Holà! Voici le chapitre 31 un peu en retard parce que pas facile à mettre en forme parce que... Ben la fin approche sérieusement et les manœuvres d'atterrissage ne sont pas toujours faciles.
Merci les gentilles reviews surtout les anonymes à qui je peux pas répondre: Alex notamment. Merci beaucoup. Merci tous les encouragements, ça va me manquer quand j'aurais fini.
Enjoy.
Chapitre 31
Je me demande où je suis. Dehors, certainement, je sens une légère brise sur ma joue, je vois de l'herbe sur le sol. Ça me rappelle une plaine herbeuse mais je n'arrive plus à me souvenir précisément ce que ça m'évoque.
Je suis complètement désorientée et je ne sais plus vraiment ce qui m'est arrivé avant que je m'endorme. Est-ce que je dormais d'ailleurs ? Ma mémoire est blanche.
Mes mains sont encore agrippées à un poids que je serre contre moi. Je baisse les yeux avec hésitation pour voir ce que je tiens si désespérément et tout me revient subitement, comme un nœud coulant qui se referme d'un coup sur mon cœur.
Végéta. Il est mort. Le sang de ses blessures est à peine sec, son visage ravagé, ses yeux clos. Je hurle sans même en avoir conscience. Je suis déchirée entre l'envie de le garder contre moi et celle de rejeter ce qui n'est plus maintenant qu'une enveloppe de chair sans vie.
Je ne le lâche pas pourtant. Je m'accroche à lui frénétiquement en laissant aller ma tête contre lui sans cesser de gémir. Je ne sais plus comment exprimer ce désespoir qui me consume de l'intérieur.
- Bulma !
La voix est enjouée et me semble lointaine. Je ne réagis pas.
- Hey ! Bulma !
Je perçois une présence. Quelqu'un se tient à côté de moi mais je ne parviens plus à accorder une quelconque importance à ce qui se passe autour de moi. Mon front reste collé contre la poitrine du cadavre que j'étreins.
Très doucement, je sens le contact d'une main sur mon épaule.
- Bulma ? Qu'est-ce qui se passe ? Végéta ?
Je me redresse comme un automate et je lève les yeux vers celui qui me parle. Je n'arrive même pas à m'étonner de trouver Gokû devant moi. Une seule chose obsède mon esprit.
- Il est mort.
Je regarde à nouveau le visage sans vie, abominablement défiguré. Gokû s'accroupit près de moi et tâte le corps du bout du doigt.
- Merde, siffle-t-il d'une voix désolée.
Je ne prends même pas garde à mon ami, je suis hypnotisée par les traits déformés de Végéta et je me prends encore à espérer que ses yeux vont peut-être s'ouvrir à nouveau. Mais bien sûr il reste inerte et ses paupières closes.
- On peut faire quelque chose pour ça ? demande Gokû.
Je m'aperçois qu'il parle à quelqu'un d'autre derrière nous et je finis par regarder dans sa direction pour comprendre. Un minuscule bonhomme vert avec une robe blanche fixe Végéta avec une mine navrée. Il se tourne vers Gokû et hoche la tête.
Gokû sourit et se relève. Il étend ses bras vers le ciel.
- Voici mon troisième souhait : Ressuscite-le
Avec effroi, je réalise alors seulement à cette minute qu'un monstrueux lézard occupe l'immensité du ciel noir au-dessus de nous. Non, pas vraiment un lézard une sorte de… Dragon. Il luit un peu comme s'il s'agissait d'un hologramme. Une voix caverneuse gronde sourdement de sa gueule.
- Qu'il soit fait selon ta volonté.
Les yeux du dragon géant se mettent à briller un instant, puis le ciel est déchiré d'un éclair aveuglant. L'horizon se dégage aussitôt pour devenir un azur verdâtre et paisible.
Je cligne des yeux avec incrédulité, doutant d'avoir réellement vu ce que je viens de voir. Un mouvement entre mes bras me fait sursauter et j'oublie tout ça aussitôt pour reporter mon attention sur Végéta. A ma plus grande stupéfaction, ses yeux se sont ouverts. Son visage est redevenu normal, comme si tout ce que nous avions vécu sur le Pawa n'était jamais arrivé.
Je manque de souffle et je me contente de l'observer avec ahurissement tandis qu'il se dégage lentement de mes bras pour s'assoir en appui sur une main. Je ne réagis même pas quand Gokû nous étreint tous les deux à la fois, en me coinçant impitoyablement entre Végéta et lui.
- Ça a marché ! Vous revoilà ! On est de nouveau tous ensemble ! s'exclame-t-il comme un môme.
Végéta le repousse durement avec un grognement.
- Kakarott, fous-moi la paix !
Gokû nous lâche avec un rire de soulagement. Je suis incapable de détourner mes yeux de Végéta et je lève instinctivement ma main vers sa joue pour la toucher, pour vérifier que la chair sanguinolente s'est vraiment reconstituée pour nous rendre Végéta tel qu'on l'a toujours connu. Il ne dit rien, préoccupé lui-même à observer ses mains comme s'il peinait à croire qu'il avait réintégré son corps indemne.
- Dende ! Je te présente mon amie Bulma Briefs et Végéta, le prince des saïyens ! annonce Gokû avec excitation.
- Bonjour, murmure timidement le petit bonhomme vert.
Ça me ramène aussitôt à la réalité et, abandonnant mon inspection de l'ex-cadavre à côté de moi, je me tourne vers eux.
- Gokû ? Qu'est-ce qui se passe ici ? On est où d'ailleurs ?
- Bienvenue sur Namek ! s'exclame-t-il en écartant les bras avec entrain.
Je plisse les yeux en contemplant le paysage qui nous entoure. Le ciel est d'un vert pastel et nous nous trouvons sur une plaine plate, semée ça et là de buissons pointus. Je ne vois rien d'autres à l'horizon que quelques collines rocheuses. Aucune habitation, aucune forme de civilisation.
- C'est ici que ma Capsule a atterri quand tu m'as évacué du vaisseau, explique Gokû. J'étais gravement blessé en arrivant, Dendé m'a soigné.
Je regarde le petit bonhomme vert. Il se tripote nerveusement les mains et il rougit. Il se passe vraiment des choses incroyables ici.
- Je n'ai pas réussi à lui rendre la mémoire cependant, ajoute-t-il avec embarras.
- C'est vrai, mais tu m'as sauvé la vie, objecte Gokû en se frottant la tête.
- T'as vraiment réussi à passer au travers de la Horde et des météorites pour échouer ici ? grommèle Végéta avec incrédulité.
- Comme tu vois, répond Gokû cognant sa poitrine de son poing, comme pour l'inviter à vérifier.
Végéta se relève et s'époussète avec dignité bien que sa tenue soit de toute façon complètement ruinée.
- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? C'était quoi ce dragon ? Et Végéta ? Il était…
J'ose à peine finir ma phrase et je lui jette un coup d'œil avant de murmurer « Mort ».
- C'est la magie des Nameks, répond Gokû avec un immense sourire. Il y a sept boules de cristal disséminées sur cette planète et si on arrive à les réunir, on peut invoquer un Dragon qui exauce trois vœux.
- Trois vœux ? Qu'est-ce que c'est que ce conte de fillette ? grogne Végéta.
- Le conte de fillette t'a pas mal sauvé la mise, je la ramènerai pas à ta place.
Il me fusille du regard, froissé de mon commentaire. Il n'a pas idée à quel point ça me fait plaisir de le voir faire ça. A nouveau.
- Je sais, ça a l'air incroyable, mais ça a marché ! jubile Gokû.
- On a mis du temps à chercher et à réunir les boules, précise Dendé.
- Oui, au départ, c'était pour me faire retrouver ma mémoire et quand je me suis souvenu, j'ai demandé au Dragon de vous ramener ici, j'ai eu peur que vous ne vous en sortiez pas avec le Roi à vos trousses.
- On s'est très bien débrouillés sans toi, merci, crache Végéta avec humeur.
- Toi, t'as pas fini si bien que ça.
- C'est vrai, Végéta, tu étais mort quand le Dragon t'a ramené. J'ai utilisé le troisième vœu pour te ressusciter, explique Gokû.
Végéta croise les bras d'un air buté. Je me relève et je pose ma main sur son bras. Personne ne peut lui reprocher d'avoir donné sa vie comme il l'a fait, surtout pas moi. Il n'a pas l'air de se rendre compte, ni même de se souvenir du cauchemar que nous avons vécu.
- Freezer m'a tué, annonce-t-il simplement.
- Freezer ? s'étonne Gokû. Ce n'est pas la Horde ? Ou ton père ?
- Mon père a renoncé à nous poursuivre et nous sommes retournés sur Végitasei après t'avoir perdu. J'étais censé tuer le lézard, c'est ce que ton père avait prévu en tout cas… Et finalement… c'est le lézard qui m'a tué.
J'entends la déception vibrer dans sa voix. Il n'est jamais content, c'est comme s'il n'avait pas conscience du miracle qui vient de se produire et de la façon dont la Providence nous a sauvés de l'enfer. Toujours si égocentrique et fidèle à lui-même. La mort ne l'a pas changé.
- Maintenant que tu as utilisé les trois vœux, comment allez-vous retourner sur votre planète ? demande Dendé à Gokû.
Je me fige en entendant la question. Votre planète. Quelle planète ? Je revois furtivement l'explosion de Végitasei sous mes yeux. Je lance un coup d'œil nerveux à Végéta mais il ne semble pas réagir. Il n'a certainement pas eu le temps de comprendre que j'ai détruit Végitasei sur ordre de Freezer. Ça me noue l'estomac tout d'un coup.
- On va rappeler le dragon, bien sûr, annonce Gokû d'un ton léger.
- Il va falloir rechercher les boules une nouvelle fois, ça va prendre du temps, remarque Dendé.
Gokû se frotte la tête d'un air embarrassé.
- Ouais… Tu crois que les villageois accepteraient de nous offrir l'hospitalité encore un moment ?
Je guette Végéta du coin de l'œil. Végéta n'est pas du genre à demander l'hospitalité. Plutôt du genre à la prendre de force.
- Bien sûr, répond Dendé avec un sourire.
Avant même que Végéta n'ouvre la bouche je saisis fermement son poignet pour lui intimer l'ordre de se taire.
- C'est très aimable à vous. Gokû, Végéta et moi-même vous remercions sincèrement.
Je sens tous les nerfs du Prince se crisper à côté de moi mais il a le bon goût de se taire. Pour une fois. Tandis que Dendé s'éloigne en nous invitant à le suivre, je murmure d'une voix sourde.
- Végéta, on a besoin de leur aide. Essaye de te retenir pour une fois.
Il ne répond pas mais arrache son poignet de mon emprise avec un grognement d'exaspération. A ma grande surprise, au lieu de suivre le petit Namek, il s'envole en trombe dans la direction opposée. Malgré mes appels, il n'a pas un regard pour moi et disparaît rapidement dans le ciel sous nos regards abasourdis.
Je scrute l'horizon clair un moment avec l'espoir qu'il revienne mais il ne reparaît pas.
- Qu'est-ce qui lui arrive ? Où va-t-il ? demande Gokû.
Je soupire et je m'entends répondre à voix basse.
- Je ne sais pas. Je crois qu'il a besoin d'être seul. Tu sais qu'il n'aime pas trop la compagnie.
Gokû se gratte la tête, comme plongé dans une intense réflexion.
- Il n'aura pas de mal à retrouver notre village quand il aura envie de nous rejoindre, ajoute Dendé.
- Laissons-le tranquille, pour l'instant.
Je suis les deux autres. Plutôt, Gokû a la gentillesse de me porter puisque je m'aperçois que je suis le seul être normalement constitué qui ne peut pas voler ici.
Nous finissons par atterrir dans un village étrange peuplé d'êtres tous identiques à Dendé, sauf pour la taille ou la corpulence. Je me sens un peu intimidée par leur aspect étrange mais Gokû et l'accueil chaleureux du petit groupe me rassurent peu à peu.
Gokû a l'air de les connaître et leur explique ma présence à leurs côtés.
- Nous devons aller présenter ton amie au grand chef Sachoro, interrompt finalement Dendé.
- Tu as raison, confirme Gokû. Viens Bulma.
Il m'attrape par le poignet et me guide entre les huttes bizarres des Nameks jusqu'à une petite place où siège un énorme Namek qui a l'air de dormir.
- Grand Chef Sachoro, laisse-moi te présenter mon amie Bulma, lance Gokû sans s'inquiéter de savoir si le Namek l'écoute et l'entend.
Le gros Namek met un peu de temps avant de soulever péniblement ses paupières. Il a l'air vieux et exténué, c'est assez impressionnant. Je me demande si on vérifie de temps à autres qu'il est toujours en vie. Je ne laisse pas mes pensées s'attarder sur ce point de détail, je m'avance et je m'agenouille devant lui.
Il émet un sifflement qui doit être une sorte de rire et soulève une main.
- Ici, on ne fait pas comme ça, relève-toi, articule-t-il laborieusement d'une voix chevrotante.
Je me redresse avec hésitation. Il sourit faiblement.
- Vous êtes des amis, ici, des invités, précise-t-il.
Il se tourne vers Gokû.
- Alors, Paranga t'a rendu ta mémoire ? demande-t-il.
- Et mes amis, ajoute Gokû. Voici Bulma et… Végéta est parti faire un tour. Tu le rencontreras plus tard, je pense.
- Sans aucun doute, murmure le vieux Namek.
Ses yeux mi-clos se baissent sur moi.
- Vous pouvez rester aussi longtemps que vous voudrez mais il me semble qu'il faudrait se dépêcher de trouver un moyen de quitter cette planète, mes amis, siffle le Grand Chef sur un ton énigmatique.
- C'est précisément ce qu'on compte faire, renchérit Gokû, avec ta permission, on va rechercher à nouveau les boules pour demander au Dragon de nous renvoyer chez nous.
- C'est bien, soupire Sachoro.
Il referme les yeux et se tait, immobile, encastré dans son trône. Je me demande un instant s'il vient de rendre l'âme mais les Nameks ne paraissent pas inquiets pour lui.
- Notre Chef est très âgé et fatigué, explique Dendé comme s'il avait lu mes pensées.
- Il sait beaucoup de chose, ajoute Gokû sur le ton de la confidence.
Je regarde à nouveau le gros Namek avec scepticisme.
- Vous pourrez occuper la maison réservée à Gokû, annonce Dendé.
Gokû et lui me montrent la hutte des invités. C'est assez sommaire, on est loin du faste de Végitasei. Mais j'en prends mon parti parce que les Nameks sont incroyablement pacifiques et bienveillants. Je ne sais même pas s'ils sont capables de se mettre en colère. En comparaison de toutes les races que j'ai croisées jusqu'ici, c'est un repos de l'âme. Leur hospitalité conviviale contraste si radicalement avec tout ce que j'ai vécu jusqu'à présent que j'ai l'impression que le sort m'autorise enfin un peu de répit.
C'est vrai que les Nameks sont bizarres par ailleurs. Ils ne mangent pas, se contentant de boire de l'eau, et il n'y a aucune distinction sexuelle chez eux. A mi-chemin entre des plantes et des lézards. J'ai vu pire.
Je m'aperçois aussi qu'ils ne sont pas très nombreux. L'intégralité de la population de la planète tient dans un minuscule village.
Très vite, nous nous organisons pour ratisser la planète à la recherche des boules de cristal. Dendé me confie que c'est un honneur rare que d'être autorisé à invoquer le dragon. Il a l'air impressionné que Sachoro ait accordé sa permission à Gokû pour la seconde fois.
Chaque jour, nous formons des groupes et nous explorons un recoin différent de la planète. Elle est bien plus petite que la Terre mais la tâche me paraît démesurée. Surtout que je ne peux pas voler. Mais finalement, cette quête me permet aussi d'oublier le reste. Du moins dans les premiers temps.
Malgré ce que j'avais pensé, Végéta ne reparaît pas et ne semble pas le moins du monde intéressé par l'idée de nous aider.
Je sais au fond de moi pourquoi il nous a abandonnés comme il l'a fait, pourquoi il a besoin de se retrouver seul : il a été vaincu. En tout cas, c'est comme ça qu'il voit les choses. Freezer et ses lieutenants ont eu raison de lui sans qu'il leur offre une résistance notable. Son sentiment d'échec doit le torturer bien plus encore que tout ce qu'il a subi sur le Pawa.
Et il n'a pas seulement été vaincu. Pire. Il a été sauvé. Par Gokû. Encore une fois.
Je ne peux pas comprendre ce qu'il ressent, et je dois la vérité d'admettre que ça me semble profondément absurde, mais je sais. Je sais comment il fonctionne et je sais l'intensité de sa frustration et de son humiliation. Même sa vie ne lui tient pas plus à cœur que son amour propre.
A mesure que les jours passent, je ne peux m'empêcher de commencer à me demander ce qu'il a l'intention de faire. Quand cette préoccupation devient obsédante, j'essaie de me concentrer sur mon excitation à l'idée de pouvoir bientôt retourner sur Terre. Avec Trunks.
Je m'accroche à cette perspective de rentrer enfin chez moi et de revoir mon fils pour éviter aussi de laisser les souvenirs de mon expérience sur le Pawa me submerger et m'emporter. C'est difficile.
Chaque nuit, je fais encore des rêves blancs. Parfois, c'est une myriade de dalles carrées défilent à l'infini, jusqu'à ce que je ne parvienne plus à les compter. J'entends en fond sonore les hurlements de Végéta et quand j'arrive enfin à détourner mon attention des dalles blanches, je m'aperçois que mes mains sont couvertes de sang. Parfois, je rêve d'une planète qui se consument dans un brasier impitoyable dont les flammes finissent par me brûler vive.
Chaque fois, je me réveille en sursaut, les joues inondées de larmes. Je crois qu'il m'arrive aussi de crier dans mon sommeil car plus d'une fois, en ouvrant les yeux, j'ai trouvé Gokû penché sur moi avec inquiétude. Il me demande si ça va et je ne lui réponds pas.
Je veux rentrer chez moi. Il me semble qu'il n'y a que ça qui me guérira de toute cette horreur qui paraît avoir marqué mon esprit au fer rouge.
Je ne peux m'empêcher de nourrir le faible espoir que Végéta acceptera peut-être de venir avec moi. Il n'a plus de planète où retourner, même s'il ne le sait pas encore, mais je soupçonne que, quoiqu'il arrive, il préfèrera de toute façon se mettre à la poursuite de Freezer. Le reste du monde ne l'intéressera plus tant qu'il n'aura pas assouvi son besoin vital de se venger de l'affront qu'il a subi. Cette ambition me paraît complètement surréaliste mais j'ai conscience qu'il n'y aura rien que je pourrai faire pour l'en détourner.
Un mois. Trois boules. Nous les avons réunies en un temps record. Elles se trouvaient dans des endroits facilement repérables et nous n'avons pas eu de mal à les dénicher. Je suspecte que les prochaines ne seront pas si faciles à trouver.
Ce sont de grosses boules de verre orangé, luisantes, de la taille de petits ballons. Elles émettent une sorte de vibration imperceptible. Je les observe avec curiosité, nichées dans leur écrin, elles me paraissent étrangement familières. J'ai l'impression que j'en ai déjà vu de semblable mais je ne parviens pas à me souvenir où.
- Ça va Bulma ? On va se mettre en route, annonce la voix de Gokû derrière moi.
Je suis hypnotisée par les reflets luminescents des boules et je ne me retourne pas. Est-ce que ça va marcher ? Est-ce que, pour une fois, je vais arriver à mener mon plan à terme ? Rien que pour une fois ? Si c'est le cas, je me demande s'il serait possible d'effacer la mémoire de Végéta. Peut-être est-ce que ça suffirait à lui faire retrouver la paix à lui aussi ?
- Végéta n'est toujours pas rentré.
Gokû s'approche de moi et pose ses mains sur mes épaules.
- Il n'est pas loin, ne t'inquiète pas pour lui, explique-t-il doucement.
- Je sais qu'il n'est pas loin. Il est en colère, n'est-ce pas ?
- Il est toujours en colère pour quelque chose, tu sais… Tu ne veux pas me dire ce qui vous est arrivé ? Qu'est-ce que Freezer vous a fait ?
Je me retourne enfin vers lui pour lui faire face. Il a l'air soucieux, il est rarement comme ça.
- Freezer l'a tué.
Gokû fronce imperceptiblement les sourcils.
- Il n'y a pas que ça, Bulma. L'aura de Végéta est anormalement perturbée et… Tu as tous ces cauchemars tout le temps. Tu crois que je ne vois rien ?
Je cille. Je revois la planète se disloquer en silence. Sa croute craque de toute part et elle se désagrège lentement. Comment ai-je pu laisser le lézard me convaincre de faire ça ? Comment ai-je pu penser un instant me sauver ou sauver Végéta de cette manière ? Comment ai-je pu oublier les paroles de Bardock ? Je m'en veux terriblement d'avoir été aussi faible. Je n'ai même pas pu me résoudre à annoncer la destruction de sa planète à Gokû.
J'essuie mes yeux furtivement avec un soupir.
- Disons que j'aurais préféré que tu trouves ces boules de cristal un peu plus tôt.
Sans que je m'y attende, il m'étreint d'un seul geste et me serre contre lui.
- Je suis désolé, murmure-t-il. Je devais vous aider mais je n'ai pas pu. Ne t'inquiète plus, nous allons trouver ces boules et tu pourras regagner la Terre, tu pourras vivre tranquillement avec Trunks maintenant que le Roi ne nous pourchasse plus.
Je ne peux m'empêcher de sangloter en réalisant qu'en plus d'être trop lâche pour confesser ce que j'ai fait, je fais passer sans vergogne ma culpabilité sur Gokû. Il ne comprend pas pourquoi je pleure et il me berce doucement dans un geste de réconfort.
- J'ai été voir Végéta, chuchote-t-il. Il va à peu près bien. Il ne parle pas, il a préféré qu'on se batte et tu sais, ça c'est signe qu'il va déjà mieux dans le fond.
Je lève les yeux vers lui. Il me sourit.
- Tu veux que je t'emmène le voir ? propose-t-il. Je ne suis pas sûr qu'il sera de bonne humeur mais si tu veux…
Je l'interromps en posant mes doigts sur ses lèvres. Je m'aperçois que je suis terrorisée à l'idée de me retrouver face à Végéta. J'ai l'impression de l'avoir trahi et, même si je rêve secrètement qu'il accepterait de me suivre sur Terre, sa nature implacable m'effraie. Je n'arrive même pas à parler à mon meilleur ami, comment pourrais-je m'ouvrir à Végéta ?
- Contentons-nous de retrouver les autres boules. On s'occupera de Végéta plus tard.
Comme je l'avais redouté, après l'euphorie des trois premières boules, notre entreprise se corse sérieusement. Nous n'avons aucun moyen de localiser ce que nous cherchons et la quête peut durer des semaines, des mois de ratissage laborieux sans résultat. C'est déprimant par moment, mais je refuse de laisser le découragement s'emparer de moi. J'y suis presque.
Six mois. Cinq boules. Les cauchemars s'estompent peu à peu mais ils reviennent régulièrement me hanter. Végéta ne nous a toujours pas rejoints. Il m'est arrivé de l'apercevoir volant dans le ciel, lors de mes escapades. Mon envie de le voir et de lui parler surpasse maintenant la terreur de devoir lui avouer ce que j'ai à lui confesser. Je sais que Gokû et lui s'entrainent régulièrement mais Gokû ne me dit rien. Je me demande si je manque à Végéta mais même si c'est le cas, il serait bien trop fier pour le reconnaître auprès de Gokû.
Les Nameks sont des êtres charmants et intéressants mais quand je suis avec eux, je ne peux me défaire de cette impression de ne pas être à ma place. Je m'aperçois que j'ai perdu mon goût pour la compagnie. Ça fait tellement longtemps que je navigue seule dans un monde brutale que je ne suis pas capable de m'insérer dans un groupe accueillant. Végéta comprend ça. C'est sûrement pour ça qu'il s'isole de cette manière. Il a réussi à déteindre sur moi, cet enfoiré.
J'ai besoin de le voir et c'est maintenant si vif que je finis par demander à Gokû de m'emmener jusqu'à lui. Ça m'arrache les tripes de le faire pour être honnête, et j'avais espéré que le Prince reviendrait de lui-même vers nous, mais il est tellement borné qu'il y a peu d'espoir que ça arrive avant qu'on ait réuni toutes les boules, et j'ignore combien de temps ça peut encore prendre.
Tandis que je m'agrippe aux bras de mon ami et que nous survolons la planète dans le soleil couchant, j'ai subitement envie de reculer. Certainement, j'ai envie de voir Végéta, mais il va bien falloir lui avouer ce que j'ai fait et je n'ai aucune idée de ce que sera sa réaction. J'ai fait exploser son royaume. Exploser son royaume, pulvériser ses sujet, anéanti son trône et toute sa famille.
- Tout va bien Bulma ? me demande Gokû.
Je m'arrache à mes pensées et je lui souris maladroitement.
- Il caille un peu.
- C'est à cause de la nuit qui tombe, mais ne t'inquiète pas, on est bientôt arrivés, assure-t-il.
Si c'était seulement le froid de la nuit qui me faisait frissonner… Je me mordille les lèvres. Après tout, Végéta ne voudra peut-être pas me voir ? Peut-être qu'il se contentera d'aboyer son mécontentement d'être dérangé avec son art très personnel, et alors, nous nous contenterons de rebrousser chemin ? J'en suis presque à l'espérer.
Gokû m'a dit qu'il était redevenu plus sociable ces derniers temps. Tout est toujours relatif bien sûr mais il parle à nouveau. Il n'a rien voulu raconter à Gokû et, malgré son insistance, je n'ai rien dit non plus. Je veux juste trouver les boules du dragon et en finir avec tout ça.
Gokû n'a pas menti, nous arrivons bientôt sur un ilot au milieu d'un lac aux eaux étrangement pourpre. La rive ouvre sur une clairière herbeuse mais le reste de l'île est une colline rocheuse et je repère une grotte qui doit sûrement servir d'abri à Végéta. Il n'est pas en vue. Peut-être qu'il n'est pas là après tout.
- Végéta ! appelle Gokû en se posant.
Je ne quitte pas l'entrée de la grotte des yeux et j'ai un pas de recul instinctif, comme si je m'attendais à en voir sortir un ours. Dans un sens, je ne suis pas loin de ça.
Gokû se tourne vers moi et me sourit de toutes ses dents.
- Il est à l'intérieur, entrons, propose-t-il d'un air assuré.
Je secoue lentement la tête. Je préfère attendre qu'il sorte… S'il en a envie, bien sûr.
Gokû ne me prête pas attention et pénètre dans l'antre d'un pas décidé. Il disparaît et, pendant un instant, je ressens une sorte de malaise, à les attendre toute seule dans la lumière déclinante du soir, dans cet endroit bizarre. Pourtant, sur Namek, les dangers sont rares et j'ai eu le temps d'apprendre à les connaître. Sauf certaines plantes et certains animaux, il n'y a rien à craindre ici.
Mes yeux tombent sur un morceau de viande rôti encore embroché au-dessus d'un reste de foyer. Il y a aussi un empilement de fruit dans un coin et une calebasse pleine d'eau.
- Il arrive, annonce Gokû subitement.
Je sursaute au son de sa voix, je ne l'ai pas entendu revenir. Il ne sourit plus et ça éveille une vague panique en moi. Mais au moins, Végéta ne refuse pas ma présence.
- Je vous laisse… ça ira ? ajoute Gokû.
Pourquoi me pose-t-il la question avec cet air inquiet ? Je me sens de plus en plus affolée mais je hoche stupidement la tête et je le laisse s'envoler. Quand il a disparu, je suis prise d'une terrible envie de le rappeler mais il est trop loin déjà. Je reporte mon attention sur l'entrée de la caverne en me demandant si Végéta va se décider à se pointer.
Ce n'est qu'à cet instant que je réalise qu'il est déjà là, debout dans l'ombre du rocher.
- Tu voulais me voir ? grogne-t-il.
J'ai presque envie de lui répondre que j'ai changé d'avis mais je sais que ça ne sert à rien. Je me rapproche de lui d'un pas timide. Il ne reste presque plus rien de ses vêtements d'origine et Gokû a réussi à convaincre les Nameks de lui tisser quelque chose de pratique pour l'entraînement. Je n'étais même pas au courant de ce petit arrangement et je commence à comprendre que Végéta lui a peut-être demandé de m'en dire le moins possible.
Il a l'air bizarre avec cette tunique blanche typiquement Namek et l'épais foulard indigo qui va avec. Ils lui ont tissé un pantalon aussi mais il a gardé ses bottes. J'ai moi-même été contrainte de passer à la mode locale depuis un moment.
- Je voulais être sûre que tu vas bien.
- Je vais bien. Pourquoi j'irai mal ? Tu vas mal, toi ? maugrée-t-il avec humeur.
- Pas du tout, je… me porte bien. On… cherche les boules du dr..
- Je sais, coupe-t-il sèchement.
Je me raidis à son ton sévère. C'est comme s'il m'en voulait pour quelque chose mais je ne lui ai encore rien dit et j'ai tellement besoin de lui à cette minute, ça me met au désespoir.
Il se dirige vers l'âtre éteint et s'accroupit sans un mot pour rallumer le feu. Je reste debout un instant, incertaine, tandis qu'il me tourne le dos et s'affaire à rallumer les braises.
- Je vais enfin pouvoir tuer ce gros lézard, reprend-t-il soudainement.
Je ne réponds pas et je m'avance enfin jusqu'à lui. Je prends place sur le sol en observant les flammes s'étirer paresseusement. Il faut que je lui dise. Je prends mon élan.
- Et toi, tu vas retourner sur Terre, n'est-ce pas ? ajoute-t-il avant que j'aie pu ouvrir la bouche.
Il s'est tourné vers moi et me fixe durement. Je serre les lèvres et je baisse la tête sans répondre.
- C'est ce qu'on avait convenu, conclut-il d'une voix maussade.
Je me rappelle cette discussion dans le vaisseau quand il a tenté de me convaincre de revenir sur Végitasei. Je n'étais pas au mieux de ma forme à ce moment-là mais je me souviens de son expression fermée quand nous nous sommes quittés. C'est donc pour ça qu'il m'en veut ? Ce qui s'est passé sur le Pawa ne compte pas ? J'enroule mes bras autour de mon corps avec l'espoir de me réchauffer, le regard perdu dans les flammes. Pour ma part, je ne parviens pas à oublier ce que Freezer nous a fait.
- Je rêve de Freezer toutes les nuits. J'entends encore tes cris et les miens… ça ne te fait pas ça ?
Il se fige un instant et détourne les yeux de moi. Il rajoute à nouveau du bois et s'assoit sur le sol.
- Je rêve de Freezer toutes les nuits, moi aussi. Mais moi, ce sont ses cris à lui que j'entends, réplique-t-il.
Je ne peux m'empêcher de lui lancer un coup d'œil incrédule. Est-ce qu'il ment ? Est-il capable d'oublier si sûrement les horreurs qu'il a vécues ? J'en sais rien, c'est un guerrier saïyen après tout, et j'imagine qu'il en a vu d'autres. Il a son éternel sourire narquois.
- Tu es trop faible, ajoute-t-il.
Sans que je m'y attende, un sanglot surgit de ma gorge et je plaque ma main sur ma bouche. Il ne soupçonne pas un instant ce qui s'est passé après qu'on lui ait passé ce bracelet empoisonné. Il ne se doute de rien et ça me désespère parce que ça me fait prendre conscience du choc que je m'apprête à lui asséner. Est-ce qu'il me haïra après ça ? Est-ce qu'il me jugera encore trop faible ?
Il a une moue ennuyée en voyant mes larmes et serre les dents pour réprimer un soupir d'ennui.
- Toujours à pleurnicher… Enfin, Bulma, regarde-moi, je suis là, je suis intact. Finalement le lézard n'a pas réussi à nous atteindre, on est tous les deux vivants et hors de sa portée. On l'a battu au moins sur ce terrain. On lui a échappés et tu le laisses te faire encore du mal avec tes jérémiades. Je te croyais plus forte.
Je renifle avec humeur. J'avais oublié à quel point il sait être réconfortant. Je m'essuie la figure rageusement du revers de la manche. Il va bien falloir lui révéler qu'on ne s'en est pas tiré si bien que ça.
Je pose ma main doucement sur son avant-bras. Il sursaute comme si je l'avais brûlé et se dégage aussitôt.
- Qu'est-ce que tu veux à la fin ? Pourquoi tu es venue en fait ? demande-t-il avec agacement.
- J'avais besoin de te voir…
- Me voir ? Pourquoi t'aurais besoin de me voir ? Si il n'y avait pas eu Freezer sur notre route, tu n'aurais plus aucun moyen de me voir et c'est bien ce que tu voulais, non ? Quand je pense que les prophéties de Bardock n'étaient en plus que de vulgaires conneries.
Ce qu'il me dit me coupe le souffle. Il est en colère, je le sens. Après les épreuves qu'on a traversées, il en est encore là ? A m'en vouloir de lui avoir faussé compagnie ? De lui avoir préféré mon fils et ma planète plutôt que cette vie étouffante avec lui à Végitasei ? Il m'en veut encore d'avoir rejeté les prétendues faveurs qu'il était prêt à me concéder ? Merde… Si ma décision de le quitter l'a contrarié à ce point, j'ose à peine imaginer l'effet que lui fera ce que je m'apprête à lui confesser. Mon estomac est noué et ma voix n'est qu'un murmure quand j'arrive enfin à parler.
- C'était pas des conneries. Bardock n'a pas raconté de conneries.
- Vraiment ? Il avait prédit que je tuerai Freezer et c'est l'inverse qui s'est produit, tu m'expliques ta logique ? crache-t-il avec irritation.
Je suis obligée de déglutir péniblement avant de répondre.
- Il avait aussi eu une vision dans laquelle je détruisais Végitasei. Tu mourrais au moment où la planète explosait… Et… C'est… C'est exactement ce qui est arrivé.
Je vois ses yeux s'agrandir démesurément et il me semble que je vais défaillir en lisant l'horreur et la perplexité sur son visage.
- Quoi ? Tu…
- Freezer m'avait promis de te soigner et de nous libérer.
Il se lève d'un bond et s'écarte de moi. Son geste me transperce. Il me fixe avec un tel effroi que ça me tord.
- Je ne peux pas croire que tu as fait ça, souffle-t-il.
- Tu allais mourir ! Tu étais littéralement en morceaux, Végéta ! Je ne pouvais plus le supporter ! J'ai fait exploser la planète comme il l'exigeait !
A mesure que je parle des souvenirs terrifiants de ses blessures et de son sang sur mes mains surgissent dans mon esprit et me submergent. Ça génère une telle douleur au fin fond de moi que c'est presque une souffrance physique.
- Je suis désolée.
Je suis obligée de me courber en avant pour calmer les spasmes qui vrillent mon abdomen. Les sanglots jaillissent sans préavis de ma bouche et je ne peux plus m'empêcher de pleurer, sans espoir que ça finisse jamais.
Quand je parviens enfin à relever les yeux, il a disparu. Il a dû s'envoler.
Il ne reviendra pas, j'en ai la ferme conviction. Je l'ai perdu plus sûrement que si j'avais désobéi à Freezer et plus sûrement que si Gokû ne nous avait pas ramenés sur Namek. Ce constat ajoute un peu plus à mon désespoir, je me recroqueville sur le sol avec un gémissement. Je contemple le feu en attendant que les larmes tarissent.
Il n'y a plus de retour en arrière. Peut-être que le dragon pourra faire revivre Végitasei mais je ne peux m'empêcher de trouver ça peu probable. Ressusciter une personne, pourquoi pas, mais un peuple entier et sa planète ? Est-ce que ça pourrait être si simple ? Je demanderai au vieux Namek. Peut-être. Mais ça ne change rien, Végéta ne me pardonnera pas. Il ne me pardonnera pas de l'avoir quitté alors qu'il était prêt à se mettre à genoux devant moi, et il me pardonnera encore moins d'avoir cédé si pitoyablement à son pire ennemi. Dans le fond, c'est peut-être mieux comme ça. Ca tue cet espoir débile et tenace qui me fait toujours miroiter que notre relation peut finir autrement.
Je crois que je m'endors parce que quand j'ouvre enfin les yeux, la nuit est noire et épaisse. Le feu flambe toujours près de moi et quelqu'un a posé une couverture épaisse sur mon corps transi. Je me redresse d'un seul geste, affolée de me retrouver seule dans cet endroit inconnu.
Mais je ne suis pas seule. Il est là, assis près des flammes, le regard dans le vide. Ses yeux se tournent vers moi. Il a toujours cette expression accusatrice qui me blesse.
- Tu m'en veux ?
La question me paraît stupide. Si quelqu'un faisait exploser la Terre, j'ai une idée assez précise de l'effet que ça me ferait. Il ne répond pas et remue les braises distraitement avec un bâton.
- Tu es trop faible pour faire le poids face à Freezer, marmonne-t-il. J'aurais dû être plus fort. Je vais le devenir… Je sais que je vais le devenir…
Il a chuchoté sa dernière phrase comme une incantation malsaine. Après une hésitation, je me rapproche de lui lentement. Je m'attends à ce qu'il s'écarte mais il ne bouge pas. Il se contente de répéter sa phrase à voix basse en fixant le feu. Il a l'air d'un fou. Il est blessé, je sais qu'il est à vif à l'intérieur.
Je passe mon bras autour de son cou et je l'attire doucement contre moi. Il ne résiste pas.
- Peut-être que les boules du dragon pourraient ramener Végitasei et ses habitants à la vie ?
En entendant mes paroles, il arrête son murmure inquiétant et plante ses yeux noirs dans les miens.
- Quoiqu'il arrive, il devra payer tout ça au centuple, rétorque-t-il.
Je pose mes lèvres sur sa tempe et je chuchote.
- Il paiera. Bardock l'a vu, ça aussi, souviens-toi.
Et comme si ces mots avaient un effet magique, il m'étreint subitement et m'allonge sur le sol en pressant ses lèvres sur les miennes.
C'est une renaissance de le retrouver et je m'aperçois que j'avais besoin de ça pour exorciser ma culpabilité et mes peurs. Sentir son corps contre le mien, c'est la garantie que le vie continue, qu'il est bien toujours vivant et que tout peut continuer. Je crois que le plaisir qu'il me procure est à la hauteur de la terreur que j'ai ressentie, comme deux sentiments qui se contrebalancent.
Je m'aperçois que tous ces mois depuis mon arrivée sur Namek n'ont pas réussi à apaiser mes angoisses. Elles étaient anesthésiées mais toujours à l'affût, et elles revenaient me hanter avec toujours plus de force, dès que je sombrais dans le sommeil.
A l'avidité de ses gestes, je devine qu'il a lui-même souffert bien plus profondément qu'il ne veut bien l'admettre. Il a besoin de l'oubli un instant. Et nous oublions ensemble.
C'est la voix de Gokû qui me réveille au matin. Le soleil se lève tout juste et Végéta et moi sommes toujours enroulés dans les épaisses couvertures Namek sur le sol de la clairière.
- J'ai pensé que vous auriez faim, annonce Gokû avec entrain en déposant un énorme poisson fraichement pêché devant nous.
Je cligne des yeux péniblement. Qu'est-ce qui lui prend de faire le groom service à cette heure ? J'adore mon ami mais il est si décalé des fois.
- Bordel, Gokû… Je crois pas qu'on t'ait sonné !
- C'est vrai Kakarott, grogne la voix de Végéta depuis le fin fond des couvertures, on t'a rien demandé ! Fous-nous la paix !
Gokû ne désarme pas, il commence à rallumer le feu en soufflant sur les cendres. Je m'assois en extrayant mes bras de la chaleur du couchage et je me gratte la tête avec perplexité. Le sol est dur mais je n'ai pas aussi bien dormi depuis des mois. L'irruption de Gokû me contrarie, j'ai envie de me rendormir. Végéta de son côté ne s'est même pas décidé à lever la tête.
- Gokû… Qu'est-ce que tu fais, là ?
- Il faut que vous veniez avec moi. Sachoro veut nous voir. Tous. Les Nameks et nous trois, explique-t-il sans cesser d'alimenter les braises.
- Sachoro ? Le vieux Namek ? Il est pas encore mort, celui-là ?
- Bulma ! gronde Gokû, Sachoro est très vieux mais il est très savant, il dit que c'est grave.
Je regarde Végéta. Il est encore emmitouflé jusqu'aux yeux sous la couverture.
- Savant ou pas, c'est sans moi. Ces bonshommes verts ne m'intéressent pas, grogne-t-il.
Gokû embroche le poisson d'un geste sec et le met à cuire. Je l'observe et je m'aperçois que j'ai faim. Ça me réveille tout à fait. J'ai froid aussi. Gokû s'installe confortablement devant l'âtre sans quitter le poisson des yeux. Il a l'air satisfait.
- Tu vas venir Végéta, annonce-t-il avec assurance.
- Va mourir, marmonne le prince saïyen qui n'a toujours pas bougé.
- Si. Tu vas venir parce que Sachoro a un don très particulier qui t'intéressera suffisamment pour lui consacrer cinq minutes. Un don qu'il est prêt à mettre à ton service parce qu'il a dit que les circonstances l'exigeaient.
Cette fois-ci, Végéta surgit des couvertures, manquant de me découvrir complètement dans le mouvement.
- Kakarott, tu me fais chier ! Je vois difficilement ce que ton vieux légume a d'intéressant à me proposer ! J'ai été bien gentil de ne tuer personne jusqu'ici mais il ne s'agirait pas de me chercher, hein ?
Gokû ne se laisse pas déstabiliser et lui sourit avec un air intriguant.
- Sachoro est capable de révéler l'intégralité de ton potentiel de combat, répond-t-il tranquillement.
Végéta fronce les sourcils avec incompréhension.
- Tu comprends ce que ça veut dire ? Il peut débloquer en toi un niveau équivalent à des années d'entraînement. Ça ne t'intéresse pas ? insiste Gokû.
- Connerie, siffle Végéta.
- Connerie ? Je te rappelle que tu es revenu d'entre les morts grâce à la magie Namek, c'était de la connerie, ça ? souligne Gokû malicieusement.
Végéta serre les dents mais ne trouve rien à répondre. Après un instant d'hésitation, il se lève d'un seul mouvement et entreprend de s'habiller sans un mot. Gokû le regarde avec perplexité puis ses yeux se tournent vers moi, comme pour me prendre à témoin.
- Bulma… Il est tout nu. Il a dormi tout nu… Avec toi ? bafouille-t-il avec indécision en le pointant du doigt.
Je me plaque la main sur le front dans un geste de désespoir.
- Quel abruti tu fais, Gokû!
Et tandis que mon ami réfléchit encore à la situation qui ne lui paraît toujours pas lumineusement évidente, je reporte mon attention sur Végéta, sur l'étincelle qui s'est allumée dans ses yeux et je me demande si la décision de Sachoro de lui faire bénéficier de son don est la plus sage. Et je me demande aussi pour quelle raison Sachoro juge utile de prendre le risque d'ouvrir la boite de Pandore en révélant une puissance qui n'a rien de bienveillante et serait capable de ravager sa planète. Car je suis sûre que Sachoro n'ignore pas que Végéta serait capable de ça. Qu'y a-t-il de plus dangereux que le Prince des Saïyens disposant du maximum de ses pouvoirs, sans limite et sans entrave ?
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