Chapitre 2 : "Elle"
Toutes les journées passaient à une vitesse folle, quand on travaillait dans la police. Même lorsqu'il n'y avait pas de meurtre ou de braquage à élucider, il fallait recueillir une plainte, parce que l'agent de service s'était permis de s'absenter, mais Sebastian aimait son métier. Plus que tout à présent. C'était tout ce qui lui restait, l'unique vestige de sa glorieuse époque, avant que tout ne bascule. Après, il ne pouvait nier qu'il avait toujours été en quelque sorte marié à son job. Il passait son temps au bureau ; il aimait crouler sous les affaires, se torturer les méninges. Surtout, plus que tout, il aimait agir, être au coeur de l'action. Il ne se sentait jamais plus lui-même, plus à son aise que lors d'une course poursuite ou d'un affrontement en pleine rue. Parce que c'était exactement la vie dont il rêvait autrefois, bien loin de la paperasse poussérieuse.
C'était d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle il lui avait été difficile de se montrer aussi prévenant et attentif qu'il l'aurait dû, avec Myra, suite au décès de Lily. Il chassait cette idée de son esprit, quand bien même elle revenait sans cesse pour une bonne raison. Cette journée-là ne fit pas exception. Il dressa des procès-verbaux, arrêta plusieurs dealers et identifia même un haut membre de la mafia. Il partirait dans les jours suivants sur sa piste. Il avait hâte. Il se révélait dans ce genre de mission qui lui allait comme un gant. Pourtant, il éprouvait une gêne, ressentait un désagrément qui n'aurait pas dû exister. Son enthousiasme n'était pas entier ; quelque chose le retenait.
Oda le sortit de ses pensées. Il balança un dossier sur son bureau. Aussitôt que Sebastian repéra l'emblème de l'hôpital Beacon dessus, il soupira. Cette affaire lui paraissait insoluble. Une vraie épine plantée dans son pied. A coup sûr, il s'agissait de celle que Myra évoquait dans la note qu'elle lui avait laissée. Ses derniers mots, avant qu'elle ne disparaisse. Elle l'avait supplié de se tenir éloigné de cet endroit, de ne pas se mêler de toute affaire le concernant de près ou de loin, tournant autour de ce qui s'y manigançait. Elle cherchait à l'éloigner du danger, mais c'était mal le connaître. Sans vouloir se l'avouer, Sebastian se plaisait à vivre dangereusement. Et, surtout, il voulait percerle mystère qu'elle avait laissée derrière elle. Pour la venger en quelque sorte. A ses yeux, elle avait été tuée. Jamais elle ne l'aurait quittée ainsi, sans une meilleure explication. Elle devait être morte.
- Encore un... maugréa Joseph ; lui aussi commençait à se faire du souci.
Voilà des mois que des patients, toujours sans famille, sans attaches, des orphelins de tout âge, la plupart admis en service psychiatrique, disparaissaient de l'hôpital Beacon de la ville. Ils s'évanouissaient, purement et simplement. Du jour au lendemain, on entendait tout bonnement plus parler d'eux. Le pire était que Sebastian ne pouvait même pas affirmer qu'un tueur sévissait ; on avait jamais retrouvé un seul corps. Nul ne savait ce qu'il advenait de ces pauvres hères.
Au départ, le maire et les supérieurs de Sebastian ne s'étaient guère intéressés à l'affaire, en l'absence de toute certitude. Les disparus passaient pour des gens instables, tout à fait capables de s'enfuir en pleine nature, comme les fous qu'ils étaient. Puis, le nombre de disparitions avait augmenté de façon exponentielle. Les médias s'étaient emparés de l'affaire ; elle s'était ébruitée et était devenue l'une des plus chaudes de toute l'histoire de Krimson City. C'était ainsi que Sebastian s'était retrouvé avec ce vaste problème sur les bras. Mais, franchement, tout de suite, il n'avait pas envie de penser à ça. Surtout pas. Il consulta l'horloge encastrée dans le mur devant lui. 19 heures. Il était temps pour lui de partir. Il avait rendez-vous avec quelqu'un et il ne voulait surtout pas le faire attendre. Pendant un moment, il avait hésité à annuler, mais il y avait vite renoncé. Se changer les idées ne lui ferait pas de mal.
- Une journée de merde de plus qui se termine... soupira-t-il.
Il rangea le nouveau dossier dans sa sacoche, éteignit son office et prit la direction du parking, Joseph sur ses talons. Tout en marchant, il alluma sa cigarette bon marché.
- Une journée de plus sans réponse, renchérit son adjoint, en rehaussant ses lunettes.
- ça viendra, garantit l'hispanique. Faut être patient.
Les indices finiraient bien par parler d'eux-mêmes. Ou Sebastian se chargerait de les interpréter. Pour l'heure, il ne disposait de presque rien. Deux ou trois témoins tous plus dingues les uns que les autres, qui suivaient des traitements de choc et qui changeaient de version d'un jour à l'autre. Le brun grimpa dans sa voiture. Il vit que Joseph ne l'avait pas quitté. Il respectait le fait qu'il ne cherche qu'à l'aider, mais bordel il n'avait pas besoin d'un ange gardien. Il savait ce qu'il faisait. Enfin, il le croyait ; il était sans doute un peu de mauvaise foi.
- Vous allez... débuta maladroitement l'asiatique, très concerné.
- Je sors dîner.
Joseph songeait plutôt à une soirée de beuverie en solitaire. Afin d'apaiser ses doutes, Sebastian précisa :
- Je sors dîner avec quelqu'un.
Son subordonné parut heureux pour lui. Il lui offrit un léger sourire. Sans doute Sebastian apercevrait-il bientôt le bout du tunnel. Il espérait vraiment qu'il tourne enfin la page.
- Passez une bonne soirée alors, dit-il, d'une voix amicale, et il s'écarta enfin de la voiture pour le laisser partir.
L'heure que l'affichage électronique renvoyait arracha un souffle agacé à Sebastian. Il n'aurait pas le temps de rentrer chez lui faire un brin de toilette et se changer. L'idée le frappa. Depuis quand se souciait-il de nouveau de son aspect, en dehors du boulot ? Il se passa la main dans les cheveux, nerveux. Il avait couru après des suspects une bonne partie de l'après-midi et il faisait très chaud. Il avait transpiré. Il voulait être présentable, voire "beau". Il se gratta la nuque. Les rares fois où il sortait boire une bière avec un ami flic, il ne se posait pas tant de questions. En même temps, ils appartenaient au même monde. Ce n'était pas le cas de Ruvik. Ruvik vivait dans une sorte d'univers parallèle. Un monde de luxe, de richesses, qui colportait une idée de perfection pour les gens de la classe moyenne tels que Sebastian.
Son dilemme résolu, il décida de rentrer. Tant pis. Ruvik patienterait bien une dizaine de minutes. Il lui expliquerait, lui exposerait ses raisons et il comprendrait. Ou pas. La pensée fit grincer des dents le brun. Il se gara à la hâte, grimpa les escaliers quatre à quatre. Il n'avait pas de chance ; l'ascenseur était tombé en panne. Aussitôt rentré chez lui, il envoya ses vêtements sales aux quatre coins de la chambre et fila se doucher. L'eau fraîche lui fit le plus grand bien. Il s'appuya contre le mur carrelé et respira à pleins poumons. Incroyable, mais vrai. Il stressait. Et pour si peu. Il se dit qu'il ne s'agissait que du contrecoup de sa folle journée. Dès qu'il fut propre, débarrassé de sa sueur, de la poussière collé à sa peau basanée, il sortit et se sécha en vitesse. Alors qu'il s'apprêtait à regagner sa chambre, il stoppa net face au miroir. La surface en était sale, presque opaque. Ainsi, cela faisait si longtemps qu'il ne s'était pas regardé. N'importe qui qui l'aurait contemplé dans l'instant, dans son plus simple appareil, se serait demandé ce qu'un homme pareil faisait tout seul. Lui-même n'était pas en mesure de répondre à la question.
Il revêtit ce qu'il trouva de plus élégant dans sa penderie. Il trouva pas mal d'affaires dont il avait oublié jusqu'à l'existence. Des chemises que Myra lui avait offertes. Au final, tous ses habits se ressemblaient un peu. Il était quelqu'un de définitivement classique et sobre. Il n'était pas au fait des tendances ; d'ailleurs, il s'en fichait. Il s'habillait comme bon lui semblait, tant que cela seyait à son image de détective. Il se mit en route aussitôt prêt. Il aurait un quart d'heure de retard.
Comme il suffoquait, la température atteignant des sommets, il roula les vitres ouvertes. Alors qu'il approchait du manoir, des éclats de voix lui parvinrent. Il ralentit et se gara, caché, derrière des massifs de buis, juste avant de passer le portail. Il reconnut la voix de Ruvik, qui montait dans les aigus. De toute évidence, il n'aimait pas ce qu'il venait d'entendre. Sebastian savait que c'était mal d'espionner, surtout quelqu'un avec qui il devait ensuite passer la soirée en "connaissances", mais il ne put résister à l'envie d'en entendre davantage. Sans bruit, il quitta son véhicule et se rapprocha, autant que possible sans se faire repérer. Ruvik marchait de long en large. Le son de ses chaussures impeccablement cirées sur le gravier couvrait un peu sa voix. Il était au téléphone.
- Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?
Apparemment, la personne de l'autre bout du fil persista et Ruvik frissonna de colère. Il paraissait profondément écoeuré par ce que l'autre l'enjoignait à faire. Il cracha avec dédain :
- Je te préviens... Si ça foire, ce sera ta responsabilité.
Je ne te le pardonnerai pas. Vieux fou. Et il raccrocha sur-le-champ. Sebastian perçut nettement son soupir agacé. Nul doute ne faisait qu'il en avait assez de l'attendre. Sa théorie se confirma. Ruvik, en pestant, s'éloigna des massifs pour s'en retourner devant sa maison, à son poste. Un vent se leva soudain. Sebastian, toujours immobile, essayait de coller les morceaux du puzzle. Il entrevoyait bien des choses, qui lui déplaisaient et qui semblaient surtout beaucoup trop aberrantes et invraisemblables pour qu'il les garde en mémoire. Il attendit encore un peu et reprit sa voiture, pour récupérer Ruvik, comme si de rien n'était.
- Bonsoir. Désolé pour le retard.
Au regard que le blond lui jeta, il sentit que ce retard avait été pris pour un manque flagrant de respect. Pourtant, les lèvres de Ruvik se fendirent en ce sourire préfabriqué qu'il lui avait déjà servi la dernière fois. Il trichait.
- ça ne fait rien.
Un mensonge éhonté. Aussitôt qu'il se fût assis à sa droite, le poil de Sebastian se hérissa, comme si la température avait brutalement chuté. Sebastian laissa la musique à la radio détendre l'atmosphère. Après un moment, il s'enhardit à prendre la parole :
- Nous avons réussi un gros coup aujourd'hui.
Tant mieux pour toi... Ruvik affecta de l'intérêt. Il eut l'extrême bonté de poser ses yeux sur lui. Sebastian crut qu'il s'intéressait véritablement à ce qu'il pourrait lui dire. Il se permit alors de poursuivre. Le trajet fut court. Il ne vit pas le temps passer. Sebastian appréhendait cependant le dîner. Il avait décidé de donner à leur pseudo-amicale relation, ou quoi qu'elle soit, une seconde chance. Mais, si ce soir-là tournait encore au désastre, il abandonnerait. Il fallait parfois savoir accepter la défaite. Il y avait des gens trop compliqués, même pour lui, incompréhensibles, même par lui.
De prime abord, l'atmosphère lui semblait meilleure, en dépit du départ catastrophique. Ruvik paraissait avoir mis de l'eau dans son vin. Il était prêt à faire des concessions. Sebastian n'eut pas à le deviner. Plusieurs fois, il lui décocha un léger sourire, relança la conversation entre deux plats et même il l'interrogea. Il le pressa de questions relatives à son métier. Sebastian crut d'abord qu'il agissait ainsi par pure politesse, mais ses interrogations ne cessaient de se multiplier. Quand il demanda la raison de cet intérêt si vif, Ruvik rit et répondit simplement qu'il était passionné de romans policiers.
De fil en aiguille, ils en arrivèrent à aborder l'affaire qui causait le plus de soucis à Sebastian. Celui-ci essaya, à maintes reprises, de changer de sujet. L'affaire était pour le moins glauque, pas de celles dont on discutait à un dîner en tête à tête supposé être agréable. Cependant, chaque fois qu'il déviait la conversation, Ruvik se débrouillait pour y revenir. Sebastian répondit à la moindre de ses questions et, comme Ruvik l'écoutait enfin avec un immense intérêt, les yeux presque brillants, il continua de lui-même. Quelque part, se livrer lui permit de relâcher un peu de cette pression pesant sur ses épaules. Les rares fois où il s'était laissé aller à parler d'affaires en cours, la personne en face de lui avait écourté la soirée, gênée par le sujet. Pour une fois, ce n'était pas le cas et Sebastian se sentait moins bizarre. Lui et Ruvik partageaient au moins un centre d'intérêt. Parler de ça avec quelqu'un d'extérieur aux services, quelqu'un qui ne connaissait pas un seul autre policier, lui fit du bien.
Ruvik porta sa dernière bouchée de sorbet à sa bouche et reposa sa cuillère, toujours avec ce raffinement et ce maintien qui le caractérisaient. Il s'essuya. Le moindre geste qu'il faisait était empreint d'élégance. ça devait être ça. Les nobles. Sebastian, en tout cas, n'avait jamais fréquenté une telle personne. La nouveauté ne lui déplaisait pas. Au contraire, elle l'enchantait.
- Donc... vous n'avez actuellement aucune piste ?
- Pas la moindre, admit Sebastian.
Ruvik feignit de la déception. En réalité, il exultait. Jimenez sera ravi de l'entendre. Son hilarité fut vite chassée par une muette panique, lorsque Sebastian reprit :
- Juste deux malades qui prétendent avoir vu qui a embarqué leurs compagnons de cellules durant leur sommeil.
A ces mots, un tressaillement incontrôlable agita Ruvik. En un quart de seconde, il se vit les menottes aux poignets, dénoncé par Jimenez, qui lui faisait porter le chapeau pour tous les meurtres. Il voyait ce ridicule inspecteur alcoolique le conduire droit en prison. Non. Non. Non !
- ça va ? s'enquit subitement ledit inspecteur ; Ruvik avait subitement blêmi.
- Oui, tout va bien, répondit-il doucement, en regagnant contenance.
Il laissa quelques secondes s'écouler. Il observa Sebastian alors qu'il vidait un énième verre de vin. Combien déjà ? Ruvik calcula rapidement, essaya de se remémorer tout ce qu'il avait bu. Une bouteille de vin, un apéritif et un digestif pour clore le repas. Il avait consommé pas mal d'alcool. ça valait peut-être le coup d'essayer. Au pire, Sebastian ne répondrait pas.
- Et, par curiosité, quels sont les noms de ces deux prétendus témoins ? s'informa-t-il, l'air de rien, de sa voix la plus innocente, la plus désinvolte possible.
- Désolé, mais je ne peux pas révéler ce genre d'informations... Vous comprenez...
Apparemment, il n'était pas assez aviné pour en oublier toute la procédure et le programme de protection des témoins. Ruvik masqua sa grimace de déception derrière sa serviette, en se séchant doucement les lèvres. Tout se déroulait comme dans un rêve, à l'extrême opposé de la dernière fois. Sebastian flottait sur un petit nuage ; l'alcool n'y était pas non plus étranger. Il était euphorique. Peut-être aurait-il un léger mal de crâne le lendemain, mais il avait connu bien pire. Le maître d'hôtel, aux alentours de onze heures, vint lui demander de régler la note. Sebastian manqua de s'étouffer devant le total qui lui incombait de payer. Il ne pouvait payer en liquide. Il sortit son portefeuille et tendit sa carte bancaire. Ruvik étant un homme, cette soirée n'était pas sensée être un rendez-vous au sens littéral du terme et il n'aurait pas dû se sentir si gêné quand sa carte fut refusée. Pourtant, il le fut.
Il n'était pas le seul. Le serveur se racla la gorge, aussi embarrassé que lui, d'autant plus qu'il avait aperçu son insigne de détective. Ruvik se délecta une seconde de leur embarras. Son regard alla de l'un à l'autre. Sebastian tâchait de s'expliquer, prétendant que sa paye aurait dû tomber le jour même, pendant que l'employé essayait encore et encore de repasser la carte, qui finissait immanquablement rejetée par l'appareil. Lorsqu'il se fut lassé du spectacle quelque peu répétitif, Ruvik éleva la voix :
- Ne vous inquiétez pas. Je réglerai.
Pour cette fois. Il ne possédait pas de carte de paiement, à moins qu'il ne l'ait pas prise avec lui, mais il extirpa plusieurs billets de sa poche et les tendit au serveur, qui écarquilla les yeux.
- J'espère que ça suffira, glissa Ruvik, d'une voix empreinte d'amusement.
Sebastian ne cessa de se blâmer, durant tout le trajet jusqu'à la voiture. Il avait gâché la soirée. Il avait bien compris que l'argent n'était pas un problème pour Ruvik, qu'il roulait sur l'or. Malgré tout, dans son esprit, il lui appartenait de payer le repas. Pourquoi y attachait-il autant d'importance ? Avec une femme, cela n'aurait pas fait un pli. C'était le fruit des convenances, des usages établis. Mais Ruvik était un homme et Sebastian avait réglé leur premier repas. Que Ruvik paye le deuxième était en réalité parfaitement logique et normal. Mais ça restait en travers de la gorge de Sebastian, comme s'il avait manqué à son devoir. Comme s'il était sorti du rôle qu'il s'était inconsciemment attribué.
Dès qu'ils se furent installés dans la voiture, il mit la radio, bien trop fort. Pour couvrir le silence. Il pouvait toujours conduire, mais ne se sentait pas encore de reparler à Ruvik. Il cherchait la meilleure manière de se faire pardonner sa faute. Ruvik accepta son silence, sans s'en offusquer. Quand ils parvinrent devant chez lui, la voiture s'arrêtant à l'exacte même place que d'habitude, Sebastian n'y tint plus. Il retint Ruvik, avant que celui-ci ne quitte le véhicule et ne s'enferme dans son château digne d'un film d'horreur. Il devait s'excuser, en dépit de tout ce que ça avait d'illogique :
- Je m'en chargerai la prochaine fois, promit-il, très ennuyé, bien plus encore qu'il ne le laissait paraître.
Nul besoin que Sebastian fasse référence à ce dont il parlait ; Ruvik avait bien senti que l'incident avait pesé sur son esprit durant tout le voyage de retour. Le blond rit tout bas, caché derrière une main pudique.
- Quoi ? répartit le brun, décontenancé par son hilarité. J'ai dit quelque chose de drôle ?
Il parlait plus librement que d'ordinaire. Il fallait avouer qu'il n'avait plus les idées très claires. L'alcool lui courait à travers les veines, chargeant son sang.
- "La prochaine fois", se contenta de répéter Ruvik, sans se départir de son malicieux sourire.
Et, aussitôt, sans lui laisser le temps de réagir, il demanda de but en blanc :
- Vous désirez vraiment me revoir ?
Le regard de Sebastian cilla. Cette question si directe le laissa pantois un moment. Il chassa les mèches humides qui retombèrent sur-le-champ devant son front ridé. Enfin, il lâcha, assez hésitant :
- Seulement si t... si vous en avez envie vous-même.
Il peinait à le vouvoyer. Le vouvoiement n'était déjà pas quelque chose de naturel pour lui, surtout après les heures qu'ils avaient passés ensemble. Dans son état, il devait lutter pour se rappeler de ne pas tutoyer Ruvik. Une fois de plus, sans qu'il lui expliquât quoi que ce soit, Ruvik comprit de quoi il retournait. Il n'avait pas faire de leur première soirée un véritable enfer pour rien. Il décida qu'il était temps d'exposer clairement les règles du jeu au détective. Il capta le regard d'un Sebastian pourtant peu lucide en un quart de seconde et débuta, d'une voix nette et réfléchie :
- J'apprécie que nous ne partagions pas toujours le même avis, parce que, sans débat, une discussion n'est jamais bien intéressante. Je n'attends pas de vous que vous ne soyez que mon reflet dans un miroir. Aussi, je vous encourage à vous opposer à moi, à confronter nos points de vue, également parce que je respecte votre opinion. Si vous le faites avec révérence, je vous promets que ce sera toujours sans conséquence. Vous serez toujours le bienvenu...
Sebastian le suivait à grand peine, non pas parce qu'il ne le comprenait plus, mais parce qu'il le sentait lentement, mais sûrement, monter en pression, se faire agressif. Il vit ses traits se durcir et son regard se fit perçant et presque dangereux.
- Mais, si vous vous permettez encore de critiquer, ou de ne serait-ce que commenter, ma manière de gérer ma peine...
De vivre la mort de ma soeur chérie... Je vous arracherai la langue. Je vous tuerai. Je vous tuerai ! Chaque mot, chaque pensée, le labourait de l'intérieur. Il ne pouvait le hurler évidemment. Alors il ferma ses paupières, inspira une seconde, vibrant de rage. Et Sebastian restait figé là, face à lui, complètement abasourdi face à la tempête qui se déchaînait et qu'il n'avait même pas eu conscience de déclencher jusqu'à maintenant. Ruvik asséna d'une voix tranchante :
- Si vous franchissez cette unique limite que je vous impose, jamais plus vous ne me reverrez. Du moins, je l'espère pour vous.
Venait-il bien de le menacer ? Sebastian n'en croyait pas ses oreilles. Mais il était encore loin du compte. Ruvik n'en avait pas terminé. Sa voix grinçait de plus en plus ; corrosive, elle suintait la malveillance. Il avait pris sur lui jusque-là pour enterrer cette part moins reluisante, moins lisse, de lui, mais il avait atteint le point de non-retour. Tant pis pour ce salaud de Jimenez. Ruvik ne se coltinerait pas cet inspecteur sans l'avoir mis au pas. Il n'était pas doué pour jouer les "gentils" ; il ne l'était pas. Pas du tout. Il exhala un souffle nerveux et sonore, puis reprit, les lèvres figées, sa voix grimpant dans les aigus et grondant de haine :
- Me suis-je fait bien comprendre "Seb" ?!
Il l'avait crié. Il l'avait réellement hurlé, au comble de l'hystérie, sur ce ton strident et furieux. C'était de la folie. De la détermination, de l'obstination, mais poussée jusqu'à l'obsession. Jusqu'à l'irrationnel. Sebastian trouva ça... époustouflant, absolument magnifique.
S'il s'était écouté, il l'aurait embrassé.
Il s'éveilla le lendemain matin. Sa main erra à la recherche d'un réveil qui n'était pas là. Il entrouvrit les yeux et réalisa alors qu'il s'était écroulé sur son vieux canapé, trop lessivé pour se traîner jusqu'à son lit. Il bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Des tickets de rejet de paiement roulés en boule tombèrent de ses poches de pantalon et la soirée de la veille lui revint en mémoire.
L'accès de rage incroyable de Ruvik supplanta tout le reste. Pendant une seconde, il le revit, le menaçant, à mots à peine voilés. En fait, non. Il ne revit pas Ruvik. Il revit quelqu'un d'autre, quelqu'un qu'il découvrait, qu'il n'avait encore jamais aperçu auparavant. Une autre face de lui. Comme un jumeau maléfique. Evidemment, Sebastian n'était pas dupe. Les gens parlaient beaucoup, disaient souvent accomplir des choses qu'ils ne menaient finalement jamais à leur terme. Ruvik avait simplement voulu lui faire passer un message, qui s'était avéré on ne put plus clair. En se repassant les événements, Sebastian se remémora aussi cette pensée incongrue qui lui avait traversé la tête. Pendant une seconde, il avait voulu Ruvik et cette pensée, maintenant qu'il avait décuvé, le mettait extrêmement mal à l'aise. Il avait toujours nourri une admiration sans bornes pour les personnes ayant de la poigne, dotées d'un caractère bien trempé, mais aussi pour celles qui avaient les pieds sur terre. Si Ruvik remplissait parfaitement le premier critère, il était à des lieues de correspondre au second. Et c'était un homme. Bordel.
Pour le moment, il n'avait guère de temps à perdre avec ces problèmes métaphysiques. Sa journée de labeur débutait bientôt et il était bien parti pour arriver en retard. Encore. Il se doucha et s'habilla prestement, avant de partir pour le commissariat. Joseph l'accueillit d'une salutation courtoise, puis s'empressa de lui indiquer qu'un nouveau patient comptait parmi les disparus du Beacon. Sebastian poussa un juron. Il décréta :
- En voiture. On va rendre une petite visite surprise au responsable de cette passoire.
Après tout, n'était pas cet homme-là même qui prétendait que les patients s'enfuyaient tout seuls, sans aide quelconque ? Sebastian, évidemment, n'y croyait pas une seconde, mais la stupidité de ce médecin ne suffisait pas non plus à lui mettre tout sur le dos. Il se devait de préserver la réputation de sa clinique, déjà bien compromise. La police ne possédait pas d'indice susceptible de l'incriminer. Sebastian expira un long nuage de fumée. La chaleur était vraiment insupportable. Il profita d'un feu rouge pour se débarrasser de son trench coat et le balancer sur la banquette arrière. Oda ne se permettait jamais d'aborder de sujet personnel. Aussi Sebastian fut-il surpris de l'entendre demander comment s'était déroulée sa soirée.
- Plutôt bien, répondit tranquillement le détective, en rappuyant sur l'accélérateur. Je l...
Il buta sur le mot. Sur le "le" précisément. Après une hésitation coupable, il reprit :
- Je la revois ce soir.
Il n'avait pas envie que Joseph se fasse de fausses idées. Sa relation avec Ruvik s'en tiendrait au stade strictement amical et ça lui conviendrait très bien. Même s'il fallait avouer qu'elle prenait d'intrigantes tournures. Qu'un homme en invite un autre au restaurant à plusieurs reprises, pour dîner en tête-à-tête, aurait pu perturber Oda. Pour l'heure, Ruvik demeurerait donc "elle".
La berline se gara devant l'entrée du service psychiatrique dirigé par le docteur Marcello Jimenez et son frère, Valerio Jimenez. Les deux frères possédaient des niveaux de compétence très inégaux, à en croire le nombre de publications sensationnelles du premier, qui était réputé avoir révolutionné le monde de la médecine et, plus particulièrement, dans les domaines de la chirurgie cérébrale et du traitement des troubles nerveux. Alors que ses ouvrages étaient modernes, Marcello en restait aux bons vieux traitements à base d'électrochocs et de bains glacés pour ses patients de Beacon. Il avait invoqué un manque de moyens. Pourtant, il ne manquait guère d'argent. Les bâtiments venaient d'être refaits à neuf. Sebastian en vint à se demander s'il était vraiment l'auteur des livres qui lui étaient attribués. ça aurait expliqué qu'il ne mette pas en oeuvre ces "propres" méthodes de soins. Le détective siffla en observant sa voiture, un coupé grand luxe. Il lui aurait fallu deux vies entières pour s'en payer un. Décidément, niveau revenu, tout allait bien pour le docteur.
Ils croisèrent d'abord Valerio. Celui-ci accompagnait des infirmiers chargés de conduire un patient pour une séance d'électrochocs. Le gamin fit pitié à Sebastian. Il devait avoir à peine la vingtaine, mais ses cheveux étaient presque blancs que sa peau. Une peau qui n'avait vraisemblablement jamais vu le soleil. Comme celle de Ruvik. Sebastian se racla nerveusement la gorge et essaya de rassembler ses esprits. En discernant les yeux rouges du jeune, il comprit. Un albinos. Des marques violacées cernaient ses yeux timides. Sebastian jeta un rapide coup d'oeil pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas de restes d'ecchymoses. Heureusement, ce n'était pas le cas. Quand les colosses qui tenaient le trop jeune patient voulurent le faire avancer, il tenta de reculer. Ils durent le porter. Ils l'empoignèrent rudement et, comme le gosse se débattait en criant comme un beau diable, Sebastian crut qu'ils le blessaient. Il s'apprêtait à intervenir, quand Valerio l'arrêta.
- C'est normal. Leslie est un autiste.
Il se tut une seconde, le temps que les hurlements de Leslie se perdent dans les allées.
- Je sais, fit-il. C'est toujours assez impressionnant au début, puis on s'y habitue. On fait ça pour les aider.
- Bien sûr... répondit Sebastian, mais non sans ironie amère.
Maintenant, ça lui revenait. Leslie Withers. L'un des premiers "témoins" qui avaient été interrogés par les forces de l'ordre. Il avait changé sa version de multiples fois, trop pour continuer de figurer sur la liste des témoins capables d'être appelés à la barre. La voix de Valerio sortit Sebastian de ses pensées.
- Si vous le voulez bien, je vais vous conduire auprès de Marcello.
Sebastian et Joseph furent introduits dans un bureau qui semblait faussement spacieux, uniquement car chargé de décorations et envahi par un immense bureau et de confortables sièges de cuir. Dans le plus large d'entre eux, reposait le responsable en chef du service, Marcello Jimenez. Il les gratifia d'un immense sourire, tout à fait truqué. Sebastian en avait assez de ces faux-semblants. Il avait hâte de revoir Ruvik, sans savoir qu'il était sûrement le pire de ces menteurs. Il prit place sans même y avoir été invité. Il était crevé et une bonne vieille migraine commençait à lui retourner le cerveau.
- Je vous en prie, asseyez-vous... dit quand même Marcello, sur un ton pincé.
Le médecin songea à Ruvik et à combien il devait lui être difficile de supporter cet inspecteur aux manières de rustre. Mais il n'allait sûrement pas le plaindre. Il n'avait jamais vraiment aimé ce gamin bien trop intelligent pour être honnête. Il l'utilisait évidemment, mais Ruvik se servait aussi de lui. Sans lui, pas de corps, rien sur quoi expérimenter et tester ses dernières trouvailles. Tout était réciproque. Rien d'étonnant à ce que leur relation basée sur le donnant-donnant ait fonctionné si bien jusqu'à maintenant. Tout ce qu'il avait fallu pour séduire cet enfant avait été une main tendue et une fausse compréhension. Il servit son sourire commercial à ses deux visiteurs indésirables.
- Je suppose que vous n'êtes pas ici pour me rendre une visite de courtoisie.
- ç'aurait été avec plaisir, ironisa Sebastian, un peu trop manifestement, mais non. Un nouveau patient a disparu cette nuit et nous sommes ici pour vous interroger.
- Encore ? feignit-il de s'étonner et son sourire flanqua la nausée à l'inspecteur.
- Oui. Encore, grinça-t-il entre ses dents.
Il lui posa les questions usuelles, mais, comme toujours, Marcello n'avait rien vu, rien entendu qui sorte de l'ordinaire, et il possédait un solide alibi. ça tournait en rond. Sebastian explora toutes les pistes dont il disposait, essaya de le piéger, sur des détails, mais Marcello avait réponse à tout. Insupportable. Le pire genre de suspect. Arrogant et pédant à souhait pour ne rien arranger.
Comme Sebastian s'était retrouvé à court de questions et que Joseph ne savait non plus que dire de plus, le silence s'était instauré. Marcello en profita.
- J'ai énormément de travail, messieurs, alors, si vous voulez bien m'excuser... commença-t-il.
Ses semblants de politesse ne trompaient personne. Ils le dérangeaient et il les mettait dehors.
- Très bien, lâcha Sebastian, sur un ton très sec qui réclamait revanche.
Il était mécontent de devoir en rester là, mais il n'avait pas le choix. Il n'avait rien pour le mettre en garde à vue, pas même pour prolonger l'interrogatoire.
- Mais tenez-vous à notre disposition.
Jimenez murmura un "naturellement" des plus ironiques, puis il se dressa de son fauteuil de cuir et alla ouvrir la porte, les enjoignant à quitter dans l'instant. Joseph se leva, à contrecoeur. Juste avant qu'il ne sorte à sa suite, le regard de Sebastian tomba sur le carnet de Marcello, grand ouvert sur un coin du bureau. En tireur hors pair, il possédait une très bonne vue. Il lui suffit d'un instant pour lire le nom de Ruben Victoriano, suivi d'un numéro. La coïncidence était trop formidable pour en être une. Aussitôt rentré au commissariat, il exécuta toutes ses recherches qu'il avait répugnées à accomplir jusque-là.
Le soir, lorsqu'il arriva au manoir, il avait des réponses à ses questions. A présent, ce qu'il exigeait était la vérité selon Ruvik. Ou plutôt selon Ruben. Le blond apparut sur le seuil, dans une tenue plus détendue que d'habitude, mais qui le mettait davantage en valeur. Sebastian fronça légèrement les sourcils, tandis qu'il descendait les marches et contournait sa voiture.
- Bonsoir... Ruben.
Ruvik, qui avait continué à avancer, s'immobilisa aussitôt qu'il l'entendit prononcer ce prénom. Lentement, il pivota sur lui-même et, une fois face à lui, planta son regard dans le sien. Une lueur étrange illumina ses yeux livides. Son sourire cryptique se remit en place, alors qu'il baissait sa capuche. Il avait renoncé à s'entourner de bandages ce soir-là. Comme s'il avait su que Sebastian l'avait démasqué.
- Bonsoir... Sebastian.
Jamais encore il ne l'avait appelé par son prénom, exception faite de leur dernière soirée, mais ça avait été sous l'emprise de la colère. Le brun ne tomba pas dans son piège. Il aurait ce qu'il voulait ; il n'en démordrait pas. Il attaqua dans le vif :
- C'est une habitude pour vous de mentir sur votre identité ? Sur votre propre nom ?
- Comment l'avez-vous appris ? répliqua-t-il simplement, ignorant la pique et se moquant de la désillusion que subissait Sebastian.
Ce fut au tour de Sebastian d'esquiver la question. Il se contenta de le relancer. Au terme de longues secondes, Ruvik poussa un soupir. Il perdit son sourire si spécial et se détourna.
- Ce nom ne signifie rien, assuma-t-il ; c'était juste un moyen de prendre de la distance par rapport à tout ce qui s'était passé, une façon de renaître.
Sebastian riposta derechef :
- Pas pour moi.
C'est relié à ton passé, auquel tu restes si désespérément accroché que tu ne parviens même pas à l'affronter en face. Mais Sebastian se garda bien de le dire tout haut. Il serait entré en terrain interdit. Il aurait rompu leur accord conclu la nuit dernière. Ruvik se révéla bien plus conciliant qu'il ne l'aurait cru. Il avait imaginé qu'il éviterait de répondre, voire qu'il le rejetterait ou exploserait de colère, criant au scandale. Mais il n'en fut rien. A l'opposé, il déclara posément, presque d'une manière solennelle :
- Aujourd'hui, pour moi, Ruben est mort. Il est mort il y a 27 ans.
Sa part sensible, enfantine, encore possible à sauver. Il souffla, l'air accablé, et ajouta dans un murmure :
- Aujourd'hui, je suis Ruvik.
Sebastian n'était pas capable, au vu du peu qu'il savait, de mesurer l'étendue de ces mots, de saisir leur sens profond, mais il en comprenait une partie, pas celle immergée, mais celle découverte. Il compatissait, tout en déplorant cet état de fait. Que Ruben ait dû en arriver là pour vivre avec son passé le peinait. Plus qu'il n'aurait su l'exprimer. Il se gratta la nuque, soupira. Mierda. Et voilà ! Maintenant, il s'en voulait d'avoir douté de Ruvik et de l'avoir replongé dans ses eaux sombres et troubles du passé. Il regrettait son accès de paranoïa. Il releva les yeux vers son cadet, qui l'observait de ses yeux si sinistres, mais si beaux. Ses yeux qui avaient vu tant de tragédies, tant de choses qu'un enfant ne devrait jamais voir.
L'unique point positif qu'il retirait de tout ça était que Ruvik et lui avaient joué cartes sur table. Maintenant, il ne leur restait plus qu'à oublier cet interlude déplaisant autour d'un bon repas. Il fit signe au blond de grimper en voiture. Non. Pas tout de suite. En fait, il avait encore une chose à dire.
- Une dernière chose, le rappela-t-il et il semblait diablement sérieux. Ensuite, nous irons dîner.
Ruvik plissa légèrement les paupières, attentif.
- Je sais que tu connais le docteur Marcello Jimenez.
Il ne lui laissa pas le temps de confirmer ou nier ; il s'en passerait. Il n'y alla pas par quatre chemins.
- Evite de le fréquenter à l'avenir.
Ce n'est pas quelqu'un de bien. Et il était inquiet pour Ruvik ; il craignait qu'il ne lui arrive quelque malheur. Ruvik feignit de l'étonnement.
- Pourquoi ? Cet homme s'est occupé de moi pendant des années ! s'exclama Ruvik, en faisant mine de s'alarmer.
- Il est possible qu'il soit mêlé à cette affaire de disparitions.
Ruvik savait qu'il avait ici une carte à jouer. Quelque part, il aurait aimé pouvoir enfoncer Marcello, parce que l'homme se servait de lui, détournait son talent à son profit. Plusieurs fois déjà, il s'était approprié ses travaux, avait publié ses résultats sous son propre nom. Mais le dénoncer, c'était risquer qu'il en fasse de même. Ruvik préférait la liberté à la reconnaissance. Il se tut. De plus, Marcello était bien le seul être humain connaissant son vrai visage et l'acceptant comme il était, le soutenant dans ses démarches, le seul avec qui il pouvait discuter de ses centres d'intérêt sans paraître fou à lier. Cela comptait davantage que Ruvik ne le présumait.
J'ai très peu, voire pas du tout parlé de Marcello (normalement c'est Marcelo je crois mais bon...) et de Leslie dans mes autres fics. J'ai envie de les intégrer davantage à cette fic.
(Pour le titre du chapitre, désolé c'est juste que ça me faisait trop rire xD)
Merci aux lecteurs !
Beast Out
