Et bonjour ! ( - bonsoir ). Merci encore pour tous ces commentaires aux fidèles comme à ceux qui rejoignent l'aventure maintenant !
J'ai écris ce chapitre plus vite que les autres ( ne vous y habituez pas forcément ), c'est le genre de scènes que j'aime le plus, pour l'instant c'est vraiment centré sur le SwanQueen, l'histoire en elle même va bientôt évoluer ;) Enfin bref, le principal c'est que ça continue à vous plaire ...
Bonne lecture !
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Chapitre 5
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Pour la première fois depuis qu'elle avait mis les pieds dans Storybrook, Emma Swan se sentait véritablement motivée par un objectif clair.
Elle allait être Shérif. Le meilleur Shérif que la ville avait jamais connu. Elle allait en mettre plein la vue du Maire et surtout la faire payer.
Au fond d'elle, elle savait pertinemment que ses actions ne méritaient pas une telle réaction, qu'elle n'avait aucun droit sur la femme, aucun droit de ressentir la colère qui l'envahissait à chaque instant où elle s'autorisait à penser à Regina Mills. Mais c'était plus fort qu'elle.
Le badge en main depuis quelques heures elle s'installa au commissariat avec l'aide de Graham qui semblait réellement ravi de la compagnie qu'elle allait lui apporter. Elle fut surprise de trouver une photo agrandie de lui posant à côté d'un immense loup qui avait l'air tout à fait en vie collée dans son placard personnel et se moqua de son fond d'écran où il posait devant sa voiture de collection.
- C'est sympa pour la voiture, merci. Je peux t'inviter à boire un verre ce soir ?
- Non, je suis désolé mais je dois garder Henry.
- Je peux te tenir compagnie si tu veux ? Le gamin m'aime bien.
Et ça lui donnerait l'occasion de visiter l'intérieur de l'imposante bâtisse qu'elle avait vue la veille.
- Oui, pourquoi pas ?
Elle lui répondit d'un grand sourire dont elle avait le secret et fut surprise d'être touché par le sien. Il y avait quelque chose en lui qu'elle n'avait pas vu auparavant.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
Elle l'avait fixé un peu trop longtemps.
- Rien, j'étais en train de me demander si tu pourrais me faire faire le tour de la ville pour voir à quoi ressemble une patrouille ?
- Oui. Bien sûr, pas de problème !
- Et l'hôpital aussi.
- Tu as besoin d'aller à l'hôpital ?
- Non, c'est juste le seul endroit où je ne suis pas encore allée, j'aurais voulu me présenter.
- Tout le monde doit déjà te connaitre, répondit-il avec un rire dans la voix.
- Mais moi je ne les connais pas.
L'argument lui suffit et elle l'observa s'emparer des clefs de voiture avec un haussement d'épaules.
Elle se demanda brièvement comment la malédiction s'était mise en place, si tout le monde s'était réveillé un jour dans une maison qui n'était pas la sienne, avec des souvenirs et des habitudes … Comment avaient-ils appris à conduire une voiture ? Se servir d'une machine à laver ?
Son regard tomba sur la ceinture du Shérif et l'étoile qui y brillait juste à côté d'une arme classique.
- Tu sais bien tirer ?
- Bien sûr.
- Où est-ce que tu t'entraines ?
- Derrière le commissariat, je te montrerai. Tu sais bien tirer ?
- Il parait oui.
- Je vais devoir demander à Regina une arme pour toi.
- J'ai la mienne.
- C'est pas règlementaire, non ?
Que connaissait-il aux règlements ? Personne n'était au courant de l'existence de la ville, elle aurait très bien porter un desert eagle sans que le gouvernement ne lui tombe dessus.
- On demandera son avis à Regina.
Elle ne répondit pas, elle savait déjà que la femme ne voudrait pas lui donner d'arme et qu'elle serait contrainte de porter celle qu'elle avait déjà, mais la sienne était bien meilleure que n'importe quelle arme d'officiel.
Étrangement elle ne trouva rien à redire à la conduite du Shérif et fut relativement impressionnée par l'allure de l'hôpital devant lequel ils s'arrêtèrent.
- C'est une des premières choses que Regina a fait construire …. Quand elle est devenue Maire.
- Je vois …
Et tous ces médecins ? Comment avaient-ils fait pour apprendre ce qu'ils savaient ? S'étaient-ils réveillés un beau matin avec des centaines d'années de connaissances scientifiques en plus ? La science infuse et le savoir de maitriser les dizaines de machines qu'elle regardait toujours d'un air suspect ?
Apparemment oui, pensa-t-elle en entrant dans le complexe au sol immaculé. La plupart des murs étaient en verre, certains plus opaques que d'autres certainement pour donner un peu d'intimité aux patients ou médecins.
- C'est pas mal.
- Je vais t'amener à Whale. Fais attention à lui.
- Pourquoi ?
- Je suis sûr que tu comprendras quand tu le verras.
L'homme en question qu'ils arrêtèrent dans un couloir entre deux chambres sembla oublier son métier à l'instant même où il croisa son regard.
- Vous êtes nouvelle ?
- Emma Swan. Je vais travailler avec Graham.
- Vous venez de l'extérieur ?
- Oui.
- Où ça ?
- New York.
- New York ? C'est une belle ville je crois. Qu'est-ce qui vous amène ici ?
- Le besoin de changer d'air je crois.
Apparemment c'était une habitude de se faire imprimer des cartes de visites ici et elle accepta avec un faux sourire celle qui lui fut tendue.
- J'ai l'habitude de veiller tard, si vous voulez boire un soir.
- Je vous contacterai, mentit-elle.
Elle se retourna pour trouver Graham mais constata avec un froncement de sourcil qu'il n'était plus à ses côtés.
Une jeune blonde la mena jusqu'à l'une des chambres où les murs de verres cédaient leur place à une surface blanche presque brillante veinée de plaques d'acier.
Elle s'arrêta juste après avoir vu la silhouette du Shérif penchée au dessus d'un lit où un corps semblait reposer.
- Graham ? chuchota-t-elle presque.
- Oui ?
L'intéressé se retourna pour lui faire face, dévoilant la forme d'un homme étendu.
- Tout va bien ?
- Oui … Je … Je venais juste vérifier quelque chose.
- Qui est-ce ? osa-t-elle demander en espérant ne pas se montrer trop indiscrète.
- Un ami.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Un accident. Il est dans le coma.
Les mots réveillèrent un souvenir de la veille en elle et elle ne put s'empêcher de s'approcher du lit sous le regard presque craintif de Graham.
- David Blanchard, lut-elle à haute voix.
- Oui.
- Comme … Comme Mary-Margarett, n'est-ce pas ?
- Oui.
Elle se rappela vaguement que Ruby lui avait indiqué qu'au titre de « Sauveuse », elle allait devoir briser la malédiction de chacun de ceux qui avaient sacrifié quelque chose pour lancer celle qui les avait menés jusque ici.
Le coma était-il une malédiction ? Comment était-elle censée s'y prendre pour faire sortir quelqu'un du coma ?
Un instant elle se rappela des reportages qu'elle avait vus sur le sujet, des personnes qui étaient restées des années dans le coma, prisonnières de leur corps mais capables de percevoir tout ce qui se passait autour d'elles. Elle espérait vraiment que ce soit pas le cas de David. Ou Prince Charmant. Quelque soit son nom.
- On y va ? sembla insister Graham à ses côtés.
- Ouais.
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Elle passa l'intégralité de sa journée avec lui, faisant un bref passage par sa chambre d'hôtel pour se changer avant de récupérer Henry à l'école à bord de la voiture de patrouille.
- Qu'est-ce que vous faites ensemble ? fut sa phrase d'accueil.
- Bonjour Henry, je pensais que c'était moi qui avait besoin de travailler ma politesse ?
- Bonjour Emma … Qu'est-ce que vous faites ensemble ?
- Ta mère est …
- Oui, je sais. Mais je pensais que seul Graham devait me garder.
- Tu as quelque chose contre la présence d'Emma ? demanda immédiatement l'intéressé.
La blonde put sentir son besoin d'agir au plus près des intérêts de l'enfant et elle en eut un sourire de compassion. Tout le monde semblait avoir un faible pour lui.
- Non, au contraire. Mais je ne pensais pas que ma mère aurait accepté.
- En fait … Elle ne le sait pas … encore. Ça fait partie de notre … opération. À toi et à moi.
À moitié tournée sur son fauteuil passager elle l'observa hausser un sourcil d'incompréhension.
- Tu sais, ce dont tu m'as parlé.
Un éclat de lucidité traversa ses yeux clairs avant qu'il hoche la tête.
- Parfait, sembla-t-il décider avant de sortir un roman de son sac à dos et de s'y plonger dans le silence le plus total jusqu'à la fin du trajet.
Comme elle l'avait imaginé, la maison du Maire était encore plus impressionnante de l'intérieur que de l'extérieur.
Tout n'était que luxe.
Les sols en marbre incrusté elle ne savait comment de motifs en bois brillant ça et là, des tapis sur lesquels elle se serait bien roulée pendant un week-end entier, de lourds rideaux clairs, des murs tantôt en pierres apparente, tantôt recouverts de peintures mates ou brillantes mais toujours dans des teints neutres allant du blanc cassé à un gris foncé.
- Magnifique, souffla-t-elle.
Personne ne l'avait entendue dans le grand salon qui abritait une télévision plus large que ses bras étendus. Son regard vola au dessus des canapés en cuir beige et noir et de la table basse en verre et marbre pour rebondir sur l'immense cheminée et la statue d'un cheval posée sur son manteau.
C'était le genre de maison qui aurait pu faire l'objet d'un catalogue de décoration.
Et pourtant il ne lui manquait pas ce souffle de vie dont semblait êre dénuées toutes ces maisons test.
La jeune femme sourit lorsqu'elle se tourna pour faire face au visage impassible d'Henry Mills assis sur ce qui ressemblait sans nul doute à un trône. En tenue d'apparat blanche, une cape rouge et or négligemment rejetée d'un côté pour laisser paraitre le pommeau d'une épée accrochée à sa taille par une ceinture d'or.
Emma décala son regard de quelques centimètres pour jauger la silhouette qui se tenait debout à côté de lui. Son sourire s'évanouit et elle dut reculer pour trouver appui contre une commode.
Regina Mills avait choisi de faire poser son fils sur son trône, se contentant de régner sur le tableau depuis le côté droit, enveloppée dans une robe dont la couleur correspondait parfaitement à celle de la cape du Prince. Le tissu qui collait à son buste comme une seconde peau, ajouré de dentelle noire pour former un des décolletés les plus vertigineux qu'Emma n'avait jamais vu, s'évasait à sa taille pour devenir un drapé se prolongeant sous la forme d'une traîne quelque part dans le fond du tableau.
La blonde se perdit quelques instants dans le regard ferme qui semblait la fixer. Elle était sure que le peintre s'était débrouillé pour que le sentiment soit le même depuis n'importe quel point de vue dans la pièce. Les yeux maquillés de noir et les longs cils semblaient presque réels. Rien n'avait été oublié. Y compris la fine cicatrice sur le bord de sa lèvre qu'Emma s'était déjà crue folle de trouver plus attirante que n'importe quel autre détail sur le visage de la femme.
Elle n'avait pas besoin d'épée ou de brandir un sceptre ou elle ne savait quoi encore pour montrer qu'elle était la Reine. Même sans la couronne d'or qui ornait ses cheveux montés en chignon, personne n'aurait pu remettre en cause son identité.
La chasseuse de prime n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi terrifiant, quelqu'un dont le pouvoir semblait sortir en vague et déferler sur quiconque oserait s'approcher.
Il était certain que le Maire ne s'attendait pas à recevoir n'importe qui chez elle pour avoir laissé accroché dans son salon ce genre de tableau.
- Il est beau n'est-ce pas ?
- Oui. Très, avoua-t-elle à Henry qui s'était faufilé derrière elle.
- C'est son préféré.
- Ça ne m'étonne pas.
Elle se laissa entraîner loin du regard qui avait fait renaître une sensation lancinante entre ses jambes qu'elle avait partiellement réussi à calmer la veille et mangea le plat étonnamment bien cuisiné par Graham.
Elle se surprit à apprécier la soirée, battant à plate couture le Shérif et Henry à une course de voiture sur l'immense écran télévision du salon, des coupes de glace posées sur le tapis entre leurs jambes pliées en tailleur.
- C'est l'heure de dormir Henry, entendit-elle Graham s'exclamer au bout d'un moment.
Il avait le ton d'un homme qui n'avait jamais eu d'enfant mais qui s'était résigné à devoir s'occuper de ceux des autres et la pensée la fit sourire.
- Quelque chose à boire ? proposa-t-elle son regard fixé sur une commode remplie de carafes.
- Je ne sais pas si c'est une bonne idée.
- Tu ne tiens pas l'alcool, le tenta-t-elle.
Elle vit à son sourire en coin qu'elle avait gagné la partie.
- Du cidre ? proposa-t-il.
- Rien de plus fort ?
- C'est Regina qui le fait. Il n'y a rien de plus fort sur cette planète.
Elle haussa un sourcil, mais cinq verres plus tard, la jeune femme fut bien obligée de s'avouer vaincue. En face d'elle le Shérif semblait sur le point de sombrer sur le canapé et elle lutta pour rester lucide, attendant que l'effet de l'alcool s'estompe.
Elle sourit en le voyant finalement succomber et mit un moment avant de juger qu'elle pouvait tenir debout. Elle devait monter toute une volée d'escaliers en marbre et bois et elle n'avait avait aucune envie de se casser la colonne vertébrale sur l'une des marches.
A l'étage elle découvrit deux longs couloirs, parcourant tout une aile qui menait vers des chambres et salle de bains d'amis, une immense bibliothèque et un dressing.
Revenant sur ses pas elle se fit le plus discrète possible lorsqu'elle passa la tête dans l'entrebâillement de la chambre d'Henry, l'observant quelques secondes enroulé dans une couette bleue qui rappelait les couleurs marines de ses murs. La prochaine salle était encore une salle de bain et elle sourit enfin en tombant sur la pièce qu'elle avait cherché.
Assortie au reste de la maison, les murs d'une beige foncé parfois irisé d'or, la chambre à coucher du Maire devait faire deux fois la taille de celle qu'elle louait dans l'hôtel du centre ville.
Son regard fut attiré par tout un pan de mur en miroir qui agrandissait démesurément la pièce. De plus près elle remarqua les discrètes poignées d'acier et fit coulisser la surface lisse pour révéler un autre dressing. Une pièce d'une bonne quinzaine de mètres carrés grise et blanche, au centre de laquelle un long banc en velours noir débordait de sac de shopping encore pleins.
Elle parcourut des yeux la série de talons aiguilles de toutes les couleurs avant d'ouvrir par curiosité quelques placards, trouvant un assortiments de robes, sacs, tailleurs et pantalons, décidant de refermer le tout au plus vite avant de tomber sur des sous vêtements.
Trop épuisée pour y réfléchir à deux fois, elle laissa tout de même son esprit embrumé d'alcool la pousser à se déshabiller avant de se glisser dans le lit "Queen size" de Regina Mills.
Elle se réveilla en sursaut, la tête encerclée dans un étau malgré la sensation de bien être qui semblait courir sous sa peau. C'était le contact d'un coton aussi fin que celui qu'elle avait pu connaitre dans certaines suites de luxe. Et certainement pas dans l'hôtel qui l'hébergeait en ce moment à Storybrook.
Emma Swan fit un bond, forçant son esprit embrouillé à balayer du regard la pièce dans laquelle elle se trouvait.
- Merde.
Elle se laissa retomber au milieu des coussins. Graham avait eu raison de lui dire que le cidre était dangereux. Le mouvement avait provoqué des vertiges et elle préféra enfouir sa tête entre les tas de plumes matelassés. Si ses grandes inspirations réduisirent dans un premier temps l'envie de vomir qui l'avait envahie, elle regretta presque instantanément son action.
Si la sensation de se réveiller dans la chambre de Regina Mills et plus exactement dans son lit était exaltante, celle de respirer à plein nez l'odeur qui ne l'avait jusque là que tentée de loin était la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
- Rahhh !
Elle se leva en grondant pour ouvrir une porte qui elle en était sûre donnait sur une salle de bain privative à la chambre. Elle jeta un vague coup d'œil à l'étendue de marbre bicolore et aux meubles en bois clair qui décorait la pièce, préférant passer la tête sous l'eau et boire autant que son estomac le permettait pour mettre fin à la sensation qui brûlait le revers de ses paupières.
Son reflet hagard dans le miroir lui confirma qu'elle allait avoir besoin de maquillage aujourd'hui pour mettre son plan à exécution.
Elle jeta un dernier coup d'œil à la chambre, arrangeant du mieux qu'elle put le lit au carré avant de quitter le lieu de son crime sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne.
Ses efforts s'avérèrent inutiles, Graham avait disparu du canapé où elle l'avait laissé la veille et un coup d'œil à la pendule lui confirma qu'à l'heure qu'il était, Henry devait déjà se trouver sur les bancs de l'école depuis un bon moment. Avec un peu de chance personne n'aurait remarqué qu'elle avait passé la nuit ici.
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Encore trempée de sa douche elle s'effondra sur son lit sans pouvoir s'empêcher de remarquer que le matelas en était mille fois moins confortable que celui sur lequel elle venait de passer la nuit.
Sur un bloc note où elle avait déjà marqué plusieurs questions à poser à Henry, elle ouvrit une nouvelle page pour griffonner des noms. Ceux de ceux qui avait lancé la malédiction.
" RM " Parce qu'elle n'arrivait même pas à écrire le nom de la femme.
" Gold, Maléfique, Mary-Margarett "
Son stylo s'immobilisa. Il faudrait qu'elle demande au gamin qui exactement figurait au nombre de ceux qui avaient lancé la malédiction.
Et quelles étaient leur propre malédiction. Il lui semblait presque évident que Maléfique devait être libérée de sa forme de dragon, quant à Mary Margarett elle devait retrouver son "Prince Charmant" sans nul doute, mais les autres ? Et le Maire ? Qu'est-ce qui pouvait manquer à cette femme ? Et Gold ? Une opération du genou ?
Elle chassa l'idée d'un revers de la main et se concentra sur ce qu'elle savait déjà et la seule chose qui pourrait lui apporter un peu d'aide. Le livre avait été rangé dans le coffre dont disposait la chambre et elle se demanda brièvement quelle serait la réaction de ceux qui pourraient tomber dessus si jamais elle l'oubliait sur son lit.
Après avoir lu deux contes qui ne lui apprirent rien de plus que les dessins animés qu'elle avait vus plus petite, elle décida de s'habiller pour rendre une visite au commissariat.
Elle ne fut pas surprise d'y trouver Graham, la tête entre les mains, émettant un faible grognement quand elle s'approcha pour taper du poing sur son bureau.
- Ca va ?
- Qu'est-ce qu'il s'est passé hier soir ?
- Aucun souvenir ?
- Presque pas.
- Ça vaut mieux, crois moi, le taquina-t-elle, ravie de voir son air perdu gagner en inquiétude. Je peux prendre le volant pour une patrouille ? T'as pas l'air trop en forme ...
Elle obtint les clefs de la berline pour toute réponse et sortit du commissariat sans demander son reste. Elle trouva rapidement le chemin qu'ils avaient fait la veille vers le complexe hospitalier et après avoir fait un saut par la chambre de David Blanchard et mis moins d'une minute à localiser le médecin qu'elle y avait vu.
- Docteur Whale ?
Elle eut le droit à un sourire mielleux qui lui rappela celui du rédacteur en chef du journal de la ville et elle sut immédiatement qu'elle n'allait pas aimer ce qu'elle devait faire. Mais le métier l'avait endurcie.
- Déjà Emma ?
Elle réprima le frisson de colère qui naquit à l'emploi de son prénom et se rapprocha de lui pour éviter d'avoir à parler trop haut.
- Que faites-vous ce soir ?
- Je peux me libérer. Pourquoi ?
- Je n'ai pas envie de passer la soirée seule et ...
Elle anéantit les derniers centimètres qui les séparaient pour coller ses lèvres à son oreille.
- J'ai toujours rêvé de faire ça dans une chambre d'hôpital.
Elle ne put s'empêcher de sourire à son air de choc absolu, ses pupilles dilatées et le sang qui venait d'illuminer ses traits. Quelque part dans sa tête Regina prononça le mot " Pathétique " de la même manière qu'elle l'avait fait à la banque et elle dut chasser la voix en redressant ses épaules. Si elle commençait à l'entendre, c'était très mauvais signe.
- Diner ce soir dans le nouveau restaurant sur le port ? demanda-t-elle maître d'elle même.
- Oui, finit-il par accepter tout sourire.
L'idiot ... Elle s'enfuit de l'hôpital avant qu'elle n'ait à faire durer la conversation plus longtemps et parcourut la ville le reste de sa journée, plaquant un faux sourire sur son visage quand elle devait s'arrêter pour sauver un chat coincé sous le capot d'un pick up. Elle dut également escorter une vieille femme qui lui rappela trop à Madame Mim pour qu'elle puisse le vivre comme une coïncidence, mais fut surprise de la découvrir plus intéressante que le reste de sa journée.
Sur le chemin du retour elle s'arrêta au niveau de la cave à vin où la jeune femme qu'Henry lui avait présenté semblait en pleins préparatifs.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Pardon ?
Les bras chargés de cartons qu'elle semblait rentrer au fur et à mesure dans le magasin, la brune s'était retournée pour voir qui s'adressait à elle.
- Oh, c'est vous !
- Besoin d'aide ?
- Si c'est pas trop demander …
Emma ne répondit pas, se contentant de couper le moteur pour sortir s'emparer de la quasi totalité des cartons restant.
- Merci beaucoup !
- De rien. Je vais peut-être vous prendre un peu de vin après.
- Ah oui ?
- Oui. J'ai … J'ai offert la bouteille que j'ai prise la dernière fois à un ami et il m'a envoyé un texto pour me dire qu'il avait adoré. Peut-être que je pourrais vous faire un peu de pub. Vous envoyez des colis ?
- Oh … Euh je suppose oui. Je devrais peut-être voir ça avec ma patronne.
Elle allait répondre quand Hope ressortit pour observer la vitrine de l'extérieur. Elle la suivit, incapable de dire si quelque chose avait changé depuis sa dernière visite.
- Faites moi un carton, je passerai vous donner l'adresse, préféra-t-elle dire.
- Vraiment ?
Elle dut retenir un sourire à l'excitation évidente de son interlocutrice qui ne devait vraiment pas avoir beaucoup d'occasion d'exercer son métier.
- Oui, assura-t-elle, vraiment.
L'intéressée ne retint pas un petit saut de joie et dans la lumière du soir, Emma remarqua pour la première fois l'éclat particulier de ses yeux pour l'un bleu et l'autre vert.
- Vous avez de beaux yeux, laissa-t-elle échapper.
Le compliment eut pour effet de les agrandir l'espace d'une seconde avant qu'ils ne se fixent rapidement sur la vitrine.
- Qu'est-ce qu'il vous faut dans votre paquet ?
- Désolée si je vous ai choquée. Ce que vous voulez, surprenez-moi ! C'est pour un ami.
- Je pensais que vous ne les aviez pas remarqué, je préférais, sembla-t-elle répondre en toute honnêteté. Je n'aime pas qu'on y fasse trop attention. Je vous ferai ça d'ici demain.
Elle ouvrit la bouche pour répondre mais le bruit d'un moteur de voiture fit courir quelque chose comme de l'appréhension le long de sa colonne vertébrale. Si même le son de sa Mercedes la mettait dans des états pas possible, elle était vraiment perdue.
Progressivement, le bruit du moteur laissa place à celui d'une musique classique presque agressive que la jeune femme reconnut comme du Wagner sans pour autant déterminer le titre. Le bolide surgit à un angle de rue, rugissant lorsque sa conductrice rétrograda pour ralentir derrière une vieille ford qui tentait de se garer.
L'AMG noire avait été décapotée, laissant une Regina Mills cheveux au vent et lunettes de soleil à la vue de tous. Elle était magnifique et la jeune femme réussit à se détourner de la vision juste avant qu'elle ne s'intéresse à elles puisque l'instant d'après Hope adressait un signe de la main au Maire.
- Je peux compter sur vous pour ce carton ? décida-t-elle de relancer.
- Bien sûr !
- Je viendrai le récupérer demain !
Derrière elles le moteur gronda une nouvelle fois lorsque la voiture redémarra avant de disparaître à l'autre bout de la rue.
Elle se demanda brièvement si Regina saurait qu'elle avait dormi dans son lit avant de chasser l'idée d'un haussement d'épaules. Qu'importe.
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Evidemment dès qu'elle mentionna sa soirée à Ruby, la nouvelle fut accueillie à grands renforts d'éclats de rire et de questions auxquelles elle fut heureuse de pouvoir répondre. Elle ne s'imaginait pas très bien devant lui mentir sur le sérieux de ce rendez-vous.
La valise que lui avait apportée Ted contenait une simple robe noire mais qui n'obtint pas l'approbation de Ruby qui préféra lui prêter une robe rouge qui lui allait comme une seconde peau. Mais tant qu'à faire, elle comptait être convaincante dans son rôle de provocatrice.
Elle laissa ses cheveux descendre en cascade sur son décolleté et accepta même que la serveuse la maquille, un sourire aux lèvres.
Elle sut qu'elle avait eu raison de s'habiller comme ça quand le médecin l'accueillie à bord de sa berline grise l'éclat de quelque chose qu'elle n'aimait pas du tout dans ses yeux.
Et regretta immédiatement sa décision quand elle rentra dans le restaurant, quelque chose d'autre que la main de Whale posée dans son dos lui arrachant un frisson.
- C'est beau n'est-ce pas ?
- Oui, c'est tout récent non ?
Heureusement qu'elle avait eu le temps de passer maître dans l'art de la conversation même lorsqu'elle n'avait aucune affinité avec la personne avec qui elle était.
- A qui est-ce que ça appartient ? demanda-t-elle faussement curieuse.
- La garce là bas que vous voyez parler à table avec le Maire ? C'est elle qui le tient avec le cabaret à côté.
Forcée par le geste de la main qu'il venait de faire, la chasseuse de prime leva les yeux pour en rencontrer deux paires fixées sur elles. Elle fit l'effort monumental d'ignorer Regina qu'elle voyait de là en robe grise pour se concentrer sur l'autre femme. Ce n'était pas à ça qu'elle s'était attendue quand le gamin lui avait parlé d'Ursula, mais le personnage à la peau noire collait assez bien avec le dessin animé s'avoua-t-elle. Elle s'autorisa à lui faire un bref signe de la tête et un sourire avant de retourner toute son attention vers le médecin.
Elle le fit boire plus que de raison et parler de tout ce dont elle avait besoin de savoir si la ville, mais fut au regret de constater qu'il ne semblait pas prêt à parler de la malédiction, lâchant même qu'il ne croyait pas à la magie au détour de la conversation.
Au dessert, elle dut maîtriser sa colère lorsqu'elle le vit tenter de glisser quelque chose dans son verre de rosé et quelque chose dans l'ambiance de la pièce manqua la faire retourner. On avait souvent plaisanté en lui disant qu'elle avait un sixième sens et si elle y avait cru elle aurait mis sa main au feu pour dire qu'en ce moment les deux femmes qu'elle avait remarquées en rentrant avait reporté toute leur attention sur elle.
Elle s'empara de son verre un faux sourire à la main, feignant d'en boire une gorgée, mais il explosa avant même qu'elle n'ait pu le porter à ses lèvres.
- Oula, pardon. Je suis d'une maladresse !
- Aucun problème. Je vous accompagne aux toilettes ?
- Je trouverai le chemin ne vous inquiétez pas.
Elle les trouva sans problème, souriant au soin qui avait été mis jusque dans le détail de la petite pièce en marbre noir aussi belle que le reste du restaurant. Elle espérait vraiment que Ruby ne lui en voudrait pas pour sa robe. Avec un peu de chance elle ...
- Bonsoir jeune fille.
La voix fit dresser tous ses poils et elle se retourna en un éclair, regrettant de ne pas avoir son arme sur elle. Rapidement elle essaye de se souvenir du dessin animé dans lequel elle figurait, espérant qu'elle ne se ferait pas voler sa voix par la sorcière.
- Bonsoir.
- Laissons tomber les masques, j'ignore pourquoi Regina ne peut pas le sentir, mais je sais que vous savez qui je suis.
- La propriétaire du restaurant ? tenta-t-elle. Il est très beau, je vous félicite.
- Inutile. Faites attention à l'homme que vous fréquentez.
- Je ne le fréquente pas, répondit-elle aussitôt.
- Il cherchait à vous droguer.
- Je l'avais vu, mais merci.
- Ce n'était pas moi. Qui êtes vous ?
- Je m'appelle Emma Swan.
- Hum ...
La femme fit deux pas vers elle et elle put clairement ressentir quelque chose qui ne pouvait être que de la magie se précipiter en vagues sur elle. Pourtant, comme le Maire, la femme fronça les sourcils.
- Pas si impuissante que ça Regina à ce que je vois, chuchota-t-elle plus pour elle même que pour la blonde.
- Pardon ?
- Regina vous a marquée.
- Pardon ? répéta-t-elle, incapable de bloquer les pensées qui affluèrent.
Et à part ça elle s'était dit qu'elle passerait la soirée à penser à autre chose qu'à ça...
- Vous comprendrez, lâcha la sorcière en face d'elle.
Elle eut un geste de la main et Emma sentit son corps entier se contracter dans l'attente d'une attaque qui ne vint pas.
- Qu'est-ce ...
Elle se rendit compte qu'elle était soulagée d'avoir conservé sa voix sous le regard amusé de la gérante de l'établissement.
- Votre robe. Comme neuve, vous me remercierez plus tard. Passez une bonne soirée Emma.
- M...Merci. Vous aussi, réussit-elle à répondre pour finalement se rendre compte qu'elle était déjà seule dans la pièce.
Après cela elle ignora les regards qui la raccompagnèrent jusqu'à sa table et s'assit aux côté de son compagnon de soirée qui buvait un énième verre.
- Et si on partait faire un tour dans cette chambre d'hôpital que vous m'avez promise ?
Elle vit ses yeux clairs se perdre dans le fond du verre de vodka qu'il était en train de consommer avant de se fixer sur elle.
- Avec plaisir, finit-il par dire.
Un instant elle avait eu peur qu'il ait changé d'avis, mais finit par comprendre que l'alcool avait finalement eut raison de lui. Forçant l'équilibre précaire sur lequel ses talons aiguilles la faisait se balancer, la jeune femme en profita pour passer un bras autour de sa taille et l'entraîner jusqu'au comptoir où il paya sous le regard attentif d'un videur avant de la conduire jusqu'à l'hôpital.
- Où sont les toilettes ?
- Encore ?
- J'ai une petite vessie, s'excusa-t-elle. Vous m'attendez pas loin ?
Elle attendit de le voir acquiescer d'un signe de tête pour fermer la porte des wc derrière elle, ôtant immédiatement ses escarpins. Par habitude la jeune femme adressa un sourire à son reflet dans le miroir carré au dessus du seul lavabo que contenait la pièce et vida le contenu de sa pochette sur la surface glacée.
Le geste assuré par les dizaines de fois où elle avait déjà du le faire, la chasseuse de prime s'empara du gros carré de tissu qui avait été plié le plus soigneusement possible avant de faire couler l'intégralité d'un petit flacon transparent dessus. Elle ne prit pas la peine de rentrer ses affaires, entrouvrant la porte pour faire signe à son compagnon d'un soir d'entrer dans la pièce exiguë.
Il se débattit à peine plus de quelques secondes avant de tomber dans ses bras inconscient.
- Bon débarras, souffla-t-elle en le poussant jusqu'à la cuvette des wc.
Si tout marchait comme sur des roulettes il penserait qu'il s'était écroulé d'ivresse. Elle rajusta sa robe qui était remontée et rangea le contenu de sa pochette avant de sortir de la petite pièce une nouvelle fois sur ses talons aiguilles.
Elle trouva rapidement une salle remplie de meubles coulissants, son regard scannant rapidement les différentes étiquettes à la recherche de ce qu'elle voulait avant de s'emparer des trois quarts des boites présentes dans le contenant.
Elle ne croisa personne sur le chemin qui la mena jusqu'à la chambre qu'elle avait déjà visitée plus tôt dans la journée et se contenta d'allumer une lampe de chevet avant de refermer la porte derrière elle et de s'installer sur une chaise en simili cuir.
- Bonsoir David ! Te dérange pas pour moi.
D'un geste elle se débarrassa à nouveau de ses talons aiguilles, fouillant la table de chevet dans laquelle elle avait caché le livre cet après midi là avant d'appuyer ses jambes en l'air sur le matelas.
- Je vais partir du principe que tu m'entends et que tu me comprends, ok ? Je m'appelle Emma Swan, Henry Mills pense que je suis là pour sauver votre village d'une malédiction et Ruby ... Ruby dont je ne connais pas le nom de famille pense que le meilleur moyen d'y arriver c'est de commencer par sauver ta petite amie, Mary Margarett, que tu connais peut-être sous le nom de Blanche Neige ?
Elle s'arrêta un instant, le regard rivé aux différentes variables qui brillaient sur les écrans de contrôle dans la pénombre de la chambre.
Aucune réaction.
Ok, ça pouvait pas être aussi facile que ça de toute manière.
D'un geste sec cette fois elle ouvrit le livre qu'elle avait marqué à la page qui l'intéressait. La blonde prit une grande inspiration avant de commencer.
- Il était une fois ...
.
..
.
Elle fut réveillée en sursaut par des cris dans le couloir, manquant basculer en arrière sur sa chaise en essayant par réflexe de porter une main à sa hanche pour se saisir de l'arme qui n'y était pas.
Elle ne se souvenait même pas de s'être endormie.
- Désolée mon grand, je vais devoir te laisser. On se voit bientôt je suppose ...
La jeune femme s'empara des lunettes restées au fond de son sac et les enfila pour masquer son maquillage qui avait sans doute coulé.
Elle adressa un sourire à une infirmière qu'elle croisa dans un couloir et regretta de ne pas avoir pris sa voiture la veille.
Elle eut le droit à un éclat de rire de Ruby lorsqu'elle franchit la porte du restaurant ses talons aiguilles à la main.
- La ferme.
- Mon dieu !
- Emma suffira.
La réplique provoqua un nouveau rire.
- Qu'est-ce que tu veux Emma ?
- Un café et un petit dej à emporter s'il te plaît.
- La même chose que d'habitude ?
- Ce que tu veux.
- Ça arrive dans cinq minutes.
Elle leva un pouce en signe d'approbation et alla s'installer à une table reculée du restaurant. Elle devait vraiment être fatiguée, remarquant à peine Henry Mills lorsqu'il fut à moins d'un mètre d'elle.
- Emma ! Comment ça va ?
- B…
- Henry !
La voix claqua comme un fouet dans la pièce et Emma fut contente d'avoir gardé ses lunettes de soleil.
- Qu'est-ce…
- Ici.
La chasseuse de prime ne l'avait jamais entendue s'exprimer aussi froidement et le verre teinté de ses solaires ne la protégea pas assez de ce qui se dégageait du regard de la brune. De la colère. Et peut être même du dégoût. Elle manqua froncer les sourcils mais se rappela ce qu'elle avait décidé.
Elle fit l'effort de ne pas accorder un simple regard à l'intéressée, gardant la tête baissée sur la silhouette de son fils.
- Vas-y Henry. Ta mère ne veut visiblement pas que tu traines avec moi.
Elle vit l'incompréhension passer dans ses yeux clairs et la peur que sa mère ait découvert leur petit secret devina-t-elle.
- Tout va bien, assura-t-elle pour chasser son inquiétude.
Elle croisa le regard de Ruby quelque part vers le comptoir et décida de se lever pour échapper à ce qui ne manquerait pas de suivre. Elle l'avait cherché, mais elle n'avait aucune envie que ça se passe maintenant. Pas quand elle venait de passer une nuit entière à essayer de réveiller un mort en lui lisant des contes de fées et pas quand elle était encore en tenue de soirée digne de ses pires nuits new-yorkaises.
- Miss Swan …
Et voilà, comme prédit.
Elle ne se retourna pas, continuant son chemin vers Ruby qui lui tendit l'immense gobelet de café et un sac en papier d'un gris bleuté.
- T'es un ange, remercia-t-elle.
- Je sais.
- Miss Swan !
En face d'elle la serveuse eut un sourire désolé pour elle et la blonde se contenta d'expirer très lentement avant de reprendre sa marche vers la porte de sortie.
- Si vous comptez survivre plus longtemps que quelques heures au poste de Shérif que vous vous êtes octroyé, je vous conseille d'écouter votre supérieur quand il vous parle, Miss Swan.
La voix s'était rapprochée et malgré tous ses efforts elle n'avait pas pu pousser la porte sur laquelle elle avait porté la main. Elle sentit son parfum avant de voir la silhouette se refléter dans la surface glacée en face d'elle.
Elle dut se mordre la joue pour redescendre sur terre. Elle était Emma Swan bordel, elle avait osé bluffer un canon sur la tempe devant des dizaines d'hommes prêt à la tuer, elle n'allait pas flancher face à une méchante d'un dessin animé Disney !
- Je vous reçois cinq sur cinq Madame le Maire, je commence mon service à quatorze heures aujourd'hui, je suis sûre que mon supérieur, réussira à me parler à ce moment là.
Elle sentit la stupeur envahir la femme qui ne se tenait plus qu'à quelques centimètres derrière elle et saisit l'occasion pour ouvrir la porte d'un coup hanche avant de s'éloigner en buvant son café.
Pas si mal que ça. Il était huit heures quarante deux, elle avait six heures et dix-huit minutes pour se préparer à ce que l'enfer ne s'ouvre sous ses pieds.
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..
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Évidement elle était sur le pied de guerre dès treize heure trente, bourrée de cachets et incapable de tenir plus longtemps. Elle était bien passée récupérer son carton de vins qu'elle comptait expédier au plus vite à Ted, mais elle n'avait rien trouvé d'autre à faire. Elle vit à l'air surpris de Graham qui était en train de finir un sandwich à son bureau qu'il aurait voulu lui poser des questions mais l'en empêcha d'une main levée.
À quatorze heures elle fixait encore la pendule de son ordinateur quand il fit tomber sur son bureau un paquet de vêtements.
- Uniforme, expliqua-t-il simplement.
Elle détailla le sien avant de se demander à quoi elle allait ressembler si elle portait une telle tenue. Après une brève inspection elle se décida pour garder le jean noir qu'elle avait enfilé et y coincer la chemise d'un beige étrange.
À quinze heures elle comprit que le Maire avait décidé d'utiliser une nouvelle technique d'intimidation sur elle en la faisant visiblement vivre dans l'attente de se faire lyncher et elle dut se résoudre à passer l'après midi à répondre au téléphone et remplir des formulaires.
Elle crut qu'elle voyait le bout du tunnel quand un homme rentra dans le commissariat déposer une plainte mais dut se rendre à l'évidence qu'il n'en serait rien quand elle commença à prendre sa déposition à propos de dégradation par une bande de jeunes qui vivaient dans un squat au bord de la forêt.
Elle allait imprimer une copie de la plainte quand quelque chose grimpa le long de sa colonne vertébrale la forçant à courber l'échine quelques secondes avant qu'elle n'entende l'échos de talons sur le sol.
Quoi qu'elle soit cette femme avait un effet sur elle quasiment hors du champ du possible, elle n'avait jamais été aussi consciente de la présence de quelqu'un.
- Je vous conseille de quitter le commissariat, annonça-t-elle en toute honnêteté à l'homme en face d'elle.
- Faites ce qu'elle vous dit, avisa la voix basse du Maire qui venait de rentrer dans la pièce.
L'intéressé s'exécuta, Emma lui assurant qu'elle lui ferait parvenir une copie de sa plainte.
Elle le suivit du regard jusqu'à ce qu'il parte, préférant reporter son attention sur son écran tandis que la brune allait se percher sur le coin du bureau déserté par Graham. Elle se força à ne pas faire attention au tissu de la jupe qui venait de remonter de quelques centimètres, elle avait peut être pris assez de médicaments pour forcer ses pupilles à une largeur raisonnable, mais elle ferait mieux de ne rien laisser la distraire.
Elle ne dit rien, laissant la femme l'observer tandis qu'elle regroupait les documents fraichement imprimés dans une pochette bleue sur laquelle elle nota les références du dossier qu'elle venait d'ouvrir.
- Vous vouliez me parler de quelque chose peut-être ? osa-t-elle au bout d'un moment en s'appliquant à coller une étiquette sur la pochette.
Elle n'obtint pas de réponse et dut se résoudre à lever les yeux vers la femme dont elle semblait le centre d'attention.
- On se lève quand j'entre dans une pièce Miss Swan.
- Oh … Toutes mes excuses.
Elle avait réussi à insinuer assez de moquerie dans son ton pour en être fière, mais s'exécuta.
- Vous ne portez pas l'uniforme …
- Je suis pas trop uniforme.
- Mais vous êtes Shérif ?
- Apparemment, répondit-elle avec un sourire en désignant le badge accroché à sa taille.
- Sidney Glass n'avait aucun droit de vous le donner.
- Il n'avait pas l'air du même avis.
- Hum …
- Quelque chose d'autre ? J'ai beaucoup de papiers à signer et je suis sûre que vous avez un métier prenant …
- De quel droit êtes vous rentrée chez moi ?
- Graham m'a invitée.
- Sidney et maintenant Graham … Je n'aime pas les gens qui se cachent derrière les autres.
- Je ne me cache derrière personne Madame le Maire, c'est ce qui s'est passé. Il s'est sentit seul, nous avons passé la soirée ensemble.
- Chez moi ?
- Oui.
- Dans mon lit ?
Cette fois quelque chose de sombre était passé dans le regard d'ébène. Une colère mal contenue et elle se demanda brièvement s'il lui serait un jour donné de voir la tempête se déchainer. Préférablement sur quelqu'un d'autre qu'elle.
- Demandez à Graham …
- Il avait trop bu pour que ses souvenirs me soient d'une quelconque utilité.
Elle la vit froncer légèrement les sourcils et se demanda si elle venait de se rendre compte de ce qu'elle venait de laisser échapper. La chasseuse de prime pouvait presque l'imaginer en train d'essayer d'extraire des souvenirs du Shérif.
- Votre cidre apparemment, c'était trop pour lui.
- Dois-je brûler mes draps ?
- Un simple lavage aura suffi.
Apparemment ce n'était pas la réponse qu'elle attendait, l'éclat qu'elle avait vu passer toute à l'heure dans ses yeux se propagea à l'intégralité de son visage.
- Je ne vous autorise pas à jouer les petites familles parfaites dans ma maison quand je suis absente.
- Ce n'est pas ce qui s'est passé.
- … Que j'apprenne, Miss Swan, qu'il s'est passé quoi que ce soit de plus avec Graham sous mon toit quand Henry était là qui plus est …
- Henry n'était pas là, choisit-elle de se moquer.
- Miss Swan …
- Oui ?
Elle sentit quelque chose en elle se retourner en voyant la brune se redresser pour descendre du bureau sur lequel elle était perchée.
- Je ne suis pas quelqu'un que vous voulez avoir contre vous.
Bien au contraire, pensa-t-elle en remerciant tous les dieux qui pouvaient bien exister de s'être rappelée qu'à forte dose les analgésiques avaient la manie d'empêcher ses pupilles de s'adapter à la l'obscurité.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler Madame le Maire.
- Vous arrivez ici en conquérante, vous croyez certainement que parce que je vous laisse en vie, vous êtes en position de force. Je vous observe parce que je vous trouve intéressante Miss Swan, mais comme toutes les expériences, il suffirait que celle ci finisse par me désintéresser pour que j'écrase la fourmi que vous êtes.
- C'est une magnifique métaphore, j'essaierai de m'en souvenir.
- Ne cherchez pas la guerre.
- Votre fils m'aime bien, trouva-t-elle.
- Mon fils est assez bien élevé pour choisir sa mère par dessus … l'amusement d'une nouvelle venue.
- Ecoutez-vous, on dirait que vous parlez de sa dernière petite amie en date.
- Pas maintenant Graham !
L'ordre claqua dans le silence de la pièce et elle remarqua seulement la présence de l'intéressé qui semblait être rentré dans le commissariat en plein milieu de leur conversation. Leur regard se croisèrent avant qu'il ne tourne le dos, obéissant visiblement sans remettre en cause la volonté de sa Reine. L'espace d'un instant elle se demanda s'il en aurait fait de même s'il était rentré pour la trouver en train d'enfoncer sa main dans son torse pour en arracher son cœur.
- Une semaine d'essai Miss Swan.
- Pardon ?
- Pour me convaincre que vous m'êtes d'une quelconque utilité sans quoi je ne donne pas cher de votre existence.
- Vous n'avez pas besoin de mon dossier médical alors ?
- Je laisserai le docteur Whale vous autopsier, ce sera amplement suffisant.
Elle ne sut pas quoi répondre à cette nouvelle tournure de phrase, intriguée que la sorcière ne fasse aucune allusion à son rendez-vous de la veille. Mais après tout le dégout avec lequel elle la regardait un peu plus tôt dans la journée avait disparu de son visage, peut-être était-elle au courant de quelque chose ?
Elles restèrent un moment silencieuses avant que Regina ne s'approche d'elle. La blonde dut s'empêcher de couiner quand elle s'empara de sa ceinture pour l'attirer à elle. Elle était presque sûre que les battements de son cœur pouvaient s'entendre depuis l'extérieur de l'immeuble.
Une main manucurée arracha le badge doré que Sidney lui avait donné.
- Méritez-le, l'entendit-elle dire à voix basse.
Elle eut le souffle coupé par la vague de désir qui envahit son entre jambes à lui en faire mal et dut détacher son regard du sourire en coin qui venait d'illuminer le visage halé pour ne pas succomber à l'envie qu'elle avait de soulever la brune pour la poser sur son bureau et l'y faire jouir jusqu'à en effacer son air supérieur.
- Bonne soirée Miss Swan.
Bien sûr … Elle resta immobile jusqu'à ce que le bruit des talons s'évanouisse dans le silence du commissariat.
- Putain …
Elle ne tiendrait jamais une semaine …
