Coucou les ami(e)s ! J'espère que vous avez passé de très bonnes fêtes et que cette année 2016 a bien commencé pour vous ... Cadeau de début d'année, un petit chapitre qui n'est pas plus que ça agréable à lire mais apportera beaucoup de réponses je pense et puis pour ceux qui s'en inquiètent ... Oui, il y a bien un happy ending qui se profile ;)

Je n'ai pas le temps de me relire et je n'aurais plus mon ordi pendant trois jours donc je publie sans avoir enlever les fautes que vous trouverez certainement ... Mea culpa, comme d'hab, soyez indulgents !

Merci beaucoup pour toutes les réactions que j'ai eu pour le dernier chapitre :Serieslover44, Evil queen Momo, Bonne Ame, Regina2015, LeyyOUaT, Mystik.7, Grat, Mell99 ( Je n'avais jamais osé penser qu'on puisse vouloir une illustration de ma fiction, tu as fait briller mes yeux *o* Merci pour ton compliment ! ) Angels-sama, StitChE, OoO-RED-OoO, justinejannedu0760, elominnie, Ruby02, Raphi5930, faranha, Arthemis972, lillyyy19, solveig5 et les guest ( pensez à mettre des noms que je puisse vous répondre ! ) ... & tous les autres anonymes qui font grimper la barre des visites & autres stats ...

Bonne lecture ;)

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Chapitre 24

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Elle qui détestait les hôpitaux commençait à avoir la fâcheuse habitude de fréquenter celui de Storybrook. Pourtant ce n'était pas le bip-bip régulier des machines qu'on avait branchées autour d'elle ni la douleur lancinante qu'elle ressentait dans la poitrine qui venait de la réveiller. Non, c'était plutôt la désagréable impression d'être observée avec une attention telle qu'elle pouvait presque sentir une présence dans sa tête avec elle.

Quelque part dans la pièce plongée dans l'obscurité un rire bas la fit se redresser sur son matelas et se rendre compte que ses suspicions étaient avérées.

- Sortez de ma tête, s'entendit-elle ordonner d'une voix cassée qu'elle ne reconnu pas avant de partir en une quinte de toux qui enflamma sa poitrine.

- Du calme Sauveuse.

Elle n'écouta pas la voix qui se voulait rassurante, arrachant les fils qui la retenaient prisonnière du lit médicalisé.

- Où est Regina ?

- Aucune idée. Cela fait des jours que personne ne l'a vue.

- Des jours ? Combien de temps je suis restée dans les pommes ?

- Cinq jours. Le temps qu'il aura fallu pour que Gold reconstruise votre estomac et tout ce qui se trouvait là où Regina vous avait fait un trou béant.

Instinctivement elle porta une main sur son ventre, ignorant la douleur de sa gorge sèche pour continuer son interrogatoire.

- Cora ?

Il n'y eut aucune réponse mais dans un coin de la pièce elle perçut enfin un halo de lumière naître du sceptre que tenait la sorcière assise dans un fauteuil à gros carreaux de laine. La sphère se détacha progressivement de son nid pour aller se loger au plafond et elle manqua tomber de son lit quand elle réalisa qu'elle n'était pas la seule patiente dans la chambre. À moins de trois mètres d'elle, silhouette immobile sous un simple drap en coton blanc, Cora Mills gisait au milieu d'un amas de machines et de tubes en plastique. Elle se demanda brièvement si elle avait l'air de la même chose.

- Elle est en vie ?

- De la même manière que vous.

- Et sa magie ? Est-ce qu'elle a toujours sa magie ?

- Oui, fut la simple réponse.

Il y eut quelques secondes de silence pendant lesquelles une foule de question se bouscula dans sa tête. Où était Henry ? Où était Regina ? Ted ? Pourquoi se trouvait-elle dans la même chambre d'hôpital qu'une femme qui avait tenté de la tuer ? Pourquoi Maléfique était-elle en train de les veiller ? Qu'était-il arrivé à Ruby et Mulan ? Son regard tomba à nouveau sur le deuxième lit et elle fronça les sourcils en constatant quelque chose qu'elle n'avait jusque là pas remarqué.

- Son cœur bat ? s'étonna-t-elle à voix basse.

- Hum. Regina l'a arraché des mains de Snow in extremis. Il semblerait que la Princesse ait été sur le point de l'enchanter pour la tuer.

Il y avait donc eu une bonne chose d'accomplie. À moins que cela ne s'avère une erreur encore plus monstrueuse que celle de laisser Cora aller et venir en liberté.

- Il faut que vous partiez Emma, reprit la voix profonde de la sorcière.

- Oui, je vais me lever, il faut que j'aille ch...

- Non, que vous quittiez Storybrook. Votre présence est une nuisance pour Regina qui ne maîtrise pas les pouvoirs de votre magie.

Par réflexe elle attrapa ce qui lui fut lancé, grimaçant à l'effort que firent ses muscles pour bouger avec précision. Le bracelet. Le bracelet en cuir dont elle s'était emparée chez Ursula.

- Quittez la ville et enfilez ce bracelet. Votre magie est un poison pour elle.

- Non ... tenta-t-elle de lutter contre la magie qu'elle sentait envahir ses idées.

- Il n'y a pas de non qui tienne Miss Swan. C'est la meilleure des solutions.

- C'est Cora n'est-ce pas ? comprit-elle en un dernier éclair de lucidité. Cora vous a ordonné de m'éloigner de sa fille et vous obéissez à son dernier ordre.

En face d'elle la sorcière ne répondit pas, se contentant de la contempler avec un air impénétrable.

- Levez-vous Miss Swan.

Elle se rappela avec rancœur des mots qu'avaient sifflé Gold au propos de Maléfique et l'erreur que faisait Regina en lui faisant assez confiance pour ne pas empêcher sa magie d'avoir effet sur elle. L'instant d'après ses jambes se plièrent avec la lenteur de ceux qui n'ont pas quitté leur lit depuis trop longtemps et elle mit une petite éternité avant d'oser se lever, titubant, la main fermement accrochée aux barrière métalliques.

Encore groggy elle sentit une magie violette manquer l'étouffer, l'enveloppant en une fumée qui s'attacha à elle l'espace d'un instant suffisant pour l'habiller d'un jean et un pull gris qu'elle portait sous un blouson en cuir noir assorti à ses bottes.

- Votre voiture se trouve à la sortie de l'hôpital, vos affaires y sont déjà. N'oubliez pas le bracelet.

- Oui.

- Miss Swan ?

Son nom prononcé avec un peu plus d'incertitude qu'il n'y en avait eu dans les précédents mots la fit se retourner. La blonde la toisa un long moment avec un regard pensif avant de se lever et d'aller se poster devant la seule fenêtre de la chambre.

- Bonne chance.

Elle n'eut pas le cœur à la remercier, frissonnant à l'idée de ce qui l'attendait. Comme un automate elle dépassa la silhouette allongée de Cora sans lui accorder une seconde de plus d'attention et s'engagea dans les couloirs qu'elle commençait à connaître un peu trop bien.

Le pas traînant, elle ne croisa pourtant personne, les yeux baissés sur les carreaux immaculés du sol fraîchement lavé par une femme de ménage qui avait laissé ses ustensiles à l'angle d'un mur. Comme promis sa Chrysler l'attendait sur le parking et il y eut un moment où elle faillit faire demi tour avant qu'elle ne soit soudain assaillie par le désir de conduire. Le grondement de sa voiture la rassura brièvement mais l'instant d'après elle sillonnait déjà les rues de Storybrook en croisant les doigts pour que ce ne soit pas la dernière fois qu'elle en ait l'occasion. Le bruit de son propre frein à main la fit frissonner lorsqu'elle s'arrêta devant l'immeuble.

Plongé dans l'obscurité, il avait l'air encore plus imposant que d'habitude et elle passa quelques secondes supplémentaires à le contempler avec une mélancolie qu'elle sentait fissurer quelque chose dans sa poitrine comme des points de suture sur lesquels on se serait amusé à tirer. Son regard glissa sur le parvis où elle se rappelait être tombée au combat quelques jours auparavant et son cœur fit un bond lorsqu'elle réalisa que la porte d'entrée avait été laissée ouverte. Elle n'hésita pas à sortir de sa voiture pour se précipiter dans l'allée. Un picotement désagréable secoua sa colonne vertébrale quand elle dut faire l'effort d'appeler suffisamment de magie pour faire naître une petite sphère lumineuse et éclairer la pièce où l'électricité venait de refuser de marcher.

Elle se rappelait encore de la première fois où elle avait mis les pieds dans l'entrée, impressionnée par le déballage de luxe et l'imposante décoration qui ressemblait tant à la façade que Regina avait créé pour se cacher des autres. Mais aujourd'hui l'intérieur ne ressemblait plus à rien. Il ressemblait à ses appartement vandalisés par des truands à la recherche d'une preuve à détruire. Des truands équipés de perceuses capable de fissurer le si beau marbre du sol. Une inquiétude irrationnelle la submergea alors qu'elle arpentait le chaos total des différentes pièces qu'elle trouvait systématiquement vides. La peur de découvrir le corps de la femme qu'elle aimait mutilé au milieux des décombres de sa maison. Elle était en train de se demander si la maison avait été ravagée par un combat entre deux sorcières lorsqu'elle capta un reflet bleu éclaté dans un miroir brisé.

- Sidney ?! croassa-t-elle en croyant reconnaître le visage déformé.

- Vous ne devriez pas être ici Miss Swan. La maison n'est pas sûre et des restes de magie pourraient vous blesser.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Regina, fut la seule explication que la voix désincarnée voulut bien lui donner.

- Et vous ? Vous n'êtes pas mort ?

- Non. Vivant mais prisonnier. C'était le seul moyen de me sauver.

- Où est Regina ? Est-ce qu'elle va bien ?

- Regardez autour de vous, est-ce le résultat d'un esprit sain ?

- Elle est devenue folle ? s'inquiéta-t-elle encore embrumée par le comas duquel elle sortait.

- Ne me prêtez pas des mots que je n'attribuerais jamais à ma Reine.

- Pardon. Où est-elle ? répéta-t-elle. Où est Henry ?

- Je ne sais pas.

- Je dois partir, se rappela-t-elle à voix basse.

Elle n'obtint aucune réponse de la part du génie qui continua à l'observer avec un air grave comme s'il tentait de déterminer si elle était aussi folle que sa maîtresse. De longues secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne se décide à entrer dans la pièce où elle se rappelait avoir passé sa dernière nuit. Le lit avait brûlé en même temps que les tentures habituellement drapées devant les immenses fenêtres, chaque pièce de fourniture perforée et vomissant des affaires éparpillées sur le sol et les tapis abîmés.

La chasseuse de primes essuya rageusement une larme. C'était de sa faute si Regina était entré dans cet état. Non seulement elle l'avait poussé à y entrer pour vaincre sa mère parce qu'elle n'avait pas trouvé d'autre idée, mais en plus c'était à cause de sa propre magie qui coulait dans le sang de son amante qu'elle disposait d'une puissante aussi dévastatrice. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle tomba lourdement sur le sol, grognant quand ses genoux accusèrent le coup. La douleur qu'elle avait ressenti au réveil à l'hôpital était plus forte que jamais, oppressant sa poitrine au point qu'elle ait du mal à en respirer. À genoux, les bras tendus pour supporter le poids de son corps incliné, elle se força à respirer plusieurs fois plus calmement. Maléfique avait eu raison de lui donner le bracelet, c'était elle qui devait le porter. Elle qui devait se débarrasser de cette magie qu'elle n'avait jamais voulu et surtout débarrasser Regina de ces pouvoirs qui la rendaient si instable.

Mais avant elle ferait une dernière chose. Un dernier témoignage.

Ses paumes se relaxèrent contre le sol glacé et elle se laissa aller à penser à la femme qui lui avait servi d'inspiration depuis la première fois qu'elle l'avait croisée. La tête baissée elle ignora vaillamment la brûlure qu'elle sentait déchirer ses entrailles, certainement tiraillée par les sentiments qu'elle se forçait à se remémorer et l'idée qu'elle doive quitter la ville d'une minute à l'autre. Pourtant la pensée fut suffisante pour que ses pouvoirs se réveillent, embrasant son sang d'une magie qui se matérialisa sous la forme d'un halo doré.

Elle eut un sourire en réalisant que son sort était en train de marcher lorsque autour d'elle la pièce commença à retrouver de son apparat. Elle ne s'arrêta pas d'un long moment, les muscles tremblant d'une fatigue qui n'avait rien de naturel et les dents serrées à ne plus en sentir sa mâchoire.

- Impressionnant, félicita la voix de Sidney dans l'immense miroir qui trônait au dessus d'une commode.

Incapable de trouver la force de répondre, la blonde se laissa choir sur le sol rénové, tentant de reprendre sa respiration allongée sur le dos et les yeux perdus au plafond moulé. Elle attendit d'avoir reprit ses esprits avant de se lever par étapes et descendre les escaliers les jambes flageolantes. Elle accorda un dernier regard triste à la maison qu'elle avait presque considéré comme la sienne avant de tourner les talons et de monter dans la voiture.

Elle ne s'arrêta pas à la frontière, ignorant le regard interrogatif de Snow qui était en train d'arroser des fleurs sur son palier. Ce ne fut qu'à la première petite ville qu'elle croisa qu'elle décida de stopper la berline devant le seul hôtel qu'elle put voir.

- Je cherche un homme et un petit garçon, demanda-t-elle tout de go en sortant un vieux badge de police qu'elle avait trouvé dans sa boîte à gant.

- Comment ?

Elle préféra pianoter sur son téléphone pour trouver les photos des intéressés plutôt que de s'engager dans une conversation avec lui et sentit une vague de soulagement l'envahir quand le réceptionniste hocha positivement la tête.

- Mais ils sont partis. Avec une femme.

- Une brune ? cheveux courts ?

- C'est ça.

- Quand ?

- Il y a trois jours. Dans deux voitures différentes.

- Vous savez où ils sont allés ?

- Chez eux je suppose Madame.

- Mademoiselle, corrigea-t-elle automatiquement. Je vais avoir besoin de voir vos caméras de surveillance.

- Vous avez un mandat ?

- Non mais je peux en trouver un pour toutes les normes d'hygiène que vous violez en moins d'une heure.

L'homme la regarda un instant comme pour jauger de son sérieux et elle ne cilla pas, son visage se déridant en un sourire en coin lorsqu'il tourna les talons en lui demandant de la suivre.

Le local dans lequel elle fut amenée n'avait rien de légal et les caméras installées dans certaines chambres non plus mais au moins eut-elle l'occasion de voir son ami et Henry installés en sécurité. Il n'y eut aucune trace de Cora sur les bandes vidéos et elle sentit une rage amère barrer son estomac en réalisant que la sorcière avait bel et bien tout inventé. Elle n'avait jamais été en possession du cœur de son associé.

Regina aussi eut l'air de s'en rendre compte et elle se surprit à avoir les larmes aux yeux en observant la réunion qu'elle eut avec son fils au travers du petit écran. Apparemment le propriétaire des lieux n'avait pas du les visionner à en juger par le fait que le Maire de Storybrook enfonçait allègrement sa main dans la poitrine de son ami pour vérifier la présence de son cœur. Ce genre de geste s'il avait été aperçu n'aurait pas été oublié de si tôt.

D'un geste presque automatique elle éjecta le cd qu'elle glissa dans son jean et sortit de la salle avec un vague sourire à l'hôtelier.

- C'est bon ? demanda-t-il.

- Oui. Bonne journée Monsieur.

Il ne s'embarrassa pas de lui répondre et elle regagna sa berline le pas incertain, sortant immédiatement le cd pour le placer dans sa boîte à gant. Il serait un des seuls souvenirs qu'elle allait avoir d'Elle. Une légère bosse dans la poche de son blouson la ramena à la triste réalité et elle s'empara de l'objet qu'elle y avait mis en sortant de l'hôpital.

Vu comme ça le bracelet n'avait rien d'extraordinaire, il ressemblait même à ces ridicules souvenirs qu'on aurait pu ramener de certains pays exotiques et elle regretta un instant qu'il n'existe pas un sort qui puisse le rendre invisible. Non seulement il ne lui plaisait pas et elle aurait certainement à trouver une excuse à débiter à ses amis lorsqu'ils lui demanderaient pourquoi elle le portait mais en plus de ça le voir au quotidien allait lui faire plus de mal qu'autre chose.

Pourtant elle devait le faire. Maléfique avait raison. C'était l'unique solution pour que Regina maîtrise à nouveau sa magie et ne risque pas de blesser qui que ce soit. D'autant plus aujourd'hui où elle semblait avoir récupéré son fils. L'idée qu'elle puisse perdre le contrôle au point de le blesser ou pire la fit frissonner. Elle n'osait pas envisager de telles répercutions.

Avant qu'elle puisse perdre courage, la chasseuse de primes enfila le morceau de cuir, serrant les dents lorsqu'il se referma sur elle en un bref halo doré.

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Elle mit quelques jours à réaliser le vide total qui avait fait place à la douleur initiale d'être partie de Storybrook. Lorsqu'elle était retournée à l'appartement elle avait d'abord fait le tour des pièces et s'était effondrée sur le lit de sa chambre qu'elle avait retrouvé défait, vestige de la dernière fois où elle et Regina avait déambulé entre ces murs. Cette nuit là elle avait pleuré toutes les larmes de son corps et si le lendemain elle avait du mal à voir clair malgré ses lentilles, elle avait trouvé assez de force pour rejoindre son QG et Ted.

Ce dernier ne semblait pas affecté par ce qui s'était passé, certainement parce que la mère d'Henry avait du trouver un moyen de modifier sa mémoire et mis à part quelques vagues questions qui s'étaient avérées vaines, elle ne s'était pas hasardée à le pousser. Pour être honnête elle était devenue l'ombre d'elle même, replongée dans le travail qu'elle avait trop négligé pour oublier l'abysse qu'elle sentait désormais en elle.

Si son absence n'avait pas fait de remous auprès de celle vers qui toutes ses pensées étaient tournées, elle n'avait pas tardé à recevoir des appels de Ruby, Belle et même Aurore mais ces manifestations lui faisaient plus mal qu'autre chose et elle avait systématiquement laissé son répondeur déborder de messages qu'elle n'écoutait pas.

Sous le regard désapprobateur de son associé elle avait recommencé à ingurgiter des pilules qui calmaient ses nerfs autant que les séances de tirs auxquelles elle avait recommencé à participer. Sa précision augmentait au fur et à mesure que diminuaient ses heures de sommeil et il y avait encore peu de gens qu'elle arrivait à tromper. Il y avait une semaine de cela elle avait commencé à avoir des hallucinations et si elle avait d'abord eu l'impression d'être suivie dans la rue lorsqu'elle s'y déplaçait à pieds surtout dans son quartier, elle avait définitivement abandonné l'idée que cela puisse être fondé lorsqu'elle avait aperçu la silhouette de Graham à l'angle d'un immeuble. Par acquis de conscience elle avait quand même couru dans sa direction et elle était allée jusqu'à demander de visionner la vidéo surveillance du quartier sans succès. Après ça elle s'était résolue à vivre dans la paranoïa, un effet secondaire qu'elle acceptait si les médicaments qu'elle prenait la maintenait mentalement stable.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? tenta de lui demander Ted un jour où ils attendaient patiemment que l'homme qu'ils traquaient sorte d'un bâtiment accompagné de sa petite amie.

- Comment ça ?

- Depuis que t'es revenue de tes congés. T'es différente.

- Je suis fatiguée, j'avais oublié à quel point c'était dur comme rythme.

- Me la raconte pas. Qu'est-ce qu'il se passe ? Tu t'es faite larguer ?

Elle émit un son à mi chemin entre l'éclat de rire et le sanglot. Elle ne s'était même pas faite larguer, c'était elle qui avait fui.

- C'est moi, finit-elle par dire.

- T'as largué la jolie brune ?

- Non, répondit-elle les dents serrées. J'ai pris mes valises et je suis partie. On s'est pas parlé et de toute manière elle pense que je ne l'aime pas.

- T'es amoureuse ? C'est ça le délire ?

- C'est pas un délire Ted. Je ... Quand je l'ai rencontrée j'ai eu l'impression qu'elle donnait un sens à ma vie, maintenant j'ai l'impression qu'elle n'en a plus.

- Pourquoi est-ce que tu ne la recontacte pas ?

- Je peux pas.

Elle avait composé plusieurs fois le numéro qu'elle connaissait par cœur, depuis son téléphone et même depuis une cabine téléphonique mais il sonnait désespérément dans le vide. Il était clair que la brune n'avait aucune intention de lui parler ne serait-ce que pour la repousser et elle n'avait pas la force de re-franchir la frontière de Storybrook. La jeune femme n'était plus la même et elle qui n'avait jamais rien eu contre les couples lorsqu'elle était célibataire en venait à lancer des regards noirs à ceux qu'elle voyait se tenir la main dans la rue.

- Tu sais quoi ? On va sortir ce soir !

- Oh non non non !

Leur dernière tentative de soirée s'était soldée par une gueule de bois atroce. D'abord elle avait bien trop bu et puis elle s'était laissée entraîner sur la piste par une brune aux yeux clairs. Elle se rappelait encore de la douleur presque palpable qui avait noué ses entrailles juste avant qu'elle parvienne à s'enfuir de la chambre d'hôtel où elle avait consenti à monter. Regina Mills l'avait ruinée. Ruinée pour toute autre femme, pour tout autre homme et peu importait qu'il leur reste encore une chance ou non, elle se savait incapable de partager quoi que ce soit avec quelqu'un d'autre.

- Pourquoi ?! J'ai reçu une invitation d'un collègue. Un truc classe avec dégustation de vin à volonté !

- Non, insista-t-elle.

- De toute manière j'ai déjà confirmé.

- Et bien tu trouveras quel...

- Ils sortent ! l'interrompit son associé appareil photo en main.

Elle ne chercha pas à discuter plus longtemps, attendant en silence qu'il ait pu prendre suffisamment de clichés avant de sortir de la voiture à petits pas. Elle prit un malin plaisir à interrompre leur baiser d'un raclement de gorge agacé.

- Excusez-moi. Monsieur Assolen ?

- Oui ?

- Emma Swan. Je suis ...

Elle fut coupée par un sac de voyage qui lui fut envoyé dans les mollets et malgré la femme qui la retint l'espace d'une seconde, elle partit en trombes à la poursuite de l'homme qui tentait de s'échapper. Glock en main parce qu'elle ne pouvait plus supporter la vue de son Beretta, la jeune femme n'eut pas besoin d'une minute entière avant de plaquer l'homme contre une voiture et lui passer les menottes. Elle était peut être fatiguée de vivre mais rien ne l'empêcherait jamais de bien faire son métier.

- Monsieur Assolen vous êtes en état d'arrestation. Votre femme sera ravie d'apprendre qu'en plus de vous faire écrouer pour détournement de fonds elle pourra aussi entamer une procédure de divorce.

- Allez vous faire enc...

Elle ne lui laissa pas terminer sa phrase, souriant au cri de douleur qu'il poussa lorsque son genou alla frapper son entre jambes. Finalement elle était de meilleure humeur.

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La bonne humeur qui l'avait momentanément accompagnée pour le reste de la journée était rapidement en train de se dissiper, réalisa-t-elle en balayant l'immense hall de réception dans lequel son ami l'avait traînée. En robe de soirée d'un beige champagne, elle dégustait d'un air absent un verre de rosé lorsqu'un homme vint les rejoindre, un sourire satisfait sur le visage. Elle ne le connaissait pas et ne lui accorda qu'une attention partielle, concentrée sur une femme qu'elle voyait de dos tenter de s'approcher d'un buffet sans parvenir à passer un groupe d'hommes qui lui faisait barrière.

- ... aurait été impossible sans toi !

- Sans Emma tu veux dire !

Son prénom prononcé lui fit finalement détourner la tête, accordant un regard détaché à l'homme qui tentait d'avoir l'air charmant.

- Emma Swan ?! J'ai tellement entendu parler de vous !

- Vraiment ?

Elle serra les dents malgré elle. Elle avait utilisé cette expression bien avant Regina et pourtant aujourd'hui ce simple mot lui faisait systématiquement penser à la Reine qui avait le don de le prononcer sur un ton moqueur.

- Je m'appelle Anthony Callas, je suis enchanté de faire votre connaissance, répondit-il simplement en lui tendant la main.

- Vous êtes le propriétaire ?

- De la salle uniquement, pas du domaine, mais ça vous le savez déjà ! D'ailleurs ... Attendez que je la vois ...

Elle ne répondit pas, avalant une autre gorgée de vin en attendant qu'il se retourne vers elle mais le liquide faillit rester prisonnier de sa trachée lorsqu'elle aperçu la silhouette qui lui était présentée.

- Emma ?!

Elle n'eut pas le temps de s'en remettre enveloppée dans les bras de la brune qui n'avait pourtant jamais montré une très grande affection envers elle.

- On a tous cru qu'elle t'avait tué, lui souffla Aurore près de son oreille.

- Tué ? répondit-elle sans prendre la peine d'être discrète.

- Elle était ... Elle était dans un état ...

Son estomac se resserra et elle sentit le vin brûler son estomac. Elle n'avait pas assez bu pour parler de ça.

- Je ...

Mais elle n'eut pas le temps de répondre, son faible début de phrase coupé par la voix tonitruante du propriétaire des lieux qui se lança dans l'éloge du domaine que Ted lui avait fait découvrir. La chasseuse de primes mit quelques secondes avant de sentir un regard peser sur elle mais très peu de temps pour en trouver la source. A quelques mètres de là, Hope un verre à la main parlait avec un journaliste, ses yeux vairons fixés sur elle. Avant même qu'elle ait eu l'occasion d'y penser, ses jambes la menaient déjà vers la fée qu'elle n'avait plus fréquenté depuis une éternité.

- Hope ! Salut !

- Bonsoir Emma !

Elle ne put s'empêcher de noter que son ton était beaucoup plus joyeux que les dernières fois où elles s'étaient croisées et qu'elle ne portait plus sur elle le poids d'une peur qui avait été presque palpable à Storybrook.

- Comment tu vas ? enchaîna-t-elle en ignorant l'homme qui les regardait étrangement.

- Mieux que toi. Tu as une très belle robe mais une sale tête.

- C'est faux voyons, intervint le journaliste. Vous êtes charmante Mademoiselle.

- Merci, répondit-elle par automatisme.

Elle savait qu'elle n'avait pas l'air trop fatiguée en plus elle avait fait l'effort de bien se maquiller ce soir par peur des projecteurs et des journalistes comme lui qui roderaient à la réception, mais elle savait ce que la brune avait voulu dire. Elle ne ressemblait plus au Shérif qu'elle avait été. Quelque chose en elle était mort et tous ceux qui l'avaient connu à cette époque aurait pu s'en rendre compte d'un simple coup d'œil.

Hope la surprit en s'emparant de son bras pour l'éloigner de leur compagnon indésirable.

- Qu'est-ce qui t'as pris bordel ?! lui demanda-t-elle sur un ton indignée à voix basse.

- Quoi ?

- Je suis pas retournée à Storybrook depuis un bail mais tout le monde le sait ... Pourquoi t'es partie ?

- J'ai été ... convaincue, choisit-elle de répondre. Ma magie était un danger pour Regina et puis ... Cora a tout détruit.

- Tu es sous l'emprise d'un sort ?

- Quoi ?

- Tu viens de me dire que tu avais été convaincue. Tu es bête à ce point ou est-ce que quelqu'un t'a lancé un sort pour que tu partes ?

- Maléfique, je crois, finit-elle par avouer. Elle était dans ma chambre d'hôpital lorsque je me suis réveillée. Elle m'a dit que ma magie était en train de corrompre Regina, je devais la stopper.

Joignant le geste à la parole elle leva un bras pour dégager l'horrible morceau de cuir qu'elle avait couvert avec un bracelet Hermes qui s'enroulait par dessus.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Quelque chose capable de retenir ma magie.

- Pourquoi ?

- Je te l'ai dit. Ma magie la rend instable.

- Tu déconnes, votre magie est la plus pure qu'il existe. Pourquoi ça la rendrait instable ?

- Les derniers temps ... Elle entrait dans des colères noires pour rien. Elle était devenue plus forte que sa mère ... Est-ce que tu sais ... Où en est Cora ?

- Non. Regina l'a enfermée dans le manoir depuis qu'elle est sortie de l'hôpital. Personne ne l'a revue.

Elle réfléchit quelques instant encore sur ce que cela pouvait bien vouloir dire. Etait-ce un bon signe ou celui qu'elle y avait été enfermée de force pour ne pas faire de mal à qui que ce soit d'autre ?

- Pourquoi est-ce que tu ne reviens pas ? demanda la fée d'une petite voix.

- Je ... Je ne sais pas. J'ai peur. Et Regina croit certainement que je l'ai trahie.

- Elle n'est pas bien non plus tu sais.

- Tu l'as vue ?

- Non, mais ça ne peut pas être autrement Emma, vous êtes des âmes sœurs.

- Des âmes sœurs ?

- Regina et toi. C'est ... C'est le secret qu'elle nous avait interdit de révéler.

- Qu... Quoi ?!

Autour d'elle la pièce tourna en un fouillis de robes colorées et de diamants étincelants. Elle dut s'accrocher au bras de son interlocutrice et s'empara du premier verre qu'un serveur lui présenta en passant à ses côtés. Le liquide brûla sa gorge sous le regard rieur de la spécialiste.

- C'est du fort.

- Rien à foutre. Qu'est-ce que tu as dit ? Sur moi et Regina ?

- Que ... Que vous étiez des âmes soeurs ? Tu ... Tu ne l'avais pas compris ? C'est comme ça que tu as brisé la malédiction.

- Quoi ?

Elle était perdue. Si elle avait espéré entendre ces mots là un jour, espéré que ce qui la liait à la sorcière avait quelque chose de magique et d'implacable, rien ne l'avait préparé à entendre ça. Elle avait mis des semaines à tenter de briser cette malédiction, passé des soirées entières à chercher différents moyen de sauver ceux qui en avaient été les victimes, mais rien ne lui avait jamais fait penser à ça

- Je comprends pas, continua-t-elle. J'ai ... J'ai brisé la malédiction ?

- Comment veux-tu que Cora soit revenue à la vie ?

- J'ai brisé la malédiction le jour où Cora est revenue à la vie ? répéta-t-elle hébétée.

- Euh ... Oui.

Donc ça voulait dire que la dernière malédiction qu'elle avait brisée était celle de Maléfique. Quand elle avait redonné forme humaine au dragon, elle avait définitivement brisé la malédiction ce qui avait permis à Cora de s'échapper du sommeil dans lequel elle était plongée. Pourtant elle était persuadée qu'elle n'avait pas brisé celle de Regina.

- Mais ... Le parchemin. Le parchemin disait que Regina avait sacrifié sa lumière.

- Quoi ? N'importe quoi.

- Comment ça n'importe quoi ?! Je t'en avais parlé ! Pourquoi est-ce que tu ne me l'as pas dit plus tôt ?!

- Quand elle a su qui tu étais ... L'élue. Regina a fait en sorte que toutes les personnes qui étaient au courant ne puisse pas en parler.

- Pourquoi ? Comment ?

- Elle n'y croyait pas. Elle n'a jamais été très douée pour ça et ... Elle a été soulagée que tu n'aies pas compris et je crois qu'elle avait peur qu'il se passe quelque chose de terrible si tu l'apprenais.

- Si j'apprenais que ... Que j'étais son âme sœur ? Pourquoi est-ce que tu me dis ça maintenant ?

- Parce qu'elle a levé le sort. Je pensais que c'était parce que tu le savais ...

- N...Non.

Malgré la tête qui lui tournait de plus en plus ce fut au tour de la chasseuse de primes d'attraper la main de la brune pour l'entraîner vers le buffet où elle se servit un autre verre.

- Tu devrais pas mélanger les alcools.

- Je fais ce que je veux, merci. Parle moi de la malédiction. Je croyais que Regina avait sacrifié sa lumière, c'était quoi tout ce speech bizarre que tu m'avais servi ?

- C'est ce qu'elle devait faire. Mais à ce moment de sa vie, la seule lumière qu'elle avait était son fils et elle a été incapable de le sacrifier. Snow a sauté sur l'occasion.

- Snow ?

- Oui. C'était elle qui devait sacrifier son âme sœur et elle allait le faire mais quand elle a appris que Regina ne pouvait pas remplir sa part du contrat, elle lui a proposé d'échanger les rôles. Elle n'a pas eu besoin de tuer David, se priver de sa présence était suffisant. Mais Regina ... Elle devait sacrifier son âme soeur ... C'est pour ça qu'elle m'a appelée.

- Le jour où vous avez lancé la malédiction ?

- Oui. Pour le retrouver. J'ai cru ... Je n'étais pas au courant de ce qui se tramait et j'ai cru qu'elle voudrait le rencontrer pour ... D'autres raisons. Mais quand j'ai réussi à le faire venir dans la salle les autres avaient déjà rempli leur part du marché et ...

- Et ? poussa-t-elle malgré le masque de peine qui s'était peint sur le visage de la fée et signalait clairement qu'elle était en train de revivre de mauvais souvenirs.

- Elle l'a à peine regardé et elle lui a ouvert la poitrine pour arracher son cœur.

- Qui était-ce ? demanda-t-elle sans vraiment tenir à le savoir.

- Robin. Il s'appelait Robin. C'était un rôdeur.

- Et moi, l'élue, je suis sa remplaçante ?

- Tu ... Non. Enfin, peut-être, je sais pas ...

Elle ne répondit pas, absorbant la foule d'informations qui venaient de lui être délivrées. Ignorant la tête qui lui tournait déjà, la jeune femme se resservit un verre de vin, observant du coin de l'œil Ted échanger des poignées de mains avec des gens que le propriétaire des lieux lui présentait. Si d'habitude elle aurait reconnu l'occasion de se faire des contacts, aujourd'hui elle n'avait pas la moindre envie de socialiser.

Regina et elles étaient âmes soeurs. Regina l'aimait.

C'était ce que Cora lui avait laissé sous entendre la dernière fois qu'elles avaient mis le pieds au cabaret. Cela voulait donc dire qu'un de leurs baisers avait brisé sa malédiction. Quand ? C'était forcément arrivé avant qu'elle libère Maléfique. Elle savait qu'elle avait été amoureuse du Maire dès les premières semaines, mais quand la réciproque avait-elle pu devenir vraie ?

L'accident, réalisa-t-elle.

Sa peur, ses pleurs et les aveux de Regina cette nuit là dans la chambre d'hôtel. Au moment de passer la frontière la brune avait été frappée par quelque chose qui lui avait coupé le souffle et embrasé sa magie. Elle était devenue distante soudain, presque froide et le lendemain quand elle avait redonné forme humaine à Maléfique elle avait été en colère. En colère parce qu'elle savait qu'elle avait brisé la malédiction une bonne fois pour toute et qu'elle aurait visiblement souhaité que ça se passe autrement. Peut être parce qu'elle savait ce qui arriverait à sa mère lorsque ce serait le cas.

C'était pour ça aussi que Gold lui en avait voulu réalisa-t-elle. Parce qu'elle avait passé un marché avec lui. Celui où elle devait le prévenir du moment où elle mettrait fin à la malédiction. Elle n'avait eu aucune idée de ce qu'elle s'apprêtait à faire sinon elle le lui aurait reporté et il n'aurait certainement pas été pris de cours par le réveil de Cora.

Dans sa main elle sentit quelque chose brûler et si l'espace d'un instant elle crut que sa réalisation venait de réveiller sa magie, elle baissa un regard hagard sur le verre fendu et sa paume ensanglantée.

- Emma !

Elle ignora la sollicitude de la fée, s'emparant simplement d'une serviette en tissu qu'elle lui tendait pour étancher le sang et le vin mêlés dans la plaie qu'elle devrait traiter si elle voulait réussir à se servir de son arme demain.

- Excuse-moi, souffla-t-elle avant de prendre le chemin des toilettes.

Sous l'eau glacée elle nettoya tant bien que mal la plaie qu'elle aurait pu refermer d'un seul coup d'œil lorsqu'elle avait encore sa magie. Elle n'arrivait pas à croire ce qu'elle venait d'apprendre. Si Regina avait su depuis le début qu'elles étaient faites l'une pour l'autre, pourquoi avait-elle agi de la sorte avec elle en la rejetant sans cesse et en doutant de ses sentiments ? Elle qui aimait Henry avec une ferveur qu'elle avait rarement vue, comment pouvait-elle traiter Emma de la sorte ? Dans le miroir elle toisa son reflet de longues secondes, insensible aux larmes qui commençaient à brouiller sa vue.

Elle refusait de croire que Regina puisse l'avoir aussi facilement abandonné, avoir aussi facilement cru les paroles de sa mère tout en sachant qu'elles étaient âmes soeurs. Mais à quoi jouait-elle ? Pourquoi l'avoir laissée partir et pourquoi ne pas répondre à ses appels ?

- Emma ?

La voix de Hope étouffée par la porte des toilettes la fit sursauter et elle mit quelques secondes avant d'aller la faire entrer.

- C'est pas trop grave ? s'enquit-elle.

- Ça devrait aller mais je vais pas rester du coup.

- Je te raccompagne.

- Quoi ?

- Tu as du venir avec ton ami non ? Je te raccompagne chez toi.

- Non.

L'incompréhension qui peignit les traits de la jeune femme et ses yeux soudain emplis d'une tristesse résignée lui firent immédiatement regretter sa réponse. Elle voyait certainement là l'occasion de renouer des liens qu'elle avait été forcée d'abandonner à cause de Regina et la chasseuse de primes ne connaissait que trop bien la déception de ceux qui se voient refuser une amitié sincère. Jeune, elle avait souvent tenté de se faire des amis dans les familles d'accueil avant de se rendre compte de la futilité de la chose en grandissant.

- J'avais l'intention d'aller dans un bar boire quelques verres. Ça te va ? proposa-t-elle pour se rattraper.

- Je préviens Aurore, attends moi devant l'immeuble dans cinq minutes.

Fidèle à sa promesse, elle la récupéra à bord de son véhicule de collection quelques minutes plus tard et Emma se laissa guider vers un bar que la conductrice avait déjà fréquenté à en juger par l'accueil que lui réserva la barmaid.

- Tu as une touche, lui signala-t-elle en riant.

- Je sais, mais j'ai déjà quelqu'un ...

- De Storybrook ? demanda-t-elle ravie de pouvoir se distraire en se resservant déjà un verre d'une bouteille qu'elle avait commandée.

- Non. D'ici.

- Déjà ?!

- Oui hein ... C'est fou comme parfois le destin peut nous sourire.

Elle ne répondit pas, heureuse malgré son propre malheur pour la jeune femme qui méritait ce qui lui arrivait.

- À la tienne, finit-elle par déclarer en levant un autre verre.

La bouteille de Whisky se vida plus vite qu'elle ne l'aurait imaginée, aidée par Hope qu'elle n'avait pourtant jamais vu autant boire. Le Rhum fit place au liquide ambré, remplacée par de la Vodka et un taux d'alcoolémie tel que le barmaid refusa de les laisser partir en voiture, insistant pour qu'elles dorment dans un hôtel dans la rue en face. Incapables de résister bien longtemps, elles se laissèrent faire, accompagnée un sourire indulgent aux lèvres par un videur jusque dans une chambre payée d'un glissement de carte bleue dans un moniteur à l'accueil.

A peine eut-elle touché le matelas qu'elle s'endormit.

.

..

.

Elle n'avait pas encore la gueule de bois lorsqu'elle se réveilla ce qui lui donna une bonne idée de l'heure qu'il était. Pas encore assez tard pour que son système ait digéré l'alcool qu'elle avait consommé et un coup d'oeil à son téléphone lui indiqua qu'il n'était en effet que cinq heures du matin, les rues encore plongées dans le noir faiblement éclairé des lampadaires municipaux.

Derrière elle quelqu'un grogna et elle avait déjà sauté hors du lit lorsqu'elle réalisa que c'était uniquement Hope. Elle se savait incapable de faire des infidélités à Regina pour le moment et la brève idée qu'elle se soit rendue coupable d'un tel acte lui fit tourner la tête. Elle ne pourrait pas supporter de vivre avec ça. Tremblante encore, la chasseuse de primes observa la silhouette recroquevillée dans le centre du lit, ses yeux commençant à s'habituer à la pénombre. Elle ne pouvait pas rester. Elle n'était même pas prête à partager un lit. Pas avec une femme ni même avec qui que ce soit, simple amie ou non.

Malgré son esprit encore embrumé d'alcool, elle réussit à s'emparer de son manteau et de son sac, enfilant ses talons aiguilles dans le couloir pour ne pas faire de bruit dans le chambre. Elle dut se tenir au mur et manqua tomber de fatigue dans l'ascenseur qui la mena à l'accueil désert. Aucun numéro de taxi ne répondit à ses appels et elle fut incapable de penser à deux fois avant de se diriger vers un petit parking un peu plus loin dans la rue.

Les yeux à moitié clos de fatigue elle repéra une vieille ford qui lui arracha un sourire, plongeant la main dans son sac pour en sortir un trousseau de clefs auquel était attaché un petit couteau suisse avec lequel elle s'attaqua à la serrure. Elle était à deux doigts d'entendre le clic final de l'ouverture de la porte quand la voix derrière la fit se figer.

- Alors ma belle, on essaye de voler une voiture ?

Par réflexe elle se retourna pour repérer qui venait de lui parler et retint une moue en voyant les deux hommes arriver vers elle. En blouson en cuir et vieux jeans ils avaient l'air de voyous ratés mais elle savait qu'elle n'était pas en état de leur tenir tête.

- C'est pas la votre au moins ? répondit-elle seulement en continuant ce qu'elle était en train de faire.

Elle était en train d'ouvrir la portière et allait s'engouffrer dans la voiture lorsqu'elle réalisa son erreur. Elle n'aurait jamais du leur tourner le dos. La main qui la retint n'avait rien de doux et elle crut qu'elle allait leur vomir dessus quand on la retourna sans ménagement pour la plaquer contre la voiture. Tant mieux, elle ne se retiendrait pas si cela arrivait en espérant que cela puisse les dégouter.

- Hop hop hop, où est-ce qu'on va comme ça ?

- Chez moi. Foutez-moi la paix ok ?

- Doucement miss. Ta mère t'as pas appris les bonnes manières ?

- Je suis orpheline, répondit-elle par automatisme malgré elle.

- C'est triste. Tu sais ce qu'il est aussi ?

- Votre misérable existence ?

- Peut-être, lui répondit celui qui ne la tenait pas. Mais tu vas la rendre un peu moins morose aujourd'hui, ça te va ?

- Plutôt crever.

Elle tenta tant bien que mal de se débattre, envoyant son genou dans le tibia de son attaquant mais sa précision n'avait plus rien à voir avec celle qu'elle se ventait d'avoir d'habitude et son coup rata sa cible qui en profita pour la balayer, déstabilisant son équilibre déjà précaire sur ses hauts talons aiguilles. Le bruit que fit une de ses chevilles lorsqu'elle tomba ne lui plut pas du tout mais pour l'instant elle avait d'autres chats à fouetter. Comme le fait qu'au dessus d'elle l'homme venait de s'emparer de son couteau suisse resté bloqué dans le système d'ouverture de la ford.

Elle ne plaisantait pas lorsqu'elle avait dit qu'elle préférait mourir que subir ce qu'ils avaient certainement l'intention de faire. Sans réfléchir elle mordit la main qui s'approcha de son visage pour tirer ses cheveux, souriant au cri à moitié étouffé qu'elle provoqua et même lorsque la main revint la glisser avec une force qui fit siffler ses oreilles et emplit sa bouche d'un gout de sang autre que celui qu'elle avait fait couler de son agresseur.

- Ah tu la joues comme ça ... Je voulais t'amener chez moi mais tu sais quoi ? Une chienne comme toi mérite pas qu'on la prenne dans un lit. Debout.

Elle n'obéit pas, à nouveau agrippée par les cheveux par un des hommes qui la remonta de force tandis que l'autre commençait à s'en prendre à son manteau. La blonde saisit l'occasion de lui faire brièvement face pour lui cracher à la figure un mélange de salive et de sang qui le fit rugir. Elle n'eut pas le temps de crier, violemment retournée, sa tête allant frapper le capot de la voiture en un fracas qu'elle ressentit dans tout son corps. Un instant elle eut une vision de ce qui allait lui arriver et de l'état dans lequel ils la laisseraient certainement, en sang et inconsciente jusqu'à ce que quelqu'un la retrouve. Morte.

Un liquide chaud coula le long de sa tempe et sur la carrosserie claire qui se stria de rouge. Celui là ne venait pas de sa bouche et si elle avait eu froid quelques minutes encore auparavant, elle n'arrivait plus à sentir ses jambes. En fait elle ne sentait plus rien, ni le contact du capot sous elle ni le corps de son agresseur derrière elle. Elle fit l'effort de tendre l'oreille et crut discerner l'éclat d'une voix derrière le tintamarre incessant de son pouls dans ses tympans.

Les yeux lourds elle vit le décors glisser autour d'elle et réalisa avec effroi qu'elle était en train de tomber sur le côté, personne ne la retenant apparemment. Elle eut vaguement conscience du bruit d'un bagarre non loin d'elle avant de sombrer dans un noir total dont elle fut brièvement tirée par son nom prononcé lacé d'inquiétude.

Elle croisa un regard clair juste avant de perdre conscience.

.

..

.

Elle se réveilla en sursaut d'un rêve où elle était poursuivie par une silhouette bien trop familière, l'estomac et la tête protestant contre le bond qu'elle venait de faire et elle eut à peine le temps de se précipiter dans les toilettes pour vider le contenu de son estomac jusqu'à en avoir les larmes aux yeux.

Le front appuyé sur la cuvette froide elle resta un long moment immobile, grognant lorsque le son de la chasse d'eau vrilla ses tympans. Groggy et les jambes flageolantes elle se traina jusqu'à la salle de bain où elle voulait se rincer la bouche malgré une cheville qui refusait de fonctionner et elle se figea en un petit cri lorsqu'elle croisa son reflet.

Son arcade était tuméfiée, son sourcil droit encore rigide de sang et ses cheveux blonds teintés par endroits d'une couleur sombre qu'elle assimila à du sang séché. Précautionneusement elle leva une main pour caresser sa lèvre fendue, la douleur de ce simple geste provoquant un vertige qui la força à s'agripper au lavabo en émail. Quelque part dans sa chambre son téléphone se mit à sonner mais elle l'ignora, complètement hébétée par l'image que lui renvoyait le miroir.

Elle avait du mal à se rappeler ce qu'il s'était passé hier au bar, mais elle se souvenait parfaitement de l'horrible impuissance qui l'avait assaillie dans le parking mal éclairé. Elle fronça les sourcils, gémissant à la douleur que cela provoqua lorsqu'elle tenta de se focaliser sur son dernier souvenir. Il n'était pas clair mais elle aurait juré que quelqu'un l'avait sauvée. Elle se rappelait uniquement des iris gris qui avaient fouillé les siens avant qu'elle ne perde conscience. De toute manière quelqu'un avait bien du la sauver pour qu'elle se réveille dans son appartement, habillée d'un pyjama qu'elle ne se souvenait pas d'avoir enfilé.

Poussant un soupir résigné elle se traîna jusque dans sa chambre pour s'emparer du téléphone qui continuer de sonner. Ted, annonçait l'écran dont la luminosité lui fit plisser les paupières.

- Quoi ?

- Swan ! Tu es en vie !

- Pourquoi ?

- Tu as quitté l'inauguration sans rien me dire, en rentrant chez moi j'ai vu que ton téléphone était dans un hotêl et depuis que tu es rentrée chez toi j'essaie de t'appeler sans succès.

- J'ai du comater. Quelle heure il est ?

- Seize heures.

- Ah ouais quand même ... Écoute, je suis désolée, il m'est arr...

Elle fut coupée par la sonnerie stridente de sa porte d'entrée.

- Et merde. C'est pas toi qui est venu me voir Ted hein ? râla-t-elle en se dirigeant tant bien que mal vers le hall.

- Non, je suis tranquillement dans mon lit Swan. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? La fille avec qui tu es partie, c'était un bon coup ?

- Nan, nan pas du tout. C'est juste une amie, on a un peu trop bu et ...

- Et c'est devenu plus qu'une amie ?

- Pas du tout. On était défoncées, la barmaid nous a ...

Les prochains mots qu'elle allait prononcer moururent dans sa gorge sèche, frissonnant presque dans son simple pyjama sous le regard pénétrant de la personne à qui elle venait d'ouvrir la porte et qui la détailla des pieds à la tête. Son corps entier resta figé quelques secondes, les yeux rivés dans les iris sombres qui reflétaient quelque chose qui ressemblait à de l'inquiétude.

- T... Ted, il faut que je te laisse, je te rappelle.

Elle ne prit pas la peine d'attendre sa réponse, cachant son téléphone dans sa poche comme s'il avait été une preuve d'un quelconque délit.

- Et bien Miss Swan, dans quel état vous êtes-vous mise ?


Promis, le prochain chapitre vous fera sourire !