Je me détachai promptement de lui et scrutai des yeux l'endroit d'où l'on m'avait appelé. Gabriel avait un air très contrarié plaqué sur son visage, ce qui ne le rendait que plus beau à mes yeux. Il se tourna vers moi et fit glisser une main sur mon visage. Son contact glacé me fit frissonner et je fermai doucement les paupières. Un vague courant d'air m'effleura les lèvres et surprise, je rouvris les yeux. J'étais de nouveaux seule. Me reprenant rapidement, je me précipitai vers les autres jardins, les fouillant des yeux. Finalement j'arrivai devant l'un d'eux et aperçu une sombre silhouette au sol. Tremblante je m'approchai.
Aaron le visage tuméfié tentait vainement d'ouvrir les yeux. Je m'accroupis à ses côtés, mouillant par la même occasion ma robe de soie pourpre dans la rosée qui avait déjà commencer à se déposer. Les paroles de la femme me revinrent soudain en mémoire, j'avais été si inconsciente ! Dès que je l'avais reconnu j'aurais du prendre la fuite si seulement son absence ne m'était pas aussi insupportable !
Dans un brouillard opaque je vis des ambulanciers arriver avec un brancard et installer précautionneusement Aaron dessus. Ils le dirigèrent vers l'ambulance et le firent monter à l'intérieur, tremblante je m'installais sur un des sièges brinquebalant et me pris la tête entre les mains totalement dépassée.
Je grelottais affreusement fort et mes lèvres étaient secouées de spasmes. Un des médecins s'en rendit compte et me proposa des calmants, je refusai tout net, refusant d'ingurgiter quelques drogues que se fut. Au bout d'un moment au bord de la crise de nerf, je ravalai ma paranoïa et changeai d'avis.
Les calmants agirent presque simultanément, et je tombais dans une somnolence entre-coupée de prise de conscience. Arrivé à l'hôpital, je me laissai tomber sur un siège et n'en bougeai plus. Une ou deux heures défilèrent avant que je ne me rende compte, que je devai prévenir sa famille. J'attrapai mon téléphone portable et tapai les numéros automatiquement. Une vois masculine me répondit au bout de trois sonneries :
- Oui allô !
-B..bonjour,
c'est Alix…
-Alix ! Justement on se demandait à la
maison où était passé Aaron, il est avec toi
?
Je sentis les larmes me monter aux yeux et je respirai de plus en plus difficilement.
-Je…Aaron à eu un accident, il faudrait que vous veniez à l'hopital…
Il y eut un silence au bout du fil, jusqu'à ce que le frère d'Aaron reprenne la parole avec (me semblait-il) beaucoup de difficulté.
-Ou es-tu ?
-Clinique Jeanne d'Arc…
-On
arrive.
Et il raccrocha. Attendant leur arrivé et les médicaments s'étant dissipés, je me traînai dans les couloirs, le pas lourd et les yeux éteint, une infirmière me demanda même si sa allait et si je voulais de son aide pour retourner dans ma chambre.
La porte à battant, laissa enfin place à la famille Caleb au complet. Mme Caleb la caricature parfaite de la petite bourgeoise, talon haut, jupe et chemisier plissé accompagné d'un collier de perle, malgré l'antipathie immédiate que j'avais ressentie lors de notre première rencontre, en ce moment même son air paniqué et effondré me fit ressentire de la compassion. M Caleb, un large homme trapu, arborant une moustache bien droite et possédant malheureusement pour lui une belle calvitie n'en menait pas plus large que sa femme.
Enfin Tom, le frère aîné d'Aaron, je ne savais pas trop quoi penser de lui, je ne lui avais jamais vraiment parlé et nos relations s'étaient limitées au stricte « Bonjour, bonsoir. »
Ce dernier vint directement dans ma direction, il m'attrapa par les épaules et me demanda ce qui c'était passé. Je lui répondis qu'il y avait certainement eu une bagarre pendant la fête à laquelle nous avions été comblés et que Aaron avait certainement du être de parti. Je lui précisai que je ne savais vraiment rien d'autre et que je l'avais trouvé comme sa. Je me sentais très coupable mais je n'aurais vraiment pas pu leur dire que je soupçonnai que c'était une femme, que je n'avais vu que deux fois, qui avait agressé Aaron dans l'espoir d'arrêter de me voir fricoter avec un certain « Gabriel » qui était lui aussi, comme par hasard présent à la fête…et me reprenant la tête entre les mains je repensai à ce qu'il m'avait dit en début de soirée « J'ai tellement de personnes à saluer… », serrant les dents je me demandai comment j'avais pu être aussi idiote, il était très certainement l'investigateur de la fête de ce soir. Après les évènements qui s'était déroulés chez lui nous serions sans doute à même de nous revoir…
J'évacuai toutes ses pensées d'un geste de la main. Aaron était peut être entre la vie et la mort et rien, rien au monde n'était plus important en cet instant que lui.
Mon dieu si vous exister.
Je vous en prie sauver-le.
Je vous en supplie.
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Trois heures étaient passées depuis l'arrivée de la famille d'Aaron. J'avais parlé avec son frère, pendant un moment, découvrant un homme charmant, mais le spectre de la soirée rôdait toujours autour de nous, assombrissant nos conversations.
J'étais alors affalée sur le siège qui m'était devenu très familier ces dernières heures, la tête reposée contre le mur blanc immaculé. Je dirigeai mon regard vers la droite et notai avec amertume la position identique qu'avait adoptée Tom. Je fermai les yeux et laissai resonnait le bip régulier des appareils dans mon crâne endolori.
Soudain je sentis une main tapoter sur mon épaule et me levai d'un bond. Un homme en blouse blanche était en train de parler à la mère de Aaron. Et lorsque je vis son visage se décomposer, toute lueur d'espoir disparut. Effarée, j'assistai à l'effondrement de la femme dans les bras de son mari, ses sanglots étranglés, les murmures qui se voulaient reconfortants de l'époux…
Tom se tourna vers moi et plongea son regard dans le mien. Je voyais les larmes dans ses yeux qu'il tentait de retenir et sentit les miennes commençer à couler. Il se rapprocha et me murmura le mot « coma » à l'oreille, avant de me serrer dans ses bras.
Il
était dans le coma.
Aaron, mon Aaron, sur un lit blanc,
endormi…profondément endormi. J'avais beau savoir au fond
de moi que ça aurait pu être plus grave, je ne pouvais
empêcher mon corps de trembler violemment dans les bras de Tom.
Un autre medecin vint nous informer des détails, de l'heure où nous pourrions le voir et de l'estimation du moment de son reveil. Il dit que cette sorte de coma pouvait durer de quelques jours à quelques mois. Quelques mois… A ces mots, le frère d'Aaron me prit la main et la pressa doucement.
Je n'avais plus rien à faire içi. J'informai la famille Caleb que je rentrais chez moi et sortis de l'hôpital avant de me diriger à pas lents vers ma maison, la tête vide. J'avais décidé que mieux valait ne rien penser que de me torturer l'esprit avec ma culpabilité chronique.
Arrivée chez moi, je me rendis compte qu'il était bien 7h du matin et que mes parents étaient partis travailler. « Comme toujours …» Il me vint soudain à l'esprit qu'il y avait cours et que je devais me préparer, ce que je fis. Puis je m'arrêtai. Mais nous étions en vacances… et bizarrement ça ne me fesait rien. Pas de peine, mais pas de joie non plus. J'étais dans un état comateux, moi aussi.
J'entrai dans ma chambre et me posai lourdement sur ma vieille chaise de bureau grinçante, pris un bout de papier et commençai à écrire. Je remplis une feuille entière de mots alignés, formant des phrases sans aucun sens, puis une autre. Ce petit manège dura bien une heure. Un petit paquet d'une dizaine de feuilles reposai sur mon bureau. Je stoppai ma rédaction et considérai le tas d'un œil morne. Et d'un rapide mouvement, je saisis les bouts de papiers et les froissai avant de les jeter dans un coin de ma chambre. Je n'étais pas en colère, ni consternée, et même la douleur ne parvenait pas à percer la barrière érigée en moi.
Je perçus soudain un vif mouvement du coin de l'œil. Puis un léger bruissement. Sûrement un quelconque voleur, assassin, violeur…quel interêt ? Je reposai lentement mon regard sur le mur vide devant moi et ne sursautai même pas lorsque qu'un souffle froid me chatouilla le cou. Je fermai mes yeux vides et sentis deux bras entourer ma cage thoracique. Des lèvres glacées vinrent caresser ma nuque et je serrai plus fort les paupières.
- Que
veux-tu, Gabriel ?, soufflai-je faiblement.
- Toi.
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Voilà pour ce week-end, on espère sincèrement que sa vous plaît toujours et encore merci pour les review sans elles nous n'aurions pas été loin de cette histoire !
Biz'
