Chapitre 9 – Aller jusqu'au bout
Albus descendait aussi rapidement que possible les couloirs du cinquième étage de Poudlard – c'est-à-dire, aussi rapidement que possible avec un petit enfant en remorque. Severus ne supportait pas qu'Albus le porte, à part ce tout premier jour presque deux mois auparavant. Il laissait Minerva le porter, cependant, Hermione aussi, et même Pompom. De fait, Pompom avait passé un moment à se promener la veille, chantant des chansons de la plus pure tradition Poufsouffle au petit garçon qui avait posé la tête sur son épaule, écoutant attentivement. Mais il ne laissait pas cet honneur à Albus. « Il ne fait pas de doute » avait maintes fois pensé Albus « que son père a veillé à ce qu'il ait si peu confiance envers les hommes. »
Après avoir passé cinq minutes pour traverser un simple vestibule, et avoir dû s'arrêter pour empêcher l'enfant d'examiner de plus près plusieurs portes ouvertes, Albus finit par avoir recours à la lévitation. Severus sembla d'abord inquiet, puis un peu indigné d'être ainsi transporté en l'air, mais il finit par y trouver du plaisir. En fait, quand ils arrivèrent à leur destination, une salle de classe, Severus faisait des galipettes et autres prouesses acrobatiques.
Faisant doucement descendre le garçon au sol, Albus entra dans la pièce. Minerva était déjà là, ainsi que Filius Flitwick, qui avait fait venir le Directeur. Albus n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait trouver en arrivant, mais comme Filius semblait assez inquiet (et qu'il n'était pas du genre à exagérer ce genre de choses) il était venu aussi vite que possible.
La pièce était une ancienne salle de classe, actuellement utilisée comme réserve. Elle était remplie d'objets divers, sans réelle organisation. Il y avait là un amas de cages vides pour les exercices de Métamorphose, de vieux livres, quelques baguettes de secours pour les élèves qui avaient perdu la leur, et même de vieux manches à balai.
Ne sachant trop que regarder, le directeur se tourna vers le petit professeur d'Enchantements et demanda « Que vouliez-vous me montrer, Filius ? »
« Je cherchais juste quelques affaires pour le premier trimestre, des objets plus lourds pour les exercices de lévitation des troisième année, quand j'ai trouvé ceci. »
Le professeur Flitwick désigna la partie gauche de la pièce, qui à cause de la position du soleil était plongée dans l'ombre. Il y avait une grande zone sombre sur le mur, encore plus sombre que la pierre grise. Albus s'approcha prudemment. Severus s'était accroché à ses robes et Albus posa une main protectrice sur sa tête. Avec un léger mouvement de baguette, le directeur dégagea un chemin vers la zone sombre. Puis il murmura « Lumos » et la pointe de sa baguette s'alluma.
Atteignant la zone, le vieux sorcier constata que la tache sur le mur n'était pas un mur du tout. Il y avait un trou là, et pas n'importe quel trou, mais un trou qui ressemblait à une silhouette humaine.
Le directeur passa sa baguette le long du bord de l'orifice, puis tendit la main pour estimer sa profondeur. N'en voyant pas le fond, il mit sa baguette devant lui et enfonça sa tête dans le trou. Severus sembla penser qu'il devait faire de même, et alla même plus loin en entrant tout entier dans l'ouverture. Albus attrapa le dos de ses robes et tenta de le tirer en arrière, mais l'enfant ne remuait pas d'un pouce.
Tenant Severus aussi fermement que possible, Albus appela ses professeurs à l'aide d'une voix forte. Ils se précipitèrent tous les deux, baguettes tirées. Il semblait qu'alors que le haut du corps de l'enfant était intact, sa moitié inférieure avait pris un aspect translucide. Assez semblable à l'apparence éthérée des résidents spirituels de Poudlard.
Les professeurs McGonagall et Flitwick examinèrent la situation à la lueur de leurs baguettes, puis Filius fit une suggestion. « Albus, cela ressemble assez à ces fois où un des fantômes se retrouve accidentellement coincé par le château. Ça arrive tout le temps à Peeves quand il ne fait pas attention à ce qu'il fait. Puis-je essayer un sort ou deux ? »
Albus accepta, et pendant que Minerva tenait l'épaule du garçon d'une manière réconfortante – Albus agrippait toujours ses robes comme si sa vie en dépendait – le petit Flitwick pépia une incantation. L'instant suivant, Severus basculait en arrière, retenu seulement par la poigne ferme du directeur.
Minerva secoua la tête. « Plus de soucis qu'un Niffleur dans une bijouterie – voilà ce que tu es ! » Puis elle leva promptement l'enfant dans ses bras et le serra contre elle. Il ne se tortilla pas pour s'enfuir, même s'il semblait un peu étonné par toute cette agitation.
Albus émergea de l'ouverture et secoua la tête. « Je n'ai pas l'ombre d'une idée sur ce que ça peut être. Mais je suis certain qu'il n'y a quasiment aucune chance pour que ce soit une bonne chose. Filius, la plupart des professeurs sont rentrés de leurs vacances. Je voudrais que nous organisions une recherche pièce par pièce, pour voir si nous trouvons quelque chose. Demandez à tout le monde de se rassembler dans la salle des professeurs dans un quart d'heure. Nous irons en groupes de deux, et les Directeurs de Maisons superviseront les recherches dans leurs parties du château. Demandez aux fantômes de chercher aussi. Je vais faire interroger les portraits par le directeur Nigellus, pour voir si aucun d'entre eux a vu quelque chose. »
Si ce dernier ordre surprit le directeur des Serdaigle, il n'en laissa rien voir. Il hocha simplement la tête et partit prévenir les autres.
Minerva, tenant toujours Severus, regarda le directeur avec une expression grave. « Ces recherches pourraient durer toute une journée, Albus. »
Le vieux sorcier hocha la tête. « Je sais, très chère. Pouvez-vous aller voir si des membres de l'Ordre peuvent nous aider ? Et si Molly est chez elle, je veux que vous lui confiiez Sébastien. Je ne peux pas assurer sa sécurité en allant de pièce en pièce avec nous, et si nous essayons d'inverser le sort demain, il aura besoin d'être détendu et bien reposé. »
Albus donna au garçon quelques bonbons au citron et Minerva le porta hors de la pièce. Le directeur rejoignit ensuite à la hâte la salle des professeurs pour attendre ses subordonnés.
Il n'eut pas à attendre longtemps, car rapidement toutes les personnes présentes s'étaient rassemblées, y compris Minerva qui avait déposé le garçon au Terrier. Dumbledore expliqua la situation et tous se dirigèrent par paires vers leurs lieux de recherche respectifs. Albus alla avec Pompom examiner les parties communes du château.
Madame Pomfresh et le directeur fouillèrent l'infirmerie, la Grande Salle, la Salle sur Demande, la salle des professeurs, les principaux placards à balai et même les toilettes du rez-de-chaussée, mais ne trouvèrent rien d'anormal. Les autres, cependant, ne furent pas aussi chanceux. Au cours des six heures suivantes, Dumbledore répondit à cinq alertes séparées. A chaque fois, une ouverture dans le mur d'une classe lointaine ou d'un placard obscur. Comme aucune des pièces concernées n'était utilisée, il était difficile de dire si quelque chose avait été déposé ou enlevé. En fait, certaines pièces étaient toujours verrouillées (physiquement ou magiquement), indiquant que ce qui était venu de la pierre était reparti de la même façon.
Après quelques heures de plus, Albus annonça la fin des recherches pour le moment. Les professeurs étaient épuisés, et commençaient à devenir nerveux. On leur conseilla d'éviter les zones les moins utilisées du château et il fut décidé que le Ministère serait mis au courant de ce qu'ils avaient trouvé. Albus promit à Minerva qu'il réclamerait Tonks et Kingsley, afin qu'ils n'aient pas à s'inquiéter d'une interférence lors de leur tentative le lendemain de restaurer la magie de Severus. Avec cette assurance, Minerva demanda l'autorisation de récupérer Severus au Terrier et de l'emmener un peu à Pré au Lard, pendant qu'il restait de la lumière dehors.
« Un arrêt à Honeydukes, peut-être ? » demanda Albus en faisant pétiller ses yeux.
Minerva fronça les sourcils. « Vraiment, Albus, comme si vous ne donniez pas déjà assez de sucre à cet enfant. J'ai pensé que je pourrais peut-être lui trouver des robes ou une tunique pour l'occasion. Ce pull noir et cette hideuse chemise verte sont loin d'être adaptés à un événement de cette importance. »
Le directeur gloussa et donna son accord. Il pouvait bien profiter de quelques heures encore sans l'enfant pour discuter avec Phinéas et avoir le résultat de l'interrogatoire des portraits. Il devait également contacter le Ministère et s'assurer qu'ils envoyaient les bons Aurors.
Ce n'était pas comme si l'enfant ne lui manquait pas, en fait ils n'avaient jamais été séparés aussi longtemps depuis les audiences au Ministère ; c'était juste qu'il était difficile de se concentrer sur quoi que ce fut quand l'enfant était dans la pièce. Quand il n'était pas occupé à tirer sur les plumes de Fumseck ('il pense sans doute que ce sont des ingrédients de potions potentiels' gloussa Albus), ou à tenter d'escalader la bibliothèque pour prendre des livres – bien que ne sachant pas lire – ou utiliser à tort et à travers un des gadgets rares et chers d'Albus, il regardait chaque mouvement du directeur avec une attention de rapace, rendant toute concentration pratiquement impossible.
Cependant, le vieux sorcier s'était profondément attaché à l'enfant, et était impatient de pouvoir lui rendre sa magie lors de la cérémonie du lendemain. Il espérait simplement que la baguette de Harry se révélerait un substitut satisfaisant pour celle de Voldemort. En théorie, ça marcherait, mais l'expérience avait appris à Albus que théorie et réalité étaient deux mondes bien séparés.
Le vieux sorcier monta peu de temps après à son bureau et entreprit de parler avec Phinéas. Cependant, le directeur Serpentard ne se montra pas très accueillant, et Dumbledore le soupçonnait de ne pas vouloir tout lui dire. En fait, Phinéas refusait de regarder Albus dans les yeux, et ne rapporta que de vagues conclusions.
« Phinéas » soupira le directeur « me dire que quelqu'un a peut-être vu quelque chose, il y a quelque temps, dans la tour des Serdaigle, n'est pas d'une grande aide. »
Phinéas haussa les épaules sans s'émouvoir, rappelant fortement à Albus Severus évasif devant une de ses questions.
« Si mes réponses ne sont pas suffisantes » dit l'ancien directeur d'une voix traînante « je suppose que je pourrais faire quelque chose qui vous conviendrait d'avantage ? »
Albus passa des doigts fatigués derrière ses lunettes en demi-lune et se frotta les yeux. Phinéas lui cachait des choses, il était sûr de cela, mais il ignorait pourquoi. Il était également trop fatigué par les recherches pour le pousser d'avantage. Généralement, Phinéas parlait quand il était prêt, et pas avant. C'était comme ça chez les Serpentard.
« Très bien Phinéas, vous avez gagné. Je vais faire une petite sieste. Une grosse journée s'annonce demain et je dois rencontrer Mlle Granger et M. Potter ce soir pour tout préparer. Prévenez-moi si vous entendez quelque chose d'autre. » Il se dirigea ensuite vers ses quartiers privés.
Juste avant de tourner à l'angle, il vit quelque chose qui ressemblait à une expression un peu triste, et peut-être un peu coupable, sur le visage de l'ancien directeur ; puis Phinéas se tourna promptement et quitta sa toile avec un grand mouvement de ses robes anciennes.
Ce soir là, Minerva revint avec Severus et une brassée de paquets. Ils étaient allés chez 'Petits Costumes', un magasin de vêtements pour enfants, mais avaient aussi réussi à s'arrêter dans quelques autres boutiques. Une d'entre elles était 'Zonko'.
« Vous n'avez pas fait ça, Minerva ? » demanda Albus quand il vit le paquet, son visage s'éclairant de ravissement.
« Je vous assure, Albus, qu'il n'y a rien d'explosif là dedans. Juste quelques objets qui changent de couleur ou prennent d'autres formes. Il peut les utiliser pour ajouter un peu de réalisme à ses 'potions'. »
Severus se tenait silencieux à côté de McGonagall. Il arborait un petit sourire grimaçant, mais avait visiblement réalisé qu'il valait mieux le cacher, et essayait désespérément d'abaisser les commissures de ses lèvres.
« Je vois » dit Albus en regardant dans le sac. « Juste quelques objets, hein ? Au moins treize à la douzaine. »
« Oh, vraiment, Albus, il n'y a pas de quoi en faire une montagne ! » Sur ce, elle tendit tous les paquets à Albus, sauf un. « J'amènerai la tunique demain matin. J'ai encore du travail à faire dessus. Maintenant, dites-moi ce que le directeur Nigellus vous a rapporté. »
Jetant un coup d'œil au portrait vide, Albus raconta le manque de coopération de l'ancien Directeur.
« Il cache quelque chose, alors ? » demanda le professeur McGonagall.
« Très probablement. » confirma le directeur.
Minerva hocha la tête. « Il n'y a aucun doute alors que quoi que ce soit, ça concerne un autre Serpentard. Ils se trancheraient la gorge sans hésiter, mais quand ça vient de l'extérieur ils ne se trahissent jamais. »
Albus y réfléchit un instant. « Vous avez peut-être bien raison Minerva. Je ne sais pas si c'est un fantôme Serpentard qui se promène dans nos murs ou une goule perdue, mais j'ai peur qu'il ne soit lié au château maintenant. »
Devant le regard interrogateur de Minerva, Albus continua. « La structure magique de notre Poudlard, comme vous l'avez bien vu lors de la bataille, est aussi vivante que la magique qui parcourt nos corps. Si une créature vit trop longtemps dans la structure interne du château, une partie de cette magie va l'envahir, et elle va devenir une part du château. »
« Vous voulez dire qu'elle ne pourrait pas en sortir ? » demanda la directrice des Gryffondor, assez horrifiée.
« Comme je l'ai dit, elle est liée au château. Elle peut être déterminée à se libérer, mais n'y réussira pas. »
Minerva déglutit difficilement. « Cette créature pourrait-elle être un des Mangemorts attirés dans les murs du château pendant la bataille ? »
Albus secoua la tête. « Non, la créature devrait être bien moins corporelle qu'un sorcier pour survivre. La pression des pierres seule tuerait un homme, même s'il pouvait survivre au manque d'air, d'eau ou de nourriture. Si c'est un Mangemort, il est mort. »
Minerva hocha la tête, satisfaite. « Très bien. Je vous vois demain pour la cérémonie. » Avec une caresse sur la tête du petit garçon, et sur l'épaule d'Albus, la directrice des Gryffondor prit congé.
Albus alla vers le garçon et essaya de le prendre dans ses bras, mais Severus se dégagea. Il prit le sac des mains de son gardien et se dirigea vers la nursery. Albus le suivit et s'installa confortablement dans le fauteuil à bascule. Pendant une heure, il regarda le petit garçon faire des expériences avec ses nouveaux jouets, versant ses potions dessus et les regardant se transformer devant ses yeux. Severus était visiblement ravi de sa 'magie' et cela rendit Albus plus confiant dans son idée qu'il faisait ce qui était juste.
Alors que le vieux sorcier regardait le garçon, les pensées se bousculaient dans son esprit. Demain, si tout allait bien, Severus allait très probablement se retrouver bénéficiaire d'une importante quantité de pouvoir magique. Comment allait-il utiliser ce pouvoir ? Serait-il capable de le gérer ? L'idéal serait que ses pouvoirs lui soient rendus peu à peu, mais c'était quelque chose qu'Albus ne pouvait pas savoir avant d'avoir essayé. Le directeur savait cependant que lorsque la magie serait libérée, il devrait apprendre au garçon à limiter l'expression de ses pouvoirs. Peut-être pourrait-il demander de l'aide à Minerva pour ce sujet précis ?
L'enfant finit par se fatiguer de ses expériences, et Albus l'aider à se nettoyer avant de l'emmener aux cuisines, où ils pourraient prendre un dernier repas tranquille ensemble avant les changements monumentaux que le lendemain allait apporter.
T/N : Les chapitres 10 et 11 sont traduits (j'ai vraiment beaucoup de temps libre pendant mon stage - mais pas d'accès internet, c'est pourquoi vous avez dû attendre bien que les chapitres aient été prêts...) donc ils vont être mis en ligne assez vite ; en fait, je vous laisserai juste un à deux jours entre chaque pour reviewer (et vous aurez de quoi, croyez-moi !). Profitez bien de cette rapidité inaccoutumée !
