Hello my dears ! :D Je dois vous avouer quelque chose ... J'ai menti. Ce n'est pas le dernier chapitre xD En toute honnêteté, c'était censé être le dernier mais il faisait déjà plus de 15 mille mots donc j'ai choisi de le diviser en deux, je ferais le suivant un peu plus long que prévu en espérant que ça vous plaise et puis ça me donne un peu plus de temps pour peaufiner le premier chapitre de ma prochaine fiction ^^

Bref, encore un immense merci à tous les fidèles et les nouveaux arrivants, ceux qui lisent, favorisent & prennent surtout le temps de commenter : Serieslover44, angele75, Sponthex, Pilounana, Mel99, Bonne Ame, justinejannedu0760, OoO-RED-OoO , Solveig5, Mystik.7 , dreydrey76, Grunt25, Evil Queen Momo, Raphi5930, evilhayleyregal , Regina2015, Ruby02, Artemis972, EvilQueenHood, MommyVal & Waty :)

Bonne lecture à vous tous ! xx

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Chapitre 26

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- Le bébé, Miss Swan, répéta lentement la sorcière en face d'elle comme si elle s'était adressée à un enfant qui refusait de comprendre quelque chose.

- Je … Enceinte ? Je suis enceinte ?

- Oui.

- C'est pas possible, j'ai pas couché avec un homme depuis … des lustres !

Pas depuis qu'elle avait croisé le chemin de Regina, quand elle avait purement et simplement abandonné Walsh, le flic avec lequel elle avait passé les dernières semaines à fricoter.

- Je suis ravie de l'apprendre et bien que je n'ai aucune envie de vous en faire un dessin, je vous rappelle que vous vivez dans un monde où la magie existe, deux sorcières n'ont aucun mal à … produire un héritier.

- P… Produire un héritier ?

Les mots firent raisonner des paroles qu'Henry avait prononcé des semaines plus tôt et la colère qui s'était momentanément tue refit surface. Sa vision se troubla un instant d'un brouillard blanc et elle ne réalisa qu'elle s'était téléportée que quand elle vit clairement une surprise hautaine teinter les yeux bruns de la sorcière.

- C'était votre idée ? s'entendit-elle gronder, les poings serrés contre ses côtés.

- Un autre ton avec moi jeune fille, lui répondit calmement la plus âgée.

- Ne vous foutez pas de ma gueule Cora ! Henry m'a dit combien vous aviez envie d'un héritier qui posséderait de la magie. Est-ce que vous avez le moindre rapport avec ce qui est en train de se passer ?

Sans doute par un réflexe acquis au cours de ses longues heures d'interrogatoires, sa main avait sauté au col de la brune, agrippant le tissu satiné du chemisier qu'elle portait. L'ancienne Reine n'eut pas besoin de battre d'un cil pour qu'elle se retrouve violemment propulsée en arrière dans les airs, stoppée à quelques centimètre d'une bibliothèque en bois massif, les pieds balayant l'air au dessus du sol.

- Emma, vos manières sont déplorables. Vous me décevez. Non seulement vous n'êtes pas assez futée pour réaliser que vous n'avez aucune chance de me contraindre à quoi que ce soit mais en plus vous n'avez pas retenu la leçon que je vous ai donné.

- Lâchez-moi !

- Quand vous aurez compris votre erreur.

- Lâchez-moi ! cria-t-elle cette fois.

Ses pieds touchèrent sol et elle observa les sourcils froncés la vague de magie qui s'était dégagée d'elle propulser plusieurs objets vers Cora qui les regarda s'écraser à quelques centimètres d'elle contre une barrière invisible avec un air impassible. Leurs regards se soutinrent quelques instants avant que la brune ne se lève et si elle crut d'abord qu'elle allait avancer vers elle pour la confronter, elle fut indignée de la voir tourner les talons pour se diriger vers les escaliers.

- Hey ! On va pas en rester là ! Je vous ai posé une question !

- A laquelle j'aurais répondu si elle avait été posée avec plus de ... diplomatie.

- Est-ce que vous avez quelque chose à voir avec ce qui m'arrive ? répéta-t-elle en se forçant à rester calme.

- Non.

- Alors comment étiez vous au courant ?

- Parce que je suis visiblement la seule dans cette pièce à posséder un cerveau en état de marche.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je vous ai donné une seule et unique leçon de magie. Vous vous en souvenez ?

- Pas vraiment, répondit-elle honnêtement. Je ne vois pas ce que ça a ...

- Tout, coupa la brune. C'était ici même, tentez de vous en souvenir.

- Non, toujours pas ...

- Ma fille vous avait attachée à sa cuisinière. Vous n'arriviez pas à vous défaire des menottes.

Cette fois elle rougit clairement au souvenir qui venait de refaire surface. Cora avait toujours eu le chic pour surgir aux moments où on l'attendait le moins.

- Que s'est-il passé ? poussa l'intéressée.

- Vous ... Vous m'avez détachée.

- Pourquoi ?

- Parce que je n'y arrivais pas.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas !

- Vous ne saviez pas mais je vous l'ai expliqué Emma ...

- Parce que ... Parce que Regina avait utilisé une magie particulière.

- C'est tout ?

- De la magie rouge, se força-t-elle à répondre agacée par le jeu auquel la sorcière était en train de jouer. C'est quoi le rapport ?

- Le rapport est que vous avez utilisé cette même magie hier.

- Peut-être. J'utilise ma magie n'importe comment, c'est bien connu. Et alors ?

- Alors quand vous avez défait le sort que Regina avait jeté à Maléfique pour qu'elle ne puisse pas se soigner, j'ai tout de suite su ce que cela voulait dire.

- Je comprends pas.

- Mais heureusement ce n'est pas pour votre sens de la déduction que ma fille est avec vous, n'est-ce pas ?

- Arrêtez ça !

- Miss Swan j'essaie de vous dire que si vous avez pu défaire de la magie rouge lancée par ma fille c'est parce que son sang coule dans vos veines. Cela étant par nature impossible, la seule explication possible est que vous soyez enceinte d'elle.

L'explication délivrée sur un ton presque exaspéré la laissa muette. Elle se rappelait très bien du sort qu'elle avait lancé, de la surprise de Maléfique quand elle avait réussi et du sourire renversant que lui avait adressé la mère de Regina.

- Putain mais c'est quoi votre problème dans cette ville ?! s'emporta-t-elle. Vous auriez pas pu me le dire au lieu de laisser Regina croire je sais pas quoi ?!

- Je pensais que vous le découvririez autrement.

Un silence pesant plana quelques secondes sur la pièce avant qu'elle ne s'avance à son tour vers les escaliers, ignorant le regard suspicieux que la brune lui lança quand elle passa à côté d'elle pour monter enfiler une tenue différente. Escarpins à la main elle faillit sursauter quand un claquement de doigts la figea sur la dernière marche qu'elle descendait quelques minutes plus tard.

- Mangez, ordonna la voix détachée de la sorcière qui s'était replongée dans la lecture du journal.

- Vous plaisantez ?

- Pas du tout. Vous ne passerez pas le seuil de cette maison sans avoir avalé votre petit déjeuner.

- J'ai pas la moindre intention de vous laisser jouer les mamies gâteau.

- Je n'ai pas la moindre intention de les jouer, seulement pas l'envie que ma fille s'inquiète lorsque vous vous effondrerez d'anémie quand vous tenterez d'utiliser votre magie toute à l'heure.

- Qui vous dit que nous allons utiliser de la magie ?

- Mon petit doigt, sembla-t-elle se moquer. Mangez !

Récalcitrante elle déposa la paire de chaussures sur les carreaux en marbre avant de se diriger vers la cuisine où un petit déjeuner qui n'avait pas été préparé par Regina l'attendait. Elle en avala la moitié en silence avec un immense bol de thé fumant avant de se diriger sans un mot dans l'entrée où elle enfila ses escarpins noirs.

- Récupérez Maléfique en chemin, entendit-elle l'ancienne Reine lui conseiller. Regina ne vous croira pas sur parole.

Elle faillit la remercier, retenant le mot au dernier moment, elle ne le méritait pas encore décida-t-elle.

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Trouver Maléfique s'avéra plus compliqué qu'elle ne l'aurait cru. La tour dans laquelle elle l'avait vue pour la dernière fois était déserte et elle se retrouva seule au milieu de la forêt, obligée d'utiliser sa magie pour apparaître devant le seuil du Granny puisqu'elle n'avait plus de voiture.

- Perdue ? lui demanda une voix dans son dos.

- Gold !

- C'est comme ça qu'on m'appelle ici oui.

- Comment allez-vous ?

- Et vous ?

- Je cherche Maléfique. Vous ne sauriez pas où elle se cache ?

- Et si je le savais ?

- Je ne volerai pas la dague à Cora pour vous, prévint-elle.

- Je ne pourrais pas vous le demander ...

- Comment avez-vous fait pour me sauver quand j'ai failli mourir alors ?

- Je savais qu'elle ne souhaitait pas votre mort. J'en ai déduit que je pouvais vous sauver.

- Mais vous auriez pu me laisser mourir ? devina-t-elle.

- J'aurais pu, confirma-t-il.

- Merci. Je savais qu'il n'y avait pas que du mauvais au fond de vous.

- C'est aussi ce que pense Belle.

- Comment ... Comment ça se passe avec Neal ?

- Vraiment Miss Swan ? En quoi cela vous intéresse-t-il ?

- Je ne sais pas, je ... J'essayais d'être agréable.

- Belle est heureuse, c'est tout ce qui m'importe, sembla-t-il répondre honnêtement.

- Tant mieux. Et Maléfique ? Vous savez pas où je peux la trouver ?

- Votre amie la serveuse saura, répondit-il en lui ouvrant la porte. Je crois qu'elles se font livrer régulièrement.

- Ok ...

Elle entra par la porte qui lui était tenue ouverte, se demandant si les habitudes de voiturier que Cora lui avait données étaient en train de s'imprégner un peu plus que de raison chez le Ténébreux.

- Emma ! Je te prépare un petit déj ?

- Non merci Ruby, j'ai déjà mangé. Je voulais un renseignement, précisa-t-elle en se rapprochant du comptoir où elle posa les avants bras en tentant de ne pas tâcher le gris de son blaser.

- Lequel ?

- L'adresse de Maléfique.

- Pourquoi ?

Elle ne s'était pas attendue à la suspicion qui ridait le front de la serveuse et ne put s'empêcher de lui retourner la question.

- Parce que Regina est de retour en ville, j'ai senti sa magie ce matin et ... Avec ce qu'elle lui a fait la dernière fois je n'aimerais pas que tu ...

- Je l'ai soignée, lui rappela-t-elle. C'est pas pour la donner à Regina le lendemain pour qu'elle soit à nouveau défigurée. Crois moi.

Avec réticence la jeune femme aux cheveux teintés de rouge se retourna vers un cahier de commande posé à côté du téléphone et elle se demanda comment Regina avait du se comporter à l'époque avec les habitants de Storybrook pour qu'on la croit capable de faire autant de mal à Maléfique. Allait en faire ? Si elle la lui présentait privée des stigmates qu'elle avait causés ? La chasseuse de primes comptait sur la surprise et l'éventuelle colère qu'elle pourrait ressentir contre elle pour ne pas que la blonde subisse à nouveau le courroux de la Méchante Reine.

- Tiens.

L'adresse écrite sur le dos d'un bon de commande ne lui disait rien.

- Une rue derrière la bibliothèque.

- Merci Rub'.

- De rien ma belle. Fais attention à toi si jamais tu te retrouves dans la même pièce qu'elles.

- Maléfique et Regina ?

- Yep.

- Souhaite moi bonne chance alors parce que c'est exactement ce que je vais faire.

- Tu vas tenter de les réconcilier ? crut-elle deviner.

- Euh ... Pas vraiment. Enfin c'est pas mon objectif principal. Je te tiendrai au courant ! lança-t-elle derrière son épaule en sortant déjà du restaurant.

Elle ne prit pas la peine de marcher les quelques centaines de mètres qui la séparaient de sa destination, il était hors de question qu'elle les fasse sur ses talons aiguilles mais il faudrait qu'elle demande à Graham si il pouvait toujours lui prêter sa voiture de collection en attendant qu'elle récupère une de celles qui étaient restées à Boston dans son garage.

- C'est pour quoi ?

Elle fut surprise de voir Méduse lui ouvrir la porte, un air intrigué peint sur le visage.

- J'aimerais voir Maléfique.

- Pourquoi faire ?

- C'est personnel. Dites-donc vous pourriez montrer un peu de gratitude non ? Je vous ai libérée d'Ursula et j'ai soignée votre petite amie, ça compte pas ?

- Maléfique n'est pas ma petite amie.

- Vous avez rougi.

- Bien sûr qu'elle a rougi, arrêtez vos insinuations Swan ! entendit-elle Maléfique critiquer depuis l'intérieur de la maison. Laisse là entrer.

La brune obéit à l'ordre, s'effaçant pour la laisser pénétrer dans la maison plus sombre que ce à quoi elle s'était attendue.

- Pourquoi êtes vous là mis à part embarrasser mon amie ?

- J'ai besoin que vous me serviez de preuve, avoua-t-elle.

- Non.

Ce n'était pas Maléfique qui avait répondu, mais sa comparse dont les yeux s'étaient soudain animés d'une magie qu'elle ne connaissait pas.

- Pourquoi ? se contenta de lui demander l'intéressée à son tour.

- Pour ... C'est personnel.

- Pour lui prouver que cet enfant est d'elle ?

- Putain c'est pas vrai ! Quand est-ce que je vais avoir le droit à une vie privée ?

La réflexion provoqua un rire chez la sorcière qui fit signe à son acolyte de rester en retrait.

- Je vous ai déjà aidé par le passé et cela ne m'a pas très bien réussi ...

- Vous avez ma parole qu'il ne se passera rien. Elle est déjà très en colère contre moi, elle ne fera pas attention à vous plus de quelques secondes.

- Amplement suffisantes pour qu'elle me défigure à nouveau.

- Elle ne le fera pas, assura-t-elle à nouveau. Ecoutez ... Je pourrais vous amener de force mais je ne le fais pas ... Quel est votre prix ?

- Vous êtes prête à bien des choses n'est-ce pas Miss Swan ?

- Votre prix.

- Un accès illimité au chapeau.

- Quel chapeau ?

Sa question anodine lui valut un sourire qui lui fit clairement comprendre qu'elle aurait du saisir la référence.

- Celui du chapelier.

- Je vois toujours pas.

- Qui permet de passer d'un univers à l'autre. Celui qu'elle a utilisé pour retourner dans la forêt enchantée et ailleurs ces derniers temps.

- Ah ... Ok.

- Ok ?

- Oui, elle vous le prêtera, s'engagea-t-elle sans savoir si elle était en train de faire une erreur.

Quelques instants la sorcière sembla réfléchir à son acceptation, ses yeux clairs se posant sur son acolyte qui avait toujours l'air réticente à ce qui était en train de se passer et elle se demanda à nouveau comment les deux femmes avaient pu se connaître.

- D'accord, l'entendit-elle finalement accepter à son tour.

- Super. Habillez-vous on y va.

- Maintenant ?

- Ouais, ça urge.

Elle eut le droit à un haussement de sourcil moqueur dont elle ne se formalisa pas, attendant que Maléfique se soit suffisamment rapprochée d'elle pour s'emparer de sa main et les transporter en une fumée blanche jusque dans le hall d'attente aménagé devant le bureau du Maire de Storybrook.

- Aucune visite, lui annonça une jeune femme qu'elle ne connaissait pas.

Elle n'eut même pas besoin de lui répondre, la sorcière à ses côtés se chargeant de l'endormir d'un geste de la main. Le bruit sourd de son corps qui s'effondra sur la chaise roulante puis le parquet la fit sourire juste avant que quelque chose qui ressemblait fort à de la peur ne serre son estomac.

- Ne jouez pas les poules mouillées Swan.

- Pas du tout.

- Menteuse. Vous étiez en train de vous demander s'il n'était pas plus judicieux d'attendre qu'elle rentre au manoir ce soir.

- Arrêtez de lire dans mes pensées.

- N'en demandez pas trop.

La chasseuse de primes prit le temps de souffler profondément, se rappelant des exercices de respirations qu'on lui avait appris quand elle avait fait ses premières interventions sur le terrain.

- Restez là jusqu'à ce que je vous appelle.

L'intéressée eut un hochement de tête confirmant qu'elle avait compris l'ordre donné et elle prit son courage à deux mains pour pousser la porte du bureau du Maire. La brune lui tournait le dos, enfoncée dans son fauteuil où elle jouait négligemment avec une boule de feu qui virevoltait entre les doigts de sa main levée. Elle avait beau avoir les yeux rivés au loin sur le paysage qu'offraient les grandes fenêtres qui éclairaient la pièce, la brune ne manqua pas son arrivée.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

- Je croyais qu'on avait dit qu'on ne fuyait plus ?

- Avant ou après que tu me mentes ?

- Je ne t'ai pas menti !

La sphère de feu s'embrasa un peu plus avant d'être écrasée dans un poing qui alla claquer sur l'accoudoir du fauteuil en cuir. Regina pivota sur elle même et elle faillit reculer devant la force de sa présence, les iris envahis d'une lueur irréelle.

- Regina je t'en prie écoute moi ...

- Je t'ai écoutée, je t'ai même crue ...

- Et tu avais raison ! Je ... Je savais même pas que j'étais enceinte. C'est ta mère qui me l'a appris ce matin ! Mais elle apparemment elle le savait depuis hier. Tu sais comment ?

- Qui te dit que ça m'intéresse ?

- Ça va t'intéresser ... Maléfique !

Le prénom qu'elle avait appelé provoqua un grondement qu'elle ne s'était pas attendue à entendre, les perles d'ébène soudain illuminées d'une lueur argentée tachée de violet. Quelque chose explosa dans la pièce et elle eut à peine le temps de s'interposer quand la fumée noire transporta la sorcière de son fauteuil jusqu'à la porte de son bureau où la blonde venait d'entrer.

- Ne la touche pas !

- Je vous l'avais dit Miss Swan.

Elle devait avouer qu'elle ne s'était pas attendue à voir son âme sœur habitée d'une colère telle qu'elle faisait craquer l'air autour d'elle. Elle en avait presque un air animal qui la fit frissonner. Et tout cela pour elle se rappela-t-elle les paroles de Cora. Parce que Maléfique avait osé l'éloigner d'elle. Elle dut lutter contre le sourire satisfait qui manquait déborder sur ses lèvres.

- Tu ne vois pas une différence ? demanda-t-elle doucement à la brune.

- Ce que je vois c'est une garce qui a le culot de venir respirer le même air que moi.

- Regina ... Regarde-moi.

L'intéressée ne lui obéit pas et elle dut se saisir de la main qui était passée par dessus son épaule pour atteindre Maléfique, serrant les dents à la brûlure que le geste provoqua, des lames de feu remontant le long de son bras pour atteindre sa poitrine. La sensation fut brève mais elle eut l'impression d'être à l'agonie suffisamment longtemps pour se demander les larmes aux yeux si elle allait subir le même sort que celui qui avait été infligé à Maléfique.

La douleur fut immédiatement estompée par le bras qui s'enroula autour de sa taille. Elle eut du mal à réaliser que Regina Mills venait de l'attirer dans ses bras, une main dans son dos apaisant la douleur qu'elle venait de créer tandis que l'autre menaçait clairement la blonde toujours sur le seuil de la porte. Une fois de plus elle se sentit submergée par l'aura de la sorcière dans lequel elle se serait bien perdue. La jeune femme succomba à l'envie d'enfouir son visage dans le cou parfumé.

- Regina ... C'est moi qui l'ai faite venir et j'ai promis que tu ne lui ferais aucun mal.

- Visiblement tu ne me connais pas assez.

Elle aurait presque ri du contraste qui s'offrait à elle. La colère et le dédain qui avait raisonné dans sa voix et l'affection possessive avec laquelle elle la tenait serrée contre elle.

- C'est moi qui l'ai guérie.

- C'est impossible.

- J'y ai même pas réfléchi, je l'ai fait, ça a fait un choc à ta mère ... Mais apparemment c'est comme ça qu'elle a compris.

- ... Compris quoi ?

- Oh mon dieu mais qu'elle est lente ! s'exclama Maléfique dans leur dos.

La remarque lui valut un sort lancé d'un revers de la main, un trait de fumée rouge fusant vers Maléfique mais la brune ne devait pas y mettre tout son cœur car son adversaire le dévia avec désinvolture.

- Elle a utilisé de la magie rouge chérie, continua-t-elle. Pour défaire un sort que tu avais lancé !

Le bras autour de sa taille se crispa et elle sentit nettement la Reine se tendre.

- Dehors, ordonna-t-elle à son ancienne meilleure amie.

- Hors de question. Emma m'a promis quelqu...

- Dehors !

Cette fois l'ordre avait claqué, une puissante vague de magie propulsant le corps de la blonde à l'extérieur de la pièce avant que la porte en bois massif ne se referme bruyamment. Comme si leur contact l'avait soudain brûlée, la brune s'éloigna d'elle, l'enveloppant tout de même d'un regard inquiet.

- Je t'ai blessée ?

- N... Non. Je crois pas.

- Emma je ... Je suis ...

C'était rare de voir le Maire de Storybrook bafouiller et elle ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Il n'était pas dur de deviner ce qui la perturbait et Emma réalisa qu'elle ne s'était pas posé la question de savoir quelle réaction son âme soeur adopterait face à la nouvelle qu'elle venait d'apprendre. Elle même n'avait pas vraiment réalisé mais elle n'avait aucune idée de ce qui était en train de se passer dans la tête de la brune.

- Je ne sais pas quoi dire, finit par avouer l'intéressée.

- Tu ne sais pas ? Je ... Écoute c'est un peu soudain, je sais qu...

- Du temps Emma. Tu m'as proposé de me donner du temps et de l'espace hier non ? J'ai besoin de les prendre.

- Quoi ?! Non, je croyais qu'on était reparties sur de bonnes bases, que ...

- Em-ma, je ne suis pas en train de te rejeter.

Apparemment l'aveu coûtait quand même cher à la brune qui torturait ses mains devant elle.

- Mais ? devina-t-elle en tentant de refouler la colère qui vibrait dans son estomac.

- Laisse-moi réfléchir. C'est ce que font les couples avant de prendre une telle décision non ?

- Avant, oui ! Là c'est un peu trop tard non ? C'est quoi ton plan ? Me demander d... d'avorter si tu ne veux pas d'enfant avec moi ?

Elle qui avait toujours eu du mal à s'imaginer mère prenait soudain très mal l'idée que Regina puisse envisager de ne pas accepter ce qui leur arrivait. Et en face d'elle les sourcils parfaitement dessinés avaient beau s'être arqués d'incompréhension, elle ne chercha pas plus loin avant de tourner les talons.

- Emma ...

- Je te laisse réfléchir, je suis sûre que tu sauras où me trouver.

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Apparemment, elle n'avait pas eu assez d'une journée entière de réflexion pendant laquelle Emma n'avait pas pu travailler correctement, répondant à peine à la sollicitude de Graham et David qui avaient tenté de la distraire au commissariat en lui parlant de toutes les péripéties qui étaient arrivées aux habitants qui avaient traversé la frontière. Le soir elle avait dîné avec Ruby et Snow, incapable de leur dire la vérité sur la dispute qui s'était produite. Elle avait fait un bond quand son téléphone avait sonné, l'écran affichant le " Majesté " qu'elle avait récemment remis.

- Oui ?

- Ce n'est que moi.

Ce devait être la première fois qu'elle était soulagée d'entendre la voix de Cora. Elle ne savait pas vraiment pourquoi mais l'idée de devoir affronter Regina lui tordait le ventre. Pourtant elle savait qu'elle n'avait rien à se reprocher. Pour une fois et peut être pour la première fois de leur relation, c'était le moment où l'une d'elles devaient faire un choix qui allait influer sur tout le restant de leurs jours.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Dormez à l'hôtel ce soir.

- Pourquoi ?! s'était-elle affolée sous le regard inquiet de ses deux amies.

- Pour donner une leçon à ma fille. C'est beaucoup demander mais faites moi confiance Emma.

Elle ne lui faisait toujours pas confiance, mais de toute manière elle s'était déjà demandé toute la journée comment elle allait pouvoir oser refranchir le seuil du manoir.

- Ok, accepta-t-elle simplement.

À l'autre bout de la ligne elle entendit presque le sourire satisfait de la sorcière.

- Demandez à Henry de supprimer cet appel, conseilla-t-elle quand même.

- J'y ai déjà pensé, il est à côté de moi, lui répondit la voix pincée.

Elle fut surprise du rire qui lui échappa, étonnée qu'il ait pu être provoqué par la Reine des Cœurs qu'elle imaginait mal manipuler un téléphone portable.

- Bonne soirée Miss Swan.

Cette fois le ton était vexé.

- Hey ! Attendez ! Je me moquais pas de vous ! Merci.

- Merci pour ?

- D'être de mon côté et pas de celui de votre fille.

- Vous ne pensez plus que je suis de mon côté ?

- Je ne sais pas ce que je pense. Mais je vous remercie quand même.

- Hum. Bonne soirée Emma.

- Merci, à vous aussi Cora.

Le prénom qu'elle avait prononcé avait fait froncer les sourcils de ses acolytes mais la serveuse avait accepté sans broncher lorsqu'elle avait demandé son ancienne chambre d'hôtel. Dans la pièce qui lui paraissait à présent étrangement familière et impersonnelle, elle n'avait pas mis plus de quelques minutes à s'endormir. Vers cinq heures du matin c'était un orage qui l'avait réveillée en sursaut, le poing crépitant d'une magie qui avait manqué enflammer ses draps. Elle ne s'était pas rendormie, observant depuis sa fenêtre la rue détrempée et le ciel s'illuminer d'éclairs qui l'avaient toujours fascinée.

Le clocher sonna sept heures et elle suivit un instant des yeux une première voiture qui prenait le chemin de la sortie de Storybrook avant de se décider à prendre une douche brûlante qui rougit sa peau. Elle n'avait pas de vêtements réalisa-t-elle une fois enroulée dans la serviette de bains de l'hôtel. Quelques instants elle contempla son reflet, effleurant l'arcade qui avait été en sang quelques jours plus tôt. Elle avait l'impression que le temps s'était arrêté depuis la dernière conversation qu'elle avait eu avec Regina. Que sa vie s'était arrêtée. Exactement comme si la Reine en tenait le sort dans le creux de sa main. Ce qui était exactement le cas.

- Secoue toi ma vieille.

Une fumée blanche l'enveloppa brièvement et elle sourit à sa réflexion lorsqu'elle remarqua le pantalon en cuir dans le miroir installé sur la porte de la salle de bains. Elle n'avait pas pensé à une tenue en particulier, juste souhaité que son amante la remarque si jamais elles se croisaient, mais le résultat lui plaisait. Un pull bordeaux dont le col rond laissait dépasser celui d'un chemisier assorti au pantalon noir qui se perdait dans des bottines de la même couleur. Personne ne croirait que ses vêtements étaient à elle. Un sourire en coin elle battit des paupières plusieurs fois, satisfaite lorsqu'elles se recouvrirent d'un fard doré, ses cils allongés par du mascara. Elle allait également utiliser la magie pour se coiffer mais décida qu'elle allait déjà suffisamment provoquer de regards curieux.

- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ce matin ? se moqua Ruby lorsqu'elle descendit prendre son petit déjeuner.

- L'orage m'a réveillée, j'ai eu le temps de penser à une tenue, mentit-elle.

Son amie lui adressa un sourire qui signifiait clairement qu'elle ne la croyait pas avant de la congédier à sa table habituelle. Suffisamment isolée et suffisamment proche du comptoir pour que la serveuse puisse venir lui parler dès qu'elle avait un peu de temps libre. Elle portait un café jusqu'à sa table lorsqu'elle manqua s'étouffer quand son regard percuta celui de la femme à laquelle elle n'avait cessé de penser. Regina pliait le parapluie noir dont elle avait eu besoin dans la rue où l'orage battait encore son plein et elle sentit son estomac se tordre sous l'examen minutieux dont elle fit l'objet. Il n'y avait aucune colère dans les perles d'ébène, aucune trace de l'incompréhension dont elles étaient emplies la vieille. Non, aujourd'hui Emma semblait avoir atteint son objectif puisque malgré les quelques mètres qui les séparaient, elle pouvait voir de là le désir qui avait explosé les pupilles de la sorcière.

- Vous êtes à cette table Shérif ? entendit-elle quelqu'un lui demander.

- Euh ... Oui, répondit-elle en posant hâtivement le gobelet sur la table où elle s'assit le cœur battant à tout rompre.

Elle qui croyait que le charme avait été brisé sentit sa respiration se bloquer quelque part dans sa poitrine quand elle risqua un autre regard vers la silhouette qui n'avait pas bougé. Elle prit le temps d'avaler une gorgée de café, surprise que la Reine ne détourne pas le regard avant d'arquer un sourcil dans sa direction. La brune l'imita avec une expression qui lui rappela le Maire qu'elle avait côtoyé les premiers jours à Storybrook et elle était sur le point d'oser lui adresser la parole lorsque son ventre se tordit d'une sensation qui commençait à lui devenir familière, une flamme de désir courant le long de sa colonne vertébrale avant d'exploser entre ses jambes. À l'entrée du restaurant la Reine avait fini par tourner les talons et était déjà en train de commander quelque chose à Ruby.

La chasseuse de primes prit le temps de regagner son souffle, serrant les poings de colère. Comment osait-elle lui faire ça ? Elle l'avait laissé dans le silence le plus total pendant une journée entière, sans aucune idée du genre de décision qu'elle allait prendre et aujourd'hui elle se permettait de lui faire ça en plein milieu d'un restaurant ? Elle avait conscience que le sort n'avait pas été lancé avec toute la puissance qu'elle aurait pu lui donner, le plaisir bien plus bref que ce qu'elle lui avait déjà fait subir et laissant presque le gout amer d'une frustration qu'elle était sûre que la sorcière avait voulu provoquer. Les yeux plissés au dessus de son café elle se concentra de longues secondes, souriant quand elle vit Regina se figer. Elle devait avoir réussi.

La brune tourna sur elle même son café à la main et leurs regards s'affrontèrent à nouveau. Emma eut le temps de se demander si elle cesserait un jour d'être intimidée par son amante avant que les battements de son cœur ne soient éclipsés par le son d'une voix qui raisonna dans sa tête.

" Presque. Mais il y a trop de colère en toi Emma et ce n'est pas sur ce genre d'émotion que tu dois te concentrer si tu veux lancer ce sort ".

Sa bouche s'ouvrit d'indignation et elle était sur le point de répondre lorsque la clochette au dessus de la porte d'entrée signala l'arrivée de nouveaux clients qui détournèrent l'attention du Maire.

Henry et Cora.

Cette dernière balaya la pièce du regard avant de tomber sur la table où elle était assise et ordonner à son petit fils de la rejoindre. Elle aurait accepté sans broncher si elle n'avait pas remarqué la tentative que fit Regina pour parler son fils. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'elle remarqua que le gamin l'avait totalement ignorée, allant même jusqu'à se dégager de l'emprise qu'avait brièvement eut sa main sur son bras. Quelque chose serra sa gorge d'émotion lorsqu'elle vit son amante baisser les yeux sur son café avec un air brisé qui ne lui plut absolument pas.

- Salut Emma !

Elle n'accorda pas plus d'un regard à l'enfant qui venait de se glisser sur la banquette à côté d'elle, contemplant le dos de la Reine qui s'emparait de son parapluie pour sortir du restaurant, droite comme un I. Ou raidie par une émotion qu'elle ne déterminait pas. Elle avait déjà commencé à se lever lorsqu'elle remarqua le petit signe de la tête que lui offrit Cora pour l'encourager. Les sourcils froncés elle alla même jusqu'à écarter quelqu'un de son chemin pour sortir à la suite de la brune.

- Regina !

La femme se figea à nouveau et elle eut eu un frisson lorsqu'elle tourna les talons pour lui faire face, le masque d'impassibilité se fissurant d'incompréhension l'espace d'un instant.

- Regina ... Ça va ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Henry ... Henry ...

- Henry va bien, fut-elle coupée.

- Tu es sûre ? Ça lui ressemble pas et ... Tu le laisses avec ta mère ?

- C'est avec elle qu'il veut être pour l'instant.

- Tu es sûre ? C'est pas un plan bizarre de Cora ?

Regina ne lui répondit pas tout de suite mais elle fut soulagée de voir ses traits s'adoucir d'une affection qu'elle sentit lui réchauffer le cœur. Juste avant qu'elle ne soit secouée d'un frisson, réalisant qu'elle était sortie sous une pluie battante sans même un manteau pour la couvrir. En face d'elle la femme sortit de son immobilité pour s'avancer vers elle jusqu'à ce que son parapluie ne l'abrite des trombes d'eau et elle se demanda un instant quel spectacle elles étaient en train de donner aux habitants de Storybrook amassés dans le restaurant.

- Pourquoi cette tenue ? lui demanda la voix basse à présent.

Deux doigts effleurèrent le col en cuir de son chemisier, séchant instantanément l'eau qui avait détrempé ses vêtements et elle dut se faire violence pour ne pas l'embrasser.

- Pour que tu me remarques, répondit-elle honnêtement.

- Je n'ai pas besoin de ça pour te remarquer Emma ...

- Ne change pas de sujet. Pourqu...

- Henry sait.

- Il sait quoi ? Oh ... Oh ! Il sait pour ... Pour le ...

- Oui.

Elle ne s'était pas encore posé la question de sa réaction, celle de Regina était déjà beaucoup à gérer, elle n'avait pas pensé à ce que pourrait en penser son fils. Celui qu'elle avait déjà.

- Il est en colère ? devina-t-elle. Il ne veut p...

- Après moi Emma. Il est en colère après moi.

- Toi ou moi c'est pareil Regina. On était deux et ... Je suis désolée. Je n'avais même pas pensé que ça puisse être un problème pour lui aussi.

- Ce n'est pas un problème pour lui. Il est en colère parce que c'en est un pour moi.

- Oh ... Un problème ... Pour toi.

Elle qui n'avait eu de cesse d'observer les traits parfaits du visage qu'elle aimait détourna vivement le regard, effrayée par ce qu'elle pourrait y lire.

- Emma ...

- Non. C'est pas le moment d'en parler. Ni l'endroit.

Une main s'empara de son bras pour l'empêcher de partir et elle fronça les sourcils en remarquant que le gobelet de café de Regina avait disparu.

- Je t'en prie, ne le prends pas mal ... Je ... Je ne sais pas ce que c'est que d'être parent. Pas comme ça. Je n'ai pas choisi d'avoir Henry, je l'ai récupéré comme une charge d'abord même s'il a fini par tout changer dans ma vie. Je n'ai jamais eu à me poser ces questions ...

- Quelles questions ?

- Est-ce qu'on sera d'accord sur la manière de l'élever ? Qu'est-ce qu'il se passera si on se dispute ? Et comment est-ce que je le vivrai le jour où il saura ce que j'ai fait ? Ce que je suis ? Est-ce que je serai capable de le voir te préférer à moi si tu es moins sévère ? Ce genre de questions Emma ...

- Mais ... Écoute, je suis pas douée non plus à ce niveau, j'ai pas eu de parents mais je sais que dans tous les couples il y a toujours des problèmes, même quand on a prévu l'arrivée d'un gamin depuis des années ! Tu crois que pour moi tout est évident ? J'étais pas vraiment prête pour ce qui est en train de me tomber sur la tête ... Mais l'important c'est de pouvoir y faire face et si ... Si tu m'aimes, si on s'aime, ça ne devrait pas poser de problème non ?

- Je suis une meurtrière Emma. J'ai écorché vivants des hommes qui ne voulaient pas me renseigner, tu crois que je suis digne d'être mère ?

- Tu l'es déjà.

- Parce que je n'ai pas eu le choix ! Henry est la plus belle chose qui me soit arrivée, mais je n'ai pas eu le choix ! Tu crois une seconde que la vie a été facile le jour où la femme que j'étais a du être là pour un enfant ? Tu sais combien de fois j'ai eu envie de le tuer lui aussi quand il pleurait ?

- Tu ne l'as pas fait.

- Non, bien sur que non ! Je l'ai aimé à l'instant même où j'ai posé les yeux sur lui, mais ça ne change rien à ce que je suis au fond de moi.

- Moi aussi je t'ai aimé à l'instant même où j'ai posé les yeux sur toi, répondit-elle en tentant d'empêcher sa voix de trembler. Tu as le choix. Henry et toi ça me suffit largement. Je t'en voudrai jamais d'en décider autrement.

En face d'elle la sorcière ouvrit la bouche pour répondre avant d'en décider autrement, ses paupières papillonnant à répétition comme pour chasser des larmes qui auraient voulu couler. La main qui la retenait toujours descendit le long de son bras, leurs doigts s'emmêlant un instant avant que Regina ne la force à s'emparer du parapluie qui les abritait.

- Tu devrais rentrer. Tu vas attraper froid et tout le monde commence à se poser des questions.

- Je m'en fiche.

- Pas moi.

- Que j'attrape froid ou de ce que les gens pensent de nous ?

- Des deux Emma.

- Donc si je t'embrassais là en plein milieu de la rue tu ne dirais rien ?

- Tu ne le feras pas.

- Pourquoi ?

- Parce que tu attends le jour où je le ferai.

La chasseuse de primes ne répondit pas. Il lui arrivait encore d'être étonnée de voir avec quelle facilité Regina parvenait à lire en elle. Des doigts s'enroulèrent autour de son poignet, un pouce traçant des cercles sur le dessus de sa main. Le simple contact la réchauffa plus qu'elle ne l'aurait imaginé et quelques secondes elle se perdit dans la contemplation du visage qui semblait éclipser tout autour d'elles. Elle eut envie de lui dire à quel point elle aimait et avait besoin d'elle aujourd'hui et à jamais mais se contenta d'un sourire qui lui fut aussitôt rendu.

- Va manger, Henry et ma mère t'attendent.

Cette fois elle n'eut pas le temps de lui répondre, inspirant à plein poumons la fumée violette qui emporta la sorcière elle ne savait où, la laissant immobile sous son parapluie, envahie par une impression de vide qu'elle savait impossible à combler sans l'aide de Regina. Résignée elle tourna les talons pour rentrer dans le restaurant, ignorant les regards inquisiteurs de ceux qui avaient suivi leur manège.

- Alors ? lui demanda Henry dès qu'elle les eut rejoints.

- Henry, laisse à Miss Swan le temps de se remettre de ses émotions.

- Je ... Je ne sais pas, je la comprends je crois, finit-elle de dire en buvant de son café qui avait refroidi.

Ruby choisit ce moment pour leur apporter sa commande et si elle la couva clairement d'un regard inquiet elle ne sembla pas avoir le courage de lui poser de questions en présence de l'ancienne Reine des cœurs qui remarqua le manège avec un sourire en coin. Avant même qu'elle ait eu le temps d'avancer une main vers ce qui venait de lui être servi, l'enfant s'empara d'une tranche de pain qu'il tartina de confiture aux fruits rouges.

- Henry !

Elle sursauta en même temps que l'intéressé qu'elle n'avait pas pensé à réprimander.

- Ce n'est pas parce que ta mère n'est pas là que tu dois te comporter comme un paysan ... Va commander quelque chose au lieu de piller l'assiette des autres.

La chasseuse de primes observa en silence l'enfant replacer le morceau de pain dans son assiette et se lever pour rejoindre le comptoir. La remontrance de sa grand mère avait visiblement le don de lui ôter tout air de supériorité qu'il portait d'habitude et il avait presque l'air timide lorsqu'elle le vit s'approcher de Ruby qui lui demanda ce qu'il voulait.

- C'était vraiment nécessaire ou vous vouliez juste qu'on soit seules ?

- Les deux. Vous avez dit que vous "compreniez" ma fille ? Vous êtes arrivées à un terrain d'entente ?

- Je sais pas si ça vous regarde.

- Je vois ...

- Pourquoi est-ce que vous tenez tant à ce que ça marche entre elle et moi ?

- Je veux le bonheur de ma fille. Je sais ce que c'est de faire les mauvais choix et de le regretter.

- Qu'est-ce que vous regrettez ? s'entendit-elle demander un peu trop vite à son goût.

- D'avoir eu peur.

- De quoi ?

- De l'amour.

- Vous avez été amoureuse ? s'étonna-t-elle sans chercher à cacher sa surprise.

- Hum ...

- Mais ça s'est mal fini ? Avec le père de Regina ?

Alors qu'elle pensait avoir poussé interrogatoire un peu trop loin la blonde fut surprise de l'entendre rire.

- Non, Henry était sans doute ... Un homme bien. Mais je n'ai jamais eu ce genre de sentiments à son égard.

- Ah bon ? Qui al... Non ...

Son choc palpable fit hausser un sourcil à la sorcière attablée en face d'elle.

- Gold, lâcha-t-elle simplement.

Le nom ne provoqua aucune réaction mais elle n'en avait pas besoin. Elle avait lu quelque part, qu'il avait été le mentor de Regina et sa mère. Cora s'était arraché le cœur peu après avoir découvert l'étendue de ses pouvoirs et elle venait de parler d'une peur qui lui avait fait rater l'occasion d'aimer. Elle avait toujours trouvé amusante la relation qu'elle entretenait avec le sorcier et l'antipathie presque amicale qu'il y avait entre les deux mais aujourd'hui elle la voyait sous un autre angle.

- Ça n'aurait pas marché. Belle est son âme sœur.

- Oui et Robin de Bois était celle de ma fille avant qu'elle ne lui arrache le cœur, répondit du tac o tac la brune.

- Vous l'aimez encore ?

- Emma ça ne vous regarde vraiment pas ...

Elle fut étonnée de la lassitude qu'elle avait pu entendre transpirer dans la voix d'habitude si posée.

- Ça me regarde si vous avez l'intention de vous venger ou de faire du mal à Belle.

- Ce n'est pas dans mes intentions. Je connais suffisamment les cœurs pour savoir qu'il n'existe aucun moyen de tromper de genre d'amour.

- Alors ... Alors vous allez le laisser à Belle même si vous avez encore des sentiments pour lui ? tenta-t-elle de comprendre.

- Je n'ai plus de ... Ecoutez, l'important c'est que je sais ce que c'est que de passer à côté du bonheur, du vrai bonheur. Quelque chose que je refuse de voir arriver à ma fille. C'est compris ?

Le ton avait été sans appel et comme si l'univers s'était ligué contre elle, le fils de Regina revenait vers elles tenant avec précaution un plateau à bout de bras. Un instant elle observa le profil de l'ancienne Reine ne refléter que son habituelle impassibilité avant qu'il ne se fende d'un léger sourire, visiblement amusée par le spectacle.

- Cora ...

Elle attendit d'avoir l'attention totale de l'intéressée qui reporta ses yeux sombres sur elle pour continuer.

- ... Vous n'auriez jamais eu Regina. Ni Henry.

- Je sais, lui offrit simplement la femme avec un sourire qui ressemblait à de la reconnaissance.

.

..

.

Si elle avait cru que leur conversation devant le restaurant ferait avancer les choses, Emma s'était visiblement trompée. D'accord, il était clair que Regina l'aimait et elle avait très bien compris que les réticences qu'elle avait à l'encontre de la tournure des événements n'avait aucun rapport avec elle mais plutôt avec le manque de confiance de Regina mais elle n'avait aucune idée de la façon dont elle devrait s'y prendre pour lui faire accepter la vérité. Elle se voyait très mal en amante éplorée chercher à la joindre par tout moyen ou lui envoyer des fleurs pour lui prouver quoi que ce soit. Non, ce n'était pas son genre. Pas leur genre.

Et puis Regina lui avait demandé du temps et de l'espace non ? Ce matin n'avait été qu'une trêve momentanée et Emma lui avait à nouveau offert la possibilité de choisir, sachant déjà que tel un preux chevalier aux ordres de sa Reine, elle se plierait à n'importe quelle décision qu'elle prendrait. Parce qu'elle passait avant tout.

Les jambes posées sur le bureau du commissariat, elle était concentrée sur la cible des fléchettes, tentant d'insuffler assez de magie dans son lancé pour atteindre la cible de là où elle était quand elle remarqua une présence du coin de l'oeil et manqua tomber à la renverse.

- Je t'ai pas entendu ! s'étonna-t-elle. Comment ça se fait ?

- J'avais pas encore parlé.

- Oui mais d'habitude tu tintes.

- Ahah ...

Ils se regardèrent quelques secondes en silence avant d'échanger un rire qui lui fit plus de bien qu'elle ne l'aurait imaginé. Le pirate s'avança un peu plus dans la pièce et elle eut l'occasion de découvrir la raison pour laquelle elle n'avait pas pu l'entendre entrer dans le commissariat. Il ne portait plus son habituelle tenue, désormais remplacée par un jean noir et un blouson en cuir qui lui conférait un air toujours aussi rock-n-roll qui lui allait bien.

- Le long manteau en cuir ne plaisait plus à Jessica ?

- Disons que c'était pas facile de passer inaperçu là où on va s'installer.

- Vous partez de Storybrook ?

- Oui. Mais je ne compte pas couper les ponts si tu t'en inquiètes.

- Tant mieux. Pourquoi est-ce que tu es là ?

- Je vois que ma présence est appréciée, se moqua-t-il.

- Non, tu as très bien compris ! Tu as besoin de quelque chose ?

- T'inviter à une soirée.

- Une pendaison de crémaillère ?

- Non. Plutôt une soirée d'adieu. De Jessica au cabaret.

- Ah, je vois ...

- On a fait l'annonce ya une semaine mais Jess m'a fait remarquer que tu n'étais pas là et comme je ne savais pas si on t'en avait parlé ...

- Je sais pas si c'est une bonne idée que je remette les pieds là bas tu sais ... Après ce que j'ai fait à Ursula la dernière fois.

- Regina l'a remise à sa place si tu t'en inquiète.

- Pas vraiment. C'était plutôt une excuse pour ne pas y aller, avoua-t-elle.

- Tout va bien ?

- Ouais, c'est juste que je suis pas trop d'humeur festive.

- Est-ce que ça a un rapport avec ton retour dans la ville et Regina ?

- Yep.

- Ok, tu ne veux pas en parler ... Je te passerai mon ... euh ... mon numéro de téléphone quand j'en aurais un. Au cas où. Si tu veux parler.

- Merci Hook.

- Killian, s'il te plaît.

Elle l'observa quelques secondes en silence, amusée par ses abords de pirate et sa personnalité somme toute assez timide. Il lui rappelait Graham en de nombreux aspects et elle savait qu'il pouvait certainement être un bon ami quand il accordait son amitié.

- Ok Killian, j'irai à ta soirée. C'est quand ?

- Ce soir. Tu as besoin que je passe te chercher ?

- Ce soir ?! Nan, c'est bon, je trouverai un cavalier.

- Ou une cavalière.

- Ou une cavalière, confirma-t-elle en pensant à Ruby qui n'aurait pas Graham ce soir étant donné qu'il était de garde.

Et comme elle s'y était attendue, la louve n'avait posé aucun problème, allant même jusqu'à s'excuser de ne pas avoir pensé à l'inviter plus tôt. Pour une fois elle avait apparemment le droit de s'habiller seule, la serveuse visiblement impressionnée par l'effort qu'elle avait pu faire ce matin. En pyjama pour l'instant - la tenue qu'elle avait enfilée pour sortir de sa chambre d'hôtel et rejoindre celle de son amie qui se trouvait un étage au dessus - elle observait distraitement la jeune femme sortir robe après robe d'un placard qui semblait sans fond.

- Combien est-ce que tu as de robes rouges ?

- Une dizaine, pourquoi ?

- Comme ça ...

- Te moque pas, tu peux avoir tout ce que tu veux d'un claquement de doigts. Ça en fait des milliers de robes rouges non ?

- Peut être.

Le téléphone qu'elle était en train de faire tourner négligemment entre ses doigts vibra et elle sentit les battements de son cœur s'accélérer en lisant le nom qui était apparu sur la notification signalant l'arrivée d'un nouveau message.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda aussitôt Ruby.

- Je ... Un message de Regina.

- Et alors ?

- C'est ... C'est compliqué entre nous en ce moment.

- Ouais, j'ai cru comprendre ce matin. Vous devriez vous envoyer en l'air.

- Ruby !

- Oh ça va ! Il dit quoi ce message ? insista-t-elle en s'attaquant à ses paires de chaussures.

- " Pas d'alcool ce soir Emma " lut-elle à voix haute.

Elle pouvait presque entendre son ton moralisateur et en face d'elle la brune leva les yeux au plafond.

- Et puis quoi encore ? Un col roulé et des Nike ?

L'air blasé de son amie la fit rire mais elle ne pouvait pas décemment lui expliquer l'interdiction de Regina. Quelque chose qui ressemblait à de l'espoir réchauffa son ventre et elle hésita de longues minutes avant d'envoyer une réponse avec un sourire en coin.

- Qu'est-ce que tu lui as dit ?

- Empêche-moi, relut-elle à voix haute, réalisant à peine à quel point sa réponse allait énerver son amante.

- Elle va être énervée tu sais ?

- Sûrement oui.

Sans vraiment réfléchir à ce qu'elle faisait, la blonde éteignit son téléphone qu'elle envoya dans les couvertures du lit sur lequel elle était allongée.

- Tu l'as éteint ?

- Ouais. Tu vas te changer ? Je vais essayer de me rendre présentable quand tu seras dans la salle de bains.

- Si t'y arrives pas c'est moi qui prends les rennes !

- T'inquiète ! Allez, file.

- Oui Shérif.

Seule dans la pièce elle attendit d'entendre l'eau couler dans la douche pour se rapprocher du miroir en pieds qui trônait à côté du lit. Un instant elle observa sa silhouette que le manque de sport et d'appétit avait légèrement affiné ces derniers temps. Ses cheveux en revanche n'avaient pas perdu l'éclat que Cora leur avait donné à Boston et elle n'eut besoin que d'y passer une main pour les voir se coiffer, ses mèches d'habitudes indomptables rassemblées sur une de ses épaules en de longues boucles. Son maquillage s'assombrit sur commande, le brun et l'or disparaissant pour laisser place à un trait d'eye liner comme elle n'aurait jamais pu en faire un aussi parfait avec ses mains. Elle n'avait pas envie de porter une robe réalisa-t-elle en entendant la pluie toujours claquer contre les vitres de la fenêtre qui donnait sur la rue mal éclairée.

Du coin de l'œil elle observa le téléphone portable qu'elle avait éteint et abandonné au milieu de l'océan de couvertures. Le message qu'elle avait envoyé avait beau être stupide et la réaction qu'il allait causer serait certainement démesurée, mais c'était avant tout un défi. Un appel du pied qu'elle espérait que la Reine relèverait. La chasseuse de primes avala sa salive avec difficulté à l'idée qu'elle le fasse.

Semblant suivre sa pensée, elle sentit sa magie courir le long de ses doigts avant d'être enveloppée d'un nuage de fumée blanche. Elle eut un rire en découvrant la tenue qu'elle s'était apparemment choisie. Du cuir à nouveau. Un pantalon noir ouvragé sur les côtés qui laissait deviner la pâleur de ses cuisses. Il n'était pas question de deviner quoi que ce soit sous son chemisier en revanche, le tissu dont elle ignorait la matière laissait clairement voir le soutien gorge qu'elle portait en dessous et elle sourit à la seule touche de couleur qu'elle portait pour l'instant. Les semelles rouges de ses talons aiguilles.

- Où t'as choppé cette tenue ?! s'écria Ruby qu'elle n'avait pas entendu sortir derrière elle.

- Je sais pas. Le placard de la méchante Reine ?

- Nan, c'était un autre registre. Mais elle va adorer.

Un instant elle éprouva une étrange pointe de jalousie à l'idée que la serveuse ait eu l'occasion de voir son amante sous un tel jour mais ses pensées furent presque immédiatement dissolues quand la brune lui offrit une pochette rouge à assortir avec sa tenue. Elle semblait plus excitée qu'elle à l'idée de se rendre à la soirée, émettant une série d'hypothèses sur le déroulement de la fête plus folles les unes que les autres sur le chemin qu'elles firent ensemble.

- Tu crois que Hook va monter sur scène ?

- Ahah. Non, je pense pas que ce soit son genre. Mais je le vois bien chanter tiens ... J'aurais lâché un billet !

Elle ne fut pas surprise de trouver le parking bondé, guettant une Mercedes noire tandis que la serveuse garait sa voiture aux côtés d'une berline qu'elle reconnut comme étant celle de Gold. Ses pensées dérivèrent presque automatiquement vers Cora et elle eut un sourire en la remarquant non loin de l'entrée en pleine discussion avec une femme qu'elle ne connaissait pas. A ses côtés, un homme qu'elle avait déjà remarqué en sa présence semblait les écouter avec intérêt et elle se demanda brièvement si Cora pouvait réellement être intéressée par quelqu'un ou si elle cherchait simplement à se distraire.

- Tu crois qu'elle le force ? lui demanda son amie qui avait visiblement suivi son regard.

- Je pense pas.

Elle ne doutait pas une seconde que la femme pouvait séduire si elle en avait envie. Après tout le même sang que Regina coulait dans ses veines, la même présence quasi magnétique même lorsqu'elle se montrait sur son pire jour. L'intéressée dut sentir son regard, se tournant juste assez pour lui adresser un signe de la tête et un sourire froid à l'encontre de son acolyte.

- Moi en tout cas elle me fait toujours peur. Viens, Hook nous a réservé une table !

- Vraiment ?

Elle était étonnée que le pirate ait eu une telle attention, ayant en effet réservé une grande tablée où Mulan et Aurore discutaient déjà aux côtés de David, Snow, Leroy et Philippe. Plus loin Whale leva un cocktail en guise de salut auquel elle ne répondit que d'un bref hochement de la tête.

- Tu t'es mise sur ton trente-et-un Swan ?

- Je me suis dit qu'il fallait que je porte un peu de cuir pour équilibrer avec le fait que tu en portais moins.

- Tu t'en sors pas mal, la complimenta Killian avec un sourire sincère.

- Merci mon grand !

Choisissant d'ignorer jusqu'au bout les recommandations de Regina, la blonde commanda une piscine de champagne pailleté d'or et si elle eut un moment d'hésitation avant de porter la coupe à ses lèvres, tout doute s'évapora quand elle parcourut la table des yeux. Elle passait une soirée avec ses amis qui avaient tous l'air heureux et une étrange sensation de devoir accompli l'envahit quand elle avala sa première gorgée d'alcool. C'était en partie grâce à elle que les habitants de Storybrook en étaient là aujourd'hui. Aucune méchante sorcière à l'horizon, la possibilité d'explorer le monde et des êtres capables de les protéger.

Oui, elle allait passer une bonne soirée.


Bon ... Petit teaser, même si vous vous en doutez, je vous avoue que Regina va débarquer xD