Chapitre 14 – Une réunion de style Serpentard

Assis à son bureau, Albus regardait avec une joie visible le spectacle qui s'offrait à lui. Son Maître de Potions était occupé à impressionner Minerva et Hermione avec ses capacités à faire léviter sept objets à la fois. C'était un exploit, car peu de sorciers parvenaient à en manipuler plus de trois, mais dans le cas de Severus c'était un témoignage des longues heures que Mlle Granger et lui avaient passé pendant les dix derniers jours à apprendre à contrôler ses pouvoirs.

Pas qu'il soit à l'abri de montées en puissance accidentelles, loin de là. Il y avait eu de nombreuses explosions, des cataclysmes inattendus, des bris innombrables, et même à l'occasion une blessure qui envoyait Severus ou Mlle Granger à l'infirmerie. Mais cela étant dit, le plus gros des dégâts avait été réparable – Severus devenant encore meilleur à construire qu'il ne l'était à détruire. Et c'était cette dernière partie qui rendait le directeur plus heureux que quiconque. Car Severus, même si plus acerbe et ironique que jamais, semblait prendre un grand plaisir à utiliser ses nouveaux pouvoirs à des fins positives.

Au départ, le directeur avait peur que le Maître de Potions refuse d'exploiter ses possibilités et retourne se barricader dans son laboratoire des cachots, se contentant de sa propre compagnie. Mais à la place, il avait accueilli sa magie redécouverte comme s'il avait toujours senti qu'elle était en lui, mais qu'elle avait enfin été rendue accessible à son usage.

Il y avait encore le souci mineur du Ministre Fudge, qui ce matin même était venu tambouriner à la porte du directeur, demandant à savoir ce qui se passait avec 'ce gredin de Rogue'. Apparemment, le bouche à oreille sorcier était en pleine action. Albus avait tenté d'utiliser l'habituelle technique 'vieillard confus', et s'en sortait assez bien, jusqu'à l'arrivée de Severus et de Mlle Granger. Albus se carra dans son fauteuil et sourit en se remémorant la scène.

"Rogue, qu'est-ce que c'est que cette histoire à propos de 'pouvoirs inhabituels' que vous possédez soudain ?"

"Monsieur le Ministre, je vous assure, je ne possède aucun pouvoir que je n'ai jamais possédé."

"Vous seriez prêt à jurer de cela sous Veritaserum, je présume ?"

Severus hocha la tête, une grimace amusée commençant à se peindre sur son visage.

"Très bien alors" continua Fudge. "Je resterai en contact. Bonne journée Directeur, Mlle Granger. Ne me raccompagnez pas, je connais le chemin."

La grimace prit presque tout le visage de Severus. "Permettez-moi de vous aider, Monsieur." Sur ces mots, un jet de lumière émana des yeux du Serpentard et le Ministre de la Magie fit lévité sans cérémonie et porté avec indignation hors du bureau d'Albus.

Le directeur Nigellus applaudit depuis son cadre, et Mlle Granger rit si fort qu'elle dut sortir pour reprendre son calme. Severus, pour sa part, avait l'air plutôt content de lui. Dans l'ensemble, ça avait été une très jolie performance – même si potentiellement dangereuse.

Albus fut tiré de ses souvenirs par la voix de Remus émanant de sa cheminée. Il était écarlate, les cheveux en bataille, et appelait le directeur à pleins poumons. La Maître de Potions perdit sa concentration en entendant les cris et les objets tombèrent par terre. Il répara ceux qui s'étaient brisés avec un rapide "Reparo" pendant que le vieux sorcier traversait la pièce en direction de la tête de son ancien professeur de Défense.

"Que se passe-t-il, mon garçon ?"

"Le piège dans le garde-manger de la seconde cuisine s'est déclenché. Quelqu'un… ou quelque chose a été pris. J'ai essayé d'entrer mais le Baron Sanglant m'en a empêché. Il bloque la porte et je ne peux pas passer. Pas sans engelures, en tout cas."

"Le Baron Sanglant ?" Le directeur était perplexe. Il se tourna pour demander à Phinéas s'il avait une idée de la raison de l'implication du fantôme des Serpentard, mais ce faisant il réalisa que l'ancien Directeur avait disparu de son cadre. Mais il n'était pas le seul à avoir effectué un départ subit. Severus et Mlle Granger avaient également quitté la pièce.

"Minerva, où sont-ils allés?"

"Severus a dit quelque chose qui ressemblait à "bordel" et il est sorti en courant. Mlle Granger l'a suivi ; j'ai supposé que c'était parce que c'est elle qui est responsable de Severus aujourd'hui. Mais elle semblait aussi assez troublée. Y a-t-il quelque chose dont personne ne m'ait tenue au courant, Albus ?"

"Oui, mais c'est la même chose dont personne ne m'a informé non plus. Et je pense que nous sommes sur le point de découvrir ce que c'est. Remus, prévenez le Ministère – plus précisément Tonks ou Kinglsey – et retrouvez-nous après à la seconde cuisine."

Le directeur sortit rapidement de son bureau, la directrice adjointe sur les talons. Il semblait que pour une fois il détenait enfin la supériorité sur ce Mangemort. Les cours reprenaient dans un peu plus d'une semaine, donc ce n'était pas trop tôt. Albus hâta le pas.

Quand il arriva dans la vieille cuisine de pierre, il semblait y avoir un léger désaccord entre Severus et la maintenant impressionnante Mlle Granger. Severus n'était pas le seul à avoir subi un énorme changement au cours de l'été. Hors de l'ombre de ses deux amis, la demoiselle Gryffondor avait fait montre d'un côté indépendant, contrastant avec son caractère habituellement docile. Ajouté au succès rencontré lors de la résolution de l'énigme de la magie disparue du Maître de Potion, qui avait contribué à augmenter sa confiance en elle, Mlle Granger ne voulait plus revenir sur ses opinions quand elle rencontrait une opposition. Elle avait montré cet aspect d'elle-même au directeur quelques semaines plus tôt dans la bibliothèque, et le montrait apparemment en ce moment même à Severus.

Malheureusement, à l'instant où ils virent arriver Albus et Minerva, les deux querelleurs interrompirent leur dispute, se contentant de se regarder d'un air noir.

"Avez-vous parlé au Baron Sanglant, Severus ?" demanda le directeur. La porte du garde-manger était juste derrière le coin le plus éloigné de la cuisine.

Severus regarda par terre et Mlle Granger tourna la tête sur le côté, fuyant le regard des spectateurs. "Pas encore."

"Pourquoi ?"

"J'y vais maintenant" répondit Severus, évitant soigneusement la question d'Albus. Stratégie qui ne fut pas perdue par le Directeur.

Severus partit, et Hermione commença à le suivre, mais le vieux sorcier la rappela. Il n'était pas si doué dans la lecture des Serpentard – personne ne l'était, c'était dans la nature même de leur maison – mais il pouvait lire les Gryffondor comme autant de livres ouverts. Et il savait aussi comment en tourner les pages.

« Mlle Granger, vous me cachez quelque chose. Jusqu'à il y a quelques jours, je pensais que vous prépariez votre programme en douce – gardant un vieux fouineur comme moi à l'écart. Mais c'était naïf de ma part, n'est-ce pas ? »

Hermione rougit.

Remus entra à ce moment et perçut la tension dans la pièce. Il avait assez d'expérience de la nature humaine pour savoir rester silencieux avant d'en apprendre plus.

Minerva attaqua à son tour. « Hermione, si vous espérez devenir professeur ici, vous ne pouvez pas garder le Directeur à l'écart de choses importantes. Il n'est pas professionnel de garder des secrets. Ce n'est pas Gryffondor non plus. » Elle insista un peu sur 'Gryffondor'.

« Je suis désolée Directeur, mais je ne pensais pas que vous approuveriez. »

Le professeur McGonagall se racla la gorge. « Raison de plus de le mentionner, alors. »

Le directeur intervint. Il ne souhaitait pas arriver à une leçon sur les point importants de la moralité Gryffondor. Il voulait simplement savoir ce qui se passait. « S'il vous plaît, Mlle Granger. Dites-moi. »

« Le Mangemort, Monsieur, j'aidais le Directeur Nigellus à trouver un moyen de le faire sortir du château. »

Minerva faillit s'étrangler sur l'air de la pièce. « Vous avez aidé un Mangemort ? C'est vous qui défaisiez les protections et disiez à cette créature où étaient les pièges ? »

Albus posa une main sur le bras de Minerva pour la calmer. Mlle Granger semblait au bord des larmes. A ce moment, une voix intervint depuis la peinture d'une cuisine médiévale. C'était Phinéas, l'air assez bizarre dans un tableau étranger – situation qu'il évitait généralement le plus possible. « Non, c'était généralement moi-même, ou le Baron, qui indiquions à notre invité par quelles pièces il pouvait quitter en toute sécurité les murs du château. Malheureusement, aucun de nous ne peut ouvrir les portes, et comme la plupart des salles inutilisées sont verrouillées, nous avons été incapables de le faire sortir du bâtiment. »

Phinéas fit une pause pour s'assurer que son auditoire était convenablement horrifié, et voyant que c'était le cas, poursuivit avec entrain. « Au début, nous n'étions pas sûrs qu'il puisse survivre hors des murs, mais Mlle Granger a eu la gentillesse de trouver un sort pour relâcher l'emprise du château sur lui. Vous serez sans doute enchantés de savoir qu'elle a initialement refusé de nous aider à simplement ouvrir une porte et le laisser sortir. Elle affirmé devoir 'y réfléchir'. Une véritable surprise venant d'un Gryffondor, soit dit en passant. Je l'ai félicitée pour cela. Mais malheureusement, quand elle a eu pris la décision de l'aider » à ce moment, Phinéas s'arrêta pour regarder le vieux sorcier d'un air désapprobateur « ces imbéciles d'Aurors avaient placé tant de barrières, de pièges et d'alarmes qu'il ne lui était plus possible de partir. Ce qui, si vous y aviez réfléchi, Directeur, aurait dû être votre but. »

« Professeur Dumbledore, s'il vous plaît, laissez-moi expliquer... » Hermione n'en eut pas la chance. Des cris et des bruits d'objets projetés contre les murs se firent entendre dans le garde-manger.

Les quatre Gryffondor coururent vers la petite pièce, maintenant débloquée, et entrèrent. Le Baron Sanglant jeta un regard aux nouveaux arrivants, secoua la tête avec dégoût et flotta à travers le mur voisin. Cependant, Severus était debout au milieu de la pièce, les bras croisés, ses yeux émettant la lumière surnaturelle, et sa magie maintenant en l'air, et tournant sur lui-même, un Mangemort. Le piège magique avait été ouvert et abandonné sur le côté.

Minerva, Remus et Albus pointèrent leurs baguette vers la silhouette en rotation, mais Severus le contrôlait totalement.

« Je vous promets, Directeur, il n'est pas blessé. Un peu étourdi peut-être, mais aucunement blessé. »

Le directeur était maintenant totalement perdu. « J'en suis heureux, Severus. Mais je n'ai aucune objection à ce que vous vous défendiez si cela est nécessaire. »

Severus rompit la connexion et l'homme tomba au sol. Il se mit aussitôt à vomir et Minerva lança un rapide 'Stupéfix'. Elle ignora les regards noirs de Severus et Hermione.

Le Maître de Potions tourna ensuite toute son attention à son directeur. « N'est-ce pas votre voix qui résonne encore dans ma tête 'TU NE FERAS PAS DE MAL AUX AUTRES', ou fais-je erreur ? » Il gratifia le vieux sorcier d'un sorcier levé, interrogateur, pour parfaire l'effet.

Le directeur réprima un gloussement. Il avait exactement dit ça, en effet. Plusieurs mois auparavant, après que Severus ait frappé Harry au visage avec une cheval de bois. C'était incroyable, mais il avait atteint le petit garçon ! Mais il devait rectifier une mauvaise formulation. « Je ne parlais pas des cas de légitime défense. »

« Ah, eh bien, ce n'était PAS de la légitime défense. A moins que vous estimiez que me jeter des boîtes de purée de petits pois constitue une tentative de meurtre. »

Minerva et Remus s'étaient approchés de la silhouette allongée au sol. Le loup-garou l'avait nettoyé avec un geste de baguette et relevé sa capuche. Minerva poussa un cri étouffé. « C'est Marcus Flint, Directeur. » dit Remus.

Albus s'approcha du jeune homme, suivi du directeur des Serpentard et de Mlle Granger. Il passa sa baguette le long de la silhouette évanouie et secoua la tête. « Ce n'est pas une goule. Il est aussi vivant que nous. Comment a-t-il pu survivre dans les murs de Poudlard sans se faire écraser ? »

« Il a été sauvé par le Baron, Monsieur » fit la voix d'Hermione, légère mais reprenant confiance. « Pendant la bataille, il a vu Marcus se faire aspirer par un mur. Il a convaincu le château de le mettre dans une poche d'air. Puis Phinéas et lui m'ont demandé de trouver un sort lui permettant de quitter les murs. » Devant le regard désapprobateur de Minerva, Hermione regarda Rogue à la recherche d'un soutien. Il hocha la tête, lui faisant signe de continuer. « Je n'avais pas le choix. Si je ne l'avais pas aidé il serait mort de soif en quelques jours ! Ils voulaient le libérer, le laisser sortir du château et aller se cacher, peut-être quelque part en Europe, mais je n'étais pas sûre. J'ai fini par le rencontrer. Il n'est vraiment pas si mauvais. Il ne voulait pas être Mangemort. Il n'a pas eu le choix – comme beaucoup de Serpentard. C'était accepter le masque ou voir toute sa famille se faire tuer comme avertissement pour les autres. »

« Et vous le croyez ? » C'était la voix de Remus, mais pas critique. Simplement interrogative.

Hermione hocha la tête.

La voix grave de Severus emplit le petit espace. « Elle a eu raison de le croire. Aucun des Serpentard dans la dernière demi-douzaine d'années n'a eu le choix. M. Flint a essayé de ne pas se joindre à eux. Après son diplôme, il est allé en France en tant qu'apprenti pour un fabricant de balais, mais ses parents ont insisté pour qu'il revienne. Le Seigneur des Ténèbres commençait à douter de leur fidélité. Il a été initié l'année dernière. Il n'était pas le plus enthousiaste des... participants. » Il s'arrêta un instant, comme si se demandant s'il pouvait dire ou non ce qu'il pensait. Puis il regarda le directeur droit dans les yeux et prit une grande inspiration. « La maison Serpentard était remplie d'étudiants qui n'avaient pas le choix. Le peu qui ont eu la chance d'être à l'école à l'époque de la bataille ont enfin eu ce choix, mais cela n'a pas été le cas de ceux qui sont venus avant eux. Il n'y a eu de choix, ni de seconde chance, pour aucun d'entre eux... à part moi. »

Albus remarqua que Minerva avait, d'une façon rare pour elle, fermé les yeux quand Severus avait parlé. Il réalisa qu'elle était probablement en train de revivre ces horribles moments de la bataille. Les morts atroces de tous ces Mangemorts qui avaient été attirés dans les murs du château était une chose que la plupart d'entre eux avaient repoussé en dehors de leur esprit. Pourquoi était-il toujours plus facile de repousser à l'écart la mort des Serpentard que ceux des membres des autres Maisons ?

« Il a été de mon expérience personnelle » commença le directeur « que les secondes chances profitent aux Serpentard. Pensez-vous que si nous réveillons le jeune M. Flint il acceptera notre offre ? »

Severus ricana. « S'il ne le fait pas, je suis sûr que le Directeur Nigellus et le Baron Sanglant le convaincront. »

Et donc, Albus Enerveta le jeune homme et l'emmena à son bureau. Remus s'occupa de l'arrivée de Tonks et Kingsley, pendant que Severus, Minerva, Hermione, Phinéas et Albus parlaient avec le jeune Serpentard. Un peu avant minuit, ils arrivèrent à un agrément qui satisfaisait tout le monde.


Albus et Severus rentraient au château. Ils venaient de Transplaner à Poudlard après l'interrogatoire de Severus sous Veritaserum. Les questions avaient été posées par Fudge lui-même. Et comme il était encore moins compétent à interroger qu'à gouverner , le directeur des Serpentard n'avait eu aucun mal à satisfaire la commission spécialement nommée pour l'Etude de Phénomènes Magiques Inhabituels. En fait, lorsque l'habile Serpentard avait fini, il les avait pratiquement convaincus que si sa magie avait toujours été présente, il l'avait volontairement limitée afin d'empêcher le Seigneur des Ténèbres de l'utiliser à son avantage. Albus se dit, et pas pour la première fois, qu'il fallait un talent certain pour transformer la vérité en une fiction à son propre service, alors que sous influence du Veritaserum. Apparemment, il était le seul à avoir remarqué combien le Maître de Potions clignait des yeux.

Se disant qu'il pouvait profiter des quelques gouttes de sérum de vérité circulant encore dans les veines de Severus, le directeur risqua une question.

« Donc, à propos de quoi Mlle Granger et vous étiez-vous en train de vous disputer le joue où nous avons découvert M. Flint ? »

Severus soupira. « Elle voulait que je libère Marcus et que je le renvoie dans les murs. Elle pensait que maintenant que j'étais 'revenu' à mon état normal, nous pourrions trouver à nous deux un moyen de le faire partir au milieu de la nuit sans que personne ne remarque rien. Je suppose qu'elle se faisait quelque idée romanesque d'une nouvelle vie pour lui sur le Continent – idée ridicule de Gryffondor. »

« Et que pensiez-vous qu'il devait être fait ? »

« Je voulais que M. Flint cesse de courir, et qu'il vous parle. »

Ils s'arrêtèrent et se firent face. Albus était honoré par la confiance que Severus lui portait à ce niveau. Il se demandait si un jour peut-être Marcus Flint pourrait ressentir cette même confiance. « Je suis heureux que vous ayez pris cette position, mon garçon. »

Le Maître de Potions hocha la tête et reprit sa marche. « J'ai toujours cru au fait de faire face à ses difficultés au lieu de s'enfuir. »

Le directeur était à ce point sidéré par cette déclaration émanant de Severus qu'il mit un moment à se rappeler comment marcher. Il dut courir pour rattraper son directeur des Serpentard, et quand il le fit, il entendit enfin le grand rire venant de la gorge du jeune sorcier. Apparemment, l'effet du Veritaserum s'était dissipé.


Une véritable avalanche de reviews m'est tombée dessus... Je ne savais plus où les mettre... Merci, continuez ! Il reste un chapitre, vous allez bien pousser jusqu'à cent reviews... cent dix peut-être !