Chapitre 8 : Toute fin marque un début
Il devait mettre un terme à tout ça. Sebastian le savait, mais il revenait toujours. Il voulait toujours de ses yeux à la frontière de la mort et de l'extase, de ses cicatrices. Il se réveillait souvent auprès de lui et il l'en exécrait encore plus ; il le détestait parce qu'il réussissait à briser toutes ses résolutions, à réduire sa volonté à néant. Avec lui, il avait la sensation de voyager, ou plutôt d'être trimbalé. Il priait tout à la fois pour que le jour du départ arrive et pour qu'il s'éloigne. Jamais Sebastian n'avait vécu une relation aussi étrange ; jamais il n'aurait seulement pu se croire engagé dans une si curieuse. Si illogique qu'elle ne semblait se fonder que sur des instincts primaires ou des faits inconscients.
- Il nous faut des renforts pour y aller, Ruben, soupira l'hispanique, entre deux gorgées de café.
- Tu veux te débarrasser de moi, me semble-t-il ? rétorqua vivement le blond. Alors finissons-en au plus vite.
- Ne dis pas n'importe quoi... maugréa Sebastian, mais il ne put que baisser les yeux avec honte.
Il se hasarda à les relever, mais se heurta immédiatement au regard glacial de son "partenaire".
- Cette nuit, tu m'as pris comme si je n'étais qu'une poupée gonflable. Et encore... je suis gentil.
Pendant un instant, Sebastian hésita. Devait-il s'excuser ? Sûrement pas. Ruvik ne se montrait guère tendre non plus. Depuis qu'ils cohabitaient, ils se contentaient de satisfaire leurs pulsions. Il n'y avait pas l'ombre d'un sentiment là-dedans, juste un reste d'attirance physique, qui faisait énormément culpabiliser Sebastian. Ce dernier réalisait qu'il devait tout arrêter, avant de définitivement perdre tout contact avec la réalité. Ruvik, jour après jour, semblait l'aspirer dans sa folie, l'en imprégner. Finalement, déposant sa tasse, il souffla, un brin fébrile :
- Très bien... Quand on part ?
- Le plus tôt sera le mieux, répondit Ruvik, toujours aussi froidement.
- Que ce soit clair, tu te débrouilleras, asséna le détective, en se dressant et débarrassant son assiette. Je veux rien avoir à faire avec tes expériences.
Ruvik renifla avec mépris ; jamais le dialogue n'avait été aussi pauvre, aussi haineux, entre eux, même quand ils se braquaient un revolver en plein visage. Sebastian l'abandonna à l'appartement pour la journée. Le quitter provoquait immanquablement en lui un soulagement intense, parce qu'il savait que chaque heure loin de lui était une heure où il ne craquerait pas. Il tâcha de se concentrer sur son travail, afin de le chasser totalement de son esprit, et y parvint presque. Le soir, de retour chez lui, il avala à peine deux bouchées de son repas et se retira dans sa chambre, avec une bouteille de whisky. Il ferma sa porte à clef, avec la ferme intention de ne pas la rouvrir, ni pour laisser le blond entrer, ni pour le rejoindre dans sa couche. Le sexe s'était mué en une sorte d'addiction malsaine. Il créait l'illusion d'un attachement qui n'existait plus. Sebastian ouvrit le whisky et en avala deux bonnes gorgées d'affilée. Comme il avait peu mangé, l'alcool agit directement sur son cerveau. Apaisé, dans un premier temps, il s'allongea sur son vieux lit et ferma les yeux. Demain... Demain signerait la fin de leur "relation", de ce qu'elle était devenue. Il ne garderait pas de contact avec Ruvik. C'était hors de question. Demain, ils se rendraient au laboratoire et Ruvik récupérerait ou non sa machine. ça, Sebastian s'en moquait ; ce n'était plus ses affaires.
Le réveil n'avait point encore sonné que deux mains froides happèrent ses épaules et le secouèrent avec vigueur, presque violemment. Les paupières du détective s'entrouvrirent à grand peine et ses yeux encore fatigués rencontrèrent ceux, brûlants et vifs, d'un Ruvik fin prêt.
- Tu n'as pas entendu ton réveil, déclara le jeune, sur un ton tranchant. Pas étonnant... au vu de ce que tu as bu.
S'il ne parlait pas comme son ex-femme... Sebastian marmonna une excuse qui avait plutôt des airs d'insulte et se retourna pour échapper à son regard accusateur. Le soupir de Ruvik coupait comme un couteau. Le moindre de ses souffles était cinglant, dénotait son exaspération. La situation de ces derniers jours ne convenait pas à Sebastian et à lui non plus. Il contourna le lit en le longeant, sans ne serait-ce que le frôler, avec une fluidité presque magique, le moindre de ses mouvements marqué par cette élégance vive et fugitive. Sebastian aimait ça. Un reste infime de lui demeurait épris de ce genre de petits détails ridicules qui, malheureusement, ne fondaient rien, surtout pas une relation amoureuse. Il observa le blond, tandis qu'il ouvrait les rideaux à la hâte, ne se détournant que quand la lumière le frappa un peu trop rudement. Il ne devait pas être très beau à voir ; il avait vraiment abusé du whisky. Le matelas geignit davantage qu'il ne grinça, lorsque Ruvik prit place près de lui.
- Nous devons y aller. Tu désires toujours être soulagé de ma présence, n'est-ce pas ?
La récurrence de ces mots. Ruvik lui posait de manière régulière cette question, sous diverses formes, mais l'esprit, la peur à la base, semblait toujours identique. A travers cette formule, il semblait presque demander à Sebastian de le retenir. Comme d'habitude, le brun ne sut que répondre. Il resta là, à le scruter, encore groggy, l'air hébété. Il ne voulait plus souffrir ; il avait assez donné. Surtout à Ruvik. Alors, au lieu de souffler mot, il déplaça son regard sur son portable et en coupa enfin la sonnerie lancinante qui n'avait pas suffi à le réveiller. Il évita ensuite de renouer le contact visuel avec son colocataire. Quand il se releva, il sentit les yeux pâles détailler son dos, la façon dont ses muscles roulaient sous la peau, avant qu'il n'enfile sa chemise. Il sentit la main qui voulait toucher sa peau plus qu'il ne la vit. Il l'attrapa, la bloquant assez fermement.
- Non, trancha-t-il. J'ai bien compris qu'avec toi rien n'était gratuit.
Je ne veux rien maintenant qui t'autoriserait à me demander une faveur plus tard. Il n'aperçut pas le léger frisson mêlé de tristesse et de colère qui brisa l'harmonie du visage de Ruvik, durant un instant. Presque mécaniquement, le blond se dressa. D'une voix toute aussi contrôlée, il dit :
- Je te sers ton café. Ensuite, nous partirons.
Sebastian n'y prêta pas attention, mais, tout le temps qu'il but, Ruvik, assis face à lui, le fixa. Il ne le fixait pas d'une manière anodine ou naturelle. Alors que tout se déroulait alentour avec une affligeante banalité, lui se sentait lentement couler, plonger dans des sables mouvants. Ruvik était un enfant et il le voyait à travers des yeux d'enfant. Sebastian, un homme à qui il avait fait don de sa chair. A ce titre, il estimait avoir des droits sur lui. Dont celui de le conserver, selon son bon vouloir. Il se trouvait dans une position qu'il n'était pas capable d'appréhender. Un enfant ne le pouvait pas. Avec Laura, l'amour était tellement plus simple. Pourtant, il n'arrivait pas à se résigner à voir Sebastian partir. Il ne le devait pas, selon sa logique possessive.
Aussitôt qu'ils auraient retrouvé la machine, le policier le délaisserait, cette fois-ci pour de bon, et, bien qu'il n'en montrât rien, allant parfois jusqu'à alléguer le contraire, cette idée le terrifiait littéralement. Il se torturait les méninges en quête d'un moyen d'éviter ça. Plutôt que d'être séparé de lui, il l'aurait tué. Pour que personne d'autre ne l'ait. Ce fut la première fois que la pensée traversa son esprit, sous cette forme claire : Il est à moi.
Sebastian l'avait été, à lui. Les paupières de Ruvik s'abaissèrent sur ses yeux qui l'auraient trahi. Il avait conscience d'avoir tout gâché, mais il s'était fixé des priorités et ne pouvait se permettre de revenir dessus. Il se tourna pour esquiver Sebastian. Tout pour qu'il n'entre pas dans son champ de vision de nouveau. Il quitta sa chaise et marcha jusqu'à la fenêtre ouverte. Des enfants jouaient en contrebas, sur le chemin de l'école, mais tout ce qu'entendait Ruvik se résumait aux gouttes de pluie claquant contre le rebord métallique. Il était absorbé dans sa contemplation, quand deux mains robustes et veinées vinrent descendre la vitre. Ruvik réprima un sursaut.
- On y va, déclara Sebastian, froid.
Ils grimpèrent en voiture, Ruvik caché sous ces bandages et son capuchon blanc, recroquevillé sur le siège passage, et Sebastian hermétique et méfiant au volant. Ils n'échangèrent pas un mot de tout le trajet. Seul Ruvik rompit le silence. Une unique fois, il parla. Il ne prononça guère plus de cinq mots.
- J'aurais aimé être plus simple.
Au lieu de devenir un homme que moi-même je ne comprends plus. Sebastian ne répondit pas, tout simplement parce qu'il n'y avait rien à dire. Mais Ruvik le prit comme un adieu absolu et définitif. En une seconde, peut-être moins, il eut l'impression que le monde, son monde s'écroulait. Une vague douloureuse déferlait en lui et le plaquait face contre terre. Il se sentait rejeté, voire... trahi ? Sûrement de la même manière que Sebastian des semaines auparavant.
Tout à coup, il se tournait vers Sebastian, qui roulait toujours, incapable de se douter de la marée émotionnelle l'inondant. Son coeur palpitait avec rage. La moindre de ses côtes semblait sur le point de se briser tant il battait fort. Son sang pulsait. Dans sa tête qui s'échauffait, il se vit le frapper, le tuer. Mais il ne fit que murmurer.
- Seb. Arrête-toi.
Qu'il l'entendit ou non, il n'en fit rien. Il appuya même davantage sur l'accélérateur. Ruvik perdit pied ; il crut se noyer. Il hurla, presque hystérique :
- Seb ! Arrête-toi !
Enfin, le brun décéléra. Il consentit à se garer sur le bord de la route, clairement agacé. La pluie avait redoublé de violence depuis leur départ. Pendant plusieurs minutes, seuls résonnèrent le clapotis de l'eau et le bruit des essuie-glaces faisant inlassablement l'aller-retour. Sebastian crevait d'envie de fuir ; ça se lisait sur son visage. Ruvik détestait cette expression.
- Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, finit par lâcher Ruvik, plus piteusement qu'il ne le souhaitait.
Sebastian fut agité d'un ricanement amer, qui n'empêcha toutefois pas au blond de poursuivre.
- Je pensais que tu rentrerais dans notre combine... Que tout se déroulerait...
A ce stade, le brun explosa. Il planta son regard dans le sien, ce qui d'habitude paraissait réservé à Ruvik.
- Sans accro ?! aboya-t-il, en proie à la fureur. Dis-le, putain ! Y a toujours un plan avec toi ! Toujours !
Il en avait marre, de tout, de pleurer des gens qui disparaissaient, qui jouaient avec lui, de se casser la gueule et de se relever pour tomber de Charybde en Scylla. A l'heure d'aujourd'hui, Ruvik était le pire cadeau empoisonné que la vie lui ait fait. Il respira à pleins poumons, parce qu'il se sentait prêt à perdre la tête, à choper Ruvik et à le jeter sur la route. Et à partir. Sûrement après l'avoir bourré de coups de pied, même si ça ne rendrait pas un centième du mal qu'il lui avait infligé. Il devait se calmer, penser à autre chose. Il ouvrit la boîte à gants. Ses gestes étaient secs ; il était presque électrique. Ruvik ressentait son énervement, sa peine, chose à laquelle il n'était pas accoutumé. Au fond de lui, il se demandait ce qui avait évolué, à quel moment il s'était ramolli. A quelle seconde il avait commencé à vouloir Sebastian. Probablement à celle où il l'avait perdu.
Sa main désirait se délier, toucher cette joue crispée, tendue par la rancune. Sebastian était tout près, à moins d'un mètre, mais cette ridicule distance lui semblait soudain la plus difficile à franchir. Il brûlait de serrer ce corps qui, d'antan, le dégoûtait, des pores de la peau jusqu'à sa masse. Il resta sur son siège à le contempler, dans l'impuissance. Une situation qui lui était parfaitement étrangère. Il avait joué avec lui, mais jamais il ne se serait douté que le jeu qu'il avait initié se retournerait contre lui.
Sebastian sortit de l'habitacle pour s'aérer ; il étouffait à l'intérieur, pas parce qu'il y faisait chaud, mais parce qu'il ne supportait plus Ruvik et son étrange comportement. Il fit deux, trois fois le tour de la voiture, alla uriner plus loin, puis finit par revenir. Sans un mot, toujours nerveux, il enclencha le moteur et ils reprirent la route. L'intervention de Ruvik n'avait rien arrangé, bien au contraire ; même quand il désirait bien faire, il ne faisait qu'empirer la situation, parce qu'il butait toujours sur les mots à prononcer, au moment fatidique.
Ruvik essaya de dormir, juste pour mettre son cerveau en pause. Des milliards de pensées fourmillaient dans sa tête ; elles l'épuisaient. Il était tiraillé entre des émotions contraires. D'un côté, la joie, l'excitation de bientôt retrouver Laura et, de l'autre, la colère triste, presque dramatique, de perdre Sebastian. Il y avait de cela une semaine, l'idée ne l'angoissait pas une seconde. Quatre jours auparavant, elle venait de temps à autre le perturber et, maintenant, elle lui aurait presque arraché un tremblement spasmodique.
Il ne dormait que très peu d'ordinaire et aurait juré être le genre de personnes incapables de s'assoupir dans un transport en commun ou dans n'importe quel type de véhicule. Pourtant, contre toute attente, il passa le plus clair du trajet à sommeiller. Cela eut au moins l'avantage de lui épargner la vue de la face énervée de son chauffeur, ainsi que ses jurons agressifs, chaque fois qu'il constatait qu'ils étaient encore loin d'être arrivés.
Un coup dans l'épaule, plutôt vigoureux d'ailleurs, le sortit de sa torpeur quelques heures plus tard. Il cligna des paupières, encore un peu fatigué par sa longue sieste, qui n'avait que trop duré. Tout alentour était avalé dans le noir. Il se frotta les yeux. Alors c'était si loin... Il n'avait pas réalisé.
- Viens, le pressa Sebastian, apparemment toujours d'aussi bonne humeur.
Ruvik descendit de voiture et marcha droit vers le complexe, dont le manque de surveillance l'alerta plus qu'il ne le tranquillisa. Deux projecteurs balayaient l'entrée à intervalles réguliers et c'était tout. Le blond fit volte-face pour tomber nez-à-nez avec le brun, qui l'avait suivi.
- A partir d'ici, je suis capable de me débrouiller tout seul, assura-t-il, sur un ton se désirant affirmé. Tu peux partir.
Mais ne le fais pas... S'il te plaît... L'appel mourut dans sa gorge, mais dut transparaître dans son regard, car Sebastian, loin de reculer, le contourna pour ouvrir la marche. Quelque chose de doux et agréable amoindrit la charge de tristesse que Ruvik avait ressentie pendant le voyage. Un sursaut d'espoir. Il se hâta derrière Sebastian, tout en demeurant dans son ombre bien plus imposante. Sebastian l'attrapa par le poignet et le tira à couvert, de façon à ce qu'ils échappent au balayage des lumières. Alors qu'ils s'attendaient à devoir livrer bataille pour entrer, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes. Ruvik et Sebastian échangèrent un regard inquiet, mais rien ne semblait en mesure de stopper Ruvik à présent ; le STEM, sa soeur, son but était si proche.
Il passa devant et traversa un couloir enténébré, avant d'obliquer vers la droite. Il donnait l'impression de savoir où il allait ; pourtant, jamais il n'avait mis un pied ici. Sebastian lui avait emboîté le pas, peu confiant, le revolver chargé et prêt à faire feu. Il croyait l'avoir perdu, quand il le découvrit, au détour d'un couloir, figé, les yeux rivés sur le sol. Il le rejoignit et, à son tour, cessa tout mouvement. Une mare rouge se répandait sur le carrelage. Ruvik s'accroupit pour examiner le cadavre du médecin, et plus particulièrement ses blessures. Elles n'avaient pas été causées par une arme à feu, ni par une arme blanche. Étrange... Sebastian extirpait déjà son portable pour appeler des renforts ; Ruvik l'arrêta tout net.
- Non ! Fais pas ça !
Sa main heurta le téléphone, qui tomba et ricocha sur le sol. La puce électronique sauta et glissa entre deux grilles. Sebastian ravala un cri de colère et ramassa ce qui restait de son portable. De tout façon, même s'il avait pu récupéré la puce, la machine n'aurait plus fonctionné. Il posa les yeux sur Ruvik, détalant. Ils parvinrent sous peu dans une nouvelle section du laboratoire, qui ne fut pas sans rappeler les sous-sols du Manoir des Victoriano. La première cellule indiquait le nom de Leslie Withers. Sebastian braqua son regard des plus noirs sur Ruvik qui releva le sien pour l'affronter, blanc mais tout aussi inamical. L'inspecteur le poussa et s'empressa de forcer la porte de la chambre cloisonnée ; elle était aussi robuste que celle des asiles, mais les traitements distribués ici devaient être bien pire.
- Leslie ? appela le policier, dans le noir, mais il ne reçut pas la moindre réponse.
Il faillit frapper Ruvik, quand la main de celui-ci s'enroula autour de son avant-bras. Aucune intention de le blesser cette fois-ci ; il était juste sur les nerfs. Ruvik, au contraire, lui parut étonnamment calme et serein. Sans doute parce que lui savait ce qui se tramait ici.
- Ils ont dû le déplacer... murmura-t-il un peu trop doucement.
Il ne s'était pas trompé ; ils le retrouvèrent quelques salles plus loin. Du moins, pas entièrement. Sur un large tube transparent, gravé dans une banderole métallique, les chercheurs avaient inscrit son prénom, comme dans un processus de dépersonnalisation. A l'intérieur, flottait un cerveau impeccablement nettoyé et conservé. De ce centre, partaient des cordons de tailles et de couleurs diverses ; ils servaient de liens entre le tube et de larges baignoires. Certaines contenaient des personnes pâles, qui auraient semblé endormi. Sebastian tenta d'en réveiller une, sans succès. Lorsqu'il tenta de la dégager de ce bain gélatineux, quelque chose lui opposa une vive résistance. Ce fut alors qu'il remarque cet épieu chirurgical perforant la nuque de l'assoupi. C'en fut trop pour lui.
- Ok, ça suffit. On sort de ce putain d'enfer et j'vais appeler le commissariat ! s'exclama-t-il.
Ruvik lui lança un regard si déterminé et féroce qu'il ne réussît point à faire un geste, en dépit de toute son horreur. Puis, tranquillement, il se dirigea vers le cœur de la machine. Il en caressa la surface, avec une sorte de tendresse malsaine, comme s'il avait été Laura.
- Je suis désolé, Seb... Mais je ne partirai pas. Tout ce à quoi j'aspire se trouve ici.
Peut-être excepté toi... Sur ces mots, aussi bien réglé qu'une machine, il s'empara d'un des pics restants. En une seconde, Sebastian imagina le pire. Il vit que ce pire allait se produire là, juste sous ses yeux.
- Arrête ! On a jamais parlé de ça ! s'écria-t-il et il l'empoigna presque violemment pour l'écarter de la machine.
- C'est ma seule chance de la revoir ! riposta Ruben, avec autant de virulence. Mon unique espoir de retrouver ma soeur ! Je veux...
Il hoqueta, en proie à une émotion si puissante qu'elle lui coupait le souffle ; il ne se rappelait pas avoir éprouvé si fort. Sauf avec elle. Il reprit à grand peine, plongeant son regard dans celui d'un Sebastian interdit :
- Je dois voir l'autre côté.
Sebastian peinait à regagner sa contenance, mais la vue de Ruvik se libérant de son étreinte et avançant vers une des baignoires libres lui rendit instantanément la parole.
- Ruvik ! Non, c'est juste de la folie ! Tu ne sais pas ce qu'il y a de l'autre côté ! Tu... Tu ne peux même pas être sûr qu'il y ait un autre côté ! Imagine qu'un accident se produise et...
Tu mourrais... Sebastian ne réussit pas à prononcer ces mots, même s'il savait pertinemment que Ruvik, d'une certaine manière, était déjà mort. Mais, bordel, aussi mort soit-il en dedans, il pouvait toujours lui parler, le toucher. Rien de cela ne serait plus possible, s'il partait pour ce curieux voyage. Le regard du blond se teinta de rage et lui arracha un frisson.
- Comme je l'ai dit plus tôt... tu es libre de t'en aller, "Seb".
Je ne te demande rien. Sebastian le suivit des yeux ; il se fit violence ; il s'efforça de rester jusqu'au bout. Il essaya, vraiment. Mais échoua misérablement. Mierda. Il ne voulait pas voir ça. C'était comme assister à un suicide en direct. Alors il fuit. Il quitta la salle et commença à remonter le couloir. Ruvik ne se retourna pas ; le seul son de ses pas lui vrilla ce petit cœur qu'il ne croyait plus si fragile. Il retourna le pic, pour le moins impressionnant, entre ses mains légèrement moites. Il n'avait pas la moindre idée de ce dans quoi il s'apprêtait à plonger ; c'était vrai. Mais il s'y jeta à corps perdu.
Après une loooongue absence, la suite de la fic !
Merci aux lecteurs,
Beast Out
