Hoy, merci les petites reviews sympa; ça fait plaisir de voir que le dernier chapitre a agité quelques cervelles :)
Bon, en retard, en retard, cette semaine. Désolée si certain(e)s ont attendu ce week-end. Ce chapitre a été réécrit pas moins de deux fois parce que j'avais un noeud dans mon scénario mais c'est bon je crois que j'ai tout démêlé.
Je suis désolée de faire un truc aussi looong, mais les choses devraient s'accélérer un peu maintenant. (Pas forcément le rythme des upadtes mais les événements)
Autant que possible je mettrai en ligne le prochain chapitre ce week end.
Encore merci à tous ceux qui n'ont pas encore jeté l'éponge.
Chapitre 28
Il a plus d'une demi-heure de retard. Il a déjà annulé deux fois et je pressens qu'il ne viendra pas. Il aime tellement ça. Faire attendre les autres, leur faire sentir que lui seul décide, mépriser leur temps et leur patience.
Je m'extirpe de la contemplation de la ville dont les toits se noient un peu dans une brume de chaleur et je détourne les yeux de la fenêtre. Les deux saïyens avec qui j'ai travaillé sont là, silencieux. Ils attendent avec une patience infinie, presque avec indifférence. Ils sont habitués et, après tout, il est le Prince. Il arrivera quand il en aura envie, et si il en a envie.
De mon côté, je vois l'heure avancer dangereusement et je suis à bout. Je pousse un soupir sonore.
- J'ai des choses à faire, vous pourrez lui expliquer après tout. Vous n'avez pas besoin de moi.
Ils lèvent simultanément la tête vers moi.
- Sela-Jinn, il va finir par venir. Vous ne pouvez pas partir, il sera en colère, répond l'un d'eux
- Je vois pas ce que ça change.
Je contiens à peine mon ennui. Végéta joue au chat et à la souris avec moi mais je suis fatiguée. Notre petite discussion sur l'oreiller et ma rencontre avec Bardock m'ont définitivement éclairci les idées. Maintenant que la salle de gravité est finie, j'ai décidé que Végéta devait disparaître de ma vie pour le bien de tous. Le mien, le sien, le leur même. Les caprices de Son Altesse ne changeront rien à ma résolution. Ses tergiversations, ses sautes d'humeur, tout ça m'ennuie profondément maintenant.
Je me dirige sans hésitation vers la sortie du laboratoire, ignorant les protestations des deux autres saïyens. Ils connaissent le fonctionnement de la salle de gravité au moins aussi bien que moi maintenant. Ils sauront bien l'expliquer à leur Prince et procéder aux réglages nécessaires sans moi.
Comme s'il avait pressenti mes intentions, la silhouette massive de Végéta surgit de la pas de la porte alors que je m'apprête à sortir. Il occupe toute l'embrasure, me coupant ainsi toute possibilité de le contourner. Cette présence envahissante éveille un peu plus mon irritation.
- Tu es en retard.
- J'ai pas de compte à rendre, marmonne t-il en laissant ses yeux naviguer sur la pièce.
Je me mords les lèvres, mais je m'écarte pour le laisser passer. Il entre dans le poste de contrôle où les deux saïyens sont déjà en génuflexion. De mon côté, je referme silencieusement mes poings pour évacuer ma frustration. J'hésite un instant à répliquer à son insupportable arrogance, mais je me tais. Je reste figée en l'observant.
Il fait le tour des commandes. Comme s'il y pigeait quoi que ce soit…
Finalement, il se tourne vers moi avec un sourire narquois.
- Alors ? Montre-moi.
J'avance d'un pas raide jusqu'à lui et je le repousse ostensiblement pour me ménager une place devant la console. Je lui explique les commandes sommaires en deux mots. Il écoute attentivement, les bras croisés, concentrés sur les boutons et leviers que je désigne. Ça dure un moment avant que je ne lève enfin les yeux vers lui.
On a jamais eu un rapport aussi direct depuis une semaine, depuis ce fameux soir où il m'a expliqué que je pouvais être considérée comme une partenaire « régulière », et que ça supposait forcément des partenaires « occasionnelles ». Avec tout le romantisme et la poésie dont les saïyens sont capables. Avec tout le respect et les égards auxquels je peux prétendre.
Depuis ce soir, je l'évite précautionneusement, et si je ne peux éviter de le croiser, je l'ignore avec application. Il parait indifférent à mon comportement mais je ne suis pas complètement convaincue qu'il le soit vraiment. On ne sait jamais avec lui.
A présent, je le fixe en m'efforçant de garder la froideur d'une scientifique qui fait un exposé sur sa trouvaille.
- Voulez-vous essayer, votre Altesse ?
Je m'exprime exprès avec un respect excessif auquel je ne l'ai pas habitué. Et il sait que je me fous de sa gueule. Il sait qu'il n'y a dans mon ton aucune déférence mais simplement un avertissement pour qu'il garde ses distances. Il serre les lèvres et trahit ainsi son agacement. Mais il ne dit rien.
- Bien sûr, répond-t-il.
- On commence à 10, si ça vous va ? Ou… est-ce trop fort peut-être ?
Il décrypte le défi de ma proposition et une étincelle jaillit aussitôt dans ses yeux sombres. Il est si prévisible.
- 20, ça fera l'affaire pour s'échauffer, crache-t-il.
Je lui souris de toutes mes dents avec une amabilité toute feinte dont il n'est pas dupe. Il a une hésitation. Est-ce qu'il peut me faire confiance ? Je lis la question dans ses prunelles mais il est trop fier mais pour l'exprimer franchement.
Il finis par passer dans la salle d'entrainement, qui est séparée du poste de contrôle par une vitre ultrasécurisée et blindée. Il traverse le sas et se positionne au milieu de l'immense espace dédié à la modulation de gravité. Nous le visualisons sous tous les angles grâce aux multiples caméras implantées dans les parois. Elles vont suivre le moindre de ses déplacements et il pourra même revoir à l'envi chacun de ses mouvements sous n'importe quel angle après avoir terminé sa séance.
J'enclenche le mécanisme. Une série de cliquetis nous indique que la salle est hermétiquement isolée, puis une vibration résonne autour de nous tandis que la gravité s'élève lentement. Il reste debout stoïquement.
Je règle le niveau à 20, fidèle aux instructions. L'un des saïyens à côté de moi s'empare du micro qui permet de communiquer avec lui.
- Tout se passe bien, Altesse ? demande-t-il.
- Evidemment, glapit la voix de Végéta, envoyez-moi quelques drones, je vais pas tarder à m'ennuyer !
L'ingénieur obéit aussitôt et une série de petits drones d'attaque se mettent en place. En guerrier rompu à son art, il commence son ballet destructeur. Ce n'est pas bien long avant qu'il n'ait réduit chacun des engins en miettes.
- Je veux quelque chose de plus distrayant, coasse-t-il avec frustration.
Sa respiration est à peine haletante. Je saisis le micro à mon tour et je prends ma voix la plus mielleuse possible.
- Vos désirs sont des ordres, Votre Altesse.
Je perçois le regard suspicieux qu'il m'adresse instantanément au travers des vitres de protection et je lui renvoie un sourire malicieux.
J'actionne aussitôt une gravité de 80 et je lance une machine monstrueuse que j'ai conçue tout spécialement pour lui. Une forme d'hydre de métal qui expulse des drones par centaines.
Des trépidations inquiétantes se propagent jusqu'au poste de contrôle et très vite, c'est le chaos dans la salle. Nous ne voyons plus grand-chose, que des explosions et une brume de poussière épaisse. Même les caméras ne sont plus en mesure de nous assurer de ce qui se passe.
L'avantage de savoir que Bardock a vu Végéta mourir quasiment dans mes bras, après que j'aie fait exploser Végitasei, c'est que je sais forcément que rien de tout ça n'arrivera maintenant dans cette salle de gravité. Il ne mourra pas mais j'espère bien ajouter une ou deux cicatrices à sa collection. Je tiens sincèrement à ce qu'il garde un souvenir de moi.
- Qu'est-ce que vous avez fait, Sela-Jinn ? souffle l'un des saïyens à mes côtés.
- J'avais peur qu'il s'ennuie… Mais, comme je vous le disais… J'ai des choses à faire et il est occupé pour un moment maintenant, je vous laisse lui expliquer le reste des détails.
Mon sourire est retombé. Le saïyen me fixe avec incrédulité et me suit des yeux tandis que j'abandonne avec désinvolture le poste de pilotage. Derrière moi, j'entends les deux ingénieurs qui manipulent fébrilement les commandes dans l'espoir de déprogrammer mes instructions.
Végéta va être furieux. Je ne peux m'empêcher de sourire intérieurement. Il ne le sait pas encore mais c'est à la fois une petite vengeance et un cadeau d'adieu que je viens de lui faire.
Je remonte paisiblement les couloirs jusqu'aux quartiers Princiers. Je prends le temps d'observe le décor comme si je le découvrais, et en réalité, j'essaye de le graver dans ma mémoire avant de quitter cette maudite planète une fois pour toute.
Dès que j'arrive dans l'appartement de Végéta, je monte l'escalier quatre à quatre et je me dirige vers ma chambre. Les femmes de chambres se sont rassemblées comme des ombres sur mon passage, à l'affût du moindre de mes besoins. Je referme précautionneusement la porte derrière moi et elles savent que je ne veux pas être dérangée.
La première chose que je vérifie, c'est l'heure. Cet imbécile a réussi à me mettre en retard et le soleil commence déjà à s'affaisser sur l'horizon. L'horloge me rassure, si je ne traîne pas trop, je devrais y arriver.
Je m'engouffre dans le dressing et j'attrape une petite besace vide. J'y fourre quelques vêtements qui pourraient m'être utiles. Pas grand-chose en réalité, je ne sais même pas combien de temps le voyage va durer, j'ai oublié de demander. Ce n'est pas très grave, ça fait longtemps que j'ai renoncé à ma coquetterie. Je me rattraperai sur Terre.
Entre deux piles de vêtements, j'attrape un minuscule grappin dont le filin est gainé dans un bracelet. Je contemple l'objet une minute et je me demande si mon plan est bien raisonnable. Finalement je le mets dans la besace avec haussement d'épaule. C'est un peu tard pour reculer.
Sur l'une des étagères, à hauteur de mes yeux, j'aperçois soudainement le coffret de Sadri. J'hésite un instant puis je finis par le prendre avec précaution. Il est lourd. Je le fixe un moment. Faut-il vraiment s'encombrer de ça ? Je caresse le couvercle sculpté avant de l'ouvrir.
Toujours les mêmes objets stupides. Quand je serais sur Terre, ils me paraîtront définitivement sans intérêt. Ça ne vaut pas vraiment la peine de se trimballer ce truc. Mes yeux s'arrêtent sur la boite en acajou. Je la sors doucement du coffret.
Je repousse le coffret sur l'étagère pour me libérer les mains et je m'assois sur le tabouret du dressing. Le revolver est toujours là, rutilant dans la pénombre, immobile, hypnotisant. Je le saisis d'une main ferme et j'ouvre le barillet. Cette arme n'a apparemment jamais servi. Si ça se trouve, elle ne fonctionne pas.
Malgré cette pensée, je commence à emboiter les cartouches dans leur logement. Quand j'ai terminé je saisi le revolver à pleine main. Il est lourd et rassurant, sa crosse se love parfaitement dans le creux de ma paume. Je tends le bras et je ferme un œil pour viser un ennemi imaginaire, le doigt sur la gâchette. Je fais semblant de tirer en imitant le bruit du coup. « Pam ».
Je sais que ce genre de joujou n'a que peu de chance d'atteindre un saïyen entraîné. Sans même parler de tuer personne ici. Pourtant il y a quelque chose de rassurant à tenir une arme, même si elle est dérisoire. Et puis, c'est un long voyage que j'entreprends, on ne sait jamais.
Mes méditations sont interrompues par des éclats de voix au rez-de-chaussée. Son Altesse est de retour. Je glisse le revolver dans le sac et je le referme silencieusement avant de le caler sous une étagère du dressing.
Je regagne la chambre juste au moment où la porte s'ouvre à la volée. Végéta se tient sur le seuil, haletant et transpirant. Sa tenue est en piteuse état et un sillon de sang courre depuis sa tempe le long de sa pommette et jusqu'à son menton.
Il me fusille du regard et prend le temps de reprendre son souffle. Je suis figée à quelques mètres de lui et je l'observe prudemment en me gardant bien d'approcher de trop près. Comme je m'y attendais, ma petite blague ne lui a pas plu.
- Qu'est-ce que tu essayes de prouver ? grogne-t-il sourdement.
Je me mords les lèvres. Il est vibrant de colère et je ne suis pas aussi tranquille que je le voudrais.
- Je croyais que c'était toi qui voulais prouver quelque chose… Moi, j'ai fait exactement ce que tu m'as demandé, j'ai…
En une fraction de seconde, il est à quelques centimètres de moi et il attrape le devant de ma tunique pour me tirer brusquement vers lui.
- Te fous pas de moi, siffle-t-il. Qu'est-ce que tu cherches ? A me tuer ? Tu n'as pas compris que tu n'y arriverais pas ?
- Lâche-moi !
J'essaye de prendre un ton indigné mais ma voix commence à perdre de son assurance. Il me fixe d'un œil noir.
- Te lâcher ? Je te lâcherai si j'ai envie et quand j'en aurai envie, réplique-t-il.
Je baisse les yeux. J'avais bien compris le principe. C'est pour ça que je n'ai pas attendu sa bonne grâce pour organiser mon départ. Il ne sait rien pour l'instant évidemment et je veux éviter d'éveiller ses soupçons. Je préfère ne pas répondre. Il me repousse brutalement avec un grognement.
Je perds presque l'équilibre dans le mouvement mais j'arrive à me rattraper à un meuble derrière moi. Je me redresse pour lui faire face. J'écarte une mèche qui tombe sur ma joue et je le défie du regard.
Il pointe un doigt vers moi.
- Ne joue pas trop la maline… Tu veux pas que je te rappelle le nombre de fois où tu as perdu contre moi à ce petit jeu-là ?
Je tressaille imperceptiblement. Un instant, j'imagine qu'il a tout découvert et qu'il connait mon projet d'évasion. Mais non, c'est impossible. Impossible. Il serait déjà intervenu pour l'empêcher, il n'aurait jamais pris le risque que ça marche. Depuis que je lui ai fermé ma porte et que je lui fais la gueule, il n'a jamais été aussi possessif. Je me demande des fois s'il n'a pas vraiment cru que j'allais baiser ailleurs.
Il retire ses gants avec irritation sans me lâcher des yeux.
- Pour information, j'ai ruiné ta petite machine… Va falloir que tu me bricoles quelque chose de sérieusement plus intéressant, annonce-t-il avec un petit sourire narquois.
Je hausse les épaules sans un mot. Compte là-dessus. Il penche la tête de côté et me considère pensivement une minute. Comme je ne dis toujours rien, il tourne les talons et quitte ma chambre en claquant la porte.
Connard. C'est la dernière fois que je le vois et je lui fais mes adieux muets en fixant la porte longtemps après qu'il ait disparu. Le rythme de mon cœur revient peu à peu à la normale.
Je vérifie à nouveau l'horloge. Il ne faut plus trainer. J'entends la voix de Végéta qui râle après les femmes de chambre au rez-de-chaussée et après un moment, le bruit de sa douche me parvient comme un murmure. Un déclic se déclenche mon cerveau. Il est temps d'y aller.
J'enfile une veste large d'une couleur sombre et neutre. Il y a une capuche mais je ne la rabats pour l'instant. Je récupère mon sac que j'accroche à mon épaule en bandoulière.
Je sors sur le balcon et je me penche au-dessus du jardin. La luminosité du jour faiblit de plus en plus et la chaleur brûlante s'est légèrement apaisée déjà. Je scrute la hauteur. Directement sous ma balustrade se trouve le jardin de Végéta qui est en fait un petit parc suspendu, installé sur une immense terrasse. Il se trouve à une altitude vertigineuse et les toits de la ville semblent à des kilomètres au-dessous de nous. Une chance que je n'ai pas le vertige.
Je mesure cependant à quel point je n'ai pas droit à l'erreur. J'enjambe la rambarde habilement et je me plaque à la paroi du Palais. De minuscules gouttières assurent ma prise. En-dessous, un treillis a été accroché pour les plantes grimpantes.
Je ne suis pas vraiment une professionnelle de l'escalade et même, je ne suis pas vraiment une sportive musclée, c'est le moins qu'on puisse dire. Heureusement, il semble que le danger éveille parfois une énergie insoupçonnée en nous. Je cale mes pieds à l'aveuglette dans chaque interstice du treillis. Mon équilibre est aléatoire et je redoute que le treillis ne craque sous mon poids, mais il a l'air bien fixé.
Je me concentre sur chacun de mes gestes, évitant de brusquer la cadence de ma descente. Quand je touche enfin le sol, c'est comme une première victoire. Finalement, ça a été aussi facile qu'on me l'avait promis. J'avais cru que je n'y arriverais pas et j'ai l'impression d'avoir passé le plus dur.
Ce n'est pas franchement le cas bien sûr.
Sous le jardin suspendu, il y en a un autre. Puis encore un autre. Je dois en descendre deux avant d'arriver à destination. Ils font ça tout le temps dans les films, ça n'a pas l'air très difficile.
Quand je m'agenouille tout au bord du jardin princier et que je me penche pour examiner le jardin du dessous, il m'apparaît flotter à une distance hallucinante au-dessous de moi. Je suis censée… Ma gorge se serre et je me redresse d'un coup. J'ai presque envie de renoncer.
Non. J'ouvre mon sac et j'en sors le minuscule grappin que j'ai pris avec moi. Je le considère avec incrédulité. Il est franchement microscopique et ce truc est censé assurer ma sécurité ? Me garantir que je ne vais pas dégringoler dans le vide avant de me ramasser en tas d'os au sol? J'ai presque envie de rire. J'opte plutôt pour un profond soupir de désespoir.
Je accroche le grappin au bord de la terrasse. Le minuscule appareil ajuste automatiquement sa prise à la pierre. Je tire une petite longueur de filin et accroche le bracelet à mon poignet. Puis, je balance une à une mes jambes dans le vide. Je regarde l'horizon clair derrière lequel le soleil s'enfonce peu à peu et j'essaye d'oublier la hauteur.
Ma montre émet un bip discret. Je sursaute légèrement. Je suis en retard.
Je me laisse glisser dans le vide en essayant de ne penser à rien. Je serre mes doigts autour du filin qui me relie au Dieu grappin qui me relie lui-même à ma seule chance de survie.
Mon cœur se soulève sous l'effet de la chute. Mais le filin m'empêche de tomber trop vite et je ralentis le mouvement d'une simple pression des doigts. Ce grappin électronique est une pure merveille de technologie. Je suis étonnée que ce ne soit pas moi qui l'ai inventé.
Mes pieds touchent enfin terre. Je manque d'expérience et je ne calcule pas très bien, l'atterrissage est un peu rude et je m'affale dans les plates-bandes de notre voisin du dessous. Un oncle de Végéta avec une sale gueule dont je me rappelle jamais le nom.
Merde, j'ai de la terre dans la bouche. J'ai veillé à rester silencieuse et mon premier réflexe est de vérifier qu'il n'y a personne ici. Mais le jardin est totalement désert. Les portes fenêtres qui donnent accès aux appartements sont fermées et il n'y a pas un bruit.
Je me relève et m'époussète furtivement. Je me suis égratignée une main, rien d'affolant. Je rappelle le grappin qui s'enroule à une vitesse vertigineuse dans le bracelet. Les lieux sont inondés de la lumière aveuglante du soleil couchant. Depuis le rebord, on voit un peu mieux les toits de Végitasei.
Je suis la bordure du jardin jusqu'à repérer ma destination. Il va falloir renouveler l'expérience. Cette fois-ci, je ne laisse aucune place à l'hésitation, ma montre a émis un deuxième bip discret pour me rappeler que je suis trop lente. Il ne s'agirait pas de manquer le rendez-vous le plus important de ma vie.
Je maîtrise mieux le deuxième atterrissage même si mes gestes restent approximatifs. Dès que je me relève, j'aperçois une femme de chambre sur la terrasse. Elle se tient droite et docile et me regarde patiemment. Je marche sans hésitation jusqu'à elle en rabattant ma capuche sur ma tête.
- Vous êtes en retard, dit-elle simplement.
Je la dépasse sans même m'arrêter à sa hauteur et sans même lui répondre. Elle m'emboite le pas. J'arrive dans des appartements que je ne connais pas. C'est plus sobre et moins grand que chez Végéta et je ne peux m'empêcher de laisser mes yeux glisser sur les bibelots personnels qui ornent les meubles.
La femme de chambre ne me laisse pas le temps de m'attarder. Elle me glisse une feuille repliée dans la main et me conduit jusqu'à la porte d'entrée.
- Vous vous souvenez de tout ? demande t-elle.
Je lui adresse un sourire conquérant et je désigne mon crâne.
- J'ai une mémoire infaillible.
En réponse, elle hoche la tête et me pousse dehors en refermant la porte sur moi.
Me voilà dans l'un des corridors du Palais. Ils se ressemblent beaucoup et si on m'avait lâchée là il y a seulement dix jours, j'aurai été incapable de retrouver mon chemin. Aujourd'hui, je sais.
Deux soldats passent près de moi et je m'assure que ma capuche n'a pas glissé. Je vérifie furtivement que pas une parcelle de tissu rouge ne dépasse de ma veste. Ils ne me remarquent même pas et poursuivent leur route.
Tout est pour le mieux. J'adore quand ça se passe comme ça.
Je dois me dépêcher mais je ne peux pas courir, je risquerais d'éveiller les soupçons. Je remonte les corridors et descends les escaliers d'un pas nerveux. Je connais mon itinéraire par cœur mais il me paraît affreusement long.
Quand je débouche enfin sur une esplanade à l'extérieur du Palais, la nuit est presque complètement tombée. Les lanternes s'illuminent une à une tandis que je m'éloigne de mon horrible prison au pas de course.
Ma montre a encore bipé pour me rappeler que je suis trop lente. Je maudis Végéta qui a pris tout son temps pour venir tester la salle de gravité.
Devant moi, il y a encore une volée de marche et une petite porte cochère me permettra de sortir de l'enceinte du Palais. A l'extérieur, c'est la ville. La ville et un peu plus loin, le centre d'envol. Si j'arrive à l'atteindre en temps, le reste sera du gâteau.
Mon cœur commence à s'emballer en réalisant que j'y suis presque. Je reprends mon souffle et je dévale les escaliers étroits et mal éclairés. Comme promis, il y a un portail blindé. Apparemment, il n'a plus été utilisé depuis des années et je ne sais même pas s'il fonctionne encore. Je sors une carte de ma poche et je l'avance d'une main tremblante devant le panneau de contrôle. J'hésite un instant. J'essuie un peu le panneau poussiéreux et sale et j'applique la carte.
Clic.
J'ai jamais autant aimé ce son. Je passe la porte et je me retrouve dans une ruelle pavée et déserte. Je la redescends en suivant la rumeur de la ville et je débouche dans une rue animée.
Je n'aime pas l'idée de traverser la capitale saïyenne toute seule et j'ajuste instinctivement ma capuche. Mais quand je m'engage dans l'artère, personne ne fait attention à moi. J'évite soigneusement les passants massifs et bruyants. Il y a des éclats de voix en tout genre, des cris. Je dépasse des devantures illuminées. Malgré ma curiosité je ne perds pas de temps à examiner les lieux. J'accélère le pas encore un peu plus.
Je commence à être essoufflée.
Au bout d'un moment, je suis quand même obligée de m'arrêter pour consulter la feuille de papier que la femme de chambre m'a remise. C'est un plan. Je me suis gourée évidemment. Je rebrousse chemin cherchant désespérément un point de repère.
Subitement, je trébuche inexplicablement et je m'affale lourdement sur le sol. Avant que je comprenne ce qui m'est arrivée, un rire sonore et gras éclate à mes oreilles. Je me redresse nerveusement. Un saïyen en uniforme de soldat est assis sur le sol contre le mur. Il m'a fait un croche-pied et rit bêtement à sa blague d'une voix éraillée. Je repère la bouteille qu'il tient à la main.
- On tient pas sur ses jambes, petite souris ? demande-t-il avec satisfaction.
Je ne réponds pas et me hisse sur mes mains pour me remettre sur pieds. Mais il m'attrape un bras pour me tirer brutalement vers lui.
- Qu'est-ce tu fais ici, toi ? T'as l'air bien pressée, insiste-t-il.
- Faut que j'y aille.
J'essaye de me défaire de sa poigne mais il ne me lâche pas et me ramène un peu plus proche de lui. Il pue l'alcool et je commence à m'affoler.
- Heeeyyy, je suis sûre que t'as cinq minutes pour moi. De quelle race es-tu ?
Je le repousse comme je peux en protestant.
- Mon maître va m'attendre, il va me chercher.
Il n'a rien à foutre de ce que je lui dis. Je regarde autour de moi pour repérer n'importe qui qui pourrait me venir en aide mais les passants continuent leurs petites affaires sans nous accorder un regard.
- Ton Maître ? C'est qui ton Maître, la souris ?
Comme je me débats un peu plus vivement, la capuche retombe et découvre ma tête. Il y a une étincelle dans l'œil du saïyen. Une étincelle que je n'aime pas du tout, mon estomac se noue. Il sourit d'un air sinistre et serre ses doigts sur mon bras. Il me fait mal.
- Je suis sûr qu'on peut s'amuser un peu tous les deux… T'as bien le temps de prendre un verre.
Cette fois-ci, la panique me submerge et je me mets à crier. Tant pis si j'attire l'attention, tout sauf cette brute avinée qui me tire dans une ruelle sombre. Il me saisit au col pour essayer de me faire taire et arrache les boutons de ma veste.
- C'est pas vrai, Cob, t'as pas fini d'emmerder ton monde ? s'exclame une voix irritée dans mon dos. On va encore avoir des emmerdes!
Je me retourne pour trouver deux autres soldats qui se tiennent debout au-dessus de nous.
- Je lui proposais juste un verre, maugrée mon agresseur en me lâchant docilement.
Les deux soldats me fixent avec incrédulité tandis que j'ajuste précipitamment ma veste pour me relever. Celui qui a parlé pose sa main sur mon épaule.
- Ça va ? demande-t-il.
- Oui, oui… Faut que j'y aille, merci.
Je bredouille piteusement et esquisse un pas pour les abandonner. Mais la main du saïyen s'attarde sur mon épaule. D'un doigt il écarte légèrement un pan de ma veste et scrute mon vêtement. Rouge. Putain de rouge. Je joue la carte du bluff.
- Mon Maître m'attend.
Il fronce les sourcils et hoche la tête distraitement avant de me lâcher. Je m'enfonce dans la foule d'un pas pressé et dès que je suis hors de leur vue, je rabats ma capuche. Chiotte. Je suis vraiment à la bourre maintenant. Je me mets à courir sans même m'en rendre compte. Le plan n'était pas si simple qu'il en avait l'air.
Enfin. Je suis complètement à bout de souffle quand j'arrive en vue de la grille du centre d'envol. Je me glisse dans l'ombre jusqu'à la guérite. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard. Je m'approche du poste sans bruit et je hisse ma tête à la hauteur de la vitre.
La sentinelle à l'intérieur est vautrée sur son siège, les bras croisées, le regard dans le vide. Il ne me voit pas. Je tape timidement à la petite fenêtre.
Son œil noir et méfiant se pose instantanément sur moi et me fige. Ma gorge se noue aussitôt. Et si c'était trop tard ? Si le soldat censé m'attendre avait déjà été relevé ?
Il sort de son cabanon. Sa silhouette me paraît incroyablement imposante dans la pénombre. Il ne dit rien. Il ne pose pas question. Il me toise pendant un instant et approche sa main de ma capuche. Ses doigts se referme sur le tissu et il la rabat en arrière d'un coup.
Ses traits se radoucissent imperceptiblement et le soulagement m'envahit.
- Attends, grogne-t-il avant de retourner à l'intérieur de la guérite.
Il ressort une seconde plus tard et agrippe ma veste pour m'entrainer vers lui. Je ne comprends pas tout de suite ce qu'il fait mais je finis par réaliser qu'il est en train d'épingler un écusson sur mon revers.
- Avec ça, on ne te posera pas de questions, grommèle-t-il.
Je hoche la tête sans le lâcher des yeux. J'y suis presque maintenant. Il déverrouille le portail et je pénètre dans l'enceinte du centre d'envol.
Une brise nocturne s'est levée et balaye l'esplanade que je dois traverser avant d'entrer dans le bâtiment. Une silhouette se tient sous le perron à peine éclairée par la lanterne de l'entrée.
Mon cœur s'accélère. Enfin. C'est fini. Il m'a attendu malgré mon retard, je n'étais pas sûre qu'il le ferait. Je me mets à courir pour le rejoindre. Ses yeux dorés m'observent et il reste immobile jusqu'à ce que je le rejoigne.
- Tu es en retard, grogne-t-il en guise d'accueil.
- Je… J'ai eu des imprévus… Tu as attendu.
Sadri sourit en haussant les épaules.
- Ma femme de chambre m'a dit que tu étais passé mais je me suis demandé si tu n'avais pas changé d'avis finalement, ricane-t-il.
- Jamais.
Ma voix sèche a interrompu son rire. Son sourire s'affaisse.
- Ouais, je vois ça. Allons-y, répond-t-il simplement.
Je le suis tandis qu'il passe la double porte vitrée pour pénétrer dans le bâtiment. A cette heure l'activité est réduite et nous ne croisons pas grand monde. Les saïyens que nous croisons se contentent de saluer leur commandant sans chercher à comprendre. Nous remontons un long couloir et malgré les néons, l'endroit reste assez sombre.
- Il se doute de quelque chose ? demande Sadri.
Il marche devant moi sans même se retourner pour me parler.
- Non. Je ne crois pas. Il serait déjà là.
Je sais les risques que Sadri prend pour moi. Je sais que ce que nous faisons peut lui coûter très cher. Mais il le fait parce qu'il est convaincu que c'est la chose à faire. La seule chose possible pour préserver sa race de l'accomplissement funeste de la vision de Bardock. C'est un saïyen et il a ses mauvais côtés mais d'une certaine manière, il est comme Végéta et comme Gokû, il est prêt à combattre jusqu'au bout quand l'issue de la lutte lui tient à cœur.
Je soupçonne qu'il a une famille et que si Végéta décide de le punir, elle sera en danger. Pourtant, depuis le début, depuis qu'il m'a proposé de m'aider, il n'a jamais hésité.
- Enfile une combinaison, ordonne-t-il en me guidant dans ce qui ressemble à un vestiaire.
Il y a des tenues de spandex accrochées dans un coin. J'en prends une et j'enlève ma veste. Il est toujours là, adossé au mur, les bras croisés, attendant patiemment que je m'exécute.
- Retourne-toi au moins.
- Oh… Ouais, soupire-t-il.
Il obéit en levant les yeux au ciel.
- Le vaisseau n'est pas très grand, il est furtif. Mal armé aussi, mais avec un vaisseau saïyen, dans la région où tu vas voyager, tu n'as aucune raison de te faire attaquer, explique-t-il.
- Tu as programmé la Terre ?
- Oui. Et aussi… Mes agents ont identifié la planète sur laquelle la capsule de Kakarott a dû atterrir si elle ne s'est pas fait pulvériser en chemin, elle aussi est programmée dans le plan de vol si tu veux y faire un crochet, répond-t-il à mi-voix.
Je lève la tête vers lui. Il me tourne toujours le dos, les bras croisés face au mur. Je ne sais pas quoi dire.
- Merci.
Je finis d'enfiler la combinaison et je me débats avec l'armure.
- Tu trouveras peut-être son cadavre… Peut-être rien… C'est une planète paisible, tu ne risques pas grand-chose là-bas, on a vérifié. C'est même pas colonisé, ajoute-t-il sans émotion.
Il se retourne et m'observe manipuler maladroitement le plastron de sécurité. Finalement, il s'avance vers moi et me le prend des mains pour le régler d'une main habile. Il me le tient et je passe un bras dedans. Il resserre les attaches sur mes épaules et termine ses ajustements en me tapotant le bras.
- Tu ne reviendras pas, n'est-ce pas ? Tu n'essaieras pas de le revoir ? grogne-t-il gravement.
Je cille un peu. Il parle de Végéta. C'est ce qui est prévu. Je ne le reverrai pas. Jamais. De manière tout à fait inattendue, mon cœur se serre et je baisse les yeux. J'étais tellement obnubilée par mon projet de fuite, par ma colère contre lui que je ne réalise qu'à cet instant ce que ça signifie, et ça me rend profondément triste.
- Tu ne dois pas le revoir, insiste Sadri d'une voix pressante. Tu sais ce qui se passera sinon, tu as entendu Bardock.
Je hoche la tête doucement. Oui, j'ai entendu Bardock; oui, je dois rester loin de Végéta. Je sais tout ça, mais quand même… ça me fait plus mal que je n'aurais pensé.
- Et… S'il essaye de venir me récupérer sur Terre ?
- Il ne fera pas ça. D'abord, il est obsédé par Freezer, il s'occupera de lui en priorité, tu le connais… Et puis, s'il venait quand même sur Terre, on s'arrangera pour qu'il ne t'y trouve pas. L'univers est assez grand pour que vous ne vous croisiez plus.
Je serre les lèvres et j'acquiesce à nouveau. Sadri a raison. Je n'arrive pas à sourire. Il s'éloigne de moi et ressort du vestiaire. Je le suis dans le couloir. Je marche au pas de course pour rester à sa hauteur mais il n'y prend pas garde, il continue ses explications.
- Le décollage se fera automatiquement, y aura pas de problème, on s'est déjà occupé de tout. La phase délicate, ce sera quand tu auras quitté l'atmosphère. Tu devras prendre les commandes et passer en mode accéléré dès que l'opportunité se présentera.
J'écoute distraitement en lâchant des « hm » mécaniques. Maintenant que mon esprit a compris que je ne verrai plus jamais Végéta, je n'arrive plus à me concentrer sur ces détails techniques. Plus jamais. Ça a l'air tellement absurde. Il a tellement envahi mon existence, il a conditionné chaque minutes de ma vie depuis… Depuis tant d'années. Nous ne sommes quasiment plus quittés depuis la Terre… Ma vie va paraître ridiculement facile et prévisible sans lui. Ennuyeuse ? Vide ?
Je suis maintenant devant la console de mon vaisseau, assise sur le siège du pilote. Sadri me parle et je n'écoute plus. Il me montre des choses. Je connais ces commandes. Depuis que j'ai travaillé dans le garage de l'armée saïyenne à Ohms, je connais toutes leurs navettes. Je pourrai piloter ça les yeux fermés.
- Tu as compris ? C'est important, répète Sadri.
Je fronce les sourcils et il comprend que je n'ai pas fait attention à ce qu'il vient de me dire. Il soupire et se masse les paupières.
- La fenêtre de tir pour passer en mode accéléré est très courte. Une fois quitté l'orbite de la planète, tu dois rester attentive à l'affichage et dès que le vaisseau t'en donne l'autorisation, tu dois enclencher l'accélération. Si tu ne le fais pas à ce moment, tu n'auras plus d'autres occasion avant un jour ou deux… Et tu devines ce qui se passera alors ? grince-t-il avec irritation.
- …Il risque de venir me chercher
- Bonne fille, tu vois quand tu veux, grommèle-t-il avec sarcasme.
Il y a un silence un instant, le temps que chacun de nous comprenne que nos routes doivent se séparer. Je lève les yeux avec hésitation et je croise ses iris dorées. Il me fixe impassiblement. Il n'est pas sûr de pouvoir me faire confiance mais il n'a pas le choix.
- Tu as pris la bonne décision, dit-il à mi-voix comme s'il avait encore besoin de me convaincre.
- Toi aussi.
Il a un sourire furtif. Je sens l'amertume en lui. Il donnera sa vie pour son roi et sa race mais il sait au fond de lui qu'il n'y a aucune gratitude à en attendre. Au contraire. J'ose à peine chuchoter la question qui me brûle les lèvres.
- Tu crois qu'il va découvrir que tu m'as aidée ?
Il hausse une épaule.
- Peut-être… Ce n'est pas ça qui importe. S'il n'y a que moi qui doit payer le prix de ta disparition, je suis prêt à faire cet effort. C'était la seule solution.
Ses mots sont tellement pessimistes. Une sorte de révolte me prend en même temps que je réalise que je laisse peut-être un nouveau cadavre sur mon chemin.
- Peut-être que Bardock pourrait lui expliquer…
- C'est trop tard, il n'écoutera plus. Il n'écoute jamais… Tu ne comprends pas que la mort ne lui fait pas peur ? Ni la sienne, ni celle de son peuple… La seule chose qui lui fasse peur, c'est d'échouer.
Je serre mes lèvres. Comme toujours, Sadri dit vrai. C'est juste. C'est Végéta.
Je ne m'aperçois pas tout de suite que Sadri s'est éloigné et se tient maintenant à l'entrée du vaisseau, prêt à refermer la porte d'accès.
- Essaye d'arriver en un seul morceau et rappelle-toi ce que je t'ai dit, lance-t-il avant de rabattre la portière et de la verrouiller.
Dès que les cliquetis de sécurité ont fini de s'enclencher, un vrombissement sourd se propage dans le sol sous mes pieds.
J'ai toujours détesté les décollages. Ma poitrine est très vite oppressée et mon souffle est court. Mes oreilles bourdonnent terriblement et les trépidations autour de moi me donnent l'impression d'être enfermée dans une machine infernale.
Je suis plaquée dans le dossier de mon siège, les doigts crispés sur l'accoudoir. Je préfère garder les yeux fermés et me concentrer sur ma respiration de plus en plus difficile.
Je perçois le mouvement du vaisseau qui quitte le sol et mon cœur semble sur le point d'exploser. Mon souffle est de plus en plus haletant. J'étouffe presque.
Quelque chose ne va pas.
Cette phrase surgit dans mon esprit et ajoute subitement à ma panique. Mais non, tout va bien, c'est juste un de ces putain de décollage comme je les déteste, il faut que j'arrête de psychoter.
Le bruit, la pression, j'ouvre les yeux. Sur l'écran de contrôle, je vois le sol de la planète jaune qui s'éloigne. La ville de Végitasei n'est plus qu'une tête d'épingle quasiment.
De l'air. Il me faut de l'air.
J'ai l'impression d'avoir une pierre de 100 kilos posée sur le ventre. Je prends conscience que j'ai mal.
Je panique. Pourquoi mal ? Je devrais pas avoir mal ! Je scrute mon corps mais je ne suis pas blessée. Tout est bien en place, sanglée dans la ceinture de sécurité. Une onde de douleur remonte mon dos. Qu'est-ce qui se passe ? Il faut que je respire. Quelque chose ne va pas.
Je tourne la tête vers le caisson d'urgence rivé à la paroi, un peu plus loin. Je sais qu'il contient une réserve d'oxygène. Je suis quasiment sortie de l'atmosphère maintenant, naviguant encore dans la brume des derniers nuages.
Je devrais pouvoir atteindre le caisson. Je défais l'attache de mes sangles et je me lève péniblement en me retenant au dossier du siège. Je n'arrive pas à me mettre complètement debout, à cause de la pression et de la douleur.
Dans le cockpit, le bruit et les vibrations se sont légèrement apaisés. J'avance d'un pas, sans lâcher le siège. Un autre pas. Je tends la main vers le caisson. Quelque chose ne va pas.
Quelque chose se déchire en moi et mes jambes me lâchent brusquement. Je m'effondre sur le sol. La douleur dans mon corps est abominable et je me recroqueville instinctivement.
Je me sens terriblement faible. Incroyablement faible. J'arrive tout juste à bouger mes yeux mais mon cerveau réagit trop lentement à ce que je vois. Ma vision se brouille progressivement et je perds conscience avant même de comprendre qu'un filet de sang sillonne paresseusement le sol sous mon regard vide.
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