&&&&& Bonjour/soir à tous ! Je m'excuse pour ce retard qui a été dû à un message que j'ai reçu d'une des habituelles " lectrice de l'ombre " & qui m'a fait revoir tout le chapitre ... Deux fois. Bon du coup j'espère que ça vaut le coup & qu'il vous plaira !
Un grand merci comme à chaque fois à tous ceux qui me lisent même sans prendre le temps de commenter, ceux qui favorisent, suivent & vous autres sans qui je n'aurais aucune motivation : rozaline38, OoO-RED-OoO, MissOuat4ever, Floralys20, angele751, DroDroV, Mystik.7, Raphi5930, Grat, Mell 99 ( moi non plus je suis pas une grande fan d'Emma mais j'essaie de rendre son personnage digne de Regina et je suis contente que tu le penses aussi du coup ! :D ), SQSerenaSQ, Bonne Ame, justinejannedu0760, Regina2015, EvilSwanMills, evilhayleyregal, JunkieWoman ... Vous êtes la raison d'être de cette histoire ^^
Bonne lecture everybody ! :D
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Chapitre 18
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Si elle avait eu à deviner, elle aurait certainement parié sur la chambre de Regina Mills à en juger par le confort du matelas dans lequel elle avait pressé le corps de son amante, mais pour l'instant leur location n'avait que peu d'importance. Autrefois, elle aurait peut-être insisté pour allumer une lumière, parce qu'il était insensé, surtout quand on avait entre ses bras une femme telle que la celle là de ne pas vouloir l'observer submergée de plaisir, mais il semblait que comme pour tout, elle parvenait à chambouler encore une fois des règles établies depuis son plus jeune âge.
Dans le noir le plus complet, elle s'était étonnée de se complaire dans la façon dont elle était plus que d'habitude envahie par le parfum de la brune, surprise à chaque effleurement de leurs peaux qui lui arrachait un frisson. Trois doigts profondément enfouis dans son amante qu'elle avait plaquée sous elle, elle avait depuis longtemps cessé de s'inquiéter d'avoir perdu l'un de ses sens, émerveillée par la façon qu'elle avait de pouvoir sentir l'autre de milles et unes façon différentes.
- Emma ...
- Non.
En dépit de ses suppliques, elle avait catégoriquement refusé d'accélérer le rythme de ses profonds vas et viens. Elle aimait la sensation que lui procurait la situation. Celle où chaque mouvement semblait lui donner un peu plus de pouvoir sur son amante. Celui de l'amener inexorablement vers quelque chose que seule elle pouvait lui procurer et de la manière dont il lui plaisait.
Sous elle la brune se cambra dans une nouvelle tentative de la forcer à se plier à sa volonté mais dut se contenter du simple baiser qu'elle lui accorda pour étouffer les gémissements désespérés. Autour de sa taille les jambes musclées commencèrent à trembler et elle ne put retenir un sourire lorsqu'elle retira un doigt de la sorcière pour lui éviter l'orgasme. Près d'elle, les dents d'un blanc immaculé claquèrent d'un désir mal contenu et elle s'émerveilla de la retenue qu'elle avait alors qu'elle aurait très bien pu mettre fin à toute la comédie. Un seul mot d'elle et Emma aurait tout arrêté pour lui donner ce qu'elle attendait depuis près d'une demie heure, mais ce soir elle semblait prête à se faire au jeu.
La réalisation qu'une telle femme se pliait à sa volonté uniquement pour lui prouver qu'elle le pouvait lui fit perdre le peu de contrôle qu'elle avait, roulant ses hanches sur la cuisse de la brune qu'elle avait chevauchée. Le mouvement arracha un nouveau gémissement à la Reine qui fut suffisant pour court-circuiter jusqu'à la dernière de ses pensées cohérentes. Ses doigts se recourbèrent en elle et son pouce trouva son clitoris en de brefs mouvements circulaires.
Elle crut défaillir en entendant son nom crié par la brune, incapable de dire si le plaisir qu'elle sentait envahir son ventre était le résultat d'un énième sort qu'elle lui avait jeté où si ses sens lui jouaient encore des tours. Autour d'elle la pénombre se dissipa, révélant peu à peu les contours de la chambre du Maire de Storybrook qui tentait de reprendre son souffle sous elle. Elle profita de l'occasion pour observer le visage qui lui avait manqué, les iris d'ébènes la fixant avec une intensité rare. Les pupilles déjà dilatées semblèrent exploser lorsqu'elle porta ses doigts trempés à la bouche pour les lécher et l'instant d'après elle était propulsée sur le matelas avec une force qu'elle ne la soupçonnait plus d'avoir.
- Ça t'a plu Emma ?
- De quoi ?
- Me faire languir, avoir le dessus sur moi, ça te plait ?
Elle refusa de répondre, préférant s'emparer des lèvres qui effleuraient les siennes. La sorcière lui accorda un baiser durant de longues secondes avant de la refaire tomber lourdement en arrière sur le matelas. Des ongles soigneusement manucurés parcoururent son corps qui s'arqua quand elle s'empara de ses seins.
- Dis moi ce que tu veux.
- Tu le sais très bien ...
- Bien sûr que je le sais Emma ...
Cette fois la bouche s'attaqua à un téton, les dents la faisant crier d'un plaisir entaché de douleur.
- ... Mais je veux que ce soit toi qui me le dise.
La jeune femme essaya de résister à la tentation qu'elle représentait avant de sentir une main descendre le long de son corps et caresser du bout des doigts son sexe trempé. Elle oublia instantanément toute idée de subordination, consciente de la torture qu'elle était capable de lui faire subir.
- Je veux sentir tes doigts en moi.
Sa demande fut immédiatement accordée, lui arrachant un gémissement de soulagement lorsque deux doigts se glissèrent en elle sans délai.
- Hum ... C'est tout ?
- Plus.
Un instant elle fut heureuse que Regina ne lui ai pas demandé de développer lorsqu'un autre doigt fut rajouté aux deux premiers, l'étirant délicieusement mais elle dut ravaler un sanglot quand elle se rendit compte qu'elle n'obtiendrait rien de plus sans l'avoir demandé.
- Qu'est-ce qu'il y a ? se moqua la brune.
Le rire qui secoua la sorcière se répercuta jusque dans les doigts immobilisés en elle et elle perdit tout contrôle, consciente qu'elle donnerait tout ce qui lui était demandé.
- Baise-moi, ordonna-t-elle avec toute la conviction qu'elle put trouver.
- Avec plaisir.
Elle n'eut pas le temps de se préparer à ce qui allait suivre, rejetée sur le matelas avant que les doigts ne s'enfoncent en elle avec une force qui n'avait rien de naturel.
- Oh mon dieu !
L'état dans lequel l'avait mise leurs précédentes activités fut suffisant pour la précipiter vers un premier orgasme en moins de quelques minutes du rythme soutenu que Regina avait entamé. Mais la démonstration de force ne s'arrêta pas là, un bras entourant sa taille pour la retourner sans ménagement, son cri de surprise étouffé par un coussin lorsqu'une main claqua sur sa peau découverte.
- Non ! Je veux te voir ...
Une poignée de fer agrippa ses cheveux pour tirer sa tête en arrière, entraînant avec lui l'intégralité de son corps qui se plaqua contre celui de la sorcière derrière elle. Des dents vinrent marquer son cou avec désinvolture et sa remarque mourut quelque part dans sa gorge quand une main se faufila entre ses seins pour aller l'étreindre et réduire chaque goulée d'air qu'elle essayait de prendre.
- On se bat pour les choses qu'on désire vraiment Emma ...
Comme si les mots avaient agis telle une véritable formule magique, la jeune femme sentit son corps se rebeller sous l'emprise de l'autre, de vieux réflexes appris en cours de self défense la délogeant de sa position d'un coup de coude pour aller à nouveau l'emprisonner sous elle entre ses jambes. Pourtant son avantage ne dura que quelques secondes, aussitôt dominée par la sorcière qui les fit rouler sur elles mêmes.
Elle ne cherchait déjà plus à lutter lorsqu'elle reprit possession d'elle avec moins de hâte cette fois. Le sourire carnassier dont elle fut gratifiée fit exploser une bulle de bonheur quelque part dans son ventre et elle était sûre qu'à ce moment, n'importe qui aurait pu lire sur son visage l'amour démentiel qu'elle portait à cette femme.
- Utilise-le, sembla-t-elle lui conseiller.
Elle voulut lui demander à quelles fins elle était censé l'utiliser, mais les hanches de Regina commencèrent à onduler sur elle, imprimant un rythme trop perturbant pour que sa pensée puisse encore être claire.
- Qu ... Quoi ? demanda-t-elle à la place d'une voix rauque qu'elle reconnut à peine.
Elle n'obtint aucune réponse, ravie pour autant quand la brune se pencha un peu plus au dessus d'elle et qu'elle put s'emparer de la pointe d'un sein dans sa bouche avant d'être redirigée de force vers les lèvres pulpeuses de son amante.
- Ta magie Emma. Sert toi de ta magie.
Obéissant d'instinct à l'ordre, la blonde laissa libre court au pouvoir qu'elle sentait en permanence courir à fleur de peau, focalisée sur l'unique pensée de Regina et tout ce qu'elle évoquait en elle. L'énergie palpable craquela l'air autour d'elles, le peuplant d'un éclat bleu qu'elle avait commencé à associer à sa propre magie et cette fois elle put clairement voir la stupeur se lire sur le visage toujours parfaitement maquillé.
- Et bien ... Ce n'était pas vraiment ce que j'avais en tête mais si tel est ton désir ...
- Mon dés...
Elle se figea en sentant quelque chose qui n'avait rien n'avoir avec une main entre ses jambes et ce fut à son tour d'être frappée par la surprise, hoquetant à la vue du nouveau membre qu'elle venait visiblement d'offrir à la brune.
- Je t'en prie dis moi que c'est pas irréversible ...
- Ça ne l'est pas, mais profitons en tant que c'est là, d'accord ? sembla-t-elle se moquer.
Sa question devait être purement réthorique pensa-t-elle en la sentant la pénétrer avec une lenteur délibérée jusqu'à ce que leurs deux corps se rencontrent totalement. Leurs regards s'accrochèrent un long moment et l'attente presque douloureuse qu'elle put lire dans les yeux plus sombres que jamais la poussa à hocher la tête pour donner sa permission. Regina renonça visiblement à conserver tout semblant de son habituelle maîtrise d'elle même, une main fermement agrippée au creux de son genou qu'elle avait entrainé en hauteur pour se donner plus de champ d'action. Leurs fronts collés, elle avait plus que jamais l'impression qu'elles se partageaient le même plaisir et elle ne put s'empêcher de penser qu'elle avait raison lorsqu'elle croisa le regard de la brune où brillait une lueur bleue électrique.
Elle n'aurait pas été capable de décrire ce qui se passa ensuite, entièrement consumée par le plaisir qui la rongeait de l'intérieur, chauffant ses entrailles jusqu'à ce qu'elle en soit envahie de fourmillements que ne chassait que momentanément les coups de hanches que donnait Regina. Ses doigts se crispèrent dans les mèches de soie noire qui tombaient vers elle et elle sentit ses propres hanches se soulever pour aller à la rencontre de celles de la brune.
Dans la pièce, leurs cris furent couverts par le crépitement d'une magie où bleu et violet se mêlaient en un duel qui détruisit tous les miroirs de la pièce, manquant enflammer le lit autour d'elles. Le corps de la sorcière retomba sur elle, un bras toujours enroulé autour de sa taille et elle entendit le plus merveilleux son qui n'ait jamais atteint ses oreilles.
Regina Mills riait.
Pas de ce petit rire moqueur qu'elle avait l'habitude de servir à tout le monde ni même le rire contrôlé que la politicienne qu'elle était avait réussi à parfaire en société. Non. Elle riait d'un rire vrai qui secouait son corps et elle frissonna de bonheur à l'idée d'être assez chanceuse pour pouvoir en être le témoin.
- Tu te moques de quoi exactement là ? fit-elle semblant d'être vexée quand elle eut repris un semblant de souffle.
- De nous. Cette magie ... C'était ...
- C'était beau ! se défendit-elle.
- Beau mais ridicule. J'avais l'impression d'être au milieu d'un dessin animé digne de blanche neige.
- Avec deux lesbiennes et un faux pénis, tu es sûre ?
Le rire redoubla dans le creux de son épaule et elle resserra non sans fierté son étreinte autour de la silhouette de son amante. Cette femme lui avait tellement fait ressentir d'émotions différentes qu'elle ne s'étonnait même plus de l'immense pouvoir qu'elle éprouvait à l'idée de pouvoir la faire rire.
- Emma Swan promets moi d'être toujours là pour moi.
- Je le jure solennellement Majesté.
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Il était encore tôt quand elle se réveilla, toujours dans les bras de Regina et courbaturée par les heures passées sous la couette en plumes.
- Tu te lèves ? croassa-t-elle en sentant la brune s'extirper de son embrasse.
- Je dois passer voir Graham et Henry avant que ma mère ne se rende compte de mon absence, tu peux rester.
- Hum ...
Elle eut le droit à un baiser qui ne dura pas assez à son goût et soupçonna la sorcière de lui lancer un sort pour la faire immédiatement replonger dans un sommeil presque parfait. Elle n'était toujours pas à ses côtés lorsqu'elle se réveilla vers huit heures, enfilant un déshabillé en soie qui ne lui appartenait pas pour descendre encore groggy au rez de chaussée et soulager son estomac qui criait famine.
- Tiens donc Miss Swan ... Bonjour.
Le salut lui arracha un petit cri de surprise dont elle n'était pas fière, s'arrachant de la contemplation du frigo pour se retourner vers la femme qui venait de faire son apparition.
- B... Bonjour Cora.
- J'espère que vous avez passé une soirée digne du départ que vous avez fait ...
- Pardon ?
- Hier ... S'enfuir avec ma fille et me laisser sur la place publique ... Ce ne sont pas des manières que j'ai inculquées à Regina.
- C'est moi, la défendit-elle immédiatement.
- Je sais bien ... Ma fille est-elle réveillée ?
- Je crois oui, elle est certainement en tr... Wow ! C'est qui ça ?!
Sa phrase avait été interrompue par l'arrivée d'un jeune homme qu'il lui sembla reconnaître du cabaret tenu par Ursula. En costume clair, il était entré dans la pièce derrière Cora, un plateau vide à la main.
- J'ai engagé quelqu'un pour m'assister. Je préfère ne pas gâcher de la magie là où d'autres maîtrisent très bien le sujet.
- Ok ...
Elle se sentait soudain un peu trop consciente du simple négligé en soie qu'elle avait enfilé en sortant du lit de la maîtresse de maison et comme si Cora avait pu le lire sur son visage, une fumée rouge l'enveloppa brièvement pour l'habiller d'un simple pantalon noir, la soie qu'elle portait jusque là raccourcissant pour prendre la forme d'un chemisier.
- Merci.
- Je vous en prie. John, la table est prête ?
- Oui Altesse.
La blonde fronça les sourcils, suivant quand même l'intéressée lorsqu'elle lui fit signe de s'engouffrer après elle dans le séjour où une table avait été recouverte de tous les ingrédients nécessaires à un des petits déjeuner les plus consistant qu'elle n'avait mangé d'un bon moment.
- Où vivez-vous ? demanda la brune.
Leurs regards se croisèrent au dessus d'une tasse de café que la plus âgée venait de porter à ses lèvres et elle sut qu'elle allait être soumise à un interrogatoire.
- Dans un hôtel, au centre de la ville. Je ne suis pas arrivée il y a bien longtemps.
- Pourquoi ne vous êtes vous pas installée ici ? C'est une grande demeure pour y vivre seule.
- Regina ne me l'a jamais proposé répondit-elle honnêtement. Et je ne souhaite pas m'imposer ...
- Vous avez toujours travaillé avec ma fille ?
- C'est elle qui s'est beaucoup méfiée de moi au début.
- Je vois ... Avait-elle quelqu'un d'autre dans sa vie quand vous êtes arrivée ?
- Non, je ne crois pas ... Pourquoi toutes ces questions ?
- J'aime savoir contre quoi je me bats.
- Je croyais qu'on avait déterminé que j'étais de votre côté ?
- Et si vous veniez à ne plus l'être ?
- Ce ne sera pas le cas, promit-elle avec toute la force de persuasion qu'elle pouvait invoquer. Et vous ?
- Moi ?
- Hier vous avez affirmé à tout le monde que vous ne vouliez pas prendre la place de votre fille et pourtant vous vivez déjà sous son toît et vous vous faite appeler " Altesse ".
Sa réplique lui valut un sourire froid dont la sorcière semblait avoir le secret et un instant elle souhaita égoïstement que Regina ait fini la visite qu'elle devait rendre à son fils et la rejoigne pour la sauver de ce tête à tête qu'elle n'avait jamais souhaité. Une cuillère tinta contre un pot de sucre et elle fut surprise de voir que la femme ne prenait pas son café noir comme sa fille.
- J'admire votre dévotion envers ma fille Emma. Pour votre information, " Altesse " ne désigne par un souverain régnant mais un membre d'une famille royale.
- Je ne comprends pas pour autant ce que vous avez l'intention de faire ...
- Qu'est-ce qui vous dérange ?
- Pardon ?
- Qu'est ce qui vous dérange en moi ?
- Ce que j'ai pu entendre à votre sujet ? proposa-t-elle.
L'intéressée l'observa un long moment avant de reposer sa tasse de café, organisant avec le soin des personnes qui cherchent leurs mots les couverts posés devant elle.
- Je suis sûre qu'il ne vous a pas échappé que je suis une personne qui aime le pouvoir et ne supporte pas l'insubordination ... Si j'étais un homme ou n'importe quel dirigeant politique aujourd'hui, je suis sûre que mes intentions ne seraient pas aussi mal jugées ...
- Vous avez provoqué des guerres et tué des innocents ...
- Vos dirigeants ne le font-ils pas ?
- Si. Mais certainement pas de la manière dont vous l'avez fait.
- Autres temps, autres mœurs Emma. Et je suis tout à fait disposée à changer mes habitudes.
- Vous avez fait exécuter quelqu'un sur la place publique ... Hier.
- En son temps ma fille pouvait claquer des doigts et tuer toute une famille pour une insulte lancée à son encontre. Je trouve que nous avons été clémentes ...
- Ce n'est pas comme ça que ça marche ... Et comment comptez-vous vous venger des autres ?
- Je n'y ai pas encore réfléchi ... Vous souhaitez soumettre une idée ?
- Certainement pas.
- Etes vous "certaine" d'être de notre côté Miss Swan ?
- Elle l'est, répondit la voix de son amante derrière elle.
Une main vint se poser sur son épaule en signe de soutien et elle put y sentir une chaleur rassurante en cascader jusque dans son estomac qui se dénoua immédiatement, lui permettant d'avaler la première bouchée du petit déjeuner qui avait été placé devant elle.
- Mère depuis quand avons nous un ... servant ?
- Ton amie Ursula a bien voulu nous le prêter ...
- Je n'apprécie pas la présence d'étrangers sous mon toit ...
- C'est pour cette raison qu'Emma Swan n'est pas invitée à y résider ?
Cette fois elle sentit la sorcière se tendre derrière elle, ses doigts la serrant brièvement, glissant le long de son bras avant de les abandonner pour aller tirer une chaise à ses côtés.
- Pourtant avec ce que j'ai entendu cette nuit je n'aurais jamais pensé qu'elle était encore considérée comme une étrangère ...
La blonde sentit le sang rougir ses joues, elle avait totalement oublié qu'elles n'étaient pas seules dans le manoir la veille.
- Mère, ça suffit, j'ai passé l'âge qu'on me mette mal à l'aise aussi trivialement.
- Pas ta partenaire de jeux, répondit l'autre avec un sourire pincé qui lui donnait pourtant un air ravi de son exploit.
- Ça suffit. Emma n'est pas ma partenaire de jeux. C'est ma ... partenaire, tout court et votre comportement est bien plus enfantin qu'elle.
Sous la table une main avait trouvé sa cuisse mais ce fut le ton cassant qui la fit relever la tête pour admirer le profil parfait de son amante qui répondait avec aplomb à sa mère. Bien entendu, ce n'était pas le genre de petit déjeuner dont elle avait rêvé, mais le soutien de la brune était amplement suffisant pour l'instant.
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Malgré le départ sur les chapeaux de roues, Emma réussit tout de même à passer une journée agréable. Quand on excluait les nombreux coups de fil inutiles qu'elle avait reçus de la part d'habitants inquiets, l'absence d'Albert Spencer dans sa cellule s'était vite faite sentir, la soulageant du bruit de fond incessant de ses jérémiades.
Enroulées dans d'immenses couvertures que Granny leur avait prêtées avec un air entendu, la Sauveuse, Ruby, Belle, Aurore et ce soir pour la première fois Snow se tenaient toutes autour du feu qu'elle avait fait naître d'un mouvement du poignet sur le toit de l'hôtel. Armées de bouteilles de vin offerte par la propriétaire de l'unique domaine des environs, de pizzas et de morceaux de viandes qu'elles faisaient griller piqués sur de longs bâtons, elles avaient prévu de passer la soirée à traiter du sujet qui était sur toutes les langues. Si elle avait d'abord pensé que leur réunion constituait presque une trahison dans la confiance que le maire de Storybrook lui avait demandé, elle avait finalement décidé de se laisser entraîner. Au moins aurait-elle des informations à communiquer à Regina si elle lui demandait quels étaient les plans des autres ...
Les yeux rivés dans les flammes qui cuisaient le morceau de veau qu'elle avait embroché, elle se demandait quelles étaient les chances que son amante accepte un jour de participer à une soirée telle que celle ci ? Elle avait beau éclipser tout autour d'elle lorsqu'elles étaient ensemble, elle se rendait parfois compte que leurs comportements et leurs modes de vie étaient loin de se ressembler et elle avait du mal à l'imaginer acceptant de la rejoindre autour d'un feu de camp. L'éternelle optimiste qui avait toujours vécu en elle espérait pouvoir un jour froisser d'un réel sourire le visage si parfait de la brune et lui faire découvrir ce genre de plaisirs qu'elle n'avait certainement jamais eu l'occasion d'expérimenter.
- Emma ?
- Moui ?
- Qu'en penses-tu ? lui demanda Snow.
Leurs regards se croisèrent au dessus du crépitement des flammes et elle se félicita des heures passées en cours à rêver qui lui avaient permis de suivre une conversation sans vraiment l'écouter.
- Pour Cora tout est nouveau ici, finit-elle par répondre. Je pense qu'elle prend le temps de s'adapter à ce qu'elle voit pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Elle m'a parlé des politiciens de notre monde à nous. Du mien. Elle voudra certainement être soutenue par une partie de la population ...
- Supprimer la frontière de la ville ? Est-ce que tu crois qu'elle en est capable ? demanda Aurore.
C'était après tout une des personnes qui avaient le plus à gagner de l'ouverture de la frontière. Le site internet qu'avait créé Ted pour Hope avait semble-t-il très bien marché et certainement la directrice d'entreprise qu'elle était y voyait une occasion de développer son commerce.
- Très certainement, répondit-elle en toute honnêteté. C'est une sorcière très puissante ...
- Et si nous parvenions à la priver de magie ?
- Non. J'en ai parlé à Gold ... Elle provient de centaine de coeurs qu'elle a arraché, il faudrait les détruire, nous ferions trop de morts ...
- Mais peut être que ça en vaut la p...
- Pardon ? coupa Ruby. Tu serais prête à tuer tous ses gens uniquement pour la vaincre ?
- J'ai déjà mené des batailles Red ... Tu sais comment ça marche.
- Mais ces gens ne sont pas des soldats ! s'écria-t-elle presque.
La serveuse ne s'était pas montrée très bavarde de toute la soirée, certainement à cause de l'absence prolongée de Graham dont personne ne parvenait à obtenir de nouvelles. Elle savait de source sûre que le Shérif s'occupait d'Henry et si elle s'inquiétait du manque de nouvelle, elle ne voulait pas risquer de divulguer la moindre information qui pourrait mettre en danger la vie du petit Prince. La conversation semblait pourtant avoir subitement trouvé assez d'intérêt aux yeux de la serveuse dont les yeux s'étaient allumés de la lueur fauve des gens qui parlent d'expérience.
- Ces coeurs pourraient être à n'importe qui ... N'importe qui que tu croises tous les jours en allant faire tes courses ... Crois moi, tu ne veux pas tuer tous ses innocents.
- Red ...
Le prénom avait été prononcé sur le ton d'une excuse qui ne sembla pas suffisante pour arrêter la jeune femme.
- Non, il est hors de question que je participe à ce genre d'action. Je te préviens Snow, si j'apprends que tu fais ça j'irai le dire à Regina et tu sais comment elle aime qu'on contrecarre ses plans ...
- Et si on lui faisait confiance tout simplement ? suggéra-t-elle pour calmer la dispute naissante.
- C'est compliqué Emma ...
- Je croyais qu'elle avait prouvé qu'elle pouvait être quelqu'un de bien ?
- Bien sûr qu'elle l'a fait ! Mais elle avait Henry à ses côtés et sa mère n'était nulle part dans les parages pour la pousser au crime ... Regina a toujours eu du mal à résister à l'autorité de sa mère.
- Je serai là pour elle moi, affirma-t-elle en essayant d'ignorer le rouge qui lui était monté aux joues. Et vous pouvez l'être aussi. Son problème c'est peut être que personne n'avait été là pour elle avant Henry.
- Emma ... Je connais Regina mieux que toi. Elle ne parviendra pas à tuer sa mère.
- Qui a parlé de tuer ?! s'étonna-t-elle.
- Cora ne se laissera pas stopper comme ça, tenta visiblement de lui expliquer Belle. C'est le seul moyen.
Sous la couverture, son poing se resserra et elle se dépêcha d'enfourner un morceau de viande dans sa bouche pour ne pas pouvoir répliquer. Après tout, la mort de Cora servait les intérêts de Belle dont le mari retrouverait certainement son libre arbitre. Quant à Snow, elle faisait partie de ceux qui avaient le plus à craindre de la vengeance que la sorcière ne manquerait pas d'assouvir. Si elle n'avait eu que de brefs aperçus de ce qu'était la mère de Regina, elle n'était pas prête à cautionner sa mort.
- Mais comme l'a dit Ruby, contrecarrer les plans de Regina n'apportera rien de bon non plus ...
- Exactement, approuva l'intéressée.
- Et si Regina était contente du retour de sa mère ? Vous y avez pensé ?
C'était Aurore qui venait de faire la suggestion à voix haute et elle ne put s'empêcher de penser à l'hypothèse où ce serait le cas. En tant qu'Elue pouvait-elle se permettre d'arracher une fois de plus quelque chose à la femme qu'elle était sensée sauver ?
- Qui veut aller chez Ursula ? soudain Aurore certainement pour soulager l'ambiance plus que lourde.
- Mulan y est ? sembla se moquer Ruby pour elle ne savait quelle raison.
- Ahah. Non, mais comme on en parle depuis un moment et qu'on arrive à court de vin ...
- Ce sera sans moi, préféra-t-elle prévenir avant que les plans ne s'échafaude.
- Je reste ici aussi, ajouta la serveuse.
Il ne fallut pas bien longtemps aux trois autres pour plier bagages, pliant les couvertures qu'elles rendraient à Granny lorsqu'elles passeraient devant sa loge mais de longues minute s'écoulèrent en silence après leur départ.
- Tu ne veux pas la tuer n'est-ce pas ?
- Non, s'entendit-elle avouer à voix basse.
- Est-ce que tu connais le plan de Regina ? Ne me dis rien si tu n'as pas le droit mais tu sais ... Juste histoire de me rassurer.
- Désolée, j'aurais bien voulu, mais je ne pense pas. Tu t'en fais ?
- Pas pour moi. Je suis la dernière alpha d'une longue lignée de loups, Cora ne me voudra aucun mal si je ne cherche pas à m'interposer, mais je connais tellement de gens qui risquent d'y perdre leur vie ...
- Snow ?
- Pas que ... Personne ne mérite de mourir. Est-ce que tu as essayé d'en parler à Gold ?
- Il ne pourra pas nous aider, son lien avec Cora l'en empêchera ...
- Tu as raison et puis ton ex traîne toujours dans les parages ... Et Maléfique ? C'est une puissante sorcière et tu l'as délivrée, je crois qu'elle te doit bien ça ...
- Je n'y avais pas pensé, se rendit-elle compte. Je ne sais pas comment la contacter mais c'est une bonne idée.
Le sourire sincère qui se dessina sur ses lèvres fut assez communicatif pour contaminer la brune et l'instant d'après elle sentit ses jambes se déplier sans qu'elle n'ait eu à y penser, prise soudain par l'irrépressible besoin de voir le Maire de Storybrook. L'excuse qu'elle parvint à balbutier fut accueillie par un regard compréhensif et elle prit à peine le temps d'éteindre le feu qu'elle avait fait naître avant de prendre les escaliers qui la menèrent dans la rue.
Parce qu'elle n'avait aucune envie de troubler le silence apaisant de la ville, elle préféra marcher jusqu'à la rue résidentielle. De loin déjà elle admira la grande battisse blanche dont les immenses vitres laissaient peu d'imagination à quelqu'un qui aurait voulu repérer les allées et venues de sa propriétaire.
La chasseuse de primes contourna le portillon pour s'engager dans l'allée, inexorablement attirée vers le salon allumé où elle avait pu distinguer une silhouette. Plaquée contre les immenses volets en acier peint, elle avait l'impression d'avoir fait un saut de le temps pour se retrouver en planque devant la maison d'un condamné. Comme d'habitude, la simple vision de la femme qu'elle aimait lui ôta momentanément toute pensée cohérente. Pourtant il n'y avait rien d'extraordinaire à la voir resservir du vin à sa mère autour de l'immense table du salon. Il y avait définitivement quelque chose d'imposant qui émanait des deux femmes réunies, une tension palpable malgré le sourire qu'elles échangeaient.
La blonde contempla un long moment la scène qui se déroulait dans le manoir, incapable de tourner les talons malgré l'impression d'être une intruse dans un moment d'intimité auquel elle n'avait pas forcément le droit d'assister. Ce fut le froid qui la força finalement à secouer ses bras engourdis pour faire demi tour et regagner l'hôtel à pieds pour une bonne douche qui laissa sa peau brûlante encore lorsqu'elle se glissa sous ses couvertures.
À l'autre bout de la pièce son téléphone sonna et elle fut brièvement tentée de ne pas y répondre avant de se lever. Elle poussa un soupir de soulagement en réalisant qui l'avait appelée, chagrinée à l'idée d'avoir pu laisser l'appel tomber sur sa messagerie.
- Regina !
- Tu voulais me voir ?
- Q... Quoi ?
- Tu es venue tout à l'heure ... Est-ce qu'il y a quelque chose en particulier que tu voulais ?
Bien sûr, comment avait-elle pu penser une minute qu'elle ne serait pas au courant ...
- Non, pas vraiment, juste ... te voir.
- Ça t'a suffit ?
- Est-ce que tu es en train de me proposer quelque chose ?
- Non. Je dois rester ici ce soir.
- Je peux revenir, s'entendit-elle dire malgré le confort du lit qu'elle avait regagné au pas de course.
À l'autre bout de la ligne le petit rire lui arracha un frisson qui n'avait rien à voir avec la température de la pièce.
- Un autre jour, sembla-t-elle promettre.
Un sourire se dessina malgré elle sur ses lèvres et le silence s'étira quelques secondes supplémentaires avant qu'elle ne posa la question qui la taraudait.
- Est-ce que tu es heureuse Regina ?
- Pardon ?
- Pas avec moi hein, ou grâce à moi ... Ce serait ... Présomptueux. Mais ... En général ?
- Tu veux savoir si je suis heureuse du retour de ma mère n'est-ce pas ?
Elle hésita encore quelques secondes avant de répondre par l'affirmative, attendant les prochains mot de la brune comme s'ils pouvaient sceller son destin.
- Oui.
- Tu ne la tueras donc pas ? poussa-t-elle.
- Non ... Mais Emma, je trouverai un moyen de ...
- Je sais, coupa-t-elle. J'ai confiance en toi. Je voulais juste que ce soit clair.
Elle espérait du fond de son coeur ne jamais avoir à trahir les mots qu'elle prononçait, consciente de la réaction que cela pourrait provoquer chez la Reine. Pourtant, elle savait déjà que dès demain elle s'emploierait à le faire. Si elle avait brièvement considéré l'idée d'avouer à Regina les projets des autres, elle n'était pas sûre que la sécurité de ses amies soit assurée.
- Emma ?
- Oui.
- Merci d'être là.
Les mots eurent l'effet d'une flèche plantée dans son ventre et elle se recroquevilla sous la couette en plumes. Elle aurait voulu lui dire qu'elle l'aimait mais l'aveu lui semblait plus que jamais dur à prononcer.
- De rien, se contenta-t-elle de croasser. Je te laisse, je vais pas tarder à m'endormir ...
- Bonne nuit Emma. Fais de beaux rêves.
Elle avait rajouté la fin un sourire dans la voix qui contamina immédiatement Emma, chassant le noeud dans son estomac. Elle n'avait pas besoin de magie pour en faire ...
- Bonne nuit Regina ...
.
..
.
Elle avait déjà les yeux ouverts le lendemain matin lorsque le réveil la poussa à sortir de son lit, rongée par l'anticipation de sa quête. Pour la première fois depuis des semaines, la première fois depuis qu'elle avait appris qu'elle devrait briser la malédiction qui planait sur Storybrook.
Pas même les regards suspicieux de certains des passants ni le comportement toujours aussi déplorable de Leroy ne lui ôta le sourire qu'elle portait depuis le réveil. La porte fermée de la bibliothèque où elle avait prévu de commencer ses investigations la renfrogna brièvement avant qu'elle se rappelle que Belle avait passé sa soirée de la veille au cabaret. Elle était toujours plantée devant la porte close lorsqu'un tintement habituel la fit se redresser.
- Hook ! Tu tombes bien.
- Comment est-ce que tu sais que je suis là ?
- Je t'ai dit que tu tintais.
- Je préfère croire que c'est une histoire de magie.
- Si ça t'arrange.
- Qu'est-ce qu'il te faut ? sembla-t-il vouloir changer de sujet.
- Maléfique. Je veux savoir où elle est.
- Qui te dit que je le sais ?
- Mon petit doigt, se moqua-t-elle. Alors ?
- Dans la forêt quelque part ...
- Comment est-ce que tu le sais ?
- Les losts se sont plaints. Mais c'est tout ce que j'ai. Désolé.
- Tu m'y amènes ?
Le capitaine sembla réfléchir à sa requête quelques secondes avant de se décider à hocher la tête d'un air grave.
- En voiture ? proposa-t-il son regard clair posé sur la voiture de patrouille qu'elle avait garée devant la bibliothèque.
La chasseuse de primes fit semblant d'avoir à y réfléchir avant de lui faire signe de la suivre. Elle n'avait pas fait l'effort de retenir le chemin à prendre la première fois qu'il l'y avait conduite, pas plus qu'elle ne le fit cette fois là, uniquement préoccupée par les branches d'arbre qui menaçait à tout moment de rayer la peinture déjà abîmée de la berline.
- Ici, annonça-t-il quand ils arrivèrent en vue de la maison qu'Emma avait autrefois vue emprisonnée d'une boule de verre.
- Tu viens pas avec moi ? s'étonna-t-elle quand il resta en retrait aux côté de la ford.
- Je ne suis pas un grand fan de Maléfique.
- Tu crois qu'elle est ici ?
- Non, ils n'accueillent as les adultes, mais je préfère rester en dehors de vos histoires.
- Je t'aurais cru plus aventureux ...
- Tu ne me connais pas Swan, lui rappela-t-il en prenant congé avec un signe de son crochet.
Elle ne répondit pas, préférant prendre son courage à deux main pour aller affronter ceux qu'elle n'avait jamais particulièrement apprécié en dépit de l'aide qu'ils lui avaient procurée à ses début en tant que Shérif.
- Emma Swan ! s'écria un enfant qui l'avait visiblement aperçue avant les autres.
Elle n'eut pas le temps de se retourner, percutée par une masse qui s'agrippa à ses cuisses. L'enfant était dans ses bras avant qu'elle ne se rende réellement compte. D'immenses boucles blondes et de grands yeux verts qui lui rappelèrent la gamine qu'elle avait du être.
- Vous êtes l'élue ?!
- Tu peux me tutoyer tu sais ... Oui, il parait que c'est moi.
- Pas les adultes, sembla-t-elle s'excuser.
- Bon ... Comme tu veux. Comment tu t'appelles ?
- Lisa.
- Enchantée Lisa ! Où est-ce que je peux trouver les autres ?
- Dans la maison !
La réponse fut accompagnée d'un grand signe de la main et même si elle n'avait pas l'air de vouloir se détacher d'elle, la jeune femme préféra se déposer l'enfant à terre par peur que son comportement ne soit pas approprié aux règles des Lost. Elle n'eut pas besoin de faire plus de quelques pas à l'intérieur de l'impressionnant mas avant de retrouver un visage familier.
- Hey ! Salut gamin ! J'ai besoin d'un renseignement.
- Lequel ?
Elle réalisa après coup qu'elle n'aurait certainement pas du commencer leur conversation de cette manière. Elle se rappelait encore l'époque où elle n'avait fait confiance à aucun adulte. Enfermés dans l'univers qu'ils s'étaient créés depuis des dizaines d'années et certainement plus, ceux là ne devaient pas voir d'un bon oeil ce genre de questions.
- J'ai entendu dire que Maléfique vous avez causé des problèmes, tenta-t-elle.
- Ils ont été réglés.
Son ton cassant manqua lui faire perdre le contrôle mais elle fit l'effort de garder son calme, sachant pertinemment que le moindre écart de conduite lui vaudrait d'être reconduite aux frontières de leur domaine et qu'elle ne serait jamais capable d'utiliser de la magie contre eux.
- Je la cherche, j'aimerais l'aider à s'installer à Storybrook.
- Je suis désolé mais ce ne sont pas nos affaires Élue.
L'enfant avait été rejoint par deux de ses confrères qui hochèrent la tête à chacun de ses mots et elle se demanda brièvement si elle ne pouvait pas lire dans leurs pensées afin de découvrir ce qu'ils cachaient sans nulle doute. Mais elle n'était pas sûre d'y parvenir et se faire démasquer était un bien trop grand risque. Son regard balaya l'immense hall dans lequel étaient stockés divers objets dont la plupart avaient certainement été volés et elle finit par renoncer à l'idée de tirer la moindre information d'eux. Après tout elle avait de la magie, elle trouverait certainement quelque chose pour la guider jusqu'à Maléfique.
- Ok ... Merci quand même.
Elle eut le droit à un hochement de la tête, tournant immédiatement les talons pour ne pas succomber à l'envie qu'elle avait de secouer l'impassibilité arrogante du gamin.
Dehors elle chassa d'un regard noir ceux qui s'étaient approché de trop prêt de la berline de patrouille, y récupérant son téléphone pour s'assurer qu'elle n'avait pas eu d'appel important en provenance du commissariat. Elle y avait uniquement un message d'excuse de Belle qui s'en voulait de ne pas avoir été là pour sa visite.
- Psst !
L'appel qui avait raisonné sans discrétion et juste derrière elle la fit sursauter, resserrant son emprise sur l'iphone customisé qu'elle tenait encore dans sa main.
- Hey, re bonjour Lisa, s'exclama-t-elle soulagée de reconnaître la petite fille.
- Suivez les ronces.
- Quoi ?
- Dans le bois derrière la maison. Suivez les ronces.
- Pour retrouver Maléfique ?
Elle obtint un violent hochement de tête en guise de réponse avant que la fillette ne s'éloigne en courant vers une grange devant laquelle d'autres étaient déjà en train de jouer.
- ... Merci, répondit-elle tout de même à voix basse.
La chasseuse de primes resta un long moment immobile à contempler la vie que les orphelins semblaient s'être construite au milieu de nulle part. Elle avait du mal à les imaginer dans une forêt peuplée de créatures extraordinaires, risquant parfois leurs vies pour chasser loin de toute civilisation et de tout adulte pour les protéger. Certains étaient-ils violents ? D'autres avaient-ils envie d'être adoptés ? Elle se promit d'en faire sa prochaine mission. Elle les forcerai à accepter leur aide comme elle aurait voulu qu'on l'aide à son époque.
Pour l'instant elle avait fermé la voiture, empoché les clefs et contourné le mas pour s'enfoncer dans l'épaisse forêt. Il n'y trouva aucune ronces pendant une centaine de mètres, les yeux plissés à la recherche du moindre détail avant de repérer la racine hérissée de pics tranchants qui s'était enroulée autour d'un arbrisseau.
- Je te tiens !
Emma dut remonter la piste sur plusieurs centaines de mètres avant que les ronces ne s'épaississent réellement, finissant par lui rendre toute progression problématique au point qu'elle doive utiliser sa magie pour en écarter certaines.
- Wow.
Au détour d'un amas d'épines, une clairière venait soudain de se dégager, les racines se précipitant soudain sous la terre à peine craquelée par les veines qu'elles traçaient jusqu'à la tour qui se dressait en plein milieu de l'espace plane. Si elle avait encore des doutes sur l'identité de la personne qui pouvait y habiter, le drapeau violet où flottait un dragon les ailes ouvertes n'en laissait plus un seul. Maléfique se trouvait quelque part dans les parages.
- Maléfique ?!
L'écho de son appel fut le seul à lui répondre, aussitôt suivi d'un grondement qui lui fit regretter de ne pas avoir fait preuve d'un peu plus de discrétion. Des images de dragon et d'un millier d'autres bêtes capables de lui arracher un membre d'un coup de mâchoire lui vinrent à l'esprit, mais elle n'était pas prête à la vision qui s'offrit à elle.
- Oh putain ...
Elle n'avait jamais vu ce qui se dressait devant elle, pas même dans les encyclopédies détaillées sur l'univers d'Harry Potter ou les centaines de films fantastiques qu'elle était allée voir au cinéma quand elle faisait encore partie d'une ville civilisée.
La chose aurait pu ressembler à un immense chien si elle n'avait pas été recouverte de plumes dont les extrémités semblaient se dissoudre en un feu d'un noir de jais. Plus que les canines retroussées vers elle et les nerfs qui roulaient sous la peau luisante visible par endroit, les pattes arrières qui creusaient un sillon dans la terre meuble l'inquiétèrent au plus haut point. Elle s'apprêtait à la charger.
Par réflexe d'abord sa main droite dégaina le fidèle Beretta et n'attendit pas qu'elle bondisse pour tirer. Le premier coup de feu atteignit sa cible en plein front, la balle passant à travers d'elle comme si elle avait déchiré un nuage de fumée. La bête attendit visiblement qu'elle ait vidé son chargeur pour passer à l'attaque et alors seulement elle se rappela qu'elle aussi avait des pouvoirs.
Pourtant, l'électricité qui courut dans ses bras avant d'être précipité sur son adversaire n'eut pas plus d'effet que les balles et elle tenta de se rappeler en vain des autres techniques qu'elle avait apprises. En désespoir de cause plus qu'autre chose, la jeune femme enchaîna les mouvements, propulsant sa magie en divers sorts qui n'eurent aucun effet sur son adversaire, s'écrasant sur les arbres enlacés de ronces derrière lui.
Aucun son ne sortit de sa bouche lorsqu'elle put enfin distinguer l'éclat rougeoyant des pupilles de la créature à quelques centimètres d'elle, les muscles bandés dans l'attente de la douleur qui ne vint pas.
Un rire cristallin interrompit son attente et elle rouvrit les yeux quand elle réalisa qu'elle les avait fermés par peur de ce qui allait lui arriver. Autour d'elle, une fumée noire s'évaporait lentement, dernier vestige de la bête qui avait failli l'achever quelques secondes auparavant.
- Personne n'aura pensé à vous apprendre à vous battre contre ma magie ?
Dans la clairière un autre nuage de fumée violette venait de révéler la silhouette de Maléfique près de la tour.
- Qu... Quoi ?!
Elle sentait avec une rapidité affolante sa peur se transformer en rage. Il n'y avait jamais eu de menace, Maléfique l'avait piégée.
- Ma magie n'est qu'une manipulation de vos sens. Je constate que personne n'a jugé pertinent de vous mettre au courant. Vous ne parviendrez à rien avec ce genre de sorts ...
- Qu'est-ce que je vous ai fait pour mériter ça ?
- Vous aventurer sur un territoire clairement hostile ?
- Je vous ai rendu votre liberté !
- Et alors ?
- Et alors ?! répéta-t-elle incrédule.
- Vous avez l'air de croire que je vous dois quelque chose en échange ... Vous oubliez peut-être à qui vous parlez Emma ...
- Je suis là pour Regina, se défendit-elle. Je pensais que vous seriez prête à aider une amie !
- Ah Regina ... Une amie ? C'est ce qu'elle vous a dit ?
Le ton moqueur enflamma immédiatement ses entrailles de jalousie et le sourire qu'elle reçut lui donna envie de l'étrangler à mains nues.
- Oh calmez-vous, nous ne sommes plus qu'amies aujourd'hui. Et vraiment ... Votre jalousie n'a pas lieu d'être après tout, n'est-ce pas ?
Son froncement de sourcil effaça le sourire jusque là dessiné sur les lèvres laquées d'un rouge presque mauve.
- Oh, je vois ... Et donc ... Regina a besoin de mon aide ?
- Euh ... Non pas exactement.
- En fait ...
- En fait vous aimeriez bien savoir comment vous débarrasser de la menace que représente Cora, la coupa-t-elle en avançant d'un pas vers elle.
- Vous lisez dans mes pensées ?
- Quelque chose comme ça ...
Elle eut envie de lui demander si elle serait prête à lui apprendre ce tour, mais elle était quasiment certaine de la réponse négative qu'elle recevrait.
- Alors ? choisit-elle de demander.
- Pourquoi ne voulez-vous pas la tuer ?
- Parce que sa présence rend Regina heureuse ...
- Comme c'est ... Touchant.
- Ne vous moquez pas ...
- Loin de moi cette idée Emma ... Je trouve l'attention honorable. Quant à votre problème, il suffirait de priver Cora de sa magie pour la réduire au rôle de belle mère acariâtre. C'est ce que vous voulez ?
- Euh ... Pas exactement, mais je m'en contenterai si c'est le prix pour la garder en vie.
- Trouvez le moyen d'emprisonner sa magie.
- Je pensais justement que vous pourriez aider ...
- Pourquoi ne pas travailler avec Regina ?
- Parce qu'elle travaille de son côté sur le problème ... J'ai peur qu'elle prenne mal le fait que je ne lui laisse pas le temps de le faire.
- Vous ne lui faites pas confiance ?
- J'ai peur qu'elle soit tentée ...
- Par le côté obscur ? coupa l'autre avec un fond de moquerie.
- Arrêtez de lire dans mes pensées !
Son ordre fut ponctué d'une vague de magie qu'elle sentit émaner d'elle et qui sembla un tant soit peu impressionner la sorcière en face d'elle.
- Pas mal, mais pas assez pour moi Emma ...
Comme pour prouver ses dires la plus âgée s'évapora pour réapparaître à quelques centimètres d'elle en un nuage violet qui manqua la faire s'étouffer. Elle avait beau savoir que quelque part dans sa tête, Maléfique était en train de pervertir ses émotions, elle n'en éprouva pas moins un dégoût profond d'elle même lorsqu'elle sentit le désir s'emparer réchauffer son ventre. Soudain en face d'elle la blonde lui paraissait bien plus attirante et elle dut fermer les yeux pour cesser les visions qu'elle avait d'elle.
- Arrêtez, supplia-t-elle presque.
Le rire cristallin qui fut sa seule réponse lui tordit l'estomac et l'instant d'après elle sentit tous ses muscles se tendre, paralysée au simple contact d'une main sur sa joue.
- Voyons si je n'ai pas perdu la main, d'accord ?
Elle avait envie de lui dire qu'elle n'était pas d'accord, mais toute sa volonté était déjà concentrée sur sa magie en une vaine tentative de repousser celle de la sorcière bien plus expérimentée qu'elle. Un frisson différent de celui qu'elle avait ressenti il y a peu secoua sa colonne vertébrale, un froid glacial l'envahissant jusqu'à l'os.
- Qu ...
Elle avait rouvert les yeux sur un paysage désolé qui ne ressemblait en rien à la clairière qu'elle avait quittée. La place avait quelque chose de familier, un lieu qu'elle avait du visiter ou apercevoir dans un film assez pour s'en souvenir mais elle eut beau plisser les yeux pour essayer de distinguer les monuments enveloppés dans un épais brouillard, elle ne parvint jamais à en définir un suffisamment clairement pour se rappeler de l'endroit.
La chasseuse de primes tenta de bouger, ne serait-ce que pour faire un tour sur elle pour réaliser avec effroi qu'elle était immobilisée en plein centre de la place avec la désagréable impression d'une présence juste derrière elle. À quelques centimètres. Assez près pour qu'elle entende un souffle frapper sa nuque, mais trop loin encore pour qu'elle en distingue la chaleur de son corps. À moins qu'il n'y ait aucune chaleur à détecter ... Et parce qu'elle avait toujours eu une imagination débordante, il ne lui en fallut pas plus pour sentir une habituelle angoisse étreindre ses entrailles.
Elle faillit pousser un soupir de soulagement lorsque la présence derrière elle sembla s'évaporer, criant d'effroi la seconde d'après lorsqu'elle sentit des mains tirailler son dos, écorcher son corps plongé dans un immobilisme forcé. Elle n'avait plus de voix lorsqu'elle vit clairement les pans de son blouson en cuir s'ouvrir et dévoiler les mains décharnées d'un être qui la traversa littéralement. La présence qu'elle avait sentit derrière elle. Muette, elle observa la silhouette déchirer son propre corps pour libérer le sien sans qu'une seule goutte de sang ne soit versé. Ce ne fut qu'en la regardant s'éloigner à petits pas qu'elle réalisa l'envie irrépressible qui la tiraillait de la prendre en chasse.
Parce que cette chose faisait partie d'elle-même se persuada-t-elle sans savoir pourquoi. Elle ne pouvait pas vivre sans elle.
Alors seulement elle sortit de son immobilisme, attachant son blouson par peur de voir son torse s'ouvrir sur toute sa longueur et ses organes jaillir pour tâcher les dalles grises de la place. Le premier pas qu'elle fit fut aussi douloureux qu'un coup de poing en plein ventre lui coupant le souffle tandis que partout autour d'elle jaillissaient des figures encapuchonnées peuplant soudain le paysage jusqu'alors désert. Les longs manteaux noirs se croisèrent sans se percuter comme une nuée de fantômes et le seul visage qu'elle put apercevoir lui ôta l'envie d'en voir un autre.
Sa course effrénée commença comme dans un cauchemar. Si les nouveaux arrivants ne semblaient pas se gêner entre eux, tous avaient apparemment pour but de l'empêcher d'avancer, la percutant à tour de rôle pour l'envoyer tituber quelques centimètres plus loin, l'éloignant inexorablement de sa cible qu'elle ne verrait bientôt plus.
- Emma !
La voix lointaine la tira un bref instant du mutisme dans lequel elle s'était plongée, trouvant suffisamment de force pour repousser une forme supplémentaire qui tentait de la retarder. Jusqu'à ce qu'elle soit à nouveau arrêtée dans sa progression par une silhouette qui parvint à l'attraper, forçant un sanglot d'exaspération à passer la frontière de ses lèvres pincées de concentration.
- Lâchez-moi ! Lâchez-moi je dois rat...
- Emma !
Cette fois la voix parvint à la distraire suffisamment pour qu'elle perde des yeux la silhouette qui s'était éloignée dans une ruelle où elle aurait du être en train de la poursuivre. Mais la vision qui s'offrit à elle la déstabilisa totalement. Là où elle s'était attendu à un visage aussi décharné que celui qu'elle avait croisé sur la place, elle accrocha des yeux familiers qui d'un battement de cil diffusèrent en elle une chaleur qu'elle n'avait pas réalisé avoir besoin. Les mains qui s'étaient posées sur ses avant bras étaient brûlantes comparé à sa peau.
- Emma ... Tu ne peux pas me promettre de toujours être là pour moi et profiter de la première occasion pour courir après la Mort ...
Il y avait un mélange de profonde affection et d'exaspération amusée dans les mots qui furent une véritable mélodie à ses oreilles. Autour d'elle la jeune femme parvint à distinguer les autres silhouettes s'estomper, habituée désormais à l'effet qu'avait sur elle la brune. Elle n'avait jamais parue aussi belle, ses cheveux à peine ondulés encadrés par la capuche en velours noir de son manteau si semblable à ceux des autres. Une main s'empara de son menton et ses lèvres caressées d'un pouce s'étirèrent en un sourire avant qu'elle ne s'en rende compte.
La chaleur qui explosa en elle lorsque leurs lèvres se rencontrèrent fut presque insupportable, réveillant une magie qui crépita dans tous ses membres transis de froid. Elle choisit de ne pas s'étonner du bruit ambiant qui venait d'envahir ses tympans, heureuse de pouvoir se concentrer sur la sensation que lui procurait le baiser qui pour une fois n'était pas terminé à la hâte dès qu'il prenait un peu plus de sens que du simple désir. Elle aurait bien pu se trouver en plein milieu du Granny en heure de pointe que cela n'aurait rien changé au mouvement qu'elle fit pour enlacer la silhouette plus étroitement contre elle.
Ce fut un petit rire qui les fit se figer, leurs corps se détachant avec la lenteur de ceux qui ne veulent pas avoir à faire face à la réalité et elle dut plisser les yeux pour supporter la lumière ambiante soudain aveuglante. Elle était de retour dans la clairière réalisa-t-elle et Regina venait visiblement de la sauver d'une mauvaise passe. Regina dont les yeux brillaient à présent d'une colère qu'elle avait rarement vue aussi destructrice.
- Et bien ... que n'aura-t-il pas fallut faire pour te faire sortir de ton trou Regina ...
À ce moment précis elle n'aurait pas donné bien cher de la peau de Maléfique ...
