Saluuuut ! :D Oui, j'ai encore mis du temps pour vous apporter une suite mais pour ma défense le site a été HS plusieurs jours d'affilé et je n'arrivais absolument pas à me connecter à mon compte ...
Encore et toujours merci à ceux qui me laissent des commentaires qui ne manquent jamais de me faire plaisir : Raphi5930, angele751, justinejannedu0760, Loulouche qui m'a donné une idée pour cette fin de chapitre, LittleBigLow, rozaline38, Swan33, moithea, Grat, Regina2015, Floralys2015 ( j'avoue que j'ai hésité pour Henry mais je tenais à la scène et je voyais mal quelqu'un d'autre le ramener du coup ... Si ça peut te rassurer il dormait vraiment à poings fermés ^^ ), EvilSwanMills, evilhayleyregal, MissOuat4ever, DroDrov, StitChE ... Vous êtes géniaux !
Bref, vous l'attendiez, voilà la suite ! :) ( et ya plus de 10 000 mots hein alors c'est cadeau ! Mais avec les fautes qui vont avec parce que je me suis pas relue xD )
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Chapitre 14
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Ce fut elle qui s'occupa d'extirper le corps lourd de fatigue d'Henry de la banquette arrière sous le regard attentif de sa mère qui la guida jusqu'à la chambre aux murs bleu et argent. Elle s'écarta uniquement lorsqu'il montra des signes de vie, aussitôt remplacée par Regina qu'elle observa lui chuchoter quelque chose d'inintelligible depuis le seuil de la porte où elle s'était postée. Si elle avait bel et bien l'impression d'assister à une scène à laquelle elle n'avait pas le droit lorsqu'elle le débarrassa de son costume pour le faire rentrer dans un pyjama de super héros, elle dut se faire violence pour descendre au rez-de-chaussée se servir un verre d'eau.
Ses pas la menèrent dans le salon où elle dévora du regard une nouvelle fois le tableau qu'elle y avait découvert le premier soir où elle avait pu s'introduire dans la demeure grâce à Graham.
- Vous ne l'auriez pas appréciée, entendit-elle dans son dos.
- La méchante Reine ?
- Oui.
Elle se retourna pour faire face à la version aux traits bien plus doux qui l'observait perchée sur l'accoudoir d'un fauteuil. Toujours dans sa robe aux couleurs changeantes, Emma devait avouer qu'elle la préférait amplement à la Reine qui dominait la pièce de son regard impérieux. Pourtant elle ne pouvait se résoudre à l'idée qu'elle pense qu'elle ne pourrait pas accepter ce qu'elle avait autrefois été.
- Je dois vous avouer quelque chose, prévint-elle.
Quelque chose changea dans la posture de la brune qui redressa les épaules et elle fut presque alarmée par la vitesse à laquelle un masque implacable remplaça l'expression un peu plus ouverte qu'elle avait portée quelques secondes auparavant.
- Je vous écoute Miss Swan, fut-elle poussée.
- Je vais vous dire ça parce que je veux vraiment être honnête avec vous, je tiens à ce que nous sommes en train de ... faire.
Elle n'avait pas osé employer le verbe " bâtir " parce qu'en toute honnêteté, que pouvaient-elles être en train de bâtir à ce rythme ? En face d'elle il lui sembla que l'intéressée avait suivi la même ligne de pensée qu'elle mais ne commenta pas, la laissant visiblement continuer ses aveux.
- J'aimerais vous faire promettre que ce que je vais dire ne va rien changer, mais je ne suis pas sûre que ça marche comme ça avec vous parce que ... Je vous ai menti.
La brune était restée impassible, un simple sourcil levé en signe d'intérêt et elle sentit une panique maladive l'envahir à l'idée qu'elle puisse se retrancher derrière l'indifférence avec laquelle elle avait été traitée ces derniers temps.
- Je ne pense pas que la Méchante Reine m'aurait fait peur, se lança-t-elle après une inspiration. Je crois que je vous ai acceptée telle que vous étiez à l'instant même où j'ai posé les yeux sur vous. Et ce n'était pas chez Granny quand vous vous êtes présentée avec votre façade de politicienne.
Cette fois elle était tellement attentive à la moindre réaction qu'elle pourrait provoquer qu'elle ne put manquer la confusion qui fut immédiatement masquée par un imperceptible froncement de sourcils quand elle chercha certainement à se rappeler de la première fois où elles avaient put se rencontrer.
- J'avais un rendez-vous à la banque de Boston le jour où vous avez empêché le braquage. Dans la vie je suis ce qu'on appelle vulgairement une chasseuse de primes, je suis toujours extrêmement au courant de ce qu'il se passe autour de moi et pourtant je ne vous avais pas vue depuis quelques secondes que vous avez éclipsé tout au point que je n'ai absolument pas vu les braqueurs rentrer ...
- Vous m'avez vue tuer cet homme, conclut-elle lorsqu'elle marqua une pause pour chercher ses mots.
- Oui ... Non, je n'ai vu que vous. Je ne croyais même pas à la magie, j'ignorais ce que je voyais vraiment et quand j'ai compris que vous alliez effacer notre mémoire j'ai failli vous interpeller, je n'arrivais pas à accepter de vous oublier. Et visiblement votre sort n'a pas marché sur moi. J'ai les ressources pour et je vous ai cherchée, il fallait absolument que je vous retrouve.
- Et vous l'avez fait ...
- Non. Votre nom n'est pas ressorti dans mes dossiers mais j'ai retrouvé Sidney Glass et une adresse. Je me suis jetée sur ma voiture avec la première excuse venue.
- Je vois ...
- C'est tout ? Tout ce que vous allez dire ?
- Que cherchiez-vous à me faire comprendre Miss Swan ? Vous pensez m'accepter telle que je suis parce que vous m'avez vue arracher le coeur d'un criminel ? Comment auriez-vous réagit si vous m'aviez vue démembrer un innocent parce qu'il refusait de me donner le nom d'un village où se cachait un fugitif ?
- C'était une autre réalité, tenta-t-elle de justifier.
- Qui n'excuse pas le moindre de mes gestes.
Elle ne répondit pas, assez sage pour savoir qu'il n'existait en effet aucune justification. Et pourtant l'information qui venait de lui être donnée ne semblait pas avoir influé sur la vision qu'elle avait de la femme en face d'elle.
- Je dois être folle alors, réfléchit-elle à haute voix.
La brune ne chercha pas à la contredire et un frisson la secoua lorsqu'elle se leva de l'accoudoir sur lequel elle s'était perchée.
- Une chasseuse de primes ? reprit-elle en s'avançant vers elle.
- Euh... Oui. Quand je suis sortie de prison, j'ai été contactée pour faire des opérations sous couverture et puis la police quelques temps mais ça ne m'a pas plu...
- Et pourquoi me dites vous tout ça ?
Elle mit du temps à retrouver la parole, le souffle coupé lorsqu'en face d'elle Regina laissa tomber sa robe longue pour dévoiler sa silhouette affinée par une guêpière de la même couleur.
- Je vous l'ai dit... Je veux être honnête avec vous.
- Qu'avez-vous à y gagner ?
- Vous. J'aimerais que vous fassiez confiance.
- Je ne donne plus ma confiance depuis bien longtemps Miss Swan...
- Peut-être que le risque vaut la peine d'être pris ? suggéra-t-elle.
Elle n'eut pas le temps d'avancer un argument supplémentaire en sa faveur, observant fascinée les cils s'allonger, les yeux d'ébènes envahis d'un tourbillon pourpre qui durcit les traits parfaits et le maquillage s'assombrir en même temps que la pièce autour d'elles. Les murs clairs se teintèrent d'une ombre qui gagna toutes les fournitures du salon, le cuir des canapés muant du beige à un noir de jais. Pourtant, l'aura que semblait dégager la brune avait beau être chargée d'une menace sans équivoque, elle n'y retrouvait toujours pas le malaise qu'elle avait ressenti au contact de la magie de Gold.
- Je vous consumerai, entendit-elle.
La voix la força à rapporter son attention sur elle et la chasseuse de prime dut faire l'effort de soutenir son regard de braises.
- Je n'ai pas peur de vous Regina.
- Vous devriez Emma … Regardez-moi.
Elle obéit, laissant une nouvelle fois ses yeux balayer la silhouette affinée par la guêpière qu'elle portait toujours et l'intégralité de la pièce à présent plongée dans une pénombre électrique.
- Et vous pensez pouvoir m'apporter une « lumière » ?
Il y avait de la moquerie dans le dernier mot qu'elle avait prononcé en se penchant un peu plus sur elle. Elle n'aurait su dire si c'était la soudaine proximité qui la sortit de sa torpeur, mais la blonde s'empara fermement des deux mains qui s'étaient postées sur le dossier du divan derrière elle et la força à soutenir son regard.
- Arrêtez votre comédie. Votre magie ne définit pas ce que vous êtes. Je vous observe depuis peu de temps mais je sais déjà que vous êtes une femme et une mère extraordinaire qui n'a rien à voir avec le personnage que vous êtes en train d'essayer de me faire avaler. Vous avez peur …
- Jamais ! fut-elle prompte à la couper.
- Vous mentez ! Vous avez peur de moi parce que j'ai la capacité de vous résister et l'envie de ne pas le faire. Vous ne comprenez pas ce que je veux et visiblement ça vous fait peur. Je vous ai déjà dit ce que je voulais.
- Moi ? se moqua-t-elle.
- Exactement. Est-ce que vous seriez prête à vous afficher avec moi dans votre ville ? À en parler à Henry ? À n'appartenir qu'à moi ? À vous laissez inviter au restaurant, conduire en week-end et accompagner à des soirées ? Parce que ce sont les choses plus dures que j'attendrai de vous …
En face d'elle elle observa fascinée le masque de la Méchante Reine jusqu'alors figé par l'attention féline avec laquelle elle la détaillait se fissurer avant de tomber pour révéler le visage empli d'incertitude de Regina Mills.
- Regina, avec ou sans cette histoire d'élue, je serais complètement folle de vous, tenta-t-elle une dernière fois.
Autour d'elles, elle eut le temps de voir la pénombre se dissiper, laissant place aux véritables couleurs des murs avant que la propriétaire des lieux ne se laisse tomber sur elle. Leurs lèvres se trouvèrent immédiatement et Emma ne perdit pas une seconde pour l'enlacer et la maintenir prisonnière contre elle.
- Vous êtes une idiote Emma Swan, lui affirma-t-elle entre deux baisers.
- Parce que je vous apprécie ?
- Parce que vous n'avez aucune idée de ce qu'il se passe, lui répondit-elle.
Et en effet elle devait avouer qui n'avait aucune idée de la raison pour laquelle elle méritait cette remontrance. Elle n'eut pas le temps de réfléchir à la question, frappée par le désir qu'elle avait éprouvé et accumulé ces derniers temps lorsque la brune fit tomber les morceaux de tissus qui habillaient ses épaules pour dégager sa poitrine immédiatement attaquée par sa langue.
- Ici ? demanda-t-elle néanmoins quand Regina se laissa tomber sur le tapis à genoux et entre ses cuisses écartées.
- Ici et maintenant, lui confirma-t-elle.
Un instant leurs regards s'affrontèrent avant qu'elle ne sente le tissu autour d'elle s'évaporer pour la laisser au contact du canapé en cuir qui risquait certainement d'être taché.
Elle ne maîtrisa pas le grondement animal qui lui échappa lorsque la sorcière posa ses lèvres sur le dernier morceau de tissu qui la protégeait encore. Dans ses poings fermés, des étincelles d'un bleu électrique grésillèrent à en faire rire son amante. Son amusement ne l'occupa pas suffisamment pour la distraire du but qu'elle atteignit quelques secondes plus tard, se débarrassant du string d'un mouvement de la main pour faire courir sa langue sur toute la longueur de son intimité.
- Oh mon dieu …
- Regina, corrigea-t-elle. J'ai dit que je voulais entendre mon prénom.
Elle ne parvint pas à trouver de réplique cinglante avant d'être à nouveau submergée par un plaisir dont elle avait que trop rêvé ces derniers temps. La tête renversée, les yeux rivés au plafond, elle étouffa un cri dans le creux de son bras lorsque des dents la firent bondir. Elle l'avait amené au bord de l'orgasme en quelques secondes mais refusait pourtant malgré ses nombreuses suppliques de satisfaire à sa requête et entrer en elle.
- Regina, c'est de la torture, je vous fais jamais ça, ralla-t-elle.
Pour toute réponse elle sentit une main remonter le long de son corps, s'arrêtant quelques secondes sur un de ses seins avant de s'emparer du bras qui cachait son visage. Obéissant à l'ordre implicite, la jeune femme fit l'effort de relever la tête pour croiser le regard de son amante, gémissant de désarroi lorsqu'elle la sentit aussitôt arrêter tout mouvement. Suffisamment de temps s'écoula pour que le désir qu'elle éprouvait se teinte de confusion, mais les yeux d'ébène s'éclaircirent d'une lueur amusée avant qu'elle ne sente brusquement la main qui tenait une de ses jambes se précipiter sur elle pour la pénétrer de trois doigts.
La blonde n'eut pas le temps de prévoir l'intrusion et elle faillit grimacer d'inconfort avant de sentir son corps se tendre, l'orgasme que la sorcière lui avait refusé se précipitant sur elle en une vague qui la renversa à nouveau contre le dossier du canapé. Elle perçut vaguement le rire satisfait de Regina étouffé contre son ventre où sa langue traça des lignes auxquelles elle ne fit pas attention.
- S...Stop, s'il vous plaît, implora-t-elle pourtant peu après
Etonnement cette fois sa requête fut accordée et elle eut un frisson en sentant l'autre se retirer complètement d'elle avant de monter chevaucher ses jambes encore tremblantes et enfouir son visage dans le creux de son épaule. Les yeux fermés elle profita de l'instant présent, tentant tant bien que mal de calmer sa respiration et le rythme des battements de son coeur.
- Tout va bien ? entendit-elle demandé à voix basse au bout d'un moment.
Les simples mots la submergèrent d'un élan d'affection tels qu'elle en avait rarement connu et elle se demanda combien de temps encore elle pourrait tenir sans en dévoiler plus à la Reine.
- Parfaitement bien, avoua-t-elle tout de même en étouffant un bâillement.
- Vous êtes fatiguée ?
- Pas forcément.
L'autre ne répondit pas et elle profita de son indécision pour l'attirer à elle en un baiser où elle tenta de communiquer tout ce qu'elle ne s'était pas encore résolue à dire.
Mais comme à chaque fois, la brune se détacha presque aussitôt qu'elle dut s'en rendre compte. Emma l'observa se lever et arpenter la pièce pour aller leur servir deux verres d'eau.
- J'ai eu une journée éprouvante, finit-elle quand même pas dire pour briser le silence qui s'était installé.
- Hum ?
- Les villageois ... Beaucoup sont venus au commissariat avec des questions. Je crois que la malédiction faiblit, certains retrouvent leur mémoire.
- Je sais, j'ai eu droit à certaines visites.
- Ah bon ? Pourquoi est-ce que vous ne m'en avez pas parlé ?
Elle eut le droit à un haussement de sourcil qui signifiait clairement qu'elle la trouvait bien trop présomptueuse mais fut soulagée de l'entendre répondre depuis le fauteuil dans lequel elle s'était installée, séparée d'elle par une table basse.
- Quel intérêt auriez-vous à savoir que des ... royaux sont venus discuter ma position au sein de la ville ?
- Quoi ?! Si votre position est menacée j'aimerais le savoir Regina. Ce n'est absolument pas mon but ici, j'espère que vous le savez ?
- Ne vous inquiétez pas, sembla-t-elle s'amuser, rien ni personne ne pourrait me détrôner.
- Pas même Gold ? osa-t-elle.
- Pas même lui.
- Pourquoi ?
- Vous doutez de mes pouvoirs ?
- Non ... Non, mais il n'est pas sensé être le grand Ténébreux ou quelque chose du genre ? Le plus puissant sorcier ?
- Ce n'est pas la magie que l'on porte en soi qui compte Swan, c'est l'émotion qui nous guide et la façon dont nous nous en servons. Gold a perdu toute combativité quand il s'est endormi dans les bras de la petite Belle.
- Perdu toute combativité ?
- Il se contente de ce qu'il a. Il a tranquillement attendu que vous rameniez son semblant de fils et maintenant qu'il a tout, il n'aspire a rien d'autre qu'être laissé tranquille.
- Donc parce qu'il est satisfait par ce qu'il a, il ne représente pas une menace.
- Non, ne confondez pas mes mots. Il restera toujours une menace, mais son intérêt ne le pousserait pas à m'enlever mes privilèges.
- Il n'est pas intéressé par la position de Maire ?
- Belle ne supporterait pas un mari avec une vie telle que la mienne, répondit-elle avec un air de finalité.
- Vous avez vraiment une vie horrible ?
- J'ai l'expérience suffisante pour la gérer. Fin de la conversation Miss Swan, sembla-t-elle s'exaspérer.
- Je vous crois, répondit-elle simplement avant de se lever sous le regard interrogatif de la mère d'Henry.
Elle masqua son sourire à l'étonnement qui se peignit sur le visage halé lorsqu'elle se dirigea sans invitation vers l'étage et la chambre principale.
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La jeune femme fut réveillée par le tiraillement de son estomac, serrant les dents dans l'espoir que le bruit qu'il faisait ne réveille pas celle qu'elle savait dormir à côté d'elle. Apparemment ce ne fut pas le cas et elle eut l'occasion de s'enfoncer un peu plus profondément dans la chaleur des couvertures pour se lover un peu plus contre le corps de la brune.
Un mouvement qu'elle fit pour étirer une jambe la fit étouffer un grondement. Elle qui comptait faire un footing, elle avait l'impression d'avoir couru un marathon si elle en jugeait par la douleur lancinante qu'elle pouvait ressentir dans les muscles de son ventre et de ses cuisses. Un sourire se dessina sur ses lèvres à l'idée de ce qu'elles avaient fait durant la plus grande partie de la nuit et elle fut surprise d'être réveillée d'aussi bonne heure après s'être endormie si tard.
Son estomac protesta et elle se rendit compte qu'elle n'était pas si surprise que ça. Et malgré tous ses efforts l'odeur entêtante que portait toujours Regina Mills sur elle et qui semblait habiter la pièce ne faisait rien pour réduire sa faim.
- Miss Swan, si votre estomac gronde encore une seule fois je ne réponds plus de mes actions, prévint une voix rauque près d'elle.
Elle ne retint pas le rire qu'elle provoqua, enlaçant la fine silhouette dans ses bras malgré les faibles protestations qu'elle entendit pestées dans un oreiller.
- Il est six heures. Mon réveil ne sonne que dans une heure, rendormez-vous.
- Non, je vais me lever et rentrer. J'ai faim et je crois que j'ai besoin d'un bon moment pour me remettre de mes émotions et être présentable au bureau aujourd'hui.
- Vous parlez trop de bon matin, vint la réponse de longues secondes plus tard.
Obéissant à l'ordre implicite, la blonde ne répondit pas à voix haute, se contentant de déposerais lèvres dans le creux de l'épaule de la brune, souriant au sel qu'elle y goûta du bout de la langue, vestige de leur nuit passée sous les draps.
- Dehors, gronda finalement la voix rauque.
- Oui Majesté, se moqua-t-elle avant de sauter du lit, ignorant la morsure du froid dans la pièce.
Cherchant à tâtons des vêtements que Regina avait mis à sa disposition la veille, elle dut retenir un cri de douleur quand elle marcha sur la boucle en fer d'un harnais qu'elles avaient utilisé la veille et visiblement envoyé sur le tapis à l'aveuglette. Depuis les confins du lit elle entendit un léger ricanement qu'elle tenta de ne pas laisser la contaminer avant de sortir de la pièce avec ses chaussures dans les mains.
Dans les rues elle ne croisa personne pour s'étonner de la voir dans l'état où elle était et fut heureuse de pouvoir prendre une longue douche dans la salle d'eau de sa chambre d'hôtel. Les cheveux encore mouillés, ses muscles endoloris la conduisirent jusque sur le lit où elle s'endormit avec une facilité qui l'étonna.
- Debout là dedans ! la réveilla la voix de Ruby.
Elle dut se faire violence pour aller ouvrir la porte, enroulée dans sa serviette, grimaçant à chaque mouvement avant de prendre un masque neutre pour se dévoiler à la serveuse.
- Salut, qu'est-ce qu'il se passe ?
- Beh je sais pas, hier tu as disparu avec Regina et ta voiture est toujours au domaine, je me demandais si tout allait bien ?
- Ouais, répondit-elle seulement. Quelle heure il est ?
- Bientôt huit heures et demi. Tu veux que je t'apporte quelque chose à manger ?
- Nan, je vais venir. J'ai du boulot au commissariat.
Fidèle à ses paroles elle fut au restaurant moins d'une demie heure plus tard pour commander son habituel petit déjeuner qui lui fut gentiment emballé dans des sacs en papiers qu'elle déballa sur son bureau en prenant soin de ne pas tâcher le grimoire qu'elle avait emporté avec elle.
L'air pensif elle mangea en dévisageant son téléphone. Elle brûlait d'envie d'envoyer un message à Regina. Ne serait-ce que pour avoir un semblant de conversation avec elle ou lui dire qu'elle avait passé une nuit formidable mais elle n'était pas sûre qu'elle soit le genre de femme à échanger de tels textos.
- Tu attends un message ? lui demanda son collègue qui avait fini par oser la tutoyer.
- Nan, j'hésite à en envoyer un, avoua-t-elle.
Il ne se considérait certainement pas assez proche d'elle pour se permettre de lui donner un conseil à en juger par la grimace perplexe qu'il adressa au dossier qu'il traitait. La jeune femme renonça à regarder son téléphone, préférant l'enfermer dans un tiroir où il ne serait plus à portée de vue. Elle devait examiner une dizaine de documents qu'avaient rempli des citoyens et décider ou non de leur accorder un rendez-vous. Pour être honnête avec elle même, elle n'avait aucune idée de la manière dont gérer ces plaintes et un instant l'idée d'appeler le Maire pour lui demander conseil faillit la faire décrocher le téléphone.
- Tu as une idée pour tout ces gens ? préféra-t-elle finalement demander au chasseur.
- Organiser une réunion pour la plupart, trier les cas particuliers ...
- Une réunion ?
- Regina nous laissera une salle à la mairie.
- J'en doute pas.
Il ne lui répondit pas et elle passa le reste de la matinée à mettre de côté les dossiers qui correspondraient aux "cas particuliers" que Graham avait mentionné tout en tentant d'ignorer l'envie qui la poussait à vérifier son téléphone tous les quarts d'heures.
Le midi elle s'accorda une pause avec son coéquipier pour aller récupérer de quoi manger et se demanda combien d'argent elle avait déjà donné à la grand mère de Ruby quand elle paya pour elle et lui. Pas qu'elle manque d'argent et loin de là, malgré le maigre salaire qui incombait au métier de Shérif, ses précédentes activités et l'intégralité des investissements qu'elle avait fait lui assuraient de ne manquer de rien pour un bon moment, mais l'idée qu'elle n'ait rien cuisiné depuis un bon moment la faisait froncer les sourcils. Si elle perdait le peu d'entraînement qu'elle avait, elle finirait par ne plus savoir cuire des pâtes.
- Shérif, la salua une voix à ses côtés.
Elle faillit lâcher le plateau qu'elle avait entre les mains.
- Madame le Maire, bonjour !
- Qu'est-ce qui vous rend si enjouée ? répondit-elle au grand sourire qu'elle lui adressait.
- Mais de vous voir bien sûr.
Elle était parvenue à infuser suffisamment de moquerie dans son ton pour que la réponse puisse paraître sarcastique, mais à en croire le froncement de sourcil de la brune, elle n'était pas dupe.
- Vous ne mangez pas ? demanda-t-elle quand elle remarqua le café entre les mains de la femme.
- Si vous avez cru qu'elle était uniquement là pour servir de décoration Miss Swan, vous serez ravie d'apprendre que ma cuisine me sert également à préparer des repas, répondit l'intéressée sur un ton moqueur qui lui fit se demande si elle n'était pas au courant des pensées qu'elle avait eu quelques secondes auparavant.
- Vous surveillez votre ligne ? devina-t-elle au regard dédaigneux dont faisait l'objet son propre plateau.
- Vous devriez en faire de même.
- Je préfère dépenser mes calories autrement.
Les yeux d'ébènes se plissèrent, mais visiblement elle refusait de rentrer dans le jeu.
- Dépêchez vous de les dépenser autrement qu'à perdre votre temps et mon argent au restaurant avec votre collègue de bureau.
- Vos désirs sont des ordres Majesté.
Elle retint son rire en l'entendant gronder lorsqu'elle lui tourna le dos, un sourire fermement planté sur ses lèvres pour le reste de la journée qu'elle passa penchée sur le livre de sort que Regina lui avait confié. Elle s'émerveilla sur les lithographies de bêtes inconnues, l'étrange calligraphie de mots ressemblant plus à des runes qu'à autre choses. Elle avait été bête de demander à la sorcière de bien vouloir le lui prêter. Elle n'arriverait à rien tant qu'elle ne saurait pas en lire le contenu.
Comme la dernière fois, elle laissa ses doigts courir le long des lignes incompréhensibles avec l'impression d'être une aveugle lisant du braille lorsqu'elle rencontrait les aspérités du papier plus rigide que celui auquel elle était habituée. Et comme la dernière fois, la désagréable impression de morsure qui lui fut infligée par le papier lui soutira un petit cri de surprise. Pour autant, il n'y eut pas d'effusion de sang ni de manifestations étrange de la part du livre qui resta inanimé.
Elle était toujours penchée dessus lorsque le bruit familier du pas lourd de son coéquipier la fit relever les yeux.
- Toujours plongée là dedans ?
- Oui. Tu saurais pas lire cette langue par hasard ?
- Non, répondit-il honnêtement après un coup d'oeil aux pages qu'elle lui indiquait.
- Tu as déjà fini ta tournée ?
- Oui, je me suis dépêché, l'autre jour tu m'as dit que tu voulais finir plus tôt le mercredi.
- Ah ouais ?
- Ouais ...
- T'es sû... Mercredi ! se rappela-t-elle soudain. On est Mercredi c'est ça ?
- Ouais, répéta-t-il sans chercher à savoir pourquoi elle se levait soudain sans ranger son bureau, empochant simplement le grimoire sous son bras. Je te revois demain ?
- Neuf heures, oui ! confirma-t-elle sur le pas de la porte.
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En courant presque elle rejoignit l'hôtel, les doigts croisés et leva un poing victorieux lorsqu'elle y découvrit sa chryslter, garée, les clefs sur le contact. Ce n'était certainement pas à Boston que la scène aurait pu se dérouler, mais elle ne prit pas la peine d'y penser, jetant le livre sur le fauteuil passager pour s'engouffrer à la place du conducteur.
La jeune femme ne mit pas plus de quelques minutes avant de s'arrêter à côté de l'immense bâtisse entourée de verdure à perte de vue.
- Tout va bien ? lui demanda quelqu'un qu'elle ne connaissait pas.
Elle se contenta de répondre d'un sourire en se dirigeant vers la direction que Hope lui avait indiqué la semaine dernière. Elle n'eut pas d mal à trouver la longue suite de boxes en pierres apparentes d'où dépassaient les têtes de certains des animaux. Elle ne leur accorda pas plus d'attention que ça, continuant son chemin vers le paddock où deux chevaux se tournaient autour. Prudemment, elle s'avança jusqu'aux barrières en bois pour les observer, intriguée de ne voir personne les diriger. Mais après tout elle ne connaissait rien à ce genre d'animaux. Sa dernière confrontation avec un équidé devait dater d'une classe de découverte lorsqu'elle était au collège.
Préférant attendre que quelque chose se passe, la chasseuse de primes se percha sur un des promontoires en bois. Au loin, elle pouvait entendre le bruit des ouvriers dans les champs de vignes et celui des occasionnelles voitures qui s'aventuraient sur le chemin en gravillons. Celui auquel elle s'intéressa fut le galop d'un cheval suivit de près par un chien qui ne semblait avoir aucun mal à suivre l'allure imposée. Un lévrier réalisa-t-elle. Gris, au poil court, il paraissait suivre les mêmes instructions que l'étalon qui descendait la colline à bride abattue. Son attention était complètement capturée par la cavalière pour qui elle avait fait le déplacement qu'elle en sursauta en sentant quelque chose toucher son épaule.
- Wow !
Aucun doute n'était permis quant à l'appartenance de la bête qui venait de trottiner à ses côtés. Si Regina Mills avait bien un cheval c'était celui dont les yeux bruns l'observaient avec interêt à quelques centimètres d'elle. La créature était impressionnante, la robe d'un noir tellement parfait qu'il avait l'air de briller dans le soleil descendant de cette fin d'après midi d'hivers. Seule la crinière irisée d'un brun fauve donnait un semblant de couleur à l'animal sur qui elle posa prudemment une main.
- Que faites-vous là ? demanda la voix familière.
- C'est le votre n'est-ce pas ? répondit-elle à côté.
- C'est évident, non ?
- Oui ...
Il y eut un bruit semblable à une chute qui la fit se retourner vivement pour constater que la brune avait mis pieds à terre. Le pantalon gris qui collait à sa peau s'engouffrait dans des bottes noires de cavalier à talons aussi assorties à la veste de costume ouverte sur un chemisier d'un noir brillant qui lui rappela la robe de son cheval. Et la cravache. C'était ça qui lui avait fait forcé l'allure se rappela-t-elle en dévisageant la vision qu'elle offrait. La possibilité de pouvoir observer ce spectacle.
- Pourquoi êtes vous là ? répéta l'intéressée avec un sourire qui trahissait son amusement au fait d'être détaillée ainsi.
- Un service à vous demander, se rappela-t-elle le mensonge qu'elle avait trouvé.
- Vraiment ? Quel genre ?
- En rapport avec le grimoire, répondit-elle en détournant son attention sur l'animal à ses côtés pour ne pas avoir lui mentir les yeux dans les yeux.
Peine perdue. Elle dut réprimer le frisson qui agita sa colonne vertébrale lorsque l'extrémité en cuir de la cravache entra délicatement en contact avec son menton pour la forcer à affronter le regard d'ébène.
- Que se passe-t-il avec le grimoire ? demanda-t-elle d'un air faussement innocent.
- Il est écrit dans une langue que je ne connais pas.
- Voyez-vous ça ...
- Et j'espérais que vous me la traduiriez ?
- Un livre entier ?
- Il doit bien exister un sort ? non ?
- Avez-vous essayé de le faire ?
- Non, dut-elle avouer.
Soudain la cravache quitta son menton pour fendre l'air et claquer en un bruit sec sur son avant bras. Derrière elle, le cheval émit un bruit qu'elle manqua confondre avec un rire moqueur.
- Aïe !
- Je ne suis pas là pour faire les choses à votre place Miss Swan. Tentez au moins avant de vous retourner vers moi.
- Ok ... Ok !
Elle choisit de la prendre au pied de la lettre, ignorant le lévrier qui s'était rapproché d'elles et la regardait à présent avec attention pour s'emparer du volume toujours coincé sous son bras. Théâtralement, elle le maintint entre elles, la main qui ne servait pas à le soutenir, suspendue à quelques centimètres au dessus de la couverture.
- Voilà, rien du tout, prouva-t-elle quelques secondes plus tard quand rien ne se fut passé.
- Vous n'avez même pas essayé.
- Je vous assure que si, mentit-elle effrontément.
Un instant la brune la dévisagea avec incrédulité avant de décider de se détourner, claquant sa langue contre son palet pour inviter les chevaux à la suivre. Elle fut immédiatement obéie, laissant Emma seule avec le lévrier qui la regardait toujours avec intérêt. Elle réalisa avec un temps de retard qu'il attendait une caresse qu'elle continua à lui donner quand son téléphone sonna.
- Swan ?
- Votre emploi du temps si chargé soit-il vous permet-il de prendre le temps de passer me voir ce soir ? demanda une voix sarcastique.
- Euh .. Chez vous ou au magasin ? répondit-elle en consultant sa montre.
- Je serai au magasin encore une heure.
- C'est important ?
- Sans quoi je ne vous appellerai pas.
- Ok. Bon d'accord, je passerai dans pas longtemps.
- Parfait.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre avant de raccrocher. Pas qu'elle eut su sur quels mots le quitter, mais tout de même ...
- Un rendez-vous galant ? se moqua la voix mielleuse du Maire derrière elle.
- Avec Gold ? Certainement pas.
- Gold ? demanda-telle, ses sourcils froncés manifestant sa volonté d'en savoir plus.
- Il n'a pas dit pourquoi, avoua-t-elle.
- Hum ...
- Mais du coup je vais probablement lui demander de me traduire ce livre vu que vous ne voulez pas le faire vous même ...
La cavalière se rapprocha d'elle avec exaspération pour effleurer d'un doigt la couverture en parfait état.
- Fait, déclara-t-elle.
Sans réfléchir, elle anéantit la distance qui persistait entre elles avec l'intention de l'embrasser mais fut arrêtée par le contact de la cravache en cuir. Pour quelqu'un qui aimait être au contrôle, l'objet lui convenait parfaitement, mais elle devait avouer qu'elle était étonnée de ne pas la voir s'en servir avec plus de fermeté. Le cuir brodé d'or était presque agréable contre ses lèvres.
- Pardon, s'excusa-t-elle immédiatement quand elle réalisa que quiconque aurait pu les voir.
En face d'elle, quelque chose comme de la satisfaction passa dans les yeux sombres avant qu'elle ne sente le morceau de cuir descendre le long de son cou et dans son décolleté, effleurant les muscles soudain tendus de son ventre.
- J'ai changé d'avis, l'entendit-elle dire.
Personne n'avait jamais été capable de déclencher un tel ouragan d'émotions en elle, passant d'un désir brûlant à une peur qui glaça chaque parcelle de son corps.
- Quoi ?
Elle n'était absolument pas sûre de ce que la sorcière avait voulu dire et l'appréhension qu'elle puisse vouloir mettre un terme à ce qu'elle avait prudemment entamé la veille la fit serrer les dents. Soudain la cravache ne la touchait plus, remplacée par le contact encore plus chaud de la main de la brune.
- Il est hors de question que qui que soit d'autre puisse vous toucher.
La sensation qu'elle avait commencé à assimiler à sa magie l'envahit, quelque chose explosant dans sa poitrine sous la main qui y était posée. Une vague de chaleur se répandit en elle, chassant tout trace de la peur qui l'avait envahie.
- Qu'est-ce que vous faites ?
- Je ne sais pas ce que Gold prépare, mais il est hors de question qu'il puisse utiliser de la magie sur vous.
- Vous me marquez ? se rappela-t-elle les mots d'Ursula.
- A peu près ...
- En quoi ça consiste ?
- À faire résider un peu de moi en vous de sorte à ce que quiconque tentant de vous lancer un sort se heurte à ma présence.
- Oh ... Euh c'est ...
Touchant ? Dérangeant ? Gentil ?
- Je sais, sembla-t-elle comprendre.
- Vous sav...
Elle fut coupée par les lèvres de Regina qui ne semblait plus avoir d'objection à être vue en public avec elle. A moins qu'elle ne sache que personne ne puisse les voir. Dans tous les cas, elle n'était pas prête d'opposer une quelconque résistance. Ses genoux manquèrent se dérober lorsqu'elle entendit son prénom gémit contre sa bouche.
- Regina, je ne me contrôlerai pas si vous continuez.
- Hier soir ne vous a pas suffi ?
- Certainement pas. Est-ce que je peux vous revoir ce soir ?
- Non, ne soyez pas trop gourmande.
- Mais j...
- Chut. Allez-y, Gold vous attend.
Elle ne chercha pas à gagner du temps, la détermination qui brillait dans les yeux de la brune était suffisante pour l'en dissuader, mais elle profita tout de même de quelques secondes supplémentaires pour imprimer la vision qui s'offrait à elle. Finalement elle eut droit à un froncement de sourcil.
- Je ressortirai la tenue, si elle vous tient tant à coeur ...
- C'est vous qui me tenez à coeur, répondit-elle sans pouvoir s'en empêcher.
Elle sentit le sang teinter ses joues, le rire de la sorcière ne faisant rien pour diminuer l'embarras qui brûlait son visage.
- Allez-y, répéta l'intéressée avec un sourire.
Elle obéit sans répondre, tournant les talons pour fuir la scène au plus vite et s'enfermer dans le confort de la chrystler qu'elle conduisit jusqu'au magasin d'antiquités de Gold.
- Gold ? demanda-t-elle dans la pièce vide comme à son habitude.
Une fois de plus ses pas la guidèrent entre les hautes étagères de la boutique, tentant de ne pas laisser l'appréhension s'installer à chaque grincement de parquet. A sa gauche, une silhouette l'attira immanquablement, détournant ses pieds de leur chemin initial. Pour la première fois depuis qu'elle l'avait aperçue dans la boutique, elle s'autorisa à accorder un véritable regard à la femme. Malgré sa prison de verre, elle semblait irradier un pouvoir terrifiant. Son regard se planta dans les deux billes de bronze et elle fut stupéfaite par ce qu'elle y trouva. A cet instant elle aurait pu jurer que la sorcière la dévisageait avec un intérêt brûlant. Là où en peinture elle n'avait vu que froideur et dédain, un feu semblait s'être allumé.
- Vous êtes vivante, murmura-t-elle pour elle même.
- Elle l'est, confirma la voix de Gold à ses côtés.
- C'est horrible ! s'écria-t-elle une fois qu'elle eut réprimé le frisson que sa présence invoquait.
Pour toute réponse elle n'eut droit qu'à un petit rire qui eut le don de lui rappeler que qu'importe ce qu'elle avait pu entendre à propos de Cora Mills, Rumplestinskin semblait être un adverse dont il fallait encore plus se méfier. Et si quelque chose la dérangeait définitivement lorsqu'elle regardait la sorcière, le Ténébreux paraissait la déranger encore plus profondément.
- C'est horrible, répéta-t-elle. Comment pouvez-vous faire ça ? ça fait des années qu'elle est prisonnière de cette vitrine ? Est-ce que Regina le sait ?
- Quand bien même elle le saurait, Regina ne trouverait rien à y redire.
- Non, je n'y crois pas ...
- Vous l'idéalisez Miss Swan. Regina n'a pas la sensibilité dont vous la croyez capable.
Quelque chose comme de la rage tordit son estomac et elle préféra reporter son attention sur la figure qui les dominait. Les yeux plantés sur les orbes qui semblaient toujours l'observer, elle changea de sujet avant de commettre une faute qui risquait de la mettre dans une position délicate.
- De quoi est-ce que vous vouliez me parler ?
- Mon fils m'a dit que la solution au ... problème de Maléfique se trouvait en David.
- Et alors, en quoi ça vous regarde ? railla-t-elle toujours en colère.
- Il m'a aussi indiqué que le Prince ne semblait pas s'en rappeler. Je peux vous fournir une potion pour que ce soit le cas.
- En échange de ?
- De la promesse de me tenir informé de vos projets.
- De mes projets ?
- Je veux être au courant de chaque malédiction que vous briserez, de chaque progrès.
- Ouais ... Pourquoi pas. Mais uniquement si votre potion marche et qu'elle permet à David de se souvenir.
- Ce sera le cas.
- Alors c'est d'accord.
- Marché conclu ? voulut-il s'assurer.
Comme si elle cherchait une dernière confirmation, elle ne put s'empêcher de plonger dans le regard sombre qui ne fit pourtant rien pour lui donner la quelconque certitude que sa décision était la bonne.
- Marché conclu, confirma-t-elle.
Les mots semblèrent provoquer un éclat particulier dans les pupilles du sorcier avant qu'il ne lui tende une main où brillait un petit flacon d'un liquide ambré.
- Pour vous.
- Merci. Une dernière question Gold ?
- Oui ?
- Ma magie ... Est-elle assez puissante pour que je puisse faire ce que je veux juste ... en le désirant ?
Elle n'aima pas la façon qu'il eut de se rapprocher d'elle et frissonna à nouveau lorsqu'elle sentit son pouvoir ramper jusqu'à elle, glacial.
- Et bien, je vois que vous vous êtes réconciliée avec la Reine.
Il y avait plus que de la moquerie dans son ton. Quelque chose qui ressemblait étrangement à de une méfiance mal dissimulée.
- Et alors ?
- Que s'est-il passé ?
- Comment ça que s'est-il passé ? On s'est expliqué, c'est tout.
- C'est tout ?
- Je vois pas en quoi ça vous regard Gold, trancha-t-elle en s'éloignant de la silhouette de la mère de Regina qui commençait sincèrement à la déranger elle aussi.
- Souvenez-vous de votre promesse Miss Swan, entendit-elle répété derrière elle.
- Ouais, répondit-elle sans hausser la voix pour qu'il l'entende.
Dehors, elle envoya un texto à Snow pour la mettre au courant qu'elle devrait voir son mari dans la journée du lendemain et s'engouffra dans la berline qu'elle conduisit jusqu'à l'hôtel où elle ne prit même pas la peine de commander un repas avant de monter dans sa chambre. Dans les escaliers son téléphone sonna et elle le décrocha sans penser à vérifier le nom qui s'y était inscrit.
- Quoi ?
- Quel accueil ...
- Regina ?
- Vous attendiez un autre coup de fil ?
- Non, non, pas vraiment ...
- Pas vraiment ?
- Je viens d'envoyer un texto à Snow, voulut-elle bien expliquer.
- Hum ... Que voulait donc Gold ?
- Me donner une potion pour aider David à retrouver les esprits un peu plus rapidement.
- En l'échange de quoi ?
- La promesse de le tenir informé de mes ... euh ... avancements.
A l'autre bout du fil la sorcière émit un son qui lui confirma qu'elle n'était pas contente de ce nouveau développement et il y eut quelques secondes de silence pendant lesquelles elle s'introduisit dans sa chambre pour se jeter sur le lit qu'elle n'avait pas pris le temps de refaire le matin.
- Il a essayé d'utiliser de la magie sur moi, finit-elle par reprendre.
- Vraiment ?
La question avait beau avoir été posée sur un ton léger, un sourire étira ses lèvres quand elle réalisa qu'il cachait de la colère.
- Oui. On parlait de ma magie et d'un coup j'ai senti ... Qu'il a essayé. Bon bien sûr ça a pas marché et du coup il a comprit qu'on s'était ... réconciliées.
- Il a fait une remarque ?
- Non, pas vraiment. Il avait l'air ... méfiant. Mais c'est tout.
- Je vois ...
- Regina ?
- Hum ?
- J'aurais vraiment aimé vous revoir ce soir.
- Je sais, répondit la brune après une pause.
- Bon, bonne fin de soirée je suppose ...
- A vous aussi Emma.
Elle eut à peine le temps de sentir son estomac se serrer sous le coup de la plaisante surprise d'entendre son nom avant que la ligne ne soit coupée. La blonde enfouit la tête sous l'oreiller le plus proche pour gronder d'exaspération et préféra passer à l'examen du grimoire qui lui avait été traduit plutôt que de continuer à penser à la femme qui hantait chaque minute de sa vie depuis qu'elle l'avait croisée.
Traduit, le livre s'avérait beaucoup plus intéressant qu'elle ne l'avait imaginé.
Et amusant.
Si on considérait amusant le fait qu'elle avait pu donner vie à sa table de nuit, lui courant après lorsqu'elle avait essayé de s'enfuir de la chambre d'hôtel en se précipitant à plusieurs reprises contre la porte comme pour la défoncer. Heureusement le contre-sort avait marché avec facilité et elle s'était intéressé à d'autres passages du livre. Sa prochaine expérience fut tentée sur une chaise pour tester une incantation sensée redonnée forme initiale à un objet et elle fut prise de panique en voyant l'assise se désintégrer, un arbre commençant à pousser de ses cendres. Un instant elle eut peur qu'il ne cesse de grandir et traverse le plafond de la pièce, mais il s'arrêta à hauteur d'homme, la laissant perplexe. Aucune de ses tentatives ne parvint à lui rendre son aspect original et elle se demanda comment elle allait bien pouvoir expliquer à Granny la présence d'un mini hêtre au pieds de son lit.
Elle finit par y renoncer, persuadée qu'elle trouverait un moyen de convaincre Regina de bien vouloir le faire pour elle quand elle retomba sur la page qui lui avait donné des sueurs froides dans la crypte de la famille Mills. Sous ses doigts, les traits fins d'un dragon se contorsionnèrent. Ici, aucune indication d'une formule à répéter, simplement un texte indiquant les sensations qu'étaient censées procurer la transformation et dans quelles circonstances ne pas la tenter.
A minuit, elle jeta le livre sur la table de nuit qui avait retrouvé son immobilité pour ouvrir son ordinateur portable et naviguer sur internet pendant de longues minutes. Au détour d'une page elle tomba sur l'image d'un attrape-rêve qui lui fit reporter son attention sur l'objet suspendu au dessus de son lit. Elle l'observa un long moment scintiller dans la pénombre grâce à la lumière de son écran avant de fermer le clapet de son apple et glisser jusqu'au sommet de son matelas. D'un geste prudent, elle le décrocha, fascinée par la douceur des plumes.
Elle eut à peine le temps de penser à la possibilité avant que sa magie ne réagisse de son propre accord, fusant dans son corps et jusqu'à la pointe de ses doigts pour envahir l'objet qui brilla un instant avant qu'elle n'assiste perplexe au déroulement d'une suite d'images semblables à une pellicule cinématographique. Ses rêves. Tous ceux qu'elle avait réprimés depuis qu'elle était arrivée à Storybrook et où elle put voir le maire s'approprier le rôle principal.
- Waw.
Elle n'aurait pas su dire combien de temps elle était restée figée à observer les scènes se succéder les unes aux autres et même s'il était à présent tard pour prendre une douche et que la fatigue lui dictait de rester au chaud dans son lit, elle préféra se jeter sous un jet d'eau froide. Si aujourd'hui elle n'avait plus peur de la réaction que pourrait avoir la sorcière en apprenant le genre de rêves qu'elle faisait à son propos ou des différentes façons qu'elle pourrait choisir de la moquer, il n'en restait pas moins qu'elle n'avait aucune envie de se torturer.
Un désir brûlant était toujours coincé dans son ventre et malgré tous ses efforts elle ne put réussir à le vaincre qu'une main entre ses jambes, l'image de la brune tellement présente derrière ses paupières clauses qu'elle crut plusieurs fois ouvrir les yeux pour la trouver face à elle avant de jouir en hurlant son prénom dans le coussin le plus proche.
.
..
.
Pour une fois, elle ne fut pas réveillée par des coups donnés à sa porte et pas non plus par un rêve torride comme elle avait pu en avoir peur. Ce fut la sonnerie de son réveil qui la tira des bras de Morphée à huit heure pile, satisfaite d'avoir pour une fois réussi à dormir une nuit complète. La jeune femme prit le temps de trouver une tenue où elle pourrait assortir ses chaussures au blaser qu'elle enfila par dessus sa chemise de Shérif.
- Salut Princesse ! la salua Ruby quand elle entra dans le restaurant pour commander un petit déjeuner.
- Arrête c'est horrible ce surnom. Qu'est-ce que tu fais ce soir ?
- Pourquoi ? T'as pas réussi à conclure avec Regina ?
A côté d'elle elle entendit quelqu'un manquer s'étouffer et elle pria pour que ce ne soit pas l'intéressée. Non. Bien sûr que non, Regina Mills n'émettrait jamais de son aussi peu distingué, se corrigea-t-elle en se retournant sur Snow.
- Tout va bien ? demanda-t-elle néanmoins.
- Très, répondit la petite brune en pleine crise de toux.
- Est-ce que tu as eu mon texto ?
- Oui. Pas de problème, tu peux venir manger chez nous ce soir ...
- Euh ... Demain proposa-t-elle ?
- Non, demain j'ai une réunion de classe qui risque de durer.
Elle eut envie de lui faire remarquer qu'elle souhaitait uniquement voir David, pas sa femme et qu'elle se passerait volontiers d'un repas, mais l'air innocent que la brune portait toujours l'en empêcha. Pour autant, elle était de bonne humeur et n'avait pas la moindre envie de la perdre en négociant une date.
- Donne ça à ton mari et dis lui de passer me voir quand il aura une réponse, trouva-t-elle en lui tendant le flacon sorti d'une poche de son blaser.
- Oh ...
- Attention, stoppa-t-elle pourtant la main qui s'était tendue vers elle. C'est le seul exemplaire et j'ai du faire un marché avec Gold pour l'obtenir, ne la perds pas ...
Elle n'avait pas besoin de lui dire quelle sorte de marché elle avait conclu, tant mieux si l'institutrice s'imaginait qu'elle avait du payer le prix fort. Quelque chose passa dans les yeux de son interlocutrice, l'ombre d'un sérieux qui n'y avait pas sa place, peut-être celui de la fugitive traquée qu'elle avait autrefois été.
- Il ne lui arrivera rien, assura-t-elle avec un sourire sincère.
- Tant mieux. Merci.
- Alors ? relança Ruby.
- Euh ... Je voulais savoir si t'étais intéressée pour un footing ce soir ? se rappela-t-elle.
- C'était pas ça ma question.
- J'y répondrai peut être ce soir en courant, tenta-t-elle.
- Tu parles ... Oui c'est bon, mais vers dix-huit heures, je finis pas avant.
- C'est bon pour moi.
- Il fera certainement nuit ...
- T'inquiète, j'en fais mon affaire, promit-elle.
- J'espère ! Je dis ça pour toi parce que moi j'y vois très bien dans le noir ...
Parfois elle avait peu de mal à oublier que les gens qui l'entouraient avaient des secrets incongrus. Comme être un loup garou.
- Ah ouais c'est vrai. Bah t'inquiète pas pour moi.
Elle eut le droit à un clin d'œil en même temps que son café et s'apprêtait à rejoindre le commissariat à pieds lorsqu'elle croisa le regard du Maire adossée à sa Mercedes dans la rue en face du Granny.
- Hey, commença-t-elle.
Il y avait un mélange d'émotions étrange dans les yeux qui la dévisageait des pieds à la tête. Si elle avait appris depuis longtemps déjà que la brune pouvait effacer toute trace d'émotion de son visage parfait, elle s'était découvert un talent pour lire celles qui traversaient ses pupilles d'ébènes. Pourtant à l'instant elle n'aurait pas su dire vers laquelle elle penchait réellement.
- Miss Swan ...
La voix basse était assez rauque pour qu'elle hésite entre la colère et le désir.
- C'est à propos de hier soir ? devina-t-elle.
- Votre perspicacité n'a d'égale que votre idiotie, dites moi ... se moqua la brune.
- Ok. C'est vraiment à cause d'hier soir. Je suis censée m'excuser ? Je n'avais pas l'aut...
Elle n'eut pas le temps de finir la tirade qu'elle pensait délivrer emplie de sarcasme, coupée par l'épaisse fumée violette qui manqua la faire suffoquer.
- Où est-c...
Elle n'avait toujours pas deviné leur destination dans la pénombre, mais crut deviner qu'elles avaient atterri dans la bibliothèque quand elle fut précipitée contre un mur de livres dont certaines couvertures s'enfoncèrent dans son dos.
- Règle numéro cinq, entendit-elle soufflé contre ses lèvres. Ne refaites plus jamais ça.
Elle ne protesta pas immédiatement, trop occupée à répondre au baiser que la brune lui offrait, une main agrippée à sa nuque tandis que l'autre tirait sur son chemisier pour le sortir de son pantalon. La bouche descendit dans son cou et si elle lui accorda plus d'espace en tournant la tête, elle ne put s'empêcher de répliquer.
- Je croyais qu'on avait établit qu'il n'y avait plus de règles ?
- Ne discutez pas les décisions de votre Reine, Emma ...
- Je ne veux pas que notre relation soit basée sur ces stupides règles, insista-t-elle.
S'il y avait bien une chose sur laquelle elle ne faiblirait pas, même lorsque Regina avait les mains dans son soutien-gorge, ce serait ça.
- Et moi je ne veux pas avoir à me réveiller tous les soirs en sachant que quelque part dans ma ville, vous êtes en train de me voler le droit de vous faire jouir.
- Promis je ferai pas ça tous les soirs si vous êtes d'accord pour qu'on se voit un peu plus souvent !
Sa proposition n'eut pas l'air d'enchanter la Reine qui pour toute réponse enfonça ses dents dans son cou, brisant la peau avant de soulager la douleur d'une caresse de sa langue. Plus un seul mot ne fut prononcé durant les quelques minutes qui suivirent et elle se demanda si Regina allait oser la prendre ici dans une allée de la bibliothèque quand elle sentit une cuisse glisser entre les siennes pour imprimer un rythme qui lui arracha un gémissement plus bruyant que les autres. Les deux mains épinglées au dessus de la tête par un bras qui la maintenait prisonnière, elle assistait impuissante au spectacle qu'elle lui donnait, les pupilles si dilatées qu'il en était difficile d'y voir l'ébène.
- Regina ...
- Hum ?
- J'ai besoin ...
Elle ne parvint pas à finir sa phrase, étouffant un petit cri de surprise quand ses mains furent relâchées pour agripper ses cuisses et la soulever. C'était plutôt elle d'habitude qui se permettait de le faire et l'inversion des positions eut le temps de l'intriguer avant d'être distraite par la sensation de la brune qui s'appliquait à la marquer une nouvelle fois entre ses seins.
- De quoi ? pressa-t-elle avec un coup de hanches qui l'écrasa encore plus contre la surface irrégulière des étagères.
- De vous sentir en moi.
Elle ne put retenir le petit cri qui s'échappa lorsqu'elle fut brusquement lâchée, tombant le long de la bibliothèque, les jambes coupées par le désir que Regina avait semé en elle.
- Pas aujourd'hui, répondit la voix froide de l'intéressée.
- Quoi ?! s'indigna-t-elle.
La sorcière lui adressa un simple sourire avant de tourner les talons en direction d'elle ne savait quel rayon.
- Regina !
Son appel n'altéra même pas l'allure des pas qui s'éloignaient d'elle.
- Regina si vous faites un pas de plus je fais ma valise et je disparai.
Cette fois la silhouette se figea et elle observa fascinée la façon dont elle tourna sur elle même pour lui faire face, les yeux encore brillants traquant les siens depuis l'autre bout de la pièce tandis qu'elle se relevait tant bien que mal.
- Vous n'avez pas le droit de vous comporter comme ça avec moi. Qui fait ça ?
Sa question tomba visiblement dans l'oreille d'une sourde, l'intéressée se contenta d'arquer un sourcil.
- Je vous ai déjà dit que je voulais une relation ... Une vraie relation avec vous, non ? Est-ce que vous croyez que c'est comme ça que ça se construit ? A moins que vous n'en ayez pas envie et dans ce cas ... Dans ce cas je préfère partir.
Quelque chose se passa en face d'elle avant que la mère d'Henry ne décide de faire marche arrière pour anéantir presque tout l'espace existant entre elles.
- Emma, ma volonté ou non d'entamer une "relation" avec vous n'a pas sa place dans cette conversation.
- Je vous assure que si ! J'ai besoin de savoir.
- Je ne vous dirai rien. Je ne suis pas le genre de personne à faire de grands discours ...
- Vous préférez que je me base sur vos actions ? La façon dont vous me traitez comme une moins que rien quand vous vous détournez de moi ou celle que vous avez d'ignorer tout ce qui peut se passer entre nous d'un jour à l'autre ?
Elle n'eut pas de mal à discerner l'indignation et l'incompréhension qui se mêlèrent dans les orbes sombres tout près de son visage, remplacées presque aussitôt par une détermination qui manqua lui faire peur lorsqu'elle se sentit attirée par deux poings fermement attachées à son blaser. Sachant qu'elle serait incapable d'y résister, elle était prête lorsque Regina l'embrassa, pourtant rien n'aurait pu la préparer aux émotions qui la submergèrent avec l'impression d'être aspirée par un typhon.
Et la tempête qui l'avait provoqué ne pouvait être que Regina Mills. Des vagues de colère s'écrasèrent sur elle avec une force qui la fit gémir de peur malgré la pression rassurante des lèvres de la brune contre les siennes. Elle frissonna soudain prise d'une panique qu'elle n'expliquait pas, sentant son estomac se nouer sans savoir ce qu'elle craignait avant d'être chauffée à blanc par un désir qu'elle avait déjà éprouvé elle même. L'animal qui grondait en elle finit par se calmer pour la laisser dans un état de paix étonnant, ignorant s'il était né d'un sort que son amante venait de lui jeter ou du baiser qu'elle continuaient à échanger.
- Qu'est-ce que c'était ? demanda-t-elle tout de même au bout de quelques secondes.
- Vous savez très bien ce que c'était.
Elle fronça les sourcils, une joie qu'elle n'avait pas éprouvé depuis des lustres l'envahissant quand la mère d'Henry déposa un dernier baiser sur son nez.
- Non, insista-t-elle.
- Et bien vous comprendrez.
- Et vous comptez me laisser comme ça ? Parce que vous m'avez embrassé tout doit redevenir normal ?
- Emma, ce ne sont pas mes sentiments à votre égard qui m'empêcheront de vous donner une leçon si j'estime qu'elle est nécessaire. Aujourd'hui ou dans dix ans. C'est clair ?
Ses sentiments à son égard ? Elle se sentit hocher de la tête tandis que Regina soutenait encore son regard un instant avant de tourner à nouveau les talons, la laissant seule dans la pénombre.
Ses " sentiments à son égard " ? C'était ça qu'elle lui avait permit d'éprouver toute à l'heure quand elle l'avait embrassée ? Un aperçu de ce qu'elle ressentait elle même pour lui prouver qu'il ne fallait pas se fier à ses actions ou ses paroles ? Certes, c'était une méthode peu orthodoxe, mais c'était de Regina Mills qu'elle était en train de parler. Ses pieds se mirent en marche tout seuls, la foulée renforcée par l'excitation soudaine et le désir de faire quelque chose. De lui prouver qu'elle aussi pouvait prendre le risque de lui confier la profondeur de ce qu'elle ressentait pour elle.
- Emma ? Tout va bien ? demanda la voix de Belle.
- Regina ... Où est Regina ? Elle était là il y a même pas une minute.
- Elle est descendue voir Maléfique, je crois qu...
Elle n'attendit pas d'entendre la fin de la phrase, courant vers les barres en fer qui clôturaient l'espace confiné servant d'ascenseur qu'elle appela en appuyant frénétiquement sur un bouton en piètre état. La descente fut la plus longue minute de sa vie.
- ... rappelle avoir vu le Prince ? demandait Regina.
Sa cadence ralentit pour discerner la réponse qui l'intéressait malgré elle.
- Le voleur, corrigea la voix gutturale du dragon. Oui ... Guidé par ce diable de Rumplestinskin pour m'arracher une potion.
- Quelle potion ?
- N'en parlons pas. As-tu fais des progrès ?
C'était son moment, choisit-elle.
- Moi j'en ai fait, répondit la chasseuse de prime à sa place.
Quelques secondes elle s'efforça d'ignorer le regard lumineux de la créature pour soutenir l'étonnement calme qui brillait dans celui de la Reine. Si elle avait pu communiquer par la pensée elle l'aurait fait, mais elle aurait tout le temps de lui donner une explication ultérieurement si elle n'était pas capable de comprendre la signification de ce qu'elle allait faire. Ce matin encore elle aurait ri si on lui avait dit qu'elle allait le tenté, mais à l'instant elle était persuadé qu'elle en était capable.
- Que se passe-t-il ? demanda pourtant la brune.
- Moi aussi j'ai une leçon à vous donner, répondit-elle en un sourire avant de se tourner vers le dragon.
Poussant un profond soupir elle se permit de fermer les yeux l'espace de quelques secondes où le temps lui sembla figé avant de les rouvrir pour capturer ceux de Maléfique qu'elle voyait sans vraiment les voir. Autour d'elle, la magie crépita dès le premier instant où elle se focalisa sur la pensée qu'elle s'était fixée. Une agréable sensation de chaleur cascada le long de sa colonne vertébrale avant qu'elle n'éprouve quelque chose qu'elle n'aurait pas pu décrire en sentant l'intégralité de son corps muer.
Sa vision se fit plus perçante et sous le nuage de fumée blanche qui l'étreignit elle vit clairement ses membres se couvrir d'écailles d'un beige virant parfois au doré, sa langue buttant contre le tranchant d'immenses crocs. Et soudain elle faisait face à Maléfique, semblant même la dominer de quelques centimètres.
Elle avait réussi !
Le cri d'euphorie qu'elle voulut pousser se transforma en un rugissement qui rebondit sur les murs de la caverne bien plus petite à présent. En bas, ses yeux de jade se posèrent sur la mère d'Henry qu'elle pouvait si bien voir malgré la taille ridicule à laquelle elle était réduite.
L'étonnement avait fait place à de l'incrédulité et une touche de jalousie qui l'aurait faite rire si elle avait su comment émettre un tel son.
