Chapitre 4 : Vous voyez ce que je vois ?
Albus Dumbledore se hâtait dans les couloirs du Ministère. Il était dans ce bâtiment infernal depuis près de seize heures. Il courait de réunion de commission en inquisition, essayant d'entendre les témoignages ou au moins d'apporter son soutien aux nombreuses activités de la journée. « Quelle personne saine d'esprit a décidé de juger tous les Mangemorts survivants en une seule journée ? » s'interrogea-t-il à haute voix devant Arthur Weasley, et pas pour la première fois.
Arthur secoua simplement la tête. « Albus, c'est uniquement pour se faire valoir. Tout le monde le sait. Ils portent tous la marque, et cette fois la 'Défense de l'Imperius' a été déclarée invalide. Ils veulent juste en finir avec ça en vitesse. »
Dumbledore s'arrêta net et regarda le jeune homme par dessus ses lunettes. « La justice n'est pas une pièce que l'on joue pour le plaisir des spectateurs. »
Arthur eut la grâce de rougir. « Je ne voulais pas dire que j'étais d'accord avec eux, Arthur. Mais sans Détraqueurs pour garder Azkaban, ni utilisation du Baiser, ce n'est pas aussi mal qu'avant. »
Dumbledore secoua la tête. La semaine précédente, un vote du Ministère avait de justesse aboli une décision remettant en usage le Voile. Le retour de la peine de mort sorcière. Albus réprima un frisson en y pensant. « Je suis désolé, Arthur, je sais que vous ne soutenez pas cette parodie de justice. J'aurais seulement bien aimé voir notre monde consacrer un peu plus de temps à la conclusion de la guerre. Peut-être qu'en réfléchissant à comment nous en sommes arrivés là, nous serions moins susceptibles de nous trouver à nouveau dans cette situation. Dites-moi, Arthur, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi, malgré notre capacité à vivre deux fois plus longtemps que les moldus, si peu d'entre nous arrivent à mon âge ? »
Arthur secoua la tête. « Je ne me le demande pas, directeur. Je sais. Nous nous massacrons entre nous, quand ce n'est pas nous-mêmes. Nous sommes un peuple jaloux et intolérant. Nous nous croyons immortels, cela est sûr. Je sais que Molly reste éveillée la nuit, en s'inquiétant de Fred et George qui pourraient se faire exploser, ou de Charlie devenant l'équivalent d'une grillade pour un de ses Norvégiens. Je ne parlerai même pas du travail de Bill comme briseur de sorts. »
Albus sourit. Il pouvait bien imaginer Molly fixant le plafond et gardant le pauvre Arthur éveillé, s'interrogeant sur toutes les choses qui pouvaient arriver à leurs enfants bien-aimés.
Et ce furent les pensées liées au mot 'enfants' qui ramenèrent son esprit à Severus, et au fait qu'il avait été laissé aux bons soins d'Hermione Granger pour toute la journée. Les gardiennes habituelles, Minerva et Pompom, étaient toutes deux au Ministère pour apporter leurs témoignages, et Dobby ne pouvait plus servir de garde d'enfants, depuis que Severus avait découvert qu'il avait peur des bruits violents (Albus l'avait trouvé tremblant dans un coin alors que Severus utilisait comme cymbales chaque morceau de métal sur lequel il pouvait poser ses petites mains). Heureusement, Mlle Granger restait au château tout l'été, pour se préparer à enseigner les Potions aux plus jeunes années à la rentrée, et était donc disponible pour ce genre de services.
Cependant, Albus n'était pas à l'aise à l'idée de laisser le garçon à ses soins pour une si longue période. Etait-il plus inquiet pour Mlle Granger ou pour Severus, il ne pouvait le dire avec précision. C'était une jeune femme tout à fait responsable, mais le professeur Rogue et elle s'étaient violemment querellées pendant sa sixième année, querelle qui avait fini en des retenues jusqu'à la fin de l'année pour Mlle Granger, et même s'ils étaient arrivés à une trêve, Albus n'était pas sûr que tout soit pardonné.
« Arthur, j'ai peur de ne pas pouvoir rester plus longtemps. La seule enquête restante concerne Artiste Dubois, et je n'ai jamais rien eu à faire avec lui ; et ses enfants sont allés à Beauxbâtons, je doute de pouvoir être aucune aide. Je vais rentrer à Poudlard. »
Arthur hocha la tête. « Pourquoi ne viendriez-vous pas manger à la maison avec Molly et moi un de ces jours, maintenant que l'année est terminée ? Vous pouvez amener le petit avec vous. Vous savez combien Molly aime les enfants. »
« C'est une bonne idée, Arthur, merci. » Et sur ce, Albus fila dans les couloirs du Ministère jusqu'aux cheminées de sortie.
Arrivé à Poudlard, Albus persuada gentiment les escaliers de lui permettre un accès direct au couloir qui menait à ses quartiers et monta ensuite bien plus vite que ne devait le faire un homme de son âge. Il traversa son bureau, son étude et arriva dans la chambre d'amis qui avait été convertie en nursery pour son pupille. Elle était vide. Albus regarda attentivement autour de lui – quelque chose n'était pas normal dans la pièce. Il réfléchit un moment avant de réaliser que presque tous les plus petits objets de la pièce – livres, jouets, fioles et bol – étaient dans des endroits différents que ceux où ils étaient habituellement rangés. Il trouva ça étrange, mais son inquiétude pour Severus et Mlle Granger repoussa sa perplexité dans le fond de son esprit. Il vérifia les autres pièces, et ne trouvant personne retourna dans son bureau. Il fut encore plus inquiet en constatant que Fumseck n'était pas sur son perchoir.
Il se tourna vers les portraits. « Quelqu'un sait-il où se trouvent Mlle Granger et Sébastien ? »
Les portraits bâillèrent et s'étirèrent, car il était près de minuit, et le regardèrent d'un air curieux. Tous sauf un. Il semblait que ne pas dormir était un trait Serpentard. « Savez-vous où ils peuvent être, Phinéas ? »
« Je vous assure que j'ai d'autres choses à faire que suivre une adolescente et sa parodie de bébé. »
Albus soupira, ferma les yeux et envoya un message à Severus. « Où es-tu ? » Il vit une image de fioles de liquides colorées versées et mélangées. C'était étrange, car Albus venait de voir le jeu de potions de Severus dans la nursery. Cependant, les images ne changèrent pas.
Le directeur devenait à la fois fatigué et inquiet. Il décida d'employer une tactique Serpentard. « Eh bien, je suppose que je ne peux pas m'attendre à ce que les anciens directeurs se préoccupent de se qui se passe actuellement à l'école. C'est au delà de leurs capacités. »
La plupart des portraits eurent l'air un peu vexé par cette déclaration, mais Phinéas se contenta de renifler. « Si vous voulez manipuler un Serpentard, vous devrez faire mieux que ça. »
Albus réfléchit un instant. « J'ajouterai un portrait de vous dans le Hall ? » Phinéas réclamait cela depuis un bon moment.
« Nous avons un accord, alors. Vous les trouverez dans la bibliothèque. »
« La bibliothèque ? J'aurais dû deviner avec Mlle Granger. » murmura Albus pour lui-même.
Quand il arriva à la bibliothèque, Albus regretta de ne pas disposer de l'appareil photo du jeune M. Crivey. Severus était profondément endormi sur une couverture, avec des piles de livres tout autour de lui pour l'empêcher de rouler. Fumseck était perché sur une étagère proche, regardant Severus avec l'attention d'une sentinelle. A côté, Mlle Granger était entourée par une autre pile de livres et griffonnait à toute vitesse des notes sur un parchemin. Elle leva les yeux en voyant le directeur.
« Bonsoir, Monsieur. Comment cela s'est-il passé au Ministère ? »
« C'était horrible, même si je suppose que vous pouviez le considérer comme inévitable. » Il traversa la pièce et se pencha sur le garçon endormi. « Alors, on rêve même de potions, hein ? » Il caressa légèrement la tête de l'enfant et se redressa.
« Je vous présente toutes mes excuses pour arriver aussi tard. J'espère que Sébastien ne vous a pas posé de problèmes. » Albus sourit gentiment à la jeune femme. « Pourquoi n'iriez-vous pas vous reposer aussi ? Vous avez tout l'été pour préparer votre programme, Mlle Granger, les cours ne sont finis que depuis une semaine. »
« Je ne prépare pas mes cours, Monsieur. J'ai eu une... eh bien, une idée à propos de Sébastien. »
« Quelle sorte d'idée, ma chère ? »
« Pourquoi il regarde tout comme il le fait. »
« Allez-y, continuez. » L'intérêt d'Albus était franchement éveillé. Il s'était souvent posé la question lorsque son esprit n'était pas absorbé par l'école ou le Ministère.
« Je pense qu'il essaie de faire de la magie. Aujourd'hui, je l'ai vu regarder Fumseck. Quand Fumseck a volé vers lui, il est devenu très excité. Il a même souri. »
Albus hocha la tête, c'était une grosse évolution. Il y avait eu quelques rictus, mais ils n'avaient encore jamais vu de vrai sourire sur le visage de l'enfant. « Continuez, Mlle Granger. »
« Eh bien, j'ai eu l'idée de faire une expérience. Quand je le voyais regarder quelque chose, je murmurais un sort et je faisais venir l'objet vers lui. Il a adoré ça. Nous sommes allés dans la nursery et il a essayé de faire bouger tous les objets auxquels il pouvait penser. Je suis convaincue qu'il pensait faire de la magie. »
Albus s'assit en face de son ancienne Préfète en Chef. « Votre théorie semble plausible. Dites-moi ce que vous avez trouvé d'approchant dans vos recherches. » Il désigna les livres de la main.
« Il semblerait que la magie sans baguette soit à l'origine dirigée à travers une main tendue, ce qui était une des premières idées derrière la création de la baguette. Concentrer ce qui vient naturellement des doigts. Mais il y a eu des cas où les yeux étaient la principale source d'énergie magique. C'est généralement une indication de grande puissance. »
Albus hocha la tête. « En effet. Un des sorciers les plus renommés était connu pour émettre de la magie à travers ses yeux. »
Hermione prit une grande inspiration. « Oui, Merlin. »
Dumbledore hocha la tête. « Comme vous le dites, il est cru que ce genre de capacités indique une puissance phénoménale. Cependant, je dois dire que je n'ai jamais vu cette puissance chez notre Sébastien. Il était moyen en Sortilèges et épouvantablement mauvais en Métamorphose. Le professeur McGonagall m'a dit un jour qu'elle avait passé une nuit entière a essayer de réparer les dégâts qu'il avait faits à un hérisson qu'il devait transformer en théière. Bien sûr, sur un autre plan, il était extrêmement doué en potions et également assez adroit en magie noire. Mais aucun de ces deux sujets ne demande beaucoup de magie. De l'intelligence, bien sûr, mais seulement peu de magie. »
Hermione était perplexe. « Que voulez-vous dire, Monsieur, que la magie noire ne demande pas beaucoup de puissance ? Tous ces sortilèges sont aussi compliqués que les enchantements. »
« La magie noire est considérée ainsi pas seulement parce qu'elle est mauvaise ou dangereuse, mais aussi largement parce qu'elle est créée différemment. Les enchantements et les sorts simples viennent directement de la magie interne. La magie ne vient que de la personne qui lance le sort. La magie noire, les maléfices et les Impardonnables, viennent de la magie présente dans l'air. Cela les rend bien plus instables et imprévisibles. Ils ont été créés, à la base comme une potion, il y a très longtemps, et ensuite relâchés par un sorcier ou un groupe de sorciers dans le monde pour être utilisés par ceux qui en avaient les capacités. Je ne dis pas que ce ne sont pas des capacités importantes, elles sont juste différentes. » A ce moment, Albus s'interrompit et regarda l'enfant endormi. « Il avait ces capacités. Ainsi que l'intelligence nécessaire pour exceller en potions. Mais il ne pouvait pas jeter plus que des sorts de base. »
Hermione hocha la tête pour indiquer qu'elle comprenait, mais elle n'était pas encore tout à fait satisfaite. « Mais alors, Monsieur, pourquoi le prof... je veux dire, Sébastien pense qu'il peut faire de la magie avec les yeux. A son âge, il devrait simplement être capable d'un ou deux sorts accidentels s'il pouvait mettre la main sur une baguette. A moins d'être en colère, bien sûr. Mais il n'était pas du tout en colère. Il essayait simplement sans arrêt de bouger les choses avec ses yeux. »
« Je ne sais pas, Mlle Granger. Peut-être qu'il a réussi une fois et qu'il ne l'a jamais oublié. Sébastien a toujours été persévérant. En tout cas, si vous souhaitez faire plus de recherches à ce sujet, je n'ai pas d'objections. »
Hermione accepta et tous deux remirent les livres sur les étagères avec quelques mouvements de baguette, puis Albus et Fumseck dirent bonsoir en se séparant dans le couloir.
Albus porta le garçon endormi jusqu'à sa chambre et l'allongea dans son petit lit. Il posa une main sur le cœur de l'enfant, sentant le battement régulier sous sa main ridée. Il parla d'une voix douce pour ne pas réveiller le garçon.
« Je suis content que tu n'aies pas été au Ministère aujourd'hui, mon garçon. Voir toutes ces vieilles connaissances témoignant contre eux-mêmes. Cela aurait fait un cauchemar de plus à engranger. » Le garçon remua dans son sommeil et se tourna sur le côté. « Je ne sais pas si Mlle Granger a raison ou tort, mais il y a quelque chose avec toi sur lequel je n'arrive pas à mettre le doigt. Tu ne voudrais pas m'expliquer cela ? »
Le garçon ne remua même pas. Dumbledore gloussa. « Je ne pensais pas, non. Tu n'as jamais été un grand bavard. Eh bien, si quelqu'un peut résoudre cette énigme, ce sera Mlle Granger. En attendant, fais de beaux rêves. »
Avec un geste de la main, la bougie du mur s'éteignit et Dumbledore ferma doucement la porte, laissant Fumseck monter la garde auprès du lit, chantant une berceuse phénicienne.
T/N : celui-là était court, mais le prochain chapitre devrait vous nourrir d'avantage.
