Epilogue : La vengeance est un plat qui se mange froid

L'homme tremblait de tous ses membres. Il tâta hâtivement son crâne et se figea en sentant un liquide épais et gluant, séché par endroit, sur ses cheveux mouillés par la sueur. Il s'essuya précipitamment sur le premier tissu qui lui tomba sous la main et se redressa à grand peine, ses sens lui faisant encore défaut. Ça ne peut plus durer... Je tiendrai pas. Une caresse glaciale toucha sa nuque ; ses poils se dressèrent et il fit volte-face, mais il était toujours seul. Il tituba en direction de la porte la plus proche de lui. Il discernait à peine les contours de la pièce.

- Sebastian, tu vas bien ?

Le son lui parvenait de si loin. Ça lui semblait à des kilomètres, à des milliers et des milliers de kilomètres. Ne lui parvenait qu'un ennuyant écho. Il s'accroupit devant la cuvette. Cette simple flexion et compression sur son estomac le fit vomir.

- Juste... Cogné... la tête...

- Tu as encore bu, n'est-ce pas ?

La voix le poursuivait. Toujours l'esprit embrumé, absent, il essaya de la chasser d'un geste vague. Il glissa sur le côté des toilettes et empoigna un torchon pour nettoyer son menton, trop saoul pour se sentir minable ; cela viendrait plus tard, bien assez tôt. Un soupir agacé déchira le silence.

- Mon dieu, tu me dégoûtes.

Un bruit de talons qui s'éloignait résonna. Sebastian reçut comme une décharge, qui le fit se remettre debout. Il dut se rattraper aux murs pour la suivre.

- Myra, attends ! Myra !

Elle ne se détourna pas pour lui répondre. Comme tous les matins, elle était sur le pied de guerre, prête à filer au commissariat. Tout en rangeant quelques effets personnels dans son sac à main, dont elle vérifiait immanquablement le contenu tous les matins et tous les soirs, elle souligna, caustique :

- Tu penses vraiment que c'est le bon moment de te comporter comme un moins que rien ?

Puis, au lieu de tourner les talons, elle planta son regard sévère dans le sien :

- Je t'ai épousé pour une raison, Sebastian et la raison est que tu me paraissais quelqu'un de bien et de solide. Pas un de ces lâches qui baissent aussitôt les bras.

Sebastian gardait les yeux baissés et la bouche fermée ; il n'était pas capable tout de suite de répondre quoi que ce fût de logique et intelligible. Il s'attachait plutôt à ne pas riposter trop violemment. D'une voix sifflante, elle asséna, histoire de punir ce qu'elle assimilait à une dernière preuve de lâcheté :

- Tu n'es plus l'homme avec qui je me suis mariée. Lily ne reconnaîtrait pas son père...

Cette fois, il retrouva le courage de relever les yeux et lui jeta le regard le plus courroucé qui soit. Elle sentit qu'il était amplement temps de filer et se dirigea vers la porte, mais il lui barra la route.

- Parle pas d'elle comme ça !

Il n'acceptait toujours pas que quiconque parlât d'elle au passé. Il vivait ces derniers dans le déni et dans l'alcool ; les deux allaient de pair.

- Elle est morte, Sebastian ! Notre fille est morte et elle ne va pas revenir !

C'était horrible de lui hurler ça en pleine face, mais Myra était au pied du mur. Elle avait tout essayé, pour le faire remonter cette pente qu'il dévalait à toute vitesse depuis près de deux mois. Elle avait tenté de le traîner chez des psychologues spécialisés, de le confronter à réalité, mais rien ne ramenait Sebastian. En perdant sa fille, elle avait aussi perdu son mari. Comment aurait-elle pu combattre cette répulsion qui s'emparait d'elle, chaque fois qu'elle le voyait aussi pathétique ? Il se débrouillait toujours pour rentrer dans un état pire que celui de la veille. Le pire était qu'il niait cette réalité aussi.

- Laisse-moi sortir, commanda-t-elle, en s'efforçant de ne pas paraître effrayée, alors qu'elle l'était.

Sebastian ne l'avait jamais frappée, mais elle percevait nettement cette colère désespérée dans ses yeux. Peut-être, intimement, avait-il le sentiment que tout lui filait entre les doigts.

- Sebastian. Laisse-moi sortir. Maintenant.

Il s'écarta, pas avant une bonne minute cependant. Aussitôt qu'elle fût sortie, Sebastian se précipita à la fenêtre. Il ne la quitta pas des yeux, tout en s'assurant de ne pas être repéré, pendant qu'elle montait dans sa voiture et quittait le parking de leur immeuble. Dès qu'elle fut totalement hors de vue, il ouvrit son placard et attrapa la bouteille de whisky qu'il avait ramenée en secret dans la nuit. Trois coups toqués à la porte l'interrompirent soudain. Sebastian fronça les sourcils et courut jeter un coup d'oeil par la vitre. Non, Myra n'avait pas fait demi-tour. A la fois intrigué et agacé, il alla ouvrir. Il mit un temps avant de pleinement réaliser qui se tenait face à lui, le visage souriant délicatement, mais émanant une chaleur superficielle, totalement fabriquée.

- Oh... C'est toi. J'avais fini par croire que tu ne viendrais jamais.

- Tout comme moi.

Sebastian s'effaça pour laisser son invité entrer.

- Viens. Ne restes pas sur le palier.

La silhouette concéda à pénétrer dans le modeste appartement et s'installa gracieusement sur le premier fauteuil venu, tandis que Sebastian s'étendait sur le canapé. Le brun ressentait toujours les effets de l'alcool ; son système nerveux fonctionnait au ralenti et son regard hagard se faisait de plus en plus brouillé. Malgré tout, il buvait encore. La bouteille se vidait. Bientôt, tout ce qu'il percevait se résumait aux deux mains gantées de blancs, élégamment posées l'une sur l'autre sur les jambes croisées de son invité.

- Lui as-tu parlé ?

- Tu... comprends... pas, marmonna confusément l'alcoolique. C'est... putain...

Il peinait réellement à s'exprimer à présent.

- C'est bien plus compliqué... que ça...

Un ricanement acerbe passa les lèvres à demi-cachées par une étole pâle.

- Devrais-je m'occuper d'elle... aussi ?

Il ment. Il ne peut pas avoir fait ça. Il en a juste assez d'attendre... C'était l'électricité. L'électricité...

- Sebastian ? le relança la voix, soudainement plus glaciale et cinglante.

Cette fois-ci, l'inspecteur réagit vivement. Il en manqua de tomber du sofa.

- Non ! C'est bon ! C'est... bon, répéta-t-il, comme s'il serinait un mantra pour se persuader lui-même.

Mais les deux yeux trop clairs braqués sur lui ne dévoilaient ni compassion, ni confiance. Ils ne se détachèrent de lui que lorsque l'invité se leva pour prendre congé. Sebastian ne le salua pas, ni ne le raccompagna ; il connaissait déjà très bien la maison. Il paraissait toujours tout savoir à l'avance ; Sebastian, étrangement, ne s'en était pas étonné jusque-là.


Quand Sebastian reprit conscience, la joue collée au carrelage ensanglanté, il crut avoir atteint les enfers. Le Paradis n'aurait sûrement pas voulu de lui et, avec un peu de chance, il n'aurait pas ressemblé à ça. Ses cheveux étaient trempés, teintés d'écarlate, mais son crâne ne comportait pas l'ombre d'un trou, juste une large éraflure. Il n'avait pas réalisé lui-même à quel point ses mains tremblottaient au moment où il avait fait feu et la balle destinée à lui exploser la boîte crânienne était désormais ancrée dans le mur voisin. Au pied du mur, s'étalait une large mare de sang, qui avait tourné au marron noir. Des traînées plus claires, plus récentes, se dessinaient alentour, se perdant dans l'obscurité. Sebastian se revit abattre Ruvik dans la panique du moment. Il a fui... Il a peur de moi... Il se dépêcha de ramasser son arme ; il devait s'empresser de rattraper Ruvik et de lui expliquer qu'il n'était pas lui-même. Jamais il ne lui aurait tiré dessus, s'il n'avait pas été dans cet état de quasi-transe. Jamais il n'aurait fait du mal à celui qu'il aimait.

Il se remettait à peine qu'un hurlement à glacer le sang retentit dans le corridor, lui perçant les tympans. Un cri de terreur, féminin. Faisant fi de son horrible douleur à la tête, Sebastian s'élança, se laissant guider par les bruits. Alors qu'il déboulait dans une petite allée, il aperçut Myra, qui lui tournait le dos. Dans sa main droite, elle brandissait un couteau. Face à elle, agenouillé, Ruvik semblait implorer sa pitié.

- Myra ! s'exclama Sebastian.

La femme ne se retourna pas ; elle demeura face à Ruvik, qu'elle menaçait de frapper de son poignard d'une seconde à l'autre. Celui-ci s'écria :

- Elle est folle, Seb ! Elle a essayé de m'achever !

- Myra, lâche le couteau ! ordonna Sebastian.

- C'est lui le malade Seb.

Elle tâchait de conserver son sang-froid. Elle s'attachait à éviter le sourire malfaisant et vicieux de Ruvik, qui l'observait lui aussi, mais sans aucune restriction. Il la contemplait, en se ravissant du moment où elle romprait, où elle volerait en éclats. De son fait, bien sûr. Il déclara enfin, sachant pertinemment que Sebastian n'entendrait que sa voix éplorée et ne verrait en rien son expression qui était tout à l'opposé :

- Elle n'a pas supporté que tu me préfères à elle.

- Ferme-la ordure ! répliqua-t-elle, furieuse.

Elle ne l'aurait sans doute pas poignardé, mais son bras bougea frénétiquement, tant elle s'agitait, et elle qui était d'ordinaire si calme paraissait si hors d'elle que Sebastian fit feu. La balle alla se loger dans sa cage thoracique. Elle s'écroula juste devant Ruvik, qui s'était empressé de faire disparaître ce vilain sourire de sa face livide. Il souffrait le martyre, mais il lui en coûtait de ne pas exploser de rire à la vue de ce visage tordu, de ce corps se contorsionnant de douleur. Sebastian accourait pour lui porter au secours, quand il vit le blond voler le couteau et trancher la gorge de Myra, sans un mot.

- Elle n'aurait pas survécu. Je n'ai fait qu'abréger ses souffrances, dit-il au brun qui le dévisageait, abasourdi.

- Ruvik...

Maintenant, après tout ce qu'il avait vu, durant ses visions et dans le réel, pendant ses fameux rêves aussi, avec tout ce qu'il savait sur Ruvik, il doutait. Il devait lui demander. Il appréhendait tant la réponse que son coeur battait à tout rompre, au point de le heurter à chaque battement.

- Est-ce que tu as fait du mal à Lily ?... Est-ce que tu as tué ma fille ?

Rien que prononcer ces mots vrilla le coeur de Sebastian, mais il tint bon ; il continua de fixer la silhouette blanche, qui frissonnait. Lui aussi agonisait, debout. La question paraissait totalement absurde ; Ruvik n'avait jamais ne serait-ce que rencontré l'enfant. Pourtant, le blond ne se moqua pas. Au contraire, il répondit avec beaucoup de sérieux.

- Non, affirma-t-il, sur un ton sans équivoque, clair et franc, puis il ajouta : Pas cette fois, en tout cas.

Sebastian en tomba des nues.

- Quoi ? Que veux-tu dire par "pas cette fois" ?

Le masque de Ruvik se fissura totalement.

- Je ne trouve pas de solution, Seb !

- Pour quoi ?

Maintenant, il devait l'avouer ; il était totalement déboussolé. Les événements le surpassaient ; tout le prenait au dépourvu.

- Pour nous sortir de ce cycle ! Chaque fois, j'essaye autre chose ! Je peux être bon, je peux être mauvais ! Parfois, avant que ça se passe ; parfois, après ! Mais, quel que soit le moment, le lieu, où je te recontre, quelle que soit la façon dont je te rencontre, ça se finit toujours de la même manière !

Sebastian le contemplait toujours, sans l'interrompre, tout bonnement parce qu'il en était absolument incapable. Il avait l'impression de nager en plein délire. Il avait les nerfs à vif ; il ne savait plus qui, que croire, à quoi s'accrocher. D'une main, il empoigna le bras frêle de Ruvik et le secoua vigoureusement. Dieu... Il espérait que tout cela ne se révélerait finalement qu'un cauchemar de plus.

- Bordel, tu vas me dire ce qui se passe ? Ruben !

Le blond parut lutter, mais, la prise de Sebastian se raffermissant douloureusement, il finit par avouer :

- Je te tue et tu me tues ! Juste comme la première fois dans ce foutu STEM !

Il l'épia, en quête d'une réaction qui fit défaut. Finalement, il gronda, haletant :

- Non, bien sûr, toi, tu ne te souviens toujours pas... Tu ne te souviens jamais ! Jamais !

Sebastian le relâcha et Ruvik s'écarta aussitôt. Une minute, puis une autre, s'écoula, en silence, jusqu'à ce qu'il soupire, d'un soupir à fendre l'âme. Il ne remuait plus ; il restait juste là, légèrement voûté, très fatigué, se vidant de son sang.

- Je n'en peux... plus... De cette boucle... ça se répète, encore et encore, sans arrêt...

Sebastian, le souffle court, le coeur lourd, le regarda un moment, puis lâcha :

- Alors... tu... tu as tué Lily ?

- J'étais désespéré ! Je devais essayer ! riposta Ruvik et, en l'entendant, Sebastian crut une seconde qu'il allait littéralement fondre en larmes, ce qu'il ne pouvait même pas se figurer possible auparavant. Mais ça aussi, ça n'a pas marché !

Il poursuivit mécaniquement, sans réfléchir :

- Je pensais que nous faire passer dans ce monde ensemble, sans que je sois mort, modifierait le cours des choses... Il le faut... Si seulement je m'étais souvenu avant, juste un peu avant...

Sebastian ne lui prêtait plus aucune attention. Son esprit ne se concentrait plus que sur une seule idée : le tueur de sa fille se trouvait à sa merci.

- Putain d'enfoiré... gronda-t-il et il dégaina son arme ; son sang bouillait dans ses veines.

Ruvik se jeta à ses pieds. Il le supplia de le pardonner. Tu m'aimes... à ce point ? Au point de piétiner cette dignité qui te caractérisait, au point de te traîner dans la boue, à mes pieds ? Sebastian en perdit contenance. Tout semblait soudain si fou. Ruvik ne se ressemblait plus et toute cette histoire à dormir debout ne pouvait pas être vraie... n'est-ce pas ? Pourquoi se prenait-il à douter ?

- Seb ! gémit le blond.

Mais Sebastian repoussa sans pitié la main qui tentait d'attraper le canon de son revolver et de le détourner de sa cible. Le blond hoqueta :

- Une seule fois et c'était il y a très longtemps, d'accord ?

Sebastian ferma les yeux une seconde. C'était horrible. Il entendit la voix continuer, plus posément :

- De toute façon, Sebastian, s'il y a bien une donnée qui ne change jamais, c'est celle-là : ta fille meurt toujours, toujours le même jour, au même âge. La main qui allume l'incendie... Celle de Dieu ou la mienne... ça importe peu.

L'air grave qu'affichait le détective ne lui dit rien qui vaille. Il déglutit difficilement. Il ne voulait pas le faire souffrir, mais il devait passer par là ; il fallait qu'il se souvienne aussi. Sebastian ne voulait pas avaler ce qu'il s'acharnait à appeler un tissu de mensonges délirants, mais, plus il creusait dans les tréfonds de son esprit, plus il se souvenait. Les cauchemars à répétition et cette horrible impression qu'ils étaient réels, cette sensation de les ressentir pleinement, de revivre ce qui avait été une expérience antérieure ; l'attachement, l'attirance inexplicable et quasi-immédiate éprouvés à l'égard de Ruvik; cette assurance, cette connaissance si vite acquise de ce monde cauchemardesque et sa ressemblance avec celui de ses maudits rêves... Soudain, toutes les pièces s'encastraient les unes dans les autres. Le puzzle se reconstituait et tout s'éclairait. L'éclairage était abominable. Au bout d'un moment qui parut une éternité, le brun murmura :

- Ruvik, je crois que... la seule solution, pour que tout s'arrête, c'est qu'on ne se rencontre jamais.

Cela le peinait extrêmement. Il lui en coûtait de formuler pareille atrocité, mais, apparemment, il était encore à mille lieues de ce que Ruvik ressentit. Celui-ci reprit soudain vie ; il s'agita frénétiquement, allant jusqu'à se cramponner à lui, comme l'implorant.

- Non ! Non ! C'est de survivre ! De...

Il ne lâchait pas prise, mais le revolver demeurait braqué sur lui, son canon s'enfonçant entre ses côtes.

- Nous devons nous pardonner et continuer à vivre. Nous devons nous rappeler et accepter d'oublier les fautes que nous avons commises, dans cette vie et dans les précédentes.

- Tu... T'as tué Lily ! Putain ! riposta Sebastian, le visage contracté, trahissant le dilemme qui le déchirait en deux, entre vengeance et pardon.

- Seb... Nous sommes connectés, par nos cerveaux. Nos existences sont liées, que tu le veuilles encore ou non. Tu peux me tuer, mais tu me rencontreras à nouveau et tu m'aimeras à nouveau... Devons-nous encore nous infliger cette comédie ?

Il le scruta intensément, son âme aux abois, dans l'attente du châtiment ou de la rédemption. Quand Sebastian daigna reposer les yeux sur lui, il ne paraissait plus en colère, juste aussi épuisé et triste que Ruvik l'était. Un claquement sonore résonna.

- A plus tard, Ruvik.

Et il lui tira une balle en pleine tête, avant de retourner l'arme contre lui.

Peut-être que la prochaine... sera la bonne.


6h00 précises du matin. Sebastian fumait sa quatrième cigarette. Il attendait ici, sur le pied de guerre, depuis près d'une heure. Il ne voulait pas surtout le manquer, au cas où, dérogeant à ses habitudes, il serait passé en avance. L'air froid du cimetière charriait les senteurs habituelles d'humus et le parfum désuet des fleurs fanées. Tous ces détails alimentaient l'étrange mélancolie nostalgique qui étreignait l'inspecteur. Tout autant que le jaune des tournesols, dont la bise agitait les pétales.D'ordinaire, Sebastian affectionnait plutôt les roses et les lys, mais les tournesols lui avaient semblé appropriés. Lily incarnait le soleil de sa vie, même maintenant ; son souvenir le maintenait la tête hors de l'eau, lui rendait espoir. Il était certain que l'homme qui se recueillait chaque jour sur la tombe voisine tenait un raisonnement à peu près similaire à propos de la jeune femme enterrée sous la pierre.

Aussitôt qu'il le vit tourner dans l'allée, il jeta son mégot et l'écrasa sous son talon. La silhouette spectrale venait dans sa direction et il patientait tranquillement, le cœur se serrant, mais d'une manière agréable qu'il ne s'expliquait pas, sans stress. Comme si tout cela n'était qu'une répétition de pièce de théâtre maintes fois jouée et rejouée.

Quand l'inconnu se tint droit face à la pierre tombale, Sebastian sut que l'heure était venue. Les fleurs avaient été déposées. Les acteurs étaient en position. Chaque chose était à sa place. Il alla jusqu'à chercher le regard de l'homme tout vêtu de blanc. Sans gêne, ni timidité. Lorsqu'il fut assuré d'avoir capté son attention, il étendit la main. Quelque part, sans en connaître la raison exacte, il savait avec certitude que celui qui n'était pourtant qu'un inconnu la saisirait avec bonheur.

- Sebastian Castellanos, se présenta-t-il, sur un ton calme et assuré.

Comme il l'avait pressenti, l'étranger glissa sa longue main froide dans la sienne et la serra à peine, Sebastian s'en chargeant pour deux.

- Ruvik... Enchanté... répondit avec une grande noblesse le blond.

Il marqua une courte pause, un sourire irrépressible naissant sur ses lèvres, puis ajouta dans un murmure, presque dans un souffle :

- Seb...

Nous naissons et vivons séparément, mais nous mourrons ensemble... Encore. C'est ma seule certitude.


C'est frappé, je sais xD J'étais d'humeur à écrire une fin tarée. J'espère que vous ne serez pas trop déçus par cette clôture inhabituelle (mais c'est presque "heureux" au moins).

Merci aux lecteurs,

Beast Out

Note : si vous lisez attentivement, vous pouvez être convaincus que c'est une fin heureuse et qu'ils se sont "pardonnés" ;)