Chapitre 3 – Qui se ressemble
Le dernier trimestre avait repris, et il ne restait que trois semaines avant la fin de l'année. Cela serait une fin d'année mémorable, pensa Albus Dumbledore. Les étudiants en partance comprendraient le Survivant, ses deux plus proches amis, le fils du bras droit de Voldemort, et les autres jeunes héros de la bataille du mois précédent. Oui, cela inclurait aussi certains étudiants qui avaient passé la bataille enfermés dans les cachots. Severus avait passé les mois précédents à examiner minutieusement les pensées de ses Serpentard endormis pour déterminer en qui ils pouvaient avoir confiance. A l'occasion, une goutte de Veritaserum dans leur thé pendant une discussion en tête à tête avec leur directeur de maison aidait aussi à estimer les priorités de ceux pour qui il restait un doute.
A la joie d'Albus, beaucoup de Serpentard s'étaient révélés être effrayés par le Seigneur des Ténèbres plutôt que loyaux à sa cause. Et quand la bataille avait commencé, savoir que le professeur Rogue se battait contre Voldemort, à leur côté, donnait à ceux qui auraient choisi de sauver d'abord leur propre peau le courage de rejoindre leurs camarades.
C'était une fin bien innocente à une année si triomphante, sauf pour un des membres du personnel. Celui debout dans son petit pull noir devant un bol de porcelaine blanche, y versant diverses fioles de liquides colorés. Albus soupira et le regarda quelques minutes. Severus était fasciné par cette activité depuis des semaines. Le directeur lui avait fourni une dizaine de bouteille auto-remplissantes de liquides colorés. Severus mélangeait celles qu'il choisissait, créant de nombreuses combinaisons de couleurs, plongeait des fioles vide dans ses créations, les bouchait et les donnait à Albus. Il retournait ensuite à sa cuvette, la regardait se vider magiquement comme Albus l'avait enchantée, et revenait aussitôt vers Albus pour reprendre les bouteilles qu'il lui avait tendues une minute plus tôt. Quand cette bouteille était vide, Severus recommençait à zéro. Ils faisait ça des heures d'affilée et parfois Albus pensait qu'il allait détruire l'ensemble s'il devait encore une fois faire semblant d'accepter avec joie une des « potions » de Severus. « Et bien, tant que ça l'amuse. » se dit-il en soupirant.
La seule autre activité qui occupait Severus était de fixer divers objets. Plusieurs fois dans la journée, il se baladait dans les chambres d'Albus, posant un regard intense sur quelque objet qu'il avait choisi. Après quelques minutes, l'objet était abandonné pour un autre, et le processus se répétait jusqu'à ce que le petit garçon devienne fatigué ou grognon, grimpe dans une chaise et s'endorme.
La présence du garçon dans l'école était en dehors de ça insignifiante. La plupart du temps, Albus le gardait dans leurs quartiers, ne demandant qu'occasionnellement à Dobby de le surveiller. Comme Severus refusait de remarquer la présence de Dobby, Albus demandait parfois à Minerva ou Pompom de venir aussi.
Ce fut donc une surprise quand Phinéas Nigellus prit la parole, s'adressant directement au petit enfant, comme s'il étaient de vieilles connaissances. « Voyons, voyons, mon garçon, c'est la troisième fois que tu fais du vert. Essaie quelque chose de plus compliqué. Je suggère l'argent, puisque c'est la seconde couleur de ton Fondateur. »
Albus Dumbledore se leva de son siège et alla devant le portrait de l'ancien directeur Serpentard.
« Vous savez donc qui est cet enfant ? » demanda-t-il.
Phinéas eut un reniflement dédaigneux. « Bien sûr. »
« Comment ? »
Le portrait roula des yeux. « Mon cher directeur. Bien que rien n'ait été dit directement dans cette pièce, les bribes de conversations et les commentaires qui ont été faits n'étaient que les pièces d'un puzzle assez simple. »
« Vous réalisez, Phinéas, que cette information ne doit pas être répétée. »
« Je vous assure, directeur, que nous, les Serpentard, ne sommes rien si pas discrets. Si j'étais vous, je m'inquiéterais de certains des anciens directeurs Gryffondor. » Sur ce, il se détourna et quitta son portrait d'un air blessé.
Albus commençait tout juste à réfléchir à ce que Nigellus avait dit quand la tête de Minerva McGonagall apparut dans le feu. Elle annonça au directeur que sa présence était requise à l'infirmerie. Plusieurs étudiants de la « Brigade des Cachots » (comme les autres étudiants surnommaient ceux de leurs camarades qui avaient été enfermés sans cérémonie pendant la bataille) s'étaient battus avec quelques Gryffondor et un Poufsouffle. Albus dit à Severus de le suivre et ils descendirent.
L'ai de l'infirmerie était lourd de furie contenue quand Dumbledore vit les étudiants, retenus dans chaque camp uniquement par les regards furieux de McGonagall et de l'actuel directeur des Serpentard, le professeur Vector. L'arrivée du directeur provoqua des ricanements de la part de la Brigade des Cachots, et Drago Malefoy donna le ton en lui tournant le dos, suivi par les autres. Dumbledore ne leur dit rien, réalisant que la grande majorité de ce petit groupe le tenait pour directement responsable de la mort ou de l'emprisonnement d'un ou deux de leurs parents. A la place, il se tourna vers ses Gryffondor et les rassemblant en cercle, il les tança à voix basse sur l'inconvenance de « jeter du sel sur les plaies ».
Pendant ce temps, les Serpentard, et ils étaient tous des Serpentard, virent une opportunité de se venger. Ils avaient vu le petit garçon avec Dumbledore au long des semaines précédentes, même s'il ne s'était jamais éloigné du directeur. Drago Malefoy fit signe à l'enfant de venir vers lui, et à la surprise des Serpentard il le fit. Drago se pencha sur un genou et passa précautionneusement un bras autour du garçon. Puis il tira sa baguette vers le bout de sa manche et murmura « Stupéfix ».
Il rattrapa facilement le petit enfant et le tendit à Pansy Parkinson qui l'enveloppa rapidement dans ses robes. Drago se pencha et murmura des instructions à son oreille. Pansy demanda à Vector la permission d'aller aux toilettes. Vector, qui n'était même pas un Serpentard, n'eut pas le moindre soupçon quand Pansy se dandina maladroitement hors de la pièce.
Près d'un quart d'heure plus tard, Albus acheva son sermon aux Gryffondor et Poufsouffle maintenant bien penauds. Il surveilla leurs excuses aux Serpentard, y compris à Pansy qui était revenue. Ce ne fut qu'après cela qu'il regarda autour de lui et remarqua l'absence de son pupille.
Après s'être assuré que personne dans la pièce n'avait vu l'enfant, Albus sortit rapidement lancer un « Praemonstro » dans le couloir. Il fut rapidement rejoint par Harry et Ron, qui avaient été parmi les Gryffondor coupables. Mais le sort était bien moins utile dans un bâtiment si plein de couloirs et de pièces, car il ne fonctionnait que comme boussole générale, donnant une simple direction. Le haut et le bas étaient en dehors de ses capacités, ce qui posait un problème certain dans un bâtiment comptant presque autant d'escaliers que de pièces. Après une demi-heure de recherches infructueuse, Albus s'assit sur les marches et essaya de contacter l'esprit du garçon. Il rencontra un étrange sentiment de reconnaissance.
« Où es-tu, Severus ? Envoie-moi une image de ce que tu vois. » transmit Albus avec angoisse.
La réponse était plus auditive que visuelle. « Maison » semblait-elle dire.
Albus courut vers son bureau avec les deux étudiants derrière lui. Ils vérifièrent chaque pièce des quartiers du directeur, mais Severus était introuvable. Albus tenta de renvoyer le message. Il reçut la même réponse.
« Est-ce qu'il pourrait vouloir dire autre chose par 'maison', directeur ? » demanda Harry. « Pensez-vous qu'il ait pu retourner à la maison de son enfance ? »
Albus secoua la tête. « Le Ministère a fait raser la maison de ses parents après que son père a été tué dans une attaque contre leurs Aurors. M. Rogue aurait mené l'attaque. C'était une masure décrépite, mais la détruire était un avertissement aux autres partisans de Voldemort, au début de la première guerre. Madame Rogue était déjà morte depuis des années. C'était pendant la septième année du professeur Rogue. Après ça, il a habité un moment avec Lucius Malefoy, avant de revenir ici comme professeur. Poudlard a été sa maison depuis. Bien sûr, il ne se souvient pas de tout cela. Ses souvenirs ne doivent pas dépasser ceux qu'il avait à cet âge – et cette maison n'existe plus. »
« Essayez encore, monsieur. » suggéra Ron. « Peut-être qu'il pense que vous êtes en colère parce qu'il est parti. Dites-lui que vous ne lui en voulez pas. » Albus sourit presque en entendant ça. Ronald Weasley avait peut-être l'apparence d'un adulte maintenant, mais le plus jeune des fils de Molly raisonnait encore comme un enfant.
Albus essaya de nouveau. Envoyant un message de réassurance avec sa question.
« Maison ! » fut la réponse. Et Albus pouvait presque entendre le dégoût de Severus à devoir se répéter autant.
« Il affirme toujours être à la maison, j'en ai peur. » dit Albus avec désespoir.
A ce moment un froissement de tissu se fit entendre depuis le tableau du directeur Nigellus. « Je pense que ce fatiguant exercice pourrait trouver un terme en vérifiant les quartiers privés du professeur Rogue. »
Le directeur regarda Nigellus un court moment, puis décida qu'il n'était jamais profitable de poser trop de questions au portrait – s'il connaissait la réponse, il pouvait ne pas la donner, et s'il ne la connaissait pas, il était tout à fait susceptible de mentir et de vous dire quelque chose qui vous ferait perdre du temps – non, il était mieux d'accepter ce qui était offert. Albus et les deux garçons se dirigèrent vers les cachots. Albus donna le mot de passe à l'armure qui gardait la porte de la chambre de Severus, et tous trois entrèrent. Là, allongé sur le lit à baldaquin, se trouvait une petite silhouette habillée de noir.
« Severus ! » cria le directeur avec joie, oubliant un instant d'utiliser le nouveau nom du garçon. « Comment es-tu arrivé ici ? »
L'enfant ne prit même pas la peine de s'asseoir, il roula sur le ventre et se frotta le visage sur l'édredon de velours.
Albus et les garçons examinèrent la pièce à la recherche d'indices sur comment Severus avait pu venir ici, ou peut-être qui l'avait amené. Harry remarqua de la nourriture disposée sur une table basse et quelques jouets sur un repose-pieds. « Directeur, le professeur Rogue n'aurait pas pu conjurer cela, n'est-ce pas ? Quelqu'un a dû l'amener ici. »
« Des Serpentard. » dit Ron avec conviction.
Dumbledore regarda les objets que Harry désignait. « Je suis sûr que tu as raison, Ronald. Il ne fait aucun doute que cela aurait été un des derniers endroits où je l'aurais cherché. Très rusé de leur part. »
« Je dirais plutôt 'sournois'. » fit Ron. « Même si je suppose que laisser un enfant mourir de faim est tout de même au delà de leurs capacités. » Il s'offrit un biscuit.
Dumbledore prit Severus dans ses bras et le porta à une chaise devant la cheminée. Il l'assit sur ses genoux et le regarda attentivement. « Comment pouvais-tu savoir que c'était ta maison, bonhomme ? Ce ne l'était certainement pas à deux ans. S'il te plait, laisse-moi regarder, d'accord ? »
Severus ne dit rien, ce que Albus prit comme consentement. Il pointa sa baguette sur le front du garçon et allait dire 'Legilimens' quand Severus écarquilla les yeux, terrifié, et se lança en arrière. Albus le tint fermement alors que Severus se cambrait et se tortillait, essayant de s'enfuir.
« Monsieur, je crois qu'il a peur de la baguette. » dit Harry, se demandant encore s'il tenait vraiment à s'approcher de l'enfant pour aider Dumbledore à le tenir.
Dumbledore rentra immédiatement sa baguette dans sa manche. « Pas de baguette alors, mon grand. Je peux faire sans si tu préfères. » L'enfant cessa de se débattre et resta immobile, même si son cœur battait encore violemment.
Albus l'installa plus près de lui et plaça une main ridée sur les doux cheveux noirs. « Legilimens » murmura-t-il.
Des images de lui-même tournoyèrent autour de lui, comme la fois précédente. Albus poussa un peu plus fort. Les images s'évanouirent et Albus se retrouva dans une pièce sombre et vide. Il y avait de nombreux passages qui partaient dans toutes les directions et Albus décida d'explorer le plus proche. Il rencontra des images d'un père aux sourcils froncés regardant son enfant, blotti dans un coin de son petit lit, d'un air concupiscent. Puis une image de deux personnes se disputant. Il faisait trop sombre pour voir leurs visages, mais Albus savait que c'était les parents de Severus. Dans l'image suivante, le petit garçon était dehors, frissonnant, sans cape, et tiré bien plus vite qu'un jeune enfant ne pouvait marcher par une grande silhouette noire dont il ne voyait que les genoux. Albus quitta ce passage et se dirigea vers un autre, mais il était verrouillé. Il se dirigea vers un troisième couloir. Celui là semblait être scellé par une pierre, mais des filets de fumée s'échappaient par une fissure en bas. Albus se pencha et se laissa encercler par la fumée. Il fut immédiatement envahi par des sensations de reconnaissance. Il y avait là des visages et des lieux venant d'un passé bien plus récent de Severus – ses parents, une chambre à coucher sombre et froide, Lucius, James Potter, Sirius, la Cabane Hurlante, un loup-garou, un jeune Voldemort, un cimetière, le manoir Malefoy, Dumbledore, Poudlard, Minerva, un jeune Harry, etc. En quelques secondes, Albus avait vu presque tous les visages importants et des bribes d'événements de la vie de Severus. Il rompit la connexion.
Le directeur se tourna vers les deux jeunes hommes qui le regardaient avec attention, ainsi que le petit Severus. « Eh bien, il semblerait que j'aie fait un très mauvais travail avec le sort le mois dernier, ou le sort lui-même n'était pas bien solide. Apparemment, la plupart des souvenirs de Severus lui sont encore accessibles sous forme de sentiments de reconnaissance, avec peut-être des impressions positives, ou au contraire négatives, mêlées à ça. Il a visiblement des préférences, basées sur son passé récent, qu'il ne devrait pas avoir. Bien sûr, sa compréhension de ces sentiments est limitée par un système de pensée immature. »
« Hein ? » fit Ron, mais Harry bondit.
« Donc il nous reconnaît, nous apprécie ou nous déteste, mais il ne sait pas pourquoi. »
Dumbledore hocha la tête.
« Eh bien, ça explique le cheval dans le nez. » dit Harry avec aigreur.
« Je pense qu'il est l'heure du dîner dans la Grande Salle. Peut-être devrais-je amener Sébastien avec moi aujourd'hui. Juste pour informer les Serpentard du fait que leur petite farce a été inutile. » Sur ce, Dumbledore se leva et porta Severus vers la porte. Severus se tortilla, retourna en courant dans la chambre et grimpa sur le lit. Albus alla le chercher, mais Severus s'agrippait fermement. Laissant descendre sa baguette hors de sa manche, Dumbledore murmura un sort, qui réduisit la couverture à un petit carré, la taille d'un mouchoir. Severus le prit et suivit silencieusement Dumbledore dans les marches jusqu'à la Grande Salle, refusant toute proposition d'être porté.
Sur le pas de la porte, les Gryffondor se dirigèrent vers leur table. Dumbledore marchait vers la grande table quand il réalisa que Severus avait changé de direction et se tenait maintenant devant un Drago Malefoy horrifié, à quelques centimètres de la table des Serpentard. Dumbledore alla le chercher.
« Je suppose, M. Malefoy, que Sébastien voulait simplement vous remercier de la bonne nourriture et des jouets que vous lui avez laissés. » dit le directeur avec un sourire suave.
« Je... je ne sais pas de quoi vous parlez, Monsieur. » bégaya Drago.
« Oh, je pense que si, M. Malefoy. Je pense que si. Viens, Sébastien, laisse les étudiants manger. » Dumbledore poussa gentiment Severus vers la Grande Table.
Mais avant de bouger, Severus regarda l'assiette de Drago d'un air concentré. Quand cela ne suffit pas à accomplir son objectif, il tendit les bras et tira dessus, faisant tomber tout son contenu sur les genoux de Drago. Avec un petit rictus satisfait, il partit en trottinant vers la grande table. Dumbledore marchant derrière lui.
