Ceci n'est pas un Drabble, mais pas non plus One-Shot. Alors le voici ici. Les réponses viendront, promis.

Pas envie de parler, et pas besoin, alors voilà, bonne lecture, et merci !


Bonne Route

Vous m'avez toujours sauvé. Bien plus que ces deux fois là, vous m'êtes venues en aide tant de fois que je ne saurais les compter. Elles sont trop nombreuses, trop importantes pour pouvoir être simplement comptabilisées. Elles sont miraculeuses et inattendues tant elles ont su me relever, chaque fois toujours plus fort, jusqu'à oublier la douleur et venir à bout de l'obstacle qui se dressait entre nous et la vie. Parce que ce n'est pas simplement ma vie qui était en jeu. C'était la votre, aux travers de la mienne. C'est bien pour cette raison que je chérie autant la vie que vous m'avez offerte. Je ne vis plus uniquement pour moi, mais bien pour vous deux. Le lien qui nous unit est plus fort encore que les liens du sang. C'est un lien de vie, un lien unique en son genre, tellement puissant et lumineux qu'il m'est presque douloureux de vouloir le toucher. J'aurais peur de le rompre, de me brûler avec lui. Il symbolise vos vies, après tout. C'est votre tristesse et votre détresse que je ressens avec lui, et que j'aimerai le plus au monde soigner. Parce que vous ne méritiez pas de finir de cette façon. C'est de la rancune aussi, en lui, que je perçois parfois. Parce que la vie ne vous a pas épargné, bien au contraire. Elle n'a fait qu'être toujours plus dur envers vous, se contentant de distiller toujours plus de douleur, même lorsque la situation aurait pu devenir souriante et joyeuse. Il a toujours fallu que la haine se mette en travers de notre chemin. Et la mort... Plus forte que tout, elle était l'obstacle qui détruisait nos vies plus sûrement qu'elle n'aurait jamais pu les combler. Elle a d'abord feint d'emporter une enfant, si jeune que l'injustice de sa mort se reflétait dans les larmes de sa mère, éclat d'étoile infini qui n'aurait jamais du échouer sur Terre. Jamais. Puis elle s'est manifestée chez une mère qui ne pleurait plus que des larmes de sang, vengeresse, prenant sa vie pour celle de l'enfant qu'elle n'avais pu avoir. Enfin, elle attendait patiemment son heure, enserrant de ses griffes l'enfant, se préparant pour le moment qu'elle attendait depuis des années. Oui, la mort était le pire des obstacle qui nous avait toujours barré la route. Ce n'était pas Déliora, et encore moins Grimoire Heart, ni même les Dragons. C'était la mort, subtile et dévastatrice.

Vous m'avez toujours sauvé. La mère et la fille, unit par le même destin, et moi, au milieu de tout ça, incapable de ne rien faire, tout juste foutu de comprendre la trame de l'histoire. Les fils qui la tissent m'ont toujours glissés entre les doigts, et je n'ai jamais été capable de les rattraper, et de correctement les ajuster. En bref, je n'ai jamais rien compris à ma propre vie. Clairement.

Tu t'es moquée de moi, Ul, la première fois. Tu avais bien raison. J'étais naïf. Et je le suis encore. Toujours. C'est toi qui aurait dû vivre. Tu le méritais plus que moi. Après la vie de peine que tu as eu, j'aurais au moins pu sacrifier ma vie pour la tienne. Parce que j'en étais la raison, au fond. Tu ne me l'as dit qu'une fois, une seule et unique fois. Et pourtant ces mots ont été gravés en lettre de feu dans mon esprit. Je m'en veux tellement. Excuse-moi, pour toute la souffrance que je t'ai causé. Tu aurais mérité tellement mieux. Et maintenant je te vois, arpentant doucement ton propre chemin, courbée par le temps qui vient à te manquer. Pourrais-je jamais le rattraper ? Je l'aimerai tant. Mais pour l'instant je ne peux pas. Je ne peux que t'observer avancer paisiblement sur ce chemin cahoteux. On dirait presque que tu es en paix. Tu es devenue plus belle, plus lumineuse. Te regarder me donne les larmes aux yeux, et me serrent le cœur. C'est douloureux de voir tant de beauté. Alors excuse-moi si je ferme les yeux, les détourne, et regarde les rayons de lumière qui percent aux travers des nuages. On dirait de l'eau.

Rejoindras-tu l'océan ? Je me souviens encore de ton regard, piégé dans la glace. J'ai su que Ul... Que ta mère te parlais. C'était une évidence. L'océan la portait, et à son tour, elle te portait, comme la mère qu'elle était t'avait porté au tout début de ta vie. C'était comme un cycle sans fin, un recommencement éternelle. Mais ce jour là tu n'as pas trouvé la paix, trop rongée par les remords que tu étais. Alors aujourd'hui sous cette eau qui semble directement descendre des cieux, j'espère que tu as lavé ta colère et oublié ce douloureux passé qui est le tien. J'espère que tu avanceras, marchant d'un pas plus léger, ignorant l'irrégularité de la route qui se dresse devant toi.

« Merci pour cette minute. Merci. »