Salut ! Tout d'abord merci pour les reviews et autres encouragements. Je les ai doublement savourés cette semaine parce que mes stat ont sauté depuis la dernière mise à jour, et que la hotline du site s'en tamponne allégrement. Du coup, je ne sais pas si il y a encore beaucoup de monde qui suit cette interminable histoire.

Comme je l'ai déjà dit, il y aura une fin, on s'y achemine lentement mais sûrement. Mais lentement quand même. Donc, une fois n'est pas coutume, en attendant que je récupère mes stats (vu le dynamisme de la hotline, c'est pas gagné...) j'appelle à la petite review d'encouragement parce que cette fic est looongue et pas toujours facile à écrire. Juste pour que j'ai pas l'impression de marcher dans le désert.

Même si, quoiqu'il arrive, il y aura une fin, c'est juste pour le moral de l'auteur, parce qu'en plus les vacances sont finies *Grosse fatigue*


Chapitre 26

Gokû est penché sur moi.

Je viens d'ouvrir les yeux et ma vision est encore brouillée mais c'est bien lui. Il me dévisage avec perplexité et inquiétude. Instinctivement, je lui souris béatement et je bafouille son nom.

D'un geste hésitant, je lève la main vers lui mais il se recule aussitôt pour esquiver mon contact. Je renonce et je laisse retomber ma main avant de refermer mes yeux. Ma tête est lourde, mon corps pèse une tonne, je veux dormir.

Deux personnes discutent en saïyajinn au-dessus de moi. Perdue dans les brumes de la somnolence, je n'ai aucune idée de ce qu'ils racontent. Je veux dormir.

Au moment où je me sens glisser à nouveau dans le sommeil, une main me secoue rudement. Je sursaute et j'enfouis mon nez le plus profondément possible dans mon oreiller. Sans même prendre la peine de vérifier qui a si fermement décidé de venir m'emmerder, j'essaye simplement de me dégager de cette griffe hostile d'un coup d'épaule agacée. Foutez-moi la paix.

Mais la poigne ne désarme pas et continue son geste plus énergiquement. Je grogne avec humeur dans le creux du tissu de l'oreiller.

- Va te faire foutre !

J'ai aucune idée de la personne à qui je parle, mais peu importe l'interlocuteur du moment qu'il comprend le message.

Ça a l'air de marcher. Les voix reprennent mais on me laisse tranquille maintenant.

Soudainement, ma couverture s'envole comme animée d'une vie propre. Je m'y agrippe comme je peux pour me préserver de la fraicheur de la chambre, mais je n'arrive pas à la retenir et je finis par basculer du lit et m'étaler sur le sol avec fracas. La chute m'a partiellement réveillée, je me redresse péniblement et je m'assois pour essayer de comprendre qui m'en veut à ce point. J'écarte maladroitement les cheveux qui tombent sur mon visage et je cligne des yeux avec un froncement de sourcil.

Devant moi, une saïyenne soldat se tient debout et me surplombe. Elle est incroyablement imposante vue du sol, et elle me semble franchement hideuse. Elle a les poings plantés sur les hanches et l'une de ses mains tient encore ma précieuse couverture. Ce spectacle me ramène instantanément à la triste réalité de ma situation. Le quartier des femmes.

- Qu'est-ce que vous voulez à la fin ?

- Lève-toi, marmonne-t-elle sourdement.

J'obéis comme je peux avec un soupir de fatigue. Je suis obligée de m'aider en attrapant le rebord du lit et je me hisse laborieusement sur mes pieds. J'ai la tête qui tourne, les paupières lourdes et la bouche pâteuse.

Je n'ai aucune idée de l'heure. Je crois que j'ai bu toute la bouteille, je ne sais plus, je ne suis plus très sûre. Je n'ai jamais aimé le whisky en fait, et je dois dire qu'il me le rend bien.

Je ne parviens pas à me mettre tout à fait débout et le matelas est trop tentant. Mon corps et mon esprits me lâchent à l'unisson et je m'affaisse à nouveau jusqu'à me laisser retomber mollement à plat ventre sur le lit. J'ai envie d'y finir ma vie.

- Relève-toi ! gronde la saïyenne avec colère.

Je me sens si confuse que son ordre me fait peu d'effet. En revanche ce que je vois de l'autre côté du lit me fait réagir en une seconde.

Gokû est là. Je n'ai pas rêvé, c'est lui. En chair et en os. Mon cœur fait un bond et je traverse le matelas maladroitement, en rampant frénétiquement à quatre pattes.

- Oh mon Dieu ! Gokû ! Bordel !

Etrangement, il ne bouge pas et se contente d'observer mon approche grotesque avec des yeux ahuris. Je me relève en appui sur mes genoux et j'enlace sa taille pour le serrer contre moi. Je pleurniche à moitié contre lui, mouillant sans scrupule le tissu de son pourpoint.

- Gokû… Tu es là. Je savais que tu reviendrais… J'en étais sûre… Comment t'as fait ?

Je parle à moitié saïyajin, à moitié terrien et je me sens totalement incapable de rassembler mes idées.

- Qu'est-ce qui lui prend ? demande Gokû d'un ton choqué.

A cet instant seulement, je m'aperçois que quelque chose ne colle pas. Quoi ?

- Je crois qu'elle vous prend pour votre fils, Seigneur, répond la saïyenne derrière moi.

Gokû n'a pas la voix de Gokû. Je lève les yeux vers son visage. Il a une affreuse cicatrice et il essaye maintenant de se dégager de mes bras. C'est pas Gokû. Je desserre mon étreinte avec lassitude et je me laisse retomber sur le dos sur matelas. J'ai envie de pleurer en repensant à mon ami et je me demande où il est et comment il va.

- Vous êtes sûre que c'est elle ? demande le faux Gokû avec un doute évident dans la voix.

En réplique, la saïyenne se penche sur moi. Son horrible face apparaît dans mon champ de vision. Elle a l'air très remontée. Et embarrassée aussi.

- Lève-toi ! glapit-elle.

- Je vais vomir.

Je parle en terrien. Je n'arrive plus à trouver les mots en saïyajin. Evidemment, elle ne comprend pas. Elle m'empoigne et me soulève avec brutalité pour me forcer à me mettre debout.

- C'est bien elle, Seigneur Bardock… C'est une terrienne comme vous savez, grommèle-t-elle sur le ton de l'excuse.

Je me retrouve enfin à la verticale sans vraiment savoir par quel miracle. Mon estomac a suivi le mouvement avec réticence et il me semble aussitôt plus prudent de ne plus ouvrir la bouche pour l'instant.

Bardock me fixe avec incrédulité.

- C'est la femme qui est rentrée avec le Prince ? demande-t-il à nouveau.

- C'est elle, confirme la saïyenne qui a jugé bon de ne pas me lâcher le bras, certainement dans la crainte que je ne retombe sur le lit.

La tête me tourne et je repère la porte de la salle de bains. En face de moi le saïyen me fusille du regard et serre les dents avec indignation.

- Ce n'est pas elle, murmure-t-il, ça ne peut pas être elle.

En conclusion de cette charmante discussion, je me défais subitement de la poigne de la saïyenne pour me précipiter vers la salle de bains. Je n'ai même pas le temps de fermer la porte, j'atterris à genoux devant la baignoire pour y vider mes boyaux douloureux. Mon corps divorce du whisky avec très peu d'élégance et c'est tout juste si j'entends le pas rageur de Bardock qui quitte ma chambre.

Quand les spasmes se calment enfin, tout est calme et silencieux, les saïyens m'ont abandonnée depuis un bon moment. Je suis à nouveau seule. J'ai chaud, j'ai froid, j'ai mal au crâne, au ventre, je veux dormir.

Je réussis à me passer un peu d'eau sur le visage avant de ramper pitoyablement à quatre pattes vers mon lit. Je m'écroule sur le matelas en ayant pris soin de ramasser la couverture que la saïyenne a abandonnée sur le sol. Je veux dormir.

Quand je me réveille à nouveau, je remarque que la chambre est plongée dans la pénombre. Quelqu'un a tiré les rideaux mais je devine le soleil éclatant de Végitasei à l'extérieur. Je reste un long moment sans bouger. J'ai vraiment cru que Gokû était revenu. Je me sens encore profondément déçue, une fois de plus.

Je me demande si Végéta a cherché à prendre de mes nouvelles. Depuis combien de temps suis-je arrivée ici maintenant ? J'ai vu le soleil se coucher alors que la bouteille devait être entamée au tiers. C'était à nouveau le jour quand les saïyens sont venus m'emmerder. Je dirais que je suis dans cette chambre depuis environ 24 heures. Et je suis sûre que ce connard ne s'est pas inquiété une seule seconde de moi. Il doit être en train de s'entrainer comme un taré en démolissant ses officiers un par un. Psychopathe. Je roule sur le dos avec un soupir.

Je suis prise d'un sursaut de surprise en constatant que quelqu'un est assis au pied du lit et paraît m'observer. Je me redresse avec vivacité en serrant la couverture contre moi comme si elle pouvait me protéger. Je cligne des yeux pour essayer de m'habituer au manque de lumière et deviner l'identité de mon visiteur.

La silhouette en contre-jour, immobile jusqu'ici, bouge légèrement et dans le clair-obscur, je reconnais la cicatrice. Bardock. J'ai mal au crâne.

- Vous êtes revenu ?

- Tu as bu, répond-t-il en guise de salut.

- Oh, je vois que vous êtes vraiment clairvoyant. C'est pas des rumeurs, hein ?

Il se fige et je comprends tout de suite que mon humour lui déplait. Instinctivement, j'ai un mouvement de recul et je réprime un ricanement qui monte inexorablement dans ma gorge. Mon esprit est un peu embrouillé et j'ai du mal à prendre vraiment conscience de la situation, mon naturel sarcastique émerge sans que je puisse l'empêcher.

Pourtant, Bardock ne fait pas mine de vouloir faire preuve de violence pour l'instant. Il se lève et prend un verre sur un plateau de nourriture qu'on a déposé sur un meuble près du lit. Il revient vers moi et me le tend.

- Ça va t'aider, annonce-t-il.

Je prends le verre et contemple son contenu avec suspicion. Il n'y a pas vraiment d'odeur et dans la pénombre, je ne distingue pas l'apparence exacte du liquide. Je le porte à mes lèvres avec hésitation.

- Bois-le d'un coup, conseille-t-il.

Je m'exécute finalement. Le goût, comme je m'y attendais, est amer et immonde. Je grimace et frémis avant de lui rendre le verre vide.

- Tu vas encore vomir ? demande-t-il avec méfiance.

- Je suis en train d'y réfléchir.

Il me fusille du regard en réalisant que je me fous de sa gueule, mais il n'a toujours pas l'air décidé à me frapper. C'est heureux pour moi parce que ma tête me fait déjà souffrir l'enfer. Je masse mes tempes avec insistance. Je n'ai aucune envie de compagnie, aucune envie de sa compagnie.

J'ai faim. Je me lève péniblement et je m'avance d'un pas chancelant vers le plateau sans me préoccuper de sa présence.

Je sais qu'il continue à m'observer avec indécision. Qu'a-t-il dit tout à l'heure ? Ce n'est pas elle, ça ne peut pas être elle. Pourquoi est-il revenu ? Un doute de dernière minute ?

- Je n'ai jamais compris le goût de mon fils pour la Terre, reprend-t-il. Est-ce que sa femme est… Comme toi ?

- Vous le sauriez si vous vous donniez la peine de vous y intéresser.

Je lui tourne le dos et je ne l'ai même pas regardé pour répondre. Je sais que c'est un manque de respect pour lui, venant d'une femme comme moi. Je trop vaseuse pour me discipliner malgré le danger.

Je mange avidement, debout, et dans ma hâte, je m'aperçois que je bave un peu. J'ai dormi toute habillée et ma tenue, à peu près correcte la veille, est maintenant tâchée et fripée. J'ai conscience d'offrir un spectacle peu reluisant. Ça, je dois admettre que sa Seigneurie est venue m'admirer dans un de mes rares moments de gloire. Elle est belle, la femme de la prophétie.

Je repense furtivement à ma petite discussion avec Sadri qui m'avait conseillé de ne pas recevoir un officier en chemise de nuit. J'ai à nouveau envie de rire mais j'ai trop mal au crâne. Je m'essuie les lèvres du revers de la manche.

Finalement, je jette un œil au saïyen qui est toujours assis sur le lit.

- Je vous rassure, la femme de Gokû est beaucoup plus classe que ça.

Il hoche la tête et je l'entends presque penser que ce n'est pas bien compliqué.

- Le Prince m'a dit que Kakarott était mort, soupire-t-il.

- Il vous a dit ça ? Végéta est un homme tellement prévenant, hein ? Moi, je n'en suis pas si convaincue. Mais c'est vous le devin, vous n'avez pas une idée sur la question ?

Il se raidit. Je me sermonne intérieurement. Je sais que je dois adopter un ton plus humble. Je le sais, quelque part aux fin fonds de mon cerveau mais les rouages fonctionnent mal pour l'instant et j'ai tellement de rancœur en moi.

- Tu crois que ça m'amuse ? grogne-t-il sourdement. Ces visions ? Le bazar que ça met ? Être ici avec une femme aussi dégoûtante que toi ? Tu crois vraiment que tout ce bordel me réjouit ?

- On est deux alors. Moi aussi ça me gonfle.

Cette fois-ci il se lève d'un coup. Je ne réalise qu'à cet instant qu'il est plus grand que son fils. Plus menaçant aussi. Je me recule instantanément d'un pas en levant mes avant-bras en défense. Il s'immobilise.

Dans l'ombre, le reflet de ses yeux noirs s'anime de manière inquiétante. Il fait un pas mais au lieu de se diriger vers moi, il marche droit à la fenêtre et ouvre les rideaux d'un coup sec.

La lumière agressive me brûle aussitôt les pupilles et je suis obligée de fermer les yeux et de me détourner de la fenêtre avec un gémissement de protestation.

Sans attendre, il revient vers moi et me force à me retourner vers la lueur du jour en m'attrapant sans ménagement par les cheveux. Le chignon que j'avais confectionné pour mon arrivée sur Végitasei n'est déjà plus qu'un paquet d'épis sauvages et le mouvement le défait complètement.

Il contemple mon visage encombré de mèches rebelles et hirsutes. Je me suis figée par réflexe, trop habituée à la rudesse de ces sauvages de saïyens, à leur façon systématique de me malmener quand je les pousse trop loin.

Pendant un instant, nous restons sans bouger, à nous fixer avec méfiance. Je lis la colère, le mépris et l'incrédulité dans ses yeux. Puis son regard se voile de tristesse. Ses sourcils se froncent. Il est déçu.

Il me repousse brutalement.

- Je perds mon temps avec toi. Tout ça pour ça, siffle-t-il avec amertume.

Quand il me lâche, je suis déséquilibrée et je tombe lourdement en me cognant au meuble. Je l'entends quitter la pièce en grommelant la même phrase en boucle. « C'est pas elle ».

Quand la porte se claque, je suis toujours assise sur le sol en appui sur mon coude.

C'est pas elle.

Ma cervelle commence enfin à sortir de sa torpeur.

C'est pas elle. C'est pas moi. Sa vision, la femme de Végéta, la destruction des saïyens. Tout ça n'a rien à voir avec moi. Toutes ces persécutions, tout cet enfer. Gratuit. Une erreur sur la personne.

Progressivement un fou rire nerveux monte en moi et je suis incapable de le contenir.

Bien sûr que ce n'est pas moi. Tout ça c'est des conneries. C'est quoi Bardock ? Madame Irma ? Je le visualise avec un turban ridicule sur la tête et des grosses boucles d'oreille de gitane, en train de loucher sur une boule de cristal et j'éclate de rire de plus belle. Est-ce que j'ai vraiment cru une seconde qu'il pouvait voir des choses ?

Tout ça c'est des conneries et ils sont tous transis d'extase devant ce supposé don. Il n'y a pas de vision d'avenir, il n'y a pas de prémonition, c'est du vent. Il a peut-être des hallucinations mais il ne s'agit certainement pas de voir l'avenir. Encore moins de voir Bulma Briefs détruire la race saïyenne.

Je me calme enfin et je sèche les larmes qui se sont accrochées à mes cils. Je me sens incroyablement soulagée.

Je me traine jusqu'à la douche et le jet d'eau chaude sur mon corps engourdi amplifie ce sentiment de légèreté.

Mes neurones reprennent peu à peu leur fonctionnement normal. La mixture que j'ai avalée semble enfin faire effet. Je me sens tellement bien subitement. Ce n'est pas moi.

C'est comme si les nuages accumulés dans mon ciel s'étaient dispersés comme par magie. Je n'ai plus aucune raison de rester ici. Et le Roi n'a plus aucune raison d'essayer de me tuer. Toute cette mascarade est finie. Finie.

Je trouve des vêtements propres dans l'une des armoires et je m'habille en un instant. Je vais trouver Végéta et je vais exiger qu'il me laisse rentrer. Je n'ai aucune idée de l'endroit où il se trouve mais ça ne devrait pas être bien difficile de le repérer, il est le Prince ici après tout. Et si j'attends bêtement que cet enfoiré daigne venir me voir dans cette prison dorée, je peux bien attendre un siècle. Je ne veux plus attendre. Le chapitre Bulma Briefs de l'histoire saïyenne vient de se clore, il est temps de tirer sa révérence.

J'ai conscience qu'en réalité les choses risquent de ne pas être aussi simples mais ma patience est usée et mon excitation à son apogée. Je suis déterminée à sortir de tout ça.

Alors que je quitte ma chambre, je croise Irn qui arrive. Ses yeux s'écarquillent en me voyant dans le couloir.

- Qu'est-ce que vous faites ? s'exclame-t-elle. Il ne faut pas vous balader ici, la Reine l'a interdit.

- Justement, je m'en vais vous pourrez lui dire que je ne la dérangerai plus.

Je ne m'arrête même pas à sa hauteur pour lui répondre et je continue ma route en essayant de me repérer.

- Vous partez ? Comment ça ? C'est impossible ! bégaye-t-elle en s'engageant à ma suite.

- C'est pas moi… La vision de Bardock, la femme du Prince… C'est pas moi.

- Pas vous ? Mais…

Je ralentis enfin et je lui souris. Elle est terrifiée.

- Bardock lui-même me l'a dit. C'est pas moi la femme de la prophétie. Une idée du chemin de la sortie ?

Elle attrape ma main avec affolement.

- Je vous en supplie, revenez dans votre chambre. C'est trop dangereux ici, plaide-t-elle avec angoisse.

- Tout est dangereux ici de toute façon. C'est pour ça que je m'en vais. Je vais trouver le Prince et régler cette affaire.

Elle me dévisage avec ahurissement en secouant lentement la tête en signe de négation.

Je continue à avancer en la plantant là. Je dois retrouver la sortie avant d'ameuter trop de monde. Je m'aperçois qu'à l'image d'Irn, personne ne s'attend à ce que je sorte de ma chambre. L'élément de surprise sera mon meilleur allié.

Au début, je ne croise que quelques esclaves qui me regardent avec effarement et j'ai vraiment l'impression d'accomplir un exploit inédit en me baladant ici, librement. Très vite je me contente de me concentrer sur la configuration de ces lieux pharaoniques pour tenter de localiser la sortie. Cette foutue sortie.

Le quartier des femmes est un labyrinthe et ma mémoire me fait défaut.

- Qu'est-ce que tu fais là ? rugit finalement une saïyenne qui a surgi d'une chambre, avec pour seul vêtement une serviette enroulée autour du corps.

Elle a sûrement été alertée par une des servantes et n'a même pas pris le temps de s'habiller correctement.

- Je rentre chez moi.

J'accélère le pas pour m'éloigner, en comprenant qu'elle ne s'interposera pas physiquement. En revanche, elle se met à appeler les soldats en hurlant comme une harpie.

Je courre presque en dévalant un escalier gigantesque. Un bruit de bottes m'annonce que les gardes du Palais se sont mis en mouvement.

L'immensité des lieux leur est autant un handicap qu'à moi. Si je ne sais pas exactement où je vais, elles ne savent pas exactement où je suis. Et les corridors sont de plus en plus encombrés. De servantes, de courtisanes. Pas une d'entre elles, pas même les saïyennes, n'essayent de m'arrêter. Est-ce qu'elles ont peur de moi ? Peur de se salir ? Peu importe, je slalome au milieu d'elles et elles se contentent de guider les gardes en me montrant du doigt.

La porte. Enfin. Celle derrière laquelle il n'y a que les hommes. Je n'ai plus qu'un grand hall circulaire à traverser, et à passer cette porte, et elles cesseront de me poursuivre. C'est interdit. Même les soldats n'iront pas bien loin, elles appelleront sûrement la garde du Roi pour poursuivre la traque, mais je sais que, si je me fais attraper par des hommes, ils me conduiront à Végéta. Et c'est exactement ce que je recherche.

Je courre jusqu'à la porte mais subitement Crésie apparaît sur mon chemin. Je la percute presque dans ma surprise, je ne l'ai pas vu arriver.

- Où crois-tu courir comme ça ? demande-t-elle en me saisissant le poignet.

Je perds presque l'équilibre, arrêtée net en pleine course. Elle m'observe, les yeux plissés et pleins de haine.

- Ce n'est pas moi ! Bardock a dit que ce n'était pas moi ! Je n'ai rien à faire ici !

Je ne sais pas pourquoi j'ai cru que mon explication, pourtant si logique et si rationnelle, allait la convaincre de me laisser partir. Evidemment que non. Elle pince les lèvres et ses traits se durcissent.

- Tu appartiens toujours à mon frère, siffle-t-elle.

- Quoi ?

- Tu appartiens à mon frère et lui seul décide ce qu'il veut faire de toi… Et je doute qu'il ait envie de te laisser partir comme ça, renchérit-elle triomphalement.

Ce qu'elle me dit me glace le sang. Parce que c'est sûrement vrai. Je réalise que Végéta peut tout. Que peut-être, il ne voudra pas que je rentre. Que peut-être, il m'a bien ramenée ici pour me mettre en cage. Est-ce que je peux vraiment lui faire confiance ? Je suis complètement à sa merci ici et j'ai vraiment très peu de moyens d'échapper à sa volonté. Est-ce qu'il va en profiter ?

Je me souviens comme il a été difficile à convaincre la première fois qu'il m'a rendu ma liberté sur Terre. Encore, je soupçonne qu'il ne l'a fait alors que parce que Bardock avait eu cette vision au sujet de celle qui serait sa femme et qu'il a voulu prétendre que je n'existais pas. Mas je sais à quel point il a eu du mal à admettre que je n'étais pas sa propriété et, vue la mentalité des saïyens, je réalise que ça a dû être totalement contre-nature pour lui.

J'arrache mon poignet de l'emprise de l'adolescente avant de répondre avec un peu trop d'assurance.

- Je vais lui demander moi-même.

Elle croise tranquillement les bras.

- Pour qui tu te prends ? grince-t-elle. Tu n'es rien ici, tu n'as rien à demander au Prince. Tu n'as même pas le rang suffisant pour prétendre t'adresser à lui sans sa permission. S'il a envie de te voir ou de te parler, il viendra.

Je jette un coup d'œil désespéré à la porte. Elle est si proche et si loin à la fois. Si je dois attendre Végéta, ça pourrait bien durer des semaines. Il doit être perdu dans ses obsessions de combats sanglants maintenant.

- Si tu fais un pas de plus vers cette porte, je te tue de mes propres mains. Et mon père me félicitera pour ça, ajoute tranquillement Crésie.

Je sens dans son discours qu'elle est capable de le faire. Elle en meurt d'envie même. Personnellement, même si elle est jeune, je n'ai aucune chance de la maitriser dans un combat à mains nues, c'est certain.

Mais la porte est juste là. Et aucune d'entre elles n'osera la passer à ma suite, j'en suis convaincue. Je ne suis pas forte mais je suis peut-être rapide. Peut-être plus rapide.

A cet instant, contre toute attente, la porte s'ouvre timidement. Une esclave chargée d'un paquet, inconsciente de la scène qui est en train de se jouer, franchit le seuil silencieusement.

Il y a un déclic dans mon crâne et mes jambes s'élancent sans même attendre de signal. Un hurlement s'élève, couvert par la rumeur des spectatrices. Je n'y prête pas attention, je ne vois que la porte ouverte. Je reconnais le patio à ciel ouvert par l'interstice. Juste là, à portée de bras.

L'arrivante se fige aussitôt, saisie par le brouhaha que ma course a provoqué. Elle ne comprend pas, elle ne referme pas la porte derrière elle.

Crac.

Je ne sais lequel des os de mon corps a produit ce son sinistre. La porte disparait.

L'eau est partout.

Elle inonde mes poumons, remonte dans ma gorge agonisante. J'ai beau cracher, elle ruissèle sans fin. De mon nez, de ma bouche, le long de mes cheveux.

Mes poumons se contractent avec panique mais l'oxygène ne les atteint pas. La seule chose qu'ils arrivent à faire, c'est d'expulser du liquide. Toujours plus de liquide. Je tousse frénétiquement. J'ai l'impression que je vais crever.

Je presse violemment mes bras autour de mon estomac pour l'encourager à se libérer de toute cette eau. Je suis assise courbée en avant, dégoulinante d'eau, secouée de spasmes.

Peu à peu l'air recommence enfin à pénétrer ma gorge et mon nez. Mon souffle reste court et hoquetant et du liquide accompagne encore chaque bouffée que j'expire mais je respire enfin. Je tousse faiblement.

Je prends alors pleinement conscience du froid glacial sur ma peau nue et mouillée et je comprends. J'ouvre les yeux avec hésitation et je découvre sans surprise que je suis assise dans un caisson de régénérescence fraichement vidé.

Je ramène lentement mes genoux contre mon corps et je les enlace de mes bras, autant pour me couvrir que pour tenter misérablement de me réchauffer.

Je me sens étourdie. Je tourne la tête vers la seule personne dont j'ai détecté la présence. C'est un saïyen. Vieux. J'en ai jamais vu auparavant, les saïyens ont tous l'air d'avoir le même âge. Les seules marques du temps sont les fils gris dans sa tignasse de jais et des traits plus marqués qu'à l'ordinaire mais indiscutablement, ce sont des marques de vieillesse. Il sourit avec malice en observant ma torture.

- Tss. Le corps des terriens supporte mal le caisson de régénérescence, hein ?... Et l'alcool aussi.

Je n'écoute pas vraiment ce qu'il me dit, je me sens franchement groggy. Les yeux me brûlent un peu. Du liquide a dû couler sous mes paupières et je les frotte distraitement.

- On est où ?

- Dans l'infirmerie royale, où tu crois être ? Je suis le médecin de la famille royale, répond-t-il fièrement.

Je hausse les épaules avec indifférence. J'ai froid et je cherche des yeux n'importe quoi qui pourrait me couvrir et me réchauffer.

- Tu te rends compte qu'on m'a demandé de te soigner ? Une terrienne ? ça ne m'est jamais arrivé. J'ai eu envie de répondre que j'étais pas vétérinaire, mais évidemment on ne peut pas répondre ça au Roi, reprend le vieux saïyen.

Il n'y a même pas une serviette à portée de main et cet imbécile ne va pas m'aider.

- J'ai froid.

- Ça ne m'étonne pas, réplique-t-il, avec une constitution comme la tienne. La Princesse a failli te tuer… Une gamine comme elle… D'un seul coup.

Je le fixe avec insistance. Il va pas se décider à comprendre le message.

- J'ai besoin de quelque chose pour me couvrir.

Il se gratte le nez avec un regard blanc.

- Je suis pas ton valet, répond-t-il simplement.

Je lève les yeux au ciel. Quel con. Je déplie mes jambes avec précaution pour enjamber le rebord du caisson et poser les pieds sur le sol. Je m'aperçois tout de suite que mon corps est faible et j'ai une douleur diffuse dans le dos. C'est là que la Princesse a dû me frapper avec toute la classe qui caractérise sa race.

Je me lève avec précaution en me retenant au bord. J'écarte les cheveux qui me tombent dans les yeux. Il faut que je finisse par les couper un jour.

Je n'ai plus aucune force dans les jambes et je ne suis pas sûre qu'elles pourront me porter très loin. Je lève les yeux vers le saïyen en quête de secours. Il m'observe les bras croisés, sans aucune gêne et manifestement, sans aucune intention de m'aider non plus. Je me sens encore plus nue que je ne le suis déjà tout d'un coup.

- Ça va ? On se rince l'œil ?

Il ne détourne pas le regard et continue à lorgner mon corps en haussant les épaules.

- Je m'explique pas comment une créature aussi ridiculement chétive peut foutre un tel bazar chez nous. Pas un muscle digne de ce nom, marmonne-t-il simplement.

- Moi aussi, ça m'échappe mais est-ce que je peux avoir une serviette au moins ?

Il s'extirpe enfin de la contemplation de mes formes et lève les yeux vers mon visage.

- J'ai jamais vu Sadri dans cet état. Son engeulade avec Minadera a résonné dans tout le Palais. Qu'est-ce qu'une minable terrienne comme toi a bien pu faire pour provoquer tout ça ?

Je repère enfin un vêtement suspendu au mur derrière lui. Il n'a pas bougé et il me paraît clair qu'il me laissera geler avant de se préoccuper de moi. Tout mon être tremble, à la fois de froid et à la fois de faiblesse. Je fais quelques pas hésitants vers ma destination. J'arrive à temps pour me retenir au mur et j'attrape ce qui s'avère être l'équivalent d'une veste définitivement trop ample pour moi. Je l'enfile fébrilement. Le saïyen m'a suivi des yeux avec curiosité.

- Le Roi ne sera pas content, c'est sûr. Je ne sais pas à qui il va s'en prendre mais il sera très contrarié que tu perturbes la vie de son Palais comme ça. Il aime l'ordre.

J'appuie mon dos et ma tête contre le mur en serrant le tissu contre ma peau frissonnante et je ferme les yeux avec lassitude. Des tâches sombres dansent derrière mes paupières.

- Où est Végéta ? Il faut que je le voie…

- Le Prince ? Je ne serais pas si pressé si j'étais toi. Son père est caractériel mais ce n'est rien à côté de lui. Il sera sûrement furieux quand il arrivera, explique le saïyen avec un rictus d'amusement.

Je me laisse glisser jusqu'au sol. Me tenir debout est trop pénible et j'ai mal au dos.

- J'ai besoin de le voir…

- Il va arriver. Je l'ai fait prévenir de ton réveil. Tu tiens même pas debout… On peut dire que t'as pas froid aux yeux. Comment tu as pu survivre jusqu'ici ?

Ses questions étonnées me soulent. Je repère une petite fenêtre percée en haut de l'un des murs de la pièce. On dirait que le soleil se couche déjà. Au moins, je ne suis plus dans cet horrible gynécée saïyen, enfermée, prisonnière et seule.

Je me sens fatiguée mais soulagée malgré tout d'en être sortie et de repenser à ce qu'a dit Bardock. Je pressens que la roue va tourner. J'en suis sûre. J'ai eu mon lot d'emmerdes pour toute une vie, il est vraiment temps que ça s'arrête.

J'ai envie de voir Végéta. Je suis intérieurement rassurée de savoir qu'il arrive. Même si le saïyen dit vrai, même s'il est en colère, c'est pas grave. Il sera là. Il est toujours en colère de toute façon. Mais il viendra. Sans savoir pourquoi, ça me réconforte de penser qu'il va s'extraire de son entrainement chéri pour venir. Pour moi. Qu'il se rappelle que j'existe et qu'il ne pourra pas me laisser moisir dans le quartier des femmes. Que je retiens encore suffisamment son attention pour qu'il interrompe ses petites affaires.

Je souris presque en entendant une porte s'ouvrir à la volée dans la pièce d'à côté. J'entends son pas rageur, si caractéristique, je le reconnais. Juste à écouter sa façon de se déplacer nerveusement jusqu'à arriver à nous, mes lèvres s'étirent malicieusement.

Quand il surgit dans la pièce en trombe, je n'ai même pas besoin de lever la tête pour savoir que c'est lui.

- Altesse.

Le vieux médecin fait sa petite génuflexion réglementaire. Il a quitté son petit air narquois.

- Dégage, grogne Végéta. Et ferme la porte derrière toi !

Je n'ai pas bougé. J'écoute le médecin qui quitte la pièce et s'exécute scrupuleusement. Végéta leur parle tous comme à des chiens. Même au médecin qui a dû sauver sa vie plus d'une fois depuis qu'il est gamin.

- Qu'est-ce que t'as foutu ? glapit-il. Je peux pas te laisser plus de deux jours, tu peux pas t'empêcher de m'emmerder, hein ?

Ça, c'est pour moi. Une sorte de salut.

Je lève enfin les yeux vers lui. Il se tient debout devant moi. Ce qu'il dit est juste et ça me frappe subitement. C'est vrai. Bien sûr, je veux retrouver Trunks, bien sûr je veux rentrer sur Terre, bien sûr je supporte pas le quartier des femmes, mais je me demande si, en réalité, ce n'est pas la panique qui m'a poussée à m'enfuir comme je l'ai fait. La terreur de ne plus le voir, la peur qu'il m'oublie là-bas.

- Bardock a dit que ce n'était pas moi. La femme de sa vision. C'est pas moi.

Je m'aperçois qu'il ne sait pas. Ses traits passent aussitôt de la colère à la perplexité.

- Il a dit ça ? souffle-t-il avec stupeur.

Je hoche la tête énergiquement.

Il plisse les lèvres et paraît préoccupé tout d'un coup. Presque déçu. Ça éveille aussitôt une question en moi.

- T'as quand même pas cru à ces conneries ?

Son regard se durcit.

- Bardock ne s'est jamais trompé, répond-t-il gravement.

Je crois rêver. Qu'est-il en train de me dire ? Tout ce temps… Il y a cru ? Il a cru que j'étais celle qui serait à l'origine de la disparition de sa race… De son royaume ? Peut-être même à l'origine de sa propre disparition? Il a pu croire ça et me protéger comme il l'a fait ? Il n'a décidément jamais peur de rien. Même le sacré, il s'en fout. C'est même plus du courage, plutôt une sorte de folie et ça me fait froid dans le dos, je dois bien l'avouer. Mais de toute façon peu importe maintenant puisqu'il ne s'agit pas de moi dans cette vision. Je baisse les yeux avec tristesse.

- Alors peut-être que je ne suis pas vraiment ta « femme », en fait. Finalement… Si on fait le compte… C'était peut-être ça le piège. Tout le monde y a cru, alors on a fini par y croire nous-même.

- Ça n'a plus d'importance maintenant, conclut-il en reprenant son air impassible. Tu n'as pas répondu à ma question. Tu as foutu un bordel monstrueux dans le quartier des femmes, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Je ne veux pas y retourner. Ta sœur a failli me tuer, je refuse de remettre les pieds là-bas.

Il fait sa moue contrariée et croise les bras.

- C'est là que vivent les femmes, réplique-t-il.

- Les femmes de la famille royale. Les femmes des autres familles vivent avec leur famille, elles… Et de toute façon, on sait maintenant que je ne fais pas vraiment partie de la famille royale, hein ?

- T'es chiante, soupire-t-il.

- Je vais retourner sur Terre… Je n'ai plus rien à faire ici de toute façon.

Il se raidit et fronce un peu plus les sourcils. Ils me fixent un instant d'un air sévère, la tête penchée de côté.

- J'ai d'autres plans pour toi, maugrée-t-il.

Il décroise les bras et met un genou à terre pour se mettre à ma hauteur. Je l'observe sans comprendre. Il passe un bras derrière mon dos et glisse l'autre sous mes genoux avant de me soulever. Je suis déstabilisée par son geste et je me retiens instinctivement à son cou.

- Qu'est-ce que tu fais ? Végéta ! Bordel. Quels plans ?

Il n'écoute pas et ne répond pas. Il se relève et m'emporte sans un mot. Il ouvre la porte d'un coup de pied sec et traverse la pièce voisine sous le regard ahuri du vieux médecin.

- Végéta ! Qu'est-ce que tu fous ?

Je suis prise d'une certaine panique. Je suis mal à l'aise, privée de ma liberté de mouvement. Je voudrais qu'il me pose mais je ne suis pas certaine de pouvoir tenir debout, alors je me contente de rester agrippée à son cou avec un certain embarras.

Il passe la porte de l'infirmerie et on se retrouve dans l'un des gigantesques couloirs du Palais. Ça m'affole. N'importe qui peut nous voir, nous croiser. Je ne veux pas. Je ne veux pas attirer une fois de plus l'attention sur moi. J'ai compris que l'intérêt qu'il me porte est une malédiction qui m'attire l'hostilité des autres saïyens.

C'est trop tard. Le corridor est quasiment désert mais nous passons quand même près de quelques soldats. Ils sont tellement stupéfaits de croiser notre tandem étrange que certains d'entre eux oublient même de le saluer. De toute façon, il ne leur accorde pas un regard et les dépasse sans un mot.

- Tu es taré… Où est-ce que tu m'emmènes comme ça ?

Je chuchote pour éviter que quelqu'un puisse m'entendre lui parler avec autant de familiarité mais je commence vraiment à avoir la trouille. Végéta est imprévisible et il est certainement en colère. D'ailleurs, il ne prend pas la peine de me répondre, son visage est fermé et froid comme s'il transportait une simple marchandise. Je sens les muscles de ses bras se raidir avec nervosité.

- Je t'en supplie, qu'est-ce que tu as en tête ? Tu me ramènes pas là-bas, hein ?

Il reste sourd à mes questions et poursuit son chemin inlassablement. Nous débouchons dans une partie du couloir percée d'une série de fenêtres. J'en profite pour jeter un œil à l'extérieur et essayer de me repérer. Nous sommes à un étage élevé et au-dessous de nous, le soleil se couche sur la ville dans une brume de poussière. Je calcule que nous devons déambuler dans les quartiers royaux, ceux qui sont réservés aux plus hauts dignitaires de la hiérarchie saïyenne. Ça me rassure un peu parce que ce sont aussi les quartiers les moins fréquentés du Palais.

J'ai cessé de poser des questions et je me contente de surveiller attentivement mon itinéraire pour tenter anxieusement de deviner notre destination. Après ce qui me semble un temps infini, Végéta se dirige enfin vers une porte imposante. Elle est gardée par une sentinelle en uniforme rouge. Le soldat saïyen reste imperturbable en nous voyant et se contente de saluer d'un hochement de tête respectueux avant d'ouvrir la porte sans un commentaire.

Mes yeux restent rivés au soldat jusqu'à ce qu'il sorte de mon champ de vision. J'ai repéré le rouge de son uniforme. Dès que la porte se referme derrière nous, une nuée de femmes de chambre apparaissent autour de nous.

Elles portent la même tenue que moi quand j'étais au service de Végéta et c'est seulement à cet instant que la mémoire me revient du temps où j'étais son esclave. Du temps où cette porte se fermait sous mon nez parce que j'étais encore un grouillot. Nous sommes dans ses appartements privés. Je ne suis jamais entrée ici.

Végéta ne me laisse pas vraiment le temps d'admirer les lieux. Il traverse le hall circulaire de l'entrée et monte l'escalier qui fait face à la porte. Certaines des femmes de chambres nous suivent de loin, silencieusement, prêtes à intervenir à la moindre demande.

- Trouvez-lui des vêtements, ordonne-t-il sans même sembler remarquer leurs présences.

Je note le frémissement dans le rang des esclaves et je sais qu'elles s'agitent déjà pour satisfaire son exigence. Il se dirige tout droit vers une salle et claque la porte d'un coup de pied derrière nous. Les femmes de chambre n'ont pas eu le temps de nous suivre et elles sont suffisamment avisées pour ne pas essayer d'entrer à notre suite.

Sans ralentir un instant, il se dirige vers le lit et me laisse tomber négligemment dessus. La chute est évidemment amortie par le matelas mais mon dos encore endolori encaisse mal le choc. J'étouffe un grognement de frustration et de douleur.

Je lève les yeux vers lui avec défi.

- T'es malade ? Qu'est-ce qu'on fait ici ?

Il tend le bras vers la porte.

- Il y a au moins cinq chambres d'amis. Choisis.

Je cille avec perplexité.

- Quoi ?

Il détourne le regard avec ennui.

- Tu veux pas retourner dans le quartier des femmes. Tu peux rester ici si tu me promets de te tenir tranquille, marmonne-t-il.

Je serre les pans de la veste contre moi, prise d'un frisson tout d'un coup. Je suis stupéfait de sa proposition. Elle est très indécente pour l'étiquette saïyenne. L'étiquette royale saïyenne n'autoriserait pas la présence d'une femme ici plus que quelques heures. Qu'il s'agisse d'une épouse, d'une maîtresse ou même d'une pute, aucune femme n'est destinée à emménager ici. D'un autre côté, le protocole du Prince des saïyens, je dois bien avouer que je m'en fous. Je ne veux pas retourner dans le quartier des femmes et il a raison de craindre que je n'y mette le bazar. Parce que, indiscutablement, c'est ce que je ferai.

Il se retourne vers moi avec un air sévère.

- Et… Tu vas me construire une salle de gravité, ajoute-t-il d'un ton autoritaire.

Chiottes. Je ne l'avais pas vu venir, celle-là. Je lis en lui malgré son expression impassible. Comme la première fois, il n'arrive pas à se résoudre à me laisser partir. Pourtant, même si je dois avouer que ça me déchire de me séparer de lui, je dois me barrer d'ici. Parce qu'il y a Trunks… Et Gokû est peut-être encore vivant quelque part. Si Végéta me donnait un vaisseau, j'avais espéré tenter de sonder l'espace à l'endroit où sa Capsule s'est perdue. Et maintenant, je comprends que Végéta ne me laissera pas partir. Pas tout de suite en tout cas.

Je soupire doucement en baissant les yeux. J'aimerais vraiment rester ici. Je voudrais tellement. Si le monde était fait autrement…

Je relève la tête vers lui. Il a l'air plus inquiet qu'il ne le laisse paraître. Je sais qu'il se demande si je vais braver son autorité, mais je n'ai plus la force.

- Quand je l'aurais construite… Tu me laisseras repartir ? Tu me donneras un vaisseau pour rentrer ?

Son expression décidée vacille. Il serre les lèvres en signe de frustration.

- On verra, réplique-t-il.

- Végéta ! Trunks est resté sur Terre, Gokû est peut-être encore quelque part dans l'espace et…

- Kakarott est mort ! tonne-t-il. Mort. Tu comprends ? Et le môme… Il a le temps, on s'occupe de lui, tu finiras par le revoir… Si tu te tiens tranquille, on en rediscutera quand j'aurai ma salle de gravité.

Je me renfrogne. Je perçois sa colère. Il ne supporte pas qu'on le contredise, il ne supporte qu'on discute son point de vue et je suis certainement la seule à le faire. J'ai conscience qu'il me concède bien plus qu'il n'a jamais accordé à personne. J'ai conscience qu'il se donne l'impression d'une incroyable faiblesse, comme il me l'a expliqué dans la salle de bains ohmsienne. Pour ma part, son attitude me désespère. Il me considère toujours comme sa propriété et ça finira par anéantir tout espoir d'accomplir mes projets de retourner sur Terre et de retrouver Gokû, ces projets qui sont tout pour moi et me tiennent tellement à cœur.

On est trop différent. On arrivera jamais à se comprendre.

- Arrête de mettre le bordel, grogne-t-il en levant un doigt menaçant.

Puis il tourne les talons et quitte la pièce d'un pas nerveux, ouvrant la porte à la volée sans prendre le soin de la refermer.

Je vais jamais y arriver.

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