Chapitre 4
« Lui »

Quelques jours étaient passés depuis que Sasuke avait officiellement commis son premier meurtre. Le son suraigu de son téléphone agressa les tympans de l'Uchiwa, le tirant de son sommeil particulièrement agité par les récents évènements.

« Putain ! maugréa-t-il avant de décrocher le téléphone sur sa table de chevet.
- Sasuke, c'est Tsunade, j'aurais besoin de toi à l'ASEC.
- J'arrive quand je peux, dit celui-ci, de mauvais poil d'avoir été réveillé de la sorte.
- Fais ça vite », grogna la dirigeante.

Sasuke se leva à regret, enfila des vêtements normaux, mit sa ceinture d'armes sur ses hanches et se revêtit du blouson prêté par Tenten. Il se rendit sans embûches à l'ASEC. Là-bas, Tsunade lui déclara :

« Sasuke, je t'ai fait venir en tant qu'espion aujourd'hui. Normalement, je t'aurais laissé vaquer à tes occupations, mais je me suis dit que ça te ferait une bonne expérience et que ça te permettrait de voir comment ça fonctionne. »

Il hocha la tête.

« Bon, je t'envoie avec Ino. »

La jeune femme s'approcha pour pouvoir savoir les ordres. Tsunade enchaîna :

« Choji a écouté les appels téléphoniques d'un malfrat qu'on soupçonne de la mort de quelqu'un. Celui-ci aurait eu des conversations bizarres avec un homme. D'ailleurs, ils se sont donné rendez-vous dans un café ce matin à neuf heures. Je compte sur vous pour vous installer près d'eux pour qu'on puisse entendre ce qu'ils disent grâce aux micros spéciaux. Je les suspecte de s'être associés dans une affaire pas très nette et il faut éclaircir tout ça. Je ne connais ni leurs motivations, ni leurs desseins alors c'est le moment parfait de tout savoir. Ils n'ont rien révélé de compromettant lors de leur discussions au téléphone de peur d'être épiés dans le futur, mais cette fois-ci, ils vont dialoguer en personne et ne se douteront pas une seconde qu'on les surveille. C'est le moment de récolter des preuves infaillibles de leur sombre complot.
- Bien Tsunade-sama, dit Ino.
- N'apportez pas vos armes, à part votre pistolet que vous garderez dans votre blouson et non sur votre ceinture d'arsenal. Je ne veux pas que vous la portiez », signala la chef.

Ils obéirent et la retirèrent.

« Choji, tu peux installer les micros à haute sensibilité, affirma Tsunade. »

L'Akimichi s'exécuta.

« Oh ! Sasuke, lors de notre dernière rencontre, j'ai oublié de te remettre ceci », commença la commandante.

Elle sortit de sa poche une banale montre qu'elle lui passa au poignet.

« En apparence, on dirait un simple montre, mais en réalité, lorsque tu tournes deux fois le bouton de la lumière ... »

Elle le tourna deux fois, Quelques secondes plus tard, le téléavertisseur accroché à la taille de la dirigeante se mit à tinter.

« ... ça m'avertit que tu as besoin d'aide au plus vite, termina-t-elle.
- Et moi, grâce à la montre, je suis capable de te localiser et de t'envoyer du secours, ajouta Choji.
- Bon maintenant vous êtes prêts, vous pouvez y aller. »

Tsunade leur indiqua le chemin à prendre et leur communiqua le nom du petit bistrot. Sasuke et Ino se mirent en route. Ils arrivèrent cinq minutes avant l'heure du rendez-vous des deux hommes. Ils virent l'homme dont Choji leur avait montré la photo, seul à une table à l'écart. Sasuke et Ino s'installèrent à deux tables de là et commandèrent un café. Quelques instants plus tard, un homme débarqua et serra la main du malfrat.

« Ça y est, tout se passe comme prévu, pensa Sasuke en leur jetant un bref regard.
- Évite de regarder et soit discret quand tu le fais, ces gens là sont tellement paranoïaques qu'avec un simple regard, ils se sentent menacés et observés », dit Ino à voix basse.

La rencontre entre les deux bandits sembla s'éterniser pour le brun. De plus, lui et Ino n'entendirent pas grand chose des paroles échangées. Ils ne pourraient savoir ce qui se tramait que lorsque Tsunade écouterait les enregistrements des micros à haute sensibilité. À un moment, Sasuke vit un des deux hommes, soit le deuxième arrivant, remettre furtivement une enveloppe brune sortie de sa veste à l'autre gars. Puis, peu de temps après, ils quittèrent l'endroit, vite imité par les deux espions qui n'avaient plus rien à faire là. La blonde et le brun retournèrent aux bureaux de l'ASEC. Tsunade les félicita :

« Bien joué, moi-même et Choji écouteront la sauvegarde de leur tête-à-tête probablement cet après-midi et ça nous permettra d'approfondir nos recherches.
- D'accord », approuva Ino.

Sasuke remarqua que d'autres membres de l'ASEC étaient maintenant là.

« Bon je dois vous parler, intervint la chef. Venez, on va à la salle d'ordinateurs. »

Ils obtempérèrent tous. Lorsqu'ils passèrent la porte, Choji s'y trouvait déjà. Tsunade enchaîna :

« Écoutez, ces derniers temps, je me suis rendue compte que nos effectifs étaient bas, et mon hypothèse a été confirmé tout à l'heure lorsque j'ai essayé de rejoindre nos agents et que ça m'a été difficile. Si nous étions en situation d'urgence et que ça arriverait, nous serions dans de beaux draps. Alors, je me suis dit que je pourrais peut-être intégrer un nouveau membre. J'ai demandé à Choji, il y a quelques jours de faire une enquête pour découvrir quelqu'un de potentiellement intéressant. Mes voeux ont été exaucés. Choji, montre-leur la photo ... »

Ce qu'il fit. Sasuke écarquilla les yeux ...

« Vous savez qu'on n'a pas le droit de se tromper, si on lui demande directement et qu'il refuse de s'associer avec nous, ça pourrait être dangereux que quelqu'un apprenne notre existence. C'est pourquoi on doit tenter un rapprochement, et c'est toujours délicat ce genre de chose, alors ...
- Naruto ... Uzumaki? la coupa Sasuke.
- Oui c'est ça, tu le connais? lui demanda Tsunade.
- On va au même bahut.
- Mmm intéressant, dit-elle. Ça pourrait nous être favorable.
- Mais pourquoi lui? voulut se renseigner l'Uchiwa.
- Écoutez, Naruto est nouveau à Tokyo. Choji a réussit à trouver qu'il fait des cours d'arts martiaux, qu'il habite avec son oncle et que ses parents ont été tués tous les deux par un criminel lors d'un voyage ici. C'est quelque chose qu'on pourrait exploiter et Naruto pourrait réellement vouloir intégrer l'ASEC. Les criminels sont la source de ses malheurs. Mais on doit s'en assurer. Il m'apparaît être le candidat idéal. Sasuke, tu viens d'alléger tous les préparatifs. Tu es dans le même lycée que lui, ça sera plutôt facile de te rapprocher de lui non? »

Sasuke déglutit, se faire amical avec quelqu'un. Plus facile à dire qu'à faire ...

« Très bien, clama-t-elle de manière enthousiaste, même sans l'approbation de Sasuke. Tu iras à l'école le plus souvent possible, ça sera ta mission de premier ordre pour les temps à venir. Tu le roules bien dans la farine, ce qui veut dire que tu dois faire de lui ton meilleur ami. Ça ne devrait pas être compliqué puisqu'il est nouveau et ne doit pas connaître beaucoup de gens pour l'instant. Quand tu en sais assez et que t'as l'impression qu'il pourrait nous rejoindre, tu nous le dis et on tente le coup sinon, on lâche l'affaire. »

Normalement, si la personne qui avait eut à faire ça n'aurait pas été Sasuke, un humain normal aurait trouvé cela fourbe de se lier d'amitié à une personne par obligation. Mais justement, là c'était Sasuke qui devait le faire et il s'en fichait royalement, lui qui n'avait jamais eut aucune relation avec personne. C'est vrai que berner une personne de la sorte seulement pour des intérêts personnels, c'était assez salaud ...

« Bon, ça vous dit qu'on se retrouve à quelque part demain soir? lâcha Ino, après que Tsunade fût retournée dans son bureau.
- Ouais ça serait bien, ça fait un petit bout de temps qu'on ne s'est pas rassemblé avec la bande en dehors d'ici, s'emballa Kiba.
- Mouais, je suis pas contre, adhéra Shikamaru.
- Je pensais au club non loin d'ici, sur l'avenue des marchands. Le même qu'à l'habitude, proposa la blonde.
- Ouais ça me va, approuva Tenten.
- On dit demain, 9 heures? »

Ils partirent tous, Sasuke aussi. Avant qu'ils ne se séparèrent, Temari dit au brun :

« Ça vaut pour toi aussi, Nakamura ! »

Il ne répondit rien à l'appel de son faux nom de famille et continua son chemin. C'est vrai que ça faisait un bail qu'il n'était pas sorti et ça serait une pratique pour se montrer cordial avec d'autres personnes. Comme ça, ça serait moins dur quand viendrait le temps d'appliquer les ordres de Tsunade avec Naruto. Il avait bien peur que la chef ait fait un très mauvais choix en le prenant lui plutôt qu'un autre. Il n'était vraiment pas le spécialiste des relations humaines, alors que Temari aurait pu parfaitement faire l'affaire avec sa forte sociabilité. Mais bon, Sasuke n'eut pas le temps de ruminer longtemps car lorsqu'il pénétra dans son appartement, il prit une bonne douche chaude pour se changer les idées. Il s'endormit tout de même difficilement, dérangé par la peur de l'échec ...

[…]

« Bienvenue à votre dernier cours de la journée », lâcha le professeur de mathématiques, un peu en retard.

Sasuke décrocha à ce moment-là. L'envie de dormir était très grande et il n'avait d'ailleurs pas eu l'occasion d'aborder Naruto aujourd'hui. Il ne voulait pas que ça soit tout planifié. Le professeur dit alors à ce moment :

« Troisième équipe ; Naruto et Sasuke ... »

Et bien ça pour quelque chose de pas planifié, c'était largement suffisant. Par contre, Sasuke détestait les travaux en équipe : soit son partenaire l'ennuyait ou l'emmerdait vraiment trop, soit il n'était pas assez brillant pour comprendre le travail et parfois, c'était même les deux. Ça se passait toujours comme ça lorsqu'on le mettait avec quelqu'un.

« Commencez », finit par dire Monsieur Kakashi.

La furie blonde vint se placer à côté de l'Uchiwa en lui lançant un « Bonjour ! » plutôt trop enthousiasme aux yeux de son destinataire. Il s'efforça quand même à lui répondre un quasi-muet salut en raison de sa mission.

« Je comprends pas vraiment, est-ce que tu pourrais m'expliquer? demanda Naruto.
- Super, pensa Sasuke.
- Demande au professeur veux-tu, râla Sasuke.
- T'es plutôt du genre taciturne toi? » rigola le blond.

Le brun lui lança un regard mauvais.

« Hum ... Écoute, j'ai manqué pas mal de matière à cause de mon déménagement, je veux juste que tu me dises quoi faire », lui expliqua l'Uzumaki.

Sasuke tourna sa tête vers lui.

« Je suis pas abruti, ça me prendra pas de temps à piger », rajouta le blond.

L'Uchiwa lui prit son crayon et sa feuille des mains, lui inscrit la règle mathématique à suivre et un exemple pour ensuite lui redonner.

« Merci », lui sourit Naruto.

Plus le temps passait, plus Sasuke se rendait compte que son coéquipier s'avérait ne pas être quelqu'un de si stupide que ça. Il se rendit même compte que le jeune blond était plutôt brillant. C'est vrai que son air de crétin pouvait tromper les choses, mais en fait, la manière dont il parlait était assez recherchée pour son âge et son travail était impeccablement soigné. D'ailleurs, le brun n'avait plus été obligé de ne rien lui expliquer après lui avoir donné la règle. Naruto se débrouillait très bien seul avec les problèmes de mathématiques et il saisissait très vite selon la constatation de l'Uchiwa. Ils échangeaient quelques paroles de temps à autre et Sasuke pensa soudainement à la rencontre au club ce soir avec les membres de l'ASEC. Une idée lui vint à l'esprit :

« Dis Naruto?
- Oui? » répondit celui-ci en pleine concentration cérébrale pour son équation.

Sasuke hésita, mais ce fut si bref que Naruto, trop occupé avec les formules ne s'en rendit même pas compte.

« Ce soir, je vais dans un club avec des amis. Ça te dirait de venir? »

Le blond se stoppa, posa son crayon et regarda Sasuke, surpris. Ce dernier s'en voulut, l'espace de deux secondes. Peut-être que sa demande était mal placée, il n'en n'avait aucune idée en raison de son incompétence en matière de relations humaines. Puis, Naruto daigna enfin à parler, une expression indéchiffrable collée au visage :

« Quoi?
- Si tu veux pas, ça va, se vexa un peu Sasuke, qui se sentait bête à cet instant.
- Ne me dis pas que ... »

Le blond exagéra la stupéfaction de sa tronche.

« Ne me dis pas que tu as des amis? » continua-t-il.

L'Uchiwa afficha alors une mine irritée, un peu agacé de s'être fait avoir comme ça. Naruto, lui, gloussait seul.

« Idiot », se froissa Sasuke.

L'Uzumaki finit par se calmer :

« Oui, ça me plairait bien, finit-il par lui répondre sérieusement, mais toujours en reprenant son souffle.
- D'accord, on se retrouve sur la rue ...
- Non, le coupa le blond. Je ne connais pas encore très bien la ville. Si tu veux que j'y aille, tu dois venir me chercher.
- Mouais si tu y tiens », soupira Sasuke.

Naruto prit un coin de sa feuille, le déchira et nota son adresse dessus pour ensuite la remettre à son partenaire.

« Ce soir, je passe à neuf heures, soit prêt », l'avertit le brun.