Chapitre 8 – Le problème avec Voldemort
« Arrgg… ark… aahhhh » Arthur Weasley s'était étranglé sur sa pinte de bière brune à la mention du nom de Tom Jedusor.
Albus venait de raconter aux Weasley aînés ce qu'il avait vu dans les souvenirs de Severus. Ils étaient au Terrier, avec Minerva et Remus, et bien sûr Sébastien qui avait levé la tête avec dégoût quand Arthur lui avait recraché sa bière dessus. Il aurait été difficile de dire ce qui avait le plus choqué le paisible patriarche Weasley – le fait que Voldemort (dont il ne pouvait toujours pas parvenir à dire le nom) avait été impliqué dans la disparition des pouvoirs de l'enfant ou apprendre que ce charmant petit garçon qu'Albus avait amené dîner dimanche était le professeur Rogue.
Le Terrier était un des endroits les plus merveilleux au monde, si vous vouliez l'avis de Dumbledore. Empli d'amour, et souvent de rire, les dieux semblaient aussi lui avoir donné une fertilité dont peu de familles Sang Pur pouvaient s'enorgueillir. Et peu importe qui se montrait à la porte, il était presque toujours accueilli comme un membre de la famille, et nourri en conséquence.
Albus laissa à Arthur un moment pour se remettre en regardant la formidable horloge de Molly – qui lui permettait de garder l'œil sur les occupations et le bien-être de toute sa tribu. « Je dois me procurer plusieurs de ces horloges – une pour chaque Maison » se dit le directeur. « Et y placer le nom de tous mes étudiants, présents et passés. Puis je m'assiérais sur un fauteuil pour le reste de ma vie, et je regarderais l'horloge des Serpentard, et je trouverais un moyen de tous les garder hors de danger."
Enfin, Arthur reprit son souffle et Molly alla fermer la porte donnant sur le jardin. Ginny, Harry, Hermione et Ron étaient dehors, discutant au soleil, pendant que leurs aînés étaient assis autour de la grande table de bois où ils venaient de manger un somptueux repas. A la fin, Arthur avait fait passer des pintes de bière, et ils avaient enfin attaqué la discussion qui les avait réunis.
Molly rejoignit la table, et d'un coin de tablier, essuya le liquide qui avait éclaboussé le visage de Severus. Elle s'assit à son tour.
Après un moment de silence, et une grande gorgée de bière, Arthur posa la question évidente. « Très bien, Albus, pourquoi nous dire ? Votre confiance nous honore, bien sûr, mais vous devez avoir une raison ? »
Albus hocha la tête. Arthur pouvait sembler un homme tout à fait ordinaire, mais son intelligence leur en remontrait à tous, et c'était cette intelligence qui faisait de lui un membre si important de l'Ordre.
« Je veux inverser l'entrave magique. Mettre fin au sort qui a arraché à Severus ce qui lui revenait de droit. Mais j'ai besoin de quelque chose du Ministère, qui peut demander quelques difficultés. »
« Allez-y, Directeur. » fit la voix de Molly à côté d'Arthur.
Le vieux sorcier se pencha vers la table et baissa la voix. Personne hors de la table ne pouvait l'entendre, bien sûr, mais une certaine prudence ne faisait pas de mal. « J'ai besoin de la baguette de Voldemort.'
« Arrggg... ark... aahhhh » Arthur s'étrangla de nouveau sur sa bière.
Cette fois, Severus plongea sous la table pour ne pas se faire arroser. Il y parvint de justesse.
Molly tapa fermement entre les omoplates de son mari, comme si elle essayait de décoincer quelque chose de plus solide que de la bière. « Directeur, ce n'est pas possible. Ils n'ont pas fini de l'examiner. Ils essaient d'identifier les sorts et les maléfices qu'il a utilisés et de les trier. »
Arthur hocha la tête en accord. « Ils n'auront pas fini avant des mois. Jusque là, elle est sous surveillance stricte. Et quand ils auront fini, eh bien, je ne serai pas surpris s'ils la détruisent. »
Albus se reposa sur sa chaise et soupira. Minerva posa une main réconfortante sur sa manche.
Remus regarda les visages perplexes des Weasley et expliqua « Si le sort doit être inversé, nous avons besoin des baguettes qui l'ont laissé. Albus a trouvé la baguette d'Augustus Rogue dans les affaires du professeur Rogue. Le Ministère a dû la lui remettre après l'enquête sur la mort de son père. C'est une des rares choses qu'il lui reste de lui. Mais nous avons aussi besoin de la baguette de Jedusor ou ça ne marchera pas. »
Arthur frotta son crâne chauve. « Je voudrais pouvoir vous aider, Remus. S'il y avait un moyen de m'approcher de cette chose, je le ferais. Mais vous savez comment ils sont avec les objets ayant appartenu à des Mangemorts – et je suis seulement au département des Artefacts Moldus ; ils ne me laisseraient même pas entrer dans la pièce. »
Albus hocha la tête, et Remus orienta la conversation en direction des autres alternatives.
Ce fut ce moment que Severus choisit pour ressortir de sa cachette. Il regarda autour de lui et vit que les adultes étaient toujours occupés à discuter. Puis essayant d'être aussi discret que possible, il rampa jusqu'à la porte. Toute la matinée, il avait essayé de sortir dans le jardin, mais à chaque fois quelqu'un l'avait remarqué et ramené à la cuisine. Maintenant que le déjeuner était fini, il avait apparemment décidé qu'il était temps de réessayer.
Cette fois, cependant, il trouva porte fermée, et chercha un autre plan. Il y avait une fenêtre ouverte de l'autre côté de la pièce, et il rampa aussi près du sol que possible, évitant soigneusement la table. Albus observait soigneusement les mouvements de son pupille, ainsi que Minerva, pendant que les trois autres membres de l'Ordre continuaient de discuter des autres possibilités pour mettre fin au sort.
Quand Severus atteignit la fenêtre, il grimpa sur une chaise, puis sur le comptoir de la cuisine, et jusqu'au bas de la fenêtre. Albus allait se lever pour le récupérer quand Minerva capta son regard. « Laissez-moi faire » envoya-t-elle télépathiquement. Une activité que la plupart des professeurs avaient abandonnée, mais qu'Albus et Minerva s'amusaient parfois à employer.
Sans même se lever, Minerva agita sa baguette en direction de Severus et il flotta rapidement jusqu'au sol. L'enfant regarda autour de lui, perplexe, mais ne voyant rien, remonta sur la chaise. Arrivé au bas de la fenêtre, Minerva le fit à nouveau léviter jusqu'au sol. Severus serra ses petits poings avec agacement et reprit immédiatement son escalade.
« Et je pensais que les Gryffondor étaient les plus têtus. » transmit Minerva à Albus. Et à nouveau elle transporta le petit garçon au sol.
Quand Severus hissa sa petite silhouette sur la chaise une quatrième fois, Minerva murmura « Maintenant, ça suffit. » Avec deux mouvements vifs de sa baguette, Severus se retrouva au sol et bondit aussitôt, lançant ses mains en arrière et regardant d'un air noir en toutes directions, cherchant le coupable.
Albus gloussa, il n'aurait jamais tapé le garçon ainsi, mais Minerva était d'une autre trempe que lui. Et même s'il ne croyait pas vraiment en la discipline qu'elle venait d'utiliser, Minerva avait réussit à transformer une maison rebelle et difficile en la fierté de Poudlard pendant son règne à la tête de Gryffondor. Elle en savait apparemment plus que lui sur la manière de traiter les enfants difficiles.
Enfin, les yeux de Severus se fixèrent sur Minerva comme suspect le plus probable et elle n'essaya même pas de nier. « Remonte sur cette chaise, mon garçon » dit-elle sévèrement, regardant droit le visage fâché de Severus et augmenta son épais accent écossais « et tu n'en auras que d'autre. »
Pendant un moment, tous deux restèrent fixés dans un combat de regards, une bataille entre un objet inébranlable et une force irrésistible, pensa Albus avec perplexité. Enfin, l'enfant laissa tomber son regard et retourna s'asseoir sous la table. « Eh bien, il était logique que vous gagniez, Minerva. » commenta Albus. « Après tout, 'vivre pour lutter un autre jour' est pratiquement la devise des Serpentard. »
Minerva roula des yeux. « Si vous teniez ce garçon plus fermement, je ne serais pas forcée de le faire pour vous. »
Albus secoua la tête avec tristesse. « Non, ma chère. Pas si vous aviez vu ce que j'ai vu. »
Cette fois ce fut Molly Weasley, qui avait entendu la fin de la conversation, qui tendit une main réconfortante à Albus de l'autre côté de la table. Et en même temps, le professeur McGonagall avait glissé la main sous la table, et posé une main réconfortante sur une petite tête sombre.
Albus était assis dans son bureau, essayant d'organiser son budget annuel à partir des exigences du Bureau des Gouverneurs, quand Phinéas arriva dans son cadre, avec de grands efforts pour ne pas avoir l'air d'avoir couru.
« Le héros et ses amis » il renifla « sont en chemin avec Sébastien. » Phinéas s'assit dans le fauteuil de son portrait et prit une posture inintéressée, faisant mine de s'examiner les ongles.
Albus sourit. Depuis qu'il avait placé un autre portrait de l'ancien directeur Serpentard dans l'entrée, Phinéas s'était révélé le meilleur gardien qu'Albus ait jamais eu.
« Eh bien, Phinéas, Sébastien semblait-il fatigué ? Harry, Hermione et Ronald l'ont gardé dehors toute la matinée. »
« Humph, comment le saurais-je ? Je suis sa nounou maintenant ? » Phinéas émit quelques bruits agacés et roula des yeux. Puis il fronça les sourcils, mais sans conviction. Ses yeux souriaient. « Il avait peut-être l'air un peu flapi. » concéda-t-il. Il se releva et sortit de son cadre.
Albus ouvrit la porte alors que le quatuor arrivait. Hermione lui tendit un enfant épuisé, et il allongea le garçon sur un grand fauteuil près de la cheminée.
« Il ne veut qu'elle pour le porter. » expliqua Ron, essayant de masquer son embarras à ce que Hermione ait dû porter Severus tout le long du trajets.
Albus fit un geste de la main. « Et si nous prenions un peu de thé ? »
Un elfe de maison fut appelé, et toutes les personnes présentes prirent soin d'utiliser leurs meilleures manières en demandant le thé afin de ne pas froisser Hermione. Quand tout fut prêt, Harry prit la parole.
« Monsieur, je réfléchissais en gardant Sébastien ce matin, à propos de sa voix. »
« Oui, Harry ? »
« Il y a une semaine, quand Hermione me faisait lire tous ces livres de psychologie, j'ai vu quelque chose qui pourrait correspondre. Il semble que parfois, quand quelqu'un a été traumatisé – après un accident de voiture, par exemple, ou un incendie – il peut souffrir d'un choc. Et parfois il peut perdre sa voix. Certaines personnes ont même perdu la vue un moment. J'ai lu que ça arrive souvent aux soldats pendant les guerres. »
« T'es sérieux ? » demanda Ron, sidéré. « Ils peuvent devenir muets, ou aveugles ? »
Harry hocha la tête. Puis le directeur fit de même. « J'ai entendu parler de choses de ce genre, Harry, et il est parfaitement possible que cela soit arrivé à Sébastien. Il pouvait parler avant l'incantation, mais pas après. J'ai supposé que ça avait quelque chose à voir avec le sort, mais ton explication est plus logique. Je suppose qu'il a fini par retrouver la parole, quand les souvenirs ont été suffisamment loin. »
Hermione prit à son tour la parole. « Directeur, pourquoi Celui-Dont-On... oh, pardon, je veux dire Voldemort, a accepté d'aider le père de Severus ?"
Le directeur soupira. « M. Jedusor trempait dans un certain nombre d'affaires liées à la magie noire. Il préférait généralement garder profil bas. Un partenaire silencieux, si vous préférez. C'est comme ça qu'il a pu établir la plupart de ses premiers contacts lorsqu'il a fini par décider de se faire connaître sous le nom de Lord Voldemort. Jedusor était un des partenaires en affaire de M. Rogue. Je suppose qu'il a demandé l'aide de Tom quand il a réalisé que son fils allait devenir une menace pour sa réussite. »
Un froissement de tissu leur fit lever les yeux. « Votre loup domestique arrive. »
« Merci, Phinéas. »
Un instant plus tard, Remus arrivait en souriant. Il refusa une tasse de thé et commença à faire les cent pas dans la pièce – un homme avec quelque chose en tête. Il s'arrêta un court instant devant la chaise où dormait le garçon et sourit. « Je le préfère ainsi. » dit-il en riant.
Harry et Ron rirent aussi, mais Hermione et Albus restèrent silencieux. « Je ne sais pas » dit prudemment Hermione. « Il est plutôt bien, il a juste eu des moments difficiles. »
« Ouais » dit Ron en fronçant les sourcils « et ensuite il a fait passer des moments difficiles à tout le monde. »
« A fait, Ron, a fait » contre-attaqua Hermione. « C'est juste un bébé maintenant. »
Le directeur se racla la gorge et Ron rougit, ayant oublié de qui et devant qui il parlait. Albus tourna ensuite son regard vers Remus. « Souhaitiez-vous nous dire quelque chose, Remus ? »
Remus s'arrêta de marcher. « Je pense que je sais comment nous pouvons faire sans la baguette de Voldemort. » Tous les yeux se tournèrent vers lui avec impatience et Remus sourit largement. « Nous pouvons utiliser la baguette de Harry à la place ! »
« Ma baguette ? » s'étrangla Harry.
« Bien sûr » lança Hermione, ravie. « Pourquoi je n'y ai pas pensé ? Harry, ta baguette et celle de Voldemort sont sœurs. Si une autre baguette a une chance de marcher, c'est la tienne. »
Albus sourit. « Une excellent suggestion, Remus. Je pense que vous avez trouvé là quelque chose. Puis-je vous demander de dire aux autres que nous avons peut-être trouvé une solution ? Nous nous réunirons ici dans deux jours. Cela laissera à Mlle Granger, Harry et moi-même le temps de rassembler tout ce dont nous avons besoin. »
Remus accepta et ils souhaitèrent tous un bon après-midi à Albus avant de partir, le loup-garou promettant de leur offrir le déjeuner aux Trois Balais.
Albus souleva le petit garçon et le porta dans la nursery, l'allongeant soigneusement dans son petit lit et tirant les rideaux afin que la sieste de l'enfant ne soit pas gênée par le soleil de l'après-midi.
Il retourna ensuite dans son bureau et caressa un moment les plumes du poitrail de Fumseck, plongé dans ses pensées. Enfin, il s'approcha du portrait qui, à sa surprise, devenait rapidement son directeur préféré.
« Dites-moi, Phinéas, depuis une perspective Serpentard, si M. Jedusor connaissait les pouvoirs de Severus, pourquoi ne pas essayer d'utiliser ces capacités quand le garçon aurait rejoint sa cause ? »
Phinéas ricana. « Vous devriez demander pourquoi Jedusor ne l'a pas tué. En fait, je pense que notre jeune Sébastien a eu bien de la chance de ne recevoir qu'un sort de limitation. Aussi puissant soit-il. »
Devant le regard perplexe du directeur, Phinéas soupira et secoua la tête. « Réfléchissez, pourquoi un homme qui se plaît à se présenter comme le sorcier le plus puissant du monde autoriserait un autre homme, doté d'une puissance nettement supérieure à la sienne, à accéder à ce pouvoir ? Comme je l'ai dit, si comme vous le racontez il a été simplement victime d'un sort, il peut être considéré comme chanceux. »
« Je suppose. » dit Albus à contrecœur. Il était difficile de voir Severus comme 'chanceux', mais c'était mieux que sa mort. Peut-être Tom n'avait-il pas encore développé la capacité de tuer si facilement quand Severus était enfant ? Ou peut-être n'était-il pas encore assez sûr de lui pour penser qu'il ne serait pas pris. Et ensuite, il était devenu inestimable pour Voldemort en tant que Maître des Potions et qu'espion. Cependant, connaissant le degré de jalousie du Seigneur des Ténèbres, le fait même que le garçon vive pouvait être considéré comme de la chance.
« Il aurait dû recruter des Gryffondor, vous savez. »
Albus leva la tête ; l'homme dans le portrait était maintenant assis dans sa chaise, détendu, les jambes croisées. « Où voulez-vous en venir, Phinéas ? » demanda le directeur, craignant la suite.
« Jedusor. C'était un idiot. S'il avait eu pour deux Noises de cervelle, il aurait recruté des Gryffondor. Ils sont faciles à soulever, volontaires pour violer les règles, et surtout – loyaux à l'extrême. Oh, bien sûr, il y a des mutins partout, mais eu final ils lui auraient mieux profité. A la place, il a recruté des Serpentard. Chacun cherchant constamment à prendre le dessus et à se débarrasser du Mangemort qui le précède. Une véritable ânerie de la part de Jedusor. Pas étonnant que vous ayez pu le battre. »
« Merci pour ce chaleureux compliment, Phinéas. Bonne journée. »
Sur ce, le directeur revint à son bureau et à ses exigences de budget. Cependant, ses pensées ne s'éloignèrent jamais beaucoup de l'enfant endormi dans la chambre voisine.
