Aaron ferma soigneusement la porte derrière moi et me demanda si je voulais boire quelque chose. J'optai pour un café et il disparut rapidement dans la cuisine.
La décoration était décidément très accueillante. Il y avait abondance de couleurs chaudes, de meubles en vieux bois, de magnifiques natures mortes…Je décidai d'aller attendre Aaron dans sa chambre.
Je poussai doucement la porte, qui, je l'avais expérimenté plusieurs fois à mes dépens, grinçait affreusement, et jetai un coup d'œil à l'intérieur pour découvrir un grand bazar. La pièce n'avait visiblement pas été rangée depuis plusieurs semaines ! Une vraie chambre de gars… Des tas de vêtements jonchaient le sol, recouvrant affaires de cours et diverses autres choses, et je m'abandonnai, un air consterné sur le visage à la contemplation du chaos.
Perdue dans mes pensées, je n'avais pas entendu la porte de la chambre s'ouvrir et je sursautai lorsqu'elle claqua violemment. Je fis volte-face et me retrouvai nez-à-nez avec Aaron, deux tasses fumantes dans les mains, qui me détaillait d'une façon étrangement perplexe, le front plissé. Je baissai mes yeux. Il sembla se reprendre et alla déposer les boissons sur le bureau, avant de se retourner vers moi.
- J'ai quelque chose à te montrer, dit-il, brisant un silence pesant.
J'acquiescai silencieusement, franchement curieuse.
Il se dirigea lentement - atrocement lentement, à croire qu'il le faisait exprès - vers la penderie. Il posa la main sur la poignée, et après une brève hésitation tourna la tête dans ma direction, un petit sourire flottant sur ses lèvres.
Tu peux te retourner, s'il te plaît ?
Je haussai un sourcil, mais m'exécutai tout de même. Mais qu'est-ce qu'il me préparait encore ?! J'attendis patiemment une minute avant de demander :
- C'est finiii ?
- Oui, tu peux regarder !
Je me retournai, impatiente, et ma bouche forma un O parfait lorsque mon regard se posa sur le lit. Un robe !!! Il m'avait acheté une robe de soirée ! Le vêtement, rouge carmin, reposait à plat sur le couvre-lit, d'une élégance étrangement déplacée au milieu de cette pièce, semblant n'attendre que moi.
- Aaron !!! criai-je d'une voix particulièrement suraiguë, naturelle cette fois.
Il
se tenait assis sur le rebord du lit, affichant un sourire éclatant,
et je courus lui sauter dans les bras. Je me retrouvai à
califourchon sur ses genoux, la mine radieuse, à quelques
centimètres de son visage. Et soudain, il se pencha et
m'embrassa. C'était un baiser violent et emporté
auquel je ne pus que répondre, une fois la surprise passée.
Pur réflexe… La seule fois où il m'avait embrassée
ainsi avait été il y a deux ans lors d'un stupide
pari au milieu d'une fête. Mais aujourd'hui, c'était
cent fois plus…passionné. Et je dus bien m'avouer que cela
me plaisait. Ses mains se mirent à caresser mon dos,
attirant
nos deux corps un peu plus l'un vers l'autre. Des mèches
de ses cheveux bruns venaient de temps en temps me chatouiller la
peau. Et petit à petit, son baiser se transforma. Il devint
plus doux, plus tendre, et Aaron s'écarta finalement, les
lèvres légèrement entrouvertes.
Quant à moi, j'étais maintenant complètement essoufflée et déboussolée. Qu'est-ce qui m'avait prit de lui répondre ainsi... ? Je ne pouvais décemment pas prétendre que je n'avais pas aimé, comme en attestaient les battements redoublés de mon cœur qui tardaient à se calmer, mais j'avais la désagréable impression d'être en faute.
- Essaye-la, me murmura-t-il doucement, n'arrangeant en rien mes palpitations.
Je me relevai, un peu chancelante, et m'avançai vers la robe. Elle était vraiment magnifique, le tissu était fluide et glissait entre mes doigts. Je me déshabillai, vaguement plus gênée que d'habitude et l'enfilai rapidement. Je retins un cri en constatant qu'elle m'allait parfaitement. Elle épousait toutes les courbes de mon corps, comme si elle avait été faite sur mesure, et je me tournai vers Aaron, rayonnante, lui adressant un sourire éblouissant.
Je remarquai une sorte d'éclat dans ses yeux, le même que ce jour-là à l'hôpital alors que je lui demandais s'il serait toujours là. Balayant mes interrogations, je commençai à défiler comme une mannequin, me trémoussant ridiculement et minaudant. Il éclata de rire, j'eus l'impression apaisante d'avoir retrouvé « mon » Aaron…
- Et toi que vas-tu porter ? Lui demandai-je, en redevenant un temps soit peu sérieuse.
Il ne répondit, pas se contentant de rouvrir la porte de sa penderie. Il en sortit un magnifique costume d'un noir d'encre, assortit d'une cravate d'une couleur identique à ma robe. J'étais émerveillée, je ne savais même pas que d'aussi beaux vêtements pouvaient exister ailleurs que dans les films ! Néanmoins, une question me brûlait les lèvres, question qu'il eut l'air d'anticiper puisqu'il lâcha :
- Mon frère travaille dans le magasin où je les ai acheté, il m'a fait un prix !
Il me lança un clin d'œil alors que je rougissais puis s'approcha de moi et posa une main sur ma taille faisant garde à ne pas froisser ma robe.
- Je te jure que tu seras la plus belle demain soir…
Je souris doucement et me pressai contre lui, heureuse comme jamais, passant une main dans ses cheveux. L'instant était parfait. Ou du moins presque parfait. Je ressentais au fond de moi une sensation de vide, une impression diffuse de manque, et je ne savais même pas de quoi !
Je refoulai cette émotion, sentant Aaron devenir plus pressant contre moi. Il m'embrassa à la commissure des lèvres puis descendit son visage dans mon cou. Encore une fois j'aurais du l'en empêcher, mais j'appréciais trop les sensations qu'il me procurait pour le repousser. Sa main libre tâcha de faire doucement coulisser la fermeture éclair de ma robe et je rejetai ma tête en arrière. Sa main passa sur mon dos nu, me faisant frissonner.
Un
courant électrique me traversa soudain, et je reculai de
stupéfaction. Une colère sourde retentit dans la
chambre puis dans toute la maison, et les murs vibrèrent sous
je ne sais quelle pression.
Je
regardai Aaron, il avait l'air aussi surpris que moi. Les lumières
de la pièce faiblir avant de s'éteindre complètement.
Jetant un coup d'œil à travers la fenêtre, je
remarquai que la panne était étendue à tout le
quartier. Je recherchai la main d'Aaron dans le noir et l'ayant
trouvé, la serrai un peu plus fort que ce qu'il aurait
fallu.
Un cri effroyable se répercuta alors sur tous les murs de la maison. On aurait dit une sorte de grondement amplifié, mélange de rage et de frustration. Aaron essaya de me rassurer (sans grand succès) tout en desserrant mes doigts crispés de sa main. Il me demanda de l'attendre sans bouger, pendant qu'il allait voir, je cite « Ce qu'était ce bordel » et s'arma d'un ridicule manche à balais.
Il
ferma bien la porte derrière moi et je me retrouvai seule.
Ma
respiration était saccadée et j'avais l'impression
que l'on pouvait l'entendre à deux kilomètres.
Essayant de me calmer, je pratiquai la sophrologie et fermai les
yeux.
Un courant d'air glacé parcourut la chambre et je sursautai violemment : la fenêtre était grande ouverte. D'un pas hésitant, je me levai pour aller la fermer. Derrière la vitre, la rue était toujours plongée dans la pénombre. Des voisins discutaient avec animation, certainement des services défaillants d'EDF. Poussant un bref soupir et souhaitant qu'Aaron revienne vite, je me détournai.
Mon regard croisa des yeux d'un rouge de sang,
mon cœur partit au quart de tour. Quelqu'un ou quelque chose se trouvait avec moi dans cette pièce. Au moment où cette constatation franchissait mon cerveau, je compris l'horreur de la situation et poussai un long hurlement de terreur. Je me reculai contre le mur le plus proche sans lâcher la « chose » des yeux lorsque que j'entendis Aaron ouvrir brusquement la porte d'un coup de pied. Il tenant dans sa main une vieille bougie et la lumière tremblotante révéla les contours d'un jeune homme tapis dans la pièce, malheureusement je n'arrivais à voir son visage. Aaron me dépassa et se jeta sur l'homme aux yeux de braise avec un cri de détermination. Il me sembla qu'ils étaient en train de se battre, mais mes pauvres yeux ne distinguaient presque rien et la peur rendait ma vue floue. Je ne voulais pas qu'il arrive quoi que ce soit à Aaron…par pitié…
Quelques secondes plus tard j'entendis dans le coin de la pièce un bruit mat, comme un coup étouffé, puis un silence inquiétant. Luttant pour ne pas céder à la panique, je me dirigeai vers la porte sans un bruit et l'entrebâillai dans l'espoir de trouver de l'aide. Une main m'attrapa et me retourna en claquant la porte. Je me préparai à crier pour la deuxième fois en une soirée quand je sentis sur mes lèvres une main glacée. Instinctivement mon cœur cogna plus fort dans ma poitrine, mais pas de peur…
Ecarquillant les yeux, j'essayai d'apercevoir le visage de mon agresseur sans succès. Il pencha alors vers moi son visage tout en semblant fournir un effort exceptionnel pour ne pas se jeter sur moi. Il murmura à mon oreille avant de disparaître dans la nuit, ces quelques mots :
- Ne refais JAMAIS ça, sache que j'aurais pu le tuer !
Je ne compris rien à ce qu'il essayait de me dire et épuisée tombai dans les vapes.
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Je me réveillai doucement quelques instants plus tard, je pense. Il fallait vraiment que je me débarrasse de cette manie ridicule de tomber dans les pommes à la première occasion. Ca allait me jouer des tours un de ces jours...
J'étais allongée sur les couvertures du lit d'Aaron, ce dernier couché à mes côtés, me contemplant outrageusement. Je tournai la tête avec un sourire, les yeux plissés par le soleil qui déversait son flot de rayons par l'immense fenêtre de la chambre, pour le dévisager et dis d'un ton ironique.
- Tu m'éblouis...
Il s'esclaffa silencieusement, puis reprit son sérieux en même temps que sa contemplation. J'étais plus gênée que flattée et pour échapper à cet examen, me levai prestement. Je me mis à faire les cent pas dans la pièce, pensive. La scène qui s'était déroulée avait été terrifiante et très éprouvante pour mes nerfs sensibles. Incompréhensible, aussi. Un millier de questions tourbillonnaient sans cesse dans ma tête douloureuse et je ne trouvai de réponse à aucune d'entre elles, mise à part une. Oui, j'avais frôlé la mort, et de très près. Mais ça ne m'avançait pas beaucoup plus...
Mettant de côté ces funestes préoccupations pour un moment, je m'approchai de Aaron, étalé de tout son long sur le matelas, qui me fixait, hélas, toujours. Je me mis à tâter son visage, cherchant une éventuelle blessure, et trouvai à plusieurs reprises l'ombre d'une égratignure sur sa peau mate, ainsi qu'une légère bosse sur le sommet de son crâne. Je fronçai les sourcils, inquiète, et je vis un sourire de bienheureux se former sur ses lèvres. Le coup sur sa tête avait peut-être été trop violent...
Tu trouves quelque chose qui donne matière à sourire ? lui demandai-je, irritée.
- Oh non, rien du tout, répondit-il sans se départir de son sourire béat.
Je me radoucis.
Alors, quoi ?
- C'est juste que...tu t'inquiètes pour moi.
Je soupirai lourdement et levai les yeux au ciel, alors qu'il lâchait un petit rire. Non mais vraiment ! Il venait de se faire agresser par...un homme, où quelque chose qui y ressemblait, et tout ce dont il se préoccupait était de savoir si je me souciais de lui.
Je ne vis pas Aaron s'approcher lentement de mon visage, et sursautai légèrement lorsque ses èvres entrèrent en contact avec les miennes, tendrement, juste un effleurement. Il s'écarta un peu pour guetter ma réaction, et je fermai calmement mes paupières, geste qu'il interpréta comme un assentiment. Il prit alors mes lèvres avec plus de fougue, introduisant doucement sa langue dans ma bouche. Un gémissement m'échappa alors que ses doigts entreprirent de caresser mes hanches, passant progressivement sur ma taille et dans mon dos. Je fus secouée d'un frisson, et la phrase de l'homme inconnu me revint soudain en mémoire. Cette phrase que je n'avais alors pas comprise prit tout à coup tout son sens. Ne pas recommencer...recommencer...Aaron !
Je m'écartai brusquement de mon ami, sautai sur mes pieds et, attrapant au passage mes affaires, sortit presque en courant de l'appartement. J'entendais Aaron qui me criait de revenir, mais je n'en tins pas compte. C'était à cause de moi qu'il avait été agressé...blessé...il pouvait souffrir par ma faute. Et ça, je ne pouvais le supporter.
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Enfin ! Eh oui...nous sommes désolées pour cette longue attente, et nous vous promettons ( sisi) de ne jamais recommencer…pas tout de suite en tout cas.
Merci pour toutes vos reviews, elles nous font énormément plaisir, et nous espérons que cette suite est à la hauteur de vos attentes !
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