de moi.
- Exactement ce à quoi je m'attendais. On m'avait décrit les terriens comme des gens faibles, stupides et inconscients. C'est conforme. Je me demande bien ce qui a pu retenir l'attention du Prince là-dedans.
Elle lance un coup d'œil aux deux femmes derrière le canapé et elles se mettent à rire d'un air entendu sans que je sache à quel sujet. Sur le sofa, seule Cresie reste sérieuse et garde son expression irritée.
Subitement, la reine m'attrape ma mâchoire d'une poigne ferme et me relève le menton. Elle me fait mal et serre progressivement son emprise tout en reprenant.
- Le Roi m'a ordonné de t'accorder mon hospitalité mais… Je me demande combien de temps tu vas tenir.
Je retiens un gémissement de douleur qui monte dans ma gorge. Cette conne a une griffe de fer, elle va m'exploser les os si elle continue. Derrière la reine, les deux idiotes se sont remises à glousser.
- Combien de temps avant que le prince se lasse ? Il peut être très capricieux, tu sais ? susurre Mindarane.
- Il paraît que tu lui as fait un fils ? s'exclame brutalement Crésie sur un ton accusateur.
La reine hausse un sourcil et me lâche.
- C'est vrai, dit-elle, tu as vraiment accouché de son fils ? répète-t-elle.
La douleur de mes joues empire tandis que mon sang se remet à y couler à nouveau normalement. Pourtant la mention de Trunks est la seule chose qui mobilise mon esprit. Je masse ma mâchoire un instant en dévisageant la reine devant moi. Elle ne semble pas apprécier que je la regarde si directement mais je m'en fous. L'idée que l'existence de mon fils ait pu retenir son attention me fige.
- Non. C'est une rumeur.
- Je me disais aussi, réplique-t-elle en pinçant les lèvres.
Elle croise les bras et me toise avec un air de dédain.
- Quoiqu'il en soit…Tu n'es rien ici. Tu n'es pas une princesse, tu n'es officiellement pas une concubine ou une femme du Prince. Tu es une sorte de… d'invitée imposée. Tu es chez moi, tu respectes mes règles. Règle numéro un…
Elle me saisit brutalement au col et me déséquilibre violemment en me repoussant vers le sol. Je tombe à genou en étouffant un hoquet de surprise. Je m'explose une rotule et je déploie des efforts considérables pour me retenir de hurler. Je me contente de fermer les yeux et de serrer les dents, ce qui rallume la douleur de la mâchoire.
- Règle numéro un, grince-t-elle d'un ton menaçant, tu t'agenouilles devant nous…
Ses doigts s'enfoncent dans la chair à la jointure de mon cou et de mes épaules et provoque une souffrance lancinante qui se propage dans toute mon épaule. Je pince les lèvres pour rester muette. Chiotte, les saïyennes n'ont rien à envier à leurs hommes.
- C'est compris ? gronde-t-elle.
Je hoche la tête.
- J'entends rien, siffle-t-elle.
- J'ai compris.
J'ai presque hurlé la réponse pour qu'elle me lâche et elle semble satisfaite. Elle se redresse et me libère. Elle se tourne vers son auditoire de pimbèches.
- Et bien, voilà. Les terriens sont stupides mais visiblement, ils comprennent les instructions simples, conclut-elle avec sarcasme.
Les trois autres, Cresie comprise, se mettent à ricaner avec délice.
- Ramène-la à sa chambre, crache Mindarane à l'esclave qui est restée en génuflexion immobile tout le temps de notre entretien.
Comme je repars à la suite de mon guide, en m'efforçant de ne pas boiter, j'entends les saïyennes reprendre leur discussion sur l'estrade. Je sens leurs coups d'œil sur moi dans mon dos et j'imagine facilement qu'elles commentent déjà allègrement notre rencontre.
Je maudis Végéta de m'abandonner dans cet enfer.
Je finis par m'apercevoir que l'esclave qui m'accompagne m'observe sous cap. Elle semble à la fois curieuse et effrayée mais elle ne tente pas de me parler. Son attitude me fait subitement penser aux ohmsiens. Je me souviens que je soulève autant d'aversion chez les saïyens que de vénération chez leurs ennemis. Mais forcément, ici et maintenant, elle ne peut pas me parler. J'ai été esclave et je sais qu'elle est censée rester la plus transparente possible.
Quand nous arrivons dans la chambre qui m'est réservée, elle s'agite aussitôt pour s'assurer que tout est en ordre. Je découvre avec surprise que quelqu'un a déposé sur la table le coffret que Sadri m'a offert et que j'ai oublié dans le vaisseau. J'ouvre distraitement le couvercle pour explorer à nouveau son contenu. J'ai presque l'impression de sentir l'odeur de la Terre.
- Méfiez-vous d'elles, chuchote une voix derrière moi.
Je me retourne avec surprise. L'esclave me regarde timidement.
- Les saïyennes… Elles sont pires que les hommes... Il faut dire qu'elles sont tellement maltraitées par leur peuple, ajoute-t-elle.
Je m'adosse à la table et je penche la tête.
- Et nous ? On est bien traitées, nous ?
L'esclave baisse les yeux avec tristesse.
- Les saïyens sont cruels avec tout le monde, murmure-t-elle. Leurs femmes… Je sers ici depuis plusieurs années et je sais…
Je croise les bras avec incrédulité. Mais son discours éveille ma curiosité.
- Je ne savais pas que Végéta avait une sœur.
- Oui… Le roi Végéta a eu deux filles… Hm. Les filles sont élevées ici et puis elles sont mariées si ça arrange le Roi. Sinon, elle meurt ici, explique-t-elle.
Je joue distraitement avec le couvercle du coffret.
- Et alors ? L'autre fille est ici aussi ?
- Non, l'autre fille n'existe plus. Elle… Elle a désobéi à son père, répond l'esclave en gardant les yeux rivés au sol.
- Désobéi à son père ? Comment ça ? Qu'est-ce qui lui est arrivé ?
- Il lui est arrivé ce qui arrive quand on désobéit au Roi. Elle a voulu… Sortir d'ici. Il est interdit de parler d'elle.
Charmant. Je ne sais comment les saïyens arrivent encore à m'horrifier. C'est peut-être que je ne suis pas encore tout à fait insensible.
- Un sacré sens de la famille. Et, Végéta connait ses sœurs ?
- A peine. Il peut les croiser quand il vient voir sa concubine… Quand il a une concubine. Mais ils n'ont pas été élevés ensemble, ils n'ont rien en commun sauf le sang.
Tout ce qu'elle me raconte éveille à la fois un certain malaise et une envie irrésistible d'en savoir plus et je peux m'empêcher de continuer mes questions.
- Il a eu… beaucoup de concubines ?
- Cinq, peut-être six. Vous savez, pas une n'a survécu et il n'en a épousé aucune. Il voulait que celle qu'il épouserait soit capable de faire des enfants, il disait que c'était à ça que servait une femme alors il ne voulait épouser que celle qui y arriverait.
Je ricane amèrement. C'est à la fois un Végéta que je connais et un Végéta que je ne connais pas. Ce qu'elle me décrit est tellement conforme au Prince froid et cruel qu'il est en temps normal mais il n'a jamais été comme ça avec moi. Il ne m'a jamais considéré comme ça. Je n'ai jamais eu de traitement aussi étouffant et dépourvu de sentiments.
- Je ne devrais pas vous dire tout ça…Mon nom est Irn. Je m'efforcerai de vous servir le plus souvent possible. Si je peux vous aider en quoi que ce soit, n'hésitez pas à me demander, reprend l'esclave.
Elle lève un regard déterminé vers moi. Je suis un peu surprise de la fermeté résolue que je lis dans ses yeux clairs. Il contraste tellement avec l'attitude timide et effacée qu'elle a montrée jusqu'ici. La prophétie. Elle me regarde comme un sauveur là où je ne suis rien. Rien. Juste une captive, grugée par un misérable maccio. Je suis pathétique dans le fond. Son espoir me noue les tripes. Je murmure un merci et elle quitte la pièce.
Je reste un moment à fixer la porte qui vient de se refermer comme celle d'une prison. Par la fenêtre, la vue est plongeante sur la ville et au loin, on devine l'océan agité et l'horizon brouillé par la chaleur.
Combien de temps va durer cet enfer ? Que se passera-t-il quand j'aurai vu Bardock ? Est-ce que Végéta va me laisser moisir ici, maintenant qu'il peut s'adonner sans retenue à son entrainement pour éliminer Freezer ?
J'ouvre le coffret de Sadri. J'en sors la bouteille pour farfouiller dans le fond de la boite. Il y a un coquillage verni. Je le prends et le plaque contre mon oreille comme quand j'étais petite. On entend la mer. J'examine la carte postale. Une plage. Elle ressemble à celle de la Tortue.
Je pense à Gokû tout d'un coup. Je n'arrive pas à me convaincre de sa mort. Même si, dans le fond Végéta a raison de douter de ses chances de survie. Gokû ne peut pas mourir. Pas comme ça. C'est trop stupide. Trop impossible. Mais la mort d'un être cher paraît toujours absurde et impossible.
Je remets les objets avec précaution dans le coffre. Sadri me l'a offert pour que je me souvienne que je ne suis pas sur Terre et il a foutument réussi son coup, l'enfoiré.
Je continue à farfouiller et je remarque la boite en acajou. Je ne l'ai pas encore ouverte jusqu'ici. Je défais le fermoir. Sous mes yeux stupéfaits, apparaît un petit revolver douillettement lové dans un écrin de velours. Des cartouches sont enserrés dans le tissu à côté de l'arme. Je fronce les sourcils aussitôt. Bizarrement, je me sens mal à l'aise. Est-ce que Sadri n'a pas vérifié le contenu du coffret ? Est-ce qu'il n'a pas compris ce que contenait cette boite ? Dans le cas contraire, pourquoi laisser ce genre de choses à ma disposition ? Pour me protéger ? Pour m'enfuir ?
Je referme la boite avec un claquement sec et je la repose prudemment.
Combien de temps va durer cet enfer ? Ai-je le moindre espoir de rentrer chez moi ? De sortir de tout ça ?
Je m'aperçois tout d'un coup que des larmes ont fini par rouler sur mes joues. J'essuie négligemment mon nez et mes yeux tombent sur la bouteille de whisky. Je m'en empare sans hésitation. Contre la douleur, rien ne vaut l'anesthésie.
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